jeudi 27 juin 2024

Le Corrupteur / The Nightcomers

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Linternaute.fr

de Michael Winner. 1971. Angleterre. 1h38. Avec Marlon Brando, Stephanie Beacham, Thora Hird, Harry Andrews, Verna Harvey

Sortie salles France: 16 Mars 1973. U.S: 18 FĂ©vrier 1972 (Int - 18 ans). Angleterre: 6 Juillet 1972

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Michael Winner est un réalisateur britannique, né le 30 Octobre 1935 à Londres, décédé le 21 Janvier 2013. 1964: Dans les mailles du filet. 1967: Qu'arrivera-t-il après ? 1971: Les Collines de la Terreur. 1971: l'Homme de la Loi. 1971: Le Corrupteur. 1972: Le Flingueur. 1973: Le Cercle Noir. 1973: Scorpio. 1974: Un Justicier dans la Ville. 1976: Won Ton Ton, le chien qui sauva Hollywood. 1977: La Sentinelle des Maudits. 1978: Le Grand Sommeil. 1979: l'Arme au Poing. 1982: Un Justicier dans la Ville 2. 1983: La Dépravée. 1985: Le Justicier de New-York. 1988: Rendez vous avec la mort. 1990: Double Arnaque. 1993: Dirty Week-end.

Quelle bien Ă©trange curiositĂ© que cette oeuvre extrĂŞmement rare (rimant souvent avec "oubli") rĂ©alisĂ© par l'auteur des Justicier dans la ville, Mr Michael Winner ! Il fallait dĂ©jĂ  oser entreprendre un prĂ©quelle Ă  un monument du fantastique (pour ne pas dire l'un des plus beaux films du monde en jouant la dithyrambe): le bien nommĂ© Les Innocents de Jack Clayton. Avec ici en tĂŞte d'affiche le monstre sacrĂ© Marlon Brandon (excusez du peu). Celui-ci endossant le diabolique Peter Quint avec une apathie quelque peu dĂ©concertante quant Ă  ses postures dĂ©tachĂ©es, son idĂ©ologie dĂ©faitiste fondĂ©e sur la thĂ©orie du "nĂ©ant" comme il l'enseigne aux enfants Miles et Flora peu Ă  peu influencĂ©s par sa doctrine Ă  la fois subversive, dĂ©clinante, destructrice. Or, Ă  travers son climat trouble / malsain parfois provocateur (les jeux SM de Jessel et Quint ne font pas dans la subtilitĂ© Ă  travers l'imagerie des corps nus molestĂ©s) instaurĂ© au sein d'un film en costume on reste autant fascinĂ© qu'interloquĂ© par ses postures interlopes sĂ©vèrement influencĂ©es par la dĂ©sinhibition du Mal. D'ailleurs, au grĂ© de ses jeux Ă©rotiques aussi sulfureux perpĂ©trĂ©s dans cette sociĂ©tĂ© altière et rigoriste, Michael Winner nous questionne sur l'acceptation ou non des loisirs lubriques les plus hard afin d'y contenter l'ĂŞtre aimĂ©, et quelles sont les limites Ă  ne pas franchir au risque d'y Ă©garer son âme. 

Il y a aussi la thĂ©matique de l'athĂ©isme qui y est abordĂ©e sans ambages auquel les ĂŞtres les plus fragiles pourraient toutefois basculer vers le Mal faute d'absence d'Ă©quilibre moral, d'appui parental, voir mĂŞme de refus de discernement auprès des esprits les plus dĂ©viants. Mais la thĂ©matique essentielle de ce Corrupteur demeure indubitablement "l'innocence bafouĂ©e" du point de vue de ces enfants Ă©duquĂ©s par un adulte infrĂ©quentable broyĂ© par ses excès (pour ne pas dire ses exactions sexuelles) et l'aigreur de son existence esseulĂ©e en dĂ©pit de certains sentiments qu'il Ă©prouve pour Mme Jessel. C'est ce que le final, assez glaçant, perturbant et choquant (superbe vision d'effroi aqueuse !), nous rĂ©vèle avant que les enfants ne se substituent vĂ©ritablement Ă  la figure du Mal le plus couard et insidieux auprès de leur conscience souillĂ©e. Quant Ă  sa facture formelle dĂ©licieusement gothique, les fans ont de quoi se rĂ©jouir (tout du moins en HD) auprès de cette vaste bâtisse jonchĂ©e de chambres, escaliers, candĂ©labres et corridors ainsi que ses extĂ©rieurs naturels magnifiquement Ă©clairĂ©s (notamment auprès d'angles nocturnes atmosphĂ©rique en diable) par Robert Paynter qu'il transfigure avec un art consommĂ© de l'esthĂ©tisme pictural. 

Trouble d'une façon indicible, le Corrupteur est donc une Ă©trangetĂ© scabreuse dĂ©routante et ombrageuse,  auprès de son climat austère qui ne plaira pas Ă  tous (et toutes) sans toutefois nous laisser indiffĂ©rent. A revoir plusieurs fois pour en saisir sa vĂ©ritable essence pour ma part subjective. 

*Bruno

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