de Raphael Delpard. 1980. France. 1h34. Avec isabelle Goguey, Betty Beckers, Charlotte de Turckheim, Georges Lucas, Michel Debrane, Jean-Paul Lilienfeld, Michel Flavius.
FILMOGRAPHIE: Raphael Delpard est un acteur, réalisateur, scénariste, journaliste et écrivain français, né en 1942 à Paris. 1976: Perversions. 1978: Ca va pas la tête. 1979: Le Journal. 1980: La Nuit de la Mort. 1981: Les Bidasses aux grandes manoeuvres. 1982: Le Marionnettiste (télé-film). 1984: Vive le fric ! 1984: Clash. 1998: Les Enfants Cachés (doc). 2009: Les Convois de la Honte.
Réalisateur touche-à-tout ayant œuvré à deux reprises dans le champ du Fantastique, Raphaël Delpard est loin d’avoir convaincu les journalistes de l’époque, lesquels n’hésitèrent pas à le discréditer pour ses tentatives audacieuses que furent La Nuit de la Mort et Clash. Sorti à la même période que Shining, La Nuit de la Mort fut également boudé par le public français, tandis qu’aux États-Unis, il connut un certain succès - au point que Tobe Hooper adressa au cinéaste une lettre d’approbation. Commercialisé ensuite en location VHS dans les rayons de nos vidéoclubs, le film attisa la curiosité des amateurs de gore, alléchés par une jaquette explicite où l’on distinguait la tête en lambeaux d’une femme ensanglantée, suspendue à un croc de boucher. De quoi lui assurer, avec le temps, une petite cote d’estime. Film d’horreur franchouillard surfant sans vergogne sur la vague gore des bisseries transalpines, La Nuit de la Mort ose aborder le thème du cannibalisme dans le cadre anxiogène… d’une maison de retraite.
Rappel des faits: Alors qu’une nouvelle gouvernante, Martine, vient d’être recrutée par la directrice, les pensionnaires - avides de chair et de sang frais - s’apprêtent à sacrifier leur domestique actuelle afin d’accéder à une illusoire pérennité. Inquiète de cette disparition soudaine, Martine commence à soupçonner le comportement interlope de ces vieillards trop polis pour être honnêtes.
Série B d’exploitation conçue avec une sincère volonté de divertir sans fioritures, La Nuit de la Mort fait presque figure d’ovni dans le paysage hexagonal par son esprit foutraque et débridé, illustrant l’orgie dégueulbif de pensionnaires incapables d’accepter le fardeau de la vieillesse. Tour à tour blagueurs, cyniques, mesquins et délicieusement polissons, ces cannibales du troisième âge constituent l’attraction principale de ce délire macabre, lequel n’hésite pas, dès son premier acte, à surenchérir dans l’horreur vomitive. Impossible de ne pas évoquer le fameux banquet sanglant où nos vieillards se repaissent goulûment de la tripaille d’une Charlotte de Turckheim éviscérée. Soutenue par des maquillages en latex minimalistes, la séquence provoque un choc répulsif bien réel, notamment grâce à la texture d’un sang épais et onctueux, mêlé à des organes crus fraîchement arrachés des entrailles.
Passée cette scène coup-de-poing, La Nuit de la Mort glisse vers un suspense plus latent - entre autres lors d’une séance inopinée de flagellation SM - tandis que Martine tente de déjouer les prochaines pitreries cannibales en menant son enquête nocturne. Sans jamais sombrer dans l’ennui, cette seconde partie maintient l’intérêt grâce à des chassés-croisés tendus entre les vieillards et une héroïne toujours plus fouineuse. La galerie attachante de seconds rôles sclérosés, la posture maladroite de Michel Flavius en boiteux déficient, et surtout la sensualité trouble d’Isabelle Goguey accentuent le caractère délirant de cette confrérie orgueilleuse, en dépit de maladresses et d’incohérences narratives assumées. Le final, bordélique à souhait, renoue avec l’esprit gore du premier acte lors d'une succession de péripéties haletantes autour de la survie de l’héroïne, ponctuées de deux rebondissements aussi bienvenus qu’horriblement mesquins.
Porté par un score dissonant, des décors tantôt sinistres, tantôt franchement inquiétants - la chaufferie, la salle insalubre du banquet, ou encore ces longs couloirs étroits où défile une assemblée de vieillards en marche funèbre - et une ambiance malsaine constamment palpable, La Nuit de la Mort demeure l’une des rares réussites franchouillardes dans le champ encore trop peu exploité du gore bisseux. Si la modestie de la mise en scène et le jeu amateur de certains seconds rôles le rattachent parfois au film Z, il n’en reste pas moins profondément attachant et furieusement divertissant, à l’image de l’apparition aussi impertinente qu’inoubliable d’une Charlotte de Turckheim mise à nu.
— le cinéphile du cœur noir 🖤
Ci-joint propos du réalisateur recueillis sur le site Nanarland:
"C'est un film que l'on a fait avec des bouts de ficelle et des bouts de carton. Il nous a rapporté de l'argent. (...) Il a été vendu aux Etats-Unis, en Allemagne, en Angleterre, en Italie. Tobe Hooper m'a envoyé un télégramme que malheureusement j'ai perdu (nous avions le même diffuseur vidéo) et lorsque je suis allé à Hollywood j'ai été absolument stupéfait de rencontrer des gens qui avaient vu le film et qui me récitaient des répliques entières du film en français, et qui disaient "Ce n'est pas un Français qui a fait ça, il n'y a aucune patte française." C'est très curieux et le film m'a valu une petite renommée. (...) Le film est sorti la même semaine que Shining. C'est ridicule de sortir deux films fantastiques en même temps (...) Le temps a fait que c'est devenu un film culte, au début seuls quelques journalistes et le petit milieu du fantastique ont véritablement apprécié, le public, lui, était indifférent.".
3èx. Video projo 100




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