mercredi 19 octobre 2016

LE TRIANGLE DU DIABLE


"Satan's Triangle" de Sutton Roley. 1974. U.S.A. 1h11. Avec Kim Novak, Doug McClure, Michael Conrad, Alejandro Rey, Ed Lauter

Diffusion TV U.S: 14 Janvier 1975. France: 4 Février 1979 et Novembre 1975 (un mardi soir à 20h30)

FILMOGRAPHIE: Sutton Roley est un réalisateur américain né le 19 Octobre 1922 en Pennsylvanie, USA, décédé le 3 Mars 2007 en Virginie. 1968: How to Steal the World. 1971: Sweet, Sweet Rachel (Télé-film). 1972: The Loners. 1973: Snatched (télé-film). 1974: Chosen Survivors. 1975: Le Triangle du Diable (télé-film).


Intro:                                                         Souvenir d'enfance.
Pour l'anecdote extravagante (et ce n'est nullement un canular !), c'est le seul film de ma vie de cinéphile m'ayant provoqué une RÉELLE hallucination lorsque, à la fin de la séance, je me dirigeais dans ma cuisine en y rencontrant mon père ! C'est à cet instant que j'ai subitement entrevu le visage du personnage du curé à la place de sa trogne !!! (une substitution irréelle matérialisée sous mes yeux !). Je me suis soudainement senti évasif, car psychologiquement en apesanteur face à l'étrangeté de cette vision perturbante ! Depuis cet incident unique gravé dans mon encéphale, je n'ai jamais osé l'avouer à mes parents...

Le Dimanche 4 Février 1979 (4 ans après sa 1ère programmation française) est diffusé à 18h10 sur la chaîne TF1 le télé-film Le Triangle du diable. Faute de sa projection à heure de grande écoute dans un cadre dominical, une génération de spectateurs en sort traumatisé ! (pour preuve avec mes propres aveux précités !). 42 ans plus tard, grâce à sa résurrection commerciale en Dvd (version remasteurisée svp !), je m'empresse de revoir ce classique horrifique sur mon écran 16/9 !



Pour rappel de l'intrigue, 2 gardes-cĂ´tes sont enrĂ´lĂ©s afin de porter secours aux navigateurs d'un voilier. Sur place, alors que l'un d'eux descend sur les lieux, celui-ci dĂ©couvre plusieurs cadavres dissĂ©minĂ©s Ă  l'intĂ©rieur et en externe du bateau alors que leur mort porterait Ă  croire qu'elle serait accidentelle. Au dernier moment, le sauveteur dĂ©couvre une survivante dans la cale, Eva. Après un nouvel incident empĂŞchant le garde-cĂ´te de remonter Ă  bord de l'hĂ©licoptère, il est contraint de passer la nuit avec la charmante inconnue en attendant la rĂ©surgence de son coĂ©quipier le lendemain matin. ProfondĂ©ment secouĂ©e, cette dernière finit par lui expliquer les circonstances tragiques de son Ă©quipage après qu'ils eurent repĂŞcher Ă  bord un rescapĂ© en soutane. 


Ce pitch allĂ©chant rĂ©alisĂ© par un spĂ©cialiste de sĂ©ries TV parvient efficacement Ă  nous tenir en haleine par le biais d'Ă©pisodes accidentels inquiĂ©tants ! A l'instar du corps d'une victime retrouvĂ©e dans la cale et flottant inexplicablement dans les airs, Spoil ! du regard fĂ©minin inopinĂ©ment effrayant (je sous-entend le prologue mais aussi l'Ă©pilogue !) fin du Spoil ou de la croix d'un pendentif subitement disparue ! Soigneusement rĂ©alisĂ© pour une production tĂ©lĂ©visuelle (notamment au niveau du montage oĂą Ă©vènements du prĂ©sent et du passĂ© se tĂ©lescopent sans coupure !), Le Triangle du Diable exploite le huis-clos maritime par le biais d'une ambiance anxiogène sensiblement diaphane. A l'instar de l'arrivĂ©e fortuite du prĂŞtre surgit de nulle part et de son climat subitement tempĂ©tueux que les protagonistes s'efforcent de dĂ©jouer afin d'Ă©viter le naufrage. Sur ce point, la rĂ©alisation parvient assez habilement Ă  semer l'inquiĂ©tude par le biais d'une structure narrative combinant les mythes du triangle des Bermudes et du pouvoir du Diable. Sous l'impulsion d'une sobre distribution irrĂ©prochable, le Triangle du Diable n'a pas de peine Ă  nous convaincre des divergences morales et conflits d'intĂ©rĂŞt compromis entre la dynamique de groupe. Quand bien mĂŞme le garde-cĂ´te attentif aux rĂ©miniscences d'Eva s'efforce de trouver une explication plausible Ă  ces prĂ©alables incidents meurtriers causĂ©s en pleine bourrasque. Instaurant un suspense assez bien troussĂ© au fil d'un cheminement machiavĂ©lique opposant surnaturel et plausibilitĂ©, le Triangle du Diable culmine son ambiguĂŻtĂ© vers un dernier acte littĂ©ralement affolant ! Un twist final remarquablement pensĂ© dans sa gestion d'une tension oppressante et son effet de surprise que son montage nerveux renchĂ©rit habilement sans grand-guignol !


Classique tĂ©lĂ©visuel restĂ© dans toutes les mĂ©moires d'une gĂ©nĂ©ration collapsĂ©e, Le Triangle du Diable prĂ©serve sa dimension cauchemardesque par l'entremise d'une distribution implacable et d'un climat ombrageux quelque peu dĂ©pressif. Quant Ă  la teneur diabolique de son Ă©pilogue, il continue de hanter les spectateurs (Ă  Ă©chelle moindre quand on a Ă©videmment atteint la maturitĂ© !) lors d'un jeu de regards viciĂ©s terriblement dĂ©rangeants ! 

        LE SECOND TRAUMATISME TELEVISUEL DES                                                       ANNEES 70 !

                                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Moviecovers.com

de Jerry Thorpe. 1977. U.S.A. 1h15. Avec James Farentino, Joan Hackett, Claudette Nevins, Eugene Roche, Harrison Ford, Ann Dusenberry.

Diffusion TV, U.S: 1er Mai 1977

FILMOGRAPHIEJerry Thorpe est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© en 1926.
1957: Minuit sur le grand canal. 1968: Le Jour des Apaches. 1970: Company of Killers (tĂ©lĂ©-film). 1970: Dial Hot Line (tĂ©lĂ©-film). 1971: Lock, Stock and Barrel (tĂ©lĂ©-film). 1971: Crosscurrent (tĂ©lĂ©-film). 1972: Kung-Fu (tĂ©lĂ©-film). 1974: Smile, Jenny, You're Dead (tĂ©lĂ©-film). 1975: Antonio and the Mayor (tĂ©lĂ©-film). 1976: The Dark side of Innocence (tĂ©lĂ©-film). 1976: Laissez moi mon enfant (tĂ©lĂ©-film). 1977: Yesterday's Child (tĂ©lĂ©-film). 1977: Les EnvoĂ»tĂ©s (tĂ©lĂ©-film). 1978: The Lazarus Syndrome (tĂ©lĂ©-film). 1978: Stickin'Together (tĂ©lĂ©-film). 1978: A Question of Love (tĂ©lĂ©-film). 1979: Heaven Only Knows (tĂ©lĂ©-film). 1980: Le Noir et le Blanc (tĂ©lĂ©-film). 1983: Happy Endings (tĂ©lĂ©-film). 1986: La Fleur EnsanglantĂ©e (tĂ©lĂ©-film).


TĂ©lĂ©-film des annĂ©es 70 dĂ©couvert chez nous un mardi soir dans le cadre des "Dossiers de l'Ecran", Les EnvoutĂ©s traumatisa toute une gĂ©nĂ©ration de spectateurs impressionnĂ©s par le caractère rĂ©aliste de son thème satanique, Ă  l'instar de son climax inoubliable faisant office de moment de trouille dĂ©rangeant. Sans doute influencĂ© par l'Exorciste et toute la vague de films dĂ©moniaques qui suivront (La MalĂ©diction pour citer le plus illustre), Jerry Thorpe nous relate ici la descente aux enfers de lycĂ©ennes prises Ă  parti avec des phĂ©nomènes surnaturels. Celui de la combustion spontanĂ©e s'emparant sans raison de leurs corps pour les brĂ»ler vif ! D'une durĂ©e Ă©courtĂ©e d'1h10, les EnvoutĂ©s sous-entend une rĂ©flexion sur l'existence du Mal Ă  travers le parcours Ă©quivoque d'un ancien prĂŞtre dĂ©libĂ©rĂ© Ă  s'expier une conduite après avoir offensĂ© Dieu. Dès lors, ressuscitĂ© d'un accident mortel, sa mission est de venir en aide aux tĂ©moins de l'emprise du diable. Ce qui l'amène Ă  s'orienter vers un lycĂ©e exclusivement fĂ©minin Ă  laquelle de graves incidents sont dĂ©pĂŞchĂ©s par la direction. 


Hormis sa facture tĂ©lĂ©visuelle, Jerry Thorpe rĂ©ussit avec une certaine efficacitĂ© Ă  entretenir un suspense sous-jacent parmi les vicissitudes qui Ă©branlent la tranquillitĂ© des pensionnaires tout en insufflant une atmosphère diabolique par le biais de l'emprise du feu. RenforcĂ© d'une bande-son inquiĂ©tante, la manière insidieuse dont les flammes se propagent sur le mobilier ou sur le corps enseignant provoquent un sentiment malsain, sachant qu'Ă  plus d'une reprise, la victime ciblĂ©e se retrouve embrigadĂ©e dans une pièce verrouillĂ©e de l'intĂ©rieur ! EpaulĂ© de comĂ©diennes fort convaincantes dans leur rĂ´le d'enseignantes contrariĂ©es ou de lycĂ©ennes apeurĂ©es, Les EnvoutĂ©s est Ă©galement dominĂ© par le jeu Ă©nigmatique de James Farentino dans celui de Kevin Leahy, le prĂŞtre dĂ©chu revenu de l'au-delĂ . DessapĂ© de sa soutane et d'insigne religieux (il ne croit qu'Ă  l'existence du Mal avouera t'il Ă  l'une des enseignantes !), il est pourtant rĂ©signĂ© Ă  combattre et se sacrifier pour sauver les proies innocentes des forces du Diable. Enfin, on reconnaĂ®tra dans un second rĂ´le l'apparition du dĂ©butant Harrison Ford dans celui d'un enseignant Ă©pris d'amour pour une jeune lycĂ©enne. Si le rĂ©cit oh combien inquiĂ©tant n'exploite pas complètement le potentiel de son sujet car empruntant les raccourcis (faute notamment d'une durĂ©e Ă©courtĂ©e !), il est suffisamment bien conduit pour distiller une angoisse latente au fil d'une intrigue toujours plus ombrageuse que Kevin Leahy tente de dĂ©mystifier. Ce qui nous conduit Ă  son point d'orgue rĂ©vĂ©lateur ayant tant traumatisĂ© les cinĂ©philes de l'Ă©poque lors de cette confrontation du prĂŞtre et de la directrice rĂ©fugiĂ©s Ă  proximitĂ© d'une piscine ! En victime ensorcelĂ©e exprimant râles inquiĂ©tants, rictus mesquin et regard pervers, l'actrice Joan Hackett rĂ©ussit Ă  provoquer l'effroi dans sa posture cynique de possĂ©dĂ©e. Aujourd'hui encore, son apparence "envoĂ»tĂ©e" (mais dĂ©pouillĂ©e de maquillage grand-guignolesque) nous provoque une rĂ©pulsion viscĂ©rale rĂ©ellement dĂ©rangeante au point de renouveler nos cauchemars nocturnes. 


En tant que film issu de la tĂ©lĂ©vision, Les EnvoutĂ©s reste l'une des rares rĂ©ussites Ă  avoir sur distiller avec sensibilitĂ© une angoisse malsaine plutĂ´t dĂ©rangeante, Ă  l'instar de son Ă©pilogue fĂ©tide restĂ© dans les mĂ©moires des tĂ©lĂ©spectateurs ! Une pĂ©pite Ă  redĂ©couvrir donc car tellement plus honorable et convaincante que la globalitĂ© des vulgaires ersatz ayant tentĂ© d'Ă©muler l'Exorciste et consorts

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