jeudi 27 novembre 2025
Dracula de Luc Besson. 2025. France. 2h09.
lundi 24 novembre 2025
Train Dreams de Clint Bentley. 2025. U.S.A. 1h43.
samedi 22 novembre 2025
Wormtown de Sergio Pinheiro. 2025. U.S.A. 1h47.
"Gloire et horreur du corps vivant."
Wormtown, réalisé par Sergio Pinheiro (inconnu au bataillon) est une petite pépite que je n'ai pas vue arriver. Une œuvre indépendante qui ne ressemble à nulle autre, surgie de nulle part avec la force brute d’un cauchemar organique. On pourrait lui prêter des ascendances - La Nuit des vers géants, The Faculty, The Bay, Horribilis, Mutations (Slugs), Frissons de Cronenberg (toute proportion gardée), la série TV The Strain, mais le film revendique sa singularité, son territoire propre, tremblant de vie et de mort mêlées. Dès le début, on est attiré, curieux, médusé par cette nouvelle hiérarchie humaine d'un genre nouveau.
Sa trajectoire narrative s’élabore avec une douceur inattendue : un récit humaniste qui dresse de délicats portraits de jeunes lesbiennes en quête de liberté, de paix, d’un refuge où respirer sans peur. Une quête d’absolu dont la tendresse vient heurter, de plein fouet, l’horreur la plus répulsive. Car Wormtown n’épargne rien : son gore hyperréaliste, filmé parfois en gros plans suffocants, exhibe une matière organique répugnante, des séquences viscérales, presque vomitives, qui retournent l’estomac autant qu’elles bouleversent l’âme. Le sang y est un rouge rutilant, épais, presque intime. C'est beau et repoussant à la fois.
Et pourtant, la beauté affleure partout. La photographie, d’une délicatesse inattendue, enveloppe les corps et les paysages dans une lumière gracile, baignée d’une nature paisible, presque idyllique, en contraste radical avec l’horreur rampante. La bourgade fantomatique, sous l’emprise d’un maire sectaire, respire la désolation poisseuse, comme si la terre elle-même refusait encore de révéler ses secrets.
La musique envoûte, portée par un score hypnotique qui hante longtemps après le silence, jusqu’à ce superbe générique de fin bercé par une mélodie rock mélancolique - un souffle de rédemption arraché à la violence entre deux étreintes figées.
L’interprétation étonnamment attachante, confiée à des interprètes méconnus, sonne d’une authenticité prude et révoltée. Leur fragilité, leur chair, leurs regards écorchés donnent au film une émotion palpable, une tendresse fébrile qui transperce jusque dans les scènes les plus brutales. La dramaturgie se hisse alors jusqu’à un sommet escarpé, où chaque choc sanglant devient un cri existentiel, un appel désespéré vers une vie meilleure.
Du coup, Wormtown est une excellente surprise, une curiosité foudroyante de 2025, une œuvre baroque et ensorcelante, feutrée d’un climat indicible qui ne fera pas l’unanimité - loin s'en faut - et c’est tant mieux.
Un parcours de vie passionnant traversé par une horreur craspec mais stylisée, fascinante, profondément humaine. Là où on ne l'attend pas.
Castle Rock. Série TV créée par Sam Shaw et Dustin Thomason. 2018. U.S.A. 2 saisons de 10 épisodes.
Au centre du labyrinthe, Henry Deaver, enfant perdu revenu sur les lieux du crime intime. L’avocat porte sur son corps et dans son regard l’empreinte d’un traumatisme que la ville n’a jamais digéré. Castle Rock n’est pas un décor, c’est un organisme malade ; un lieu qui dévore ses habitants, qui joue avec leurs failles humaines. Les visages sont hantés de secrets, leur geste charrie la culpabilité, comme si le Mal ne venait pas de l’extérieur mais suintait de l’intérieur, depuis les caves, les forêts, la mémoire collective surtout. Le mythe Kingien de la ville maudite.
L’esthétique est le prolongement naturel du récit : une mise en scène lente, lourde de sens, qui laisse respirer le vide. Une photographie glacée, un tantinet sépia, où chaque plan résonne d’un pressentiment funèbre. La musique se fait discrète, elle est insidieuse.
Castle Rock travaille la peur la plus profonde : celle de ne pas comprendre, de perdre son identité, de devenir étranger à son propre passé sans jamais nous ennuyer 10 épisodes durant.
La série tend à sous-entendre que le Mal n’est ni surnaturel ni explicable : il est endémique, contagieux, immémorial. Il rampe dans les recoins de Castle Rock comme un poison héréditaire. Une ville condamnée à revivre éternellement sa propre damnation, dans un cycle qui dépasse les frontières de l’espace et du temps.
Remarquable. Fort. Intense. D’une beauté sombre et dévastée, cette tragédie cosmique hypnotise nos sens de manière latente mais passionnante où l’espoir s’étouffe et où la vérité semble appréhender le pire à travers la culpabilité, le destin et l'héritage des secrets familiaux.
mardi 18 novembre 2025
Le Retour des Morts-vivants 3 / Return of the Living Dead III de Brian Yuzna. 1993. 1h40.
"Romance nécrophage."
Réjouissante fête foraine vitriolée, Le Retour des morts-vivants 3 flirte avec la bande dessinée dans sa formalité saturée : effusions gores omniprésentes mais au service du récit – une fois n'est pas coutume –, comédiens de seconde zone sciemment naïfs, grotesques, pédants, décomplexés, irresponsables, marginaux. Yuzna sait nous divertir, nous choquer et nous fasciner avec une efficacité brute en revitalisant le mythe du zombie à travers une romance écorchée vive – au propre comme au figuré. Le couple Curt / Julie, emporté par une intensité horrifico-dramatique en crescendo, nous accroche assez fermement pour que l’on s’inquiète de leur sort, de leur détresse, de leur fuite impossible.
Melinda Clarke, formidable de charisme sépulcral, s’impose en martyr gothique contrainte de s’infliger sur sa chair sévices, écorchures, piercings et scarifications afin d’étouffer sa faim de chair humaine. L’ambiance hystérique, aussi folle que débridée, et son aspect légèrement télévisuel (pas une première chez Yuzna) renforcent le caractère quasi documentaire de cette nuit d’horreur en roue libre, culminant dans un chaos frénétique et incongru où des zombies "métallisés" servent cruellement de cobayes à une science dévoyée par une idéologie militaire révolutionnaire.
Même si la photographie aurait peut-être gagné à plus de couleurs, sa texture demeure soignée, presque séduisante dans son format de BD de gare. Elle nous immerge pleinement dans cette relecture intelligente et trash de Roméo et Juliette, version nécrophile et SM sanguinaire où ça gicle à tout va (FX artisanal à l'appui). Si bien que Yuzna l'emballe avec une personnalité propre et une générosité à laquelle on ne s’attendait pas, aussi expansive que dévastatrice.
samedi 15 novembre 2025
Buffy contre les Vampires / Buffy the Vampire Slayer: histoire d'un mythe télévisuel. 1997 / 2003.
vendredi 14 novembre 2025
Une Bataille après l'autre / Eddington
Deux grands films. Deux grands récits. De grands acteurs. Deux grandes mises en scène. De l'ambition perpétuelle. De l'invention chiadée.
Tout concourt à les sacraliser chefs-d’œuvre - et pourtant je m’y brise. 2h42 pour Une bataille après l’autre, 2h28 pour Eddington. Un tempo en dents de scie, narcotique, qui étouffe l’élan, sabote l’ardeur, décourage, démotive la concentration.
Ces œuvres que j’admire deviennent des traversées exténuantes, des marathons émotionnels qui usent en intermittence au lieu d’élever. L’éblouissement existe, mais il se noie parfois (souvent ?) dans la longueur - et c’est là que naît ma douleur de spectateur : aimer, et souffrir en même temps.
L’émotion est pourtant bien là. J’aime ces films, sincèrement - avec toutefois une préférence pour Eddington. Mais demeure en moi une frustration tenace : leur structure rythmique, insupportable à mes yeux, m’asphyxie à petit feu.
Peut-être que cette dérive du temps, cette tentation de l’étirement, vient aussi de là : le cinéma se laisse contaminer par la logique des séries.
Les séries ont imposé leur empire narratif : plusieurs heures, des arcs multiples, des respirations lentes, l’attente comme moteur, une caractérisation psychologique plus dense et profonde. Une temporalité dilatée où l’accumulation fait monument.
Mais transposer ce modèle au cinéma revient souvent à trahir son essence. Le cinéma n’est pas un fleuve, c’est une déflagration. Un éclat. Un impact. . Sa force naît de la concentration, de la densité, de la fulgurance, de la fascination hypnotique, de la sensitivité.
Là où la série s’étire, le film doit inciser.
Là où la série construit patiemment, le film doit brûler intensément. Nuance.
Aujourd’hui, trop de cinéastes semblent fascinés par la durée comme signe extérieur de grandeur - comme si l’ampleur automatique des minutes garantissait la noblesse du geste artistique. Une mode, presque une superstition : plus c’est long, plus c’est élevé.
Or cette équation est fausse. La longueur n’est pas la profondeur. L’étalement n’est pas la vision.
Le cinéma perd alors son tranchant, son nerf, son unité organique. Il emprunte au format sériel un rythme qui n’est pas le sien, et le spectateur, lui, vacille dans ce no man’s land temporel où l’intensité se dissipe et où la beauté se dilue.
Ce n’est pas la patience du public qui manque : c’est la nécessité.
Le temps doit être vécu - pas rempli. Et j'en suis terriblement frustré avec ces 2 grandes oeuvres d'utilité publique.
jeudi 13 novembre 2025
Beetlejuice Beetlejuice de Tim Burton. 2025. U.S.A. 1h44.
Mea culpa.
Rappel des faits : j’avais jadis affirmé qu’il s’agissait de l’un des pires films de la carrière de Tim Burton.
Je me suis trompé. À la révision, Beetlejuice Beetlejuice s’impose, non comme un désastre, mais comme une suite modestement sympathique, moins drôle et sans éclat tonitruant que son illustre aîné - on y sourit plus qu’on n’en rit - mais attachante, plaisante, sincère dans son refus de prétention.
Burton ne cherche pas à épater : il retrouve ses obsessions avec une tendresse pudique, porté par la complicité d’acteurs sobres, habités d’une expressivité à la fois humaniste, spontanée et chaleureuse.
Le cinéaste revisite la hantise, le deuil et l’au-delà - lieu de transition, d’imaginaire, de libération - avec une inventivité encore vive, une vraie recherche narrative, une caractérisation psychologique : inversion des rôles oblige, Astrid (Jenna Ortega), fille de Lydia (Winona Ryder), ne croit pas aux fantômes ni au surnaturel - un renversement malicieux, presque ironique. Alors que Lydia, elle, vit ce qu'elle a fait subir à sa mère dans le 1er opus faute de son isolement mortuaire. Monica Bellucci, en princesse maudite traquant son ancien époux Beetlejuice dans une quête vengeresse, ajoute à cette mascarade funèbre une dimension baroque, espiègle et mélancolique.
Et puis Tim Burton n’oublie pas le personnage Charles Deetz, ici défunt mari de Delia (Catherine O'Hara), incarné jadis par Jeffrey Jones dans le 1er opus. Sans le faire revenir "en chair et en os", il lui offre une résurrection grotesque et touchante, à mi-chemin entre hommage et caricature : une apparition animée, puis décomposée ensuite en live, engloutie dans un gag morbide où il périt dévoré par un requin après un crash d’avion. Ce clin d’œil macabre, aussi burtonien qu’un dessin d’enfant fait au fusain, n’a rien de pathétique. Il conjugue le rire et la mort dans une même impulsion de jeu, transformant la disparition du personnage à la ville en un numéro d’humour noir, pleine de tendresse tacite dans son absurdité, sa touchante poésie libératrice. Le réalisateur évite par cette occasion gentiment décomplexée de sombrer dans la facilité du pathos. Par ce choix, il fait d’une perte une célébration: il ne pleure pas le passé, il le transforme en image mouvante, en marionnette de mémoire. Ainsi, Beetlejuice Beetlejuice assume sa nostalgie sans s’y enliser ; le souvenir devient fantôme, mais un fantôme souriant - celui d’un cinéma qui se souvient, sans s’apitoyer.
Dans cette fête foraine macabre, Burton rend aussi hommage à l’un de ses maîtres : Mario Bava. Dans un décor d’Halloween ou à travers un flash-back monochrome, les éclats de couleurs et les jeux d’ombre rappellent ses visions gothiques et fantasmatiques, matières vivantes imprimées dans notre coeur. Et quel plaisir de retrouver Michael Keaton en mort-vivant mal élevé : moins tonitruant, certes, mais toujours cocasse, enjoué, délicieusement incorrect - une énergie désinvolte qui suffit à emporter l’adhésion.
Cette séquelle, pleine de charme et de sympathie, s’assume donc dans sa modestie : un divertissement aimable, nullement opportuniste, mais animé du désir sincère d’offrir un spectacle lumineux, un peu mélancolique, tendre et drôle - une fantaisie dosée de dérision sardonique, que Burton orchestre avec autant de malice que de générosité à travers le deuil et la mémoire familiale, la croyance et l'incrédulité, le passage de flambeau générationnel que Jenna Ortega exprime avec franchise et tempérament.
Budget: 100 millions de dollars
lundi 10 novembre 2025
Le Sang des Innocents / Sleepless / Non ho sonno (je n'ai pas sommeil) de Dario Argento. 2001. 1h57. Italie.
vendredi 7 novembre 2025
Annihilation de Alex Garland. 2018. U.S.A/Angleterre. 1h55.
Le réalisateur Alex Garland distille, au compte-gouttes, un climat d’étrangeté qui s’immisce dans la douceur feutrée d’une nature d’apparence édénique. Ce sentiment d’évasion contraste violemment avec l’insécurité rampante de cette forêt faussement paisible, où surgissent les attaques d’un alligator et d’un ours monstrueux par exemple - séquences d’un réalisme cru, presque insoutenable, tranchant avec la pureté du décor et les codes classiques de la science-fiction, une fois n'est pas coutume.
Garland explore ici l’idée vertigineuse d’une vie extraterrestre non pas venue conquérir, mais fusionner : créer avec l’humain et la nature une nouvelle forme d’existence. De cette symbiose naît un univers irréel, à la fois déroutant et dérangeant, peuplé de visions morbides - cadavres décharnés, corps momifiés - qui nourrissent le malaise. Le final, d’une intensité presque métaphysique, reste aussi trouble qu’impressionnant : Natalie Portman y affronte un double alien, entité muette désireuse de lui dérober son corps, rappelant L’Invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel. Le jeu de Portman, fragile et déterminé, porte le film à bout de bras, habitée par une foi poignante en l’amour et en l’espoir pour l'homme qu'elle chérit avec culpabilité.
En définitive, Annihilation est une oeuvre lestement trouble, baroque et fascinante, pas aussi accessible qu’il n’y paraît, mais dont l’expérience laisse une empreinte durable - un trouble émotif, beau et dérangeant, gravé dans l’encéphale. Je l'ai d'ailleurs préféré qu'au premier visionnage.
— le cinéphile du cœur noir
2èx. Vost. 4K
mercredi 5 novembre 2025
L'Aigle de la 9è légion / The Eagle de Kevin Macdonald. 2011. U.S.A. 1h54.
mardi 4 novembre 2025
Reflet dans un diamant mort de Hélène Cattet et Bruno Forzani. 2025. Belgique/Luxembourg/France/Italie. 1h27
lundi 3 novembre 2025
La Belle et la Bête de Christophe Gans. 2014. France/Allemagne/Espagne. 1h53.
lundi 27 octobre 2025
Golem: le tueur de Londres / The Limehouse Golem de Juan Carlos Medina. 2016.
Dans le brouillard jaune de Londres, la peur s’infiltre dans les ruelles comme une vapeur acide. Le sang, les cris, la scène et la potence.
Formidable thriller horrifique au suspense exponentiel, Golem: le tueur de Londres s’annonce d’abord comme une simple enquête victorienne, mais rapidement s'élève, se déploie, s'y tord une véritable tragédie humaine que nul ne pouvait prédire.
Au cœur de cette mécanique parfaitement huilée : Lizzie Cree, interprétée avec une intensité naturelle par Olivia Cooke (Bates Motel). Elle prend vie dans une douce affirmation. Elle magnétise délicatement. Or, derrière ses yeux, un abîme - celui d’une femme broyée par le mépris des hommes, par la faim de reconnaissance, par l’illusion de la célébrité. On éprouve pour elle une empathie profonde, dérangeante : enfant maltraitée, femme humiliée, marionnette du patriarcat victorien. Une longue asphyxie sociale et intime où moult suspects nous interrogent par leurs actions déplacées.
Le film se nourrit de cette tension psychologique, fiévreuse, entre Lizzie et l’inspecteur Kildare (un Bill Nighy d’une retenue poignante comme le souligne l'incroyable final dramatique). Deux âmes solitaires : lui cherche la vérité comme on cherche Dieu en guise de justice et de loyauté, elle cherche l’amour comme on mendie la lumière. Chacun est hanté par son propre masque. L’enquête devient alors un duel silencieux, un ballet d’ombres et de regards où les confessions se font par ricochet au fil d'un suspense toujours plus délétère.
Juan Carlos Medina filme ce labyrinthe mental avec une élégance froide, théâtrale - les rideaux rouges du music-hall deviennent le rideau de scène du crime passés les numéros comiques. Le théâtre, la presse, la morale : tout se confond dans un carnaval de faux-semblants où la société elle-même devient coupable, victime et ignorante de ce qui se trame.
Et quand vient la révélation, c’est un vertige émotionnel qui affecte la gravité. Non pas le triomphe d’un twist, mais l’effondrement d’une âme, faute d'un dilemme moral terriblement ambigu.
Le Golem n’est plus un tueur dans la nuit - c’est la créature que le monde narcissique fabrique lors de mises en scène ludiques. Une mise en abyme aussi fantasque que dramatique.
Visuellement somptueux, étonnamment cruel, tant d'un point de vue graphique que psychologique, Golem le tueur de Londres est d’une intelligence émotionnelle dans sa disparité des genres qu'unissent le drame, la romance, le policier et l'horreur mutuellement confinés dans une tragédie humaine. Le cœur y bat davantage sous le vernis des costumes, dans la solitude, dans ce besoin désespéré d’être regardée - même pour ses crimes.
Or, à travers cette vendetta victorienne impeccablement reconstituée, rien ne laissait présager la valeur des sentiments qui se détache de ce conte macabre, aussi stylisé que psychologiquement éprouvant. Si bien que l'on en sort taiseux, amer et démuni.



































