jeudi 5 novembre 2020

Le Miel du Diable / "Il miele del diavolo"

                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site Ecranlarge.com

de Lucio Fulci. 1988. Italie. 1h23. Avec Brett Halsey, Corinne Cléry, Blanca Marsillach, Stefano Madia, Paula Molina. 

Sortie salles France: 20 Juillet 1988 (Int - 18 ans)

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lucio Fulci est un réalisateur, scénariste et acteur italien, né le 17 juin 1927 à Rome où il est mort le 13 mars 1996. 1966: Le Temps du Massacre, 1969 : Liens d'amour et de sang , 1971 : Carole, 1971: Le Venin de la peur,1972 : La Longue Nuit de l'exorcisme, 1974 : Le Retour de Croc Blanc, 1975: 4 de l'Apocalypse, 1976: Croc Blanc, 1977 : L'Emmurée vivante, 1979: l'Enfer des Zombies, 1980 : la Guerre des Gangs, 1980 : Frayeurs, 1981 : Le Chat noir, 1981 : L'Au-delà, 1981 : La Maison près du cimetière , 1982 : L'Éventreur de New York , 1984 : 2072, les mercenaires du futur, Murder Rock, 1986 : Le Miel du diable , 1987 : Aenigma, 1988 : Quando Alice ruppe lo specchio, 1988 : les Fantomes de Sodome, 1990 : Un chat dans le cerveau, 1990 : Demonia, 1991 : Voix Profondes, 1991 : la Porte du Silence..

"Quand elle paraîtra, ton univers s'écroulera. Quand tu la verras, ton souffle s'engloutiras. Quand tu mourras de désir de la posséder, elle rira. Quand elle foulera ton âme, ton sang bouillira. Mais tu succomberas de bonheur parce qu'elle est le miel du diable. Et elle te tuera avec l'infinie douceur du feu." 

Imprimé par la personnalité trouble de son auteur sur le déclin, Le Miel du Diable représente sans doute l’ultime œuvre du maestro Lucio Fulci. Sorte de version putassière de 9 semaines et demi mâtinée de Lune de fiel, le film exploite un érotisme effronté - et donc complaisamment assumé - à travers un couple en rut multipliant les batifolages lubriques sur fond de masochisme et d’ardeur sentimentale. L'univers intime, à la fois sensuelle, olfactif et sensoriel, ne laisse pas indifférent dans sa représentation graphique d'un érotisme flirtant avec le porno sans toutefois y céder. Et c'est justement ce qui fait le sel, la force de ce métrage singulier réfractaire aux belles images convenues. 

Jessica, incarnée par la douce Blanca Marsillach, toute en beauté laiteuse et naturelle, est le fruit de la soumission face à un amant impérieux, s’adonnant à ses penchants pervers en roue libre. Mais follement amoureuse de lui, elle cède toujours à ses caprices malgré ses réticences. Tout bascule le jour son amant Johnny cause un accident de moto. 

Ce chirurgien, époux infidèle multipliant les conquêtes d’un soir avec le même goût pour la domination phallocrate, incarne un type paumé et frustré, perdu dans ses délires sexuels pour y pallier un manque affectif. Dans ce jeu pervers de manipulation, de domination et de soumission, Le Miel du Diable inverse ensuite les rôles : Jessica, némésis en quête de rédemption, devient justicière. Elle réglera ses comptes avec son ancien amant autant qu’avec le chirurgien, revivant sa douleur à travers eux. Le récit s’articule autour des relations équivoques de ce duo de fortune, en proie à un désir viscéral de passion et de plénitude au sein d’un huis-clos insalubre. Sexe, humiliations et châtiments se conjuguent ostensiblement sous la mainmise de Jessica, sérieusement perturbée par ses expériences passées, mais qui trouvera, dans sa posture de justicière fébrile, une forme d’indulgence et de renaissance.


Série B transalpine, mêlant acrimonie existentielle, perversité et outrance sous l'impulsion d'un auteur souffreteux désireux d'y parachever cette romance filandreuse où plane une élégie désabusée, Le Miel du Diable demeure une oeuvre personnelle aussi curieuse qu'attachante. On reste autant sensible à la caractérisation aigrie de ses personnages en perdition et à leur désillusion amoureuse qu'à la caméra de son auteur, notamment parmi sa brève présence émouvante dans son regard altruiste. À découvrir donc, avec le pincement au coeur.

— le cinéphile du cœur noir 🖤

19.03.26. 2èx. Version italienne 

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