lundi 7 mars 2011

Rosemary's Killer / The Prowler

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site imdb.com

de Joseph Zito. 1981. U.S.A. 1h25. Avec Vicky Dawson, Christopher Goutman, Lawrence Tierney, Farley Granger, Cindy Weintraub, Lisa Dunsheath, David Sederholm, Bill Nunnery, Thom Bray, Diane Rode.
               
BIO: Joseph Zito rĂ©percute 9 films Ă  son actif et les amateurs excitĂ©s de nanars bourrins n'ont toujours pas oubliĂ© (ou digĂ©rĂ© c'est selon !) les peloches Ă©nervĂ©es que sont "PortĂ©s Disparus 1" et "Invasion US.A." (avec Chuck "walker" Norris "Rangers"), "Le Scorpion rouge" (avec Lundgren) et Delta Force one rĂ©alisĂ© en 1999. Trois ans après avoir tournĂ© "Rosemary's Killer" et pour terminer en apothĂ©ose son rappel des faits, notre père Joseph est aussi responsable en 1984 d'un Ă©pisode transitoire de la fameuse sĂ©rie vacancière avec un tueur neuneu maltraitĂ©, pas gentil du tout : "Vendredi 13 IV, chapitre final" 


Voici l'archĂ©type du psycho-killer prosaĂŻque tel qu’il en fleurissait dans les annĂ©es 80. Le Retour du fantĂ´me en treillis ! 
Dans une petite bourgade, un mystĂ©rieux tueur revanchard refait surface trente ans plus tard pour commettre une sĂ©rie de meurtres sanglants sur de jeunes ados ! Durant son parcours meurtrier, on s’attache Ă  un adjoint du shĂ©rif et Ă  sa petite amie, tĂ©moins malgrĂ© eux d’Ă©vĂ©nements dramatiques le temps d’une nuit rouge. Un jeu de cache-cache incessant, un chassĂ©-croisĂ© acadĂ©mique va alors se nouer entre le tueur et ce duo improbable.

RĂ©alisateur du Vendredi 13 : Chapitre final, Joseph Zito reprend ici le mĂŞme schĂ©ma narratif, en insistant sur une ambiance ombrageuse plutĂ´t soignĂ©e, une partition stridante et des meurtres graphiques du plus bel effet (merci Monsieur Savini). Seul manque paradoxal : une bonne dose de sexe folichon ! Mais cĂ´tĂ© gore, l’expert en maquillages n’y va pas avec le dos de la cuillère. Il s’en donne Ă  cĹ“ur joie dans l’incongru et le dĂ©monstratif pour l’agonie de ses victimes. Égorgement en gros plan, fourche plantĂ©e tendrement dans l’estomac, couteau encastrĂ© en pleine tĂŞte dont la lame ressort par la gorge, tĂŞte explosĂ©e au ralenti – façon Maniac de Lustig.

Ces trucages en latex, Ă  la fois charnels, cradingues et jubilatoires, constituent l’attraction principale de Rosemary’s Killer, lĂ  oĂą les suites de Vendredi 13 n’osaient pas trop se dĂ©vergonder dans le meurtre contemplatif. Le film, efficacement confectionnĂ©, privilĂ©gie surtout une atmosphère doucement angoissante, renforcĂ©e par un suspense latent, parfois envoĂ»tant, quand la mise en scène prend le temps de distiller la tension. Enfin, la partition discrètement lancinante de Richard Einhorn – inspirĂ©e des forĂŞts d’Harry Manfredini – n’est pas en reste pour instiller une insĂ©curitĂ© domestique, portĂ©e par un couple orageux qui s’entraide face Ă  la menace meurtrière. 

Quant Ă  son accoutrement militaire, il confère au tueur un charisme inĂ©dit, d’autant plus ombrageux qu’il agit dans l’ombre d’un masque. Dommage, toutefois, qu’il manque un brin de cĂ©lĂ©ritĂ© lorsqu’il s’Ă©lance Ă  la poursuite de ses proies…


"Rosemary’s Killer : le bal du latex et de la fourche"
Aussi charmant qu’attachant, et constamment amusant grâce Ă  ce couple hĂ©roĂŻque qui donne tout, avec une naĂŻvetĂ© sentimentale touchante, Rosemary’s Killer est un divertissement d’autant plus efficace qu’il ne lasse jamais l’inconditionnel du film d’exploitation, façonnĂ© Ă  la main, Ă  l’artisanal.

*Bruno

Dédicace à Mathias Chaput

Note: La France aura dû attendre 3 ans après sa sortie US pour le découvrir le 4 Mai 1984.
21.08.10.
21.05.25. Vost
               
                             

GARDIENS DE L'ORDRE

                            

de Nicolas Boukhrief. 2010. France. 1H45. Avec Cécile de France, Fred Testot, Julien Boisselier, Nicolas Marié, Stephan Wojtowicz, Nanou Garcia, Stéphane Jobert, Jean-Michel Noirey, Gilles Gaston-Dreyfus...

BIO: Il s'agit du 5è long-métrage de Nicolas Boukhrief qui reprend les commandes du polar noir matiné de drame psychologique.
Un genre auquel il s'Ă©tait dĂ©jĂ  affectionnĂ© avec succès dans Cortex en 2008 mais aussi et surtout avec Le convoyeur  rĂ©alisĂ© en 2004.

LE SUJET: Lors d'un contrôle de routine qui tourne mal, Simon et Julie, deux simples gardiens de la paix, blessent un jeune drogué qui, pris d'un coup de folie, a abattu en leur témoignage un flic de service. Accusés à tort de bavure et lâchés par leur patron parce que le jeune drogué était fils de député, nos coéquipiers vont tenter de rétablir la vérité en enquêtant sur cette nouvelle drogue et les dealers responsables de la mort du policier.

                   

UN POLAR FICHĂ© A L'ANCIENNE ECOLE ! 
Nicolas Boukhrief renoue avec le polar sombre, âpre et tĂ©nĂ©breux dans une enquĂŞte Ă  haut risque entre ces trafiquants sans foi ni loi travaillant Ă  leur propre compte pour la fabrication d'une nouvelle drogue. Un produit en teinte jaune fluorescent extrĂŞmement dangereux pour appâter le client en manque de singularitĂ©.
Cette mafia bien structurĂ©e pourrait suspecter ou pire dĂ©masquer Ă  tout moment notre duo de flics complices infiltrĂ©s dans leur groupe pour la revente du "sphinx", nouveau produit diabolisĂ© hautement toxique.
D'une belle efficacité continuelle, la narration anxiogène mise en évidence sous une pression en crescendo va nous faire pénétrer dans un monde nocturne, obscur et blafard sous les hauts projecteurs de nights club privés à tendance techno, là où les dealers écoulent traditionnellement leur marchandise.
Epris d'ambition à rétablir la vérité au grand jour et à cause d'une rébellion envers leur profession bafouée et outragée, Simon et Julie vont entamer inopinément une liaison amoureuse pour mieux se retrouver, se forger et s'engager sur un terrain marécageux au péril de leur vie.
Pour prouver Ă  cette organisation leur crĂ©dibilitĂ©, nos deux hĂ©ros tĂ©mĂ©raires et drastiques vont en effet  s'aventurer dans une situation malsaine Ă  haut risque. Une demi-teinte pour atteindre les cimes du Mal en Ă©tant (in)volontairement complices de meurtres gratuits, crapuleux et prises de drogue obligatoirement administrĂ©e contre leur grĂ©.

                    

Le profil dĂ©livrĂ©, psychologiquement fragile et ambigu entre nos deux protagonistes de service est particulièrement bien retranscrit par une CĂ©cile De France parfaite de charme naturel et sensibilitĂ© dans le rĂ´le de Simone. Un personnage qui joue avec la demi-mesure au fur et Ă  mesure de la conduite d'un rĂ©cit davantage oppressant. Tour Ă  tour fragile, humaine, dĂ©terminĂ©e, combattive et dotĂ© d'un vif tempĂ©rament de battante, Cecile De France prouve une fois de plus la pleine mesure de son talent. Non dĂ©nuĂ©e de sĂ©duction en femme fatale quand elle se doit d'attirer le loup perverti au moindre affĂ»t.
Fred Testo dont il s'agit ici de son premier rĂ´le dramatique prend un sacrĂ© risque Ă  tenter de nous convaincre dans un personnage de flic solitaire, discret et tourmentĂ©. Et pourtant il y rĂ©ussit haut la main Ă  vouloir nous imposer une interprĂ©tation juste et nature dans son jeu sobre et dĂ©complexĂ©. Attachant et dĂ©sabusĂ© dans un Ă©tat d'esprit violent et suicidaire envers ces actes insensĂ©s pour tenter d'annihiler l'agresseur. Un casse-cou renfermĂ© sur lui mĂŞme qui joue sur l'ambivalence, sur le fil du rasoir, constamment Ă  deux doigts de se faire flinguer !

                    

Le final haletant, aussi tendu qu'un arc de compétiteur, au paroxysme de l'ultra violence et de la froide brutalité excelle dans la virtuosité d'une mise en scène stylisée, incroyablement maitrisée dans la gestion du cadre, des lieux labyrinthiques et des décors suffocants. Un grand moment de suspense étouffant et d'angoisse perméablement diffuse en harmonie totale avec l'image et le son !

Tout en Ă©gratignant au passage les rouages d'une subordination laxiste, complice d'une politique autoritaire et opportuniste, "Gardiens de l'ordre" est un excellent polar renouvelĂ© qui doit beaucoup Ă  son script et sa mise en scène personnalisĂ©e induite dans une ambiance pĂ©nĂ©trante, lourde et hostile, amplifiĂ©e par une bande son hypnotique qui envoĂ»te les sens.
Doté d'une belle intensité, bien construit et mené sans faille par un couple inattendu et filiforme, en prise direct avec leur conflit intérieur psychologique, le nouveau Boukrhief mérite une fois de plus que l'on s'y attarde pour ceux qui aiment les vrais polars durs, denses et consistants.

                          

22.08.10

L'ARNACOEUR

                              

de Pascal Chaumeil. 2010. France. 1H44. Avec Romain Duris, Vanessa Paradis, Julie Ferrier, François Damiens, Helena Noguerra, AndrewLincoln, Jacques Frantz, Amandine Dewasmes, Jean-Yves Lafesse...

BIO: Il s'agit du premier long-métrage de Pascal Chaumeil (également scénariste et dialoguiste) qui aura collaboré auparavant avec Luc Besson sur les films Léon (1er assistant réalisateur), Le 5è élément et Jeanne d'Arc (réalisateur de la seconde équipe).
Il a également travaillé pour la télévision sur une centaines de spots publicitaires.

LE SUJET: Alex est un briseur de couples expert dans l'art et la manière de s'accommoder des femmes malheureuses ou désespérées dans leur union amoureuse car son éthique est de ne jamais s'accaparer de celles épanouies ou comblées.
Jusqu'au jour où le père d'une future mariée lui propose un autre contrat juteux pour empêcher sa jeune fille héritière, Juliette, de se marier avec l'homme qu'elle aime. Il reste 10 jours à Alex pour empêcher coûte que coûte l'accès à la corde du pendu !

                    

ROMANCE PASTEL HILARE SUR UN AIR ENLACE DE DIRTY DANCING !
D'une trame judicieuse plutĂ´t originale, Pascal Chaumeil va exploiter jusqu'au bout son idĂ©e de dĂ©part qui consiste Ă  tout mettre en oeuvre pour empĂŞcher avec des moyens consĂ©quents et adĂ©quates un mariage d'amants refoulĂ©s faussement amoureux, embourgeoisĂ©s dans la mĂ©diocritĂ© et la facilitĂ©.
Avec la complicitĂ© de sa soeur et de son ami, Alex dĂ©guisĂ© en garde du corps va imaginer toutes les situations les plus folles et rocambolesques pour mettre un terme Ă  cet idylle naĂŻve et convenue. Agression physique fictive en pleine rue pour soutirer le sac Ă  main de Juliette dans sa propre voiture, appartement de celle-ci traficotĂ©, micros cachĂ©s sous les tables, auto-radio combinĂ© sur des tubes spĂ©cifiques ou encore ce faux plombier venu inonder une chambre pour qu'Alex puisse se retrouver en intimitĂ© avec Juliette devant une projection de Dirty Dancing ! Surtout quand celui-ci aura appris par coeur la chorĂ©graphie de la fameuse danse bien connue des amateurs de romance musicale rose bonbon !
Mais toute cette mascarade ne serait rien sans le talent de cet arnacoeur professionnel, vĂ©ritable acteur dans l'art de se vĂŞtir sous n'importe quel personnage fictif, dans toutes les situations possibles et imaginaires. Et quand il se force Ă  pleurer le temps de dĂ©vier la tĂŞte en un instant de quelques secondes, la jeune dame conquise ne pourra que s'y laisser attendrir !

                    

Cette comédie endiablée, menée à 100 à l'heure ne laisse pas un instant de répit au spectateur grâce à son inventivité constante, ses dialogues ciselés et son habile dosage de romance, bonne humeur et éclats de rire.
Les rebondissement et autres évènements inattendus s'enchevêtrent mutuellement en passant de l'humour farfelu au burlesque débridé, jusqu'aux hilarants instants comiques souvent menés par un acteur belge inconnu, François Damien, (LA révélation du film !!!) dans le rôle du complice d'Alex !
La scène où il assomme à plusieurs moments d'une journée l'amie fidèle de Juliette (Helena Loguerra, soeur de Lio à la ville) campée par une nymphomane lubrique est à mourir de rire ! Comme cette danse improvisée de Dirty Dancing avec Alex répétant tous deux les fameux pas de danse créés sur mesure par le regretté Patrick Swayze.
Il faut le voir aussi déguisé en plombier, la jambe boitteuse et vêtu d'une grotesque perruque sur la tête, tenter de manière volontairement malhabile de berner Juliette pour inonder sa chambre d'appartement.
Enfin, il ne faudra pas non plus rater en générique de fin une autre séquence irrésistible de drôlerie où notre belge devenu Don Juan malgré lui reprendra le rôle attribué à Alex, mis en retraite pour une raison que je n'évoquerai pas ici de peur de déflorer le dénouement !

                    

Le couple formé par Romain Duris et Vanessa Paradis est parfaitement complémentaire à la réussite de cette trépidante comédie française.
L'acteur campe avec légèreté et beaucoup de tempérament un personnage charmeur, malicieux, impertinent qui va se surprendre à lui même de rencontrer l'amour, exacte antinomie de son entreprise !
Vanessa Paradis dans le rôle d'une chieuse capricieuse, ennuyée de son quotidien esseulé est comme à son habitude divine de beauté épanouie, véritable princesse enchanteresse dans son regard de velours bleu, ensorcelant Alex d'un magnétisme docile et trouble.
Une jeune candidate en demi-teinte pour prendre conscience au final que les vraies valeurs ne se trouvent pas dans le porte monnaie de son amant, aseptisé de toute compassion ou de tendresse requise.

Le final romantique et mĂ©lancolique change un peu de registre pour parvenir Ă  une Ă©motion plus humaine, chaleureuse et sentimentale, affirmĂ©e dans un suspense Ă©prouvĂ© tant Ă©voquĂ© mais qui fonctionne encore Ă  plein rĂ©gime grâce au charme irrĂ©sistible du duo complice, quelqu'en sera l'issue rĂ©servĂ©e. La sĂ©quence remakĂ©e de la danse du cĂ©lèbre tube idolatrĂ© par les filles de la planète entière (The Time of my life composĂ© par Franke Previte / oscar de la meilleure chanson !) est un joli moment d'allĂ©gresse, de tendresse et sensualitĂ© !

                         

L'arnacoeur est une délicieuse comédie futée, chatoyante et généreuse dans un panel d'émotions habilement dosées pour contenter le spectateur attendri, embarqué dans une invitation au charme.
Le talent de nos cĂ©lèbres interprètes se trouve bĂ©nĂ©fiquement ballotĂ© par un nouvel inconnu totalement hilarant dans chacune de ses apparitions impromptues auquel François Damien dĂ©livre ici tout son Ă©norme potentiel  !
Un premier film rĂ©ussi , pĂ©tillant, affirmĂ© et un nouvel acteur belge impayable !!!

23.08.10

Les Charognards / The Hunting Party

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site imdb.com

de Don Medford. 1971. U.S.A. 1h51. Avec Oliver Reed, Gene Hackman, Candice Bergen, Simon Oakland, Ronald Howard, L.Q. Jones, Mitch Ryan, William Watson, G.D. Spradlin, Rayford Barnes, Bernard Kay...

BIO: Il s'agit du second film de Don Medford (né en 1917) qui aura livré une courte carrière de 2 longs-métrages avant de s'atteler à la télévision avec une pléthore de séries T.V. issues des années 70 et 80 (les envahisseurs, l'homme qui tombe à pic, des agents très spéciaux, la 4è dimension, l'homme à la carabine, Alfred Hitchcock présente...)

Le pitch : au Texas, un gangster et sa bande dĂ©cident d’enlever la femme d’un notable pour lui apprendre Ă  lire et Ă©crire, celle-ci exerçant la profession d’institutrice. Mais son mari, pervers et nĂ©vrosĂ©, dĂ©cide avec ses fidèles acolytes de mener une chasse Ă  l’homme impitoyable.

Deux ans après le chef-d’Ĺ“uvre de Peckinpah, qui avait changĂ© Ă  jamais le visage de l’Ouest amĂ©ricain par son rĂ©alisme d’une violence incongrue, Don Medford surenchĂ©rit avec un western aride franchissant une nouvelle Ă©tape dans le sordide et le sadisme. Cette violence âpre nous plonge dans une traque sanglante, d’une sauvagerie rarement vue Ă  l’Ă©cran en cette glorieuse dĂ©cennie des annĂ©es 70 - on pourrait mĂŞme y voir un (lĂ©ger) Ă©cho horrifique Ă  Massacre Ă  la tronçonneuse de Tobe Hooper, trois ans plus tard, dans ces derniers instants de dĂ©cadence d’un corps convulsĂ© menĂ© Ă  l’abattoir. Les Charognards, titre français explicite, s’avère une lente descente aux enfers, oĂą des anti-hĂ©ros sont traquĂ©s par des ordures encore plus lâches et intraitables. Dès le prologue, le film frappe par sa cruditĂ© : estocade barbare, Ă©gorgement et dĂ©peçage d’un bĹ“uf, alternant avec une relation sexuelle sauvage et forcĂ©e entre deux amants - une sĂ©quence extrĂŞme, inĂ©dite dans un western traditionnel. 


Pas de demi-mesure : on sent que ce n’est pas l’habituel western ludique oĂą des cow-boys hĂ©roĂŻques courent après des Indiens. Medford s’inspire clairement de la brutalitĂ© de Peckinpah et de sa mythique Horde sauvage. Les balles fusent tous azimuts, perforant la chair, le sang giclant en ralenti pour mieux saisir la spectaculaire brutalitĂ©.
 
Oliver Reed incarne Calder, bandit paradoxal et tolĂ©rant au milieu de cette galerie pathĂ©tique de salopards. Son enlèvement initial n’Ă©tait qu’un projet pĂ©dagogique, et l’homme s’humanise au fil de son chemin de croix. 
Ruger, riche notable d’apparence respectable, est magnifiquement campĂ© par Gene Hackman, antagoniste obsĂ©dĂ© par la complaisance dans la torture - envers ses proies ingĂ©nues comme envers ses hors-la-loi. 
Melissa, interprĂ©tĂ©e par Candice Bergen, est un personnage noble, fragile, victime candide partagĂ©e entre son dĂ©sir de fuir le mari psychotique et son affection pour Calder, dĂ©libĂ©rĂ© Ă  dĂ©fendre sa bande autant que celle qu’il aime.


"Un dernier râle avant de mourir."
Avant-coureur des Chiens de paille, de DĂ©livrance et surtout de La Chasse Sanglante (Open Season) de Peter Collinson, trois ans plus tard, Les Charognards demeure un chef-d’Ĺ“uvre du western poisseux, imprĂ©gnĂ© d’amertume. Chemin de croix implacable, il ne trouve sa raison d’ĂŞtre que dans l’agonie du châtiment. Les fuyards ne connaĂ®tront un repos mĂ©ritoire qu’au sein d’une dĂ©livrance morbide. Le final, lapidaire et Ă  bout de souffle, se clĂ´t sur une marche Ă  travers le dĂ©sert fertile en dĂ©sespoir. Le terme “The End” devient, pour le spectateur, un soulagement teintĂ© d’un arrière-goĂ»t de sang amer.
 
25.08.10
Bruno Matéï

LA TOUR DE LONDRES (Tower of London)

             

de Roger Corman. 1962. U.S.A. 1H19. Avec Vincent Price, Michael Pate, Joan Freeman, Robert Brown, Bruce Gordon.

BIO: La Tour de Londres a été tourné la même année que le prémice du cycle Poe avec l'Empire de la Terreur, le Corbeau et l'Entérré Vivant.
Il s'agit d'un remake d'une version folichonne de 1939 qui n'est jamais sorti en France au cinéma. Ce n'est qu'en Belgique qu'il aura droit à une exploitation en salles.
Le film est donc resté longtemps invisible auprès des cinéphiles français.

LE SUJET: Après la mort du roi, Richard De Gloucester, Duc d'Angleterre est tellement avide de pouvoir pour accéder à la couronne qu'il décide de supprimer chaque membre de sa famille qui pourrait l'empêcher d'y accéder.

                    

Roger Corman, à peine remis de ses trois adaptations de Poe s'attaque à l'entreprise d'un sujet historique avec l'aide de son frère, occupant la place de producteur.
Tourné en noir et blanc à cause d'un budget réduit, il réalise en compagnie de son acteur fétiche un remake d'un film de 1939 réalisé par Rowland V. Lee avec Basil Rathbone, Boris Karloff et justement Vincent Price dans un petit rôle secondaire.
Autant le film d'origine jouait la carte de la réalité historique avec sobriété, autant celui de Corman va baigner dans une atmosphère fantastique continuelle avec l'apparition des nombreux fantômes qui viendront torturer l'esprit de Richard.
Un être abjecte et orgueilleux, avide de pouvoir qui décide par la ruse, le mensonge, le mépris et la trahison de tuer son propre frère ainsi que son cousin, ses nièces puis sa femme pour enfin régner en maitre absolu dans la Tour de Londres.

                    

Le récit mené sur un rythme alerte se révèle beaucoup plus efficace, violent et percutant que la version de 1939. Mais c'est surtout l'interprétation shakespearienne du grand Vincent Price qui va rendre le film si plaisant à suivre.
Il faut le voir dans sa tenue chevaleresque handicapée par une colonne vertébrale difforme et un bras atrophié. Son lourd regard pénétrant injecté de noirceur, ancré dans le vice, se complaisant avec jubilation dans le crime gratuit le plus lâche et méprisant qui soit. Surtout qu'avec l'aide d'un complice il s'offrira la tâche d'étouffer avec un coussin de pauvres jeunes enfants endormis dans leur sommeil !
Il y a d'ailleurs à ce sujet deux autre scènes de torture assez terrifiantes dont l'une d'elles annoncera La Vierge de Nuremberg de Margheretti avec le fameux piège à rat où un pauvre homme se retouve les bras liés et la tête emprisonnée dans une mini cage parmi un rat affamé à l'intérieur ! effet répugnant garanti.
L'autre séquence encore plus douloureuse dans son effet de réalisme concerne une jeune fille qui ira doucement se faire écarteler les bras et les jambes dans des incessants hurlements de douleur suppliciés jusqu'à ce qu'elle en succombe !

                           

C'est cette narration centrée sur un puissant héritier dénuée de toute moralité que vient s'établir un profil psychologique: celui de la personnalité répugnante du duc Richard De Gloucester.
Un personnage condescendant, hautain et dédaigneux qui ira se perdre à son propre piège dans son subconscient angoissé, épris de remords et de rancune, qui ira jusqu'à s'imaginer l'apparition fantomatique de chaque victime qu'il a envoyé au fourneau !
Cet arriviste pathétique en prise avec sa folie démesurée ira se noyer dans un enchainement d'hallucinations jusqu'à vouloir étrangler par accident sa propre femme, le seul être auquel il éprouve un regain de compassion amoureuse.
Mais le final sardonique reprendra ses droits dans la bataille de Bosworth avec cette fatale pointe d'ironie pour le destin exutoire de Richard III, unique responsable de son propre échec.

Les décors minimalistes mais plutôt soignés s'accomodent bien avec l'ambiance gothique accentuée par l'usage du noir et blanc.
Les apparitions surnaturelles des fantomes offrent aussi un attrait supplémentaire à son climat macabre et lugubre entre deux séances de torture et en dehors des actes ignobles commis par notre bourreau shakespearien.

                         

La tour de Londres est une excellente découverte dont on parle peu dans la carrière de Corman du fait de sa rareté imposée.
D'autant plus regrettable que le film dominé par la superbe interprétation de Vincent Price se révèle très efficace et adroitement réalisé.

26.08.10

BLUE EYES OF THE BROKEN DOLL (Los Ojos azules de la muñeca rota)

                                               

de Carlos Aured, 1973. Espagne. 1H29. Avec Diana Lorys, Jacinto Molina, Eduardo Calvo, Eva LeĂłn, InĂ©s Morales, Antonio Pica , Luis Ciges, Pilar Bardem, Maria Perschy, Sandra Mozarowsky.

FILMOGRAPHIE: Carlos Aured Los Alcazares, Murcie, 22 Janvier 1937, Dénia, 3 février 2008), est un réalisateur et scénariste espagnol. 1972: El espanto surge de la tumba. 1973: La venganza de la momia. 1973: El retorno de Walpurgis. 1973: Los ojos azules de la muñeca rota. 1974: La noche de la furia. 1974: Los fríos senderos del crimen. 1977: Susana quiere perder... eso. 1981: El fontanero, su mujer y otras cosas de meter. 1981: Apocalipsis sexual . 1981: La frígida y la viciosa . 1982: De niña a mujer . 1982: Leviatán . 1983: El hombre del pito mágico . 1983: El enigma del yate . 1984: Atrapados en el miedo . 1997: Se fue . 1997: Alien predator

Giallo mĂ©connu d'origine espagnole datant de 1973 et rĂ©alisĂ© par un spĂ©cialiste de l'horreur hispanique, Blue Eyes of the Broken Doll serait le premier thriller de son pays natal inspirĂ© des travaux d'Argento ou de Bava perpĂ©trĂ©s durant les dĂ©cennies 60 Ă  80. Un jeune gardien, Gilles, ex taulard d'un passĂ© trouble et violentĂ© trouve refuge dans une demeure pour un travail d'entretien d'oĂą rĂ©sident trois Ă©tranges soeurs aguicheuses dirigĂ©es par une paralytique. BientĂ´t des Ă©vènements meurtriers ne vont pas tarder Ă  dĂ©ranger la quiĂ©tude de nos tĂ©moins car un tueur rodant aux alentours se met Ă  dĂ©cimer de jeunes filles blondes pour les Ă©gorger sauvagement avant d'extirper leurs yeux bleux. DrĂ´le de petit giallo ibĂ©rique que ce Blue Eye of the Broken Doll entièrement vouĂ© aux codes traditionnels du genre (sexe, meurtres stylisĂ©s et mystĂ©rieux tueur gantĂ© de noir avant la rĂ©solution cathartique de l'Ă©nigme Ă  tiroirs) pour une curieuse histoire de conflits adultères entre trois soeurs et un individu charmeur Ă  la musculature saillante (l'imparable Paul Nashy, sosie Ă  peine camouflĂ© de notre Dick Rivers national !). Ce scĂ©nario Ă  la trame volontairement tortueuse mais jamais confuse confronte des personnages perfides, Ă©quivoques ou versatiles pour mieux nous induire en erreur sur l'identitĂ© du prĂ©sumĂ© tueur emmitouflĂ© de vĂŞtement noir pour perpĂ©trer ses odieux meurtres.

Et ce, mĂŞme si on devine rapidement que notre Gilles campĂ© par l'aimable Nashy n'a sĂ»rement rien Ă  voir avec cette vague de crimes et qu'il faudrait s'orienter vers le trio des soeurs dĂ©vergondĂ©es ! Durant les 2/3 du film, la narration sommaire Ă©tablit Ă  intervalle rĂ©gulier sexe polisson avec lot de tenues sexy imposĂ©es par nos hĂ©roĂŻnes aux poitrines opulentes complaisamment exhibĂ©es puis des sĂ©quences chocs sanguinolentes volontairement racoleuses afin de relever la sauce pimentĂ©e pour l'amateur voyeur. On assistera mĂŞme Ă  contre coeur Ă  une immonde sĂ©quence snuff auprès d'un porc poignardĂ© vivant par quatre forcenĂ©s (en vous Ă©pargnant les dĂ©tails gores innommables). Une scène abjecte totalement gratuite qui rĂ©vulse inutilement mĂŞme si on a dĂ©jĂ  vu pire ailleurs chez les shockumentaires ou films de cannibales ritals. Par ailleurs, il est dommageable que la rĂ©alisation assez impersonnelle amoindrisse la notion de suspense ou de tension futilement distillĂ©e et que l'interprĂ©tation des comĂ©diens soit plutĂ´t mal dirigĂ©e par un metteur en scène inexpĂ©rimentĂ©. On peut Ă©galement dĂ©plorer une musique jazzy envahissante digne d'une comĂ©die polissonne en totale dĂ©calage avec le climat mortifère de l'intrigue ! Louablement, la dernière demi-heure un peu plus haletante, techniquement mieux inspirĂ©e (la scène de poursuite sauvagement exĂ©cutĂ©e dans les collines enneigĂ©es dĂ©gage une atmosphère hivernale palpable) va renforcer d'un Ă©chelon le caractère sympathique, voir attachant de l'entreprise. Surtout que la rĂ©vĂ©lation du meurtrier s'avère inopinĂ©ment surprenante et que l'ultime sĂ©quence illustre une poĂ©sie macabre alternant le blanc limpide et le noir exsangue auprès d'une saveur malsaine nĂ©crophile.

Hormis tous ces dĂ©fauts prĂ©citĂ©s, Blue Eyes of the Broken Doll demeure une sympathique curiositĂ© sans toutefois laisser de souvenir impĂ©rissable auprès des aficionados de Giallo mais dont l'aspect ludique des excès gores parfois stylisĂ©s, la beautĂ© charnelle des actrices nĂ©vrosĂ©es et sa dernière demi-heure vigoureusement troussĂ©e emportent finalement l'adhĂ©sion. 

Dédicace à Christophe de la Gorgone.
Bruno Matéï.

dimanche 6 mars 2011

DOG POUND

                                          
                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site allocine.fr

de Kim Shapiron. 2010. France. 1h31. Avec Adam Butcher, Shane Kippel, Mateo Morales, Lawrence Bayne, Alexander Conti, Tim Turnell, Dewshane Williams, Shawn Doucette, Slim Twig, Trent McMullen...

BIO: Kim Chapiron est un réalisateur français né en 1980 à Hô-Chi-Minh-Ville.
Dog Pound est son second long-métrage après la bombe Sheitan (on aime ou on déteste !) sorti en 2005 et qui fit sensation un peu partout dans le monde.

Les nerfs Ă  vif
A travers la description ultra réaliste d'un univers carcéral américain pour jeunes délinquants, Kim Shapiron nous embarque dans un voyage au bout de l'enfer dont personne ne sortira indemne !
C'est le parcours carcĂ©ral de trois nouveaux dĂ©tenus qui nous est dĂ©crit: Davis, 16 ans, trafiquant de drogue. Angel, 15 ans, voleur de voiture et surtout Butch, 17 ans, transfĂ©rĂ© pour avoir mutilĂ© l'oeil d'un officier dans son ancienne enceinte de dĂ©tention. Dans cet Ă©tablissement pour mineurs oĂą règne la loi du plus fort, nos dĂ©tenus vont rencontrer la dure rĂ©alitĂ© d'une Ă©preuve de force, oĂą haine et agressivitĂ© seront les maĂ®tres morts face Ă  l'impromptu. Surtout lorsque le leader Banks et ses deux complices s'amusent Ă  brimer chaque nouveau dĂ©tenu pour accĂ©der Ă  la notoriĂ©tĂ©.

Dans un âpre souci d'authenticitĂ©, le rĂ©alisateur nous immerge Ă  travers un climat d'insĂ©curitĂ© omniprĂ©sent au sein de cet enfer blafard. Un climat poisseux rĂ©git par la barbarie auquel nos jeunes hĂ©ros vont devoir traverser pour tenter d'y survivre. Face Ă  tant d'humiliations et de violence quotidiennes, difficile de garder son sang froid et rester de marbre par ces multiples bravades de haine. Le choix est simple: soit on subit devant l'affront de la provocation, soit on se rĂ©volte dans la plus brutale des ripostes ! Et Ă  ce jeu lĂ , Butch, adolescent passionnĂ© par les jeux du cirque, est une bombe Ă  retardement prĂŞt Ă  imploser Ă  tout moment dans sa rĂ©volte intrinsèque. Un jeune garçon dĂ©soeuvrĂ©, discret et loyal mais laminĂ© par l'injustice et la dictature. Sa nouvelle condamnation Ă  Enola Vale en est le microcosme carcĂ©ral Ă©rigĂ© sous le principe de l'autoritĂ© punitive et du totalitarisme. A travers une narration particulièrement Ă©prouvante pour l'intensitĂ© des règlements de compte et la dĂ©liquescence morale de l'anti-hĂ©ros, Kim Shapiron emploie la radicalitĂ©, la violence rugueuse sans espoir de rĂ©demption et ce jusqu'Ă  l'ultime point d'orgue au paroxysme du chaos. Il dĂ©nonce avec luciditĂ© et un rĂ©alisme documentaire l'impuissance d'une hiĂ©rarchie incapable de rĂ©habiliter des adolescents livrĂ©s Ă  la loi du plus fort dans un milieu hostile particulièrement insidieux.

Niveau distribution novice, ils portent le film sur leurs Ă©paules avec une affliction humaine glaçante !!! Ils ne jouent pas leur rĂ´le, ils le vivent, Ă  l'instar du jeune hĂ©ros Alexei Kravtchenko de l'inoubliable Requiem pour un massacre de Elem Klimov (Un rĂ´le si difficile et traumatisant qu'après le tournage, il sombra dans une grave dĂ©pression !). Ces ados vĂ©hiculant aux spectateurs avec souci de vĂ©ritĂ© leur dĂ©tresse, leur dĂ©sengagement face Ă  une sociĂ©tĂ© intolĂ©rante oĂą l'amour et l'empathie en sont totalement bannis ! Dans la peau de Butch, Adam Butcher est LA rĂ©vĂ©lation ! Il insuffle un jeu instinctif d'Ă©motion primitive ! Il livre avec une stoĂŻcitĂ© viscĂ©rale ses pulsions vindicatives de haine face Ă  la riposte de la violence lors d'un Ă©lan de survie. Son regard meurtri et impassible, bafouĂ© par l'iniquitĂ©, hante la mĂ©moire du spectateur par tant de rĂ©primandes infondĂ©es. Sans connaĂ®tre son lourd passĂ© et les raisons punitives pour lesquelles il fut internĂ©, nous sommes bien conscients que ce jeune rebelle avait sans doute Ă©tĂ© dĂ©favorisĂ© par une dĂ©mission parentale, voire peut-ĂŞtre Ă©galement des actes de maltraitance laissĂ©es en cicatrice.

Demain les mĂ´mes
Dans une ambiance immersive de dĂ©suĂ©tude et d'hostilitĂ©, Dog Pound est un uppercut qui met KO après le gĂ©nĂ©rique ! Une descente aux enfers abrupte par l'Ă©motion qu'elle nous distille avec la volontĂ© de nous immerger dans la dĂ©chĂ©ance humaine de dĂ©tenus indomptables. La mise en scène avisĂ©e, autopsiant ces conflits d'autoritĂ© avec luciditĂ© et refus de pathos ou de complaisance. Dès lors, il est impossible de sortir indemne d'un tel fardeau retranscrit avec autant de colère et de rancoeur par des acteurs criants de dignitĂ© !

NOTE: 2010 : Meilleur Nouveau Réalisateur (Best New Narrative Filmaker) au Festival de Tribeca (fondé par Robert De Niro) pour Dog Pound.

Dédicace à Philippe Nahon
01.09.10

Bliss / Whip It !

de Drew Barrymore. 2009. U.S.A. 1h51. Avec Ellen Page, Zoe Bell, Drew Barrymore, Sarah Habel, Alia Shawkat, Marcia Gay Harden, Eulala Scheel, Nina Kircher, Daniel Stern, Mark Boyd, Doug Minckiewicz...

Rollerball Féministe.

Pour une première rĂ©alisation, Drew Barrymore s’en sort plutĂ´t bien dans cette Ă©vocation d’une adolescente taciturne dĂ©couvrant sa foi intĂ©rieure Ă  travers le sport de combat. Entre comĂ©die de mĹ“urs et action ludique, Bliss trace le portrait attachant d’une jeune fille dĂ©terminĂ©e Ă  se forger une personnalitĂ©. C’est au contact de cette discipline extrĂŞme, rĂ©servĂ©e aux femmes, qu’elle va se rĂ©vĂ©ler et apprendre Ă  s’Ă©quilibrer dans le tumulte de l’adolescence. En affrontant des adversaires plus âgĂ©es, notre hĂ©roĂŻne s’affirme peu Ă  peu, gagne en assurance et en libertĂ©. Par le dĂ©sir de prouver qu’elle n’est plus la petite fille docile, Bliss entraĂ®ne son Ă©quipe jusqu’au bord d’une victoire symbolique, au seuil d’un final fatidique. C’est aussi en affrontant les tensions familiales qu’elle trouvera sa voie, qu’elle osera suivre ses dĂ©sirs et tracer son propre chemin vers le sens de l’existence.

Girl power !

Ellen Page incarne une Bliss bouleversante de naturel et de sobriété : son air discret, sa fragilité fébrile, son charme adolescent et son tempérament de battante la rendent instantanément attachante. Elle dégage une tendresse singulière, surtout dans sa brève idylle avec un garçon ambigu.
Face Ă  elle, Juliette Lewis impose une prĂ©sence fĂ©roce - arrogante, nerveuse, rongĂ©e par la peur de vieillir et la nostalgie d’un temps perdu Ă  chercher qui elle est. MalgrĂ© un visage un peu marquĂ©, sans doute par quelques excès, elle reste fascinante dans sa sensualitĂ© musclĂ©e et son regard de louve.
Quant Ă  Drew Barrymore, rayonnante et dĂ©bridĂ©e, elle campe une fille du bitume pleine de fougue et de panache. Explosive, gĂ©nĂ©reuse, jamais rĂ©signĂ©e, elle illumine chacune de ses apparitions d’une Ă©nergie communicative.

Jusqu'au bout du rĂŞve.

Le final, vibrant et musclĂ©, offre une belle leçon d’Ă©motion et de sagesse, refusant le happy end convenu oĂą tout serait jouĂ© d’avance. Barrymore Ă©vite habilement les pièges d’une narration trop formatĂ©e, malgrĂ© quelques clichĂ©s inĂ©vitables - l’amourette tragique, les parents autoritaires, les copines fâchĂ©es qui se rĂ©concilient toujours. Mais la mise en scène nerveuse et la grâce d’Ellen Page emportent tout. Bliss reste une comĂ©die sans prĂ©tention, rythmĂ©e par une BO rock effrĂ©nĂ©e, empreinte de tendresse et plus intelligente que la moyenne des teen movies.
Drew Barrymore nous rappelle qu’il faut Ă©couter son cĹ“ur, suivre sa route sans se laisser enfermer par les prĂ©jugĂ©s. Que le droit Ă  la diffĂ©rence est plus qu’un idĂ©al : une force vitale, une valeur essentielle pour vivre ensemble.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

02.09.10.

Venganza (SĂłlo Quiero Caminar / je veux seulement marcher)


de AgustĂ­n DĂ­az Yanes. 2008. Espagne. 1H50. Avec Diego Luna, Elena Anaya, Ariadna Gil, Carlos Bardem, Victoria Abril

BIO: AgustĂ­n DĂ­az Yanes est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste espagnol, nĂ© en 1950 Ă  Madrid (Espagne). Il avait fait forte impression en 1995 avec son premier film : Personne ne parlera de nous quand nous serons mortesVenganza est son 4è long-mĂ©trage.

Synopsis:
Ă€ la suite d’un hold-up ratĂ© contre des truands, un groupe de quatre jeunes femmes dĂ©cide de retenter un coup faramineux avec une bande de mafiosos mexicains rĂ©unis en Espagne. L’une d’elles, une jeune prostituĂ©e, a involontairement sĂ©duit le leader des gangsters. Les trois autres, habitĂ©es par la vengeance, vont tenter de les berner pour leur soutirer une Ă©norme somme d’argent.


Les Anges de la Vengeance.
L’avantage d’AgustĂ­n DĂ­az Yanes est de traiter Ă  sa manière personnelle une sombre histoire de vengeance, oĂą les hĂ©ros sont des femmes dĂ©terminĂ©es Ă  faire payer des machistes qui ont envoyĂ© l’une des leurs Ă  l’hĂ´pital dans un Ă©tat comateux.

Mais attention : la structure narrative en dĂ©concertera plus d’un. La trame est complexe, enchevĂŞtrĂ©e, dĂ©sorganisĂ©e, et demande une concentration soutenue pour apprĂ©cier pleinement ce polar violent, qui ne va jamais lĂ  oĂą on l’attend.

La grande force du film rĂ©side dans sa singularitĂ©. Yanes raconte une histoire criminelle menĂ©e par des femmes fragiles mais habiles, rĂ©solues Ă  remporter la mise. Les sĂ©quences de braquage Ă  haut risque sont adroitement dirigĂ©es, loin de l’acadĂ©misme facile. Les situations de danger sont imprĂ©visibles, et les comportements de chaque protagoniste retranscrits avec une vĂ©ritĂ© surprenante, accentuant le rĂ©alisme et la crĂ©dibilitĂ© de chaque Ă©pisode. On ne devine jamais comment telle situation va aboutir, ni comment les personnages vont rĂ©agir. Le danger, par ce biais, devient tangible, et l’Ă©volution dramatique, captivante.


DrĂ´les de dames.
Nos “drĂ´les de dames”, naturelles et charismatiques, sont incarnĂ©es par de jeunes actrices convaincues, rationnelles et divinement belles dans un physique anti-bimbo. Chacune possède une personnalitĂ© distincte, forgĂ©e par des blessures intimes.

Aurora, l’une des deux sĹ“urs, doit purger quatre annĂ©es de prison Ă  la suite du premier hold-up. Anna, la jeune prostituĂ©e, se retrouve entre la vie et la mort après avoir Ă©tĂ© Ă©jectĂ©e d’une voiture par son mari, chef du gang mexicain. Ces portraits, d’une humanitĂ© vive et tranchante, sont magnifiquement incarnĂ©s. Victoria Abril, en particulier, compose un personnage bouleversant : mère qui s’occupe de son fils entre deux braquages Ă  haut risque. Une scène tragique atteint ici une intensitĂ© Ă©motionnelle remarquable, oĂą maladresse et drame flirtent avec le sublime.

La relation entre Aurora et “Baby Face”, interprĂ©tĂ© par Diego Luna, offre une compassion dĂ©senchantĂ©e inattendue. Leur affectation, avouĂ©e au dernier instant, conclut le rĂ©cit sur une rĂ©miniscence de respect et de tendresse subtile.


Un film d'auteur. 
Malgré une narration alambiquée et difficile à suivre durant la première heure, Venganza est un polar espagnol déroutant, pleinement personnalisé par une réalisation inventive et maîtrisée. La photographie, soignée et précise, met en valeur les décors urbains et les intérieurs contemporains dans lesquels évoluent les personnages. Le film est violent, beau, personnel et inattendu, et il impose sa singularité avec une autorité tranquille et poétique.


— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤



03.09.10

Repo Men / Repossession Mambo

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Miguel Sapochnik. 2010. U.S.A. 2h00. Avec Jude Law, Forest Whitaker, Alice Braga, Liev Schreiber, Carice van Houten, Chandler Canterbury, Joe Pingue, Liza Lapira, Tiffany Espensen, Yvette Nicole Brown...

BIO: Il s'agit du premier long-mĂ©trage de Miguel Sapochnik, adaptĂ© du roman d’Eric Garcia  intitulĂ©  The Repossession Mambo.

L'argument: Dans un futur indéterminé, une société appelée "l'union" a réussi à fabriquer des organes artificiels pour prolonger la vie de nos concitoyens. Le problème est que leur coût est très élevé sitôt la transplantation réalisée. C'est à ce moment là qu'interviennent les Repo Men, des hommes chargés de récupérer les organes non débités et ainsi tuer sans conscience morale leur clientèle endettée.

Les Rescapés du Futur.
Attention film OVNI rĂ©alisĂ© par le jeune premier Miguel SapochnikRepo Men n'est point le remake du film culte des annĂ©es 80 avec Emilio Estevez mais un film de science-fiction pessimiste Ă  l'instar des distopies Brazil, Blade Runner, THX 1138, Silent Running ou encore Starship Troopers. De par sa narration aussi hallucinĂ©e que dĂ©bridĂ©e on ne pouvait qu'enfanter un mĂ©trage bariolĂ©, hybride, dĂ©routant, indicible tant il tĂ©lescope Ă  rythme intermittent divers ingrĂ©dients inhabituellement agencĂ©s. Un alliage dĂ©tonnant donc d'humour noir, d'action, de gore, d'ultra violence, de mauvais goĂ»t, de poĂ©sie macabre, de science-fiction, de romance et de film noir. Le tout irriguĂ© d'une ambiance singulière ambivalente jouant avec l'opacitĂ© d'un univers sombre dĂ©shumanisĂ© au rythme irrĂ©gulier d'une intrigue dĂ©routante jalonnĂ©e de sĂ©quences d'action extrĂŞmement violentes ou sanguines, qui plus est magnifiquement chorĂ©graphiĂ©es.

Ainsi donc, après une première partie oĂą l'on suit le travail routinier de notre duo dĂ©nuĂ© d'humanitĂ© ou d'un soupçon de compassion envers le citoyen endettĂ©, la seconde partie rappelera Ă  l'ordre l'un de nos deux protagonistes qui, Ă  la suite d'une arrestation ayant mal tourner, perdra connaissance faute d'un arrĂŞt cardiaque. Parmi cette impression dĂ©routante d'assister Ă  un mĂ©trage atypique, les interprètes du film ne sont pas en reste afin d'y former un trio anti caricatural. Jude Law demeurant Ă©tonnant dans son personnage en demi-teinte soudainement Ă©pris d'une conscience Ă©motionnelle envers sa labeur quotidienne consistant Ă  Ă©radiquer les mauvais payeurs d'organes. La seconde partie narrative le rendra d'ailleurs davantage empathique, pour ne pas dire amoureux envers sa charmante partenaire mĂ©diterannĂ©enne. L'actrice Alice braga se laissant sobrement charmer et attendrir auprès de la renaissance de RĂ©my dans sa fonction d'androĂŻde rebelle et solitaire, tourmentĂ©e, apeurĂ©e de survivre au sein d'une sociĂ©tĂ© de consommation condescendante. L'Ă©quipier de RĂ©mi est interprĂ©tĂ© par Forrest Whitaker en protagoniste fourbe, intransigeant, mais aussi ignorant jusqu'Ă  ce qu'il suscite en fin de parcours un revirement fortuit.
  
Et donc, Ă  travers ses tĂŞtes d'affiche peu recommandables on est particulièrement Ă©tonnĂ© par la radicalitĂ© de la mise en scène Ă  aligner des scènes de violence rigoureusement brutales, impeccablement maitrisĂ©es sous l'impulsion d'une partition multi-factorielle alternant rock indĂ©pendant et mĂ©lodie lascive. 


Une production cathartique pour l'empire d'Hollywood.
SĂ©rie B subversive, abstraite, jamais ennuyeuse, assez prenante et agressive entre deux scènes intimistes dĂ©senchantĂ©es, repo Men ne peut laisser indiffĂ©rent. Son climat insolite sans concession le rendra d'autant plus intĂ©ressant Ă  suivre Ă  travers son regard pessimiste allouĂ© Ă  notre sociĂ©tĂ© de consommation perfide. Une Ă©tonnante dĂ©couverte donc sortie dans l'indiffĂ©rence de par son attrait clinique, austère, brutal n'ayant pas froid aux yeux.

06.09.10

LE DERNIER TRAIN DU KATANGA (The Mercenaries / Dark of the Sun)

             

de Jack Cardiff. 1968. Angleterre; U.S.A. 1H40. Avec Avec Rod Taylor, Yvette Mimieux, Peter Carsten, Jim Brown, Kenneth More.

BIO: Jack Cardiff  (18.09.14 / 22.04.09) est un directeur de la photographie et rĂ©alisateur britannique. Il possède Ă  son actif 9 films rĂ©alisĂ©s entre 1953 et 1974 dont Les Drakkars (1963), Le Liquidateur (1965) et surtout pour les amateurs d'horreur, son dernier film sorti en 1974, The Freakmaker. Plus connu en France sous le titre de The Mutations, il n'eut mĂŞme pas l'honneur de sortir en salles chez nous. C'est en vhs dans les annĂ©es 80 que les amateurs auront l'opportunitĂ© de le connaitre.

Le Dernier Train du Katanga, basé sur une partie de faits réels (la décolonisation du Congo belge), est l'adaptation d'un best-seller de Wilbur Smith.

L'ARGUMENT: En 1960, en Afrique, dans un Congo en guerre, le Capitaine Curry est chargĂ© avec son Ă©quipe de mercenaires de rapatrier en train des colons occidentaux menacĂ©s Ă  une mort certaine dans la rĂ©gion du Katanga. De plus, il doivent Ă©galement rĂ©cupĂ©rer des diamands d'une valeur de 50 millions de dollars dans un coffre blindĂ© d'une compagnie minière.

HEROS OU SALOPARDS.
PassĂ© discrètement sous silence depuis des dĂ©cennies, Le Dernier Train du Katanga ne bĂ©nĂ©ficia jamais des honneurs qu'il mĂ©ritait ! Peut-ĂŞtre Ă  cause d'une affiche explicite incitant Ă  un combat sans merci Ă  la tronçonneuse et du fait de sa violence rĂŞche et brutale peu coutumière dans le genre ludique alors que le film ne vire jamais dans le racolage ou l'outrance gratuite. La violence sera avant tout ici un moteur pour mieux dĂ©noncer toute son abominable horreur, son poison vĂ©nĂ©neux qui s'injecte sans avertir chez nos soldats en cas de guerre des combats.

                    

La première partie du film nous entraine de plein pied dans le fameux train de tous les dangers pour sa destination du Katanga après nous avoir présenté les différents personnages (un docteur alcoolo, un ancien nazi et un sergent congolais) qui auront pour mission de sauver une poignée d'innocents avec une cargaison de diamants à la clef !
Dès le dĂ©but de leur trajet nos mercenaires vont ĂŞtre tiraillĂ©s par un avion hostile qui ne leur laissera pas un instant de rĂ©pit. SĂ©quence d'action spectaculaire, efficace, adroitement dirigĂ©e.
Après un affront inopiné à la tronçonneuse entre notre capitaine Curry et cet ex-officier SS, la suite nous amène dans la fameuse région du Katanga et c'est là que le clou de l'action va intervenir à grand renforts de gunfights et d'explosions en tous genres.
Car le hic qui va chambouler toute l'opĂ©ration c'est que le coffre fort possède une minuterie et qu'il va falloir attendre 3 heures de plus pour pouvoir s'approprier les diamants. En effet, le banquier n'avait pas prĂ©vu que nos mercenaires seraient arrivĂ©s si prĂ©cipitamment.
Et la pire des situations de se produire dans un dĂ©chainement de violence commise entre les rebelles "Simbas" et nos mercenaires chevronnĂ©s.
Un combat sans merci va alors s'engager pour la survie des colons occidentaux pris en otage contre leur gré où rien ne se déroulera comme prévu.

                                           

En dosant habilement suspense, confrontation de nos personnages marginaux et action haletante, intense et brutale, Le Dernier Train du Katanga est une formidable machine de guerre qui ne relâche pas d'un yota l'intérêt du spectateur pris dans une aventure violente et barbare mise en cause par la sauvagerie d'africains impitoyables dans leur manière de combattre avec leur plus primitive bestialité.
La trame passionnante est loin d'ĂŞtre un film de guerre pĂ©taradant dans le seul but ludique de distraire son spectateur Ă  grand coup de scènes explosives anthologiques. Cette narration intelligente reste Ă  hauteur d'homme contrebalancĂ©e dans les conflits psychologiques oĂą ces fameux mercenaires ne sont pas aussi dignes d'Ă©loges. Et plus la trame va s'amonceler, plus l'ambiance deviendra davantage poisseuse, aigrie, dĂ©senchantĂ©e dans la rĂ©sultante d'une immoralitĂ© impertinente.

                    

Le capitaine Curry formidablement taillĂ© sur mesure pour Rod Taylor est le personnage le plus fascinant et intĂ©ressant Ă  examiner dans sa ligne de conduite imparable, son expĂ©rience indĂ©trĂ´nable dans les situations de danger Ă  haut risque et sa froide rigiditĂ© Ă  combattre tĂŞte baissĂ©e dans les lignes ennemies imposĂ©es. La force du scĂ©nario et de l'Ă©volution de son personnage sera qu'il devra payer un lourd tribut en fin de parcours dĂ©sespĂ©rĂ©. Un ĂŞtre anĂ©anti, dissous, habitĂ© par la haine et la guise de revanche.
Son équipier c'est le Sergent Ruffo interprété par l'acteur black Jim Brown, le personnage le plus humble et loyal dans sa conscience équitable, son sens des valeurs et son humanité retranscrite avec tact et tempérence.
Quand au salopard de l'histoire, l'immonde Capitaine Henlein joué par le génial Peter Carsten est totalement abjecte en nazi sadique sans scrupule, uniquement appâté par le gain et capable de commettre les pires crimes envers ses successeurs ou ces 2 enfants du clan des Simbas venus espionner nos mercenaires. C'est lui qui affrontera à la tronçonneuse le capitaine Curry dans un combat singulier jamais vu dans un film de guerre (surtout pour l'époque !), d'autant plus que la séquence se révèle assez réaliste et intense dans les acharnements de survie. On évitera de spoiler les autres exactions dramatiques commises en sa défaveur tout en évitant aussi de dénoncer son potentiel destin.
Pour adoucir les moeurs, il y a aussi la charmante Claire campĂ©e par Yvette Mimieux, personnage fĂ©minin docile et fragile, retrouvĂ©e par notre troupe hĂ©roĂŻque en inadvertance dans un Ă©tat de choc semi conscient, en tout dĂ©but de mĂ©trage. Elle compose avec frivolitĂ© une femme modeste, retenue, Ă©prise de douceur dans son regard nonchalent par toutes les horreurs dont elle sera portĂ©e en tĂ©moignage.

                    

Le final anxiogène, acerbe et profondément tragique impose un lourd regard condamné sur l'homme devenu animal dans sa fatale intériorité, résultat lamenté d'une violence aveugle auquel aucun de nos protagonistes ne sortira vainqueur.

LEGITIME VIOLENCE.
Le Dernier Train du Katanga est un vrai classique du film de guerre totalement oublié, n'ayant jamais eu la prospérité d'être réévaluer pour ce qu'il est véritablement ! Un sombre témoignage lucide et dur, un triste constat sur l'inutilité de la guerre et cette violence instinctive enfouie en chacun de nous, capable de nous gangréner jusqu'à y perdre l'âme. A moins de trouver une rédemption permissive dans un tribunal arbitraire. La superbe partition musicale de Jacques Loussier, aux accents proches d'une mélodie atypique d'Ennio Morricone ajoute une aura supplémentaire à l'ambiance rêche qui s'évapore du film.

06.09.10

IRON MAN 2

                                 

de Jon Favreau. 2010. U.S.A. 2H05. Avec : Don Cheadle, Robert Downey Jr, Scarlett Johansson, Gwyneth Paltrow, Sam Rockwell, Mickey Rourke.

BIO: Jon Favreau (surnommé Favs) est un acteur, producteur, réalisateur et scénariste américain, né le 19/10/66 à New-York.
Après avoir réalisé Zathura : une aventure spatiale en 2005, c'est à lui que l'on doit le premier volet d'Iron Man qui avait surpris son monde avec ce nouveau super-héros flambant neuf retransmis sur pellicule qui devait tant à la géniale interprétation de Robert Downey Junior.
Iron Man 2 est son cinquième long-métrage.

L'ARGUMENT: Après avoir divulgué au monde entier qu'Iron Man et Tony Stark ne font qu'un, son gouvernement américain qui rêve de concevoir une nouvelle armée du futur souhaite un compromis avec notre héros pour lui soumettre de dévoiler les secrets de fabrication de son armure atypique. Mais Tony Stark refuse, craignant que sa nouvelle technologie ne tombe entre de mauvaises mains.
Alors qu'à l'horizon, un nouveau partenaire épris de vengeance est fermement décidé à annihiler Iron Man.

                   

BAUME AU COEUR.
Dire que l'on attendait cette suite allĂ©chante (aidĂ©e d'une bande annonce prometteuse) avec une rĂ©elle impatience et curiositĂ© est un doux euphĂ©misme tant le premier volet avait su nous surprendre. Avec cette sincère volontĂ©, cette part de rĂŞve de dĂ©livrer un excellent spectacle haut en couleurs dĂ©gageant un souffle d'Ă©vasion et d'Ă©motion plutĂ´t surprenant et trop rare dans le genre MarvelisĂ© ciblĂ© ados, si souvent orthodoxe, balisĂ© et puĂ©ril (catwoman, les 4 fantastiques, daredevil, transformers, Elektra, Superman return, Punisher, Ghost Rider, Wolverine, etc...)
Le spectacle intense et Ă©nergique Ă©tait aussi rehaussĂ© par l'interprĂ©tation innĂ©e de Robert Downey Junior pour incarner ce nouveau super-hĂ©ros charismatique Ă  la carrosserie de rouge classieux. Un homme surhumain en demi-teinte, mi polissĂ© pour sa droiture envers sa sociĂ©tĂ©, inventeur de gĂ©nie, vendeur d'armes, playboy milliardaire et mi cynique dans son sarcasme après l'enfilement de sa combinaison, eu Ă©gard de son gouvernement imbus de pouvoir, prĂŞt Ă  lui accorder n'importe quelle faveur.

                   

Dès le dĂ©but en fanfare pour une cĂ©lĂ©bration attendue, on entre avec un bonheur retrouvĂ© dans l'univers de Tony Stark et la sĂ©quence suivante du circuit automobile qui va intervenir furtivement nous exprimera une patine d'enfer devant le spectacle accordĂ© Ă  grand renfort de lassos Ă©lectriques fouettĂ©s sur des automobiles sectionnĂ©es en deux ou explosĂ©es en plein vol. Pour exacerber cette sĂ©quence d'action impressionnante, il fallait bien un mĂ©chant prodigue de la trempe de Mickey Rourke pour la contenir et ainsi crĂ©er une probabilitĂ© de rĂ©alisme dans les sĂ©quences chocs dĂ©livrĂ©es, aidĂ©es par des FX en CGI bluffants.

La suite va tranquillement s'atténuer dans l'action survoltée après l'évasion du méchant de service pour nous faire partager les états de conscience de Tony Stark. Un super-héros toujours aussi humanisé, épris d'une belle épaisseur psychologique dans ses états d'âmes torturés à cause d'un souci de santé qui pourrait lui causer sa perte ainsi que l'avenir du monde en tant que sauveur de l'humanité. Penchant pour l'alcool, auto-destruction, sarcasme de son amour propre et fuite éperdue de son personnage héroïque vers une parodie de pacotille enlacé de donzelles fantasmées et éméchées.
C'est cette grosse partie psychologique, cette longue transition qui aurait un peu trop tendance Ă  sombrer dans l'oubli du spectacle explosif auquel on s'Ă©tait donnĂ© en droit d'attendre après la renommĂ©e et la grosse bouffĂ©e d'air frais du premier volet dans l'univers du super hĂ©ros infaillible, seul contre tous.

C'est sans compter sur un duo hermétique interprété par Samuel L. Jackson et Scarlett Johansson qui viendront remettre dans le droit chemin notre héros tourmenté, s'apitoyant sur une lâcheté défaitiste . A moins que le souvenir de son père ambitieux lui permettra de se resituer dans une moralité spéculative.

D'autant plus qu'Ivan Vanko, le russe épaulé par un traitre du gouvernement est entrain de planifier, confectionner avec ses partenaires corrompus une imposante armée de robots ultra perfectionnés.
C'est dans cette dernière demi-heure retrouvée que nous aurons droit à notre quota de séquences vertigineuses, impeccablement réalisées dans un festival pyrotechnique sons et lumières à couper le souffle. Même si la confrontation entre Mickey Rourke et Robert Junior aurait gagné à être un peu plus étoffée dans leur ambition personnelle et leur caractère commun.

                   

On retrouve en tous cas avec bonheur Ă©gal un Robert Downey Junior toujours aussi attachant, bondissant, fantasque et plein d'humour dans son personnage hĂ©roĂŻque rendu aujourd'hui plus fĂ©brile dans son rĂ´le du sauveur solitaire mis en cause par une faille technologique essentielle situĂ©e au coeur derrière l'armure d'acier.
Le grand méchant loup, Ivan Vanko campé par le génial Mickey Rourke est parfaitement à l'aise dans le rôle d'un russe affirmé par sa gueule cassée et d'une bouille gonflée par l'alcool, envenimé par la vengeance à cause du décès de son père auquel il portera l'entière responsabilité à son partenaire idôlatré Iron Man. Dommage que sa prestance ne soit pas assez régulière et imposante dans ses ambitions dantesques et sa détermination à enrayer le bienfaiteur des humbles.

Samuel L. Jackson dans un court rôle de borgne vêtu de noir n'avait pas vraiment lieu d'être et se révèle plutôt terne et transparent. Tandis que son équipière de charme imposée par la séduisante Scarlett Johansson ajoute un charme certain à l'entreprise de choc dirigée par la nouvelle présidente en revue, la toute aussi charmante et doucereuse Gwyneth Paltrow, discrètement élégante.

Surtout que les talents acrobatiques de combats au corps à corps de la nouvelle veuve noire sexy se révèlent particulièrement agiles dans l'art d'appréhender l'ennemi.

                   



MI-FIGUE MI-RAISIN.

Iron Man 2 n'est pas la suite explosive annoncée et se révèle loin d'égaler le premier volet à cause d'un scénario pas assez fourni, manquant de vigueur, un peu longuet en milieu de métrage et se révélant en fin de compte sans surprise malgré une mise en scène soigneusement structurée et ses fx renversants.
De plus, certains personnages éloquents manquent de consistance comme Samuel L. Jackson ou surtout Mickey Rourke pourtant excellent mais pas assez exploité ni schématisé dans la psychologie de son personnage créé.
Paradoxalement, on ne ressort pas non plus de la projection pleinement déçu grâce à ces quelques séquences d'actions formidablement dirigées, l'interprétation toujours aussi jouissive de Robert Downey Junior et l'efficacité certaine d'un récit bien mené quoiqu'assez académique et même si l'effet de surprise ne joue plus. Un bon spectacle ludique malgré cette ambivalence, cette demi-mesure d'avoir été tout aussi déçu.
En attendant le 3è volet toujours réalisé par Jon Favreau...

08.09.10

Devil Blade (Passa di danza su una lama di rasoio / Chassés croisés sur une lame de rasoir)

                             (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).

de Maurizio Pradeaux. 1972. Italie. 1h30. Avec Nieves Navarro, Robert Hoffmann, George Martin, Anuska Borova, Simon Andreu, Sal Borgese, Luciano Rossi, Serafino Profumo...

BIO: Le cinĂ©aste italien Maurizio Pradeaux nĂ© le 16 avril 1931 aurait rĂ©alisĂ© 8 longs-mĂ©trages durant sa carrière mĂ©connue en France. Ramon le Mexicain (1966), Un casse pour des clous (Venti otto minuti per tre milioni di dollari.1967), Les lĂ©opards de Churchill  (1970), Devil Blade (Passa di danza su una lama di rasoio.1972), I figli di Zanna Bianca (1974), Passi di Morte Perduti nel Buio (1976),  Death Steps in the Dark (1977) et enfin pour terminer Thrilling Love (1989). Son mĂ©trage le plus cĂ©lèbre serait le film de guerre, Les lĂ©opards de Churchill avec Klauss Kinski. Dans le domaine du Giallo, après son premier essai Devil Blade, il rĂ©cidivera 5 ans plus tard avec Death Steps in the dark (1977).

La chair sensuelle du rasoir sur la gorge
Giallo méconnu et plutôt rare, Chassés croisés sur une lame de rasoir (quel magnifique titre initial !), plus connu chez nous sous le nom américain de Devil Blade, est un thriller transalpin mineur, maladroit, mais ô combien attachant, mené sur un rythme alerte.

Synopsis: Un mystĂ©rieux tueur boiteux, se dĂ©plaçant avec une canne, s’en prend Ă  de jolies danseuses ou Ă  d’encombrants tĂ©moins, les Ă©gorgeant de façon sadique avec un rasoir. Tandis que l’enquĂŞte policière piĂ©tine et tourne en rond, notre couple hĂ©roĂŻque, bien propre sur lui, dĂ©cide de prendre les choses en main pour tenter de dĂ©masquer le tueur gantĂ©, vĂŞtu de noir, coiffĂ© d’un chapeau sinistre.
 
Seul(e) dans la nuit
La narration rudimentaire ne risque pas de vous donner le tournis, mais l’enquĂŞte reste suffisamment rythmĂ©e pour ne jamais lasser. Surtout que les nombreux meurtres sanglants - tranchages de gorge en gros plan - sauront satisfaire l’amateur pervers de frissons juteux. C’est avant tout par l’esthĂ©tique soignĂ©e de ces mises Ă  mort et l’ambiance oppressante savamment distillĂ©e que Devil Blade tire son Ă©pingle du jeu.

En moyenne, un meurtre toutes les quinze minutes ! Le vendeur de châtaignes, rĂ©fugiĂ© seul chez lui dans une masure dĂ©labrĂ©e ; la vieille dame sournoise, dĂ©sinvolte, abandonnĂ©e dans l’obscuritĂ© de son foyer, hors d’une maigre lumière de bougie (ambiance lugubre garantie !) ; et bien sĂ»r, nos jeunes filles charmantes, souvent dĂ©nudĂ©es, livrĂ©es sans dĂ©fense aux exactions sauvages de notre tueur diabolique.

Nues pour l’assassin
HĂ©las, la mise en scène, entravĂ©e par un scĂ©nario linĂ©aire et routinier, offre peu de surprises, malgrĂ© une rĂ©vĂ©lation finale plutĂ´t bien pensĂ©e sur l’identitĂ© du meurtrier. Les comĂ©diens restent attachants - les femmes sont toutes plus belles et sensuelles les unes que les autres - mais peinent Ă  convaincre dans l’enchaĂ®nement des Ă©vĂ©nements. La faute surtout Ă  une rĂ©alisation peu assurĂ©e et Ă  une direction d’acteurs dĂ©faillante, malgrĂ© un rĂ©el savoir-faire dans les scènes de meurtre et une ambiance angoissante bien restituĂ©e.

Les sĂ©quences Ă©rotiques softs, gratuites, tĂ©moignent de la vacuitĂ© d’une intrigue qui tente de compenser la maigreur de son script entre deux meurtres joliment orchestrĂ©s Ă  l’italienne.

Le final, haletant - entre une poursuite en voiture sous la pluie et une traque nocturne dans un abri de jardin - est plutĂ´t bien menĂ©, palpitant, presque captivant. L’angoisse et la terreur vĂ©cues par les victimes y sont parfaitement retranscrites, sans sombrer dans le ridicule.

Giallo bis
Devil Blade est un giallo mineur, sans grande surprise, mais le suspense, aussi tĂ©nu soit-il, reste suffisamment entretenu, et l’audace des meurtres, enracinĂ©s dans une ambiance angoissante, demeure la vraie force de ce film sympathique, ludique, qui ne prĂŞte jamais Ă  l’ennui. Ă€ cela s’ajoute une partition musicale mĂ©lodieuse au piano - qu’on croirait Ă©chappĂ©e d’un Bava gothique - et qui confère au film un charme nonchalant et indĂ©niable.
Une curiositĂ© sans prĂ©tention, qui mĂ©rite le dĂ©tour pour les aficionados de thrillers transalpins d’une Ă©poque rĂ©volue (hors du sursaut exceptionnel rĂ©cemment offert par deux Belges inconnus avec l’expĂ©rimental AMER).

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir


DEDICACE A CHRISTOPHE DE LA GORGONE !
10.09.10

samedi 5 mars 2011

BURNING BRIGHT

                        

de Carlos Brooks. 2010. U.S.A. 1H25. Avec Briana Evigan, Garrett Dillahunt, Charlie Tahan et Meat Loaf .

BIO: Burning Bright est le second film d'un réalisateur et scénariste américain qui avait deux ans auparavant mis en scène un thriller nommé Quid Pro Quo.

ZĂ© CRU VOIR UN GROSMINET !
D'une trame niaise aussi risible, digne d'une série Z de comptoir, Carlos Brooks a réussi avec une certaine intelligence à contenir une série B adroite, efficace et bien troussée, renforcée par le tempérament de son actrice principale: Briana Evigan.
  
                   

Un homme peu scrupuleux décide d'acheter à bon compte un tigre de cirque pour l'excursion de son prochain safari.
Tandis que sa belle-fille en deuil qui vient de perdre sa mère aura la lourde tache d'élever seule son jeune frère autiste.
Durant une nuit agitée au climat pluvieux, Kelly et Tom vont s'apercevoir qu'un intrus vient d'entrer dans la maison !
Un tigre enragé à qui on a volontairement omis de nourrir durant deux semaines !

Après une scène d'intro accrocheuse qui annonce la couleur de la dangerosité, à savoir le tempérament hostile du prédateur carnivore en question, nous allons faire la connaissance furtive de nos deux jeunes interprètes principaux sans s'attarder sur leur quotidien habituel. Une jeune fille et un garçon qui vont devoir quelques instants plus tard user de leur compétence physique et intellectuelle durant une nuit de frayeur au prix de leur survie.
Dès lors le huis-clos installé, la tension et le suspense nerveusement compromis n'auront pas le temps de s'atténuer en offrant à nos protagonistes une multitude de possibilités assez bien amenées pour tenter d'échapper au monstre carnivore.
Les tentatives d'essayer de sortir de la maison seront nombreuses car toutes les portes barricadées ont été condamnées sans en connaitre la véritable raison et cela jusqu'au moment opportun.
Heureusement, un téléphone portable et un revolver chargé viendront en aide à nos deux victimes mais pour un court laps de temps car des idées scénaristiques viendront sérieusement remettre en jeu ces deux éléments essentiels pour s'en sortir vivant.
  
                    

Dans un climat d'angoisse et d'inconfort, une multitude de scènes haletantes et spectaculaires vont intervenir à un rythme régulier, dans un souci de rendre le plus crédible possible une histoire improbable frisant le ridicule.
A contrario des séries B et autres DTV futilement torchées avec une pelletée de clichés et d'instruments balisés, Burning Bright sort la tête de l'eau pour nous livrer un petit moment attrayant, palpitant, spectaculaire, renforcé par la conviction de nos deux interprètes principaux dont le jeune frère souffrant d'autisme. Une bonne idée de scénario qui va rigoureusement alourdir les difficultés psychologiques rencontrées avec sa soeur qui ira jusqu'à imaginer la mort de son frère qu'elle étouffera elle même dans un cauchemar perturbant.

L'OEIL DU TIGRE.
C'est Briana Evigan (Sorority row) qui campe une séduisante jeune fille parfaitement crédible et réfléchie dans ces potentielles tentatives de se mesurer contre l'animal, ses défis adressés contre lui comme ouvrir le gaz de la cuisine, s'enfermer dans un réfrigérateur éteint, grimper dans une chute à linge ou fabriquer une torche enflammée pour l'intimider. Elle se révèle une femme de caractère, doté d'un joli sang froid, mais tout aussi attachante et humaine surtout quand elle décide de prendre la fuite en voiture alors que son jeune frère handicapé est encore à l'intérieur de la maison. Prise de remord et de lâcheté, elle n'aura pas d'autre choix que de revenir sur ses pas et combattre la bête cloitrée dans une éventuelle pièce de la demeure.
La bonne nouvelle qui va authentifier la menace omniprésente du fameux intrus carnivore viendra du faite que les FX ne seront pas numérisés (ou si peu) et qu'il s'agira durant tout le métrage d'un véritable tigre en chair et en os. Autant dire que la bête photogénique se révèle impressionnante dans son immense regard indocile, avide de chair humaine bien tendre, juteuse et vivante.

                    

Burning Bright est une sympathique sĂ©rie B assez habile, moins tĂ©lĂ©phonĂ©e que la traditionnelle des productions horrifiques mettant en avant  une agression animale, mĂŞme s'il se laisse parfois aller Ă  quelques facilitĂ©s Ă©culĂ©es (la voiture en panne impossible Ă  dĂ©marrer).
Porté à bout de bras par le talent de sa jeune élégante actrice, il vous fera passer un moment agréable dans un récit efficace, bien rythmé qui multiplie les revirements spectaculaires et haletants. A ce titre, la séquence où l'héroïne grimpera dans une chute à linge est un joli moment de suspense, habilement monté à la manière d'Hitchcock dans l'art de créer l'angoisse de façon insinueuse avec l'attente de l'impromptu.
  
                    

13.09.10