mardi 13 décembre 2011

LA PIEL QUE HABITO

     
de Pedro Almodovar. 2011. Espagne. 1h57. Avec Antonio Banderas, Elena Anaya, Marisa Paredes, Jan Cornet, Roberto Alamo, Eduard Fernandez, Blanca Suarez, Susi Sanchez, Barbara Lennie, Fernando Cayo.

Sortie en salles en France le 17 Août 2011. Espagne: 2 Septembre 2011. U.S: 14 Octobre 2011

FILMOGRAPHIE: Pedro Almodovar Caballero est un réalisateur espagnol né le 24 Septembre 1949 à Calzada de Calatrava dans la province de Ciudad Real et la communauté autonome de Castille-La-Manche, en Espagne.
1980: Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier. 1982: Le Labyrinthe des passions. 1983: Dans les Ténèbres. 1984: Qu'est ce que j'ai fait pour mériter ça ? 1985: Matador. 1986: La Loi du Désir. 1988: Femmes au bord de la crise de nerfs. 1989: Attache moi. 1991: Talons Aiguilles. 1993: Kika. 1995: La Fleur de mon secret. 1997: En chair et en os. 1999: Tout sur ma mère. 2002: Parle avec elle. 2004: La Mauvaise Education. 2006: Volver. 2009: Etreintes Brisées. 2009: La Conseillère anthropophage. 2011: La piel que Habito.
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D'après le roman Mygale de Thierry Joncquet, le nouveau Almodovar est une pièce rare, un dédale ténébreux inversant les chronologies pour mieux nous surprendre dans une énigme tortueuse illustrant deux familles au passé galvaudé. Déroutant, âpre, vertigineux, d'une richesse formelle épurée transcendant la sculpture du corps érotique, ce drame d'amour fou est un hypnotique jeu de miroir dans la relation prohibée entre le monstre et son créateur.

Robert Ledgard est un chirurgien esthĂ©tique notoire ayant rĂ©ussi Ă  crĂ©er un Ă©piderme artificiel pour prĂ©server les ĂŞtres humains de maladies telle que la malaria. Avec l'aide d'un cobaye fĂ©minin du nom de Vera, ce mĂ©decin gravement Ă©prouvĂ© par la mort de sa femme et de sa fille Ă©labore en secret une vengeance punitive mais aussi un nouvel espoir Ă  renouer avec l'amour de sa chère dĂ©funte. 
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Extravagant dans sa mise en scène singulière et le profil établi envers ces personnages interlopes, La Piel que Habito ne cesse de jouer avec nos sentiments déroutés. Il titille notre curiosité fébrile fréquemment ébranlée par une intrigue vénéneuse multipliant les allers-retours du passé et du présent. Proprement inracontable, le script savamment mis en place par Almodovar et Joncquet se réapproprie des genres pour les distordre et amplifie sa dramaturgie au fil des révélations familiales dissociées.
C'est l'ambition démesurée d'un médecin torturé, surmené par les deuils d'une épouse infidèle et du suicide de sa fille qui nous est illustré d'une manière subjective par un réalisateur au sommet de son inspiration. En l'occurrence, Robert a réussi à ravir une ravissante jeune femme gracile, prise comme cobaye pour ses expériences chirurgicales afin de mieux préserver notre épiderme contre certaines maladies. Ou plus exactement sauver la mise de victimes de brasier d'un incendie criminel. Car depuis la mort de son épouse retenue prisonnière dans sa voiture carbonisée et celle de sa fille violentée par un styliste drogué, Robert décide d'accomplir une vengeance implacable contre son tortionnaire. Mais également concocter depuis des années une créature parfaite afin de renouer avec l'amour déchu d'une femme antécédemment coupable d'adultère.
Les personnages équivoques dépeints dans cette énigme à tiroirs ont tous un passé tortueux et des secrets inavoués tandis que la filiation parentale va les confronter dans leur psyché étroitement lié.


Dans la peau limpide et pastel d'une femme asservie aux expĂ©rimentations organiques d'un savant sans vergogne, Elena Anaya redouble de lascivitĂ© Ă©rotique dans son corps perfectible vouĂ© Ă  un vĂ©ritable simulacre d'une perte identitaire. Elle rĂ©ussit viscĂ©ralement dans sa dernière ligne droite Ă  retranscrire au spectateur ses Ă©tats d'âme sĂ©vèrement commutĂ©s sitĂ´t la rĂ©vĂ©lation Ă©noncĂ©e. Dans celui de son crĂ©ateur damnĂ©, Antonio Banderas rĂ©ussit avec sobriĂ©tĂ© et austĂ©ritĂ© Ă  affilier ressentiments vindicatifs teintĂ©s de cynisme et compassion attendrie par l'influence perfide de sa divine crĂ©ature. Ils forment Ă  eux deux un tandem incongru dans leur relation en demi-teinte inscrite sur la rancoeur et la tendresse acculĂ©e.
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D'une maĂ®trise virtuose impressionnante d'inventivitĂ© formelle dans sa beautĂ© esthĂ©tique glacĂ©e, La Piel que Habito est un drame hermĂ©tique d'une puissance psychologique davantage contraignante assĂ©nĂ©e aux personnages sĂ©vèrement fustigĂ©s. EmportĂ© par la grâce infortunĂ©e de ces deux protagonistes rĂ©prĂ©hensibles, l'oeuvre empoisonnĂ©e d'Almodovar rĂ©invente l'art de narrer une histoire d'une richesse thĂ©matique contemporaine. C'est Ă  dire notre rapport instinctif face Ă  la fascination Ă©rotisĂ©e du corps charnel et notre perte de repère face Ă  une identitĂ© fraudulĂ©e. Cette oeuvre Ă©purĂ©e et funèbre bouscule les marques du spectateurs jusqu'Ă  bouleverser notre morale dans son Ă©pineux Ă©pilogue aussi chĂ©tif que dĂ©sarmant. 
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Dédicace à Hélia Marzloff
13.12.11
Bruno Matéï
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Pour ceux qui n'auraient pas compris tous les Ă©lĂ©ments capitaux de l'intrigue du film, je vous laisse le scĂ©nario brièvement dĂ©cortiquĂ© par le site Wikipedia: 

ATTENTION SPOILERS !!!!!!
Résumé détaillé
L'action se passe en 2012. Un Ă©minent chirurgien esthĂ©tique, Robert Ledgard tente depuis douze ans de crĂ©er une peau synthĂ©tique qui aurait pu sauver son Ă©pouse, grièvement brĂ»lĂ©e. Il rĂ©ussit Ă  crĂ©er un Ă©piderme viable qui apparaĂ®t ĂŞtre d'une formidable rĂ©sistance face aux agressions extĂ©rieures : piqĂ»res de moustiques, brĂ»lures,... NĂ©anmoins, comme tout scientifique, le docteur Ledgard a besoin d'un cobaye. Il s’agit de sa dĂ©vouĂ©e patiente Vera, qu'il dĂ©tient captive dans une chambre de son manoir, dans la rĂ©gion de Tolède. Seule Marilia, la fidèle domestique du mĂ©decin, est au courant de cette relation qu'elle voit d'un mauvais Ĺ“il.
Un soir de carnaval oĂą Robert est absent, Zeca, le fils de Marilia, arrive pour se cacher dans la maison : il a Ă©tĂ© reconnu sur la vidĂ©o d'un cambriolage et veut Ă©chapper Ă  la police. Marilia accepte de l'aider temporairement. Zeca remarque Vera sur les images de vidĂ©o-surveillance du manoir et croit reconnaĂ®tre la femme de Ledgard, qui fut son amante avant sa mort. Zeca ligote alors sa mère et entre dans la chambre de la femme pour la violer. Quand Robert rentre chez lui, il les surprend et tue Zeca d'une balle. Il part se dĂ©barrasser du corps, laissant Marilia et Vera seules au manoir.
Marilia commence alors Ă  se confier : elle est la mère biologique de Robert, bien qu'il l'ignore. Des annĂ©es auparavant, Zeca a eu une liaison avec la femme de Robert ; ensemble, ils ont tentĂ© de fuir, mais ont eu un grave accident de voiture. Zeca a pu en rĂ©chapper et s'enfuir mais la femme de Robert a brĂ»lĂ© vive dans la voiture. SauvĂ©e in extremis, elle a survĂ©cu plusieurs mois avant de se dĂ©fenestrer en surprenant son reflet dans une vitre. Norma, sa fille a Ă©tĂ© tĂ©moin de la scène et a alors sombrĂ© dans une grande dĂ©tresse psychologique.
La suite de l'histoire est un flashback : en 2006, Robert choisit de se faire accompagner de sa fille, encore fragile, Ă  un mariage. Cette dernière croise du regard Vicente, un sĂ©duisant styliste dĂ©pendant aux mĂ©dicaments. Les deux jeunes se plaisent, mais quand Vicente tente de coucher avec elle dans le parc du château, Norma s'affole et Vicente la frappe et l'assomme par accident. Pris de panique, Vicente s’enfuit mais Robert est tĂ©moin de la scène. Norma sombre Ă  nouveau dans la dĂ©pression et retourne en hĂ´pital psychiatrique. Robert kidnappe alors Vicente et le retient prisonnier dans une cave jusqu'au jour oĂą Norma se suicide. La vengeance de Robert commence alors lentement : il fait subir Ă  Vicente contre son grĂ© de multiples opĂ©rations chirurgicales pour lui faire changer de sexe et le transformer en sosie parfait de sa femme.
En 2012, Vicente est devenu Vera et feint la soumission en acceptant de rejoindre Robert dans son lit. Un jour, Fulgencio, collègue chirurgien de Robert qui a participĂ© aux opĂ©rations sans en connaĂ®tre le contexte, reconnait le visage de Vicente sur un avis de recherche. Mettant en doute l’innocence de Robert, il le menace de rĂ©vĂ©ler l'affaire au grand jour, mais Robert et Vera le menacent et le font fuir. Robert a dĂ©sormais toute confiance en Vera. Mais la vision de l’avis de recherche a bouleversĂ© Vera et le soir mĂŞme, elle s'empare d'un revolver, tue Robert et Marilia et s’enfuit pour retrouver sa mère

lundi 12 décembre 2011

L'ETRANGERE (When we live / Die Fremde). Prix du Public à Créteil et Angers.


de Feo Aladag. 2010. Allemagne. 1h59. Avec Derya Alabora, Settar Tanriogen, Sibel Kekilli, Almila Bagriacik, Alwara Hofels, Florian Lukas, Marlon Pulat, Nizam Schiller, Nursel Koese, Serhad Can.

Sortie en salles en France le 20 Avril 2011. U.S: 28 Janvier 2011

Récompenses: Label Europa Cinemas à Berlin 2010. Prix Lux 2010. Meilleur Film, Meilleure Actrice au Festival de Tribeca 2010. Prix du Public au Festival de Créteil 2010. Prix du Public au Festival d'Angers 2011. Film de Bronze, Meilleure Actrice au German Film Awards.

FILMOGRAPHIE: Feo Aladag est une réalisatrice, scénariste, productrice et actrice, née le 13 Janvier 1972 à Vienne.
2010: l'Etrangère


Pour son premier long-métrage, la réalisatrice australienne Feo Aladag aborde le thème du conservatisme religieux, de l'intolérance et des valeurs puritaines à travers le portrait rétrograde d'une famille turque dépréciant leur fille aînée coupable d'avoir quitté un mari trop violent. Lardé de récompenses à travers le monde, l'Etrangère éveille les consciences car il donne à réfléchir sur les conséquences extrémistes que peut envisager chaque individu tributaire de sa foi monothéiste.

Umay, 25 ans, dĂ©cide de fuir la Turquie en compagnie de son jeune fils pour ne plus subir les violences rĂ©currentes d'un mari impĂ©rieux. Elle se rĂ©fugie chez ses parents Ă  Berlin pour bâtir une nouvelle vie. Mais la famille austère et drastique ne conçoit pas que leur fille ait pu quitter si prĂ©cipitamment sa vie conjugale. 
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Dans un contexte social d'actualité pour le parti-pris engagé à nos doctrines religieuses, Feo Aladag nous décrit le cheminement d'une jeune mère accablée par une communauté intégriste, faute d'avoir osé enlever son jeune fils sous l'autorité rigide d'un mari autoritaire.
Alors qu'Umay imagine trouver soutien et réconfort auprès de ses parents, ceux-ci vont rapidement répudier leur propre fille à cause de leur éthique irrévocable prônant les liens intangibles du mariage.
Dans un climat familial machiste où la condition de la femme est largement discréditée, l'Etrangère nous démontre les conséquences tragiques qui peut encourir une famille intolérante à bannir leur fille coupable d'avoir osé transgresser les traditions.
La rĂ©alisatrice nous dĂ©voile avec rĂ©alisme rugueux le comportement rĂ©trograde de rejetons inculquĂ©s par un père endurci par ces convictions, tolĂ©rant la maltraitance et l'allĂ©geance commise aux femmes.
Les consĂ©quences dĂ©libĂ©rĂ©es d'Umay pour sauver la vie de son propre fils vont inĂ©vitablement annihiler l'honneur d'une famille pratiquante endoctrinĂ©e par ses convictions puritaines. Tandis que l'entourage amical va Ă©galement pointer du doigt l'attitude opportuniste d'une femme conspuĂ©e pour avoir dĂ©valorisĂ© les liens sacrĂ©s du mariage.
Les exactions viriles des frères d'Umay, en crise de marasme d'une situation familiale éhontée vont être contraints d'employer la violence punitive pour redorer un semblant d'honneur à leurs parents bafoués. Une manière expéditive de pouvoir ainsi restituer un fils dans son pays d'origine sous l'autorité parentale d'un homme méprisable. Néanmoins, l'état de santé moribond du père d'Umay va finalement le ramener à une raison équitable. En effet, sa virulente attaque cardiaque va lui permettre de tolérer un regain de conscience rédemptrice pour enfin pardonner à sa fille l'acte indigne d'avoir ravi un enfant à son père irascible.


Dans le rĂ´le candide d'Umay, Derya Alabora livre une prestation Ă©poustouflante de vĂ©ritĂ© prude dans sa condition humiliĂ©e d'une femme stigmatisĂ© par sa communautĂ© musulmane. Une jeune mère tolĂ©rante et sans rancune Ă  l'idĂ©e de reconquĂ©rir le coeur de ses parents mais aussi courageuse et pugnace dans son devoir maternel de protĂ©ger un enfant ingĂ©nu. Cette actrice Ă  la beautĂ© naturelle gracile nous bouleverse le coeur et nous arrache les larmes de rĂ©volte dans un Ă©pilogue fataliste afin de mieux rĂ©primander la bĂŞtise humaine.


Sans outrance, l'Etrangère est un drame humain proprement bouleversant qui ose aborder sans jugement les problèmes d'intolĂ©rance et d'inĂ©galitĂ© des sexes dans le traitement infligĂ© aux femmes dans certains pays rĂ©actionnaires. TranscendĂ© par l'incroyable interprĂ©tation de Derya Alabora et d'une sobre mise en scène Ă©ludĂ©e d'esbroufe, cette oeuvre substantielle retranscrit avec Ă©difiance un tableau effarant des mentalitĂ©s anachroniques. 

12.12.11
Bruno Matéï


Feo Aladag

vendredi 9 décembre 2011

Aux Frontières de l'Aube / Near Dark. Licorne d'Or au Rex de Paris 1988.


de Kathryn Bigelow. 1987. U.S.A. 1h38. Avec Adrian Pasdar, Jenny Wright, Lance Henriksen, Bill Paxton, Jenette Goldstein, Tim Thomerson, Joshua John Miller, Marcie Leeds, Kenny Call, Ed Corbett.

Sortie en salles en France le 9 Novembre 1988. U.S: 2 Octobre 1987

FILMOGRAPHIE: Kathryn Bigelow est une réalisatrice et scénariste américaine, née le 27 Novembre 1951 à San Carlos, Californie (Etats-Unis).1982: The Loveless (co-réalisé avec Monty Montgomery). 1987: Aux Frontières de l'Aube. 1990: Blue Steel. 1991: Point Break. 1995: Strange Days. 2000: Le Poids de l'eau. 2002: K19. 2009: Démineurs. 2012: Kill Bin Laden

En 1987, une jeune rĂ©alisatrice novice tente d’apporter un sang neuf Ă  la mythologie vampirique avec Near Dark. Un titre on ne peut plus appropriĂ© tant il retransmet Ă  merveille la divinitĂ© de la nuit, lorsque des nomades y deviennent tributaires jusqu’Ă  la fin des temps. Aujourd’hui cĂ©lĂ©brĂ©e comme une figure majeure du cinĂ©ma d’action, Kathryn Bigelow signe avec ce premier film une Ĺ“uvre dĂ©senchantĂ©e au pouvoir d’envoĂ»tement hypnotique.

RĂ©compensĂ© de la Licorne d’or, du Prix d’interprĂ©tation fĂ©minine (Jenny Wright) au Rex Ă  Paris, et du Corbeau d’Argent au festival de Bruxelles, ce western moderne puise sa force dans sa poĂ©sie crĂ©pusculaire et son romantisme Ă©perdu.

Car, scandĂ© par la musique capiteuse de Tangerine Dream, ce voyage au bout de la nuit est avant tout une initiation Ă  la lumière de la pĂ©nombre. Par sa photographie limpide, transcendante dans l’opacitĂ© d’une nature tĂ©nĂ©breuse, Near Dark demeure un hymne lascif Ă  sa plĂ©nitude.

Ă€ travers l’errance nocturne d’une bande de marginaux corrompus par leur condition de vampires (le mot, pourtant, n’est jamais prononcĂ©), la rĂ©alisatrice dĂ©peint leurs exactions, perpĂ©trĂ©es pour la soif de survie.

 
Les crocs de la nuit.
Caleb, jeune homme sans histoire, rencontre une nuit une fille Ă©trange, Mae, dans la contrĂ©e bucolique de l’Arizona. Le couple profite de l’obscuritĂ© pour s’enlacer tendrement dans la campagne. PassĂ©e l’Ă©treinte, l’inconnue le mord au cou, le contaminant de sa condition d’immortelle. Après de violents malaises corporels, Caleb dĂ©cide de la rejoindre, elle et sa famille de noctambules.

Ainsi, cette tribu de marginaux au look de cow-boys rustres perpĂ©tue ses mĂ©faits meurtriers dans les contrĂ©es reculĂ©es des États-Unis. En toute insouciance. Sans autre boussole morale que leur faim et leur Ă©ternitĂ©. Nos crĂ©atures de la nuit se dĂ©bauchent dans une violence outrancière, faute de leur condition d’immortels. Mais l’arrivĂ©e de Caleb, rĂ©fractaire au crime gratuit, bouleversera leur fragile cohĂ©sion.

L’Ă©quipĂ©e se dĂ©sunit lentement, minĂ©e par les conflits amoureux entre Mae et Caleb, et le dĂ©pit d’Homer, Ă©pris de Sarah. Et si Near Dark continue d’exacerber son pouvoir d’immersion et de fascination, c’est avant tout grâce aux profils mĂ©lancoliques de ces vampires contemporains, Ă©corchĂ©s vifs en quĂŞte d’une idylle impossible.

De sa poĂ©sie suave, sublimant l’Ă©panouissement nocturne, Ă  ses effets spĂ©ciaux minimalistes mais redoutables (ralentis langoureux sur les corps embrasĂ©s par le soleil), ce portrait transgressif de tueurs nocturnes est magnifiĂ© par la prestance iconique de son casting mĂ©connu.
ImprĂ©gnĂ©e de tendresse dans l’expression candide de son visage diaphane, Jenny Wright illumine l’Ă©cran d’une sensualitĂ© mĂ©lancolique, comme si elle tentait d’apprivoiser son nouvel amour. SecondĂ© par Adrian Pasdar, sobre et crĂ©dible en vampire novice, esclave d’une hiĂ©rarchie familiale misanthrope, le couple fonctionne Ă  merveille.
En marginal erratique et mĂ©galomane, Bill Paxton excelle dans ses mĂ©faits sanguinaires, tandis que Lance Henriksen, lui, livre sans doute son plus grand rĂ´le : celui d’un patriarche autoritaire, ancien baroudeur de la guerre de SĂ©cession, dĂ©sormais Ă©panoui dans les bras de sa dulcinĂ©e.
Enfin, Joshua John Miller leur volerait presque la vedette, tant il incarne Ă  merveille cette Ă©ternitĂ© maudite, adolescent infortunĂ© prisonnier d’un corps juvĂ©nile, destinĂ© Ă  sĂ©duire de jeunes filles nubiles.


La Nuit nous appartient
Ă€ travers l’errance de vampires cyniques et dĂ©sabusĂ©s, Near Dark transcende la beautĂ© Ă©lĂ©giaque de la nuit, au fil de leur quĂŞte vaine d’un amour Ă  apprivoiser.
Dans leur complicitĂ© marginale, dĂ©jĂ  en dissension, le film transfigure la plus envoĂ»tante Ă©popĂ©e vampirique de l’Ouest.
Un crépuscule ensorcelant.
Inoubliable.
Beau Ă  en pleurer.


* Bruno
09.12.11. 
07.09.22. 6èx

Distinctions: Licorne d'Or et Prix d'interprĂ©tation fĂ©minine pour Jenny Wright au festival du Rex de Paris en 1988.
Corbeau d'Argent au festival du film fantastique de Bruxelles en 1988.


mercredi 7 décembre 2011

L'ILE DU DR MOREAU (The Island of Lost Souls)

       

de Erle C. Kenton. 1932. U.S.A. 1h10. Avec Charles Laughton, Richard Arlen, Leila Hyams, Kathleen Burke, Arthur Hohl, Stanley Fields, Paul Hurst, Hans Steinke, Tetsu Komai, George Irving.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Erle C. Kenton est un réalisateur, acteur et producteur américain, né le 1er Août 1896 à Norboro (Montana), décédé le 28 Janvier 1980 à Glendale (Californie).
1919: No mother to guide him. 1920: Married Life. 1924: Bring Him In. 1932: l'Ile du Dr Moreau. 1944: La Maison de Frankenstein. 1945: La Maison de Dracula. 1966: Doom of Dracula
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D'après le roman de H.G. Wells publiĂ© en 1896, l'Ă®le du Dr moreau est la seconde adaptation cinĂ©matographique concoctĂ©e en 1932 sous le label de la Paramount. Au prĂ©alable, une première version muette produite en Allemagne et mis en scène par Urban Gad aura vu le jour en 1921. Deux autres versions viendront plus tard tenter de dĂ©poussiĂ©rer cette Ă®le maudite en 1977 par Don Taylor (remake modeste et sympathique) et en 1996 par John Frankenheimer (la version Bis la plus risible Ă  ce jour !). A titre subsidiaire, l'oeuvre prĂ©cieuse qui nous intĂ©resse ici a Ă©tĂ© interdite en Angleterre jusqu'en 1958, faute de son thème jugĂ© trop licencieux. A la suite d'un naufrage en pleine mer de l'ocĂ©an indien, Edward Parker est recueilli par le Dr Moreau. Il se retrouve dans une Ă©trange petite Ă®le Ă©piĂ©e par des crĂ©atures mi-hommes, mi-animales. Le Dr Moreau est Ă  l'origine de cette mutation gĂ©nĂ©tique après avoir pratiquĂ© sur des animaux sauvages des expĂ©riences scientifiques immorales. En effet, ce mĂ©decin narcissique souhaite mĂ©tamorphoser chaque animal en ĂŞtre humain docile et disciplinĂ©. 
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En pleine pĂ©riode de gloire des trĂ©sors d'Ă©pouvante Ă©rigĂ©s sous la bannière de la Universal, la Paramount produit en 1932 une seconde version de l'Ă®le du Dr Moreau. L'oeuvre la plus rĂ©ussie Ă  ce jour, du moins la plus prĂ©gnante et fascinante, d'autant plus que l'interprĂ©tation de Charles Laughton va accentuer son charme vĂ©nĂ©neux Ă©manant de cette Ă®le singulière. Dans des dĂ©cors exotiques d'un Ă®lot Ă©maillĂ© d'ombres suspicieuses, cette aventure baroque gouvernĂ©e par un mĂ©decin sans vergogne nous ensorcelle par son ambiance malsaine sous-jacente. Sans recourir Ă  de vulgaires effets chocs complaisants, Erle C. Kenton rĂ©ussit Ă  provoquer l'inquiĂ©tude, le sentiment palpable d'insĂ©curitĂ©, la peur diffuse dĂ©rivĂ©s de feuillages forestiers occultant d'ombrageuses crĂ©atures difformes. Sous les exactions dĂ©lĂ©tères d'un mĂ©decin mĂ©galo et orgueilleux, ces animaux sauvages ont Ă©tĂ© expĂ©rimentĂ©s pour subir des greffes avec des ĂŞtres dits humains. DissĂ©quĂ©s dans la chambre de la douleur, ils n'ont pas d'autre choix que de subir diverses tortures infligĂ©es par un tortionnaire pour devenir des monstres de foire destituĂ©s de leur nature primitive. L'ambition du Dr Moreau est de daigner crĂ©er l'ĂŞtre humain parfaitement synthĂ©tisĂ©. Un hybride mi-homme, mi-animal douĂ© de parole et de facultĂ© de penser mais asservi par un impĂ©rieux chirurgien se prĂ©tendant nouveau dieu de l'humanitĂ©.


Ce qui frappe de façon probante Ă  la vue de ce chef-d'oeuvre c'est sa cruautĂ© aussi immorale que corporelle imputĂ©e Ă  des crĂ©atures difformes physiquement impressionnantes. Ce rĂ©alisme dĂ©sincarnĂ© imparti au bestiaire humain Ă©voluant dans un dĂ©cor tropical poisseux, cette atmosphère feutrĂ©e particulièrement Ă©touffante insuffle Ă  l'Ă®le du Dr Moreau un climat de fascination particulièrement dĂ©rangeant. A titre de fleuron de l'anormalitĂ© rĂ©side dans la plus tĂ©nue des crĂ©atures fĂ©minines, Lota, la femme panthère. Une jeune esclave suave et mĂ©lancolique, totalement dĂ©sespĂ©rĂ©e de sa condition de mĂ©tamorphe. Sans le moindre recours Ă  des maquillages terrifiants, la comĂ©dienne Kathleen burke rĂ©ussit lestement Ă  retranscrire avec candeur son dĂ©sarroi, sa tristesse Ă©lĂ©giaque de sa condition de victime soumise. Tandis que le bedonnant Charles Laughton Ă©prouve une mesquine perversitĂ© Ă  endosser un docteur excentrique habitĂ© par ses convictions cyniques de dominer le monde. De cette ambition disproportionnĂ©e, l'argument mĂ©taphysique du scĂ©nario tend Ă  nous suggĂ©rer que chaque ĂŞtre vivant ne peut ĂŞtre substituĂ© Ă  un autre organisme et que son instinct naturel finira toujours par reprendre ses droits.

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Baignant dans un climat trouble et malsain renforcĂ© d'une photo noir et blanc blafarde, l'Ă®le du Dr Moreau demeure un incontournable du fantastique sĂ©culaire. Surprenant de cruautĂ© par son rĂ©alisme parfois rigide, notamment auprès des saisissants maquillages transcendant la physionomie de crĂ©atures atypiques, cette oeuvre vĂ©nĂ©neuse n'a en l'occurrence rien perdu de son pouvoir de fascination diaphane.

Dédicace à Isabelle Rocton

07.12.11
Bruno Matéï


mardi 6 décembre 2011

SUPER


de James Gunn. 2010. U.S.A. 1h32. Avec Rainn Wilson, Ellen Page, Liv Tyler, Kevin Bacon, Gregg Henry, Michael Rooker, Andre Royo, Sean Gunn, Stephen Blackehart, Linda Cardellini, Nathan Fillion.

Sortie en salles en France: 1er DĂ©cembre 2011. U.S: le 01 Avril 2011. Interdit au - de 12 ans avec avertissement !

FILMOGRAPHIE: James Gunn est un réalisateur, scénariste, acteur, producteur et directeur de photo, né le 5 Août 1970 à Saint Louis, dans le Missouri (Etats-Unis).
2006: Horribilis
2010: Super
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Dans la lignĂ©e de Kick-ass et Defendor, le second film de James Gunn dĂ©capite le mythe du super-hĂ©ros dans un concentrĂ© de dĂ©rision parodique et de gore trash sur fond de dĂ©tresse sociale. Ou comment un citoyen lambda muni d'une clef Ă  molette va reconquĂ©rir la femme de sa vie en se crĂ©ant l'iconographie d'un personnage influencĂ© par l'univers de la BD ! Frank d'Arbo est un homme sans histoire mariĂ© Ă  une ravissante Ă©pouse, Sarah. Ancienne toxicomane, celle-ci replonge dans ses illusions psychotropes sous l'influence perfide de Jacques, grand dealer du quartier. Fou de douleur et de dĂ©sespoir, Frank dĂ©cide de s'investir d'une mission divine en Ă©radiquant tous les dĂ©linquants de son quartier. Pour cela, il dĂ©cide de se façonner une combinaison de super-hĂ©ros afin de devenir "Ă©clair cramoisi" !
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Avec un budget modeste, l'apparition d'aimables guest-stars mais aussi d'illustres comĂ©diens compromis dans le politiquement incorrect, James Gunn reprend les thĂ©matiques de l'Ă©bouriffant Kick-Ass pour nous conjuguer un divertissement hybride juxtaposant les genres, entre rĂ©alisme sordide et fiction dĂ©bridĂ©e. Pour les non avertis, les ligues familiales et les ados fragilisĂ©s pourront plus ou moins ĂŞtre rebutĂ©s, voir dĂ©sarçonnĂ©s par ce concentrĂ© de dĂ©lire trash repoussant les limites du mauvais goĂ»t. Dans un esprit Tromaville de sa meilleure cuvĂ©e (apparition Ă©clair de Lloyd Kaufman !), ce profil pathĂ©tique d'un loser sans ambition mais profondĂ©ment Ă©pris d'affection pour son ex dulcinĂ©e ne cesse d'osciller les genres avec une dĂ©contraction pouvant parfois prĂŞter Ă  confusion.
L'intention caustique du réalisateur étant de nous surprendre et de nous déstabiliser au gré de situations subversives, entre rire grinçant, malaise social et délire sardonique. Le scénario amusant nous élabore une succession d'évènements hilarants et trépidants et accentue son intérêt dans la dimension psychologique du personnage principal. Avec la caractérisation profondément humaine et désespérée d'un quidam paumé, abdiqué par la marginalité de sa femme, Frank décide de s'inventer une nouvelle identité par l'entremise d'un super-héros influencé par les récits de bandes dessinées. Ne détenant pas de facultés surhumaines ou surnaturelles, cet individu au physique peu avantageux décide de se munir d'une clé à molette pour combattre la délinquance des quartiers défavorisés. Mais la mission de "éclair cramoisi" est avant tout destinée à daigner sauver la vie de son épouse, Susan, ancienne toxicomane aujourd'hui reconvertie dans la drogue par l'influence d'un dealer perfide. Avec autorité souveraine et rage vindicative, Frank n'hésite pas à fracasser la tête des délinquants véreux sans une once d'indulgence et devant le témoignage de badauds médusés. Mais bientôt, il est épaulé par une jeune commerçante de 22 ans, responsable d'une boutique de bandes dessinées, utopiste dans l'âme de combattre le crime avec une inconscience suicidaire.
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Les aventures improbables de nos deux paumĂ©s s'illustrent aveuglement dans un esprit corrosif de violence grand guignolesque, d'action intrĂ©pide et de tragĂ©die existentielle en quĂŞte d'amour. Dans la peau du vengeur masquĂ©, Rainn Wilson (Juno) endosse avec une poignante humanitĂ© le portrait dĂ©sespĂ©rĂ© d'un quidam esseulĂ©, en quĂŞte perpĂ©tuelle d'un sens divin Ă  sa condition victimisĂ©e. Un ĂŞtre chĂ©tif incapable de transcender ses peurs et son inhibition pour faire face Ă  une sociĂ©tĂ© individualiste. Son acolyte Libby, interprĂ©tĂ©e par l'Ă©lĂ©gance nature d'Ellen Page, offre une prestation indocile irrĂ©sistible de naĂŻvetĂ© infantile (ne pas rater sa dĂ©monstration musclĂ©e pour convaincre Frank de son agilitĂ© Ă  s'investir d'une mission hĂ©roĂŻque). Mais son insouciance irresponsable de se convertir en vengeresse sanguinaire risque d'en calmer plus d'un dans sa fatale destinĂ©e noyĂ©e d'une vaine utopie. L'excellent Kevin Bacon s'avère exĂ©crable dans celui du dealer orgueilleux dĂ©libĂ©rĂ© Ă  endoctriner une ancienne junkie incarnĂ©e par la ravissante Liv Tyler. Une comĂ©dienne qu'on aimerait voir plus souvent Ă  l'affiche tant elle retransmet avec une empathique mĂ©lancolie le profil galvaudĂ© d'une Ă©pouse Ă©prouvĂ©e par l'accoutumance de la drogue.
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Les héros ne portent pas de costard.
Sous couvert d'un divertissement Ă©chevelĂ© et dĂ©calĂ©, Super illustre surtout le portrait pathĂ©tique de deux individus solitaires avides de reconnaissance et d'affection amoureuse dans leur identitĂ© feutrĂ©e. A grand renfort de pĂ©ripĂ©ties endiablĂ©es et prises de risque inconsidĂ©rĂ©es, leur crise existentielle nous Ă©prouve quelque part et nous Ă©meut dans leur cheminement de perdition, jusqu'Ă  nous invoquer la gĂŞne par le rĂ©alisme tranchant de leurs activitĂ©s borderlines. L'Ă©pilogue poignant, renouant avec la quotidiennetĂ© de notre (faux) hĂ©ros, conscient d'avoir converti sans bravoure la vie d'une ancienne idylle, risque d'en chavirer plus d'un !
A réserver à un public averti.

06.12.11
Bruno Matéï
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Ci-dessous, la critique de Luke Mars:
http://darkdeadlydreamer.blogspot.com/2011/12/super-de-james-gunn-2010.html?showComment=1323328317291#c4409509024782582975


lundi 5 décembre 2011

Mother's Day

           

de Darren Lynn Bousman. 2010. U.S.A. 1h52. Avec Deborah Ann Woll, Shawn Ashmore, Lisa Marcos, Patrick John Flueger, Frank Grillo, Jaime King, Tony Nappo, Rebecca De Mornay, Warren Kole, Matt O'Leary.

Sortie en salles en France : ?.  U.S: 23 septembre 2010 (Fantastic Fest)

FILMOGRAPHIE: Darren Lynn Bousman est un réalisateur et scénariste américain, né le 11 Janvier 1979 à Overland Park, dans le Kansas. 2005: Saw 2. 2006: Repo ! The Genetic Opera. 2006: Saw 3. 2007: Saw 4. 2011: Mother's Day


Remember ! En 1980, la firme Troma nous offrit l'un de ses fleurons les plus jouissifs et symboliques avec le sardonique Mother's Day. Une horrible farce cynique imbibĂ©e d'humour noir d'après les exactions meurtrières d'un duo de frangins influencĂ©s par leur maman dĂ©rangĂ©e. Trente ans plus tard, Darren Lynn Bousman s'Ă©carte de l'esprit dĂ©calĂ© et cartoonesque de son prĂ©curseur pour nous livrer un faux remake (il ne reprend que la filiation meurtrière des psychopathes) beaucoup plus prononcĂ© dans l'irascibilitĂ© d'une ultra violence parfois insupportable. 

Le PitchUn couple organise une fĂŞte amicale dans le nouveau foyer qu'ils viennent d'acquĂ©rir. Le soir mĂŞme de la party, trois frères armĂ©s font brutalement irruption dans la maison, persuadĂ©s d'ĂŞtre encore les propriĂ©taires de leur ancienne demeure vendue aux enchères. Alors que l'un d'eux est grièvement blessĂ©, les malfaiteurs dĂ©cident d'appeler leur mère pour clarifier la situation. 
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Mis en image par un rĂ©alisateur lucratif ayant exploitĂ© Ă  trois reprises une saga horrifique usĂ©e jusqu'Ă  la corde (Saw), Mother's day dĂ©marre sur les chapeaux de roue avec un trio de braqueurs rĂ©solus Ă  se planquer dans leur ancienne demeure mais en l'occurrence logĂ©e par un couple de nouveaux propriĂ©taires. En pleine soirĂ©e festive, les individus unis par les liens du sang n'auront pas d'autre choix que de prendre en otage toute l'assemblĂ©e avant que leur gĂ©nitrice n'y vienne rĂ©glementer les opĂ©rations en cours. Pour Ă©picer l'intrigue, une forte somme d'argent attribuĂ©e aux malfaiteurs est potentiellement planquĂ©e dans la demeure par les nouveaux propriĂ©taires soupçonnĂ©s d'adultère. Sans une once de rĂ©pit, Mother's Day, rĂ©actualisation moderne d'une famille de dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s asservis par leur matriarche, nous entraĂ®ne dans un Ă©prouvant huis-clos oĂą chacun des protagonistes subira diverses humiliations et sĂ©vices corporels. Mis en scène sur un rythme surmenĂ©, Darren Lynn Bousman se distingue d'une trame orthodoxe de par un enchaĂ®nement ininterrompu de pĂ©ripĂ©ties et coups de théâtre inopinĂ©s tout en y insufflant un certain cynisme auprès de la caractĂ©risation d'une famille au vitriol refoulĂ©e par l'infĂ©conditĂ©.


A travers la structure d'un rĂ©cit indocile multipliant les Ă©preuves de force pour nos otages contraints de s'offenser en guise de survie, leur confrontation est sĂ©vèrement endurĂ©e auprès d'une dĂ©ontologie immorale. En coexistant dans un environnement davantage rĂ©gi par la barbarie et la folie, le dĂ©sespoir de nos otages dĂ©boussolĂ©s les engagera fatalement vers leur nature vĂ©reuse. Ainsi, la jalousie, la colère et la haine en seront les vecteurs afin de leur privilĂ©gier un instinct de survie autonome. Sans concession aucune, le rĂ©alisateur redouble de verdeur et de cruautĂ© auprès de la frĂŞle destinĂ©e des otages constamment menacĂ©s Ă  trĂ©passer dans la seconde qui suit par les tortionnaires, mais aussi par leur propre agissement. A ce titre, la dernière partie culmine au bain de sang paroxystique lorsque nos derniers survivants dĂ©cideront une ultime fois de s'opposer Ă  leur ravisseur pour les affronter dans une rancoeur primitive. Et on peut dire que cette famille de rejetons Ă©duquĂ©s par la nĂ©vrose d'une ravisseuse de bambins s'avère plutĂ´t difficile Ă  Ă©radiquer tant leur animositĂ© Ă©mane d'une rage expĂ©ditive. Si chaque interprète rĂ©ussit honorablement Ă  convaincre en dĂ©pit de leur trogne souvent imberbe, Rebecca De mornay diffuse une certaine densitĂ© dĂ©shumanisĂ©e dans son profil psychologique lourdement galvaudĂ© par la stĂ©rilitĂ© maternelle. Castratrice et mĂ©prisable de par sa posture glaciale et son regard azur impassible, la blonde symbolise la mĂ©gère Ă©goĂŻste obnubilĂ©e par l'Ă©ducation parentale. Une cĂ©libataire esseulĂ©e incapable de gĂ©rer une famille exemplaire dans la tradition puritaine et terrifiĂ©e Ă  l'idĂ©e de vieillir dans la solitude.


Les enfants de la violence.
A travers l'efficacitĂ© d'un rythme infaillible menĂ© Ă  bout de course, Mother's Day illustre avec un esprit forcenĂ© une violence primitive au sein d'un train fantĂ´me multipliant allers-retours de revirements rocambolesques. Hormis un Ă©pilogue Ă  peine grotesque pour la survie d'un(e) des antagonistes et certains clichĂ©s Ă©culĂ©s (service de police en dĂ©rangement en pĂ©riode cruciale, rivaux increvables et redondance d'affrontements au corps Ă  corps), cet oppressant concentrĂ© d'ultra violence joue hargneusement avec les nerfs du spectateurs. D'autre part, il se rĂ©vèle de loin le mĂ©trage le plus qualitatif d'un auteur en demi-teinte, une bombe Ă  retardement conçue pour exploser votre petite lucarne !

*Bruno
25.12.24. Vost
05.12.11

vendredi 2 décembre 2011

Les Chiens de Paille / Straw Dogs (2011)

                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Rod Lurie. 2011. U.S.A. 1h49. Avec James Marsden, Kate Bosworth, Alexander Skarsgard, James Woods, Rhys Coiro, Dominic Purcell, Willa Holland.

Sortie en salles en France: 9 Novembre 2011.  U.S: 16 Septembre 2011

FILMOGRAPHIE: Rod Lurie est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur et acteur israĂ©lien nĂ© le 15 mai 1962 en Israel. 1998: 4 Second Delay. 1999: Situation critique. 2000: Manipulations. 2001: Le Dernier Château. 2002: The Nazi. 2007: Resurrecting The Champ. 2008: Le Prix du Silence. 2011: Les Chiens de Paille.


40 ans après le chef-d'oeuvre traumatique de Sam Peckinpah, un rĂ©alisateur modeste d'origine israĂ©lienne s'accorde la gageure de remaker un modèle d'ultra violence stigmatisant l'instinct meurtrier enfoui en tout un chacun. Or, au vu du traitement de la violence intelligemment exploitĂ© par Peckinpah, il Ă©tait difficile de concevoir qu'une version contemporaine allait pouvoir Ă  nouveau honorer une montĂ©e en puissance de la haine d'une intensitĂ© inĂ©galĂ©e. 

SynopsisUn couple de jeunes mariĂ©s se retire dans une contrĂ©e bucolique au moment oĂą la jeune Ă©pouse, Amy, vient d'hĂ©riter de la maison de ses parents. Sur place, David engage des ouvriers afin de rĂ©parer la toiture d'une grange. Mais l'un d'eux se rĂ©vèle ĂŞtre l'ex petit ami de sa femme. Alors que le mari tente de rĂ©diger un scĂ©nario pour le cinĂ©ma, Amy semble s'ennuyer de sa condition conjugale. En prime, l'ambiance faussement amicale entre les travailleurs et David est sournoisement tendue. Un matin, le scĂ©nariste se laisse convier par le groupe Ă  une partie de chasse dans la forĂŞt environnante. Mais Charlie profite de l'absence de celui-ci pour retrouver Amy restĂ©e seule dans sa demeure. 
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En Ă©tant le plus honnĂŞte possible pour ma lourde apprĂ©hension Ă  me porter garant face Ă  cette version remaniĂ©e d'un authentique chef-d'oeuvre restĂ© dans toutes les mĂ©moires; la gageure amorcĂ©e par le rĂ©alisateur Rod Lurie relevait d'une mission suicidaire (euphĂ©misme) quand son ascendant eut atteint la perfection avec l'adaptation d'un roman aussi dense, burnĂ© et incisif. Et pourtant, par je ne sais quel miracle improbable ce remake s'en tire haut la main avec les honneurs. Avec en prime une certaine forme de respect pour son modèle. De prime abord, j'ai Ă©tĂ© spontanĂ©ment convaincu par la prestance des comĂ©diens, en particulier nos deux hĂ©ros endossĂ©s par James Marsden et Kate Bosworth interprĂ©tant avec sobriĂ©tĂ© naturelle le rĂ´le Ă©quivoque d'Ă©poux contrariĂ©s par leur confiance et d'une absence autoritaire maritale. Le couple accordant beaucoup de crĂ©dit psychologique, de dimension humaine Ă  tenter de nous convaincre sans cabotinage aucun leur susceptible relation dĂ©prĂ©ciĂ©e par des machistes revanchards, vĂ©reux, alcoolos, dĂ©cervelĂ©s. James Woods, presque mĂ©connaissable en paternel tyrannique tumĂ©fiĂ© par l'alcool Ă©tant absolument abjecte d'orgueil putassier. Il se rĂ©vèle rĂ©solument impressionnant lors de ces brutaux accès de violence "irascible" lorsqu'un quidam simplet tente d'effleurer une allusion lubrique avec sa fille racoleuse. Alexander Skarsgard, très impressionnant par sa robustesse physique et le naturel de sa force tranquille, apportant Ă©galement pas mal d'intensitĂ© et une certaine ambigĂĽitĂ© dans sa moralitĂ© licencieuse entachĂ©e d'une conscience tourmentĂ©e lorsqu'il observe avec soupçon d'embarras le viol d'Amy perpĂ©trĂ© par l'un de ses acolytes.


Quant Ă  la mise en scène Ă©tonnamment appliquĂ©e, elle s'attache Ă  nous dĂ©crire sans esbroufe ni Ă©litisme la confrontation insidieuse entre ce groupe d'ouvriers obnubilĂ© par le dĂ©colletĂ© parfois sciemment racoleur d'Amy, et David, davantage irritĂ© par leur dĂ©sinvolture et provocation virile. Ainsi, avec une efficacitĂ© exponentielle, le cheminement tortueux de chacun de nos protagonistes nous est dĂ©peint avec un rĂ©alisme malaisant, sans artifice ludique, avec cette volontĂ© absolue d'y rationaliser cette fatale rĂ©action en chaine de la montĂ©e en puissance de la violence. C'est cette dimension psychologique octroyĂ©e Ă  chacun des personnages finement dessinĂ©s qui rend ce remake si captivant, tour Ă  tour oppressant, insupportable de tension lorsque la violence se dĂ©chaine sans pouvoir la stopper. D'abord, le viol laconique et dĂ©rangeant rĂ©ussit Ă  provoquer un malaise diffus d'une manière somme toute viscĂ©rale alors que le rĂ©alisateur ne s'y attarde pas pour ne pas sombrer dans la complaisance. Ainsi, avec l'effet de suggestion, il permet d'exacerber son intensitĂ© auprès des clameurs bouleversĂ©es de la victime et surtout les regards quelque peu Ă©hontĂ©s mis en exergue sur les trognes de nos bourreaux crapuleux. Quand au fameux point d'orgue aussi escomptĂ© que furieusement redoutĂ©, il dĂ©ploie avec beaucoup d'intelligence un dĂ©chaĂ®nement de brutalitĂ© d'une acuitĂ© perturbante, insolente, traumatique, intolĂ©rable. C'est cette dĂ©chĂ©ance de l'animositĂ© humaine, cet endoctrinement d'une haine infiniment contagieuse qui dĂ©range tant Ă  travers ce fracas d'images bestiales, insalubres, hideuses, insidieuses, prĂ©judiciables. Les chiens de Paille, version contemporaine, souhaitant toujours dĂ©noncer une rĂ©flexion sur notre instinct meurtrier inhĂ©rent, sur l'aliĂ©nation de cette violence transmissible Ă  autrui par l'influence d'hommes galvaudĂ©s par leur Ă©go, leur orgueil, leur perversitĂ© Ă©grillarde. Cette spirale de la folie vĂ©ritablement tangible nous emprisonnant Ă  corps perdu dans une claustration confinant au vertige (jusqu'au malaise viscĂ©ral pour les plus sensibles d'entre nous).

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History of violence
Evidemment, si tout cela fut prĂ©alablement traitĂ© avec plus de pertinence, de brio et de virtuositĂ© auprès d'un cinĂ©aste notoire au sommet de son art, Ă©paulĂ© qui plus est de comĂ©diens transis aux gueules burinĂ©es, ce remake respectueux s'avère Ă  mon goĂ»t digne de son modèle en s'Ă©cartant Ă  tous prix des  produits opportunistes et formatĂ©s conçus pour Ă©pater le spectateur voyeur avide de violence ludique. Les chiens de Paille, version 2011, n'Ă©tant aucunement le vulgaire remake dĂ©bauchĂ© et prĂ©tentieux d'y  exploiter un spectacle gentiment barbare. Si bien que l'endurance de l'Ă©preuve Ă  la fois morale et physique ressentie ici demeure si percutante, acĂ©rĂ©e, vĂ©nĂ©neuse, furibonde, nausĂ©euse qu'il est rigoureusement impossible d'en sortir indemne. Un second traumatisme donc que cette pellicule de l'infortune nĂ©crosĂ©e par la rigiditĂ© de cette intensitĂ© psychologique intolĂ©rable. 

Pour public averti.

mercredi 30 novembre 2011

THE THING

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Matthijs van Heijningen. 2011. U.S.A. 1h43. Avec Mary Elizabeth Winstead, Joel Edgerton, Ulrich Thomsen, Eric Christian Olsen, Adewale Akinnuoye-Agbaje. 

Sortie salles France: 12 Octobre 2011. U.S: 14 Octobre 2011

FILMOGRAPHIE: Matthijs van Heijningen est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste nĂ©erlandais, nĂ© en 1965. 
2011: The Thing


S'attaquer au remake/préquelle afin d'émuler un monument du cinéma horrifique n'était pas une mince gageure. Et pourtant, Matthijs van Heijningen s'en sort honnêtement avec son premier long-métrage même s'il n'apporte rien au chef-d'oeuvre de Carpenter. Esthétiquement soigné (joli cadre scope, photo épurée pour transfigurer son décor hivernal) et pourvu d'effets-spéciaux parfois impressionnants (si l'on évacue certains CGI perfectibles et trop grossiers), The Thing nouvelle version prend l'alibi de la préquelle pour tenter de se différencier de son modèle. Pourtant, à l'exception de son prologue et du final en porte-à-faux, la narration n'apporte pas vraiment d'idées nouvelles en continuant de surfer sur la peur paranoïde des survivants (et ce en dépit du plombage dentaire que la chose ne peut répliquer et de recruter le rôle principal à un personnage féminin). Si bien évidemment le film n'atteint jamais le degré d'intensité anxiogène magnifiquement suggéré avec son modèle, une certaine tension est néanmoins savamment distillée durant le cheminement narratif, et avant que les conventions ne viennent un peu désamorcer sa poursuite finale. Enfin, et pour contenter le public de la nouvelle génération, le film insiste plus sur le caractère palpitant des attaques cinglantes commises par la chose. Et à ce niveau, il faut admettre que l'on reste captivé par ses interventions hostiles où le côté spectaculaire et violent des affrontements nous saisissent parfois de stupeur (les FX laissent exprimer visions d'effrois du monstre tentaculaire dans une imagerie gore assez réaliste !). A travers son concept éculé du survival en vase clos, on reste donc facilement impliqué par les attitudes désoeuvrées de nos nouveaux occupants combattant maladroitement la menace insidieuse du métamorphe !


Correctement rĂ©alisĂ©, incarnĂ© par des gueules d'acteur au charisme mature (sans compter la sobriĂ©tĂ© circonspecte de Mary Elizabeth Winstead !) et menĂ© sans temps morts, The Thing 2011 s'Ă©rige en sĂ©rie B du samedi soir oĂą l'action importe plus que la suggestion. Si on dĂ©plore donc sa facilitĂ© Ă  s'incliner vers le pur divertissement, Matthijs van Heijningen livre un solide spectacle Ă  l'ancienne oĂą l'efficacitĂ© des altercations communie avec l'insolence de la chose.  

Dédicace à Pascal Frezzato

27.01.14. 2èx
Bruno Matéï


FRIGHT NIGHT


de Graig Gillespie. 2011. U.S.A. 1h46. Avec Anton Yelchin, Colin Farrell, David Tennant, Christopher Mintz-Plasse, Toni Collette, Imogen Poots, Dave Franco, Reid Ewing, Emily Montague, Chelsea Tavares.

Sortie en salles en France le 14 Septembre 2011. U.S: 19 Août 2011.

FILMOGRAPHIE: Graig Gillespie (nĂ© le 1er Septembre 1967) est un rĂ©alisateur et producteur australien de sĂ©ries T.V et longs-mĂ©trages.
2007: Une fiancée pas comme les autres
2007: Mr Woodcock
2009-2010: United States of Tara (série TV)
2010: My Generation (série TV, pilote)
2011: Fright Night
2011: Film Fiend (série TV)


Charlie Brewster voit sa vie prendre une bonne tournure : il est apprécié dans son lycée et sort avec la fille la plus convoitée. Il est tellement cool qu'il se permet de se foutre de la gueule de son meilleur ami. Cependant les ennuis arrivent lorsque Jerry emménage près de chez lui. Il à l'air super cool mais en réalité quelque chose cloche chez lui. Le problème c'est que personne ne semble s'en rendre compte, surtout pas la maman de Charlie. Après avoir observé les étranges activités de Jerry, Charlie réalise que Jerry est un vampire. Comme personne ne le croit, Charlie décide de se débarrasser du monstre par lui-même..


Un remake qui a la bonne idée de ne pas copier-coller et se démarquer de l'original en privilégiant une violence plus acérée ainsi qu'une action échevelée à contrario d'un humour incisif qui faisait tout le sel du film original. Malheureusement, la sauce ne prend pas, faute à des personnages ternes déployant le minimum syndical, des situations archi rebattues, une abondance vaine d'effets chocs grand-guignolesques en CGI et un scénario aussi plat qu'une andouillette déprimée de sa condition.
En prime, le traitement émis sur les personnages, particulièrement celui de Peter Vincent, a de quoi faire pleurer les puristes qui vouaient une affection toute particulière à Roddy Mc Dowell dans le film d'origine. Son modèle étant toujours en l'occurrence une véritable merveille du teen movie horrifique aussi pittoresque que trépidant.

Un produit de consommation routinier vite oublié qui pourra peut-être séduire les moins de 15 ans.



Critique personnelle du film d'origine:
http://brunomatei.blogspot.com/2011/09/vampires-vous-avez-dit-vampire-fright.html