jeudi 5 janvier 2012

DR JEKYLL ET MR HYDE (Dr Jekyll and Mr Hyde)


de Victor Fleming. 1941. U.S.A. 1h53. Avec Spencer Tracy, Ingrid Bergman, Lana Turner, Donald Crisp, Ian Hunter, Barton MacLane, C. Aubrey Smith, Peter Godfrey, Sara Allgood, Frederick Worlock.

Sortie en salles en France le 25 Septembre 1946. U.S: 12 Aout 1941

FILMOGRAPHIE: Victor Fleming est un réalisateur américain né le 23 Février 1883 à Pasadena en Californie. Il est décédé le 6 Janvier 1949 à Cottonwood dans l'Arizona.
1925: Le Cargo Infernal. 1932: La Belle de Saigon. 1934: l'Ile au Trésor. 1939: Le Magicien d'Oz.
1939: Autant en emporte le Vent. 1941: Dr Jekyll et Mr Hyde. 1945: l'Aventure. 1948: Jeanne d'Arc.


10 ans après la version de Rouben Mamoulian de 1931, Victor Fleming s'entreprend de remaker la cĂ©lèbre adaptation du roman de Stevenson, l'Etrange cas du Dr Jekyll et Mr Hyde. Cette nouvelle lecture va transcender son modèle, de par son intensitĂ© dramatique et surtout grâce Ă  la prestance d'un trio de comĂ©diens Ă  l'apogĂ©e de leur talent, Spencer Tracy et les ravissantes Ingrid Bergman et Lana Turner. Le pitch: Alors qu'il est sur le point de se marier avec Beatrix Emery, le Dr Jekyll expĂ©rimente ses thĂ©ories sur la dualitĂ© du Bien et du Mal avec des mammifères de laboratoire. Le père de sa fiancĂ©e ne voit pas d'un bon oeil sa rĂ©flexion mĂ©taphysique opposĂ©e Ă  la dĂ©ontologie de Dieu. Convaincu, Jekyll dĂ©cide un soir d'expĂ©rimenter sa potion sur lui mĂŞme après avoir rendu docile un rat agressif. Mais sous l'effet du produit, il se transforme en ĂŞtre diabolique, vĂ©ritable incarnation du Mal, qu'il dĂ©cide de prĂ©nommer Mr Hyde. 


Revoir en l'occurrence ce remake 71 ans après sa sortie prouve Ă  quel point l'oeuvre Ă©mouvante de Fleming su faire preuve d'audace pour illustrer le calvaire insurmontable d'un homme dĂ©chu, obsĂ©dĂ© Ă  l'idĂ©e de scinder la part de Bien et de Mal innĂ©e en chaque ĂŞtre humain. Il faut aussi rappeler que la censure dans les annĂ©es 40 Ă©tait plutĂ´t drastique pour sanctionner certaines productions hollywoodiennes un peu trop sulfureuses. La grande force du film Ă©mane donc de sa terreur psychologique lourdement Ă©prouvante lorsque notre diabolique Mr Hyde dĂ©cide d'asservir et d'humilier la jeune Ivy Peterson, serveuse de bar influençable. Ce docteur ambitieux particulièrement renommĂ© et Ă©rudit se retrouvera malencontreusement dans une situation irrĂ©versible lorsqu'il dĂ©cide d'expĂ©rimenter sur sa propre personne une drogue aux effets dĂ©vastateurs. Ainsi, en jouant les apprentis sorciers, le Dr Jekyll qui envisageait annihiler le Mal enfoui en chacun de nous se retrouvera pris au piège de son dĂ©doublement de sa personnalitĂ©. Car après avoir ingurgitĂ© sa potion, Jekyll ne peut plus maĂ®triser ses pulsions perverses si bien que Mr Hyde pourra prendre le dessus afin de corrompre sa personnalitĂ© et l'empresser de martyriser une serveuse de bar prĂ©alablement Ă©prise d'amour pour lui. Les sĂ©quences de soumission octroyĂ©es Ă  Ivy Peterson par un Mr Hyde habitĂ© par le diable s'avèrent d'une cruautĂ© psychologique Ă©prouvante. Tandis que les sobres maquillages rĂ©ussissent avec subtilitĂ© Ă  enlaidir un homme habitĂ© par la folie, Ă  l'image de sa dĂ©bauche fielleuse. Dès lors, pour retrouver sa personnalitĂ© docile, Jekyll est contraint d'absorber sa potion puisque le Mal a cette fois-ci transcendĂ© les valeurs du Bien, tel un poison intraitable. La situation alarmiste Ă©chappant Ă  tout contrĂ´le, Jekyll se rĂ©signe en dĂ©sespoir de cause Ă  rĂ©pudier sa future Ă©pouse afin de la protĂ©ger de son double nuisible.
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Dans un double rĂ´le, Spencer Tracy se rĂ©vèle littĂ©ralement habitĂ© par son personnage en demi-teinte. Haineux, sadique et bourreau dans la peau du terrifiant Hyde puis studieux, diplomate, dĂ©fĂ©rent mais peu Ă  peu dĂ©muni de sa malĂ©diction dans celui de Jekyll, l'acteur dĂ©gage une poignante empathie face Ă  sa dĂ©tresse de ne pouvoir s'opposer Ă  son double malĂ©fique. SecondĂ© par Ingrid Bergman, sa beautĂ© gracieuse envoĂ»te autant le spectateur que notre hĂ©ros troublĂ© de sa candeur et de son charme tĂ©nu. Son dĂ©sarroi face Ă  la tyrannie de Hyde nous octroie rĂ©gulièrement des sĂ©quences bouleversantes de par sa situation d'impuissance. Pour interprĂ©ter la fiancĂ©e du docteur, Lana Turner campe avec dĂ©fĂ©rence une jeune Ă©pouse entièrement vouĂ©e aux liens du mariage mais finalement condamnĂ©e Ă  la malĂ©diction d'une tragĂ©die humaine Ă©pouvantĂ©e.
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Baignant dans une photographie blafarde accentuant une ambiance des plus troubles, Dr Jekyll et Mr Hyde demeure un chef-d'oeuvre du genre d'une acuité émotionnelle rare auprès de sa cruauté psychologique. Magnifiquement interprété par un trio d'illustres comédiens et bouleversant chez la quête improbable de l'homme déterminé à démystifier les lois spirituelles, cette réflexion sur la dualité du Bien et du Mal et sur notre instinct pervers (un monstre sommeille en chacun de nous !) se réserve en prime d'y générer une métaphore sur l'addiction.

Dédicace à Lirandel.
05.01.12
Bruno Matéï

1 commentaire:

  1. Un grand merci pour cette critique Bruno.

    de retour parmi vous, et à très bientôt et surtout bonne année 2012
    à tous les lecteur et à notre hôte qui je l'espère continuera
    de nous débusquer des perles cinématographiques de qualités.

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