vendredi 27 novembre 2020

Le Corps et le Fouet / La Frusta e il corpo

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lipercubo.it

de Mario Bava. 1963. Italie. 1h27. Avec Daliah Lavi, Christopher Lee, Tony Kendall, Ida Galli/evelyn Stewart, Gustavo de Nardo, Harriet White.

Sortie salles France: 26 Janvier 1966. Italie: 29 AoĂ»t 1963

FILMOGRAPHIEMario Bava est un rĂ©alisateur, directeur de la photographie et scĂ©nariste italien, nĂ© le 31 juillet 1914 Ă  Sanremo, et dĂ©cĂ©dĂ© d'un infarctus du myocarde le 27 avril 1980 Ă  Rome (Italie). Il est considĂ©rĂ© comme le maĂ®tre du cinĂ©ma fantastique italien et le crĂ©ateur du genre dit giallo. 1946 : L'orecchio, 1947 : Santa notte, 1947 : Legenda sinfonica, 1947 : Anfiteatro Flavio, 1949 : Variazioni sinfoniche, 1954 : Ulysse (non crĂ©ditĂ©),1956 : Les Vampires (non crĂ©ditĂ©),1959 : Caltiki, le monstre immortel (non crĂ©ditĂ©),1959 : La Bataille de Marathon (non crĂ©ditĂ©),1960 : Le Masque du dĂ©mon,1961 : Le Dernier des Vikings (non crĂ©ditĂ©),1961 : Les Mille et Une Nuits,1961 : Hercule contre les vampires,1961 : La RuĂ©e des Vikings, 1963 : La Fille qui en savait trop,1963 : Les Trois Visages de la peur, 1963 : Le Corps et le Fouet, 1964 : Six femmes pour l'assassin, 1964 : La strada per Fort Alamo, 1965 : La Planète des vampires, 1966 : Les Dollars du Nebraska (non cĂ©ditĂ©), 1966 : Duel au couteau,1966 : OpĂ©ration peur 1966 : L'Espion qui venait du surgelĂ©, 1968 : Danger : Diabolik ! , 1970 : L'ĂŽle de l'Ă©pouvante ,1970 : Une hache pour la lune de miel ,1970 : Roy Colt e Winchester Jack, 1971 : La Baie sanglante, 1972 : Baron vampire , 1972 : Quante volte... quella notte, 1973 : La Maison de l'exorcisme, 1974 : Les Chiens enragĂ©s,1977 : Les DĂ©mons de la nuit (Schock),1979 : La Venere di Ille (TV).


"Le masochisme est une perversion absurde qui consiste Ă  se faire du mal Ă  soi-mĂŞme, alors qu'il y a les autres pour cela."
Après La Fille qui en savait trop et Les Trois Visages de la peur, Mario Bava rĂ©alise la mĂŞme annĂ©e Le Corps et le Fouet, thriller gothique Ă  tendance sexuelle. Car oser Ă©voquer, en 1963, les thèmes fĂ©tichistes de la perversion et du sadomasochisme relevait dĂ©jĂ  d’un geste provocateur dans une Italie encore muselĂ©e par le puritanisme. Par l’entremise d’un suspense latent compromis Ă  une hantise spectrale, Bava ressuscite l’esthĂ©tisme baroque d’un gothisme raffinĂ©, enfermĂ© dans un château isolĂ© du XIXe siècle. La splendeur architecturale des dĂ©cors, le soin pictural accordĂ© Ă  la photo azur-verdâtre traversĂ©e de teintes carmin, forgent l’identitĂ© visuelle d’un cauchemar typiquement transalpin. Infiniment envoĂ»tant et inquiĂ©tant, Le Corps et le Fouet renoue avec la tradition de l’esprit frappeur venu persĂ©cuter sa propre lignĂ©e. RejetĂ© de sa famille après l’Ă©trange suicide de la fille d’une domestique, le Baron Kurt Menliff revient parmi les siens pour tenter de raviver la flamme sulfureuse qu’il entretenait avec sa belle-sĹ“ur. Sur un canevas classique de malĂ©diction, Bava injecte le venin du masochisme, par le truchement d’un couple maudit livrĂ© aux griffes du Mal.


"Le corps, la nuit, le nœud serré".
Si la structure narrative laisse prĂ©sager un rĂ©cit Ă©culĂ© de revenant vengeur, Bava en dĂ©tourne les codes grâce Ă  un habile usage du whodunit et une relation incestueuse larvĂ©e entre amants damnĂ©s. L’aura transgressive du film frappe d’autant plus fort que le cinĂ©aste ne recule pas devant la violence sèche : le baron, dans un plaisir malsain partagĂ©, fouette sans retenue sa belle-sĹ“ur soumise - et oh combien complice. Ă€ mesure que les morts s’accumulent et que plane le doute sur l’identitĂ© du coupable (ou la vengeance d’un spectre tyrannique), Le Corps et le Fouet glisse lentement vers une rĂ©vĂ©lation finale ambigĂĽe. Dans le rĂ´le du baron renfrognĂ©, Christopher Lee insuffle une froideur souveraine - silhouette rigide, regard impassible, cynisme spectral. Au-delĂ  de la mort, ses agissements masochistes continuent d’infester le château comme une fièvre noire. En maĂ®tresse torturĂ©e, Daliah Lavi embrase l’Ă©cran : beautĂ© tĂ©nĂ©breuse fascinante, elle incarne le refoulement masochiste dans ce qu’il a de plus troublant, jusqu’Ă  cette haine amoureuse retournĂ©e contre son propre tyran. Cette charge Ă©rotique et ce romantisme dĂ©chu s’enchevĂŞtrent autour d’un portrait fĂ©minin rongĂ© par la nĂ©vrose et peut-ĂŞtre, par une schizophrĂ©nie insidieuse.


"Tout couple humain vit dans un rapport qui, d'une certaine façon, à un moment ou à un autre, est d'ordre sadomasochiste."
D’une beautĂ© funèbre, glaçante et ensorcelante — oĂą chaque plan ciselĂ© Ă©blouit la rĂ©tine (le Suspiria du gothisme latin, j’vous dis !) - Le Corps et le Fouet ose aborder la paraphilie avec une insolence visuelle, un Ă©rotisme charnel et une brutalitĂ© primitive. Poème en berne, romance damnĂ©e, partition mĂ©lancolique : Bava sculpte le portrait d’une femme Ă©plorĂ©e, incapable de se dĂ©faire de l’emprise d’un amant maudit. Tout bien considĂ©rĂ©, l’un des plus grands films gothiques de tous les temps.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

02.02.25. 5èx. Vostf
27.11.20. 
17.06.13. 100 v


1 commentaire:

  1. Ce film est un chef d'oeuvre tout comme Lisa et le Diable et ça sur tout les plans (narratif mise en scène etc.....)

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