lundi 13 août 2012

Les Frissons de l'Angoisse / Profondo Rosso / Deep Red

                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Dario Argento. 1975. Italie. 1h45 / 2h06. Avec David Hemmings, Daria Nicolodi, Gabriele Lavia, Macha Meril, Eros Pagni, Giuliana Calandra, Piero Mazzinghi, Glauco Mauri, Clara Calamai, Aldo Bonamano.

Sortie salles France: 17 Août 1977. U.S: 11 Juin 1976. Italie: 7 Mars 1975

FILMOGRAPHIE: Dario Argento est un réalisateur et scénariste italien né le 7 septembre 1940, à Rome (Italie). 1969: l'Oiseau au plumage de Cristal, 1971: Le Chat à 9 queues, Quatre mouches de velours gris, 1973: 5 Jours à Milan, 1975: Les Frissons de l'Angoisse, 1977: Suspiria, 1980: Inferno, 1982: Ténèbres, 1985: Phenomena, 1987: Opera, 1990: 2 yeux Maléfiques, 1993: Trauma, 1996: Le Syndrome de Stendhal, 1998: Le Fantome de l'Opéra, 2001: Le Sang des Innocents,2004: Card Player, 2005: Aimez vous Hitchcock ?, 2005: Jennifer (épis Masters of Horror, sais 1), 2006: J'aurai leur peau (épis Masters of Horror, sais 2), 2006: Mother of Tears, 2009: Giallo, 2011: Dracula 3D.


Synopsis : Un pianiste est témoin du meurtre d’une médium trop curieuse pour son propre salut. Intrigué par un détail énigmatique lié à un tableau dans la demeure de la victime, il décide de mener sa propre enquête. Mais le tueur, ombrageux, poursuit sa lancée meurtrière en supprimant les témoins gênants.


Chef-d’œuvre absolu de Dario Argento, panthéon du néo-giallo à revoir à l’infini tant il regorge de trésors à chaque révision, Les Frissons de l’Angoisse surgit quatre ans après la trilogie animale, close en 1971. Avec ce thriller baroque au goût prononcé pour le sang, le cinéaste déploie une maestria plus assurée que jamais. Soin extrême du cadrage, travellings tarabiscotés par une caméra mobile, décors insolites d’un esthétisme stylisé, raffinement cruel dans l’élaboration des meurtres. Ajoutez à cela une angoisse sous-jacente, une aura gothique (dans la hantise d’une demeure où se cache un cadavre décharné) et un suspense latent, tramé d’une narration trompe-l’œil. Ici, dès le générique musical, Argento nous invite à douter des apparences.

Il s’amuse à troubler la perception du spectateur : un enfant, coupable ou simple témoin, observe un meurtre à l’arme blanche. Dans un salon conjugal, un soir de Noël, deux ombres menaçantes s’agitent derrière un mur. Un cri d’enfant éclate. Un couteau ensanglanté chute au sol. La caméra s’attarde sur deux jambes enfantines s’approchant de la lame. Le montage, scandé par une comptine entêtante, atteint l’anthologie. Argento y suggère un trauma originel, dont la force évocatrice sème le doute et brouille les indices. La suite prolonge ce jeu de faux-semblants : une enquête marquée par l’obsession d’un tableau dont un détail capital avait été omis.


Impossible aussi de passer sous silence l’incroyable partition des Goblin, tempo frénétique et entêtant, qui intensifie l’ombre de cette intrigue jalonnée de signes insolubles. Argento orchestre alors un ballet macabre : goût funeste pour le baroque et l’insolite (jeux de lumières, couleurs hybrides, architectures comme des sculptures figées), épouvante sourde (dans les entrailles de la maison abandonnée), et un surnaturel feutré (la fouille archéologique dans cette demeure gothique). Tout concourt à transcender le giallo dans une dimension unique. On n’avait jamais vu ça à l’écran : une scénographie opératique, magnétique.

Les Frissons de l’Angoisse marque une transition vers les délires occultes de Suspiria, deux ans plus tard. On sent déjà l’envie putassière de ciseler des meurtres d’une cruauté stylisée : une mâchoire fracassée sur le marbre puis sur le bois, l’agonie interminable de Carlo lapidé. Le point d’orgue final, fertile en pièges et révélations, pousse le suspense jusqu’à dévoiler le meurtrier… entrevu dès les cinq premières minutes ! Argento ose tout. Son film respire une alchimie étrange : hermétisme, anxiété diffuse, tension rampante. Tout y est prétexte au malaise : combats de chiens, lézard transpercé d’une aiguille, visages mortifères des tableaux, piano-bar figé dans sa torpeur. Jusqu’aux visions macabres — poupée pendue, pantin au rictus démoniaque projeté sur une victime.

Esthétisme chirurgical, intrigue labyrinthique, meurtres d’une verdeur audacieuse, science du suspense : Les Frissons de l’Angoisse est un puzzle bâti sur le simulacre. Son atmosphère hybride, délicieusement funèbre, magnifiée par le score inimitable des Goblin, lui confère une aura fascinante, au-delà de la raison. L’un des plus grands films de l’histoire du cinéma, dépassant le simple giallo par une grâce technique, formelle et cérébrale d’une alchimie infinie.

— le cinéphile du cœur noir

03.05.24. 4èx. Vostfr. Version courte.
13.08.12. 


Ci-joint Analyse du film issue du site Vodkaster (ciné-club sur les Gialli)

Une médium, joué par Macha Méril est assassinée. Marc, joué par David Hemmings, est témoin du meurtre, il entend les cris de la jeune femme et accourt à son aide, trop tard. Ayant pourtant assisté au meurtre, il n’a pas pu voir le visage de l’assassin dont il a juste vu la silhouette quitter l’immeuble, silhouette qu’il suppose être du tueur. Plus tard interrogé par la police, il évoque des doutes, dans le couloir rempli de tableaux de l’appartement de la médium, quelque chose semble manquer et avoir disparu, il ne peut cependant évoquer ce qui manque exactement, mais quelque chose semble lui échapper, quelque chose qu’il ne peut expliquer et décrire, une impression. Aidé par une journaliste, jouée par Daria Nicolodi, il va commencer mener l’enquête et va rapidement commencer à comprendre qu’il est lui-même aussi en danger. Cette enquête va l’amené à questionner son regard, les apparences, et ce qu’il croit voir et avoir vu.
C’est donc un retour à la plus pure tradition du giallo pour Argento. On y retrouve les thèmes récurrents, un étranger, dont la nationalité n’est ici jamais évoquée, qui est aussi un artiste, pianiste, est témoin d’un meurtre et se met alors à enquêter, son obsession va l’emmener à découvrir un lourd secret de famille et va surtout le faire se révéler à lui-même. Une des autres caractéristiques du giallo que l’on retrouve, le secret de famille, ici le tueur n’est pas un psychopathe, il tue pour protéger un secret familial traumatique. On pouvait d’ailleurs déjà retrouver cette trame dans « Le chat à neuf queues ». Un des aspects étonnants c’est qu’Argento met en place plusieurs éléments de comédies avec notamment le couple Nicolodi-Hemmings, lui étant plutôt machiste et burné, elle était plutôt sure d’elle et déterminée. Si dans les films précédents d’Argento, il y avait toujours un élément de comédie, que ce soit un personnage, comme celui de Jean-Pierre Marielle dans « Quatre mouches de velours gris », ou certaines scènes. Or ici, les situations sont un peu plus étoffées, peuvent parfois sortir de l’intrigue principal, mais Argento n’en fait pas trop, et place ces scènes dans sa première heure de film, pour donner de la substance à ses personnages, et montrer leur caractère avant l’intrigue, pour mieux nous montrer leur évolution. L’autre innovation majeure dans le cinéma d’Argento, c’est la présence, pour la première fois dans sa filmographie du paranormal, on y retrouve une médium qui lit dans les esprits des gens, une maison hantée, et une enfant démoniaque qu’Argento arrive à filmer d’une manière qui la rend terriblement angoissante et impressionnante. Voir cette petite fille tuant des animaux ne paye pas de mine, mais la manière dont Argento la filme, comme si elle était en prise avec une étrange forme du Mal, un Mal imperceptible, impalpable, mais omniprésent, même dans l’esprit d’une jeune enfant. Argento passe très vite à autre chose et c’est encore plus fort, voir la réaction du père lorsque la petite tue un lézard permet d’alimenter énormément notre imagination, et ne pas s’y attarder nous permet de donner un supplément d’âme à la scène suivante, le vrai grand tour de force du film, la visite de la maison hantée. Après l’introduction d’une étrange force maléfique semblant s’imprégner de la petite fille, Argento réalise une très longue scène d’exploration urbaine, quasiment jamais vu à l’époque. Il y aura deux scènes comme celles-là dans le film. Dans la première, après l’introduction de la petite fille, notre esprit est donc plus fertile pour anticiper l’arrivée de quelques esprits, mais Argento se joue du spectateur d’une façon absolument magistrale. En jouant sur l’utilisation de différents points de vue, Argento donne l’impression que Marc n’est pas seul, allonge sa scène, fait sonner la musique des Goblins, les mouvements de caméra sont flottants, comme épousant le point de vue des esprits hantant la maison. On est probablement ici devant la plus belle scène d’exploration de maisons hantée du cinéma, un grand moment d’angoisse, où rien et tout se passe à la fois, Marc devant être attentif à tous les détails s’il veut espérer résoudre l’enquête. Argento travaille déjà à merveille son ambiance, en rendant le Mal invisible comme surnaturel, il joue sur les cadres et les espaces pour nous faire ressentir l’étrange présence du lieu, les fantômes du passé d’une façon que l’on sache, avant même la révélation finale, que quelque chose d’important s’est passé dans cette maison, qui est toujours imprégné de ce qui s’est passé.
Mais « Les Frissons de l’Angoisse », c’est surtout une grande étude sur le réel, un réel trop difficile à comprendre, un réel qui nous échappe, nous spectateur, et qui surtout échappe au personnage principal.
Pour nous faire ressentir cette perte de repères, Argento use à fond des fausses pistes, le film regorge de personnages à double tranchants, et de situation où tous ce qui est montré est inutile, et où tous les détails dans les coins du cadre sont essentiels. Ce n’est jamais ce qui est montré en première plan qui est le plus important, c’est toujours ce qui se passe dans les cuts rapides, toujours ce qui se passe dans l’obscurité, au fond du cadre qui donne la clé du film. Un des autres coups de génie du film est également de montrer le visage de l’assassin dès le début du film, seulement le regard du spectateur n’est pas dirigé dans la bonne direction par Argento, qui, de par sa mise en scène nous indique de regarder dans une autre direction, le coup de force est total, Argento a assez de confiance dans la puissance de sa mise en scène pour montrer l’assassin dès le début, David Hemmings est dupé, nous sommes dupés.
« Profondo Rosso » est également un grand film sur la persistance rétinienne, le personnage principal ayant vu le visage de l’assassin dès le début, mais il n’a pas bien regardé et analyser ce qu’il voyait, il a beau avoir l’image dans sa tête, il ne peut comprendre ce qu’il manque dans l’appartement puisqu’il n’a pas une image assez précise de ce qu’il a vu exactement. Il doit décoder ce qu’il voit, à l’image de cette pièce emmurée dans la maison hantée, il ne voit qu’une partie d’un dessin qui est la clé de l’intrigue. En cassant le mur, il rentre comme dans un écran, comme si Argento brisait notre écran, au moment où commencent les révélations, nous faisant entrer nous-mêmes, spectateurs, à l’intérieur du film, pour nous expliquer ce que nous avons manqué depuis le début du film, chaque détail auxquels nous n’avions pas donné d’importances, chaque scène dans lesquelles nous n’avons pas assez prêté attention. Argento ne donne que peu d’indices aux spectateurs et au personnage principal, mais toujours des indices visuels, qui devraient être vus, mais notre regard est pointé vers une autre direction. Il nous rappelle que toute image est trompeuse, car cette image n’est créé que d’un seul point de vue, il suffit parfois de regarder les choses un peu plus attentivement ou d’un autre point de vue pour enfin comprendre.
Le final, comme dans la plupart des films d’Argento, n’est pas un happy-end, bien au contraire, bien que l’intrigue soit terminée, et se termine bien , la dernière image que l’on voit, c’est le visage de Marc, à l’envers et en rouge. Comme si après toute cette enquête, le personnage principal se retrouve face à lui-même, rien n’est résolu, le Mal subsistera, ce Mal incontrôlable et incompréhensible qui a provoqué toute cette folie. Si cette vision du Mal est caractéristique du cinéma d’Argento, le plan final sur le reflet d’Hemmings a une portée bien plus métaphysique. Marc, depuis le début est à la recherche d’une image, une image perdue dans sa mémoire, image qu’il recherche pendant tout le film, cette image, c’est son reflet. Ainsi, il acquière une conscience à la fin du film, la conscience d’abord qu’il ne comprend pas le monde, qu’il ne peut voir où il faut, qu’il est dépassé dans un monde où le Mal n’est pas seulement caractérisé par l’assassin mais qui déborde de partout, souvenez-vous de la petite fille, mais aussi et surtout il prend conscience qu’il ne se comprend pas lui-même, et qu’il courrait après son reflet et qu’au final il a fait une boucle, il cherche son reflet, et se cache le visage, car rien n’est plus angoissant que de voir son reflet. Bien plus que la compréhension du monde, c’est la compréhension de soi-même qui est fondamentale.
« Les Frissons de l’Angoisse » est selon moi le beau, le plus complexe et le plus intéressant des gialli, Argento convoque « Blow Up », reprend quasiment le même personnage que dans le film d’Antonioni, pour un résultat en tout point fascinant, au scénario sans bout de gras, ultra tenu, aux interprétations multiples, sur la signification du plan final notamment. Un immense film sur les illusions, Argento se joue du spectateur avec une virtuosité hallucinante. Objectivement, les seuls défauts que l’on peut reprocher sont les scènes comiques, qui pour moi sont justifiées mais qui peuvent ralentir un récit déjà volontairement lent dans sa première heure. La musique des Goblins pourra peut-être en irriter plus d’un, bien qu’elle soit mythique, elle a à de rares moments un petit côté kitsch qui fait aussi le charme des films de cette époque. Pour ma part je considère « Les Frissons de l’Angoisse » comme le giallo ultime, indépassable, et des plus grands films du cinéma Italien et un des plus grands films des 70’s.

LE REGNE DES INSECTES (Court-Métrage)


De Pascal Frezzato. Court-métrage. France. 2012. 12 mns. Avec Sylvie Gonnord, Bruno Dussart, Pascal Frezzato. Scénario: Pascal Frezzato, Bruno Dussart.

On Rembobine.fr: LE REGNE DES INSECTES : Un court-métrage à ne pas rater !
Le point de vue de Gilles Rolland:

Chez On Rembobine.fr, on s’intéresse aux longs-métrages, mais aussi aux courts. Parfois, il nous arrive de tomber sur de petits bijoux qui, à force d’inventivité, de malice et d’une sincérité boostée par une véritable passion communicative, arrivent à s’imposer.

C’est le cas du Règne des insectes, un court-métrage de Pascal Frezzato, qui met en scène Bruno Dussart, Sylvie Gonnord et Jérôme Roulon.


L’histoire du Règne des insectes est aussi simple que rudement efficace :

Le 2 septembre 2014, les hommes et les animaux ont disparu de la surface de la Terre, victimes de la cupidité de l’être humain. Désormais, ce sont les insectes qui règnent sans partage sur le monde…

Un cataclysme pourtant prévu par un chercheur du nom de Madeira. Madeira qui, quelques temps avant la catastrophe, tente d’avertir les autorités de ce qui se prépare. Sans succès… La fin est ineluctable.

Le Règne des insectes débute alors que Madeira se présente devant Delphine Dullac, la mystérieuse représentante d’une non moins mystérieuse agence gouvernementale toute-puissante de sureté nationale. Le ton monte chez Madeira qui tente de justifier son point de vue sur une situation qui de toute façon est inévitable…


Aujourd’hui, Le Règne des insectes est enfin disponible sur internet. L’occasion de vous présenter dans son intégralité ce film prenant, immersif et puissant dans son propos concerné. Un film à la photographie irréprochable et chirurgicale, qui souligne le talent d’un réalisateur qui prouve une nouvelle fois qu’il est possible aujourd’hui de réaliser un film puissant sur un sujet pourtant maintes fois abordé. Ici, pas de sensationnalisme facile, mais plutôt une tension qui n’en finit pas de monter jusqu’au climax impressionnant.

Mélancolique, d’une certaine façon poétique et relativement tendu, Le Règne des insectes bénéficie en outre de l’interprétation au cordeau de Bruno Dussart (dans son premier rôle). Un comédien, dont l’intensité habite l’œuvre d’un bout à l’autre, confronté à une Sylvie Gonnord glaciale et effrayante, en représentante d’une société sourde qui creuse ironiquement sa propre tombe en refusant d’ouvrir les yeux.

Métaphore brillante, Le Règne des insectes se doit d’être vu le plus largement possible.
Gilles Rolland
http://www.onrembobine.fr/news/news-le-regne-des-insectes-un-court-metrage-a-ne-pas-rater


Le Point de vue de Mathias Chaput:
Synopsis :
Dans un avenir très proche, suite à une catastrophe cataclysmique de la plus grande ampleur, la population humaine a été décimée et seuls ont survécu les insectes qui peuplent la surface terrestre…
Toute trace de vie de l’homme a été anéantie !
Peu de temps avant cette fin du monde annoncée, un homme du nom de Madeira, qui se préfigure comme annonciateur de ce cataclysme, est interrogé dans les locaux de l’agence de sureté nationale par Delphine Dullac, une chargée de développement du groupe qui veut percer le mystère et éluder le pourquoi du comment inhérent au carnage qui va arriver !
Très vite le ton monte !
Jusqu’à ce que Madeira commette l’irréparable !
Comme une évidence balancée à la face des politiques, il va mettre devant leurs propres responsabilités tous ces représentants de l’establishment qui refusaient de croire à l’ampleur de ce désastre et à l’évidence de ses conséquences…
L’affrontement verbal vire au drame !


Avis :
Construit sur une trame solide et un ton très convaincant, « Le règne des insectes », outre ses qualités narratives incontestables, bénéficie d’une mise en condition radicale du spectateur, presqu’une une mise en immersion directe et ce, des le début du court !
ON EST DEDANS tout de suite et c’est ça qui est fascinant !
Les comédiens sont animés d’une volonté de bien faire, notamment Bruno Dussart dont c’est le premier rôle et qui s’en sort admirablement bien !
Sylvie Gonnord dégage avec son personnage un aura certain mais Dussart arrive à transcender sa prestation par une sincérité et une prestance inoubliable, car il insuffle un côté émotionnel très fort dans sa composition et se révèle très adroit et habile dans un jeu d’acteur particulièrement appuyé et abouti !

Bruno Dussart, Sylvie Gonnord et Pascal Frezzato
Pascal Frezzato, passionné de cinéma de genre (tout comme Bruno Dussart) a pondu un petit joyau et a réussi à transmettre sa passion via un scénario imparable, petit condensé de la plupart des films post apocalyptiques déjà référencés à ce jour, mais en y rajoutant sa patte !
En fait « le règne des insectes » est bien plus sincère et honnête en tant que court métrage que bien des LONGS métrages sortis dans le milieu professionnel, prétentieux et déplaisants, ici Frezzato parle avec son CŒUR et c’est ce qui fait la qualité indéniable du « Règne des insectes »…
On va de surprises en surprises, d’un niveau exemplaire pour une œuvre amateur et d’une efficacité très bien rôdée, « Le règne des insectes » remporte un succès indubitable et se prépare pour rentrer dans les rang très serré des meilleurs courts réalisés cette année, n’en doutons pas !
Gorgé d’émotion et nerveux au niveau de l’action en même temps, « Le règne des insectes » s’avère une franche réussite, à cautionner et encourager de façon certaine !
Très beau boulot à l’équipe !


Mention spéciale à mon fidèle ami Bruno : tu as fait un malheur !
Note : 10/10.

La critique de Memory of the dead: http://brunomatei.blogspot.fr/2013/11/memory-of-dead-court-metrage.html
La critique de Pour une Poignée de Spaghettis: http://brunomatei.blogspot.fr/…/per-un-pugno-di-spaghetti-p…

Le film ci-dessous ! Bonne séance !

                         

vendredi 10 août 2012

Le Dragon du Lac de Feu / Dragonslayer

                                             
                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site moviepostershop.com

de Matthew Robbins. 1982. U.S.A. 1h49. Avec Peter McNicol, Caitlin Clarke, Ralph Richardson, John Hallam, Peter Eyre, Albert Salmi, Sydney Bromley, Chloe Salaman, Emrys James, Roger Kemp, Ian McDiarmid.

Sortie salles France: 20 Octobre 1982. U.S: 26 Juin 1981

FILMOGRAPHIE: Matthew Robbins est un réalisateur, scénariste, producteur, acteur américain.
1978: Corvette Summer. 1981: Le Dragon du Lac de Feu. 1985: La Légende de Billie Jean. 1985: The Main Attraction (Episode TV). 1985: Histoires Fantastiques (1 épisode). 1987: Miracle sur la 8è Rue. 1989: Mothers, Daughters and Lovers (télé-film). 1991: Bingo.


Co-produit par Walt Disney et Paramount, le Dragon du lac de Feu fut malencontreusement un échec financier à sa sortie. Sombré dans l'oubli depuis, en dehors d'une poignée d'aficionados indéfectibles, cette production de 18 millions de dollars (qui en rapporta 14 !) demeure pourtant un spectacle d'héroïc-fantasy aussi inhabituel que grandiose de par son réalisme naturaliste. Si bien qu'en l'occurrence, l'écurie Disney s'attelle cette fois-ci à faire preuve d'une certaine violence audacieuse chez les méfaits du dragon destructeur, friand de jouvencelles candides. Le PitchAu royaume d'Urland, un dragon sème la terreur auprès de la population. Pour calmer sa haine, le roi est fréquemment contraint de lui offrir en sacrifice une jeune vierge tirée au sort parmi sa population. Galen, un apprenti-sorcier, va tenter de le combattre depuis que son maître fut malencontreusement assassiné. Fort d'une photo somptueuse aux teintes maltaises et de décors naturels transcendant l'immensité de plaines et montagnes clairsemées, Le Dragon du Lac de Feu séduit par son esthétisme d'une époque moyenâgeuse où la sorcellerie semble en phase de déclin. Le choix des comédiens est notamment un atout anticonformiste pour crédibiliser les enjeux dramatiques de nos protagonistes. Car en oracle autoritaire vieillissant, Ralph Richardson fait preuve de son charisme paternel habituel, alors que son comparse, Galen, interprété par le néophyte Peter McNicol, s'attribue un rôle chevaleresque à la bonhomie étonnamment naïve et quelque peu empotée. Sa compagne Valérik, campée par Caitlin Clarke, possède elle aussi une physionomie ordinaire dans sa beauté suave somme toute modeste.


Ainsi, cette aventure assez obscure, notamment sobrement cocasse, nous illustre donc l'initiation d'un jeune apprenti sorcier délibéré à combattre un monstre belliciste que personne ne semble pouvoir circonscrire. Si son maître nécromancien s'était accordé la tâche de l'enrayer, il en aura décidé autrement au moment opportun pour se porter en sacrifice et ainsi privilégier Galen d'y prendre la relève. S'ensuit alors une expédition de longue haleine pour le jeune disciple afin de traquer le monstre et assurer la sérénité auprès du royaume d'Urland. Ce qui surprend durant son cheminement narratif à l'intérêt grandissant, c'est son refus de l'esbroufe et la volonté majeure de rationaliser un monde médiéval régi par un monarque égocentrique. Pour cause, le roi empli d'orgueil réfute à ce que sa fille chaste soit tirée au sort comme toutes les paysannes prudes de sa contrée afin de satisfaire le dragon irascible. Le réalisateur misant notamment sur la suggestion en retardant au possible les apparitions dantesques de l'animal. Un peu comme les Dents de la Mer ou Alien, le dragon nous sera dévoilé avec parcimonie en divulguant certaines parties de son anatomie. Tant auprès de son immense queue de serpent, l'intonation rugissante de sa gueule cracheuse de feu ou de ses larges ailes déployées du fond d'un ciel crépusculaire !


Or, conjuguant certains traits pittoresques auprès de l'apprenti maladroit féru de renommée, la tendresse de sa liaison naissante avec une paysanne timorée et son aventure dantesque d'une traque laborieuse contre le cruel dragon tant redouté, cette épopée médiévale nous transfigure un univers dépaysant où la magie est en instance d'initiation. L'ultime demi-heure échevelée laissant place à la frénésie de combats homériques entre Galen et l'animal réfugiés dans une grotte de feu pour se livrer une lutte sans merci. Quand au point d'orgue tout aussi épique, il met en valeur les envolées aériennes d'un dragon plus pugnace que jamais afin de provoquer l'antagoniste réfugié en altitude d'une montagne. C'est à cet instant fatidique que la sorcellerie acquise pourra enfin porter ses fruits de par l'anticipation de l'alchimiste retors. Toutes ces séquences impressionnantes où le dragon apparaît dans sa complète anatomie s'avèrent assez saisissantes de réalisme de par son aspect funèbre terriblement hostile. D'ailleurs, en ce qui concerne les effets spéciaux, il s'agit du premier film ayant utilisé la technique de l'animation go-motion supervisée par ordinateur. On est également surpris par la cruauté tolérée à certaines séquences martyrs où de jeunes vierges y sont sacrifiées par embrasement d'un brasier ou simplement dévorées par les rejetons du dragon !


Anticonformiste aux spectacles familiaux édulcorés, Le Dragon du Lac de Feu aborde le genre d'héroic fantasy avec une évidente maturité et même une certaine audace horrifique lors de deux séquences portées en offrande. En réalisateur intègre, Matthew Robbins n'omet pas pour autant la légèreté de l'humour imparti à son héros en herbe et surtout la crédibilité d'un univers médiéval à la fois ténébreux, naturaliste, expressif, sans fioriture aucune. Quand à la caractérisation du monstre belliqueux, il se révèle l'un des dragons les plus probants jamais conçus au cinéma ! (si on écarte Le Règne du Feu et la série prestigieuse Game of Thrones digne du format long). A revoir fissa.

*Bruno
10.08.23. 4èx
10.08.12. 


lundi 6 août 2012

Jeepers Creepers 2 /Jeepers creepers 2 : like a bat out of hell

                                                Photo empruntée sur Google, appartenant au site impawards.com

de Victor Salva. 2004. U.S.A. 1h44 (1h38 sans générique). Avec Ray Wise, Jonathan Breck, Garikayi Mutambirwa, Eric Nenninger, Nicki Aycox, Marieh Delfino, Diane Delano, Thom Gossom J.R, Billy Aaron Brown, Lena Cardwell.

Sortie salles France: 4 Février 2004. U.S: 29 Août 2003

FILMOGRAPHIE: Victor Salva est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur américain, né le 29 Mars 1958 à Martinez. 1989: Clownhouse. 1995: Powder. 1999: Rites of Passage. 2001: Jeepers Creepers. 2003: Jeepers Creepers 2. 2006: Peaceful Warrior. 2012: Rosewood Lane.


Modeste réalisateur, Victor Salva surprit les amateurs du genre avec Jeepers Creepers, petite série B passée inaperçue en salles en 2001 mais bénéficiant ensuite d'un bouche à oreille particulièrement élogieux. Son parfum rétro hérité des années 80 et l'efficacité d'un pitch inspiré de Duel et du psycho-killer contemporain étaient parvenus à captiver le spectateur pour mettre en valeur un croquemitaine hybride des plus charismatiques. Trois ans plus tard, Victor Salva récidive avec une séquelle toute aussi réussie et encore plus vigoureuse à travers son principe du survival palpitant ! 

Synopsis: Sur la route d'une campagne isolée, un autocar transportant une équipe de basketteurs se retrouve immobilisé après que l'un des pneus eut été mystérieusement crevé. Ce traquenard est élaboré par le Creeper, monstre affamé de chair humaine apparaissant tous les 23 printemps durant une période de 23 jours avant sa prochaine hibernation. La lutte pour la survie est engagée !


Bénéficiant d'une splendide photo solaire jaunâtre à l'unisson, la séquence d'ouverture attise déjà fascination, anxiété et stupeur pour le subterfuge imparti à un épouvantail plus vrai que nature. Déguisé en mannequin de paille parmi d'autres modèles au sein d'un champ, le Creeper souhaite en l'occurrence jeter son dévolu sur un adolescent pour le ravir face aux regards médusés de son père et de son frère aîné ! Accablé de tristesse et de colère d'avoir perdu son rejeton après cette tragédie, le fermier semble habité d'une rancoeur vindicative pour retrouver le responsable de cet enlèvement. Passé ce prologue incisif fort réjouissant, nous faisons ensuite connaissance avec un groupe de basketteurs et leurs pom-pom girls faisant route à bord d'un autocar. A la suite d'une panne accidentelle compromise par le Creeper, le groupe de jeunes se retrouve coincé au milieu d'une route champêtre éludée de citadins.


C'est sur cette voie campagnarde jalonné de champs de maïs que l'action se focalise pour laisser libre court aux exactions insidieuses de notre créature ailée, bien avant de renouer avec les retrouvailles de notre fermier revanchard, délibéré à l'annihiler. Interprété par de jeunes comédiens parfois stéréotypés (le bad boy détestable souhaitant dicter sa hiérarchie, le froussard invétéré, l'hypocrite autonome) mais épris d'une conviction tangible quand il s'agit de faire face à la terrible menace, leurs vicissitudes sont habilement planifiées par des péripéties jamais itératives, exploitant notamment à bon escient le cadre de son environnement naturel (la fuite à travers champs des rescapés, les vols aériens du Creeper aperçus du fond d'un ciel lunaire orné d'étoiles). De par la tension d'un suspense solidement charpenté puis  l'entremise d'idées saugrenues, telle la mutation de la créature contrainte de changer de tête pour en décapiter une autre, le véhicule confectionné avec l'aide d'un lance harpon, ou encore l'épilogue confiné à une exhibition macabre, Jeepers Creepers 2 joue la carte du pur divertissement du samedi soir. Mais surtout, le parti-pris de Victor Salva est à nouveau d'authentifier son monstre hétéroclite encore plus railleur, pugnace, cruel, retors et toujours aussi ensorcelant. Cette vigueur impartie aux affrontements et le charisme morbide de l'icone monstrueuse renouvelant sans redite ses méfaits meurtriers ! Et sur ce point, notre Jeepers Creepers est LA véritable star déployant avec vélocité ses immenses ailes et son ricanement étriqué pour se projeter le plus furtivement sur ses victimes infortunées. Ses poursuites aériennes ainsi que son point d'orgue explosif (la vengeance du père opiniâtre) continuant de surenchérir sur les séquences vertigineuses au gré d'une poésie funèbre.


Mené à un rythme échevelé, haletant et bougrement spectaculaire, Jeepers Creepers 2 demeure l'une des rares suites équivalentes à son modèle de par l'intégrité du réalisateur vouant son amour immodéré à un monstre interlope toujours plus magnétique. Esthétiquement superbe et exploitant habilement certaines situations éculées à travers un humour sardonique et de nombreux effets de surprise, ce 2è opus réussit pleinement à surprendre le spectateur embarqué dans un rollercoaster rigoureusement fun, cartoonesque et jouissif. Classique au demeurant.

*Bruno

La Chronique de Jeepers Creepershttp://brunomatei.blogspot.fr/2016/01/jeepers-creepers.html

Dédicace à Christophe Cosyns
06.08.12
11.01.25. Vost


vendredi 3 août 2012

TERREUR A DOMICILE / D'ORIGINE INCONNUE (Of Unknown Origin)

                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site groovydoom.blogspot.fr

de Georges Pan Cosmatos. 1983. U.S.A. 1h28. Avec Peter Weir, Jennifer Dale, Lawrence Dane, Kenneth Welsh, Louis Del Grande, Shannon Tweed.

FILMOGRAPHIE: George Pan Cosmatos était un réalisateur et scénariste grec né le 4 janvier 1941 à Florence (Toscane, Italie), mort le 19 Avril 2005 à Victoria (Colombie-Britannique, Canada) d'un cancer du poumon. 1977: Le Pont de Cassandra. 1979: Bons Baisers d'Athènes. 1983: Terreur à Domicile. 1985: Rambo 2, la Mission. 1986: Cobra. 1989: Leviathan. 1993: Tombstone. 1997: Haute Trahison.


Habile artisan de la série B musclée, George Pan Cosmatos est surtout connu pour avoir réalisé l'excellent film catastrophe Le Pont de Cassandra, puis Rambo 2 et Cobra pour les fans irréductibles d'actionner bourrin. Néanmoins, c'est en 1983 qu'il réalise son oeuvre la plus percutante et originale, un huis-clos sous tension resté inédit en salles Hexagonales puis directement sorti en Vhs ! Interprété par le futur héros de Robocop (Peter Weller), Terreur à Domicile (ou d'Origine Inconnue) reste un modèle d'efficacité et de suspense, transcendé par un scénario roublard impeccablement maîtrisé !
Alors que sa femme et son fils sont en villégiature, un cadre supérieur isolé dans sa demeure est harcelé par un rat belliqueux. Bientôt, ce cauchemar impromptu va virer à l'obsession et engendrer un affrontement impitoyable entre l'homme et l'animal.


A partir d'un concept délirant à peine probable (la lutte sans merci entre un rongeur et un bourgeois prospère communément embrigadés dans un huis-clos), George Pan Cosmatos procède à authentifier un film de terreur d'une diabolique sagacité dans son suspense en crescendo. C'est la maîtrise de son argument à la limite du plausible et une réalisation sans faille qui élèvent Terreur à Domicile à un degré d'efficacité rarement atteint pour le thème de l'agression animale ! L'habileté première qui diffère des films fantastiques outranciers est qu'ici le rat est caractérisé comme un animal physiquement "normal". Son caractère intimidant lui est gratifié d'une redoutable perspicacité à brimer sans répit l'homme retranché ! En alternant scènes de terreur cinglantes et suspense machiavélique distillé au compte goutte, le réalisateur joue autant avec les nerfs du protagoniste exténué que celui du spectateur désorienté. Cette rivalité peu commune entre l'homme et un rat "d'origine inconnue" réussit le tour de force de nous convaincre que ce mammifère puisse ridiculiser l'être humain avec une intelligence finaude !


D'ailleurs, avant les rixes, le réalisateur ne va pas manquer de nous évoquer la réputation notoire de notre rongeur et sa dangerosité universelle. Tel sa faculté à pouvoir se glisser dans un trou de 3 cms, nager 1 km et se maintenir sur l'eau durant 3 jours ! Sa capacité de traverser le plomb et le béton avec ses crocs dont la pression exerce 1,700 kg par cm2 ! Il peut notamment survivre à la descente des WC et à une chute de 5 étages sans blessure ! Quand à sa progéniture, deux rats ont l'aptitude de proliférer jusqu'à 20 millions de nouveaux nés en moins de 3 ans ! Enfin, nous apprenons aussi qu'1/5 des céréales du globe est toujours dévasté (ce qui évalue une perte de 2,5 milliards de kilos rien qu'aux USA !) et qu'au 14è siècle, le rat a transporté la peste noire tuant 1 personne sur 3 de l'Inde en Islande (1/3 du monde civilisé anéanti par le rat !). En alternance, le réalisateur va nous énoncer d'autres infos vis à vis du comportement inflexible du rat pour mieux l'éradiquer, quand bien même  certains pays (l'Inde et l'Extrême- Orient) le considèrent comme une divinité. Cette foule d'informations alarmistes sont mises en évidence de manière à accentuer le sentiment d'appréhension, d'incertitude et de préoccupation avant le combat final redouté ! Et on peut avouer sans rougir que ce baroud d'honneur apocalyptique pour la victoire est un moment d'anthologie aussi furieusement frénétique que belliqueux. Mais auparavant, George Pan Cosmatos nous aura planifié avec réalisme consciencieux et tension permanente la lente dérive paranoïaque d'un homme toujours plus désaxé car confronté aux provocations insidieuses d'une rate implacable !


Dominé par un Peter Weller erratique en diable et utilisant avec dextérité l'aspect terrifiant d'un rongeur ordinaire (en insistant sur les gros plans de sa physionomie), Terreur à Domicile demeure un modèle de terreur anxiogène. Sans nul doute le film le plus roublard jamais réalisé sur le rongeur quadrupède ! Son efficacité toujours plus insolente, son sens du rythme incisif et la rigueur d'une mise en scène autoritaire nous déconcertent sans jamais défaillir ! Mais la plus grande réussite de cette fable sarcastique fustigeant le matérialisme de l'homme moderne réside dans son scénario original proprement jubilatoire. Il pourrait même se révéler potentiellement plausible dans nos fantasmes les plus fous !

http://www.thesun.co.uk/sol/homepage/news/3102460/Invasion-of-the-giant-rats-in-Bradford.html

03.08.12. 4èx
Bruno Matéï

mardi 31 juillet 2012

28 Jours plus tard / 28 Days later

                                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site listal.com

de Danny Boyle. 2002. Angleterre. 1h53. Avec Cillian Murphy, Naomie Harris, Megan Burns, Brendan Gleeson, Christopher Eccleston, Alex Palmer, Bindu De Stoppani, Jukka Hiltunen, David Schneider.

Sortie salles France: 28 Mai 2003. U.S: 27 Juin 2003

FILMOGRAPHIE: Danny Boyle est un réalisateur Britannique, né le 20 Octobre 1946 à Manchester. 1994: Petits Meurtres entre amis. 1996: Trainspotting. 1997: Une Vie moins Ordinaire. 2000: La Plage. 2002: 28 Jours plus tard. 2004: Millions. 2007: Sunshine. 2008: Slumdog Millionaire. 2010: 127 Hours. 2013: Trance. 2015: Steve Jobs.


"Rage et solitude : 28 Jours plus tard".
Précurseur du film d’infectés moderne (si l’on met de côté le pizzaiolo Avion de l’Apocalypse !), renouveau d’une vague de zombies sous amphétamines, 28 Jours plus tard inaugure une trilogie post-apo. Si son influence remonte à Romero, Danny Boyle se révèle assez habile, inspiré, tatillon et intègre pour livrer une terrifiante descente aux enfers, où la dignité humaine vacille. 

Le pitch : une association pour la cause animale force l’entrée d’un laboratoire pour libérer des chimpanzés voués à la vivisection. Contaminé par la rage, le premier singe libéré lacère le cou d’un sauveteur. Vingt-huit jours plus tard, la quasi-totalité des humains est balayée par ce virus du sang, poussant les infectés à s’entretuer dans une frénésie incontrôlable. Jim, rescapé d’un coma, croise quelques survivants pour affronter ensemble cette menace carnassière.

À partir de cet argument usé - une poignée de survivants cherchant refuge dans un monde dévasté - Boyle dénonce dès son prologue l’embrasement religieux et la folie guerrière de l’homme. Par le truchement d’images d’archives télévisées, le malaise s’installe : il met à nu la barbarie de civils livrés à l’anarchie. Catastrophique miroir tendu à la violence urbaine galopante, avant qu’un primate contaminé n’entraîne l’humanité dans une furie aveugle. La photo, rugueuse, trouble, désaturée, exploitée en caméra DV pour accentuer la facture documentaire, dépayse le spectateur, immergé dans une solitude splendide : un pays vidé de sa chair. Ce climat post-apo, soigneusement authentique, distille une décrépitude implacable : rares survivants cloîtrés dans des appartements abandonnés, cadavres empilés sous la traque de hordes agressives flairant la moindre proie. C’est Jim, ex-blessé à peine tiré de son hôpital déserté, qui croise un père et sa fille, puis une femme farouche. Ensemble, ils s’aventurent vers l’inconnu, quête de havre fragile au milieu des ruines.


Avec pudeur, Boyle imprègne ses personnages d’une humanité palpable, désespérément vivante au cœur du chaos. Pour amplifier cette insécurité rampante, certaines attaques fulgurantes déchirent l’écran, frénétiques, d’une vigueur tétanisante. La mise en scène, personnelle, entretient cette peur viscérale et cet isolement oppressant qui pèsent sur les épaules des héros - jusqu’à ce qu’un escadron de militaires extrémistes les prenne en otage après un accueil trompeur. En crescendo, la mise en scène jusque-là dépouillée bascule dans l’action et l’horreur, avec des scènes éprouvantes. En prime, la partition magistrale - Boyle, Godspeed You! Black Emperor, John Murphy - scande une ambiance mortuaire, tandis que les héros affrontent la dictature militaire et les infectés tapis dans l’ombre du château. Le scénario, d’une efficacité implacable, joue sur la peur, le doute, la mort toujours imminente, forgeant une empathie précieuse pour ces êtres ballottés dans un no man’s land précaire. Jusqu’à ce point d’orgue où la folie primitive des militaires dévoile un machisme obscène, humiliant la femme par le viol et la domination.


"28 Jours pour dévorer le monde: Une ambiance pestilentielle à couper au rasoir." 
Si 28 Jours plus tard surclasse sans peine tous ses ersatz à venir, c’est autant par la densité humaine de ses figures que par son atmosphère de désolation qui cloue le spectateur au siège. Cette compassion désenchantée, infusée dans une élégie urbaine et naturelle, soutient une exode étrangement muette. Réaliste, âpre, tendu, désespéré, viscéralement humain, dépressif et parfois poétique (la traversée des chevaux !), cet incontournable du genre imprime un souvenir sensoriel, magnétique, comme hérité du documentaire. Ni plus ni moins qu’un classique.

*Bruno
16.10.23. 3èx
31.07.12. 


Info Erratum ! http://www.erreursdefilms.com/sf/voir-toutes-les-erreurs-28-jours-plus-tard-28JP.html

Récompenses: Prix du meilleur film britannique lors des Empire Awards en 2003.
Prix de la meilleure photographie lors des Prix du cinéma européen en 2003.
Prix du meilleur réalisateur lors du festival Fantasporto en 2003.
Prix du meilleur film étranger lors du Festival international du film fantastique de Neuchâtel en 2003.
Saturn Award du meilleur film d'horreur en 2004.


vendredi 27 juillet 2012

THE DARK KNIGHT RISES


de Christopher Nolan. 2012. U.S.A./Angleterre. 2h45. Avec Christian Bale, Liam Neeson, Joseph Gordon-Levitt, Anne Hattaway, Gary Oldman, Morgan Freeman, Marion Cotillard, Michael Caine, Juno Temple.

Sortie salles France: 25 Juillet 2012. U.S: 20 Juillet 2012

FILMOGRAPHIE: Christopher Nolan est un réalisateur, scénariste et producteur anglais, né le 30 Juillet 1970 à Londres en Angleterre.
1998: Following. 2000: Memento. 2002: Insomnia. 2005: Batman Begins. 2006: Le Prestige. 2008: The Dark Knight. 2010: Inception. 2012: The Dark Knight Rises.


Huit ans après les tragiques évènements qui vont valu la défaite du Joker, d'Harvey dent et de Batman, Bruce Wayne reste reclus dans sa demeure, épargné de la foule et des médias. Mais une cambrioleuse circonspecte et un terroriste du nom de Bane vont contraindre le justicier masqué à renflouer sa panoplie pour combattre le crime et l'injustice.


Suite et fin de la trilogie du Chevalier noir entamé en 2005, The Dark Knight Rises conclu de manière toujours aussi ambitieuse la destinée du héros névrotique issu des planches de Comic books. Cette fois, Christopher Nolan aborde le thème du terrorisme de grande ampleur dans un état en crise où les nantis véreux ont davantage le monopole de la mégalomanie. Tristement actuel donc pour mettre en exergue l'impuissance des pauvres, des exclus et des marginaux, subordonnés au côté obscur du terroriste Bane, délibéré à faire exploser un engin nucléaire en plein centre urbain. Sombre et fascinant dans la densité d'un scénario catastrophiste aux enjeux démesurés, le troisième chapitre de Batman est une quête initiatique sur le sens de la bravoure et du sacrifice en transcendant ses peurs par la rage de vaincre. L'impact du film est indubitablement imparti à ces protagonistes meurtris, que ce soit Bruce Wayne réduit à l'état d'esclave dans la cavité d'une prison séculaire; mais obnubilé à remonter à la surface pour combattre un nouvel antagoniste redoutable. Bane, dangereux terroriste au passé trouble et galvaudé est uniquement voué à annihiler la terre entière par dépit revanchard. Entre nos deux rivaux pugnaces, Selina Kayle, cleptomane de renom s'accapare des fortunes de riches industriels pour tenir lieu de sa rancoeur inhérente. Il y a aussi John Blake, un policier orphelin particulièrement empathique pour daigner convaincre Batman de rempiler la panoplie afin que l'injustice soit à nouveau combattue pour redresser une cité en chute libre. Spoiler ! Pour clore ses profils torturés mais téméraires et afin de ne pas spoïler, j'occulterai le nom d'un personnage clef plutôt discret (voir, faussement effacé !) auquel son point d'orgue révélateur lèvera le voile sur sa véritable identité dans un coup de théâtre percutant ! Fin du Spoiler


Réalisé de main de maître avec une virtuosité à couper le souffle pour exacerber un suspense oppressant, The Darl Knight Rises n'oublie pas pour autant de nous façonner dans sa dernière heure  un immense spectacle au souffle épique disproportionné. Les séquences d'actions, de poursuites en véhicules ou de guérilla urbaine impressionnent par leur acuité spectaculaire d'une débandade civile livrée à l'anarchie. Alors que sa dramaturgie émotive empreinte de lyrisme parachève une course éreintante contre la mort que Batman et ses comparses vont devoir endurer pour contrecarrer un psychopathe contestataire.
Et afin de symboliser une nouvelle icône du mal, Tom Hardy se révèle parfaitement approprié dans sa nouvelle stature corpulente (15 kilos d'embonpoint entrepris rien que pour sa prestance corporelle !) afin de crédibiliser un terroriste au visage martelé d'un masque d'acier. Son timbre de voix élevé et profond exprime d'une manière théâtrale ses ambitions nihilistes à un peuple assujetti sans faire preuve d'une once d'indulgence. Son passé trouble et torturé est d'autant plus partial que sa vengeance planifiée l'a définitivement assouvie aux racines du mal. Dans celui du chevalier noir, Christian Bale endosse une ultime fois un héros malmené après avoir retrousser sa panoplie, cette fois-ci exilé au fond d'un gouffre carcéral. Mais sa vaillance pugnace de réfréner ses peurs par la rage de vaincre l'illégalité nous confine vers l'endurance d'une confrontation physique afin de corriger le mécréant Bane !


Réflexion sur la défaillance d'une politique affabulatrice, tutrice de la crise économique, introspection du dépassement de soi et du sens du sacrifice, The Dark Knight Rises achève de manière olympienne une trilogie fondée sur la notion d'héroïsme et la responsabilité de l'engagement. Ses protagonistes meurtris opposés à leur raison et aux sentiments nous bouleversent finalement dans leur propre affliction galvaudée par la colère ou la haine punitive. La partition musicale puissamment orchestrée par Hans Zimmer scande le rythme d'une épopée homérique à l'intensité dramatique en apothéose. Cet embrasement d'apocalypse élève pourtant le mythe du héros "sans pouvoir" à sa valeur humaine par le sens de l'offrande. Là où les surhommes ou demi-dieu se lèguent à la mort, à l'exception des légendes vouées à perdurer pour ne jamais s'éteindre... 

La critique de mon ami Gilles Rollandhttp://www.onrembobine.fr/critiques/critique-the-dark-knight-rises
01.08.12
Bruno Matéï

jeudi 26 juillet 2012

House. Prix de la Critique Avoriaz. Grand Prix au Rex, 1986.

                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site Cinemovies.fr

de Steve Miner. 1986. U.S.A. 1h32. Avec William Katt, George Wendt, Richard Moll, Kay Lenz, Mary Stavin, Michael Ensign, Erik Silver, Mark Silver, Susan French, Alan Autry, Steven Williams.

Sortie salles France: 4 Juin 1986. U.S: 28 Février 1986

FILMOGRAPHIE: Steve Miner est un réalisateur américain, né le 18 Juin 1951 à Westport, dans le Connecticut. 1981: Le Tueur de Vendredi. 1982: Meurtres en 3 dimensions. 1986: House. 1986: Soul Man. 1989: Warlock. 1991: A coeur vaillant rien d'impossible. 1992: Forever Young. 1994: Sherwood's Travels. 1994: My Father ce Héros. 1996: Le Souffre douleur. 1998: Halloween, 20 ans après. 1999: Lake Placid. 2001: The Third Degree (télé-film). 2001: Texas Rangers, la revanche des Justiciers. 2002: Home of the Brave (télé-film). 2006: Scarlett (télé-film). 2007: Day of the Dead.


Récompensé à Avoriaz et au Rex après avoir remporté un joli succès en salles, House surfe sur le démoniaque Evil-dead depuis une nouvelle tendance d'horreur cartoonesque. Conçu à l'instar d'un train fantôme émaillé de chausse-trappe et revirements délirants, cette série B typiquement ludique s'approprie du thème de la demeure hantée en transcendant ses conventions auprès d'une dérision sarcastique assez finaude.  Après la disparition inexpliquée de son fils Jimmy qui aboutira au divorce de sa femme, et après la mort de sa tante, le célèbre écrivain Roger Cobb s'installe dans la demeure de la défunte pour écrire son dernier roman. Mais des phénomènes surnaturelles vont se manifester prouvant notamment que son fils est bel et bien toujours vivant, retenu prisonnier dans une dimension inconnue. Loufoque et débridé avec une générosité permanente, House constitue le divertissement idéal du samedi soir bâti sur un scénario inventif alléguant un déploiement de monstres ricaneurs en tous genres. Avec comme point de départ l'argument horrifique d'une demeure hantée occultant une disparition inexpliquée, Steve Miner dynamite les traditionnels clichés lors d'une succession de gags euphorisants.


La caractérisation des personnages excentriques étant exploitée à bon escient auprès de leur complicité amicale sournoise. Ainsi, notre vénérable romancier se retrouve épié par un voisin de palier investigateur et pleutre, quand bien même une bimbo désinvolte usera un peu plus tard de son charme pour lui soumettre la garde de son rejeton. Les vicissitudes improvisées qui en émanent, telle l'investigation des flics dans la maison de Roger, la visite surprise de son ex épouse ou encore la main baladeuse agrippée au dos du bambin, sont habilement acheminées avec une efficacité roublarde. La comédie horrifique aurait également pu se prénommer Monster in the Closet tant la maison recèle de pièces secrètes et sombres placards investis par des hordes d'esprits farceurs ! L'esprit cartoonesque ambiant (d'autant plus que la maison gothique ressemble en quelque sorte à un jouet grandeur nature), la fantaisie naïve que nos protagonistes nous expriment en toute spontanéité rendent l'aventure diablement réjouissante par son esprit déjanté. Epaulé d'effets spéciaux artisanaux, tant pour la confection singulière des monstres en latex que de l'environnement surnaturel d'une maison au seuil d'une 4è dimension (le saut dans le vide précipité par Roger de sa salle de bain abouti au repère hostile d'une jungle vietnamienne !), House dépayse, détonne et surprend avec une inventivité décomplexée.


Bougrement sympathique, atmosphérique et donc dépaysant, House festoie autour d'une horreur cartoonesque, de par son script dingo et ces comédiens avenants à la bonne humeur expansive. Quant à la contribution musicale de l'éminent Harry Manfredini, il y transfigure une cadence entêtante afin de renforcer l'intensité toujours plus barrée d'un train fantôme envahit d'itinérants récalcitrants.

*Bruno Matéï
26.07.12. 
31.05.22. 6èx

Récompenses: Prix de la Critique à Avoriaz, 1986
Grand Prix au Rex de Paris, 1986

mardi 24 juillet 2012

CARNAGE (Prime Cut)


Photo empruntée sur Google, appartenant au site esbilla.wordpress.com

de Michael Ritchie. 1972. U.S.A. 1h27. Avec Lee Marvin, Gene Hackman, Angel Tompkins, Gregory Walcott, Sissy Spacek, Janit Baldwin, William Morey, Clint Ellison, Howard Platt, Les Lannom, Eddie Egan.

Sortie salles U.S: 28 Juin 1972

FILMOGRAPHIE: Michael Ritchie est un réalisateur américain, né le 28 Novembre 1938 à Waukesha, dans le Wisconsin, décédé le 16 Avril 2001 à New-York.
1967: La Course à la Vérité (télé-film). 1969: La Descente Infernale. 1972: Carnage. 1972: Votez Mc Kay. 1975: Smile. 1976: La Chouette Equipe. 1977: Les Faux Durs. 1979: An Almost Perfect Affair. 1980: l'île Sanglante. 1980: Divine Madness ! 1981: Student Bodies. 1983: The Survivors. 1985: Fletch aux Trousses. 1986: Femme de Choc. 1986: Golden Child. 1988: Parle à mon psy, ma tête est malade. 1989: Autant en emporte Fletch. 1989: La Nuit du Défi. 1993: Complot meurtrier contre une pom-pom girl (télé-film). 1994: Les Robberson enquêtent. 1994: La Révélation. 1997: Comfort Texas (télé-film). 1997: La Guerre des Fées. 2000: The Fantasticks.


Réalisé par un cinéaste éclectique aimable faiseur de séries B, Michael Ritchie élabore en 1971 un de ces premiers métrages et sans doute le plus maîtrisé dans le genre policier, ici violent et parfois tendu. Il est dommageable que cette série B remarquablement troussée et dominée par l'illustre prestance de deux monstres sacrés du cinéma (Lee Marvin et Gene Hackman) soit sombrée malencontreusement dans l'oubli.

Un tueur de la mafia et ses coéquipiers vont tenter de récupérer l'argent fraudé d'un trafiquant de drogue et de prostitution, planqué derrière l'entreprise d'un abattoir bauvin du Kansas. Mary Ann doit en effet à son supérieur de Chicago plus de 500 000 dollars. Les deux hommes vont se provoquer sans intimidation et se confronter à une guerre de clans en pleine campagne rurale. 


A partir d'une trame linéaire éludée de surprises, Michael Ritchie exploite au possible le cadre bucolique de champs de cultivation auquel deux clans mafieux vont devoir s'y planquer pour récupérer un butin d'un demi million de dollars. Avec l'efficience d'une narration lestement structurée dans une mise en scène solide et la présence fébrile de deux mafieux obtus, Carnage est un excellent polar jalonné d'action cinglante et de plages intimistes sur la considération féministe. En effet, Devlin, tueur au grand coeur alarmé par la condition sordide infligée aux jeunes prostituées de Mary Ann, va prendre sous son aile l'une d'entre elles (Sissy Spacek à son tout jeune
âge de beauté candide !) en guise d'acompte. Une façon insolente d'inciter ce dernier à livrer l'argent pour leur prochaine transaction établie au sein d'une foire commerciale bondée de riverains. A ce titre, l'aspect glauque et réaliste d'une séquence clef interpelle les esprits quand une poignée d'esclaves sexuelles sont retrouvées droguées, allongées sur des stands de paille afin d'exposer leur corps dénudé devant une foule de pervers nantis. Bien évidemment, leur rencontre escomptée va aboutir à un sanglant règlement de compte au cours duquel les hommes de main de Mary Ann ne vont pas hésiter à sortir les fusils pour exécuter Devlin et ses complices.


Michael Ritchie exploite habilement son environnement champêtre de champs de mais et de tournesols que nos protagonistes vont devoir traverser pour contrecarrer l'antagoniste. Ces scènes de courses poursuites haletantes et fertiles sont parfaitement coordonnées dans une mise en scène rigoureuse comme cette traque à bout de souffle envisagée à Devlin et sa compagne, tentant désespérément d'échapper aux entrailles d'une moissonneuse batteuse !
Sans instant de répit, et entre deux séquences intimes d'idylle (notamment les retrouvailles de Devlin avec son ancienne maîtresse, se révélant en l'occurrence l'épouse hautaine de Mary Ann !), Carnage est rehaussé par la présence majeure de deux leaders à forte tête, respectivement incarnés par nos briscards Lee Marvin et Gene Hackman. Leur affrontement pugnace émaillé de dérision caustique dans leur verve insolente donne lieu à des séquences percutantes de gunfight, notamment avec l'impact explosif déployé par les fusils à pompe de leurs adjoints !


D'une grande efficacité dans sa narration linéaire et captivant par ses enjeux encourus, Carnage est un petit classique du polar rugueux des années 70. Le cadre insolite de son ambiance rurale et l'humour parfois décalé résultant de certaines situations extravagantes renforcent son aspect anticonformiste d'une oeuvre militante pour la cause animale. Car ici l'homme dépravé et anthropophage s'en distingue par la monstruosité cupide de sa propre mégalomanie.

24.07.12
Bruno Matéï



vendredi 20 juillet 2012

THE DARK KNIGHT (Batman, The Dark Knight)

                                       
Photo empruntée sur Google, appartenant au site Cinemovies.com

de Christopher Nolan. 2008. U.S.A. 2h32. Avec Christian Bale, Michael Caine, Heath Lodger, Aaron Eckhart, Maggie Gyllenhaal, Gary Oldman, Morgan Freeman, Eric Roberts, Cillian Murphy, Anthony Michael Hall.

Sortie salles France: 13 Août 2008. U.S: 13 Juillet 2008

Récompenses: Oscar 2008 du Meilleur Second Rôle Masculin pour Heath Lodger
Oscar du Meilleur Montage Sonore.

FILMOGRAPHIE: Christopher Nolan est un réalisateur, scénariste et producteur anglais, né le 30 Juillet 1970 à Londres en Angleterre.
1998: Following. 2000: Memento. 2002: Insomnia. 2005: Batman Begins. 2006: Le Prestige. 2008: The Dark Knight. 2010: Inception. 2012: The Dark Knight Rises.


Batman doit combattre un nouvel ennemi délibéré à procréer le Mal sur Gotham City et ainsi mieux asservir le monde. Sévèrement malmené par une population qui ne croit plus en ses capacités bienfaitrices, le chevalier noir va devoir user de bravoure et vaillance pour se mesurer au joker mais aussi se confronter à un ancien procureur rendu fou de vengeance, Double-face !


Succès invétéré auprès de la critique et du public lors de sa sortie, The Dark Knight est une oeuvre nihiliste et désenchantée sur la notion éperdue de héros. Puisqu'ici Batman, plus que jamais dubitatif sur ses fonctions rédemptrices de justicier redresseur de tort est sévèrement compromis par un sociopathe mégalo, mais aussi sa propre démographie humaine réfractaire à son inefficacité altruiste. Une population précaire en quête d'idéologie car incessamment destinée à refondre un nouvel espoir pour leur postérité après la déroute de Batman. Premier film de super-héros pour adulte d'une richesse thématique abstraite dans les introspections torturées de nos protagonistes confrontés à l'anarchie chaotique du Joker, The Dark Knight est un cauchemar urbain asservi par la folie ambiante. Le maître de cérémonie est ici représenté par un clown sournois au visage ricaneur badigeonné de cirage. Sa quête inhérente n'est que provoquer le désordre et la destruction pour pervertir un monde sur le déclin. De manière sardonique, le Joker va imposer à ses rivaux nombre de dilemmes inéquitables sur le sort réservé aux victimes molestées et par la même occasion influencer les gardiens de l'ordre à reconsidérer leur conviction sur la moralité de l'existence. Pour exacerber la débâcle, un ancien procureur rendu fou de haine après le sacrifice toléré à sa défunte se reconverti du côté obscur pour libérer sa vengeance sur les responsables de cet acte malencontreux. Autour de ce trio maudit, un lieutenant de police va lui aussi tenter d'apporter son soutien dans sa ville sinistrée et épauler Batman dans ces épreuves de force consécutives pour contrecarrer ses psychotiques farceurs.


Dans une mise en scène virtuose déployant avec fluidité des séquences d'action homérique ultra spectaculaires, Christopher Nolan dédie néanmoins son oeuvre funèbre à la densité tourmentée de ces personnages égarés dans le sens de l'équité. C'est notamment cette ambiance de déliquescence humaine où la population affolée ne sait plus à qui se vouer pour éradiquer la pègre criminelle que The Dark Knight prend des allures d'opéra dramatique. Au milieu de ce chaos, trois justiciers vont devoir se mesurer et s'entredéchirer pour retrouver un regain d'intérêt à leur notion de survie. 
Si cette traque implacable se révèle si intense, contrariante dans sa déchéance humaine en roue libre et éprouvante dans les enjeux dramatiques impartis, elle le doit notamment à la dimension psychotique du regretté Heath Lodger. En bouffon excentrique odieusement pervers dans ses exactions inlassables, l'acteur endosse son personnage avec une foi autoritaire intarissable ! Le joker déluré crève littéralement l'écran et impose sa prestance avec un charisme machiavélique, sachant que sa destinée est vouée à une certaine victoire tendancieuse ! De son côté obscur d'un psyché névrosé, Christian Bale, dans la peau du chevalier noir, n'aura jamais été aussi malmené et déprécié par son ennemi juré, alors qu'une population égoïste et intransigeante décide de lui tourner le dos pour ses inadvertances humaines. Un homme meurtri et replié, douteux de ces compétences héroïques quand un rival futé finit par accéder à la consécration. Au final, Batman s'occulte dans l'anonymat afin de laisser croire à la démographie de Gotham City que l'espoir continue de perdurer, tant qu'un héros tapi dans l'ombre puisse à nouveau croire en sa commodité. 


D'une densité humaine désespérée et d'une dimension épique étourdissante, The Dark Knight explore des thématiques passionnantes et profondes sur la notion d'héroïsme, l'équité et la vengeance, la perte d'identité et notre ambiguïté existentielle exposée au Bien et au Mal. Baignant dans une ambiance crépusculaire et déployant des effets pyrotechniques en alliance avec son cheminement narratif, ce chef-d'oeuvre obscur est en outre sublimé par la prestance nocive d'un génie du dilemme immoral, un Joker blafard ! Son pouvoir hypnotique de fascination prédomine et ébranle le spectateur embarqué dans une odyssée à bout de souffle, et de lui laisser en mémoire le film de super-héros le plus adulte et opaque jamais réalisé !

20.07.12. 2èx
Bruno Matéï

Apport technique du blu-ray: 10/10