mercredi 18 février 2026

28 ans plus tard: le temple des morts / 28 Years Later: The Bone Temple de Nia DaCosta. 2026. U.S.A/Angleterre. 1h49.

                                                    
               (Crédit photo : image trouvée via Imdb, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Je précise de suite, 28 ans plus tard : Le Temple des morts de Nia DaCosta (l'excellent remake:  Candyman) est une séquelle très particulière - et ce n’est pas un défaut, loin s'en faut. On a affaire à un vrai film d’auteur, comme l’était déjà le premier opus de la seconde trilogie réalisé par Danny Boyle.
 
Le Temple des morts est peut-être moins accessible - et c’est précisément sa force, surtout de nos jours formatés. C’est une véritable proposition fantastique. Un film qui prend son temps, où la psychologie des personnages prime sur l’action - même si celle-ci surgit par éclats, dans des séquences d’une extrême violence. Mais une violence moins spectaculaire qu’attendue : sèche, aride, douloureuse, même si parfois inversement "hors-champs."
 
Le film baigne dans une atmosphère mystique, baroque, notamment à travers le personnage du docteur Jan Kelsen, qui entretient une relation troublante avec la créature Samson. Il tente de contenir sa brutalité, de l’humaniser, en l’endormant sous morphine - tentative fragile, presque désespérée. On songe d'ailleurs aux rapports étroits qu'entretenaient le Dr Frankenstein et Bub dans le Jour des Morts-Vivants de Romero
 
 
Mais ce qui frappe, ce qui fascine, voir tétanise dans Le Temple des morts, c’est le point de vue largement focalisé sur la secte. Spike, le jeune survivant du premier opus, est embrigadé parmi eux après un acte barbare qu’ils jugent héroïque - un geste de défense devenu crime faisant écho à notre triste actualité française. Accepté pour sa violence rebelle, il va pourtant devenir le catalyseur. Par son innocence. Par son refus de se soumettre au mal, au meurtre gratuit, le clan se délitera de l'intérieur. 
 
Et c’est là que le film devient passionnant psychologiquement. Ce groupe, fanatisé par un gourou persuadé de servir Satan, est aussi ridicule que désespéré dans leur démarche de survie de dernier ressort. Dans ce monde post-apo, leur seule solution pour survivre est de croire au mal absolu, d’en faire une religion, une justification, une victoire imaginaire pour accéder à la toute puissance. 
 
À ce niveau-là, le film est terrible, inquiétant, magnétique dans sa manière de filmer cette secte fanatisée totalement décomplexée.
  
 
28 ans plus tard : Le Temple des morts insuffle alors un climat d’étrangeté baroque, fiévreux, qui imprègne chaque plan et nous maintient captifs par son hostilité envahissante. 
 
Dans sa dernière partie, la tension s’accroît, halète, notamment lors de la confrontation entre la secte et le docteur. Le final laisse alors percer une émotion à fleur de peau, inattendue, fragile, confinant au sublime. Et c’est là que l'oeuvre malade mais si fragile finalement par sa mélancolie existentielle gagne encore en ampleur : par l’empathie qu’il suscite pour ses personnages isolés en quête de seconde chance.
Quant à l'étonnante conclusion, elle agit comme un véritable clin d’œil à 28 jours plus tard de Danny Boyle. Une fin en suspens, ouverte, qui augure un troisième opus probablement passionnant, intense, sans doute à nouveau singulier - peut-être même plus terrifiant encore.
 
Le Temple des Morts doit aussi énormément à ses interprètes qui monopolisent le cadre ésotérique. Ralph Fiennes incarne un docteur passionné de musique et d'art mystique, mais foncièrement athée, figure rationnelle qui contrebalance l’idéologie délirante du gourou. Face à lui, Jack O'Connell est à mes yeux LA révélation. Pitoyable et hypnotique à la fois. Tétanisant de calme tranquille. Sa sournoiserie spontanée, sa dérision sardonique, son cynisme et sa folie psychotique écrasent l’écran. Il impose une présence maléfique, d’un naturel sidérant.
 
 
28 ans plus tard : Le Temple des morts est donc pour moi une formidable séquelle aussi déroutante que fascinante dans son refus de nous caresser dans le sens du poil. Peut-être aussi dense, aussi furieuse, aussi cérébrale que le premier film - même si ma préférence va peut-être encore à celui de Boyle. Il n’empêche : Le Temple des morts est une vraie réussite cinématographique. Un vrai film d’auteur "fantastique" qui n'est pas conçu pour plaire à tout un chacun. L’un des meilleurs films de 2026 honorant le genre avec humilité dans son émotion humaniste à fleur de peau à la fois contenue et timorée.
 
— le cinéphile du cœur noir 🖤

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire