vendredi 21 octobre 2016

LA FIANCEE DE FRANKENSTEIN

                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

"Bride of Frankenstein" de James Whale. 1935. U.S.A. 1h15. Avec Boris Karloff, Colin Clive, Valerie Hobson, Ernest Thesiger, Elsa Lanchester, Gavin Gordon, Douglas Walton, Una O'Connor.

Sortie salles France: 7 Juin 1935. U.S: 22 Avril 1935

FILMOGRAPHIE: James Whale est un réalisateur américain, né le 22 Juillet 1889 à Dudley en Angleterre, décédé le 29 Mai 1957 à Hollywood, Los Angeles.
1930 : La Fin du voyage (Journey's End). 1930 : Les Anges de l'enfer. 1931 : Waterloo Bridge.
1931 : Frankenstein. 1932 : Impatient Maiden. 1932 : Une soirée étrange (The Old Dark House)
1933 : The Kiss Before the Mirror. 1933 : The Invisible Man. 1933 : By Candlelight. 1934 : One More River. 1935 : La Fiancée de Frankenstein (Bride of Frankenstein). 1935 : Remember Last Night. 1936 : Show Boat. 1937 : The Road Back. 1937 : Le Grand Garrick (The Great Garrick)
1938 : Port of Seven Seas. 1938 : Sinners in Paradise. 1938 : Wives Under Suspicion. 1939 : L'Homme au masque de fer (The Man in the Iron Mask). 1940 : L'Enfer vert (Green Hell). 1941 : They Dare Not Love. 1942 : Personnel Placement in the Army. 1950 : Hello Out There.


Suite mythique s'il en est rĂ©alisĂ©e 4 ans après son modèle, La FiancĂ©e de Frankenstein repose sur un rythme plus vigoureux que son prĂ©dĂ©cesseur dans son florilège de pĂ©ripĂ©ties alertes que le monstre affronte au fil d'une traque nocturne avec des villageois rancuniers. Durant sa course Ă©chevelĂ©e Ă  travers bois, sĂ©duit par la douce mĂ©lodie d'un violoncelle, il s'arrĂŞte Ă  proximitĂ© d'une chaumière pour y rencontrer un aveugle qui lui inculquera la valeur de l'amitiĂ©, la grammaire et les plaisirs culinaires. C'est Ă  cet instant propice que le monstre va parvenir Ă  distinguer le bien du mal et connaĂ®tre la fraternitĂ© (tenter de sauver son compagnon) lorsque deux villageois feront irruption dans le foyer pour tenter de l'assassiner ! Nanti d'une mise en scène plus maĂ®trisĂ©e et renouant avec un esthĂ©tisme gothico-onirique (sa nature crĂ©pusculaire et ses arbres dĂ©charnĂ©s sublimant le cadre sĂ©pulcral d'une nĂ©cropole, son château baroque richement dĂ©corĂ©), La FiancĂ©e de Frankenstein transfigure le destin du monstre sous le pilier d'un apprentissage humaniste. En quĂŞte d'une main secourable et d'affection, ce dernier se laisse gagner par ses Ă©motions (larmes en sus !) Ă  l'Ă©coute d'une tendre mĂ©lodie et en la prĂ©sence rassurante de l'aveugle tout aussi esseulĂ© que lui. Ces derniers s'identifiant communĂ©ment dans leur situation dĂ©munie, faute du poids de leur solitude et de l'Ă©goĂŻsme de l'homme n'accordant aucun crĂ©dit aux laissĂ©s-pour-compte.


Parmi leurs moments intimistes et quelques autres rencontres impromptues que le monstre tentera timidement d'aborder, l'intrigue imprime Ă©galement une certaine lĂ©gèretĂ© cocasse afin de dĂ©tendre l'atmosphère (d'Ă©pouvante). Nous sommes donc loin de la vigueur dramatique imposĂ©e dans son modèle si bien que James Whales dĂ©samorce parfois l'horreur (et la violence) des situations parmi l'extravagance de certains personnages volontairement outranciers (la servante du château de Frankenstein souvent irritante dans ses hystĂ©ries colĂ©riques ou horrifiĂ©es). C'est donc sur le principe du divertissement menĂ© tambour battant que James Whale compte nous captiver tout en Ă©voquant intelligemment une leçon d'amitiĂ©, d'indulgence et d'amour. Ce qui nous amène au point d'orgue anthologique lorsque le monstre, impatient de rencontrer sa muse, va prendre conscience du cynisme de l'homme (et Ă  nouveau distinguer le bien du mal) qu'incarne symboliquement Pretorius dans ses ambitions mĂ©galos (Ernest Thesiger, parfait d'expressivitĂ© impassible dans une stature longiligne !). Ce dernier redoublant de machiavĂ©lisme Ă  duper et impressionner ses adversaires pour parvenir Ă  ses fins utopiques (notamment lorsqu'il dĂ©voile ses dons d'alchimiste au Dr Frankenstein en lui arborant des humains miniaturisĂ©s ! - FX renversants de rĂ©alisme Ă  l'appui ! -). Quant Ă  l'apparition exubĂ©rante de "la fiancĂ©e", Elsa Lanchester volerait presque la vedette au monstre sacrĂ© Boris Karloff tant ses expressions furibondes (symbolisant une sorte de volatile indomptable !) bâties sur l'instinct d'apprĂ©hension nous foudroie du regard dans sa panique viscĂ©rale !


Pour qu'un amour soit inoubliable, il faut que les hasards s'y rejoignent dès le premier instant.
Si à mon sens La Fiancée de Frankenstein ne possède ni l'effet de surprise (l'émoi des 1ères expériences de Frankenstein) et ni l'intensité dramatique de son modèle, sa mise en scène plus affûtée, la puissance de ces images picturales ou baroques, l'interprétation toujours aussi magnétique de Boris Karloff et la présence iconique d'Elsa Lanchester contribuent malgré tout à immortaliser ce second opus. Poème mélancolique sur l'impossible quête amoureuse d'un monstre infortuné, faute de notre intolérance, de notre condescendance, de notre autocratie et de notre indifférence à l'anormalité.

Dédicace à Isabelle Paillard.
B-M (16/03/11 - 21/10/16 (63 v)
                                                          FRANKENSTEIN

                                             
                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site luxedb.com

de James Whale. 1931. U.S.A. 1h11. Avec Boris Karloff, Colin Clive, Mae Clarke, John Boles, Edward Van Sloan, Dwight Frye.

Sortie salles France: 17 Mars 1932. U.S: 21 Novembre 1931

FILMOGRAPHIE: James Whale est un rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 22 Juillet 1889 Ă  Dudley en Angleterre, dĂ©cĂ©dĂ© le 29 Mai 1957 Ă  Hollywood, Los Angeles.
1930 : La Fin du voyage (Journey's End). 1930 : Les Anges de l'enfer. 1931 : Waterloo Bridge.
1931 : Frankenstein. 1932 : Impatient Maiden. 1932 : Une soirĂ©e Ă©trange (The Old Dark House)
1933 : The Kiss Before the Mirror. 1933 : The Invisible Man. 1933 : By Candlelight. 1934 : One More River. 1935 : La Fiancée de Frankenstein (Bride of Frankenstein). 1935 : Remember Last Night. 1936 : Show Boat. 1937 : The Road Back. 1937 : Le Grand Garrick (The Great Garrick)
1938 : Port of Seven Seas. 1938 : Sinners in Paradise. 1938 : Wives Under Suspicion. 1939 : L'Homme au masque de fer (The Man in the Iron Mask). 1940 : L'Enfer vert (Green Hell). 1941 : They Dare Not Love. 1942 : Personnel Placement in the Army. 1950 : Hello Out There.


"On dit souvent que la FiancĂ©e de Frankenstein est un meilleur film, mais il y a quelque chose de pur par rapport Ă  l'original. C'est comme explorer un territoire oĂą l'homme n'est jamais allĂ©. L'austĂ©ritĂ© de la mise en scène et l'absence de musique en font une expĂ©rience très onirique. Bien sĂ»r, l'artificialitĂ© du film est très prononcĂ©e, avec ces studios visibles et une direction artistique Ă©vidente, mais je vois une puretĂ© romantique dans son approche de l'horreur. Et bien sĂ»r, la performance de Karloff est phĂ©nomĂ©nale. Je pense qu'il s'agit de la meilleure version de Frankenstein, mĂŞme s'il en existe des plus opulentes et des plus complexes. C'est amusant, pendant longtemps, La FiancĂ©e de Frankenstein a Ă©tĂ© mon Ă©pisode favori. Les goĂ»ts Ă©voluent, et j'ai fini par embrasser la simplicitĂ© de l'original." Joe Dante.

Film mythique s'il en est, inaugurant l'âge d'or de la Universal et tous ces monstres qui prendront le relais, Frankenstein reste le chef-d'oeuvre incontournable du genre sachant qu'aucun cinĂ©aste ni comĂ©dien notoire n'ont rĂ©ussi Ă  le surpasser 80 ans après sa sortie ! Exception faite peut-ĂŞtre avec la sĂ©rie Penny Dreadful transcendant avec souci de rĂ©alisme l'intense dramaturgie de la crĂ©ature rĂ©duite au dĂ©sarroi de la solitude ! Outre l'idĂ©e singulière empruntĂ©e au roman de Mary Shelley, c'est Ă  dire crĂ©er un ĂŞtre vivant Ă  partir de morceaux de corps humains rĂ©cupĂ©rĂ©s sur les cadavres de sĂ©pulture, Frankenstein puise sa force d'Ă©vocation dans l'interprĂ©tation de Boris Karloff Ă©paulĂ©e des maquillages de Jack Pierce. Pourvu d'une taille imposante, d'une dĂ©marche hĂ©sitante, d'un front carrĂ© et d'un regard abattu, l'acteur se fond dans la carrure du monstre avec une intensitĂ© troublante par ses expressions de terreur ou de compassion.


Sur ce dernier point, personne ne peut oublier la sĂ©quence intime qui voit le monstre batifoler avec une fillette avant qu'un drame inĂ©luctable ne vienne ternir leur relation amicale. Spoiler ! PersuadĂ© qu'elle puisse flotter Ă  la manière des nĂ©nuphars de l'Ă©tang, il s'empressera de la jeter dans l'eau sans connaĂ®tre les consĂ©quences tragiques d'un acte aussi inconscient. Fin du Spoiler. La force dramatique du rĂ©cit Ă©mane justement de sa caractĂ©risation en quĂŞte identitaire et de paternitĂ© car ne sachant diffĂ©rencier le Bien du Mal depuis sa brutale rĂ©surrection. Qui plus est, avec le cerveau d'un ancien criminel, la crĂ©ature extĂ©riorise des pulsions de haine face Ă  l'autoritĂ© de l'homme incapable de comprendre son dĂ©sarroi dans sa position martyrisĂ©e ! A travers sa condition d'estropiĂ© par la mĂ©galomanie du savant (Colin Clive semble littĂ©ralement habitĂ© par la folie dans son regard monolithique !), James Whale aborde le sens de la responsabilitĂ© parentale et celui de l'Ă©ducation lorsque l'innocence se retrouve destituĂ©e de soutien et de personnalitĂ©. Spoiler ! PourchassĂ© par les villageois comme un vulgaire criminel depuis la dĂ©couverte macabre de la fillette, il s'enfuit dĂ©sespĂ©rĂ©ment dans la forĂŞt, tel un enfant apeurĂ© par la folie vindicative, avant de trouver refuge dans un moulin rapidement incendiĂ©. Fin du Spoiler.


Oeuvre charnière pour le genre horrifique, Frankenstein puise sa densitĂ© dans l'originalitĂ© d'un pitch mettant en exergue la dimension humaine d'une crĂ©ature livrĂ©e Ă  l'intolĂ©rance et l'instinct violent de l'homme. Baignant dans un noir et blanc aux Ă©clairages crĂ©pusculaires et entièrement dĂ©nuĂ© de musique, la forme adopte une ambiance baroque que la prestance exceptionnelle de Karloff va renforcer avec symbolisme. 

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