de Jean Pourtalé. 1975. France. 1h30. Avec Niels Arestrup, Brigitte Rouan, Emmanuelle Béart, Michel Esposito.
Sortie en salles en France le 18 Août 1976
FILMOGRAPHIE: Jean Pourtalé est un réalisateur français né le10 Septembre 1938 à Paris, décédé le 17 Octobre 1997. 1964: Dernier soir (court-métrage). 1969: Sylvie à l'Olympia (Court-métrage du tour de chant). 1975: Demain les Momes. 1980: 5% de Risques
En 1976, sort sur les écrans, dans une quasi-indifférence générale, le premier film d’un réalisateur alors méconnu, Jean Pourtalé, tandis que certaines critiques snobinardes lui tournent le dos. Or, deux festivals lui ouvriront la voie de la reconnaissance, décernant au film deux prix, à Paris et à La Nouvelle-Orléans. Totalement occulté ou ignoré depuis des lustres, Demain les mômes demeure un ovni filmique rare et précieux, aussi réaliste et désespéré que son cousin ibérique, le chef-d’œuvre martyr Les Révoltés de l’an 2000.
Le pitch : Dans un futur ravagé par une potentielle guerre mondiale, le monde est devenu un lieu aride où quelques survivants errent à la recherche d’un abri. Philippe et Suzanne, réfugiés dans leur ferme du sud-ouest de la France, coulent des jours indolents grâce à leurs réserves de nourriture. Jusqu’au jour où un groupe de quidams s’en prend sauvagement à Suzanne. Philippe accourt, tire vainement avec son fusil de chasse, mais la menace est trop grande. Privé de sa femme, il tente de retrouver d’éventuels survivants via un récepteur radiophonique… jusqu’à l’irruption d’une bande d’enfants mutiques à proximité de sa maison.
Avec un budget restreint et des décors minimalistes, Jean Pourtalé recrée un univers en décrépitude, post-cataclysmique, où chaque bruit devient un instrument de tension, chaque vent un souffle funeste. La terre y est un cimetière décharné, et les survivants s’y meuvent avec prudence, méfiants de toute présence humaine. Quelques plans-chocs montrent des cadavres faméliques abandonnés sur le bord des routes, maquillage morbide et efficace, instaurant un climat de désolation palpable. Le vent bourdonnant devient la seule présence vivante dans cette planète réduite à un vestige.
Puis le danger surgit à l’imprévu, incarné par ces marginaux sans scrupule, et plus tard, par la mystérieuse bande d’enfants qui occupe la ferme. Fillette ou gamin, ces enfants mutiques, froids et monolithiques, paraissent incapables de compassion. Philippe, homme de foi et de patience, tente pourtant de tisser un lien, d’inculquer le savoir-vivre, le respect d’autrui dans un monde livré à l’agonie. Mais la rancune et l’hostilité des enfants le confrontent à une vérité cruelle : l’espoir de reconstruire un monde meilleur est une illusion irréversible.
Insidieusement, et avec un souci d’authenticité proche du documentaire, Demain les Mômes dévoile le caractère monolithique et glacial d’une bande de marmots incapables de manifester la moindre compassion envers leur nouveau protégé, Philippe, homme de foi profondément désorienté. Par petites touches, le film détaille avec une sensibilité poétique la tentative d’un homme solitaire pour établir un lien amical avec cette troupe d’enfants sauvages, sous l’accompagnement subtil et troublant de la mélodie d’Éric Demarsan. Le thème musical, parfois lumineux, vire soudainement à l’ombre, soulignant le mystère et le silence presque surnaturel de ces enfants mutiques, en opposition au monde des adultes.
La devise de Philippe devient alors de leur inculquer le savoir-vivre, les valeurs humaines et le respect d’autrui, dans un monde furtivement livré à l’agonie. Dépité par leur rancœur, vexé par leur introversion et leur taciturnité, il comprend peu à peu que l’espoir de reconstruire un monde meilleur n’est qu’une irréversible désillusion.
Niels Arestrup, trop rare et ici magistral, incarne Philippe avec une flegme mature et l’aplomb nécessaire pour tenter d’éduquer ces enfants dépourvus d’amour et d’empathie, comme dans la séquence où l’un d’eux chute du toit de la ferme. Le groupe, qui communique exclusivement entre lui, retranscrit avec un naturel troublant un comportement à la fois imbitable et inquiétant face à l’adulte, dont l’unique désir est la cohésion et la bienveillance. Leur hostilité et leur pernicieux détachement alimentent le climat singulier du film, d’un réalisme terrifiant. On y devine la parenté avec les enfants interlopes et faussement dociles des Révoltés de l’an 2000, sorti la même année en Espagne. À titre subsidiaire, on notera les premiers pas devant la caméra d’Emmanuelle Béart, à seulement 12 ans.
Dédicace à Atreyu sans qui je n'aurai pu redécouvrir cette perle rare et introuvable.
06.10.11
Récompenses: Grand Prix au 3ème Festival de film fantastique et de science fiction de Paris, ainsi que celui du Prix Spécial du Jury au Festival International de "New Orléans".





merci mille fois bruno pour cette subtile et éloquente analyse de ce bijou a qui je suis ravi d'avoir donné une nouvelle chance de se faire connaitre des internautes passionnés que nous sommes !
RépondreSupprimerJe t'en remercie tout autant l'ami ! ^^
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