mardi 12 mars 2024

La Grande attaque du Train d'or / The First Great Train Robbery. Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur scénario

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Michael Crichton. 1978. Angleterre.1h51. Avec Sean Connery, Donald Sutherland, Lesley-Anne Down, Malcolm Ferris, Alan Webb, Pamela Salem.

Sortie salles France: 18 Avril 1979. Angleterre: 14 Décembre 1978

FILMOGRAPHIE: Michael Chrichton est un écrivain, scénariste, producteur et réalisateur américain, né le 23 Octobre 1942, décédé le 4 Novembre 2008 à Los Angeles. 1972: Pursuit (télé-film inédit en France). 1973: Mondwest. 1978: Morts Suspectes. 1979: La Grande Attaque du Train d'or. 1981: Looker. 1984: Runaway, l'évadé du futur. 1989: Preuve à l'appui (Physical Evidence).

Bijou de film de casse transplantĂ© dans l'Ă©poque victorienne Ă  bord d'un train sĂ©culaire, La Grande attaque du train d'or resplendit de 1000 feux sous l'impulsion du trio gagnant: Sean Connery, Donald Sutherland ainsi que la ravissante (et oh combien charnelle !) Lesley-Anne Down. L'inoubliable auteur Michael Crichton (Mondwest, Morts Suspectes, Looker, Runaway l'Ă©vadĂ© du Futur, excusez du peu !) structurant essentiellement son rĂ©cit sur les prĂ©paratifs, combines et actions (savamment coordonnĂ©es) du cambriolage exĂ©cutĂ©s avec un art artisanal eu Ă©gard des cascades finales que Sean Connery Ă©labore sur les toits des voitures de la locomotive avec un rĂ©alisme dĂ©coiffant. Si bien qu'il n'est point doublĂ© ! Ainsi, Ă  travers ces profils de gangsters anti-manichĂ©ens on s'Ă©tonne d'autant plus de certains Ă©carts cruels que le rĂ©alisateur se permet audacieusement d'injecter (le sort imparti Ă  un second-rĂ´le) au sein d'un divertissement grand public soigneusement reconstituĂ©. On peut d'ailleurs hĂ©las franchement dĂ©plorer (et accuser) la dĂ©rive d'une sĂ©quence abjecte de snuff animalier lorsqu'un chien (un Jack Russell) se rĂ©jouit de dĂ©vorer vivants des rats piĂ©gĂ©s au sein d'une areine face Ă  une foule de parieurs en liesse. 

Mais bon, en dĂ©pit de cette sĂ©quence intolĂ©rable flirtant avec le mauvais goĂ»t et le sadisme le plus vil et lâche, La Grande attaque du train d'or reste un divertissement de haute volĂ©e n'ayant rien Ă  envier Ă  la sĂ©rie Mission Impossible. Alors que le rĂ©cit improbable mais si bluffant de rĂ©alisme s'inspire toutefois d'une histoire vraie. Et c'est ce qui rend passionnante cette aventure rĂ©tro que de nous relater avec souci du dĂ©tail technique et formel les nombreuses missions (Ă  haut risque) de notre trio malfaiteur repoussant incessamment les limites du risque et du courage avec audace incongrue. Les monstres sacrĂ©es Sean Connery / Donald Sutherland se taillant une carrure snobĂ©e de cambrioleurs infiniment retors afin de duper leur entourage lors de subterfuges insensĂ©s qu'Ă©paule en faire-valoir Lesley-Anne Down de son charme girond Ă©vanescent. Le tout irriguĂ© en intermittence d'humour, de lĂ©gèretĂ©, d'Ă©rotisme badin et de cocasserie au sein d'un rĂ©alisme historique contrastĂ© comme susnommĂ© plus haut. Une rĂ©fĂ©rence donc qu'il serait temps de ranimer afin de le faire connaĂ®tre au plus grand nombre comme le souligne avec tant de dynamisme la partition primesautière de Jerry Goldsmith

*Bruno

                                     

Anecdote (source Wikipedia):

Sean Connery a réalisé toutes les cascades sur le toit du train : équipé de chaussures à semelle de caoutchouc, marchant sur le toit des voitures recouvert pour l'occasion de surfaces adhérentes, il eut des difficultés à garder les yeux ouverts en raison de la fumée et des cendres émises par la locomotive, d'autant plus que le train roulait plus vite qu'on lui avait annoncé (40 miles à l'heure au lieu de 20). Il faillit tomber du train lors d'un saut entre deux voitures. De même, Wayne Sleep, qui incarne Willy l'anguille, a également réalisé lui-même les escalades notamment celle du mur de la prison (il était un des plus brillants danseurs classiques britanniques, faisant partie de la prestigieuse Royal Ballet Company)

mardi 5 mars 2024

Mais qui a tué Harry ? / The Trouble with Harry

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Wikimedia.org

d'Alfred Hitchcock. 1955. Angleterre. 1h39. Avec Edmund Gwenn, John Forsythe, Shirley MacLaine, Mildred Natwick, Mildred Dunnock, Jerry Mathers, Royal Dano

Sortie salles France: 14 Mars 1956. Angleterre: 13 Avril 1955

FILMOGRAPHIE: Alfred Hitchcock est un réalisateur, producteur et scénariste anglo américain, né le 13 Août 1899, décédé le 29 Avril 1980. 1935: Les 39 Marches. 1936: Quatre de l'Espionnage. Agent Secret. 1937: Jeune et Innocent. 1938: Une Femme Disparait. 1939: La Taverne de la Jamaique. 1940: Rebecca. Correspondant 17. 1941: Soupçons. 1942: La 5è Colonne. 1943: l'Ombre d'un Doute. 1944: Lifeboat. 1945: La Maison du Dr Edward. 1946: Les Enchainés. 1947: Le Procès Paradine. 1948: La Corde. 1949: Les Amants du Capricorne. 1950: Le Grand Alibi. 1951: L'Inconnu du Nord-Express. 1953: La Loi du Silence. 1954: Le Crime était presque parfait. Fenêtre sur cour. 1955: La Main au Collet. Mais qui a tué Harry ? 1956: l'Homme qui en savait trop. Le Faux Coupable. 1958: Sueurs Froides. 1959: La Mort aux Trousses. 1960: Psychose. 1963: Les Oiseaux. 1964: Pas de Printemps pour Marnie. 1966: Le Rideau Déchiré. 1969: l'Etau. 1972: Frenzy. 1976: Complot de Famille.


VĂ©ritable bijou de comĂ©die romantique irriguĂ© d'humour noir lors d'une pĂ©riode oĂą le public fut peu habituĂ© Ă  frĂ©quenter rupture de ton aussi dĂ©calĂ©e (d'oĂą son succès timorĂ© Outre-Atlantique), Mais qui a tuĂ© Harry ? est un rĂ©gal de tendresse, de cocasserie et de fantaisie autour de 2 couples en Ă©veil sentimental s'interrogeant sur la mort d'un cadavre arborĂ© sur la pelouse verdoyante d'une plaine automnale. Alfred Hitchcock magnifiant au possible chaque plan de sa scĂ©nographie bucolique au point de s'Ă©blouir constamment de son esthĂ©tisme flamboyant fleurant bon l'insouciance, la sĂ©rĂ©nitĂ©, la joie de vivre auprès de ce hameau du Vermont que nos couples rĂ©sident en toute tranquillitĂ© (ou presque). Ce qui contraste indubitablement avec cette dĂ©couverte macabre que ceux-ci n'auront de cesse de frĂ©quenter en s'efforçant de trouver une rĂ©solution Ă  leurs Ă©ventuelles culpabilitĂ©s. Quand bien mĂŞme d'autres tĂ©moins, tels le jeune garçon Arnie, le mĂ©decin du coin ou encore ce clochard, vont Ă©galement rencontrer sur leur chemin alĂ©atoire cette Ă©trange dĂ©couverte dĂ©nuĂ©e de raison. Divertissement finaud fondĂ© sur les rapports de force (tranquille) de ces deux couples nantis d'une attitude aussi nonsensique que dĂ©complexĂ©e, Mais qui a tuĂ© Harry ? distille avec une fine Ă©motion badine et empathique une ambiance romantico-macabre qui n'appartient qu'Ă  lui. 

D'oĂą la sensation capiteuse de revoir une oeuvre indĂ©modable par son alliage de genres contradictoires ici idoines afin de nous surprendre par son originalitĂ© audacieuse, pour ne pas dire politiquement incorrecte. Outre le talent distinguĂ© de ses comĂ©diens des annĂ©es 50 admirablement dirigĂ©s par un maĂ®tre du suspense dĂ©sireux d'y bousculer nos attentes, on est d'autant plus sĂ©duit par la première apparition Ă  l'Ă©cran de Shirley Maclaine du haut de ses 20 ans en veuve placide apprenant peu Ă  peu Ă  s'attacher auprès d'un peintre ambitieux non dupe de son charme Ă©purĂ©. Alfred Hitchcock composant ses images picturales Ă  l'instar d'une fresque onirique tant cette nature automnale semble s'extraire d'un Eden oubliĂ© que le spectateur perçoit avec une immersion proĂ©minente. Il faut d'ailleurs savoir que par souci perfectionniste les feuilles de plusieurs arbres de la vallĂ©e du Vermont ont Ă©tĂ© recollĂ©es sur leurs branches puis peintes Ă  la main par les dĂ©coristes Ă  cause d'un violent orage ! Il est donc indispensable de redĂ©couvrir ce chef-d'oeuvre formel en qualitĂ© HD pour en saisir toute ses nuances sous l'impulsion de romances attendries terriblement attachantes Ă  travers ses moults rĂ©pliques Ă  la fois bienveillantes, contrariĂ©es (ou si peu) et lestement sarcastiques. A revoir d'urgence. 


*Bruno
3èx. vo

Ci-joint l'analyse pertinente de DVDCLASSIKMais qui a tué Harry ? de Alfred Hitchcock (1955) - Analyse et critique du film - DVDClassik

samedi 2 mars 2024

Les Enfants des Autres

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Rebecca Zlotowski, 2022. France. 1h44. Avec Virginie Efira, Roschdy Zem, Victor Lefebvre, Chiara Mastroianni, Callie Ferreira-Goncalves, Yamée Couture.

Sortie salles France: 21 Septembre 2022

FILMOGRAPHIERebecca Zlotowski est une scĂ©nariste, rĂ©alisatrice et actrice française, nĂ©e le 21 avril 1980 Ă  Paris. 2010 : Belle Épine. 2013 : Grand Central. 2019 : Une fille facile. 2022 : Les Enfants des autres. 

                       "Savoir cueillir les silences entre les mots et les remplir de sens, d'humanitĂ©."

MĂ©lo dĂ©pouillĂ© auprès de sa constante bienveillance inondant le mĂ©trage entre lyrisme, tendresse et bonne humeur existentielle, les Enfants des Autres est Ă  nouveau un coup de <3 Ă©motif sous l'impulsion luminescente de Virginie Efira (quelle imparable franchise dĂ©complexĂ©e !) accompagnĂ©e ici de la force tranquille et de suretĂ© de Roshdy Zem. Pour rappel, un des plus grands acteurs français comme il le prouve Ă  nouveau ici en paternel indĂ©cis ballotĂ© entre l'amour pour sa fille de 7 ans, Leila, pour son ex Alice (incarnĂ©e par Chiara Mastroianni, excusez du peu) et pour sa nouvelle compagne Rachel (Virginie Efira) que le rĂ©cit illustre lestement auprès d'une quotidiennetĂ© sentimentale gratifiante faisant honneur Ă  leur maturitĂ© parentale. Or, les tenants et aboutissants de ce duo Ă©panoui finiront par Ă©clore lors de l'ultime demi-heure pour la remise en question maternelle de Rachel du fait de son âge, de son trauma infantile lui causant sa peur de l'engagement et de sa nouvelle conquĂŞte amoureuse qu'elle partage tendrement avec Ali lors de sĂ©quences intimes inscrites dans une quiĂ©tude communicative. Quand bien mĂŞme la fille de celui-ci, Leila, navigue entre l'amour pour sa mère et cette nouvelle Ă©trangère pour autant accorte, attendrissante, soucieuse de la prĂ©server dans sa posture maternele altruiste. 

Une belle-mère courtoise proche des autres (comme elle le prouve par ailleurs dans sa fonction Ă©ducatice de prof de Français auprès d'un Ă©tudiant), s'efforçant de la chĂ©rir afin d'y consolider son nouveau couple en voie d'accomplissement. La rĂ©alisation pleine de pudeur, d'onirisme naturaliste et d'attention pour ses personnages Ă  la fois lumineux et dĂ©pitĂ©s demeurant sans fioriture afin de privilĂ©gier un rĂ©alisme existentiel sans pathos. Notamment en empruntant d'une certaine manière la dĂ©marche du conte romantique (on peut mĂŞme y voir des clins d'oeil au cinĂ©ma muet, Chaplin proritairement) Ă  l'Ă©pilogue nullement plombant. Les Enfants des autres se dĂ©clinant en sensible rĂ©flexion sur le besoin innĂ© d'une maternitĂ© (salvatrice) qu'une belle-mère peine a exaucer auprès de son parcours personnel compromis par l'absence d'une mère. Vortex d'Ă©motions tendres, amoureuses, exaltantes avant de chavirer doucement vers une dramaturgie rigoureusement discrète et timorĂ©e de par le tact de cette rĂ©alisation auscultant les sentiments de ses adultes pleins de discernement et de sagesse d'esprit, Les Enfants des Autres nous donne finalement furieusement envie d'aimer et de croire en l'autre au moment propice de notre destinĂ©e gagnĂ©e par le positivisme, la confiance en soi, l'ambition, la gĂ©nĂ©rositĂ© d'embrasser le monde. Ce que suggère ce final anthologique inscrit dans l'Ă©quilibre, le non-dit auprès de la dĂ©ambulation tranquille de Virginie Efira ensorcelant une ultime fois l'Ă©cran avec une faveur dĂ©sarmante de naturel. 

*Sam Malone

mercredi 28 février 2024

Rien Ă  Perdre. Prix d'Ornano-Valenti, Deauville 2023.

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Delphine Deloget. 2023. France. 1h52. Avec Virginie Efira, Félix Lefebvre, Arieh Worthalter, Mathieu Demy, India Hair.

Sortie salles France: 22 Novembre 2023

FILMOGRAPHIEDelphine Deloget est une rĂ©alisatrice et documentariste, nĂ©e en 1975 Ă  Paimpol. 
2023 : Rien Ă  perdre

A croire que Virginie Efira transforme en or tout ce qu'elle touche (ou presque) si bien que Rien a perdre prouve Ă  nouveau qu'au sein du paysage (trop souvent) formatĂ© du cinĂ©ma Français, celui, indĂ©pendant, rĂ©vèle Ă  nouveau que nous sommes capables d'offrir le meilleur lorsqu'il s'agit d'une auteure aussi scrupuleuse que Delphine Deloget, rĂ©alisatrice, documentariste et historienne (si j'ose dire en me rĂ©fĂ©rant Ă  sa "maĂ®trise universitaire" et Ă  ses documentaires de guerre) de mettre en exergue un rĂ©cit dramatique aussi sobre que sans fioriture. Car dĂ©nonçant sans ambages la dĂ©shumanisation en roue libre (euphĂ©misme !) d'une administration judiciaire après avoir placĂ© un enfant difficile dans un foyer Ă  la suite d'un accident domestique, Rien Ă  Perdre est un uppercut Ă©motionnel littĂ©ralement improbable quant Ă  la descente aux enfers d'une mère aimante s'acharnant Ă  hurler son innocence pour y rĂ©cupĂ©rer son enfant. La faute, incongrue, incombant Ă  ce système administratif et Ă  ces pions mĂ©disants aveuglĂ©s par leur dĂ©ontologie castratrice car finalement dĂ©nuĂ©e de discernement Ă  force de daigner pĂ©server Ă  tous prix le sort (potentiellement) prĂ©caire d'un mineur fĂ©ru d'amour pour sa mère mais sombrant peu Ă  peu dans une hyper activitĂ© volcanique Ă  force d'injustice, de solitude, d'embrigadement, d'absence paternelle. 

Et c'est ce qui fait la force et la fureur de ce rĂ©cit implacable de tĂ©moigner de façon aussi dĂ©sarmante que cette maman battante un tantinet instable (un penchant un peu trop rĂ©current pour les beuveries entres amis au grand dam de ses responsabilitĂ©s maternelles) son inĂ©puisable Ă©preuve de force morale (jusqu'au point de non retour) que l'on subit comme un Ă©prouvant fardeau avant sa conclusion (lestement) en suspens. Et si Rien Ă  perdre demeure aussi captivant que passionnant Ă  travers sa mĂ©ticuleuse retranscription d'une quotidiennetĂ© familiale subitement minĂ©e par la morositĂ©, le doute, l'apprĂ©hension, l'espoir puis la dĂ©sillusion (prĂ©judiciable), il le doit beaucoup Ă  la sobriĂ©tĂ© de sa rĂ©alisation "documentĂ©e", prise sur le vif, et de ses comĂ©diens expressifs trouvant le ton juste d'un jeu d'intĂ©gritĂ© afin d'Ă©viter Ă©galement de plomber le rĂ©cit dans une sinistrose trop appuyĂ©e. Virginie Efira crevant comme de coutume l'Ă©cran auprès de sa force Ă©motionnelle puis sa fatale fragilitĂ© dĂ©nuĂ©e de fard (tant physique que morale) en maman esseulĂ©e repoussant incessamment l'emprise de l'injustice avec une dignitĂ© (modĂ©rĂ©ment) bouleversante. Ses prises de conscience, ses dĂ©rapages, ses accès de fureur, parfois incontrĂ´lĂ©es, et ses baisses de tension dĂ©pressive donnant lieu Ă  des sĂ©quences Ă©motionnelles magnĂ©tiques dans sa condition erratique pour autant lucide quant aux reflets de sa tendresse maternele irrĂ©cusable.    

Cri d'alarme contre les failles d'une administration judiciaire abusant de leur pouvoir pour mettre Ă  terre une maman Ă©plorĂ©e ayant fautĂ© Ă  son rĂ´le maternel lors d'un incident de parcours pardonnable, Rien Ă  perdre s'avère rĂ©ellement terrifiant face aux exactions d'une implacable machine administrative ici inarĂ©table d'y retirer la garde d'un enfant au point d'y dissoudre toute une cellule familiale au bord du prĂ©cipice. Et pour une première oeuvre sociĂ©tale forcĂ©ment d'utilitĂ© publique, Delphine Deloget frappe dĂ©jĂ  fort au point de trĂ´ner Rien Ă  Perdre comme l'un des meilleurs films de l'annĂ©e 2023. 

*Sam Malone 

Récompenses:

Festival du film francophone d'Angoulême 2023 : Valois des étudiants

Festival du cinéma américain de Deauville 2023 : Prix d'Ornano-Valenti

                                                             Ce qu'en pense la presse: 


vendredi 23 février 2024

L'Effet Papillon / The Butterfly Effect. Prix du Public, Bruxelles 2004.

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Eric Bress, J. Mackye Gruber. 2004. U.S.A/Canada. 1h59 (Director's Cut). Avec Ashton Kutcher, Amy Smart, Melora Walters, Elden Henson, William Lee Scott, John Patrick, Amedori, Irene Gorovaia, Kevin Schmidt, Jesse James.

Sortie salles France: 10 Mars 2004 (Int - 12 ans). U.S: 23 Janvier 2004 (int - 17 ans)

FILMOGRAPHIE: Eric Bress, nĂ© Ă  New-York, est un scĂ©nariste et rĂ©alisateur amĂ©ricain.2004: L'Effet Papillon. 2020 : Ghosts of War. 
Jonathan Gruber, plus connu sous le nom de J. Mackye Gruber, est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain. 2004 : L'Effet papillon. 2006 : Kyle XY. 


"On dit que le battement d'ailes d'un papillon peut engendrer un typhon Ă  l'autre bout du monde."
La Théorie du Chaos.
Film culte s'il en est, si bien qu'(au 3è visionnage) on se rend d'autant mieux compte Ă  quel point il serait infaisable de nos jours (surtout en version Director's Cut, prĂ©parez vous au choc final contrairement traumatique !), l'Effet Papillon fait l'effet d'un uppercut Ă©motionnel Ă  travers sa dramaturgie escarpĂ©e d'une rigoureuse cruautĂ© (euphĂ©misme j'vous dit). Et si on peut toutefois se rĂ©conforter auprès de son Ă©pilogue rĂ©dempteur d'après le Director's CutEric Bress  et J. Mackye Gruber jouent audacieusement la carte tranchĂ©e de la demi-teinte quant Ă  la destinĂ©e de notre hĂ©ros juvĂ©nile voyageant pĂ©niblement dans le passĂ© par autosuggestion Ă©pistolaire. Ainsi donc, renouvelant admirablement la thĂ©matique du voyage temporel au sein du contexte contemporain d'une bourgade ricaine faussement sereine, l'Effet Papillon s'Ă©difie en effroyable descente aux enfers auprès des thĂ©matiques de la pĂ©dophilie, de la maltraitance, du bizutage, de la dĂ©chĂ©ance, de la toxicomanie, de l'inceste, de la prostitution et de l'enfance meurtrière Ă  la suite d'un incident littĂ©ralement explosif. Et si, de base, nous avions bien affaire Ă  un divertissement hollywoodien rondement menĂ© car sans temps mort et incessamment surprenant jusqu'au vertige de l'effroi (3 sĂ©quences s'avèrent perturbantes quant aux retrouvailles d'Evan avec son père en prison, la condition estropiĂ©e du fils quelques instant plus loin et enfin son hallucinant Ă©pilogue mortifiĂ© d'autant plus dĂ©chirant), nos auteurs osent la gageure d'imbiber leur rĂ©cit d'une atmosphère malsaine Ă  la fois dĂ©rangeante, Ă©touffante, malaisante qui ne lâchera pas d'une semelle le spectateur embarquĂ© dans une course contre la montre temporelle sous l'impulsion du jeune Evan s'efforçant vainement de prĂ©server la tranquillitĂ© de ses 3 amis.


Si bien que tout a une influence sur tout et que tout le monde affecte tout le monde. Le rĂ©cit demeurant finalement un prĂ©texte pour tĂ©moigner des consĂ©quences parfois dĂ©sastreuses de nos actions irrĂ©flĂ©chies / irresponsables quelque soit notre âge. MĂŞme si en l'occurrence nous avions affaire Ă  2 Ă©vènements traumatiques impartis Ă  une enfance galvaudĂ©e. "On se change les uns les autres" suggèrent ainsi les auteurs du point de vue dĂ©muni d'Evan au sein d'un rĂ©cit dramatique infiniment cauchemardesque, et ce jusqu'au point de non retour. Outre l'incroyable noirceur du rĂ©cit martyrisant le spectateur sans complexe aucun (citez moi un titre de film rĂ©fĂ©rentiel aussi sordide, violent, cruel et radical Ă  travers la thĂ©matique du voyage temporel car personnellement je n'ai pas trouvĂ©), l'Effet Papillon doit Ă©galement beaucoup de sa dimension dramatique en la prĂ©sence de ses attachants seconds-rĂ´les d'une Ă©vidente fragilitĂ© torturĂ©e. Quand bien mĂŞme Ashton Kutcher mène fĂ©brilement le groupe avec une intensitĂ© expressive Ă  la fois trouble, inquiĂ©tante, tourmentĂ©e, sensible quant Ă  son dĂ©sir irrĂ©pressible de sauver ses amis ainsi que sa mère impliquĂ©e dans un dĂ©sarroi infortunĂ© (euphĂ©misme quand on comprend les tenants et aboutissants de cette Ă©trange malĂ©diction filiale dĂ©nuĂ©e d'explications - et c'est tant mieux afin de prĂ©server son mystère irrĂ©solu -). 


Changer une chose... change tout.
Authentique classique du genre explosant les codes, son cadre solaire et l'Ă©volution de ses personnages meurtris au grĂ© d'une cruautĂ© humaniste constante, l'Effet Papillon nous laisse un (inĂ©vitable) souvenir impĂ©rissable de par le parti-pris couillu des auteurs de se permettre l'immontrable dans leur incontournable Director's Cut inĂ©dit en salles. Et après visionnage aussi Ă©prouvant, on comprends mieux pourquoi les producteurs ont prĂ©fĂ©rĂ© opter pour l'assurance d'un final plus doux et conventionnel en version salles afin de ne pas traumatiser le grand public ballotĂ© tous azimuts par cette effroyable odyssĂ©e temporelle. Si bien que derrière cette radicale noirceur s'y dĂ©cline une rĂ©flexion (essentielle) sur notre destinĂ©e quant aux consĂ©quences dramatiques de nos actions les plus graves, illimitĂ©es et irrĂ©flĂ©chies, tant auprès de notre ego que de notre entourage le plus cher. 

*Bruno
23.02.24. 3èx. Vostfr.

Récompense: Festival international du film fantastique de Bruxelles 2004 : Pégase - Prix du public décerné à Eric Bress et J. Mackye Gruber

ATTENTION ! SPOILERS EN PAGAILLE POUR ETABLIR LE DISTINGO ENTRE LES 2 VERSIONS !!!

Version director's cut
Le film existe en deux versions : La version cinĂ©ma incluant une fin « producteur », et la version director's cut incluant une fin « rĂ©alisateur », celle disponible sur le DVD du film. Voici les diffĂ©rents ajouts et modifications figurant dans la director's cut15,16.

Evan découvre que son grand-père avait le même don que lui, et a aussi été considéré comme fou, comme son père.
Evan et sa mère vont consulter une voyante. Cette dernière est horrifiĂ©e Ă  l'idĂ©e de dĂ©couvrir qu'Evan « n'a pas d’aura, pas d’âme » et qu’« il ne devrait pas ĂŞtre ici ».
Dans la scène suivante, la mère d'Evan, sous le choc, lui confesse qu'elle a eu deux fausses couches avant lui, et qu'elle a toujours considéré sa venue au monde comme un miracle.
Une scène de prison où les détenus lisent publiquement le journal intime d'Evan pour se moquer de lui.
Une scène de prison où les détenus viennent le violer pendant la nuit.
La scène de l'hôpital où Evan rend visite à sa mère malade est étendue.
Une fin alternative :

Dans la version cinĂ©ma, le film se termine après qu'Evan, revenu dans son enfance au moment de sa première rencontre avec Kayleigh, la menace violemment de mort pour ĂŞtre sĂ»r qu'elle ne reste pas vivre chez son père pour lui. Dans la scène qui suit, Evan se rĂ©veille en compagnie de Lenny, et demande Kayleigh, mais Lenny lui rĂ©pond qu'il ne connaĂ®t personne de ce nom. Huit ans plus tard, on retrouve Evan et Kayleigh devenus adultes se croisant dans une rue de New York au milieu de la foule et, selon la version — il y en a trois —, soit ils se parlent, soit ils s'Ă©vitent, soit Evan suit Kayleigh.

Mais dans le director's cut, une tout autre fin est disponible. Ici, Evan choisit de revenir dans le ventre de sa mère, et enroule le cordon ombilical autour de son cou, il se suicide avant de venir au monde et sauve ainsi tous les êtres qui lui sont chers. Le dialogue rajouté avec la voyante, et la confession de sa mère sur les deux fausses couches qu'elle a eues sont inclus en off pendant qu'Evan se laisse mourir, et sous-entendent qu'il n'est pas le premier enfant de sa mère à avoir fait ce sacrifice de renoncer à exister.

vendredi 16 février 2024

Spécial Rétro: Les 30/40 meilleurs films d'horreur de ces 25 dernières années (1999 - 2024)


Suite à la revoyure du flippant Insidious (pour la 3è fois), et pour prouver que le cinéma d'horreur n'est point inhumé, quels sont vos 30 à 40 films d'horreur préférés de ces 25 dernières années ?
Tant dans l'ordre que dans le dĂ©sordre. 

                                                                      Bruno Matéï
1- Maniac (choix subjectif). It Follows. Les Ruines. HĂ©rĂ©ditĂ©. La Main. The Witch. Frankenstein. Le projet Blair Witch. Frozen. May. Sisters. La Colline a des Yeux. 28 Jours plus tard. Sinister. Eden Lake. Insidious. Saw. Martyrs. Mister Babadook. Hostel 2. Jeepers Creepers. Morse. Haute Tension. The Devil's Rejects. Dark Water. The Woman. Wolf Creek. Long week-end. La Dernière maison sur la Gauche. The Children. l'Orphelinat. Conjuring 1. Suspiria. Isolation. The Descent. AbandonnĂ©. Tusk. Darkness. Ginger Snaps 2. Halloween 2. Massacre Ă  la Tronçonneuse. Les Autres. Get out. Calvaire. 

Voici les rĂ©ponses d'internautes de l'entourage amical. 
Mais les classements d'autres horizons sont Ă©galement les bienvenus: 

Thierry Savastano Di Marzio
Midsommar. It Follows. Evil dead rise. HĂ©rĂ©ditĂ©. Suspiria. The Witch. The Descent. REC (original). La Colline a des Yeux 2006. Sinister. Eden Lake. Insidious 1. Saw. Martyrs. Mister Babadook. La Cabane dans les bois. Evil dead 2013. Morse. Le Projet Blair Witch. Get out. Conjuring 1. La Main. Eden Lake. Hostel. Massacre Ă  la Tronçonneuse 2003. I Spit on your grave 2010. Mandy. 

Renaud Florent Benoist
Hérédité. The Witch. Sinister. Insidious. Martyr. Hostel 2. Jeepers Creepers. Conjuring. Suspiria. Massacre à la Tronçonneuse. Midsommar. REC. Dark water. Audition. Ju On. Haute tension. Calvaire. Wolf creek. The woman. Evil dead rise. Le sanctuaire. The autopsy of Jane Doe. Mother. The deep house. Speak no evil.

Jérôme André Tranchant:
1 Midsommar 2 lord of salem 3 Conjuring 4 Hostel 2 5 The descent 6 l'orphelinat 7 The box 8 it's Follow 9 Ghostland 10 Dark water ( version Japonaise) 11 Creepy 12 Eden lake 13 kill list 14 Boulevard de la mort 15 Mandy 16 Green Room 17 Sinister 19 Crawl 20 The Host 21 Morse 22 the witch 23 Frankenstein Version Bernard Rose 24 Wolf Creek 25 Grave

Jean-francois Dupuy:
The Strangers. Sinister. Midsomar. Hérédité. Dark water (Nakata). The autopsy of Jane Doe. Ring zero. Cold skin. Bubba Ho-tep. Ça. Mama. Mr Badadook. Insidious. Jeeper Creepers(1 et 2). Wolf Creek 2. Hostel 2. The descent. La colline a des yeux. Oculus/The mirror. Morse. Mirrors. Ouija, les origines
Identity. John dies at the end. Tusk. Predestination. CohĂ©rence. Je dois en oublier. 

Florian Goujon
Haute Tension. Martyrs. Modus Anomali. Deadstream. House of the Devil. Evil Dead. Evil Dead Rise. Triangle. The Void. Let us Prey. Midnight Meat Train. Isolation. Sinister. Constantine. Frontiere(s). The Jane Do Identity. Audition. Grotesque. The Human Centipede. Calvaire. Baskin. Hérédité. World War Z.

George Abitbol:
28 jours plus tard. Wolf creek. eden lake. Haute tension. Morse. Maniac. Calvaire. The devil's reject. HĂ©rĂ©ditĂ©. La Main. The Witch. Trick R treat. La Colline a des Yeux. Sinister 1. Insidious. Martyr. Mister Babadook. Triangle. Jeepers Creepers. The Children. l'Orphelinat. Conjuring 1. Suspiria. The Descent 1. Dark water. The void. The human centipede. Serbia film. Midsommar. The woman. 

Donnie DĂ©:
Megan is missing. Martyr. Found/headless. Mister Babadook. Tucker and Dale fights evil. The human centipede trilogie. Deux sĹ“urs. A ghost story/I am a ghost. The poughkeepsie tapes. HĂ©rĂ©ditĂ©. American guinea pig : Sacrifice. A serbian film. Triangle. The sadness. Malignant. Circus of the dead. Good night mommy. Thanatomorphose. Saw/hostel. 28 jours/semaines plus tard. X/pearl. Halloween reboot (Rob Zombie). Let us prey. Morse. Suspiria (reboot). L’armĂ©e des morts. Pièces of talent. Evil dead reboot. Sinister/insidious/house of the devil. Brutal. Lord of chaos. The empty man. Spring. Psycho Goreman /Turbo kid/night of something strange. The void. Vampires en toute intimitĂ©. Begotten. Visceral between the ropes of madness. May/the woman. Tusk.

Guillaume Gabreau:
Je m'y lance (25 films pile classĂ©s par annĂ©e 1998-2023) : 1998 : Ring. 1999 : Vorace. 2000 : Hellraiser : Inferno. 2001 : L’Echine du Diable, Les Autres. 2002 : 28 Jours plus tard, May, Dark Water. 2003 : Haute Tension. 2004 : Shaun of the Dead. 2005 : Wolf Creek. 2007 : The Mist. 2009 : Triangle. 2010 : Bedevilled (film corĂ©en). 2011 : Malveillance. 2014 : The Babadook, We are what we are. 2015 : The Witch, The Voices. 2017 : Ca : Chapitre 1. 2018 : Ghostland, The House that Jack Built. 2022 : Smile, Abuela. 2023 : When Evil Lurks. 1999 : Audition. 2001 : Ichi the Killer. 2002 : Bubba Ho-tep. 2004 : Saw, Calvaire, Creep. 2005 : The Devil’s Rejects. 2006 : La Colline a des yeux. 2010 : Insidious. 2011 : I saw the Devil, The Woman. 2013 : Evil Dead. 2016 : Bone Tomahawk, The Autopsy of Jane Doe. 2019 : Midsommar. 
 
Philippe Beun-garbe:
Martyrs / The Witch/ Midsommar/ Heredity/ Funny Games / Mother! / Speak No Evil / Maniac le remake / Dellamorte Dellamore / Evil Dead le remake / La colline a des yeux le remake / Ghostland / Morse / A Sicilian Ghost Story /Lord of Salem / The Devil's reject/ Bug de Friedkin / il Signor Diavolo de Pupi Avati/ Haute Tension / The Chaser / J ai rencontre' le Diable / Saw / Le labirinthe de Pan / Calvaire / High Rise / Hostel / The Voices/ Ne nous jugez pas/ The Lighthouse / L echine du Diable.
Pas en ordre de préférence. Je m' aperçois que dans cette liste il y a plus de "monstres" humains que de creatures extraordinaires

Lbz : 22 février 2024 à 11:16
Fight Club. May. La Colline a des Yeux. 28 Jours plus tard. Eden Lake. Haute Tension. Wolf Creek. The Witch. The Descent. REC. Creep. The Human Centipede 2. 28 jours plus tard. X/pearl. Lord of chaos. Enter the void. Vorace. Bedevilled ( coréen). When Evil Lurks. The Chaser ( coréen). J ai rencontre' le Diable ( coréen). The murderer ( coréen). Lighthouse. Limbo. Dream home (chinese).

mardi 13 février 2024

Iron Claw / The Iron Claw

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Sean Durkin. 2023. U.S.A/Angleterre. 2h13. Avec Zac Efron, Jeremy Allen White, Harris Dickinson, Holt McCallany, Lily James, Maura Tierney, Stanley Simons 

Sortie salles France: 24 janvier 2024. Canada: 22 Décembre 2023

FILMOGRAPHIESean Durkin, nĂ© le 9 dĂ©cembre 1981 au Canada, est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain. 2006 : Doris (court mĂ©trage). 2010 : Mary Last Seen (court mĂ©trage) (Ă©galement scĂ©nariste et monteur). 2011 : Martha Marcy May Marlene (Ă©galement scĂ©nariste). 2013 : Southcliffe (mini-sĂ©rie). 2019 : The Nest (Ă©galement scĂ©nariste). 2023 : Iron Claw. 


"L'âme de la famille, c'est le nom que l'on porte pour l'honorer"
Uppercut tout en pudeur que nous livre lĂ  Sean Durkin en s'inspirant de l'histoire vraie de la famille Von Erich, 4 frères catcheurs que leur patriarche "inextinguible" poussa Ă  la gloire sans modĂ©ration aucune, Iron Claw est un grand moment de cinĂ©ma comme on n'en voit quasiment plus de nos jours, Ă  quelques exceptions près dans l'Ă©vidence. Tant et si bien que l'acuitĂ© de son intensitĂ© dramatique et la pudeur de sa rĂ©alisation sciemment elliptique, car allant droit Ă  l'essentiel pour se libĂ©rer des clichĂ©s Ă©culĂ©s, m'a quelque peu remĂ©morĂ© l'inoubliable Voyage au bout de l'Enfer de Michael Cimino, toutes proportions gardĂ©es. Notamment Ă  travers son refus d'une sinistrose complaisante que le rĂ©alisateur parvient facilement Ă  bannir de son mĂ©trage vouĂ© Ă  la psychologie torturĂ©e de ses 4 frères insĂ©parables. J'aurai peut-ĂŞtre pu citer un ou deux autres exemples mais c'est prĂ©cisĂ©ment ce chef-d'oeuvre ultime qui m'est promptement venu Ă  l'esprit, tel un Ă©cho, une hantise malaisante, tant l'oeuvre fragile de Sean Durkin m'a Ă©galement impliquĂ© dans une impuissance morale Ă©prouvante eu Ă©gard de l'infortune en crescendo qui s'abat sur cette famille prolo dĂ©pendante d'un père castrateur dĂ©nuĂ©e d'amour, de discernement et encore moins d'indulgence auprès de sa filiation. 

Ainsi donc, Ă  travers l'Ă©preuve sportive du catch que nous illustre Sean Durkin avec un brio spectaculaire n'ayant rien Ă  envier aux matchs cuisants de Rocky, Iron Claw sombre peu Ă  peu (passĂ©e la 1ère heure tout du moins) vers une dramaturgie escarpĂ©e au point d'avoir les nerfs solides pour mieux redouter le pire. Magnifiquement interprĂ©tĂ©, (je pèse mes mots), c'est toutefois Zac Efron qui tire son Ă©pingle du jeu en frère aĂ®nĂ© vouĂ© corps et âme Ă  l'amour de ses frères avec une sensibilitĂ© infiniment fragile en dĂ©pit de sa corpulence mastard aux muscles d'airain si j'ose dire. Un acteur habitĂ© par l'expression de ses sentiments fragiles, touchant et Ă©mouvant par le regard sa grande innocence quasi infantile (la sĂ©quence finale est inoubliable lorsqu'il se livre Ă  ses enfants), mais Ă©galement inquiĂ©tant lorsqu'il se laisse guider par ses dĂ©mons intĂ©rieurs pour autant dĂ©sireux de s'extirper de l'infortune après avoir appris Ă  gĂ©rer ses sentiments haineux pour y rejoindre la sagesse d'esprit. Outre sa prĂ©sence Ă  la fois dĂ©munie et acharnĂ©e Ă  tenter de relever les dĂ©fis sportifs impossibles et les drames qui l'Ă©treigne, faute d'une Ă©ducation bigote oĂą les valeurs chrĂ©tiennes, de la compĂ©tition et de l'Ă©litisme lui ont Ă©tĂ© instruits dès la naissance, au risque d'y laisser sa peau, il faut Ă©videmment prĂ´ner le jeu charismatique de Holt McCallany en paternel impitoyable n'ayant comme seul dessein d'y bâtir un empire en son propre patronyme. Un personnage vil, sournois, cupide, mĂ©diocre car d'un Ă©goĂŻsme prĂ©judiciable impardonnable de soumettre ses rejetons Ă  un Ă©puisement physique, moral irrĂ©versible pour leur surentraĂ®nement Ă  corps perdu. 


La véritable famille ne se détermine pas par le lien du sang mais plutôt par le choix du coeur.
Admirablement reconstitué au sein de la sacro-sainte décennie 80 en faisant preuve d'une incroyable pudeur pour raconter son récit dramatique jusqu'au-boutiste (alors que la réalité fut encore plus sombre !), Iron Claw transfigure son ambition biographique sous l'impulsion d'acteurs au firmament pour retranscrire sans fard la douleur interne, inconsolable, d'une fratrie superstitieuse soumise à une autorité paternelle déloyale. Dépressifs, s'abstenir toutefois, en gardant bien à l'esprit qu'il s'agit là d'un très grand drame familial digne du cinéma vérité des Seventies.

*Sam Malone
Vf. 

jeudi 8 février 2024

Lèvres de sang

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Ebay.fr

de Jean Rollin. 1975. France. 1h27. Avec Annie Belle, Jean-Loup Philippe, Natalie Perrey, Paul Bisciglia, Martine Grimaud, Béatrice Harnois, Willy Braque.

Sortie salles France: 18 Mai 1975 (Int - 13 ans)

FILMOGRAPHIE: Jean Rollin, de son vrai nom Jean Michel Rollin Roth Le Gentil, est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste français, nĂ© le 3 novembre 1938 Ă  Neuilly-sur-Seine (France), dĂ©cĂ©dĂ© le 15 DĂ©cembre 2010. 1958 : Les Amours jaunes, 1961 : Ciel de cuivre, 1963 : L'ItinĂ©raire marin, 1964 : Vivre en Espagne, 1965 : Les Pays loin, 1968 : Le Viol du vampire, 1969 : La Vampire nue, 1970 : Le Frisson des vampires, 1971 : Requiem pour un vampire, 1973 : La Rose de fer, 1974 : Les DĂ©moniaques, 1975 : Lèvres de sang, 1978 : Les Raisins de la mort, 1979 : Fascination,1980 : La Nuit des traquĂ©es, 1981 : Fugues mineures (Les PaumĂ©es du petit matin, 1981 :Le Lac des morts vivants (sous le pseudonyme de J. A. Lazer), 1982 : La Morte vivante, 1984 :Les Trottoirs de Bangkok, 1985 : Ne prends pas les poulets pour des pigeons (sous le pseudonyme de Michel Gentil), 1989 : Perdues dans New York, 1990 : La Griffe d'Horus(TV), 1991 : Ă€ la poursuite de Barbara, 1993 : Killing Car, 1997 : Les Deux Orphelines vampires, 2002 : La FiancĂ©e de Dracula, 2007 : La Nuit des horloges, 2010 : Le Masque de la MĂ©duse.


Tâcheron Z dans l'Hexagone, Auteur fantastique Outre-Manche, Jean Rollin ne laisse Ă  mon sens nullement indiffĂ©rent auprès de son univers chimĂ©rique imprĂ©gnĂ© d'Ă©rotisme (parfois provocateur), d'Ă©trangetĂ© singulière, de fantastique et d'onirisme naturaliste qui n'appartient qu'Ă  lui. C'est ce que nous propose Ă  nouveau l'auteur français Ă  travers Lèvres de Sang (quel joli titre limpide) rĂ©alisĂ© en 3 semaines en 1975. Une surprenante histoire d'amour prenant tout son sens lors des 20 dernières minutes aussi dĂ©routantes que sĂ©duisantes eu Ă©gard de l'aspect envoĂ»tant de sa poĂ©sie surrĂ©aliste et de l'Ă©motion docile qui y Ă©mane en dĂ©pit de l'amoralitĂ© de cette liaison interdite. Et c'est bien lĂ  la force du rĂ©cit que de nous attendrir auprès d'une romance marginale entre un humain et une vampire après de longues annĂ©es de sĂ©paration suite Ă  l'hibernation de celle-ci prisonnière de sa geĂ´le. Car mĂŞme si la damnation est de rigueur entre nos amants en Ă©treinte Ă©ternelle et que leur survie dĂ©pend du sang des mortels auprès de navigateurs imprudents, Lèvres de sang provoque finalement l'empathie, le charme, l'adhĂ©sion auprès de cet amour attendri d'une infinie douceur dans leur quiĂ©tude recluse. 

Ainsi donc, on sent constamment que Jean Rollin est rĂ©ellement motivĂ© Ă  nous conter avec son calme olympien son rĂ©cit vampirique en y soignant le cadre visuel superbement Ă©clairĂ© ou alambiquĂ© (notamment auprès du château en ruines nocturne ou limpide, du cinĂ©ma de quartier, des statues de pierre Ă  proximitĂ© ou encore des filles dĂ©nudĂ©es aux nuisettes emportĂ©s par la bise). Or, que l'on adhère ou pas Ă  ce Fantastique Ă  la fois laconique et sciemment atone, Lèvres de Sang se forge une personnalitĂ© atypique pour nous emporter dans un rĂŞve fantasmatique oĂą hallucination et rĂ©alitĂ© se chevauchent naturellement au service d'un rĂ©cit faisant honneur Ă  ses personnages marginaux, hostiles, esseulĂ©s. Quant aux acteurs au jeu amateuriste souvent dĂ©criĂ© chez Jean Rollin, ils demeurent pourtant ici convaincants Ă  leur manière intime, pleinement investis dans leur fonction hagarde, hasardeuse, Ă©vanescente afin de renforcer l'aspect irrĂ©el de ce conte charnel imprĂ©gnĂ© d'images saisissantes oĂą inquiĂ©tude et sĂ©duction s'entrecroisent timidement au rythme d'une ballade Ă©sotĂ©rique avec l'amour et la mort. A dĂ©couvrir donc, avec le sentiment prĂ©gnant qu'un second visionnage serait encore plus permĂ©able pour nous confondre dans cette illusion (davantage) domesticable de par la familiaritĂ© des persos proscrits que l'on continue Ă  aimer avec plus d'attention et de considĂ©ration.  

*Sam Malone.
2èx

mercredi 7 février 2024

Monsieur St.Ives / St. Ives

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jack Lee Thompson. 1976. U.S.A. 1h34. Avec Charles Bronson, John Houseman, Jacqueline Bisset, Maximilian Schell, Harry Guardino, Harris Yulin, Dana Elcar, Michael Lerner

Sortie salles France: 1er DĂ©cembre 1976. U.S: 1er Septembre 1976

BIO: Jack Lee Thomson, de son vrai nom John Lee Thompson, est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur britannique nĂ© le 1er aoĂ»t 1914 Ă  Bristol (Royaume-Uni), dĂ©cĂ©dĂ© le 30 aoĂ»t 2002 Ă  Sooke (Canada). Avec 47 longs-mĂ©trages, le cinĂ©aste aborda tous les genres avec plus ou moins de bonheur dont certains sont qualifiĂ©s de chefs-d'oeuvre. Pour ses titres les plus notoires, on peut citer Les Canons de Navarone, Les Nerfs Ă  vif, la ConquĂŞte de la planète des singes, la Bataille de la Planète des singes, le Bison Blanc, l'Empire du Grec, Monsieur St-Ives, Passeur d'hommes et Happy Birthday (son unique incursion dans le slasher). Il signera en outre une illustre sĂ©rie de films d'action particulièrement violents, le "vigilante movie" parmi son acteur fĂ©tiche Charles Bronson (Le Justicier de Minuit, l'Enfer de la Violence, la Loi de Murphy, le Justicier braque les dealers, le Messager de la mort et Kinjite, sujets tabous).


Un dĂ©shonneur, un affront, tout du moins une imbitable incomprĂ©hension que ce formidable film policier, symptomatique des Seventies par sa splendide ambiance stylĂ©e, soit si occultĂ© de nos jours, mĂŞme auprès des fans les plus aguerris. Or, cet excellent polar a beau paraĂ®tre un tantinet confus, on prend tellement plaisir Ă  l'investigation de St-Yves Ă  retrouver les fameux responsables du vol de plusieurs manuscrits (les plans d'un cambriolage appartenant Ă  un riche septuagĂ©naire) qu'on en omet naturellement sa complexitĂ© en se fixant sur le ressenti exaltant. Car d'autant plus transcendĂ© du charisme minĂ©ral de l'imposant Charles Bronson par sa prĂ©sence aussi robuste que dĂ©contractĂ©e (bon Dieu quel acteur innĂ© !), Monsieur St-Ives est un pur plaisir de cinĂ©ma que le score de Lalo Schifrin  transfigure autant en nous remĂ©morant les accents jazzy de l'Inspecteur Harry. Si bien que pour une première collaboration entre Charles Bronson et le briscard Jack Lee Thompson, ce film policier rondement menĂ© demeure constamment plaisant, captivant, intriguant mĂŞme, entre scènes d'action parfaitement rĂ©glĂ©es (dont une incroyable chute Ă  travers les câbles d'un ascenseur), violence spectaculaire, sĂ©quences charnelles avec la vĂ©nĂ©neuse Jacquelines Bisset (magnifique de snobe Ă©lĂ©gance dans son tailleur noir rappelant un peu Adjani dans Driver de Hill) et suspense tendu pour ses machiavĂ©liques subterfuges. 


Et mĂŞme si on parvient Ă  griller 1 ou 2 rebondissements (ce fut mon cas suspicieux auprès de l'identitĂ© de 3 personnages) lors de son final Ă  tiroir fertile en dĂ©convenues, Monsieur St-Ives nous rappelle Ă  point nommĂ© pour quelles raisons nous aimions le cinĂ©ma par sa facultĂ© Ă  nous immerger ici dans un univers criminel aussi envoĂ»tant que sĂ©ducteur. C'est dire le style classieux de la mise en scène inspirĂ©e de Thompson peaufinant son objet cinĂ©matographique avec un art consommĂ© du travail bien fait. Comme le souligne par ailleurs son choix consciencieux d'y recruter une foule de remarquables seconds couteaux (avec comme point commun un putain de charisme aujourd'hui rĂ©volu !) que le fan Ă©mĂ©rite retrouvera avec soupçon de nostalgie gratifiant. A dĂ©couvrir donc ou Ă  revoir d'urgence pour tous les amoureux de cinĂ© rĂ©tro dont l'Ă©motion, ici omniprĂ©sente, s'avère aussi factuelle que lestement dosĂ©e. Tout bien considĂ©rĂ©, l'un des meilleurs mĂ©trages de Thompson.


*Sam Malone

Un grand merci Ă  Warning Zone

mardi 6 février 2024

Pas d'orchidées pour Miss Blandish / The Grissom Gang

                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Robert Aldrich. 1971. U.S.A. 2h08. Kim Darby, Scott Wilson, Tony Musante, Robert Lansing, Connie Stevens, Irene Dailey, Wesley Addy.

Sortie salles France: 29 Septembre 1971.

FILMOGRAPHIE: Robert Aldrich est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain nĂ© le 9 aoĂ»t 1918 Ă  Cranston (Rhode Island) et mort le 5 dĂ©cembre 1983 Ă  Los Angeles (Californie).1953 : Big Leaguer. 1953 : Alerte Ă  Singapour. 1954 : Bronco Apache. 1954 : Vera Cruz. 1955 : En quatrième vitesse. 1955 : Le Grand Couteau. 1956 : Attaque. 1956 : Feuilles d'automne. 1956 : Racket dans la couture. 1959 : Tout près de Satan. 1959 : Trahison Ă  Athènes. 1961 : El Perdido. 1962 : Qu'est-il arrivĂ© Ă  Baby Jane ? 1962 : Sodome et Gomorrhe. 1963 : Quatre du Texas. 1964 : Chut... chut, chère Charlotte. 1965 : Le Vol du PhĹ“nix. 1967 : Les Douze Salopards. 1968 : Le DĂ©mon des femmes. 1968 : Faut-il tuer Sister George ? 1970 : Trop tard pour les hĂ©ros. 1971 : Pas d'orchidĂ©es pour miss Blandish. 1972 : Fureur apache. 1973 : Plein la gueule. 1973 : L'Empereur du Nord. 1975 : La CitĂ© des dangers. 1977 : Bande de flics. 1977 : L'Ultimatum des trois mercenaires. 1979 : Le Rabbin au Far West.1981 : Deux Filles au tapis. 

Echec commercial Ă  sa sortie alors que l'Ă©minent Robert Aldrich fut contraint de revendre son studio Ă  la suite de 3 antĂ©cĂ©dents Ă©checs successifs, Pas d'OrchidĂ©e pour Miss Blandish est une sorte de conjugaison vitriolĂ©e de Bonnie and Clyde, Dilinger et de Bloody Mama de Corman (Ă  revoir d'urgence celui-ci !) pour son contexte historique, pour ses profils meurtriers en roue libre et la brutalitĂ© âpre qui y Ă©mane avec un sens de provocation qui fit grand bruit Ă  l'Ă©poque. D'une grande violence donc, alors que les annĂ©es 70 s'autorisaient le plus souvent les audaces les plus couillues, cette oeuvre marginale prĂ©serve aujourd'hui son rĂ©alisme plutĂ´t poisseux Ă  dresser dans un climat solaire irrespirable (tous les personnages sont noyĂ©s de sueur tout le long de l'intrigue) le vil portrait d'une bande de malfrats dĂ©nuĂ©s de morale. De mĂ©diocres kidnappeurs d'autant plus sales, vulgaires et ignorants ne comptant que sur le vice, la violence, la feinte, la lâchetĂ© et surtout leur ego pour s'extirper de leur prĂ©caritĂ©. A l'exception toutefois du personnage psychotique de Slim, bien que le plus benĂŞt de la bande mais aussi le plus fragile, nĂ©vralgique et sensible au point de rigoureusement tomber amoureux de sa victime otage. Une jeune hĂ©ritière bon chic bon genre aussi mal dans sa peau, faute d'un père psychorigide insensible au mal-ĂŞtre de sa progĂ©niture baignĂ©e depuis son enfance dans le confort et l'assistanat parental. 

C'est donc une descente aux enfers morale que nous illustre efficacement Robert Aldrich en filmant sa tragĂ©die criminelle Ă  l'instar des fameux films noirs des annĂ©es 50 qui ont bercĂ© notre passĂ© cinĂ©phile. Or, toutefois dĂ©sireux de dĂ©poussiĂ©rer le film de gangster, celui-ci s'approprie d'un climat plutĂ´t malsain et d'une violence perpĂ©tuelle assez Ă©pineuse afin d'imprimer sa personnalitĂ© frondeuse n'Ă©pargnant personne (pas mĂŞme la police - voir leur tĂ©moignage dans la chambre d'hĂ´tel lorsqu'ils s'aperçoivent que la victime semblerait Ă©prouver des sentiments auprès de son tortionnaire alors qu'Ă  la base il ne s'agit que d'une simulation de survie -). Si bien que tous les personnages anti-manichĂ©ens qui traversent le rĂ©cit demeurent peu recommandables, pathĂ©tiques, risibles, sans pitiĂ© ni empathie, Ă  l'exception de notre duo infortunĂ© toujours plus repliĂ© sur eux mĂŞmes. Car des amants de fortune ayant comme point commun une dĂ©mission parentale auprès de leur irrĂ©pressible dĂ©sir d'aimer et d'ĂŞtre aimĂ© que leur entourage (familial/amical) n'eut pu exaucer. Ce qui nous vaut d'ailleurs un final (de 20 minutes) aussi mĂ©morable que poignant d'après son concentrĂ© d'ultra violence et d'Ă©treinte amoureuse noyĂ©e de dĂ©sespoir, de perte de repère, d'isolement; de dĂ©sir d'en finir avec l'existence au demeurant. 

Film de gangster Ă  l'ancienne vitaminĂ© de sa violence davantage hystĂ©rique, Pas d'orchidĂ©e pour Miss Blandish laisse un goĂ»t assez amer dans la bouche sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique clos d'avoir assistĂ© Ă  tant de dĂ©route, d'acrimonie et de bassesse humaine au sein d'un climat tantĂ´t poisseux, tantĂ´t baroque (la rutilante chambre d'hĂ´tel est Ă  damner un saint) qu'Aldrich filme sous l'impulsion d'une dimension humaniste davantage Ă©prouvante, sans aucune lueur d'espoir. 

*Sam Malone

Remerciement Ă  Atreyu.

lundi 5 février 2024

Contact

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Robert Zemeckis. 1997. U.S.A. 2h29. Avec Jodie Foster, Matthew McConaughey, Tom Skerritt, James Woods, John Hurt, David Morse, William Fichtner, Rob Lowe, Max Martini, Geoffrey Blake, Angela Bassett, Larry King, Jena Malone.

Sortie salles France: 17 Septembre 1997. U.S: 11 Juillet 1997

FILMOGRAPHIE: Robert Zemeckis est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 14 Mai 1951 Ă  Chicago (Illinois). 1978: Crazy Day. 1980: La grosse Magouille. 1984: A la Poursuite du diamant vert.1985: Retour vers le Futur. 1988: Qui veut la peau de Roger Rabbit. 1989: Retour vers le Futur 2. 1990: Retour vers le Futur 3. 1992: La Mort vous va si bien. 1994: Forrest Gump. 1997: Contact. 2000: Apparences. 2000: Seul au monde. 2004: Le PĂ´le Express. 2007: La LĂ©gende de Beowulf. 2009: Le DrĂ´le de NoĂ«l de Mr Scrooge. 2013: Flight. 2015: The Walk.2016 : AlliĂ©s. 2018 : Bienvenue Ă  Marwen . 2020 : SacrĂ©es Sorcières. 2022 : Pinocchio. 2024 : Here. 


Est-ce qu'il y a d'autre gens que nous dans l'univers ?
Ca c'est une bonne question. Qu'est ce que tu crois ?
Ché pas.
Ca c'est une bonne rĂ©ponse. 
Sceptique hein ! 
La chose la plus importante c'est que vous cherchiez toujours vos propres rĂ©ponses. 
Je vais tout de mĂŞme vous dire deux mots sur l'univers. 
L'univers, c'est vraiment, vraiment, grand. 
C'est plus grand que tout ce que n'importe qui n'a jamais pu rĂŞver Ă  ce jour. 
Alors s'il n'y a que nous, ça me semble un beau gâchis d'espace. 
Non ?


RĂ©cit initiatique au sein d'une introspection morale contrariĂ©e par la perte de l'ĂŞtre cher et le sentiment de solitude suite Ă  l'absence parentale, Contact est un poème incandescent opposant avec beaucoup de respect, d'intelligence et de pudeur la science et la religion quant Ă  l'existence d'une vie extra-terrestre au sein de l'univers, et au-delĂ . Robert Zemeckis tablant sur la fougue passionnelle de l'extraordinaire Jodie Foster, crevant une fois de plus l'Ă©cran car portant l'intrigue sur ses Ă©paules avec une dĂ©termination tant humaniste, pour nous remettre en question existentielle avec espoir aussi gratifiant qu'interrogatif. Car sans vouloir apporter de rĂ©ponses Ă  sa fiction Ă  la fois stellaire et spirituelle, le cinĂ©aste nous incite Ă  rĂ©flĂ©chir sur notre condition (toujours plus) isolĂ©e depuis l'ère de l'informatique et des progrès de la technologie en suggĂ©rant que nous ne sommes pas seul par le truchement d'une athĂ©e revenue d'un voyage hallucinatoire, ou pas. Quelque soit nos convictions, Contact incite avec une Ă©motion Ă  la fois fĂ©brile, sensible et fragile Ă  notre rĂ©flexion personnelle sur le sens de notre propre vie en militant pour les valeurs essentielles d'espoir, d'amour et de cohĂ©sion. Si bien que la vĂ©ritĂ©, nous l'avons au fond de nous mĂŞme... 


*Bruno
2èx. VF.

samedi 27 janvier 2024

Dogman

                                                       Merci Ă  Thierry Savastano pour l'affiche 

de Luc Besson 2023. France. 1h53. Avec Caleb Landry Jones, Lincoln Powell, Jonica T. Gibbs, Christopher Denham, Clemens Schick, Grace Palma, John Charles Aguilar, Alexander Settineri, Michael Garza.

Sortie salles France: 27 Septembre 2023.

FILMOGRAPHIE: Luc Besson est un rĂ©alisateur, producteur, et scĂ©nariste français nĂ© le 18 mars 1959 Ă  Paris. 1983: Le Dernier combat, 1985: Subway, 1988: Le Grand Bleu, 1990: Nikita, 1991: Atlantis, 1994: LĂ©on, 1997: Le 5è Ă©lĂ©ment, 1999: Jeanne d'Arc, 2005: Angel-A, 2006: Arthur et les Minimoys, 2009: Arthur et la vengeance de Maltazard, 2010: les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec, Arthur 3, la guerre des 2 mondes, 2011: The Lady. 2013 : Malavita. 2014 : Lucy. 2017: ValĂ©rian et la Ville aux mille planètes. 2019 : Anna. 2023 : DogMan. 
Besson, la rĂ©surrection. 

                                 "Partout oĂą il y a un malheureux, Dieu envoie un chien."
                                  Lamartine. 

On n'y croyait tellement plus au fil des dĂ©cennies Ă©coulĂ©es, je craignais tant le produit sirupeux sombrant involontairement dans la semi-parodie que j'ai finalement optĂ© pour une projo matinale en lieu et place de "Dernière SĂ©ance" nocturne. Or, Ă  l'arrivĂ©e, et en dĂ©pit d'un 1er quart d'heure sur le fil du rasoir (il faut un temps d'adaptation et de familiaritĂ©), une dĂ©chirure interne causĂ©e auprès de son arc en ciel final imprĂ©gnĂ© de spiritualitĂ©, mode lyrisme Ă©lĂ©giaque. Une sĂ©quence anthologique Ă  marquer d'une pierre blanche pour ceux qui ont su ouvrir leur coeur face Ă  cette odyssĂ©e humaine incongrue (fatalement) en perdition. Un immense moment d'Ă©motion donc et de fragilitĂ© aigue comme rarement Luc Besson su nous le retranscrire dans son autonomie intime (si on excepte sans doute Le Grand Bleu et LĂ©on) sous l'impulsion d'un acteur habitĂ© par ses Ă©corchures morales dĂ©nuĂ©es de fioriture. Dogman s'appuyant beaucoup sur sa profondeur de jeu dĂ©pouillĂ© n'implorant nullement la pitiĂ©, la sinistrose ou le pathos de comptoir. Caleb Landry Jones vivant son personnage apatride au grĂ© d'une dĂ©tresse morale tacite car impassible, introverti Ă  exhiber ouvertement ses douleurs intimes tant il se refuse Ă  Ă©mouvoir le spectateur (et son auditrice congĂ©nère !) pour la trivialitĂ© d'une Ă©motion programmĂ©e. Sa prĂ©sence aussi luminescente que profondĂ©ment tragique suscitant chez nous un terrible attachement fĂ©brile pour autant inscrit dans la dignitĂ© de par sa condition dĂ©soeuvrĂ©e/misanthrope impartie Ă  l'inconsolable solitude que nous ressentions dans la rĂ©serve car en pudeur contenue. Or, quoi de plus fidèle et loyale que la rassurante prĂ©sence du chien pour s'Ă©chapper de l'enfer qu'il se partage en masse au sein de son taudis douillet. 

                                            

Et si l'intrigue s'avère simpliste autant que lunaire et surprenante, elle tire justement parti de son charme, de sa fantaisie (musicale), de son excentricité enjouée et de son innocence communicative en cette icone marginale épaulée de ses compagnons retors. Des seconds-rôles canins insensés car admirablement (ou plutôt "justement") dirigés, qui plus est par un Luc Besson infiniment inspiré, attentionné, amoureux, lucide, clairvoyant à donner chair à ceux-ci et à sa narration entre sensibilité épurée et poésie surréaliste que l'on adoube sans s'en rendre compte. Et c'est bien là la grande force de ce conte féérique meurtri que de vivre au sens large sa folle histoire, que de nous conter ses étreintes fraternelles, entre poésie, humour, éclairs de violence et plages de tendresse. Le chemin de croix d'un laissé-pour-compte abdiqué par l'homme mais se façonnant un semblant de vie autrement plus tolérable, respirable, supportable parmi la protection de ses chiens envoyés du ciel. Et donc ne puisant un sens à son existence qu'en leur fidèle présence soumise à sa noble autorité qu'ils acceptent pour tenir lieu de sacerdoce, Douglas Munroe nous relate (à nous et à son auditrice afro) sa trajectoire morale avec une nonchalance taiseuse criante de vérité effacée quitte à me répéter. Son expressivité à la fois si tangible, responsable et discrète invitant à l'humilité dans sa mansuétude que son auditrice consulte avec une étonnante attention humaine de par leur commune douleur familiale, sociétale qu'ils se partagent en contradiction d'éthique.

Voilà, Dogman est donc à mes yeux, grâce aussi à sa modeste simplicité si payante un (gros) coup de coeur, un cri du chant aussi (splendide hommage nostalgique à Edith Piaf !) autant qu'un cri du coeur issu de Besson, parce que peut-être son oeuvre la plus fragile, tourmentée et personnelle. Et pour ce retour en grâce dénué d'opportunisme et encore moins de cynisme, je ne peux que te remercier Luc de m'avoir triturer le coeur tous azimuts (bon Dieu quel déchirant final scintillant que je serai incapable d'omettre !) auprès de ta dramaturgie salvatrice émaillée d'émotions exaltées. Et bon sang je me rends compte à terme que tu m'a bien manqué depuis toutes ses décennies infructueuses (tant ciné que pour nos rapports humains en perdition que tu dénonces à ciel ouvert avec une sensibilité lestement / fructueusement infantile). Une oeuvre malade en somme car écorchée vive, magnifique tout simplement.

*Bruno