(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
Mise en garde : Monster : Lizzie Borden est une œuvre de fiction extrêmement romancée qui prend de très grandes libertés avec les faits historiques. Il s'agit ici d'une véritable uchronie, notamment dans la relation amoureuse imaginée entre Lizzie Borden et sa domestique Maggie Sullivan. Il ne faut donc surtout pas considérer la série comme une reconstitution fidèle de l'affaire qui défraya la chronique aux États-Unis en 1892.
Ça y est, c'est bouclé. Enfin vu l'intégrale de Monster, saison 4, consacrée à l'histoire de Lizzie Borden.
Et quelle saison ! À mes yeux, elle se hisse immédiatement au deuxième rang de mes préférées après la première, tant elle m'aura mis dans tous mes états en bousculant constamment les habitudes du spectateur. Les trois ou quatre premiers épisodes cultivent notamment un sarcasme folingue et complètement débridé, avant que le récit ne glisse progressivement vers une dramaturgie beaucoup plus mélancolique, voire existentielle, autour de la culpabilité de Lizzie Borden, hantée par les crimes qu'elle a commis.
Comme de coutume dans Monster, la violence graphique ne fait pas dans la dentelle. Les meurtres sont filmés avec une brutalité percutante, parfois franchement hardcore, sans que les créateurs semblent avoir la moindre intention de ménager nos sensibilités. Mais certaines scènes particulièrement extrêmes sont parfois désamorcées par un humour sardonique qui pourra déconcerter les non-initiés. Et c'est justement ce mélange improbable qui fait, à mon sens, tout le sel de cette série redoutablement folle, barrée et baroque. Alors qu'il y a un coeur qui bat derrière tout cela !
Car Monster : Lizzie Borden joue à merveille avec l'anachronisme, notamment à travers des partitions musicales totalement décalées par rapport à l'époque représentée, mais toujours judicieusement choisies. La série mêle ainsi violence, humour très noir, romance, drame historique fantasmé et réflexion existentielle dans un alliage des genres aussi surprenant que jubilatoire. C'est proprement vertigineux, comme happé dans un vortex émotionnel inépuisable.
Et comme si cela ne suffisait pas, le récit nous entraîne parallèlement sur les traces d'une autre meurtrière célèbre : Aileen Wuornos, remarquablement interprétée par Sarah Paulson (par pitié, offrez lui un oscar !). Son parcours, marqué par les violences et les sévices qu'elle a subis par sa famille, vient faire écho à celui de Lizzie Borden et permet à la série de dresser, en quelque sorte, le portrait croisé de trois femmes innocentes devenues meurtrières.
C'est là que Monster devient particulièrement passionnante : derrière le fait divers sordide, la série développe une véritable étude de caractère, de magnifiques portraits de femmes déchues et s'interroge sur ce qui peut conduire un être humain à basculer dans une violence aussi innommable.
Et parmi les séquences les plus bouleversantes de cette saison, celles consacrées à Aileen Wuornos sont probablement celles qui m'auront le plus marqué, jusqu'aux larmes. Sarah Paulson y est tout simplement prodigieuse. Elle crève l'écran avec un naturel à la fois trouble, fragile et bouleversant. Son interprétation relève de la prouesse, (ce putain de regard demeurée profondément noir et hystérisé !) et mériterait, à mes yeux, toutes les récompenses possibles tant elle parvient à rendre son personnage profondément humain sans pour autant effacer la monstruosité de ses actes. Elle ne joue pas, elle EST Aileen Wuornos pour nous livrer une déchirante fureur de vivre et d'exister en dépit de sa monstruosité animale.
Mais Ella Beatty n'est pas en reste dans le rôle de Lizzie Borden. Elle lui insuffle une fragilité démunie et désemparée tout en lui donnant une résilience morale parfois à couper le souffle. Lizzie est notamment capable de se résigner à massacrer ses parents avec un courage qui laisse sans voix, là où Maggie Sullivan, sa partenaire, se retrouve paralysée par la peur au moment d'oser passer à l'acte.
Cette différence fondamentale entre les deux femmes rend leur relation particulièrement intéressante et nourrit une véritable étude de caractère. Maggie, interprétée par une Vicky Krieps expressive et vibrante d'humanité, apparaît parfois plus lucide et plus consciente des conséquences de leurs actes, tandis que Lizzie semble emportée par une détermination presque irréversible.
La série rend également un vibrant hommage au féminisme, notamment à travers la question du droit de vote des femmes, comme le souligne la conclusion du dernier épisode. Elle aborde parallèlement la foi religieuse et la rédemption à travers le parcours de Lizzie, hantée pendant dix-huit années par son passé meurtrier et par une culpabilité qui semble impossible à apaiser.
La foi religieuse et le militantisme féministe pourraient alors constituer pour elle une forme de rédemption, lui permettant enfin d'affronter ses démons et d'espérer mener une existence plus sage et plus apaisée auprès de Maggie.
Ainsi, Monster : Lizzie Borden se transforme en remarquable et bouleversante étude de caractère autour de ces trois femmes meurtrières, avec cette idée fondamentale que derrière un assassin peut parfois subsister une humanité profondément torturée.
La série nous invite à nous interroger sur la fabrication du monstre : un monstre ne naît peut-être pas nécessairement monstre ; il peut aussi être créé par les violences, les humiliations et les sévices qu'un être humain endure. Cela ne signifie évidemment pas que ses crimes deviennent excusables. Les actes commis par ces trois femmes demeurent irréparables et condamnables. Mais Monster nous oblige à regarder au-delà du crime pour tenter de comprendre l'être humain qui se dissimule derrière le criminel.
Et c'est probablement là que la série devient la plus dérangeante : elle nous pousse à nous demander jusqu'où nous-mêmes pourrions être capables de sombrer si nous avions subi une accumulation comparable de violences morales et physiques. Une question évidemment vertigineuse, trouble, dérangeante, mais qui participe pleinement à la puissance dramatique de cette saison.
Monster : Lizzie Borden bouscule donc nos habitudes de spectateurs en nous sortant régulièrement de notre zone de confort, notamment grâce à ses ruptures de ton qui surgissent sans prévenir. On passe ainsi du sarcasme le plus débridé à la violence la plus graphique, puis de l'humour noir à une mélancolie profonde, tout en basculant dans une romance parfois bouleversante.
Il en résulte une sorte de récit opératique et baroque, à la fois grandiose, cintré, débridé, terriblement émouvant et infiniment romantique.
Une œuvre musicale qui ne cherche jamais à nous faire oublier la nature sordide et crapuleuse des crimes racontés, mais qui tente malgré tout de regarder ces trois femmes autrement qu'à travers leurs seuls actes.
Et finalement, c'est peut-être cela qui rend cette saison aussi troublante : elle nous rappelle que derrière certains monstres peut encore se tapir un être humain.
Et de cette histoire singulière pétrie d'amour, de remords et de désespoir, je ne suis véritablement pas sorti indemne.
"Gratitude à Netflix qui a osé produire une série aussi insensée qu’audacieuse."
Ça y est, c'est bouclé. Enfin vu l'intégrale de Monster, saison 4, consacrée à l'histoire de Lizzie Borden.
Et quelle saison ! À mes yeux, elle se hisse immédiatement au deuxième rang de mes préférées après la première, tant elle m'aura mis dans tous mes états en bousculant constamment les habitudes du spectateur. Les trois ou quatre premiers épisodes cultivent notamment un sarcasme folingue et complètement débridé, avant que le récit ne glisse progressivement vers une dramaturgie beaucoup plus mélancolique, voire existentielle, autour de la culpabilité de Lizzie Borden, hantée par les crimes qu'elle a commis.
Comme de coutume dans Monster, la violence graphique ne fait pas dans la dentelle. Les meurtres sont filmés avec une brutalité percutante, parfois franchement hardcore, sans que les créateurs semblent avoir la moindre intention de ménager nos sensibilités. Mais certaines scènes particulièrement extrêmes sont parfois désamorcées par un humour sardonique qui pourra déconcerter les non-initiés. Et c'est justement ce mélange improbable qui fait, à mon sens, tout le sel de cette série redoutablement folle, barrée et baroque. Alors qu'il y a un coeur qui bat derrière tout cela !
Car Monster : Lizzie Borden joue à merveille avec l'anachronisme, notamment à travers des partitions musicales totalement décalées par rapport à l'époque représentée, mais toujours judicieusement choisies. La série mêle ainsi violence, humour très noir, romance, drame historique fantasmé et réflexion existentielle dans un alliage des genres aussi surprenant que jubilatoire. C'est proprement vertigineux, comme happé dans un vortex émotionnel inépuisable.
Et comme si cela ne suffisait pas, le récit nous entraîne parallèlement sur les traces d'une autre meurtrière célèbre : Aileen Wuornos, remarquablement interprétée par Sarah Paulson (par pitié, offrez lui un oscar !). Son parcours, marqué par les violences et les sévices qu'elle a subis par sa famille, vient faire écho à celui de Lizzie Borden et permet à la série de dresser, en quelque sorte, le portrait croisé de trois femmes innocentes devenues meurtrières.
C'est là que Monster devient particulièrement passionnante : derrière le fait divers sordide, la série développe une véritable étude de caractère, de magnifiques portraits de femmes déchues et s'interroge sur ce qui peut conduire un être humain à basculer dans une violence aussi innommable.
Et parmi les séquences les plus bouleversantes de cette saison, celles consacrées à Aileen Wuornos sont probablement celles qui m'auront le plus marqué, jusqu'aux larmes. Sarah Paulson y est tout simplement prodigieuse. Elle crève l'écran avec un naturel à la fois trouble, fragile et bouleversant. Son interprétation relève de la prouesse, (ce putain de regard demeurée profondément noir et hystérisé !) et mériterait, à mes yeux, toutes les récompenses possibles tant elle parvient à rendre son personnage profondément humain sans pour autant effacer la monstruosité de ses actes. Elle ne joue pas, elle EST Aileen Wuornos pour nous livrer une déchirante fureur de vivre et d'exister en dépit de sa monstruosité animale.
Mais Ella Beatty n'est pas en reste dans le rôle de Lizzie Borden. Elle lui insuffle une fragilité démunie et désemparée tout en lui donnant une résilience morale parfois à couper le souffle. Lizzie est notamment capable de se résigner à massacrer ses parents avec un courage qui laisse sans voix, là où Maggie Sullivan, sa partenaire, se retrouve paralysée par la peur au moment d'oser passer à l'acte.
Cette différence fondamentale entre les deux femmes rend leur relation particulièrement intéressante et nourrit une véritable étude de caractère. Maggie, interprétée par une Vicky Krieps expressive et vibrante d'humanité, apparaît parfois plus lucide et plus consciente des conséquences de leurs actes, tandis que Lizzie semble emportée par une détermination presque irréversible.
La série rend également un vibrant hommage au féminisme, notamment à travers la question du droit de vote des femmes, comme le souligne la conclusion du dernier épisode. Elle aborde parallèlement la foi religieuse et la rédemption à travers le parcours de Lizzie, hantée pendant dix-huit années par son passé meurtrier et par une culpabilité qui semble impossible à apaiser.
La foi religieuse et le militantisme féministe pourraient alors constituer pour elle une forme de rédemption, lui permettant enfin d'affronter ses démons et d'espérer mener une existence plus sage et plus apaisée auprès de Maggie.
Ainsi, Monster : Lizzie Borden se transforme en remarquable et bouleversante étude de caractère autour de ces trois femmes meurtrières, avec cette idée fondamentale que derrière un assassin peut parfois subsister une humanité profondément torturée.
La série nous invite à nous interroger sur la fabrication du monstre : un monstre ne naît peut-être pas nécessairement monstre ; il peut aussi être créé par les violences, les humiliations et les sévices qu'un être humain endure. Cela ne signifie évidemment pas que ses crimes deviennent excusables. Les actes commis par ces trois femmes demeurent irréparables et condamnables. Mais Monster nous oblige à regarder au-delà du crime pour tenter de comprendre l'être humain qui se dissimule derrière le criminel.
Et c'est probablement là que la série devient la plus dérangeante : elle nous pousse à nous demander jusqu'où nous-mêmes pourrions être capables de sombrer si nous avions subi une accumulation comparable de violences morales et physiques. Une question évidemment vertigineuse, trouble, dérangeante, mais qui participe pleinement à la puissance dramatique de cette saison.
Monster : Lizzie Borden bouscule donc nos habitudes de spectateurs en nous sortant régulièrement de notre zone de confort, notamment grâce à ses ruptures de ton qui surgissent sans prévenir. On passe ainsi du sarcasme le plus débridé à la violence la plus graphique, puis de l'humour noir à une mélancolie profonde, tout en basculant dans une romance parfois bouleversante.
Il en résulte une sorte de récit opératique et baroque, à la fois grandiose, cintré, débridé, terriblement émouvant et infiniment romantique.
Une œuvre musicale qui ne cherche jamais à nous faire oublier la nature sordide et crapuleuse des crimes racontés, mais qui tente malgré tout de regarder ces trois femmes autrement qu'à travers leurs seuls actes.
Et finalement, c'est peut-être cela qui rend cette saison aussi troublante : elle nous rappelle que derrière certains monstres peut encore se tapir un être humain.
Et de cette histoire singulière pétrie d'amour, de remords et de désespoir, je ne suis véritablement pas sorti indemne.
"Gratitude à Netflix qui a osé produire une série aussi insensée qu’audacieuse."
— Celui du cœur noir des images 🖤

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