jeudi 14 juin 2012

HELEN

Photo empruntée sur Google, appartenant au site Cinemovies.fr

de Sandra Nettelbeck. 2009. U.S.A. 1h40. Avec Ashley Judd, Goran Visnjic, Lauren Lee Smith, Alexia Fast, Alberta Watson, David Nykl, David Hewlett, Ali Liebert.

Sortie salles France: 30 Juillet 2010. U.S: 2009

FILMOGRAPHIE: Sandra Nettelbeck est une scĂ©nariste, rĂ©alisatrice, monteuse et actrice allemande, nĂ©e le 4 avril 1966 Ă  Hambourg (Allemagne). 1994: A Certain Grace. 1995: Unbestandig und Kul (tĂ©lĂ©-film). 1998: Mammamia (tĂ©lĂ©-film). 2001: Chère Martha. 2004: Sergeant Pepper. 2009: Helen


Helen est une professeur de musique menant une existence paisible avec son mari David et sa fille Julie. Un jour, elle rechute dans une grave dĂ©pression qui la contraint de se faire hospitaliser. Sa famille tente malgrĂ© tout d'apporter soutien et amour pour essayer de la sortir de son mutisme nihiliste.  
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Portrait chĂ©tif d'une femme dĂ©pressive sous l'oeil contemplatif d'une rĂ©alisatrice vouĂ©e Ă  la pudeur, rĂ©fractaire au pathos ou au racolage lacrymal. EpaulĂ© par l'interprĂ©tation bouleversante de Ashley Judd et d'une poignĂ©e de comĂ©diens persuasifs, Helen est une dĂ©rive Ă©lĂ©giaque sur une pathologie neurotique, la dĂ©pression. RĂ©alisĂ© avec dĂ©licatesse pour aborder prudemment un sujet aussi grave, ce drame austère nous entraĂ®ne vers une poignante dĂ©rive dĂ©shumanisĂ©e d'une femme livrĂ©e Ă  ses propres tourments sans que la cellule familiale ne puisse la prĂ©munir. Professeur de musique studieuse mariĂ©e Ă  un brillant avocat mais divorcĂ©e d'un ancien mari avec qui elle eut sa fille Julie, helen est une femme fragile aux antĂ©cĂ©dents dĂ©jĂ  suicidaires. Incapable de pouvoir surmonter la tare toujours plus rude de sa maladie, elle est contrainte de se faire interner en institut spĂ©cialisĂ©. Alors que le mari contrariĂ© et sa fille vulnĂ©rable tentent vainement de la ramener Ă  la raison, Helen trouve refuge vers l'amitiĂ© d'une de ses Ă©lèves de cours, Mathilda, rĂ©ciproquement atteinte de la mĂŞme affliction. IsolĂ©es du monde, livrĂ©es Ă  elles-mĂŞmes et cloĂ®trĂ©es dans un appartement tĂ©nu, elles tentent avec toute leur complexitĂ© psychologique de sortir d'une existence cafardeuse noyĂ©e d'aigreur.


Le film, rigoureux par son climat dĂ©moralisant en chute libre, dĂ©crit avec beaucoup de vĂ©ritĂ© humaine la terrible difficultĂ© intrinsèque qu'une personne accablĂ©e doit transcender pour s'extirper d'un fardeau inexorable. Ce sentiment de tristesse jusqu'au-boutiste, cette incapacitĂ© psychologique pour le sujet mis Ă  Ă©preuve Ă  pouvoir s'extraire de sa dĂ©pression psychiatrique sont retranscrits avec une acuitĂ© Ă©motionnelle Ă  fleur de peau. D'autant plus que le cocon familial, dĂ©muni et dĂ©suni par l'incomprĂ©hension se morfond finalement dans une fatale solitude, faute de pouvoir privilĂ©gier une convalescence par la rĂ©demption amoureuse. La rĂ©alisatrice dresse Ă©galement en second lieu la dĂ©sillusion bouleversĂ©e d'une amitiĂ© candide entre deux femmes atteintes du mĂŞme mal. Leur combat commun confinĂ© dans la solitude misĂ©reuse d'un appartement oppressant nous place dans une situation anxiogène davantage fĂ©brile pour leur destin Ă  venir. Si Helen semble revenir Ă  la raison après l'opĂ©ration d'une sĂ©ance d'ECT (un traitement thĂ©rapeutique d'Ă©lectro-choc), son amie Mathilda est rongĂ©e par la culpabilitĂ© d'un Ă©vènement traumatique fortuit et d'une solitude toujours plus opprimante. Leur dignitĂ© amicale et l'extrĂŞme fragilitĂ© qui Ă©mane de leur moralitĂ© malmenĂ©e nous plonge tĂŞte baissĂ©e dans un dĂ©sarroi toujours plus implacable avant son Ă©pilogue en demi-teinte.


NoyĂ© de morositĂ© et de nonchalance, Helen est le tĂ©moignage douloureux de deux femmes dĂ©pressives injustement destituĂ©es de l'aubaine existentielle. Mis en scène avec une sensibilitĂ© contractĂ©e pour illustrer la caractère trouble de la neurasthĂ©nie, cette introspection de la solitude est transcendĂ©e par l'interprĂ©tation sensitive d'une Ashley Judd transie d'affliction. On sort du film la boule au ventre par tant de tiraillement infligĂ© aux malades Ă©branlĂ©s, mĂŞme si la guĂ©rison est toujours une lueur d'espoir pour ceux qui ont encore l'endurance de persĂ©vĂ©rer. 
Dépressifs, s'abstenir !
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14.06.12
Bruno Matéï
                                

mercredi 13 juin 2012

La Nuit Déchirée / Sleepwalkers. Prix du Meilleur film à Fantafestival 1992.

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site hollywood90.com  

de Mick Garris. 1992. U.S.A. 1h29. Avec Brian Krause, Madchen Amick, Alice Krige, Jim Haynie, Cindy Pickett, Ron Perlman, Lyman Ward, Dan Martin, Glenn Shadix, Cynthia Garris, Monty Bane, John Landis.

Sortie salles France: 19 Août 1992. U.S: 10 Avril 1992

FILMOGRAPHIE: Mick Garris est un acteur, producteur, scénariste et réalisateur américain, né le 4 Décembre 1951 à Santa Monica, en Californie. 1988: Critters 2. 1990: Psychose 4. 1992: La Nuit Déchirée. 1994: Le Fléau (télé-film). 1997: Shining (télé-film). 1997: Quicksilver Highway (télé-film). 1998: l'Expérience Fatale (télé-film). 2001: Juge et Coupable (télé-film). 2004: Riding the Bullet. 2005: Chocolate (Masters of Horror, saison 1, Epis 5). 2006: Désolation. 2011: Sac d'Os.


"Somnanbule, n.m. CrĂ©ature errante aux origines mi-humaines mi-fĂ©line. VulnĂ©rable aux griffes du chat, elle se nourrit de l'Ă©nergie vitale de femmes vierges. Est Ă  l'origine du mythe de la lĂ©gende du vampire."  
ENCYCLOPEDIE CHILLICOATHE D'ARCANE KNOWLEDGE, PREMIERE EDITION, 1884

Le Pitch: Charles et sa mère Mary Brady sont les derniers descendants des somnanbules, une race de créatures félines particulièrement voraces pour violenter des femmes vierges. Affamée mais séquestrée par une meute de chats suspectant les alentours de leur demeure, Mary ordonne à son fils de lui ramener une jeune fille docile pour s'alimenter de chair humaine. Charles part à la rencontre d'une jolie serveuse de cinéma de quartier.


D'après un scĂ©nario de Stephen King (mais tirĂ© d'une nouvelle jamais publiĂ©e), La Nuit DĂ©chirĂ©e est le troisième film de Mick Garris, rĂ©alisateur inĂ©gal mais intègre dans son amour du genre fantastique. Prolifique auprès de ses adaptations de King souvent recadrĂ©es pour la TV, ce cinĂ©aste attachant rĂ©alise en 1992 son meilleur film en dĂ©pit d'un humour graveleux, pour ne pas dire potache, sans doute influencĂ© par les dĂ©lires sardoniques d'un certain Freddy Krueger. En prime, le scĂ©nario conventionnel et linĂ©aire ne prĂ©tend pas rĂ©volutionner le genre hĂ©ritĂ© du mythe vampirique. Bien au contraire. Or, il se dĂ©gage de cette sĂ©rie B attrayante un parfum de scandale chez le profil incestueux d'une mère et d'un fils communĂ©ment amoureux. L'originalitĂ© de la Nuit DĂ©chirĂ©e et son impact fascinant Ă©manant de la caractĂ©risation d'une dernière lignĂ©e de somnanbules, ou plus exactement des fĂ©lidĂ©s. Pour cause, cette race de crĂ©atures mi-fĂ©lines, mi-humaines s'abreuvent de l'Ă©nergie vitale de femmes vierges afin de perdurer leur longĂ©vitĂ©. Craignant les chats domestiques comme la peste, nos deux amants sont contraints de façonner des pièges autour de leur demeure pour se prĂ©munir de leur prĂ©sence hostile. Et parfois, pour duper les investigateurs un peu trop curieux, ils possèdent la facultĂ© de se rendre invisible par la seule force de leur pensĂ©e (mais aussi de camoufler leur voiture afin de contre-carrer les autoritĂ©s !).

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Mick Garris cultive un soin avisĂ© Ă  nous familiariser avec cette mère chĂ©rissante, Ă©prise d'amour pour son bellâtre fils juvĂ©nile. L'Ă©rotisme audacieux qui en dĂ©coule lors de certaines sĂ©quences sulfureuses (l'Ă©treinte du couple suivie d'une relation sexuelle ! CarrĂ©ment oui !) vĂ©hicule un charme vĂ©nĂ©neux particulièrement incongru. D'autant plus que ces amants dĂ©lĂ©tères se rĂ©vèlent d'horribles crĂ©atures condamnĂ©es Ă  sacrifier de jeunes vierges dociles. D'ailleurs, leur vĂ©ritable apparence monstrueuse peut-ĂŞtre suggĂ©rĂ©e Ă  travers les miroirs quand ils ne sont pas Ă©pris d'une colère primitive pour dĂ©vorer les ĂŞtres humains, Ă  moins d'extĂ©rioriser leur rancune jalousie. Et dans le rĂ´le de la mĂ©gère impĂ©rieuse, Alice Krige se rĂ©vèle absolument charismatique, envoĂ»tante dans sa posture lascive d'y choyer son fils par amour interdit. Brian Krause ne manque pas non plus d'attrait sardonique dans celui du charmeur faussement vertueux et vĂ©ritablement insidieux, quand bien mĂŞme la (oh combien !) ravissante Mädchen Amick dĂ©ploie une Ă©lĂ©gance suave en victime candide subordonnĂ©e Ă  l'allĂ©geance des deux amants corrompus.


Si la Nuit DĂ©chirĂ©e eut Ă©tĂ© Ă©laborĂ© avec un scĂ©nario plus ambitieux et si l'humour noir parfois lourdingue en avait Ă©tĂ© Ă©ludĂ©, cette sĂ©rie B fort sympathique aurait pu gagner en densitĂ© dramatique (on se surprend d'ailleurs Ă  Ă©prouver une certaine empathie auprès du dĂ©sarroi maternel d'une soupirante destituĂ©e de son rejeton moribond). En l'Ă©tat, le film de Mick Garris reste un efficace divertissement bourrĂ© de charme de par son rythme haletant jalonnĂ© de pĂ©ripĂ©ties violemment sanglantes (Ă  l'instar de son final explosif !) et pour ses personnages franchement attachants (le duo maternel et leur jeune victime ainsi que les policiers, redresseurs de tort assez maladroits). La flamboyance de sa photographie, les sublimes mĂ©lodies entĂŞtantes de Boadicea (interprĂ©tĂ© par Enya) et Sleepwalk (composĂ© par Santo et Johnny) ainsi que le caractère incestueux du thème vampirique confirmant son pouvoir de fascination diaphane. Enfin, pour tĂ©moigner de son affection pour le genre, Mick Garris eut l'idĂ©e de rĂ©unir en guise de clin d'oeil les sympathiques camĂ©os de John Landis, Tobe Hooper, Clive Barker, Joe Dante et mĂŞme Stephen King. Rien que ça. Une drĂ´le de sĂ©rie B au demeurant, pleine de dĂ©fauts mais Ă©galement de surprises dĂ©lirantes toujours plus folingues, dĂ©calĂ©es et dĂ©complexĂ©es. 

*Bruno
09.08.24. 3èx. Vostfr
13.06.12

Récompenses: Prix du Meilleur Film, Meilleur Réalisateur, Meilleur Scénario et Meilleure Actrice (Alice Krige), au Fantafestival, 1992.

mardi 12 juin 2012

ATOMIC CYBORG (Vendetta dal futuro)

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviepostershop.com

de Sergio Martino (Martin Dolman). 1985. Italie. 1h34. Avec Daniel Greene, John Saxon, George Eastman, Claudio Cassinelli, Janet Agren.

Sortie salles France: 26 Mars 1986

FILMOGRAPHIESergio Martino est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste italien nĂ© le 19 Juillet 1938 Ă  Rome (Italie). 1970: l'AmĂ©rique Ă  nu. Arizona se dĂ©chaine. 1971: l'Etrange vice de Mme Wardh. La Queue du Scorpion. l'Alliance Invisible. 1973: Mademoiselle Cuisses longues. 1973: Torso. 1975: Le Parfum du Diable. 1977: Mannaja, l'homme Ă  la hache. 1978: La Montagne du Dieu Cannibale. 1979: Le Continent des Hommes poissons. Le Grand Alligator. 1982: Crimes au cimetière Ă©trusque. 1983: 2019, Après la Chute de New-York. 1985: Atomic Cyborg. 1989: Casablanca Express. 1990: Mal d'Africa. Sulle tracce del condor.

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Deux ans après son fleuron post-apo 2019, Après la chute de New-York, Sergio Martino rĂ©cidive Ă  piller gentiment les succès notoires outre-atlantique pour amorcer Atomic Cyborg. Ce succĂ©danĂ© transalpin de Terminator prĂ©figure notamment avec deux ans d'avance le chef-d'oeuvre de Verhoven, Robocop (pour la quĂŞte identitaire du robot asservi par son crĂ©ateur arriviste)A titre d'anecdote, le film fut en outre endeuillĂ© par la disparition de l'acteur Claudio Cassinelli (Peter Hallo), dĂ©cĂ©dĂ© sur le tournage dans un accident d'hĂ©licoptère. Avec cette tragĂ©die impondĂ©rable, Sergio Martino fut contraint de modifier l'agencement de son final explosif. Après avoir Ă©pargnĂ© la vie d'un militant Ă©cologiste, Paco Queruak, cyborg humain programmĂ© pour tuer, est contraint de s'exiler dans sa contrĂ©e natale pour fuir l'entrepreneur Turner ainsi que les autoritĂ©s de l'Ă©tat. Dans un motel, il fait la rencontre de Linda, une jeune serveuse avec qui il dĂ©cide d'entretenir une relation amoureuse. Mais des agents du FBI ainsi que les hommes de main de Turner sont lancĂ©s Ă  ses trousses. 
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Classique bisseux des eighties, Atomic Cyborg peut sans conteste se targuer de figurer au palmarès des rĂ©ussites les plus ludiques dans le domaine des ersatz des annĂ©es 80. Western futuriste prenant pour cadre les contrĂ©es montagneuses de l'Arizona, cette sĂ©rie Z plutĂ´t vigoureuse rivalise de pĂ©ripĂ©ties dĂ©bridĂ©es et de trognes dĂ©lurĂ©es pour divertir les fans de nanar impayable. En dĂ©pit d'un premier quart-d'heure peu attractif et plutĂ´t bavard, le film de Sergio Martino attise rapidement la sympathie dans son intĂ©gritĂ© Ă  daigner offrir au public un gĂ©nĂ©reux spectacle d'action conçu sans prĂ©tention. La trame puĂ©rile et fantaisiste se rĂ©sume Ă  des confrontations musclĂ©es entre un cyborg vindicatif, destituĂ© de sa vĂ©ritable identitĂ© par la faute d'un perfide entrepreneur, dĂ©libĂ©rĂ© Ă  se dĂ©fendre contre ses supĂ©rieurs ainsi que les autoritĂ©s de l'Ă©tat. De prime abord, après avoir sympathisĂ© avec une jeune serveuse dans un motel reclus, Paco va devoir se mesurer Ă  une bande de camionneurs, partisans musclĂ©s du bras de fer concurrentiel. Alors qu'un de leur leader influent (l'inĂ©narrable Georges Eastman en traĂ®tre cabotin !) va tout mettre en oeuvre pour le circonscrire. Comme d'habitude dans ce genre de zèderie, la maladresse des dialogues infantiles est exprimĂ©e avec un sĂ©rieux inĂ©branlable par des comĂ©diens au physique grotesque.


Et dans le rĂ´le du Terminator mexicain, Daniel Greene endosse la carrure d'un hĂ©ros intrĂ©pide aussi austère qu'apathique dans sa physionomie de catcheur docile. Rien que pour sa prĂ©sence figĂ©e, le film est absolument incontournable et doit beaucoup au caractère pittoresque de ces dĂ©convenues musclĂ©es avec des gros bras autoritaires ou des tueurs flegmatiques. Sa rixe hilarante avec une androĂŻde sexy est d'ailleurs un revirement fortuit d'offensive cinglante dans les Ă©changes de tirs et les corps Ă  corps chorĂ©graphiĂ©s en mode kung-fu ! Justement, le savoir-faire technique des sĂ©quences d'action et la conception efficiente de certains effets-spĂ©ciaux (la tĂŞte arrachĂ©e de la blonde humanoĂŻde, le bras dĂ©chiquetĂ© de Paco façon "Terminator" ou encore le coeur extirpĂ© des entrailles de Turner) ajoute un impact attractif Ă  ces pĂ©ripĂ©ties homĂ©riques. Alors que le score de Claudio Simonetti vĂ©hicule honorablement un certain charme naĂŻf dans sa rythmique mĂ©lancolique pour scander les mĂ©saventures du justicier robotisĂ©.


Conventionnel et crĂ©tin mais efficace et aussi attendrissant qu'hilarant, Atomic Cyborg est un classique bisseux de la zèderie ritale en pleine ascension du plagiat post-apo. La prĂ©sence estimable de vĂ©tĂ©rans de seconde zone (George Eastman, John Saxon et surtout Daniel Greene !) et la vigueur de la mise en scène privilĂ©giant l'action Ă©chevelĂ©e concourent de nous offrir un plaisir coupable encore plus pittoresque qu'Ă  l'Ă©poque de sa sortie ! 
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A Claudio Cassinelli
Dédicace à Ciné-bis-art
12.06.12
Bruno Matéï

GORE GORE GIRLS


En dépit de 3 scènes gores gratinées et de 3 nichons folichons, le délire de Lewis est une farce soporifique d'une rare vacuité. Même pas drôle.

11.06.12
Bruno Matéï

jeudi 7 juin 2012

LES 5000 DOIGTS DU DR T (The 5000 Fingers of Dr T)

                                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filesdrop.com

de Roy Rowland. 1953. U.S.A. 1h28. Avec Peter Lind Hayes, Mary Healy, Hans Conried, Tommy Rettig, John Heasley, Noel Cravat.

Sortie salles France: 30 Juillet 1954. U.S: 1 Juillet 1953

FILMOGRAPHIE (Wikipedia): Roy Rowland est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 31 DĂ©cembre 1910 Ă  New-York, dĂ©cĂ©dĂ© le 29 Juin 1995 Ă  Orange (Californie). 1943: A Stranger in Town. l'Ange perdu. 1945: Our Vines have tender Grapes. 1946: Boy's Ranch. 1947: Mac Coy aux poings d'or. l'Heure du pardon. 1949: La Scène du Crime. 1950: Le Convoi Maudit. Les Heures Tendres. 1951: Un Fou au Volant. 1952: Les Clairons sonnent la charge. Les 5000 Doigts du Dr T. 1953: CommĂ©rages. Le Voleur de Minuit. 1954: Sur la trace du crime. TĂ©moin de ce meurtre. 1955: L'Aventure Fantastique. La Fille de l'Amiral. 1956: Viva Las Vegas. PassĂ© perdu. 1957: Calomnie. Terreur dans la VallĂ©e. 1958: Arrivederci Roma. 1963: Solo pour une blonde. 1965: Sie nannten ihn Gringo. 1966: Surcouf, le tigre des 7 mers.


Le pitch: Bart, un jeune apprenti musicien s'endort sur le clavier de son piano Ă  cause de la discipline drastique de son professeur, le Dr Terwiliker. Parmi 500 enfants kidnappĂ©s, il se retrouve entraĂ®nĂ© dans le monde irrĂ©el du Dr T pour interprĂ©ter communĂ©ment un concerto musical. 
D'après un récit de Theodore Geisel, célèbre écrivain pour littérature infantile (le Grinch), Les 5000 Doigts du Dr T fut un cinglant échec commercial lors de sa sortie officielle. On peut comprendre que le film ait déçu le public traditionnel, peu habitué à fréquenter un spectacle hybride alternant la comédie musicale, la féerie et le fantastique cauchemardesque. Véritable ovni excentrique projetant les fantasmes utopiques d'un jeune garçon asservi par son professeur mélomane, Les 5000 Doigts du Dr T émerveille à travers son imaginaire désinhibé. Car exaspéré du travail intensif qu'il doit entreprendre pour satisfaire son professeur de piano, le petit Bart se retrouve plongé dans un rêve insensé afin de se dépêtrer des griffes du Dr T. Madame Collins et leur fidèle plombier étant également embrigadés dans la forteresse labyrinthique. Ainsi, l'ambition de ce professeur déluré est de daigner réunir 500 enfants autour d'un gigantesque piano pour y interpréter un concerto 24 heures sur 24, 365 jours annuels durant !


Autant dire que la trame dĂ©bridĂ©e demeure une perpĂ©tuelle fantaisie sardonique si bien que l'antagoniste pernicieux s'en donne Ă  coeur joie afin de brimer ses Ă©coliers ! Visuellement splendide de par son technicolor clinquant, et inquiĂ©tant pour l'expressionnisme de ses dĂ©cors baroques, l'aventure trĂ©pidante de ce gamin endeuillĂ© d'une mort paternelle s'avère un enchantement atypique. EmaillĂ© de pĂ©ripĂ©ties fantaisistes (la course en patin Ă  roulette, la tentative de vol de la clef, la chute dans le souterrain des esclaves) et de rencontres saugrenues (les deux hommes Ă  barbe, les musiciens prisonniers, les geĂ´liers de cachot), les 5000 Doigts du Dr T est une invitation au rĂŞve pour y dĂ©noncer toute forme d'autoritĂ© despotique lorsqu'un bambin y est destituĂ© d'absence parentale. Les numĂ©ros musicaux harmonieusement chantonnĂ©s et dansĂ©s se coordonnant pour mettre en exergue un environnement Ă©chevelĂ© gĂ©nĂ©rĂ© par l'entreprise du sardonique Dr T. L'acteur Hans Conried s'autorisant un malin plaisir masochiste Ă  incarner un musicien adepte de sorcellerie, particulièrement railleur et indocile de par ses ambitions mĂ©galos. On pense aussi parfois Ă  l'univers de Tim Burton pour l'accoutrement vestimentaire des protagonistes, ses idĂ©es dĂ©mentielles (la potion magique qui absorbe l'audition, la chute dans le vide de Bart amortie par son simple tee-shirt) ainsi que la verve macabre Ă©manant de certaines claustrations (le père du Dr T prisonnier en interne d'un immense tambourin ou encore le cachot biscornu auquel Bart et le plombier y sont embrigadĂ©s !).

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Inventif en diable, espiègle, colorĂ© et totalement dĂ©bridĂ©, les 5000 Doigts du Dr T constitue une merveille de fĂ©erie et d'insolence. Hymne Ă  la chimère de par la candeur d'un enfant endeuillĂ©, quĂŞte initiatique pour le droit Ă  sa reconnaissance, cette fantaisie musicale vĂ©hicule un pouvoir d'Ă©vasion renouant avec nos songes les plus fous et affranchis.

*Bruno
07.06.12. 2èx


mercredi 6 juin 2012

THE SECRET LIFE OF WORDS (La Vida secreta de las palabras). Meilleur film GOYAS 2005.

Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cartelespeliculas.com   
d'Isabel Coixet. 2006. Espagne/U.S.A. 1h52. Avec Sarah Polley, Tim Robbins, Javier Camara, Eddie Marsan, Steven Mackintosh, Julie Christie, Danny Cunningham, Emmanuel Idowu, Dean Lennox Kelly, Daniel Mays.

Sortie salles France: 19 Avril 2006. U.S: 15 Décembre 2006

Récompenses: Meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario aux GOYAS 2005

FILMOGRAPHIE: Isabel Coixet est une réalisatrice, scénariste et productrice espagnole, née le 9 avril 1960 à Barcelone.
1989: Demasiado viejo para morir joven
1996: Des choses que je ne t'ai jamais dites
1998: XII Premios Goya (TV). L'Heure des nuages.
2003: Ma vie sans moi
2005: The Secret Life of Words
2008: Lovers
2009: Map of the Sounds of Tokyo
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Sur une plate-forme pĂ©trolière, une jeune infirmière est enrĂ´lĂ©e pour soigner un grand brĂ»lĂ©. Entre les deux inconnus, une complicitĂ© amicale va se nouer et dĂ©voiler leur secret les plus inavouables. 
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A travers le portrait de deux ĂŞtres laminĂ©s par la honte et la culpabilitĂ©, la rĂ©alisatrice Isabel Coixet nous illustre avec pudeur leur amitiĂ© naissante pour finalement nous acheminer vers une rĂ©miniscence traumatisante. Hanna, infirmière mutique, introvertie et taciturne, se morfond dans une solitude aigrie devant ses camarades de travail, rĂ©fractaires Ă  son attitude impassible. DĂ©lĂ©guĂ©e par son patron durant un mois sur une plate-forme pĂ©trolière, elle y fait la connaissance de Josef. Un homme gravement brĂ»lĂ© par la cause d'un incendie industriel, faute d'avoir tenter de porter secours Ă  son meilleur ami. AllongĂ© sur un lit, affaibli par ses diverses plaies et contusions, Josef est Ă©galement atteint de cĂ©citĂ© le temps de deux semaines de convalescence. C'est par l'intermĂ©diaire de cette infirmière timorĂ©e et mystĂ©rieuse, recrutĂ©e pour le soigner de ses blessures, que Josef va peu Ă  peu tenter d'instaurer une complicitĂ© amicale.


Avec la candeur d'une une mise en scène épurée exploitant la beauté naturelle de la mer et scrutant progressivement les états d'âme bafoués de nos deux protagonistes, The Secret Life of Words s'emprunt d'une poésie lancinante à travers leurs intimes confidences. La réalisatrice insufflant ici judicieusement le pouvoir de suggestion comme cet éloge culinaire dialogué par Josef pour tenter de désnihiber Annah d'un silence trop pesant. Mais quand les langues se familiarisent et se délient au fil de leur connivence, la douleur meurtrie, décrite de façon textuelle, nous glace le sang pour le souvenir d'une affliction.
A travers leur sombre confidence emplie de rancoeur et culpabilité, la réalisatrice porte finalement un témoignage accablant sur les victimes avilies par la barbarie inhumaine de la guerre. Les tortures et viols infligées sur les victimes les plus démunies nous sont mis en exergue par la suggestion des dialogues énoncés pas la victime. L'impact verbal de l'horreur décrite n'en n'est que plus abjecte, car jusqu'au-boutiste dans l'imaginaire vécu. Et la narration préalablement contenue dans un altruisme vertueux se transforme dès lors en tragédie humaine à la porté émotionnelle déchirante.
Par la densitĂ© humaine de ces deux interprètes principaux (Tim Robbins et Sarah Polley, Ă©poustouflants de vĂ©ritĂ© endolorie, se livrent corps et âme avec une pudeur Ă  fleur de peau !), cette amitiĂ© naissante entre deux inconnus va finalement tenter de s'uniformiser vers une rĂ©demption amoureuse.


Pour ne jamais oublier !
DĂ©nonciation de la barbarie pour toutes les victimes asservies par le trauma de la guerre, The Secret Life of Words est un Ă©loge pĂ©rilleux Ă  la vie. A travers l'amitiĂ© candide de deux ĂŞtres brisĂ©s par un drame incurable, Isabel Coixet en tire une leçon de tolĂ©rance sur l'aspiration au bonheur dĂ©chu par la grâce amoureuse. En rĂ©sulte un conte bouleversant Ă  la fantasmagorie sous-jacente (l'esprit spirituel d'une âme infantile plane sur le rĂ©cit !), nous laissant dans une acuitĂ© Ă©motionnelle emplie de fragilitĂ© et de prostration. Attention Spoiler ! Et cela juste avant l'ultime rĂ©vĂ©lation fracassante d'une catharsis maternelle. Fin du spoiler. Inoubliable !
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Dédicace à Jérome Roulon
07.06.12
Bruno Matéï
                                         

Vendredi Sanguinaire / Blutiger Freitag / Tueurs Professionnels / S.O.S Police

Photo empruntée sur Google, appartenant au site intemporel.com

de Rolf Olsen. 1972. Allemagne de l'Ouest / Italie. 1h30. Avec Raimund Harmstorf, Gila von Weitershausen, Daniela Giordano, Gianni Macchia.

Sortie Ciné le 11 Décembre 1974

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Rolf Olsen est un rĂ©alisateur, acteur et scĂ©nariste autrichien nĂ© le 26 DĂ©cembre 1919, dĂ©cĂ©dĂ© le 3 Avril 1998 Ă  Starnberg. 1964: Le ranch de la Vengeance. La ChevauchĂ©e vers Santa Cruz. 1967: Les Violences de la Nuit. 1968: Le MĂ©decin de Hambourg. 1969: Nuits Blanches Ă  Hambourg. 1970: HĂ´tel du vice. 1972: Vendredi sanguinaire. 1976: Shocking Asia. 1979: Ekstase. 1988: Starke Zeiten


Un dangereux bandit s'Ă©chappe une nouvelle fois de prison au cours d'un transfert vers le palaos dejustice. AidĂ© de ses complices, il complote un dernier hold-up, histoire de prendre le large et de quitter l'Allemagne. 

Une sympathique bisserie d'exploitation surestimée à mes yeux. J'attendais quand même beaucoup plus de hargne de la part des gangsters contestataires !



mardi 5 juin 2012

Autopsie d'un crime / The Burning Bed

                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bambootrading.com

Télé-film de Robert Greenwald. 1984. U.S.A. 1h40. Avec Farrah Fawcett, Paul Le Mat, Richard masur, Grace Zabriskie, Penelope Milford, Christa Denton, James T. Callahan, Gary Grubbs, David Friedman.
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FILMOGRAPHIE: Robert Greenwald est un rĂ©alisateur et producteur de cinĂ©ma et de tĂ©lĂ©vision, nĂ© le 28 AoĂ»t 1945 Ă  New-York. 1977: Sharon: Portrait of a mistress. 1978: Katie: portrait of a centerfold. 1979: Flatbed Annie and Sweetiepie: Lady Truckers. 1980: Xanadu. 1982: In the Custody of Strangers. 1984: Autopsie d'un Crime. 1986: Shattered Spirits. 1987: On Fire. 1988: Sweet Hearts Dance. L'amour a 4 temps. 1990: Forgotten Prisoners. 1993: Hear no Evil. 1995: Les Tourments du Destin. 1997: Breaking Up. 1999: The Living Winess. 2000: Steal This Movie.

"Autopsie d’un cri."

Succès public et critique lors de sa diffusion dans les annĂ©es 80, Autopsie d’un crime Ă©branla bien des spectateurs, bouleversĂ©s par l’Ă©tonnante prestance de Farrah Fawcett en victime asservie Ă  un mari tyrannique. Ă€ travers un rĂ©alisme brutal, rare dans le paysage tĂ©lĂ©visuel de l’Ă©poque, son intensitĂ© dramatique demeure d’autant plus Ă©prouvante que l’actrice y atteint le sommet de sa carrière. CouronnĂ© de multiples rĂ©compenses dans divers festivals, ce tĂ©lĂ©film aujourd’hui oubliĂ© reste un tĂ©moignage fort et bouleversant sur le sort des femmes battues, prisonnières d’une impĂ©riositĂ© machiste dĂ©nuĂ©e de toute morale.

Le pitch : Le 9 mars 1977, Francine Hughes quitte son foyer avec ses trois enfants après avoir incendiĂ© sa maison, son mari Ă  l’intĂ©rieur. ArrĂŞtĂ©e, elle est inculpĂ©e pour meurtre avec prĂ©mĂ©ditation. Devant le tribunal, elle livre le rĂ©cit de son calvaire : des annĂ©es d’humiliations et de coups infligĂ©s par un Ă©poux alcoolique. 

De par la douceur docile de Farrah Fawcett et un sujet que l’on aurait pu croire racoleur - ciblant prioritairement les mĂ©nagères de moins de cinquante ans - on pouvait craindre le pire. Pourtant, cette Ĺ“uvre conçue pour la tĂ©lĂ©vision surprend par l’intĂ©gritĂ© de sa mise en scène, sincèrement vouĂ©e Ă  la cause des femmes battues, et par la gravitĂ© nouvelle d’une actrice jusque-lĂ  star de sĂ©ries populaires. MalgrĂ© quelques facilitĂ©s inhĂ©rentes au format (notamment un procès un peu prĂ©cipitĂ©), Autopsie d’un crime Ă©vite le piège du voyeurisme et de la complaisance.

Ă€ travers une chronologie dĂ©clinante, Robert Greenwald nous expose le fait divers d’une femme abusĂ©e, broyĂ©e par la violence conjugale. Comment en arrive-t-on Ă  commettre l’irrĂ©parable, quand l’existence d’une Ă©pouse soumise n’est plus que terreur et coups ? Derrière les barreaux, Francine revit, par la voix de son avocat, les vicissitudes d’un passĂ© martyr : de sa première idylle - dĂ©jĂ  empreinte d’insidieuse domination - Ă  la tragĂ©die finale, imposĂ©e en dĂ©sespoir de cause. Le tribunal devra dĂ©terminer si le meurtre fut prĂ©mĂ©ditĂ© ou s’il relève d’une lĂ©gitime dĂ©fense.

TranscendĂ© par la performance bouleversante de Farrah Fawcett, visage tumĂ©fiĂ© et âme dĂ©faite, Autopsie d’un crime met en lumière les failles d’un système judiciaire incapable de protĂ©ger celles qui dĂ©noncent l’inacceptable. Sans esbroufe, le rĂ©cit dĂ©crit le quotidien d’une femme aimante, fidèle, entièrement dĂ©vouĂ©e Ă  son mari et Ă  ses enfants, jusqu’Ă  ce que la douceur bascule dans l’enfer. Après avoir trouvĂ© le courage de rompre, Francine doit encore subir les menaces d’un mari dĂ©chu, dĂ©cidĂ© Ă  reprendre ses enfants et Ă  la reconquĂ©rir par la force.


Son instinct maternel, la volontĂ© de garder ses enfants près d’elle, la pousse Ă  revenir vers lui - au pĂ©ril de sa vie. Par un rĂ©alisme d’une brutalitĂ© parfois insoutenable, le film met en exergue l’impuissance d’une femme seule face Ă  un bourreau qu’aucune autoritĂ© ne contraint. Greenwald montre avec rigueur comment une Ă©pouse terrorisĂ©e, mais vaillante, se heurte Ă  l’indiffĂ©rence du monde avant de commettre l’irrĂ©parable, faute d’avoir trouvĂ© aide et Ă©coute. Si Autopsie d’un crime Ă©meut, c’est grâce Ă  Fawcett : femme chĂ©tive, digne et rĂ©siliente, dont le regard usĂ© et le corps meurtri traduisent la vĂ©ritĂ© nue du dĂ©sespoir. Elle Ă©vite le pathos, et sa fragilitĂ© humble confère au film une puissance rare.


En dĂ©pit de son format tĂ©lĂ©visuel, Autopsie d’un crime s’impose comme un tĂ©moignage fort, Ă©loquent, sur la dĂ©tresse des femmes battues, incapables de convaincre l’autoritĂ© d’un État aveugle. Au-delĂ  de son Ă©pilogue..., demeure le souvenir d’un calvaire : celui d’une femme prisonnière d’un amour empoisonnĂ©. Solitude, honte, perte de soi… Le film rappelle que les femmes violentĂ©es se retrouvent souvent rĂ©duites au silence, au repli et Ă  la peur - jusqu’Ă  ce que la douleur devienne plus forte que la vie.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
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A Farrah...
Un grand merci Ă  film dvd vhs v3

05.06.12

Récompenses: Emmy Award 1985 du Meilleur Réalisateur Robert Greenwald, Meilleure Actrice pour Farrah Fawcett, Meilleur Acteur pour Richard Masur, Meilleur scénario pour Rose Leiman Goldemberg.
Golden Globe 1985, Meilleur Acteur pour Paul Le Mat, Meilleure Actrice pour Farrah Fawcett, Meilleur télé-film.


vendredi 1 juin 2012

ALUCARDA (Alucarda, la hija de las tinieblas)

                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site grotesqueinfestation.blogspot.com

de Juan Lopez Moctezuma. 1975. Mexique. 1h20. Avec Tina Romero, Claudio Brook, Lili Garza, Tina French, David Silva, Susana Kamini.

Sortie le 26 Janvier 1978

FILMOGRAPHIE: Juan Lopez Moctezuma est un acteur, scĂ©nariste et rĂ©alisateur mexicain, nĂ© en 1932 et  dĂ©cĂ©dĂ© le 2 AoĂ»t 1995 Ă  Mexico.
1973: The Mansion of Madness. 1975: Mary, Mary, Bloody Mary. 1977: Alucarda. 1987: Le Tueur
1994: El Alimento del Miedo.
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Le pitch: A sa naissance, Alucarda est adoptĂ©e par les nonnes d'un couvent sous les ordres de sa mère moribonde. Plusieurs annĂ©es ont passĂ© et la jeune fille fait la rencontre de Justine, une orpheline venue s'exiler dans le monastère. Ensemble, elles se lient d'une tendre amitiĂ© mais un jour elles libèrent une force dĂ©moniaque dans un cercueil. Depuis, les jeunes candides semblent tributaires de l'allĂ©geance du diable.  
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En pleine mouvance de démonologie issue de l'Exorciste de Friedkin, le mexicain Juan Lopez Moctezuma réalise deux ans plus tard un curieux film fantastique imprégné d'obscurantisme religieux. La première qualité de cette oeuvre étrange émane de sa nature singulière dans son alliage de culte spirituel, sorcellerie, superstitions et possession sataniste. Le réalisateur nous dépeignant ici une vision personnelle des affres de l'au-delà par l'entremise d'une communauté fondamentaliste. Justine et Alucarda sont deux jeunes filles abdiquées dès leur plus tendre enfance par leur famille. Elles se retrouvent embrigadées dans un couvent pour y vivre et subir une éducation drastique exposée aux valeurs de piété. Avides de liberté et d'épanouissement, elles décident un beau jour de partir en forêt pour y faire la rencontre d'étranges bohémiens. Elles pénètrent ensuite dans l'enceinte d'un bâtiment abandonné pour y libérer une force démoniaque inhumée dans un cercueil. C'est là qu'Alucarda va laisser libre court à son instinct libertaire, avouer son affection à son acolyte et se dévouer ensemble au satanisme en pactisant avec les forces du mal.


A travers ce canevas d'Ă©pouvante oĂą le Mal s'empare de l'esprit de deux nonnes candides, le rĂ©alisateur y dĂ©nonce le fanatisme religieux liĂ© aux superstitions sĂ©culaires au cours duquel un exorcisme moyenâgeux sera assujetti pour l'une d'entre elles. Juan Lopez Moctezuma insistant Ă  mettre en exergue la propagande sectaire entreprise par l'Ă©glise au cours des prières divines. Une doctrine inculquĂ©e auprès de nonnes terrifiĂ©es Ă  l'idĂ©e que l'Enfer puisse les diaboliser si leur foi vertueuse en Ă©tait souillĂ©e. Par la cause de cet endoctrinement et d'une existence fastidieuse, nos deux hĂ©roĂŻnes vont finalement se rĂ©conforter auprès du dĂ©mon pour y dĂ©couvrir une forme d'autonomie frondeuse. Livrant leur nouvelle Ă©thique sataniste aux autoritĂ©s religieuses, Justine va d'abord devoir se confronter au jugement d'un exorcisme entrepris par ses supĂ©rieurs. Attention spoiler ! Les Ă©vènements ultĂ©rieurs vont ensuite nous amener vers une vengeance dĂ©moniaque entreprise par Justine, exhumĂ©e de sa tombe ! Tandis qu'un mĂ©decin avisĂ© va tenter d'extraire Alucarda des forces du Mal, d'une manière plus pondĂ©rĂ©e que ses confrères anachronistes. Fin du spoiler. ÉmaillĂ© de plages horrifiques laissant parfois libre court Ă  une imagerie gore onirique, le film nous plonge dans un dĂ©lire festif oĂą l'emprise dĂ©moniaque fustige les fidèles de Dieu dans un apocalypse de feu. Certaines sĂ©quences de sensualitĂ© trouble ou de poĂ©sie morbide (l'exorcisme pratiquĂ© sur Justine ainsi que son exhumation sanglante, le sabbat Ă©rotique dans la forĂŞt ou encore le brasier final) faisant preuve d'imagination sans Ă©gale pour laisser dans l'esprit du spectateur une imagerie incandescente.

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Les Forces du Mal
Visuellement Ă©tonnant pour son emprunt Ă  un onirisme aussi bien macabre qu'insolite Ă©manant d'un climat paĂŻen natif du Mexique (l'accoutrement vestimentaire des nonnes semblables Ă  des momies obsolètes rajoutant notamment une aura indicible), Alucarda demeure une dĂ©lirante fantasmagorie sur le totalitarisme religieux. La conviction des interprètes mĂ©connus au charisme saillant rehaussant l'intensitĂ© Ă©motionnelle des enjeux satanistes pour se laisser dĂ©river vers une sarabande infernale Ă  l'atmosphère chimĂ©rique. A ne pas rater !  

Dédicace à l'Univers Fantastique de la Science-Fiction
01.06.12
Bruno Matéï

                                     

mercredi 30 mai 2012

Prometheus

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site critique-film.fr   

de Ridley Scott. 2011. U.S.A. 2h02. Avec Noomi Rapace, Michael Fassbender, Charlize Theron, Idris Elba, Guy Pearce, Logan Marshall-Green, Sean Harris, Rafe Spall, Emun Elliott, Benedict Wong.

Sortie salles France: 30 Mai 2012. U.S: 8 Juin 2012

FILMOGRAPHIE (Info Wikipedia)Ridley Scott est un rĂ©alisateur et producteur britannique nĂ© le 30 Novembre 1937 Ă  South Shields.
1977: Duellistes. 1979: Alien. 1982: Blade Runner. 1985: Legend. 1987: TraquĂ©e. 1989: Black Rain. 1991: Thelma et Louise. 1992: 1492: Christophe Colomb. 1995: Lame de fond. 1997: A Armes Egales. 2000: Gladiator. 2001: Hannibal. 2002: La Chute du faucon noir. 2003: Les AssociĂ©s. 2005: Kingdom of heaven. 2006: Une Grande AnnĂ©e. 2007: American Gangster. 2008: Mensonges d'Etat. 2010: Robin des Bois. 2012: Prometheus

 
PitchUne Ă©quipe de scientifiques met le cap sur une planète hostile, guidĂ©e par une carte gravĂ©e dans une grotte, promesse de percer l’origine de la vie. Ă€ bord de cette expĂ©dition, Elizabeth et son ami Charlie espèrent rencontrer nos crĂ©ateurs sur la planète LV-223. 

Trente-trois ans après Alien, Ridley Scott, épaulé par Damon Lindelof et John Spaihts, concrétise enfin le rêve de millions de fans : offrir une préquelle à son mythe, relancer la franchise, explorer de nouveaux horizons spéculatifs et séduire une génération fraîche.

Spectacle de science-fiction d’une sobriĂ©tĂ© presque sacrĂ©e, Prometheus brille d’abord par sa photogĂ©nie rugueuse, ce règne interlope imprĂ©gnĂ© de mystère avant le fracas d’un cataclysme terrestre. Ă€ la manière de son aĂ®nĂ©, Scott orchestre Ă  nouveau l’excursion ombrageuse d’une compagnie d’explorateurs venus dissĂ©quer l’origine de la vie Ă  travers une carte symbolique. Sur place, au cĹ“ur d’une cavitĂ© rocheuse Ă  l’atmosphère irrespirable, ils affrontent une cascade d’Ă©nigmes : apparitions furtives d’humanoĂŻdes virtuels, corps momifiĂ© d’un extraterrestre, sculptures et monuments gravĂ©s dans les remparts d’un sous-sol oĂą palpite une technologie funeste.

Avec une ambition formelle intacte, Ridley Scott s’approprie les codes de la mythologie dans une mise en abyme vertigineuse, rĂ©interprĂ©tant un univers opaque, irrĂ©sistiblement inquiĂ©tant. L’immersion est totale : artiste virtuose, dĂ©miurge des grands dĂ©cors organiques d’une planète caverneuse, Scott ravive la fascination pour des images inĂ©dites, nous plongeant dans une galaxie de brumes et de questions, en Ă©cho Ă  l’origine de notre propre chaos. MaĂ®tre d’un suspense souterrain, Prometheus exhale une atmosphère d’abandon et d’isolement autour d’une Ă©quipe de chercheurs dĂ©passĂ©s par un antagoniste insidieux.

Les enjeux humains s’Ă©chinent sur leurs Ă©paules fragiles : survivre, sauver la Terre, sauver leur foi. Sans hĂ©roĂŻsme guerrier superflu, leurs choix contradictoires et leur mĂ©taphysique vacillante se heurtent au chaos. Mention spĂ©ciale Ă  Naomi Rapace, hĂ©roĂŻne opiniâtre Ă©cartelĂ©e entre science et mysticisme, et Ă  Michael Fassbender, androĂŻde Ă©quivoque, traĂ®tre charmant et faux confident. Des scientifiques Ă  la psychologie taillĂ©e dans la crainte et l’espĂ©rance, piĂ©gĂ©s par une Ă©volution toxique sous la tutelle d’un esprit perfide. Et pourtant, leur quĂŞte dĂ©clinante, hantĂ©e par l’idĂ©e d’un dieu crĂ©ateur prĂŞt Ă  anĂ©antir sa propre progĂ©niture, interroge notre soif de croire pour ne pas mourir de savoir.

 
Je ne sais rien mais c'est ce que je choisi de croire
Si tant de questions restent suspendues (pourquoi ces IngĂ©nieurs veulent-ils Ă©radiquer la Terre ? Que dissimulent rĂ©ellement ces armes biologiques ?), Prometheus reste dense, tangible, convaincant - parfois mĂŞme terrifiant - et pose les fondations d’une franchise renouvelĂ©e. Spectaculaire, esthĂ©tiquement fascinant, impressionnant : l’avortement forcĂ© devient scène d’anthologie horrifique, la cruautĂ© de certaines mises Ă  mort renforce son cauchemar organique. En prime, un nouvel antagoniste Ă©sotĂ©rique, humanoĂŻde accouplĂ© Ă  une forme bien connue des amateurs, dĂ©voilĂ©e ici dans sa gestation primitive.

Ce n’est peut-ĂŞtre pas le chef-d’Ĺ“uvre promis, mais la dĂ©mesure de Ridley Scott fait de Prometheus un grand film d’anticipation sur l’horreur d’une menace inconnue, l’infini qui nous Ă©chappe - et la brĂ»lure de vouloir en percer le sens.

La critique de Gilles Rollandhttp://www.onrembobine.fr/critiques/critique-prometheus
30.05.12
Bruno 


mardi 29 mai 2012

Pulsions / Dressed to Kill

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site CulturBisZ

de Brian De Palma. 1980. U.S.A. 1h45. Avec Angie Dickinson, Michael Caine, Nancy Allen, Keith Gordon, Dennis Franz, David Margulies, Ken Baker, Susanna Clemm, Brandon Maggart, Amalie Collier.

Sortie salles France: 15 Mars 1981. U.S: 23 Juin 1980
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RĂ©compense: Saturn Award de la meilleure actrice pour Angie Dickinson, en 1981.

FILMOGRAPHIEBrian De Palma, de son vrai nom Brian Russel DePalma, est un cinĂ©aste amĂ©ricain d'origine italienne, nĂ© le 11 septembre 1940 Ă  Newark, New-Jersey, Etats-Unis. 1968: Murder Ă  la mod. Greetings. The Wedding Party. 1970: Dionysus in'69. Hi, Mom ! 1972: Attention au lapin. 1973: Soeurs de sang. 1974: Phantom of the paradise. 1976: Obsession. Carrie. 1978: Furie. 1980: Home Movies. Pulsions. 1981: Blow Out. 1983: Scarface. 1984: Body Double. 1986: Mafia Salad. 1987: Les Incorruptibles. 1989: Outrages. 1990: Le BĂ»cher des vanitĂ©s. 1992: l'Esprit de Cain. 1993: l'Impasse. 1996: Mission Impossible. 1998: Snake Eyes. 2000: Mission to Mars. 2002: Femme Fatale. 2006: Le Dahlia Noir. 2007: Redacted.
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Après avoir enchaĂ®nĂ© les rĂ©ussites (SĹ“urs de sang, Phantom of the Paradise, Obsession, Carrie), Brian De Palma puise, pour entreprendre Pulsions, dans une blessure intime - ce souvenir d’enfance oĂą sa mère lui demanda de pister son père, soupçonnĂ© d’adultère - et dans un fait divers sur des meurtres au sein de la communautĂ© gay des annĂ©es 70.

Synopsis: Kate Miller est une femme en manque, inassouvie par son mari, frustrĂ©e dans sa chair. Elle consulte le psychiatre Robert Elliot pour tenter de comprendre cette fĂŞlure intime. Quelques instants après l’entretien, elle s’aventure dans un musĂ©e et y croise un charmeur invĂ©tĂ©rĂ©. Après une nuit fiĂ©vreuse, elle se fait assassiner Ă  coups de rasoir dans l’Ă©troitesse d’un ascenseur, sous les yeux d’une prostituĂ©e. Cette dernière, interrogĂ©e par la police, dĂ©crit une silhouette fĂ©minine : une grande blonde aux lunettes noires. Mais dĂ©jĂ , le fils de Kate mène sa propre enquĂŞte pour dĂ©masquer l’assassin..

 
"Le reflet tue".
Sorti en 1980, Pulsions s’impose comme l’un des titres phares du thriller Ă©rotique des annĂ©es 80. Hommage ironique Ă  Psychose - humour salace Ă  l’appui - De Palma renoue avec l’art d’Hitchcock, maniant la roublardise et le trompe-l’Ĺ“il dans un jeu de miroirs et de faux-semblants. Dès le prologue, une scène charnelle sous une douche embuĂ©e : notre hĂ©roĂŻne se caresse langoureusement devant l’indiffĂ©rence de son mari… avant qu’un inconnu surgisse pour tenter de la violer. Un leurre soigneusement orchestrĂ©. Tout le film repose sur ce principe du simulacre, des pulsions travesties, pour mieux nous Ă©garer dans un suspense millimĂ©trĂ©.

La sĂ©quence de filature dans le musĂ©e, oĂą une femme s’offre au regard, puis se fait elle-mĂŞme proie, est d’une perversitĂ© fascinante. L’Ă©change de regards, la drague improvisĂ©e, la montĂ©e du dĂ©sir culminent dans l’espace confinĂ© d’un taxi, puis sous les draps. Un peu plus tard, on apprend que l’amant est porteur d’une MST. Rebondissement cruel, qui ajoute Ă  l’anxiĂ©tĂ© de la victime - juste avant sa mort, violente, sèche, dans l’ascenseur.

Ce meurtre emblĂ©matique, chorĂ©graphiĂ© comme une agression symphonique, tĂ©moigne d’une maĂ®trise redoutable du montage. Le rasoir fend l’espace avec prĂ©cision gĂ©omĂ©trique. Le visage de la victime se fige dans l’effroi. Le reflet dans le miroir laisse entrevoir l’assassin : silhouette androgyne, en manteau noir, armĂ©e d’un Ă©clat mĂ©tallique. La call-girl, tĂ©moin impuissant, deviendra Ă  son tour la cible. Dans une scène de mĂ©tro d’une tension presque insupportable, elle fuit, traquĂ©e Ă  la fois par le tueur et par une bande de dĂ©linquants lubriques. Quand elle appelle un policier Ă  l’aide, ses harceleurs ont dĂ©jĂ  disparu... mais le danger, lui, est toujours lĂ . Et le spectateur, Ă  nouveau, se fait piĂ©ger.

De Palma orchestre un vertigineux ballet d’apparences, de jeux de rĂ´le, d’ambiguĂŻtĂ©s. Sa mise en scène glisse insensiblement du thriller clinique vers l’Ă©rotisme dĂ©rangĂ©. La seconde partie, portĂ©e par une enquĂŞte bicĂ©phale - prostituĂ©e dĂ©terminĂ©e et jeune bricoleur fĂ©ru d’Ă©lectronique - intensifie l’intrigue jusqu’Ă  un final aussi cynique que retors. Un dernier twist, une rĂ©vĂ©lation glaçante… puis une pirouette, une ultime boutade. Retour Ă  l’imaginaire sexuel. La boucle est bouclĂ©e.

Sensuel, provocant, charnel, Pulsions est un jeu de sĂ©duction avec la mort. Un canular impudique, oĂą la sexualitĂ© refoulĂ©e explose en fantasmes meurtriers. PortĂ© par la musique lascive de Pino Donaggio, sublimĂ© par un esthĂ©tisme immaculĂ©, interprĂ©tĂ© par deux femmes-objets aussi troublantes que sacrifiĂ©es, ce chef-d’Ĺ“uvre du thriller voyeuriste reste une leçon de mise en scène. Une Ă©nigme sensuelle, tapie dans un Ă©crin de violence froide.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

30.05.12. 4èx
 

lundi 28 mai 2012

Les Diables / The Devils

                                                    
                                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Facebook

de Ken Russell. 1971. Angleterre. 1h52. Avec Oliver Reed, Vanessa Redgrave, Dudley Sutton, Max Adrian, Gemma Jones, Murray Melvin, Michael Gothard, Georgina Hale, Brian Murphy, Christopher Logue.

Sortie salles France: 29 Octobre 1971. U.S: 16 Juillet 1971

FILMOGRAPHIE: Ken Russell est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur, producteur, monteur et directeur de la photographie britannique nĂ© le 3 juillet 1927 Ă  Southampton.
1967 : Un cerveau d'un milliard de dollars, 1969 : Love , 1970 : The Music Lovers, 1971 : Les Diables, 1971 : The Boy Friend, 1972 : Savage Messiah, 1974 : Mahler, 1975 : Tommy, 1975 : Lisztomania, 1977 : Valentino, 1980 : Au-delà du réel, 1984 : Les Jours et les nuits de China Blue,1986 : Gothic, 1988 : Salome's Last Dance , 1988 : Le Repaire du ver blanc ,1989 : The Rainbow ,1991 : La Putain, 2002 : The Fall of the Louse of Usher, 2006 : Trapped Ashes segment "The Girl with Golden Breasts".

 
 
"Les Diables : une messe noire pour la tolĂ©rance". 
Chef-d'Ĺ“uvre d'hystĂ©rie ecclĂ©siastiqueLes Diables relate, avec une provocation couillue, l’affaire de Loudun dans les annĂ©es 1630. Cette chasse aux sorcières, fomentĂ©e par le cardinal de Richelieu, fut une manĹ“uvre politique destinĂ©e Ă  Ă©radiquer le père Urbain Grandier, prĂŞtre libertin et militant de la cause protestante. En 1634, Ă  Loudun, Grandier devient la proie des convoitises de nonnes cloĂ®trĂ©es. Tandis que Richelieu souhaite abattre les remparts du temple religieux, Mère Jeanne des Anges, secrètement Ă©prise de Grandier, fomente de graves accusations de sorcellerie Ă  son encontre.
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Ĺ’uvre frappadingue d’une audace incongrueLes Diables est une spirale de folie pure oĂą l’intolĂ©rance et le fanatisme religieux se nourrissent de superstitions dĂ©moniaques. Ken Russell, en pourfendeur furieux, pousse le dĂ©lire et l’aliĂ©nation jusqu’Ă  l’extrĂŞme pour mieux exposer l’absurditĂ© des mentalitĂ©s fondamentalistes. Sa mise en scène, dĂ©mesurĂ©e, Ă©rige l’architecture baroque en théâtre de la dĂ©mence. Il y narre le dĂ©clin d’un abbĂ©, homme de foi mais sexuellement affranchi, emportĂ© dans le chaos par la jalousie d’une religieuse bossue, mentalement Ă©garĂ©e. AcculĂ© devant un tribunal pour sorcellerie, Grandier devient l’agneau sacrificiel d’une mascarade inquisitoriale. Soumises Ă  la torture, d’autres nonnes se laissent prendre au simulacre, trouvant lĂ  une Ă©trange dĂ©livrance. SauvĂ©es in extremis d’une mort certaine par un exorciste dĂ©vorĂ© de zèle, elles sombrent dans une orgie furieuse pour s’affranchir de leurs frustrations charnelles. Tout autour, les badauds assistent, complices et voyeurs, Ă  cette sarabande infernale.

 
Scènes scabreuses, psychĂ©s torturĂ©es, visions hallucinĂ©es : Les Diables est une descente aux enfers sans filet. Un dĂ©lire historico-emphatique oĂą l’ombre d’un pouvoir thĂ©ocratique pousse les ĂŞtres Ă  leurs instincts les plus vils, pour mieux condamner un homme d’Ă©glise portĂ© par la tolĂ©rance. CinĂ©aste expĂ©rimental et tĂ©mĂ©raire, Ken Russell nous emporte dans un cauchemar frĂ©nĂ©tique, oĂą l’hystĂ©rie collective secoue le spectateur sans jamais verser dans le racolage. Si certaines images heurtent par leur cruditĂ©, le film Ă©vite la complaisance, prĂ©fĂ©rant dĂ©noncer une rĂ©alitĂ© historique effrayante : celle d’un fanatisme qui consume tout sur son passage. IrriguĂ© d’un florilège d’images scandaleuses, outrancières, subversives, Les Diables n’oublie jamais de rĂ©vĂ©ler la dimension humaine d’un prĂŞtre libĂ©ral. Le calvaire d’un homme de Dieu, fustigĂ© par un État totalitaire et trahi par les siens, alors que sa seule Ă©thique Ă©tait d’offrir tolĂ©rance et charitĂ©.

Dans le rĂ´le de Grandier, Oliver Reed incarne son personnage avec une vĂ©ritĂ© humaine, pugnace, dĂ©sabusĂ©e, dans une quĂŞte rĂ©demptrice pour prouver Ă  un tribunal biaisĂ© qu’il n’a jamais reniĂ© Dieu. Son courage inflexible face Ă  la torture, sa dignitĂ© face au bĂ»cher, Ă©lèvent sa foi en la libertĂ© jusqu’Ă  l’incandescence. Et Vanessa Redgrave, dans le rĂ´le de Mère Jeanne — Ă©trangement suave —, glace le sang en martyre estropiĂ©e rongĂ©e par la jalousie et les visions christiques. Son profil pathologique, tout en fĂŞlures, nous terrifie autant qu’il nous Ă©meut, emportĂ© par une dĂ©chĂ©ance mentale nourrie par l’idĂ©ologie puritaine.

"La foi en flammes". 
Pamphlet furieux contre l’intĂ©grisme religieux et l’inquisition, Les Diables reste un tĂ©moignage sans fard d’une Ă©poque effrayĂ©e par la rĂ©forme. HystĂ©rique, choquant dans sa reprĂ©sentation des « possĂ©dĂ©es de Loudun », ce chef-d’Ĺ“uvre blasphĂ©matoire sacralise pourtant une chose essentielle : l’ode Ă  la tolĂ©rance.
 
*Bruno
Dédicace à David Soleau
29.05.12