mercredi 23 septembre 2020

Les Lèvres Rouges / "Daughters of Darkness"

                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Harry Kümel. 1971. France/Belgique/Allemagne. 1h40. Avec John Karlen, Delphine Seyrig, Danielle Ouimet, Andrea Rau, Paul Esser, Georges Jamin.

Sortie salles France: 25 Novembre 1971

FILMOGRAPHIEHarry Kümel est un réalisateur belge, né le 27 Janvier 1940 à Anvers. 1963: Hendrik Conscience. 1965: De Grafbewaker. 1969: Monsieur Hawarden. 1971: Les Lèvres Rouges. 1972: Malpertuis. 1978: Het verloren paradijs. 1985: The Secrets of Love. 1986: Série Rose. 1991: Eline Vere. 


"Plus vite. Le jour arrive. Il faut le prendre de vitesse. Accélère. Ne laisse pas la lumière nous surprendre, mon amour. Plus vite, mon amour, mon amie. Il y a tant de nuits à aimer. Tant de nuits - de nuits au creux de mes mains - dont jamais nous ne verrons la fin. Plus vite. Vers l’éternité."

Produit entre la France, la Belgique et l’Allemagne, Les Lèvres rouges est une œuvre atypique du mythe vampirique, dans laquelle le réalisateur belge Harry Kümel imprime sa touche personnelle, nourrie d’un goût prononcé pour l’esthétisme charnel. Le soin apporté à son imagerie lascive, à ses teintes bleutées d’une nature crépusculaire, laisse en mémoire un recueil de plages fantasmagoriques à damner un saint. De là à parler d’œuvre culte imprégnée d’un onirisme gracile, il n’y a qu’un pas. Pourtant, l’expérience s’avère bien plus substantielle, désarçonnante, indicible au possible, sitôt le générique clos.

Le pitch : un couple de jeunes mariés loue une chambre d’hôtes pour son voyage de noces. Dans cet hôtel désert, ils font la connaissance d’un étrange couple de femmes et ne tardent pas à se laisser séduire.


Si cette œuvre indépendante, hélas peu connue du public, demeure une variation inusitée du thème vampirique, elle est avant tout transcendée par l’audace d’une mise en scène expérimentale et par le talent de son casting - notamment sa sublime actrice principale, surgie d’un rêve irréel : Delphine Seyrig. Sa présence, à la fois épurée, charnelle et vaporeuse, participe pleinement à l’élaboration d’un climat envoûtant, toujours plus pénétrant, sans même que le spectateur ne perçoive l’emprise progressive de ce pouvoir d’attraction chimérique qu’Harry Kümel orchestre avec un brio d’alchimiste (doux euphémisme).

L’irremplaçable Delphine Seyrig ensorcelle par l’aura orale de sa voix légèrement éraillée et par un regard pénétrant, d’une noirceur résolument classieuse. Tout est affaire de discrétion, de sagesse et de tranquillité. Son esprit mesquin, librement inspiré de la comtesse sanglante Élisabeth Bathory, souligne un caractère laconique, obséquieux, désinvolte, porté par un amour immodéré pour les jeunes filles prudes. À partir d’un argument volontairement simpliste - l’emprise de la séduction et le désir de combler une solitude abyssale - Les Lèvres rouges réinvente le mythe vampirique dans une étrangeté indéchiffrable, au point que l’on ignore toujours la direction que sa structure narrative s’apprête à emprunter. Entre érotisme explicite ou sous-jacent et éclats de violence stylisée parfois sanglants (l’imagerie baroque de Dario Argento n’est jamais loin), Harry Kümel nous entraîne dans un songe fantasmatique où amour et mort se conjuguent lors d’une éprouvante scène de ménage à trois, ponctuée de deux situations-chocs d’une brutalité inopinée. L’attitude indolente et désincarnée des protagonistes, transis d’émoi, renforce cette atmosphère indicible et met en exergue le pouvoir inéluctable de cette comtesse, vampirisant ses proies avec un art consommé de la provocation morale.


"Les lèvres de l'éternité."
Terriblement poétique, charnel, sensuel, envoûtant, capiteux - parfois même déroutant et effrayant dans ses accès de violence fortuite - Les Lèvres rouges demeure une réussite formelle et éthérée, un conte diaphane où le saphisme vampirique (quelle soif d’amour irrépressible !) domine les figures masculines dans un parti pris perfide, assumé. Par la géométrie de sa mise en scène auteurisante et le talent de ses interprètes - notamment la blonde québécoise Danielle Ouimet au visage anguleux et à la longue chevelure d’or - le film explose les codes du genre sous l’impulsion d’un onirisme crépusculaire, toujours imprévisible. Culte et intemporel, il semble impossible de s’extraire d’une telle poésie efféminée à l’issue d’un générique à la dramaturgie persistante, sensuelle, obsédante, tendre et cruelle.

— le cinéphile du cœur noir 🖤

21.12.25. Vost
23.09.20.
23.09.13. (87 v)

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