jeudi 8 janvier 2026

Marionette de Elbert van Strien. 2020. 1h52.

                  (Crédit photo : image trouvée via Google, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
"Quand croire devient une nécessité dangereuse."
Marionnette (2020), coproduction entre le Luxembourg, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, se révèle être, dans sa finalité, un excellent thriller psychologique, aussi intelligent qu’efficace dans sa capacité à nous manipuler du début à la fin. Le film avance masqué, jusqu’à ce que sa dernière demi-heure lève enfin le voile - le véritable voile - sur les tenants et aboutissants de ses deux protagonistes.
 
Au centre du récit, Marianne Winter, pédopsychiatre incarnée par l’excellente hollandaise Thekla Reuten, d’une crédibilité troublante en thérapeute sans fard constamment sur le fil du rasoir jusqu'au point de non retour. Au fil de son enquête, de ses séances avec un enfant de dix ans aussi secret qu’inquiétant, elle perd peu à peu pied avec la réalité, doute de ses certitudes, et commence à accorder une confiance dangereuse à ce garçon qui prétend contrôler l’avenir à travers ses dessins, voire provoquer des incidents.
 
 
Le film traite admirablement de l’impossibilité de faire le deuil, de manière originale et déstabilisante, notamment grâce à un twist final remarquable qui reconfigure tout ce que nous pensions avoir vu. C’est précisément là que Marionnette devient passionnant, et sans doute encore davantage à la revoyure, en revisitant l’intégralité du récit à travers le regard fissuré de Marianne et l’imaginaire de cet enfant en souffrance impeccablement modéré par son jeu à la fois trouble, distant, impassible de l'acteur Elijah Wolf
 
Narrativement, le film se montre d’une grande efficacité, exploitant avec finesse les codes du fantastique - phénomènes paranormaux, télékinésie suggérée, pouvoir d’influence à distance - sans jamais sombrer dans le spectaculaire, le racoleur ou la complaisance. Tout reste diffus, éthéré, insidieux, niché dans la relation psychologique trouble et inquiétante qui unit la thérapeute et l’enfant en porte-à-faux.
 
 
Marionnette porte également une réflexion forte sur la foi. Quand tout est perdu, quand la souffrance devient moralement intolérable, la tentation de se raccrocher à une croyance apparaît comme un dernier refuge. Le film interroge ainsi le besoin de sens face au chaos, la frontière trouble entre soin et emprise, la dangerosité des récits salvateurs, et l’impossibilité, parfois, de guérir sans accepter la perte. Car il n’y a pas de miracle possible quand on refuse la mort.
 
Nous sommes donc face à un véritable drame psychologique, sombre et ambigu : un film sur la foi comme symptôme, sur le deuil comme maladie de l’âme, et sur le danger de vouloir réparer l’irréparable. Un thriller passé inaperçu, sorti discrètement chez nous via Internet en Novembre 2021 - et c’est bien dommage - car Marionnette mérite d’être découvert avec attention. Pour ma part, je ne regrette absolument pas de m’y être confronté, et j'y retournerai.
 
— le cinéphile du cœur noir 🖤 

mercredi 7 janvier 2026

Robin des Bois / Robin Hood de Wolfgang Reitherman et David Hand. 1973. U.S.A. 1h23.

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Robin des Bois (1973) est le tout premier dessin animé que j’ai eu la chance de découvrir, à sept ans, aux côtés de ma mère, dans une salle de cinéma. Un souvenir fondateur, évidemment mémorable, presque sacré. Si bien que, paradoxalement, ce n’est que plusieurs décennies plus tard que je me décide à le revoir, seulement pour la seconde fois (avant hier précisément). Et le charme opère intact évidemment.

Certes, à sa sortie, les critiques n’étaient guère enchantées par les libertés prises avec la légende consacrée de Robin des Bois. Mais qu’importe. Le film s’inscrit pleinement dans la grande tradition Disney : un enchantement radieux et fougueux, porté par une intrigue simple, mais gorgée d’humour, d’invention, de tendresse et de cocasserie.
 
 
Comme souvent chez Disney, tout repose sur les personnages - ici animaliers - absolument irrésistibles par leur expressivité à la fois innocente et badine. C’est là, sans doute, la grande réussite du film : susciter un attachement immédiat, presque instinctif, à ces figures héroïques et pourtant appauvries, écrasées par la misère faute de leur roi… attendez… du roi… comment s’appelle-t-il déjà ? Non, le frère du roi, le prince Jean endossé par ce lion ridicule, altier et geignard - oui, lui, épaulé de son disciple, le serpent sir, servile persifleur !  

Robin des Bois n’est peut-être pas un chef-d’œuvre absolu, mais c’est un régal de divertissement, attendrissant et irrésistiblement pittoresque. Les personnages fourmillent d’allégresse et d’expressivité bonnard, portés par des chansons si entêtantes qu’on se surprend à les fredonner avec eux tout au long de ce périple aventureux. Un voyage mené par un Robin des Bois charismatique, renard rusé - redoutablement rusé - qui se délecte à railler son roi avec une malice et une dérision jubilatoires.

— le cinéphile du cœur noir 🖤

vendredi 2 janvier 2026

The Grudge de Takeshi Shimizu. 2004. Japon/U.S.A. 1h31.

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A la 3è revoyure, je trouve The Grudge (2004) de Takeshi Shimizu plutôt réussi, même si mon souvenir avec son modèle initial s’est estompé avec le temps. Je suis donc dans l'incapacité de pouvoir comparer.

Cette réactualisation soigne avant tout son ambiance - et c’est bien là que le film trouve sa véritable force. Une atmosphère pesante, lourde, presque désenchantée, que Sarah Michelle Gellar porte sur ses épaules d’enquêtrice circonspecte, tentant de démêler l’étrange logique d’une vague de crimes convergeant vers une seule et même demeure.
 

Planter l’action à Tokyo est une bonne idée dépaysante. La texture visuelle du film possède quelque chose de singulier, presque hors du temps. On a parfois l’impression d’assister à une pellicule granuleuse des années 70-80, notamment dans cette manière latente, diffuse, de filmer l’angoisse sans précipitation.  
The Grudge s’impose ainsi comme une série B assez captivante et ludique : le scénario reste d’une grande simplicité, mais l’ensemble demeure original et percutant, notamment dans son approche des personnages pris au piège de ce massacre familial maudit.
 

Ici, la peur naît moins de la terreur frontale que de la tension continue. Certaines séquences peuvent effrayer, certes, mais c’est surtout cette oppression constante qui domine, et à ce niveau-là, le film se montre efficace, maîtrisé, mené avec une sobriété bienvenue par un casting bien choisi. Revoir Sarah Michelle Gellar à contre-emploi de son rôle pugnace dans la série Buffy contre les vampires fait toujours plaisir. Rien de péjoratif là-dedans, bien au contraire : elle s’en sort avec retenue et justesse, portant le film dans ses silences autant que dans ses regards contrariés.
 
— le cinéphile du cœur noir 🖤 

Halloween Ends de David Gordon Green. 2022. U.S.A. 1h51.

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"Haddonfield ou la fabrique des monstres."

Je n’aurais pas misé un clopé, tant il m’aura fallu près de trois ans d’hésitation pour enfin le découvrir. Autant dire que la surprise n’en fut que plus grande.

Halloween Ends de David Gordon Green est, à mes yeux, une proposition audacieuse à contre emploi de son inutile précédant opus, et surtout une conclusion remarquable à une saga trop souvent prisonnière de ses propres automatismes (on taille dans le bide toutes les 15 minutes, on connait le refrain). Un film plus adulte, plus posé, plus contemplatif, qui préfère le malaise psychologique à la surenchère tapageuse.


Ici, le cœur du récit ne bat pas uniquement dans l’ombre de Michael Myers, mais dans les fractures intimes de Laurie, dans le deuil irrésolu de sa fille, et surtout dans le destin tragique de Corey. Corey, victime avant d’être bourreau. Un homme brisé dès un prologue glaçant, percutant, où l’accident devient une condamnation sociale. La population le désigne, l’isole, l’empoisonne du regard. En lui gronde une rage sourde, une colère injuste, née du rejet et de l’humiliation. Le film capte attentivement cette lente déchéance psychologique, ce glissement progressif vers la violence, jusqu’à la contamination du mal, dans une réalisation circonspecte traversée de séquences chocs d'une rare brutalité. 

Michael Myers, quant à lui, n’est plus qu’une ombre figée, réfugiée dans les égouts, diminuée, presque mourante. Une figure spectrale, un principe plus qu’un corps. Et c’est là toute l’audace de cette passionnante confrontation : le mal ne disparaît pas, il se transmet. Corey s’en inspire, s’en nourrit, s’en rapproche. Une passation trouble, vénéneuse, où Myers observe, accompagne, tue encore parfois, mais n’est plus l’unique moteur. Le mal circule, s’infiltre, se propage, jusqu'à éclabousser l'écran sanguinolent. 


Le film est également porté par des interprétations impliquées qui ont plaisir à vivre ce qu'elles jouent. Jamie Lee Curtis, magistrale, livre une Laurie Strode fatiguée, endeuillée, mais décidée à vivre autrement grâce à sa rébellion de dernier ressort. Sa fille endossée par Andi Matichak est tout aussi sobrement convaincante même si secondaire, tout comme l’acteur Rohan Campbell incarnant Corey, habité par une violence intérieure palpable, douloureuse, presque contagieuse. Chaque regard pèse, chaque silence compte dans un climat insécure plutôt malsain, lâche et acrimonieux.

Halloween Ends est donc aussi un film atmosphérique, magnifiquement photographié, parsemé de clins d’œil au Halloween originel de John Carpenter, jamais gratuits, toujours respectueux. Une œuvre qui prend le temps, qui installe, qui dérange et qui fait même parfois peur à travers la figure spectrale d'un Michael Myers monolithique, ange de la mort impassible en proie à un ultime sursaut criminel. 


Malgré les critiques, je persiste : c’est non seulement une excellente conclusion, mais de loin l’un des meilleurs opus de toute la saga. Un portrait meurtrier en reflet de miroir, un film noir et violent qui accepte que tout ait une fin, que les monstres vieillissent et meurent, mais que la peur change de visage - et que l’horreur la plus profonde naisse parfois du regard des autres.

"Tout a une fin" (?)
Halloween Ends montre avec courage, humilité et audace (en désacralisant le mythe) comment une société parano fabrique son propre monstre jusqu'au trône de la célébrité. Car tant que la peur, la violence et la haine collective existent, le mal trouvera toujours un corps. Ad vitam Aeternam.
 

— le cinéphile du cœur noir 🖤

mardi 30 décembre 2025

Mister Frost de Philippe Setbon. 1990. France/Angleterre. 1h44.

                   (Crédit photo : image trouvée via Google, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
"Le Mal est en chacun de nous, et la valeur d'une femme se juge à la manière dont elle défie ce Mal."

Enfin revu, après quelques décennies d'absence, faute d'invisibilité, Mr. Frost m'apparaît sous un angle nouveau dans sa facture autrement singulière (épaulée aujourd'hui de sa formalité 4K).

Une œuvre à l’atmosphère pesante, lourde, presque suffocante si j'ose dire. Une expérience cinématographique à part, qui ne plaira pas à tous, et qui a toutes les chances de diviser - notamment par son ambiguïté morale.
 

Nous y suivons un homme qui prétend être le diable en personne, remarquablement incarné par Jeff Goldblum, dont la présence magnétique empêche le film de sombrer dans le ridicule, malgré ce qu’en disent certains détracteurs. Pour ma part, j’y vois une solide série B indépendante, imprégnée d’une ambiance très années 80, finement retranscrite à travers des personnages profondément humains, fragiles, fébriles même, livrés à la merci de ce Mister Frost énigmatique, manipulateur, capable de duper son entourage et de pousser à l’irréparable.

Le film est étrange, inquiétant, et je le trouve constamment captivant, parfois même envoûtant, porté par une étrangeté feutrée, taciturne, presque mythique. Lent, certes, mais jamais ennuyeux, il avance à pas mesurés, laissant ses interprètes donner chair et corps à leurs rôles avec une foi humaine sincère et attachante.
 
 
De ce point de vue, le casting - mélange réussi de visages français et britanniques, coproduction oblige - se révèle sobrement convaincant : Jeff Goldblum, Alan Bates, Cathy Baker, Jean-Pierre Cassel, Daniel Gélin, François Négret, Roland Giraud, Catherine Allégret… De belles têtes d’affiche, au service d’un climat latent plus que d’un spectacle.

Mr. Frost demeure ainsi une étrange curiosité franco-anglaise, à revoir et à redécouvrir avec attention, et même avec une certaine préparation psychologique. Film indépendant, austère, froid, énigmatique, ambigu, mais profondément stimulant dans sa manière de mettre en scène un mal qui pousse les hommes à agir contre leurs propres principes.
 

Ce qui le rend si intéressant, c’est justement qu’il ne tranche jamais : le mal, ici, refuse toute certitude. Et son final, en demi-teinte, sans trop en dévoiler, s’avère particulièrement réussi, tant il renvoie les personnages - et le spectateur - à leurs conséquences morales. Cette dernière scène dit tout : la loi est insuffisante, la foi est insuffisante, la science est insuffisante.

Un film singulier qui ne plaira pas à tous, assurément, mais que je trouve captivant, troublant, intrigant, inquiétant, et qui laisse des traces, notamment pour sa réflexion sur la nature du Mal, sur la responsabilité de l'homme et sur l'(éventuelle) absence de Dieu.
 
— le cinéphile du cœur noir 🖤

lundi 29 décembre 2025

Les 101 Dalmatiens / One Hundred and One Dalmatians de Clyde Geronimi, Hamilton Luske, Wolfgang Reitherman. 1961. U.S.A. 1h19.

                   (Crédit photo : image trouvée via Google, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

Quand j’ai revu Les 101 Dalmatiens hier soir pour la seconde fois uniquement, j’ai été saisi par cet enchantement permanent, seconde après seconde. La magie de Disney est imprimée dans la pellicule comme jamais. À tel point que je considère ce film comme l’un des plus grands chefs-d’œuvre de Walt Disney. Tout y transpire une évidence lumineuse : l’humour badin, omniprésent, la poésie, le pouvoir d’enchantement irrésistible suscité par ces chiots dalmatiens terriblement expressifs, mais aussi par leurs propriétaires, ce couple profondément humain, tendre et sincère, militant pour la cause animale avec amour indéfectible.
 

J’aime également beaucoup, en filigrane, cette forme de plaidoirie contre la fourrure animale, incarnée par l’une des plus grandes méchantes de l’histoire de Disney : Cruella, toujours drapée dans son manteau de fourrure, silhouette glaciale et obsessionnelle à la limite d'une figure horrifique. Le film ne moralise jamais frontalement, mais son message s’impose avec une clarté redoutable.

L’implication émotionnelle est totale, notamment dans les séquences d’action. La poursuite finale en voiture est d’une folie extravagante, presque démente, comme rarement dans un film d’animation Disney. On est happé, impressionné, littéralement emporté. Certes, l’histoire reste assez simple - deux malfaiteurs, magnifiquement dessinés, dérobent les quinze chiots pour le compte de Cruella - mais cette simplicité devient une force émotionnelle. Le récit avance avec une efficacité implacable, les rebondissements surgissent de manière quasi métronomique, toujours au bon moment, dans la juste mesure de ne pas épater la galerie.
 

J’ai aussi adoré ce détail cocasse et délicieux : les chiots sont de véritables cinéphiles. Ils regardent à la télévision des films animaliers, et cette mise en abyme, à la fois drôle, tendre et poétique, m’a profondément touché.

Et que dire de plus, si ce n’est que la magie Disney transparaît à chaque plan. Les 101 Dalmatiens est d’ailleurs le premier film à avoir utilisé la xérographie en animation, un procédé d’impression issu de la photocopie et de l’impression laser. Sans cette technique, le film n’aurait tout simplement jamais pu exister, tant le nombre de chiens à animer était colossal. À l’écran, cette profusion est impressionnante : d’abord quinze, puis peu à peu, jusqu’à ce chiffre mythique de cent un. Une idée aussi folle que génialement justifiée.
 

Un pur chef-d’œuvre de Walt Disney donc, traversé d'une émotion candide et pure, exaltante, loufoque, profondément épanouissante - un divertissement bienveillant qui continue de battre comme un cœur vivant, intact, éternel près de 70 ans après sa sortie.

— le cinéphile du cœur noir 🖤

samedi 27 décembre 2025

Le choc des Titans / Clash of the Titans de Louis Leterrier. 2010. U.S.A/Angleterre/Australie. 1h46.

                                                      
                      (Crédit photo : image trouvée via Google, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Le Choc des Titans : quand le regard se fait plus noble que le jugement.
 
Lorsque Le Choc des Titans de Louis Leterrier est sorti en 2010, j’avais été profondément déçu au point de sortir de la projo en mode "déprime". Le spectacle promis ne m’avait pas du tout emballé. Pire : je l’avais rejeté, violemment. Quinze ans plus tard, je décide de le revoir en cette période féérique de Noël. Et je me prends une claque. Visuelle. Émotionnelle.
 
 
Alors, qu’est-ce qui a changé depuis 15 ans ? Peut-être suis-je devenu moins puriste, moins passéiste et que j'étais devenu un vieux con après tout, persuadé du "c'était mieux avant". Peut-être ai-je abandonné une part d’orgueil. Mais surtout, j’en suis persuadé: j’accepte aujourd’hui bien mieux les effets spéciaux numériques. Là où autrefois je résistais, je boudais, je digérais mal, je refusais presque par principe cette perfection artificielle, imberbe, je me laisse désormais porter. Et hier soir, devant Le Choc des Titans, j’ai retrouvé mes douze ans. Miracle ! Littéralement. J’ai regardé le film avec des yeux d’enfant. Et ça c’est quelque chose de rare, de précieux au cinéma. Si je l’avais découvert à cet âge-là, il aurait sans doute été l’un de mes plus grands spectacles d’enfance. Or, c'est justement ce que j'avais ressenti avec son modèle initial lors de ma location VHS
 
 
Soyons clairs : ce n’est pas un chef-d’œuvre, loin s'en faut. C’est un pur divertissement, bâti avant tout sur l’action, l'aventure humaine et les créatures fantastiques. Mais sa durée ramassée - 1h36 sans le générique de 10' - prouve que Leterrier va droit à l’essentiel. Le scénario, sans surprise, reprend le schéma du film de Desmond Davis. Pourtant, le récit reste agréable à suivre, jamais ennuyeux, séduisant même (sous l'impulsion de la déesse Io élégamment interprétée par Gemma Arterton), attachant. Le film dégage un charme, une vraie sympathie, portée par un casting solide : Liam Neeson, Ralph Fiennes en Dieux combattifs, Sam Worthington, convaincant dans son regard habité de demi-dieu malgré une interprétation sans légende, Gemma Arterton touchante donc, Mads Mikkelsen remarquable de sobriété dans la retenue et la sagesse, Jason Flemyng en démon maudit détestable, et d’autres encore, tous investis, honnêtes.
 
 
Mais ce que l’on retient avant tout, c’est l’aspect visuel enveloppant. Remarquable. Les décors sont somptueux, et oui, j’insiste : les effets numériques sont formidables. Chaque scène d’action est lisible surtout, claire, efficace, intense, épique. Leterrier ne confond jamais vitesse et précipitation. On en prend plein la vue : l’attaque des scorpions très efficace, la séquence de la Gorgone - vénéneuse, tendue, spectaculaire, horrifique presque-, et bien sûr l’affrontement final avec le Kraken, absolument monstrueux, à nous clouer au siège dans sa formulation de péplum catastrophiste. Le rythme est métronomique, l’ennui impossible. La musique orchestrale de Ramin Djawadi, tantôt épique, tantôt lyrique, renforce encore ce sentiment d’émerveillement autrement percutant que son modèle.
 
 
Évidemment, cela ne remplace pas le classique de 1981 dans toutes les mémoires de la génération 80, plus féerique, plus innocent, plus poétique, plus émotionnel aussi. Mais le Choc des Titans de Louis Leterrier reste un formidable divertissement d’action, une série B de luxe du samedi soir, généreuse, directe, spectaculaire, impliquée. Un spectacle dépaysant qui assume ce qu’il est et qui, aujourd’hui, m’a offert bien plus que je ne l’imaginais. Et pour cela, on ne peut que saluer le travail du cinéaste français qui fut d'ailleurs récompensé par un succès public (1 876 286 entrées chez nous). 
 
Pensée particulière à Kévin Beluche 😉
 
— le cinéphile du cœur noir 🖤
2èx. 4K. Vost 

Box Office France: 1 876 286 entrées 

mercredi 24 décembre 2025

Top 10 – 2025 : quand l’horreur retrouve le souffle des années 80.

Des films hantés par le corps, le deuil, la mémoire, la technologie et la fin de l’innocence.

Top 1 ex-aecquo:  

                          
 
 Top 2 ex-aecquo: 
 

         
 
 Top 3:           

  En vrac: 
 
 

 

                                     Bonus :

     

                  

                                                           

    

Le Puits et le Pendule / The Pit and the Pendulum de Stuart Gordon. 1991. U.S.A/Italie. 1h37.

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Le Puits et le Pendule est un film un peu oublié, à tort, dans la filmographie du petit maître - ou plutôt de l’artisan - du fantastique qu’est Stuart Gordon. Car il s’agit là d’un solide divertissement horrifique, qui parvient à conjuguer un certain réalisme historique avec un grand-guignol rarement complaisant dans ses séquences de torture. Le film rend d’ailleurs un hommage appuyé à La Marque du Diable, à Le Grand Inquisiteur et consorts, en s’inscrivant pleinement dans cette tradition d’un cinéma cruel mais lucide.

C’est une série B à la production modeste, au budget clairement limité, et pourtant Stuart Gordon s’exécute avec une honnêteté et une rigueur assez remarquables. La reconstitution historique, bien que contrainte, demeure crédible. Oui, les décors manquent parfois d’ampleur, mais on croit à ce que l’on voit, notamment grâce à l’investissement et à la conviction des acteurs, qui portent le film à bout de bras.
 

Sur ce point précis, il est impératif de saluer l’interprétation féminine de Rona De Ricci, absolument remarquable dans le rôle de Maria. Elle est d’une expressivité saisissante, capable d’incarner la peur, la contrainte, mais aussi l’espoir et l’amour pour son compagnon emprisonné. Elle soulève le récit sur ses épaules avec une grâce aussi surprenante qu’inattendue, et lui confère une véritable colonne émotionnelle.

Du côté du mal, la présence de Lance Henriksen s’impose avec évidence dans le rôle de l’inquisiteur. Son personnage, à la psychologie ambiguë et profondément torturée, est rongé par un amour refoulé pour Maria, mêlé à des pulsions sadomasochistes et à une perversion totale, dissimulées derrière la soutane et l’autorité religieuse. Une figure de monstre humain, gangrenée par le pouvoir et le fanatisme.
 

Évidemment, le film égratigne avec efficacité cet obscurantisme religieux, au fil d’un récit alternant romance impossible, vengeance et tentatives d’évasion - avec même une pointe de surnaturel ironique - au cœur du château-géôle de l’inquisiteur Torquemada. Au-delà de La Marque du Diable, Le Puits et le Pendule convoque aussi l’ombre de Les Diables de Ken Russell - jusqu’au souvenir d’Oliver Reed à nouveau présent en pape avec une dérision sardonique - et rend un hommage final à la version de Roger Corman lors d’un final haletant, machiavélique et spectaculaire.

Certes, ce dernier n’est pas exempt de quelques facilités, notamment dans la manière dont l’une des victimes parvient à se libérer de ses chaînes et à combattre ses ennemis. Mais la conclusion balaie ces menus défauts par une rupture de ton presque féerique, inattendue, apaisante, et pourtant jamais ridicule. Un final bienveillant, surprenant, qui laisse une impression durable.
 

Ce qui prouve, une fois encore, que Le Puits et le Pendule - coproduction italo-américaine - est un très bon divertissement horrifique, désireux autant de choquer que de réfléchir. Un film qui n’exploite jamais la torture de manière gratuite, et qui interroge frontalement la barbarie, la perversité et le sadisme d’inquisiteurs et de leurs sbires, infligeant à de pauvres femmes innocentes des supplices séculaires innommables.
 
— le cinéphile du cœur noir 🖤 
11.03.15. 23.12.25. 
3èx. Vost