Sortie salles France: 27 Septembre 1961
FILMOGRAPHIE SELECTIVE: John Gilling est un réalisateur et scénariste anglais, né le 29 Mai 2012 à Londres, décédé le 22 Novembre 1984 à Madrid (Espagne). 1957: Pilotes de haut-vol. 1958: Signes particuliers: néant. 1959: L'Impasse aux Violences. 1961: Les Pirates de la Nuit. 1962: L'Attaque de San Cristobal. 1966: L'Invasion des Morts-Vivants. 1966: La Femme Reptile. 1967: Dans les Griffes de la Momie. 1975: La Cruz del diablo.
On ne prĂ©sente plus la Hammer. Studio culte, ayant fait Ă©merger d’immenses rĂ©alisateurs (Terence Fisher, notamment), initiateur du cinĂ©ma fantastique d’après-guerre, ce mastodonte fondĂ© (avec une ambition toute relative) par William Hinds et Enrique Carreras ne finira jamais d’ĂŞtre redĂ©couvert. Son esthĂ©tique nĂ©o-gothique traverse toutes les Ă©poques et permettent, in fine, de mieux comprendre comment les univers de Roger Corman, de Mario Bava, de Jesus Franco, de George A. Romero ou de Tobe Hooper ont pu s’imposer sur les Ă©crans.
En 1961, un double-programme est proposĂ© aux salles obscures : La Nuit du loup-garou (The Curse of the Werewolf) et Le Spectre du chat (The Shadow of the Cat). Si le premier est toujours aussi populaire (un Terence Fisher pur jus, sans Peter Cushing et Christopher Lee, mais avec Oliver Reed et Yvonne Romain), le second est plutĂ´t tombĂ© dans l’oubli. S’il n’est pas formellement estampillĂ© Hammer (la faute Ă une bisbille avec Universal Pictures), il reste un de ses bĂ©bĂ©s. John Gilling, qui s’est fait un nom Ă la fin des annĂ©es 1950 avec des films aussi divers que The Gamma People (1956), Interpol (1957), The Man Inside (1958) ou L’Impasse aux violences (1960), revient dans la maison-mère (il s’en Ă©tait sĂ©parĂ© pour raisons artistiques) pour ce projet. ScĂ©nario Ă©tonnant, censĂ© faire d’un chat un monstre, et qui s’inspire totalement d’une nouvelle d’Edgar Allan Poe (The Black Cat, sorti dans la presse en 1843). Plusieurs fois adaptĂ©e - Edgar G. Ulmer (The Black Cat, 1934), Roger Corman (Tales of Terror, 1962), Lucio Fulci (Il gatto nero, 1981) ou Dario Argento (Due occhi diabolici, 1990) -, c’est un classique de l’Ă©pouvante... pourtant Ă©tranger Ă la Hammer ! Il faut dire que l’esthĂ©tique d’Edgar Allan Poe, prĂ©-psychanalytique, fantasmatique, est particulière. Et quand on confie le scĂ©nario, Ă John Gilling, le chat, par exemple, ne doit jamais ĂŞtre montrĂ© Ă l’Ă©cran : c’est une ombre, une prĂ©sence, un spectre. D’oĂą le titre. Le rĂ©alisateur ne s’en satisfera pas... et imposera qu’on voit la "bĂŞte" Ă l’Ă©cran.
Pour rendre cette figure angoissante, il fera preuve d’une rĂ©elle originalitĂ© : la camĂ©ra filme assez souvent au ras du sol, une lentille dĂ©formante permettra Ă la camĂ©ra de proposer le point de vue subjectif du fĂ©lin. La musique, sautillante, suggĂ©rera les dĂ©placements furtifs de l’animal. Mais tout cela reste très artificiel et peu convaincant. Heureusement, John Gilling a su s’entourer d’un casting extraordinaire : AndrĂ© Morell, inoubliable Dr. Watson dans Le Chien des Baskerville (Terence Fisher, 1959), Freda Jackson, spĂ©cialiste des rĂ´les de servante hystĂ©rique ou de veuve vengeresse, mais qu’on a connue plus inspirĂ©e, Richard Warner, second couteau de talent, et Barbara Shelley. Parlons de cette dernière : c’est un de ses premiers rĂ´les pour la Hammer, mais elle est dĂ©jĂ connue dans le milieu du fantastique britannique. RĂ©vĂ©lĂ©e via son interprĂ©tation fĂ©line dans Cat Girl (Alfred Shaughnessy, 1957 : un remake du classique de Jacques Tourneur), elle est la vedette de deux films Ă succès : Le Sang du vampire (Henry Cass, 1958) et Le Village des damnĂ©s (Wolf Rilla, 1960). C’est donc en terrain conquis qu’elle arrive sur les plateaux des studios Bray, partenaires de la Hammer. Sa performance lui vaudra de mĂ©morables premiers rĂ´les : La Gorgone (Terence Fisher, 1964), c’est elle ! Helen Kent, l’Ă©rotique vampire du Dracula, prince des tĂ©nèbres (Terence Fisher, 1966) c’est elle ! Ses rĂ´les dans Raspoutine, le moine fou (Don Sharp, 1966) et dans Les Monstres de l’espace (Roy Ward Baker, 1967) sont mĂ©morables. Une carrière fulgurante, intelligente, qui sauve Le Spectre du chat, lui donnant cette touche d’ambivalence et de sensualitĂ© qui aurait pu manquer.
Car il faut bien l’avouer : les raisons de classer Le Spectre du chat dans la catĂ©gorie des bons films d’Ă©pouvante sont assez minces. DĂ©cevant, le film de John Gilling l’est Ă maints Ă©gards : ni vĂ©ritable enquĂŞte policière, ni vĂ©ritable spectacle horrifique, il oscille en permanence entre conflit moral et conte cruel. Techniquement, et dramatiquement, le travail est bien fait : plans serrĂ©s ou figuratifs, photographie impeccable, interprĂ©tation solide... C’est plutĂ´t au niveau des intentions et du message que l’ensemble peine Ă se positionner : superficiellement gothique, mĂ©diocrement psychologique, hĂ©sitant sans cesse entre le fantasmatique et le rĂ©alisme, Le Spectre du chat ne nous convainc jamais tout Ă fait. Lorsqu’on compare avec ce que John Gilling a sorti dans la foulĂ©e - Ă savoir L’Invasion des morts-vivants (The Plague of the Zombies, 1966), La Femme reptile (The Reptile, 1966) et Dans les griffes de la Momie (The Mummy’s Shroud, 1967) -, on ne peut qu’ĂŞtre déçus. Reste la satisfaction d’avoir assistĂ© Ă une gentille farce, faussement macabre.
5/10.
Par Florian Bezaud - le 7 mars 2018




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