vendredi 16 novembre 2012

A perdre la raison. Prix d'interprétation Féminine, Cannes 2012

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinebel.be

de Joachim Lafosse. 2012. Belgique. 1h51. Avec Emilie Dequenne, Niels Arestrup, Tahar Rahim, Stéphane Bissot, Mounia Raoui, Redouane Behache, Baya Belal.

Sortie salles France: 22 Août 2012

Récompense: Prix d'Interprétation Féminine pour Emilie Dequenne, dans la catégorie: Un Certain Regard.

FILMOGRAPHIE: Joachim Lafosse est un cinĂ©aste, scĂ©nariste, dramaturge et metteur en scène de théâtre belge, nĂ© le 18 Janvier 1975 Ă  Uccle. 2004: Folie PrivĂ©e2006: Ca rend heureux. 2006: Nue PropriĂ©tĂ©. 2008: Elève Libre. 2012: A perdre la Raison


InspirĂ© d'une sordide affaire d'infanticide survenue en FĂ©vrier 2007, A perdre la raison dĂ©crit la lente descente dans la folie d'une mère de famille, Ă©pouse de quatre enfants. Dans un climat austère, pesant et dĂ©pressif, le rĂ©alisateur belge Joachim Lafosse nous convie donc Ă  une dĂ©rive psychotique vis Ă  vis d'une femme dĂ©munie car trop esseulĂ©e pour se raccrocher Ă  un soutien psychologique. Epouse d'un marocain impassible subjuguĂ© par son travail, Muriel est contrainte de partager sa vie conjugale parmi la prĂ©sence du père adoptif de Mounir, le mĂ©decin Pinget. Au fil des mois, après quelques accrochages intempestifs vis Ă  vis de leur autonomie et de la postĂ©ritĂ© des enfants, le couple dĂ©cide de s'exiler au Maroc avec l'accord de Pinget. Pour tenter de soigner sa dĂ©pression et sous la recommandation du paternel de Mounir, Murielle part consulter une psychologue. Mais une sĂ©vère discorde d'ordre relationnelle contraint la jeune femme Ă  endiguer ses futures sĂ©ances de thĂ©rapie. En perte de repères, Ă©touffĂ©e par la prĂ©sence envahissante de Pinget et ses quatre enfants et dĂ©laissĂ©e par un mari inexistant, Murielle perd pied et sombre dans la folie. 


Photographie clinique, atmosphère anxiogène suffocante et hyper rĂ©alisme d'une mise en scène acĂ©rĂ©e impliquent le spectateur de manière sensitive vers une introspection mentale d'une jeune mère de famille nĂ©vralgique. Le climat tendu entretenu au sein du couple et la relation en demi-teinte qu'ils doivent consentir avec le Dr Pinget rendent leur labeur pĂ©niblement inconfortable. Ce sentiment de claustration est d'autant plus lourd Ă  supporter que les interprètes du film, exceptionnels de vĂ©racitĂ©, exacerbent cette dĂ©chĂ©ance conjugale en chute libre. Outre les prestances probantes de Niels Arestrup (impressionnant d'ambiguĂŻtĂ© dans sa spontanĂ©itĂ© affable) et du surdouĂ© Tahar Rahim (rĂ©vĂ©lĂ© dans le multi-cĂ©sarisĂ© Un Prophète), une mention particulière est indubitablement impartie Ă  la performance criante de vĂ©ritĂ© d'Emilie Dequenne (louablement rĂ©compensĂ©e Ă  Cannes). Dans une froideur dĂ©sespĂ©rĂ©e, elle retransmet avec une acuitĂ© neurotique le rĂ´le chĂ©tif d'une mère de famille totalement dĂ©semparĂ©e par son environnement cafardeux dont personne ne semble Ă©prouver une moindre empathie.


Remarquablement mis en scène avec un souci de rĂ©alisme proche du docu vĂ©ritĂ© et dominĂ© par la prestance de trois comĂ©diens Ă©poustouflants de conviction, A perdre la raison est un drame familial d'une noirceur et d'un dĂ©sespoir pĂ©niblement supportable. Le climat dĂ©rangeant et le malaise diffus que le rĂ©alisateur vĂ©hicule avec application rendent le film finalement antipathique et (trop ?) austère. A conseiller avec rĂ©serve et prudence donc.

16.11.12
Bruno 

La polĂ©mique des intĂ©ressĂ©s (Source Wikipedia): Bien qu'il n'ait pas vu le film, BouchaĂŻb Moqadem, le père des enfants de Geneviève Lhermittte, l'a critiquĂ© en le dĂ©crivant comme "insulte Ă  la mĂ©moire de mes enfants." Il a ajoutĂ©, "J'ai le droit Ă  l'oubli. Cet assassinat et ce massacre gratuit sont inexplicables. Comment peut-on alors l'expliquer avec un artiste ?". Le Dr. Schaar qui a inspirĂ© le personnage jouĂ© par Niels Arestrup s'est Ă©galement indignĂ© par rapport au film, "C'est faire du fric sur cinq cadavres d'enfants". Il estime que Joachim Lafosse "a fait preuve d’un manque d’empathie vis-Ă -vis des enfants morts et se fout complètement des protagonistes vivants."En mai 2010, les deux intĂ©ressĂ©s s'Ă©taient dĂ©jĂ  vivement opposĂ©s Ă  la rĂ©alisation du projet et avaient par la suite rĂ©clamĂ© un droit de regard sur l'Ĺ“uvre qui leur a Ă©tĂ© refusĂ©.


jeudi 15 novembre 2012

L'Arbre de Noel (The Christmas Tree / When Wolves Cry)

                                                                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site femme-de-sable.skyrock.com

de Terence Young. 1969. Italie/France. 1h48. Avec William Holden, Brook Fuller, Bourvil, Virna Lisi, Madeleine Damien, Friedrich von Ledebur, Mario Féliciani, Michel Thomass, Georges Douking.

Sortie salles France: 15 Octobre 1969

FILMOGRAPHIE: Terence Young est un réalisateur et scénariste britannique, né le 20 Juin 1915 à Shangaï (Chine), décédé le 7 Septembre 1994 à Cannes (France) d'une crise cardiaque.
1946: La Gloire est à eux. 1948: l'Etrange Rendez-vous. 1948: One night with you. 1949: Les Ennemis Amoureux. 1950: Trois des Chars d'Assaut. 1951: La Vallée des Aigles. 1952: The Tall Headlines. 1953: Les Bérets Rouges. 1955: La Princesse d'Eboli. 1955: Les Quatre Plumes Blanches. 1956: Safari. 1956: Zarak le valeureux. 1957: Au bord du Volcan. 1958: La Brigade des Bérets noirs. 1959: Serious Charge. 1960: Les Collants Noirs. 1960: La Blonde et les nus de Soho. 1961: Les Horaces et les Curiaces. 1962: James Bond contre Dr No. 1963: Bons baisers de Russie. 1965: Les Aventures amoureuses de Moll Flanders. 1965: Guerre Secrète. 1965: Opération Tonnerre. 1966: Opération Opium. 1967: Peyrol le boucanier. 1967: La Fantastique Histoire vraie d'Eddie Chapman. 1967: Seule dans la nuit. 1968: Mayerling. 1969: l'Arbre de Noel. 1970: De la Part des Copains. 1971: Soleil Rouge. 1972: Cosa Nostra. 1974: Les Amazones. 1974: The Klansman. 1977: Woo fook. 1979: Liés par le sang. 1981: Inchon. 1983: La Taupe. 1988: Run for your Life.


Classique tĂ©lĂ©visuel des fĂŞtes de fin d’annĂ©e, ce mĂ©lodrame signĂ© par un vĂ©tĂ©ran du cinĂ©ma populaire conserve intact son impact Ă©motionnel lorsqu’il s’agit de partager les derniers instants d’un enfant atteint de leucĂ©mie. TirĂ© du roman de Michel Bataille, ce rĂ©quisitoire contre le pĂ©ril nuclĂ©aire ne laisse personne indiffĂ©rent face Ă  l’iniquitĂ© d’une maladie incurable, surtout quand elle s’acharne sur la plus tendre jeunesse. Certains spectateurs, rĂ©fractaires au mĂ©lodrame, trouveront peut-ĂŞtre Ă  redire Ă  sa dramaturgie emphatique. Pourtant, c’est une Ĺ“uvre intègre et sensible, qui refuse le pathos racoleur, tandis que la brutalitĂ© de son Ă©pilogue surprend par sa radicalitĂ©. Avec les compositions poignantes de William Holden, Virna Lisi, le jeune Brook Fuller, et l’aisance naturelle de Bourvil, Ă  contre-emploi, Terence Young offre un conte de NoĂ«l bouleversant et dĂ©senchantĂ©. Si le discours moralisateur sur le nuclĂ©aire flirte parfois avec la caricature, la leçon de dignitĂ© portĂ©e par le rĂ©alisateur emporte tout sur son passage, Ă©voquant avec pudeur le quotidien d’une famille unie, dĂ©terminĂ©e Ă  combler les attentes d’un enfant conscient de sa dĂ©veine. Pour apprivoiser cette injustice insoutenable, les protagonistes se rĂ©fugient dans l’instant prĂ©sent, prodiguant sans retenue l’amour qu’un enfant fustigĂ© doit rĂ©colter. Profiter pleinement de l’Ă©panouissement commun avant d’affronter la perte inĂ©vitable. Latente, l’angoisse se lit aussi du cĂ´tĂ© de la famille, redoutant la fin prochaine, tandis que l’enfant, conscient de son dĂ©clin, est pris d’une anxiĂ©tĂ© viscĂ©rale.


Sous un hiver rigoureux, en cette veille de NoĂ«l, Terence Young glisse une nuance poĂ©tique, teintĂ©e de mĂ©lancolie, dans la relation fraternelle que Pascal entretient avec un couple de loups. Ces mammifères sauvages, dĂ©robĂ©s dans un zoo par son père Laurent et Verdun, incarnent un voeu utopique. Au-delĂ  du thème grave de la maladie incurable et du pĂ©ril atomique, L’Arbre de NoĂ«l doit son intensitĂ© Ă©motionnelle Ă  l’harmonie de ses interprètes. Dans le rĂ´le de Pascal, le jeune Brook Fuller Ă©meut en enfant martyr promis Ă  la mort, trouvant le juste Ă©quilibre entre gentillesse spontanĂ©e et maturitĂ© responsable, sans appuyer sur la corde sensible. Bourvil, complice au naturel bonhomme, surprend par sa sobriĂ©tĂ©, traduisant indignation et peine face aux consĂ©quences du danger nuclĂ©aire. Virna Lisi, maĂ®tresse Ă©prise d’amour pour Laurent, cultive une prĂ©sence discrète, s’isolant volontairement pour prĂ©server l’Ă©quilibre fragile de Pascal, avant de se montrer maternelle auprès du couple rĂ©fugiĂ© Ă  la maison de campagne pour la veillĂ©e. Enfin, William Holden incarne avec poignante conviction un homme d’affaires rongĂ© par la rancĹ“ur de la bĂŞtise humaine mais dĂ©vouĂ© Ă  son enfant, prĂŞt Ă  le combler de cadeaux tout en lui offrant la tendre compagnie des loups sauvages.

 
"Le Noël des Loups et des Étoiles"
L’Arbre de NoĂ«l demeure un mĂ©lodrame humble et bouleversant, dont l’issue tragique et irrĂ©versible nous frappe de plein fouet, jusqu’au trauma. PortĂ© par l’illustre mĂ©lodie de Narciso Yepes, ce conte de NoĂ«l vulnĂ©rable nous offre une leçon de dignitĂ© humaine pour protĂ©ger l’ĂŞtre aimĂ©… jusqu’au dernier souffle.

15.11.12. 4èx
* Bruno


                                          

mercredi 14 novembre 2012

Outland

                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site alapoursuitedu7emeart.over-blog.net

de Peter Hyams. 1981. U.S.A. 1h49. Avec Sean Connery, Peter Boyle, Frances Sternhagen, James Sikking, Kika Markham, Clarke Peters, Steven Berkoff.

Sortie salles France: 2 Septembre 1981. U.S: 22 Mai 1981

FILMOGRAPHIE: Peter Hyams est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 26 Juillet 1943 Ă  New-York (Etats-Unis). 1974: Les Casseurs de Gang. 1974: Our Time. 1976: Peeper. 1978: Capricorn One. 1979: Guerre et Passion. 1981: Outland. 1983: La Nuit des Juges. 1985: 2010. 1986: Deux Flics Ă  Chicago. 1988: Presidio. 1990: Le Seul TĂ©moin. 1992: Stay Tuned. 1994: Timecop. 1995: Mort Subite. 1997: Relic. 1999: La Fin des Temps. 2001: D'Artagnan. 2005: A Sound of Thunder. 2009: PrĂ©sumĂ© Coupable. 2013: Enemies Closer. 


"Sur la planète Jupiter, des hommes travaillent. La mort aussi..."
InspirĂ© du Train sifflera trois fois, Outland est un western futuriste dont l'action est dĂ©localisĂ©e sur une station minière de Jupiter. Le pitch: Sur place, un nouveau shĂ©rif fĂ©dĂ©ral est recrutĂ© pour le maintien de l'ordre pendant que les ouvriers exĂ©cutent leur tâche de chantier. Mais une sĂ©rie d'incidents meurtriers vont l'interpeller pour l'orienter vers un dĂ©mantèlement de trafic de drogue. Le rĂ©gisseur de ce rĂ©seau de mĂ©tamphĂ©tamine dĂ©cide alors d'envoyer des tueurs pour le supprimer. A travers ce scĂ©nario simpliste, Peter Hyams exploite parfaitement l'originalitĂ© de ces dĂ©cors industriels Ă©rigĂ©s sous une colonie minière en confrontant son hĂ©ros flegmatique vers un survival intense auprès de son sens du suspense en ascension. Outland, c'est d'abord une immersion totale sur une planète hostile dont le climat Ă©touffant et opaque s'apprivoise naturellement dans l'esprit du spectateur. C'est ensuite une course contre la montre magistralement dirigĂ©e et dominĂ©e par la prestance du monstre sacrĂ©, Sean connery Ă  la sobriĂ©tĂ© infaillible. Seul contre tous (mĂŞme si assistĂ© d'une mĂ©decin lĂ©giste caractĂ©rielle), l'homme indĂ©fectible dans ses valeurs devra user de subterfuge et vaillance afin de contrecarrer ses adversaires. 


La densitĂ© du rĂ©cit est notamment impartie Ă  la dimension psychologique de ce personnage intègre, dĂ©libĂ©rĂ© Ă  retrousser ses manches depuis que ses alliĂ©s ont dĂ©missionnĂ© par preuve de lâchetĂ©. DĂ©muni et dubitatif (sans parler d'une contrariĂ©tĂ© conjugale aussi poignante qu'attachante !) mais pourvu d'un hĂ©roĂŻsme digne pour honorer sa dĂ©ontologie, Outland transcende le portrait d'un shĂ©rif partagĂ© entre sa crainte d'Ă©chouer et sa hargne de vaincre. En pourfendeur, Peter Hyams prĂ©figure Ă©galement l'avènement de la drogue infiltrĂ©e au sein de l'entreprise pour mettre en exergue l'exploitation des prolĂ©taires par ces entrepreneurs sans scrupule oĂą le souci de rentabilitĂ© prime. LĂ  oĂą des mains d'oeuvre Ă©reintĂ©es par un labeur de longue haleine s'approvisionnent en substance illicite afin de pouvoir tenir le coup et ainsi dĂ©cupler le chiffre d'affaires. La dernière demi-heure particulièrement fertile en pĂ©ripĂ©ties spectaculaires utilise judicieusement le dĂ©compte d'un compte Ă  rebours prĂ©sageant les duels Ă  venir. Tandis que les dĂ©cors grandioses confinĂ©s vers les remparts externes de la station impressionnent par leur rĂ©alisme Ă  la fois dantesque et gĂ©omĂ©trique. L'action impartie aux altercations ne faisant jamais preuve d'outrance en incitant au vertige lorsque notre hĂ©ros, affublĂ© d'une combinaison, doit s'agripper sur un chantier Ă©lectrifiĂ©e pour tenter de dĂ©jouer les assassins confinĂ©s en interne de la station.


Dominé par la présence virile d'un Sean Connery pugnace mais humainement indécis à travers son choix cornélien, Outland est un solide western galactique à l'esthétisme hermétique et à l'efficacité narrative redoutable. En outre, il transcende sans esbroufe le portrait d'un héros inscrit dans la probité mais seul contre tous pour attester de la lâcheté de l'homme jamais avare de corruption, même dans l'espace. Un classique toujours aussi magnétique captivant.

*Eric Binford
16.08.21. 5èx
14.11.12.                     

mardi 13 novembre 2012

INSIDE (La Cara Oculta)

Photo empruntée sur Google, appartenant au site tumblr.com

d'Andrés Baiz. 2011. Espagne/Colombie. 1h37. Avec Martina Garcia, Quim Gutiérrez, Clara Lago

Sortie salles France: 4 Juillet 2012

FILMOGRAPHIE: Andrés Baiz est un réalisateur, monteur, scénariste et producteur espagnol, né le
2000: Payaso Hijueputa. 2006: Penumbra. 2007: Satanas. 2007: Hoguera. 2008: Passing By. 2009: Love Film Festival. 2011: Inside.


«Ne dĂ©truisez pas l’intĂ©rĂŞt que pourraient prendre vos amis Ă  ce film. Ne leur racontez pas ce que vous avez vu. Merci pour eux.» Henri Georges Clouzot.

Passé inaperçu lors de sa discrète sortie dans l'hexagone, Inside est un thriller hitchcockien particulièrement machiavélique et bien ficelé. A travers la relation amoureuse d'un potentiel coureur de jupon suspecté par la police d'être l'auteur de la disparition de sa petite amie, Andrés Baiz débute sa conspiration de manière orthodoxe. L'amant en question est un séduisant chef d'orchestre délibéré à bâcler furtivement son deuil sentimental dans les bras d'une autre conquête féminine, Fabiana. Installée dans sa demeure bourgeoise, la jeune fille ne va pas tarder à être témoin d'étranges phénomènes en interne de la salle de bain. Un bourdonnement se fait écho dans la bouche du lavabo, une eau limpide laisse un sillage au contact inexplicable d'une vibration, alors que le jet de la douche s'élève subitement à une température ardente ! S'agit-il d'une apparition surnaturelle ? Adrian est-il le responsable de ces étranges anomalies et surtout a t'il assassiné son ancienne petite amie ? Bien qu'une enquête sous-jacente suit son court par deux inspecteurs de routine, un astucieux flash-back inopiné nous est divulgué pour mieux comprendre la relation conjugale qu'Andrian entretenait avec son idylle antécédente. Cette réminiscence est illustrée du point de vue d'un seul personnage pour nous dévoiler un rebondissement incongru vis à vis d'une configuration d'un lieu de la demeure (clef à l'appui !).


En jouant de prime abord sur le folklore surnaturel de la hantise, Andrés Baiz renchérit son intrigue indocile au bénéfice d'une soudaine preuve en privilégiant un suspense en crescendo dans la claustration d'un huis-clos bicéphale. ATTENTION SPOILER !!! Sur les thèmes de la jalousie, la suspicion, la rancune et la vengeance, le réalisateur confronte ses personnages féminins à leurs instincts égoïstes les plus pervers pour tenter de s'approprier un amant potentiellement infidèle.
A sa première demi-heure conventionnelle, Inside se révèle ensuite sous un aspect plus détonant dans sa confection d'une machine à suspense implacable. Cette rivalité insidieuse entre deux femmes pugnaces nous illustre avec masochisme un diabolique jeu de miroir au cours duquel leur égotisme intrinsèque va sérieusement compromettre leur autonomie. L'épilogue d'une cruelle ironie dans l'inversion des rôles impartis redouble de perversité sournoise pour extérioriser une rancoeur vindicative. Une manière pernicieuse d'autant plus furibonde que l'amant infidèle sera confronté à une riposte fortuite et devra tenter de découvrir l'utilité d'une clef énigmatique. FIN DU SPOILER


Les Diaboliques 
Dominé par la sobriété des comédiens juvéniles, jouissif en diable dans cette rivalité à double tranchant et davantage tendu par sa claustration imposée, Inside est un excellent thriller utilisant à bon escient le vase clos d'une demeure hantée par le spectre nazi.

P.S: Evitez à tous prix la bande annonce explicite dénuée de scrupule !

13.11.12
Bruno Matéï

lundi 12 novembre 2012

LOOPER

                                     Photo empruntĂ©e sur google, appartenant au site cinemateaser.com

de Rian Johnson. 2012. U.S.A. 1h58. Avec Joseph Gordon-Levitt, Emily Blunt, Bruce Willis, Paul Dano, Pierce Gagnon, Piper Perabo, Noah Segan, Jeff Daniels.

Sortie salles France: 31 Octobre 2012.  U.S: 28 Septembre 2012

FILMOGRAPHIE: Rian Johnson est un réalisateur et scénariste américain, né le 17 Décembre 1973 dans le Maryland (Etats-Unis).
2005: Brick
2008: Une Arnaque presque parfaite
2012: Looper


Succès surprise de cette fin d'annĂ©e, le troisième long-mĂ©trage de Rian Johnson est un rĂ©cit d'anticipation Ă©rigĂ© sur une boucle spatio-temporelle. En 2044, le looper, un tueur Ă  gages, est chargĂ© d'assassiner des quidams envoyĂ©s du futur par une organisation secrète. Un jour, il retombe sur son double, plus âgĂ© de 30 ans, qui rĂ©ussit Ă  lui Ă©chapper. Joe va tout tenter pour le retrouver au pĂ©ril de sa vie. RĂ©cit de science-fiction dialectique illustrant avec modestie un monde futuriste alĂ©atoire (comme le soulignait par exemple Bienvenu Ă  Gattaca)Looper doit son mĂ©rite Ă  la structure narrative d'un scĂ©nario aussi finaud et original que confus et passionnant. Sans daigner dĂ©voiler les multiplies rebondissements qui jalonnent l'intrigue, cette sĂ©rie B lestement pensĂ©e possède l'atout majeur de nous surprendre au fil de son cheminement sinueux. Parmi l'ambiance en demi-teinte d'une sociĂ©tĂ© futuriste totalitaire, un tueur Ă  gages doit combattre son double pour sauver sa propre vie. A contrario, cette rĂ©plique plus âgĂ©e de 30 ans va tout envisager pour convaincre le looper que sa future destinĂ©e amoureuse est mortellement compromise par son supĂ©rieur douĂ©s de pouvoirs tĂ©lĂ©kinĂ©siques.


Le but de leur mission est donc de retrouver dans l'heure actuelle l'enfant prodige prochainement proclamĂ© le Rainmaker. Ce fameux leader recrutant des loopers du passĂ© pour supprimer les tĂ©moins gĂŞnants du futur envoyĂ©s dans une machine spatio temporelle. On n'en dira pas plus pour l'intrigue savamment charpentĂ©e afin d'en prĂ©server toute sa richesse, mais sachez que Looper ne cesse de surprendre dans son contexte temporel, notamment grâce aux attitudes Ă©quivoques de nos protagonistes. Cette complexitĂ© humaine chargĂ©e de doutes et de craintes, impartie Ă  la moralitĂ© juvĂ©nile de Joe, renforçant l'aspect dramatique du sujet. Cette densitĂ© d'un enjeu alarmiste liĂ©e Ă  la postĂ©ritĂ© d'un enfant est dĂ©cuplĂ©e vers son point d'orgue fortuit, engendrant par la mĂŞme occasion une belle allĂ©gorie sur l'Ă©ducation parentale Spoiler !!! ainsi qu'une leçon de dignitĂ© sur le sens du sacrifice. Fin du Spoiler. Non exempt de cocasserie subtile et de clins d'oeil allusifs Ă  la saga Terminator, Looper fourmille de pĂ©ripĂ©ties haletantes sans toutefois charger la donne dans l'esbroufe explosive. Sur ce dernier point, nombre de spectateurs qui s'attendaient au blockbuster estampillĂ© "Bruce Willis" pourraient ĂŞtre déçus par son aspect dĂ©pouillĂ©. PrivilĂ©giant plutĂ´t le suspense lattent ainsi qu'une caractĂ©risation de personnages interlopes impliquĂ©s dans une traque rivale, Rian Johnson traite de l'enjeu l'humain face Ă  sa filiation lorsqu'une personne est dĂ©libĂ©rĂ© Ă  prĂ©munir ce qu'il a de plus cher au monde.


Dans une réalisation inventive d'une grande sobriété (les gunfights spectaculaires sont parfois audacieusement édulcorés par la technique du hors-champ !), Looper est une ellipse vertigineuse
culminant vers un final clairvoyant. EmaillĂ© de plages de poĂ©sie surnaturelle (les expĂ©riences fulminantes de l'enfant chorĂ©graphiĂ©es en slow motion) et dĂ©sincarnĂ© d'un environnement aseptisĂ©, Looper transcende (sans fioriture) la prise de conscience d'un orphelin Ă©pris d'altruisme dans son cheminement rĂ©dempteur.  

12.11.12
Bruno Matéï

vendredi 9 novembre 2012

TRANSAMERICA EXPRESS (Silver Streak)

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Arthur Hiller. 1976. U.S.A. 1h54. Avec Gene Wilder, Richard Pryor, Patrick McGoohan, Ned Beatty, Clifton James, Fred Willard, Len Birman.

Sortie salles France: 24 Août 1977 (1ère diffusion TV TF1: 15 Novembre 1981)

FILMOGRAPHIE: Arthur Hiller est un rĂ©alisateur et acteur canadien, nĂ© le 22 Novembre 1923 Ă  Edmonton, Alberta (Canada). 
1955: Police des plaines. 1964: Les Jeux de l'amour et de la guerre. 1965: Promise her Anything. 1966: Tobrouk, commando pour l'enfer. 1966: Les Plaisirs de Pénélope. 1967: The Tiger Makes out. 1970: Escapade à New-York. 1970: Love Story. 1971: Plaza suite. 1971: L'Hôpital. 1972: l'Homme de la manche. 1975: The Man in the Glass Booth. 1976: Transamerica Express. 1979: Ne tirez pas sur le dentiste. 1979: Morsures. 1981: Making Love. 1982: Avec les compliments de l'auteur. 1987: Une Chance pas croyable. 1989: Pas nous, pas nous. 1990: Filofax. 1992: The Babe. 1997: An Alan Smithee Film.


RĂ©alisateur Ă©clectique qui aura touchĂ© Ă  tous les genres mais aussi apportĂ© sa contribution Ă  diverses sĂ©ries TV (la Famille Adams, Perry Mason, Alfred Hitchcock prĂ©sente), Arthur Hiller nous livre en 1976 l'un de ses meilleurs films avec Transamerica Express. CondensĂ© d'action et de suspense, de romance et de comĂ©die mais aussi de catastrophe vers son point d'orgue alerte, cet hommage facĂ©tieux aux intrigues hitchcockiennes constitue un divertissement de choix menĂ© sur un rythme effrĂ©nĂ© ! Avec l'abattage de deux acteurs impayables Ă  la complicitĂ© commune (Gene Wilder en gaffeur valeureux et Richard Pryor en cleptomane au grand coeur !), Transamerica Express nous entraĂ®ne dans une improbable course poursuite en interne ferroviaire et Ă  proximitĂ© de contrĂ©es rurales. A bord du Transamerica, George Caldwell, pĂ©lerin sans histoire, tombe subitement amoureux d'une jeune secrĂ©taire avant d'ĂŞtre le tĂ©moin alĂ©atoire d'un meurtre. Rapidement, les dangereux criminels dĂ©cident de l'Ă©vincer du train afin qu'il ne dĂ©couvre leur subterfuge Ă  subtiliser un professeur d'art par leur sosie. Pugnace Ă  contrecarrer la manigance des malfaiteurs, George va tenter par tous les moyens d'avertir la police avant de se retrouver suspectĂ©.


Avec l'Ă©laboration d'un scĂ©nario solide ne cessant de rebondir parmi une sĂ©rie d'incidents fortuits, cette fantaisie endiablĂ©e multiplie les pĂ©ripĂ©ties avec une dextĂ©ritĂ© peu commune. Avant tout Ă©rigĂ© sous la lĂ©gèretĂ© de la comĂ©die hilarante, le rĂ©alisateur ponctue son cheminement narratif de gags irrĂ©sistibles (George se maquillant le visage de cirage noir pour Ă©viter que la police ne le reconnaisse, le flic amateur de sĂ©ries TV incapable de comprendre qui est l'auteur des meurtres, George Ă©jectĂ© du train Ă  trois reprises mais pourvu d'aubaine insensĂ©e pour pouvoir remonter Ă  bord !). Mais Arthur Hiller nous conçoit notamment un rĂ©cit policier ordonnĂ© alternant rixes explosives dans ses Ă©changes de tirs entre gangsters et flics et exactions meurtrières pour les individus encombrants. Avec une vigueur et une bonne humeur fringante, Transamerica Express trouve le juste Ă©quilibre Ă  affilier ses genres disparates. En prime, la romance allouĂ©e entre nos deux amants et son suspense progressiste culminant un dernier enjeu alarmiste vers le principe catastrophiste comblent le spectateur sans jamais faire preuve d'esbroufe inutile. L'intrigue savamment charpentĂ©e Ă©ludant la moindre digression pour, Ă  contrario, crĂ©dibiliser au possible les vicissitudes de nos protagonistes inlassablement pourchassĂ©s.


Formidablement manoeuvrĂ© par un trio de complices extrĂŞmement attachants (Wilder/Pryor/Beatty) et d'une engeance notable (le gĂ©nialement pisse-froid Patrick McGoohan !), Transamerica Express est un modèle de loufoquerie mâtinĂ© d'haletant suspense ! Et pour conclure de manière pĂ©tulante, son point d'orgue irrĂ©versible surprend et impressionne avec l'acuitĂ© spectaculaire d'un crash ferroviaire. En rĂ©sulte un divertissement hybride incroyablement fougueux dans les genres lestement codifiĂ©s. Une totale rĂ©ussite !

09.11.12. 4èx
BM


mercredi 7 novembre 2012

Dark Crystal / The Dark Crystal. Grand Prix Ă  Avoriaz, 1983

Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site morbiusunblog.fr

de Jim henson et Frank Oz. 1982. U.S.A. 1h33. Avec Jim Henson, Kathryn Mullen, Frank Oz, Dave Goelz, Louise Gold, Brian Muehl, Hugh Spight, Swee Lim, Tim Rose.

Sortie salles France: 23 Mars 1983. U.S: 17 Décembre 1982

FILMOGRAPHIE: James Maury "Jim" Henson est un marionnettiste, réalisateur et producteur américain né le 24 Septembre 1936 à Greenville, décédé le 16 Mai 1990 à New-York. Il est le créateur du Muppet Show, de Monstres et Merveilles et des Fraggle Rock (1983 - 1987).
1982: Dark Crystal. 1986: Labyrinthe. Frank Oz (Richard Frank Oznowicz) est un rĂ©alisateur, acteur et marionnettiste amĂ©ricain d'origine britannique, nĂ© le 25 Mai 1944 Ă  Hereford. 1982: The Fantastic Mss Piggy Show (tv). 1982: Dark Crystal. 1984: Les Muppets Ă  Manhattan. 1986: La Petite Boutique des Horreurs. 1988: Le plus escroc des Deux. 1991: Quoi de neuf, Bob ?. 1992: Fais comme chez toi. 1995: L'Indien du Placard. 1997: In and Out. 1999: Bowfinger, roi d'Hollywood. 2001: The Score. 2002: The Funkhousers (sĂ©rie TV). 2004: Et l'homme crĂ©a la femme. 2007: Joyeuses FunĂ©railles.

Le pitch : Dans un monde inconnu, Ă  une Ă©poque indĂ©terminĂ©e, deux clans antinomiques — les Skeksès et les Mystiques — se disputent la possession du cristal noir. Sur le point de s’Ă©teindre, les Mystiques invoquent l’aide du dernier survivant Gelfling. Jen, un jeune garçon orphelin, est chargĂ© de retrouver un fragment de cristal afin de renverser la confrĂ©rie des Skeksès, selon une ancienne prophĂ©tie. S’ensuit une odyssĂ©e semĂ©e d’embĂ»ches, au cours de laquelle Jen croise une autre Gelfling et quelques alliĂ©s inattendus qui viendront l’Ă©pauler dans son combat contre le Mal.

Pièce maĂ®tresse de la fantasy pour toute une gĂ©nĂ©ration de cinĂ©philes, couronnĂ©e Ă  juste titre du Grand Prix Ă  Avoriaz un an après sa sortie, Dark Crystal est avant tout une prouesse technique rĂ©volutionnaire. DotĂ© d’un budget pharaonique pour l’Ă©poque, ce conte horrifique et envoĂ»tant bâtit un univers atypique entièrement articulĂ© autour du talisman du cristal noir. Ici, pas un acteur Ă  l’Ă©cran : seulement des marionnettes — animĂ©es avec un savoir-faire d’orfèvre par leur crĂ©ateur de gĂ©nie, Jim Henson. D’une splendeur visuelle dĂ©routante, entre dĂ©cors extravagants, costumes flamboyants et bestiaire inĂ©dit, Dark Crystal est un enchantement perpĂ©tuel pour les yeux. Henson et Frank Oz, perfectionnistes obsessionnels, n’ont rien laissĂ© au hasard pour nous immerger dans cette fresque d’heroic fantasy, oĂą les notions de Bien et de Mal prennent une rĂ©sonance universelle.

ForĂŞt enchantĂ©e Ă  la vĂ©gĂ©tation fĂ©erique, faune chimĂ©rique, palais de cristal empreint de gothisme baroque — que des rapaces humanoĂŻdes convoitent pour assouvir leur soif d’immortalitĂ© — Dark Crystal narre le combat entre deux forces contraires en lutte pour la postĂ©ritĂ©.

Le spectacle, Ă  la fois Ă©pique et gracile, mĂŞle poĂ©sie fĂ©erique et baroque cauchemardesque, parfois teintĂ© de cruautĂ© (l’essence vitale soutirĂ©e aux esclaves, les sacrifices silencieux de certains personnages). De cette alchimie naĂ®t une aventure exaltante, traversĂ©e d’une sagesse discrète, dans laquelle chaque protagoniste, marionnette mĂ©tamorphosĂ©e en âme, semble animĂ© par une volontĂ© propre. L’Ă©merveillement naĂ®t de cette animation bluffante, oĂą chaque crĂ©ature d’ethnie Ă©trangère reflète son essence intĂ©rieure : empathiques et bienveillants pour les Mystiques et les Gelflings ; rĂ©pugnants et menaçants pour les Skeksès et les Garthims, sortes de scarabĂ©es de cauchemar. Leurs ressorts psychologiques se trouvent exacerbĂ©s par une prophĂ©tie apocalyptique suspendue Ă  la lumière de trois soleils.

Sa structure narrative, dense et fertile en pĂ©ripĂ©ties, culmine lors d’un final haletant, oĂą l’enjeu dramatique atteint une intensitĂ© saisissante — petit sommet d’anthologie dans la course Ă  la rĂ©cupĂ©ration du cristal. Et toujours, cette poĂ©sie visuelle, spirituelle mĂŞme, affleure : mystiques et Skeksès fusionnent dans un geste de rĂ©demption, ne formant plus qu’un seul ĂŞtre, restituant le cristal Ă  la sagesse des Gelflings. Dark Crystal en tire une mĂ©ditation poignante sur la dualitĂ© du Bien et du Mal, inhĂ©rente Ă  chaque ĂŞtre.

 
"Le chant obscur du cristal". 
Chef-d’Ĺ“uvre du fantastique baroque, au pouvoir d’enchantement aussi ensorcelant que sa cruautĂ© peut heurter les plus jeunes, Dark Crystal demeure une quintessence picturale, transcendante, qui dĂ©passe tout ce que le genre chimĂ©rique avait jusque-lĂ  produit au cinĂ©ma. Quant Ă  la suite suggĂ©rĂ©e en 2009 par la Jim Henson Company, potentiellement rĂ©alisĂ©e par Genndy Tartakovsky et prĂ©vue pour 2011, on a toujours le droit de la fantasmer… autant que de la redouter, tant l’exploit originel initiĂ© par Jim Henson et Frank Oz relève du miracle pur.

RĂ©compenseGrand Prix Ă  Avoriaz en 1983.
Premier prix au Festival international de cinĂ©ma imaginaire et de science-fiction de Madrid en 1983.

Dédicace à Daniel Aprin
07.11.12. 5èx
Bruno Matéï

mardi 6 novembre 2012

SAVAGES

Photo empruntée sur Google, appartenant au site affiches-et-posters.com

d'Oliver Stone. 2012. U.S.A. 2h15. Avec Taylor Kitsch, Aaron Johnson, Blake Lively, John Travolta, Benicio Del Toro, Salma Hayek, Sandra Echeverria, Emile Hirsch, Joel David Moore, Demian Bichir.

Sortie salles France: 26 Septembre 2012. U.S: 6 Juillet 2012

FILMOGRAPHIEOliver Stone (William Oliver Stone) est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain nĂ© le 15 septembre 1946 Ă  New-York.
1974: La Reine du Mal, 1981: La Main du Cauchemar, 1986: Salvador, Platoon, 1987: Wall Street, 1988: Talk Radio, 1989: Né un 4 Juillet, 1991: Les Doors, 1991: JFK, 1993: Entre ciel et Terre, 1994: Tueurs Nés, 1995: Nixon, 1997: U-turn, 1999: l'Enfer du Dimanche, 2003: Comandante (Doc), 2003: Persona non grata, 2004: Looking for Fidel (télé-film), 2004: Alexandre, 2006: World Trade Center, 2008: W.: l'Impossible Président, 2009: Soul of the Border, 2010: Wall Street: l'argent ne dort jamais. 2012. Savages.


Ils ont disparu. Tout comme moi. Certains disent qu'on est en Afrique, au Kenya, ou sur une île paradisiaque indonésienne. Mais on parle encore de l'herbe de Ben et Chon. il arrive même quelquefois qu'on en trouve sur le marché. C'est ce qu'on a vécu et on ne pourra jamais revenir en arrière.
Ca m'a pris du temps, mais, je me suis remise Ă  aimer la vie. Je ne suis pas sur que l'amour puisse se partager Ă©quitablement Ă  trois. Ce n'est pas comme ça que ça marche. 
J'ai cherché la définition de "sauvage" dans le dictionnaire. Ca veut dire: féroce, cruel. Revenu aux instincts primitifs.
Un jour, peut-ĂŞtre, on reviendra... Mais pour l'instant, nous vivons comme des sauvages... De merveilleux sauvages...



Après une succession d'Ă©checs artistiques peu louables, notre pourfendeur Oliver Stone revient plus motivĂ© que jamais avec Savages, adaptation cinĂ©matographique du Best-seller de Don Winslow. Western tex-mex au vitriol arrosĂ© d'ultra-violence au tabasco et d'idylle exotique sur fond de trafic de drogue, Savages nous Ă©voque finalement une "true romance" insoluble. A travers une Ă©treinte en trio auquel une jeune femme partage son coeur avec un ancien belligĂ©rant d'Afghanistan et un botanique adepte du bouddhisme, Oliver Stone caractĂ©rise ses personnages marginaux comme des trafiquants de drogue rĂ©putĂ©s notoires dans tout l'Ă©tat. Quand le cartel mexicain dĂ©cide de leur proposer une offre allĂ©chante pour une affiliation, les deux acolytes dĂ©cident simplement de s'y opposer. Intransigeante, la matriarche vĂ©nale Elena ordonne Ă  ses hommes de main de kidnapper leur petite amie en guise de chantage. Eperdus d'amour pour leur maĂ®tresse, les deux hommes iront jusqu'au no man's land pour rĂ©cupĂ©rer la captive du dĂ©sert. A partir de ce canevas simpliste mais palpitant, Oliver Stone en extrait un cocktail acidulĂ© pour scander un polar vĂ©reux jalonnĂ© d'action cinglante mais entièrement dĂ©diĂ© Ă  la personnalitĂ© de ces marginaux. MenĂ© sur un rythme alerte avec son lot de rebondissements sarcastiques, Savages se positionne en divertissement adulte par son humour noir sous-jacent et sa violence crue Ă  la limite du supportable. D'ailleurs, sous couvert de farce caustique dĂ©nonçant l'industrie florissante de la drogue et la dĂ©gĂ©nĂ©rescence morale des deux dealers, le rĂ©alisateur en profite pour nous alarmer sur un fait sordide de sociĂ©tĂ© tristement actuel. Il signale avec ironie morbide (les tortionnaires sont affublĂ©s d'un masque horrifique) une forme de violence toujours plus incongrue chez la pègre mexicaine quand celle-ci n'hĂ©site pas Ă  employer des moyens barbares pour intimider leurs voisins rivaux. C'est Ă  dire trancher la tĂŞte de leurs ennemis Ă  la tronçonneuse ou les fouetter Ă  mort jusqu'Ă  l'immolation rĂ©demptrice ! On sera aussi bougrement surpris par son final Ă  tiroirs pourvu de dĂ©rision (faussement) rĂ©demptrice et de tragĂ©die irrĂ©versible. En prime, l'Ă©pilogue empreint d'exotisme Ă©dĂ©nique conclu magistralement son Ă©thique sur l'autonomie libĂ©rale avant l'aspiration du bĂ©guin commun.


Avec sa galerie d'antagonistes impudents et crapuleux, dĂ©calĂ©s et besogneux, les illustres comĂ©diens qui traversent le rĂ©cit sont particulièrement Ă  la fĂŞte pour livrer de savoureux numĂ©ros tendance Tarantinesque. Outre le trio imparti par les attachants Taylor Kitsch (Chon), Aaron Johnson (Ben) en dealers pugnaces et leur ravissante compagne Blake Lively (Ophelia) rĂ©vĂ©lĂ©e dans The Town, c'est Salma Hayek qui surprend et dĂ©tonne dans un rĂ´le Ă  contre-emploi. Celui d'une baronne opiniâtre Ă©levĂ©e Ă  la tĂŞte d'un immense empire depuis le dĂ©cès de son dĂ©funt. Mais une mère Ă  la maternitĂ© dĂ©chue car discrĂ©ditĂ©e par sa propre fille rebelle. Quand Ă  John Travolta, il s'alloue d'un rĂ´le d'agent des stups plutĂ´t couard et insidieux face Ă  ces complices hĂ©tĂ©roclites. SPOILER !!! Et cela en dĂ©pit de nous surprendre de façon roublarde dans un revirement fortuit pour la planification d'un fiasco dĂ©risoire ! FIN DU SPOIL. Enfin, la palme la plus persuasive en terme de salopard ignominieux en revient Ă  Benicio Del Toro dans celui d'un odieux trafiquant mexicain. Tortionnaire, violeur et amant infidèle, l'acteur insuffle sa verdeur meurtrière parmi le regard bestial d'un physique burinĂ© !


Polar colorĂ© dĂ©sinhibĂ© par une insolence gouailleuse et Ă©branlĂ© par une violence intolĂ©rable, Savages est un divertissement dĂ©bridĂ© transcendant finalement un conte dĂ©senchantĂ©. Celui d'une romance inĂ©quitable vouĂ©e au diptyque de l'amour, Ă  la manière de cette dense amitiĂ© commune partagĂ©e entre deux marginaux insĂ©parables, quand bien mĂŞme  SPOILER !!! leurs sentiments seront contraints de s'Ă©loigner, faute des consĂ©quences irrĂ©versibles d'une sauvagerie primitive... FIN DU SPOIL.

06.11.12
Bruno Matéï


lundi 5 novembre 2012

UN TUEUR DANS LA VILLE (The Clairvoyant / The Killing Hour)

Photo empruntée sur Google, appartenant au site Intemporel.com

d'Armand Mastroianni. 1982. 1h37. U.S.A. Avec Perry King, Norman Parker, Elizabeth Kemp, Kenneth McMillan, Jon Polito, Joe Morton.

Sortie salles France: 24 Octobre 1982. U.S: 1985 (uniquement en vidéo)

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Amand Mastroianni est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 1er AoĂ»t 1948 Ă  New-York. A partir de 1989, l'essentiel de sa carrière est Ă©rigĂ©e sous le label de tĂ©lĂ©-films et sĂ©ries TV. 1980: Noces Sanglantes. 1982: Un Tueur dans la Ville. 1985: Tales from the Darkside (sĂ©rie TV). 1986: The Supernaturals. 1987: Distortions (Machinations). 1989: Cameron's Closet.


Synopsis: Le cadavre d'une femme est repĂŞchĂ©e par la police dans un canal new-yorkais. Ce crime est le premier d'une longue sĂ©rie dont l'une des particularitĂ© Ă©mane des menottes infligĂ©es sur les poignets des victimes. La police impuissante patauge par manque de mobile et de preuves, jusqu'au jour oĂą une clairvoyante, Ă©tudiantes en beaux arts, ne vienne les Ă©pauler avec ses dessins prĂ©monitoires. 

A l'origine conçu par William Friedkin, cette seconde rĂ©alisation d'un vĂ©tĂ©ran de la TV puise son originalitĂ© dans son thème de la prescience et du climat trouble d'une sĂ©rie d'homicides particulièrement cruels. Hormis sa facture un tantinet tĂ©lĂ©visuelle (ce qui lui renforce un cachet attachant) et sa mise en scène routinière, Un Tueur dans la Ville rĂ©ussit facilement Ă  nous tenir en haleine parmi l'efficience d'un script intrigant (entre fausses pistes et romance en trio) et la spontanĂ©itĂ© attachante des comĂ©diens de seconde zone. D'ailleurs, pour les fans du dĂ©lirant Class 84 sorti la mĂŞme annĂ©e, ils pourront reconnaĂ®tre Perry King, l'ancien professeur fĂ©ru d'auto-justice, reconverti ici en journaliste arrogant et arriviste.


Mais ce qui interpelle lors de cette investigation criminelle matinĂ©e de surnaturel, c'est la cruautĂ© des meurtres accomplis sans concession par un meurtrier sans visage. Ils se rĂ©vèlent d'autant plus inventifs pour les lieux dans lesquels les victimes sont embrigadĂ©es (vĂ©hicule, piscine, ascenseur) qu'elles n'ont aucune chance de se dĂ©pĂŞtrer des menottes attachĂ©es Ă  leurs poignets. Cet effet de claustration est particulièrement bien rendu avec une sĂ©quence aquatique auquel un individu tente de s'extraire la tĂŞte hors de l'eau en essayant par tous les moyens de se libĂ©rer des menottes de sa cheville. Le sentiment d'insĂ©curitĂ© est notamment exacerbĂ© par l'Ă©clairage de nĂ©ons orangers d'une piscine couverte subitement obscurcie de pĂ©nombre. Enfin, vers la dernière partie, une sĂ©quence de viol particulièrement crue et malsaine n'hĂ©site pas Ă  incommoder le spectateur par son rĂ©alisme glauque rĂ©sultant d'exactions masochistes de tortionnaires. Dans la chambre d'un hĂ´tel miteux, ils s'accordent des jeux sexuels avec le consentement d'une femme menottĂ©e jusqu'Ă  lui infliger divers sĂ©vices corporels, telle cette torture Ă  la cigarette. L'ambiance feutrĂ©e Ă©manant du mutisme des assaillants est Ă©galement appuyĂ©e d'une bande-son bourdonnante. Quand Ă  la rĂ©solution de l'intrigue, elle se rĂ©vèle assez Ă©tonnante quant Ă  l'identitĂ© du meurtrier ainsi que son mobile imputĂ© Ă  une sinistre affaire crapuleuse.


Agréablement troussé et incarné par d'attachants comédiens, Un Tueur dans la Ville est un fort sympathique (autant que curieux) thriller qui ne manque pas de susciter anxiété et appréhension face à une énigme particulièrement ombrageuse. A découvrir chez les amateurs de thriller marginal si bien que son ambiance glauque ne manque pas d'intensité pour dépeindre l'opacité d'une cité urbaine rongée par le Mal.

05.11.12
Bruno Matéï


THE AMAZING SPIDER-MAN

Photo empruntée sur Google, appartenant au site culturopoing.com

de Marc Webb. 2012. U.S.A. 2h16. Avec Andrew Garfield, Emma Stone, Rhys Ifans, Denis Leary, Irfan Khan, Martin Sheen, Sally Field, Campbell Scott, Embeth Davidtz.

Sortie salles France: 4 Juillet 2012. U.S: 3 Juillet 2012

FILMOGRAPHIE: Marc Webb est un réalisateur américain né le 31 Août 1974.
2009: 500 jours ensemble
2012: The Amazing Spider-man


Trois après son premier long, 500 jours ensemble, le rĂ©alisateur Marc Webb entreprend la tâche dĂ©licate de succĂ©der au rĂ©alisateur prodige Sam Raimi pour relancer la franchise de Spider-man. Indubitablement, les fans du genre et mĂŞme le spectateur lambda auraient pu craindre le pire Ă  l'annonce de ce reboot rapidement mis en chantier. Mais le rĂ©sultat inespĂ©rĂ© dĂ©passe toutes les frĂŞles espĂ©rances ! Cet Amazing Spider-man est une bande dessinĂ©e live aussi fougueuse, vertigineuse et fantastique que les trois volets de Raimi ! Un vĂ©ritable enchantement perpĂ©tuel dans son alliage de romance aux personnages bien dessinĂ©s et d'action explosive pour des prouesses techniques ahurissantes. Synopsis wikipedia: Peter Parker est un adolescent combattant le crime sous le nom de Spider-man après avoir Ă©tĂ© piquĂ© par une araignĂ©e transgĂ©nique dans les laboratoires Oscorp. ChassĂ© par les autoritĂ©s sous les ordres du capitaine Stacy, le père de sa petite amie Gwen, Peter tente de sauver New-York du Docteur Connors, l'ex-associĂ© de son père mĂ©tamorphosĂ© en crĂ©ature reptilienne, le LĂ©zard.



Le scénario structuré en trois parties (la découverte et l'apprentissage des pouvoirs de Spider-man, sa quête vindicative pour retrouver le meurtrier de son oncle puis sa confrontation dantesque avec un lézard géant) captive et ne faiblit jamais par le dynamisme d'une mise en scène inspirée. En outre, Marc Webb prends le temps de développer les divers personnages du film. Les relations conflictuelles entre Peter et ses ascendants, ou avec celui du père de Gwen, ne manquent pas de densité humaine. L'ambition du scientifique provoque empathie par son flegme rassurant mais appréhension dans ses recherches pernicieuses sur la régénération corporelle. La romance idyllique parait aussi moins docile et puérile que dans la trilogie de Raimi. L'humour est notamment plus insolent et extériorise même parfois des éclats de rire hilarants. L'apprentissage aux supers pouvoirs développés par Peter à la suite d'une morsure d'araignée transgénique donnent lieux à des réparties fertiles en estocades bondissantes et brimade revancharde (le relation orageuse avec Flash). Là encore, les Fx ahurissants déploient des séquences de voltige d'une agilité hallucinée quand Spider-man doit se déplacer d'un immeuble à un autre à l'aide de biocables extensibles. Ses séquences pertinentes paraissent en l'occurrence beaucoup plus fluides et spectaculaires qu'il y a dix ans.
Pour parachever, la dernière partie érigée en confrontation dantesque face à un lézard toujours plus surdimensionné élabore des séquences d'anthologie démesurées à base d'explosions urbaines et de combats acrobatiques titanesques ! A couper le souffle !


Dans le rôle de l'homme araignée, Andrew Garfield s'en tire haut la main pour succéder à Tobey Maguire ! Un peu plus railleur, impudent et provocateur dans sa quête vindicative et celui de contrecarrer un lézard géant, l'acteur ne manque pas d'ironie mesquine à combattre ses adversaires et par la même occasion brimer les forces de l'ordre. Sa compagne Gwen Stacy incarnée par Emma Stone se révèle peut-être un peu trop austère et manque de densité humaine dans sa personnalité suffisante mais réussit tout de même à susciter une émotion face à l'attachement attendrie de son super-héros. Pour se mesurer à Spider-man, Rhys Ifans est stupéfiant et équivoque dans son rôle de scientifique bicéphale désireux de tester un produit génétique afin de régénérer l'amputation de son membre droit. En lézard humanoïde géant, il dévaste tout sur son passage pour tenter d'expérimenter sur la population ce même composé. Les effets visuels conçus en CGI sont absolument bluffants de réalisme dans chacune de ses apparitions. D'autant plus que son apparence reptilienne est exacerbée par la rancoeur humaine d'un regard vindicatif victimisé par une invalidité. Je garde notamment un souvenir ému face à la prestance de Sally Field (inoubliable interprète de Norma Rae et les Moissons du Ciel), dans celle d'une tante empathique, férue d'amour maternelle et d'inquiétude pour Peter. Enfin, Martin Sheen s'investit avec bonhomie dans la peau d'un paternel puriste, désireux d'inculquer à Peter sa pédagogie morale vouée à la déférence et au dépassement de soi.


HomĂ©rique, jouissif en diable et terriblement exaltant, The Amazing Spider-man est une nouvelle rĂ©ussite inespĂ©rĂ©e de la part d'un rĂ©alisateur novice, prouvant dĂ©jĂ  sa virtuositĂ© indiscutable Ă  se rĂ©approprier trop tĂ´t d'une franchise notoire. Et Andrew Garfield est absolument criant de conviction pour donner chair Ă  son personnage. Celui d'un adolescent revanchard bafouant avec dĂ©rision la dĂ©ontologie des forces de l'ordre et d'un super-hĂ©ros vĂ©loce protĂ©geant une population exposĂ©e Ă  l'arrogance d'un mutant reptilien. Époustouflant !

05.11.12
Bruno Matéï


vendredi 2 novembre 2012

DRACULA 1931 (version espagnole)

Photo empruntée sur Google, appartenant au site mexnoir.blogspot.com

de George Melford. 1931. Espagne. 1h43. Avec Carlos Villarias, Lupita Tovar, Barry Norton, Pablo Alvarez Rubio, Eduardo Arozamena, José Soriano Viosca.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: George Melford est un réalisateur, acteur, scénariste et producteur américain, né le 19 Février 1877 à Rochester (Etats-Unis), décédé le 25 Avril 1961 à Hollywood (Californie).
1911: Arizona Bill. 1913: The Struggle. 1915: Young Romance. 1915: The Unknown. 1917: The Cost of Hatred. 1917: On the level. 1918: The Source. 1919: A sporting chance. 1921: Le Cheik. 1924: Big Timber. 1928: Lingerie. 1929: The Woman i love. 1931: Dracula. 1931: The Viking. 1937: Jungle Menace. 1946: Jungle Terror.


Mr Renfield a rendez-vous dans un château situĂ© aux confins de la Transylvanie. Le voyage n’est pas sans mystère, puisque le sympathique agent immobilier se heurte bien vite Ă  l’effroi des habitants de la rĂ©gion. En effet, un terrible vampire hante encore le pays, et le danger qu’il symbolise n’a d’Ă©gal que sa cruautĂ©. Sur place, le comte Dracula accueille le voyageur et lui offre restauration et confort. Mais Renfield est bientĂ´t sous l’emprise malĂ©fique du vampire, et tous deux repartent pour l’Angleterre. Une vague de crimes Ă©tranges vient alors secouer Londres...


TournĂ© au mĂŞme moment que le chef-d'oeuvre de Tod Browning (essentiellement de nuit puisque la journĂ©e Ă©tait impartie Ă  l'Ă©quipe us), Dracula eut droit Ă  une version ibĂ©rique pour son exportation Ă  l'Ă©tranger. Comme le doublage n'Ă©tait pas encore inventĂ© Ă  cette Ă©poque, les producteurs ont dĂ©cidĂ© de tourner une seconde version en langue espagnole avec une toute autre Ă©quipe et des acteurs diffĂ©rents. Seuls, le scĂ©nario et les dĂ©cors restaient inchangĂ©s. Exit donc Bela Lugosi dans son rĂ´le emphatique de prince des tĂ©nèbres et place Ă  Carlos Villarias qui le remplace avec un jeu grimaçant impayable. De mon point de vue personnel, ce pseudo remake plus long de 29 minutes s'Ă©tire inutilement, faute de bavardages languissants et d'une interprĂ©tation peu convaincante (Eduardo Arozamena fait pâle figure dans la peau de Van Helsing). Seule, la prestance dĂ©lirante de Pablo Alvarez Rubio tire son Ă©pingle du jeu dans celui d'un dĂ©ficient mental assujeti Ă  Dracula. Son jeu outrĂ© permet d'insuffler un peu de vigueur et d'Ă©gayer la galerie parmi l'assemblĂ©e de protagonistes hautains. A la limite de la blague risible, cette curiositĂ© peine donc Ă  susciter un intĂ©rĂŞt tant la lenteur du rĂ©cit et les comĂ©diens ternes n'apportent pas la densitĂ© nĂ©cessaire pour captiver le spectateur apathique.
Je ne vais donc pas m'attarder sur cette version inutile qui m'a profondément déçu alors que certaines sources osent prétendre qu'elle dépasse l'oeuvre emblématique de Tod Browning. C'est dire à quel point le chef-d'oeuvre d'origine était habité par l'interprétation légendaire d'un Bela Lugosi cabotin au pouvoir magnétique prédominant.

Je vous laisse avec une autre critique tout à fait appropriée à mon goût pour dénoncer en détails cette snobe supercherie.
http://www.dvdclassik.com/critique/dracula-melford

02.11.12
Bruno Matéï


jeudi 1 novembre 2012

La Belle et la BĂŞte / Panna a netvor. Grand Prix Sitges 79. Prix du film fantastique Ă  Fantasporto, 1982.

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mubi.com

de Juraj Herz. 1978. TchĂ©coslovaquie. 1h27. Avec Zdena Studenková, Vlastimil Harapes, Václav Voska, Jana Brejchová, Zuzana KocĂşriková...

Sortie U.S: 1983. France: 1979 (au Rex de Paris).

FILMOGRAPHIE SELECTIVEJuraj Herz est un rĂ©alisateur, acteur et scĂ©nariste slovaque, nĂ© le 4 septembre 1934 Ă  Kezmarok, en TchĂ©coslovaquie (actuellement en Slovaquie). 1968: l'IncinĂ©rateur de cadavres. 1972: Morgiana. 1978: La Belle et la BĂŞte. 1979: Le 9è coeur. 1986: Galose stastia. 1996: Maigret tend un piège. Maigret et la tĂŞte d'un homme. 1997: Passage. 2009: T.M.A. 2010: Habermann.


InĂ©dite en France, cette adaptation du conte de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont relève le dĂ©fi de proposer une version beaucoup plus sombre et cauchemardesque que les illustres classiques concoctĂ©s par Jean Cocteau et Walt Disney. D'origine tchèque, cette perle rare et introuvable (mais enfin disponible en Blu-ray chez ESC !) risque de dĂ©router le public lambda peu habituĂ© Ă  s'aventurer dans les contrĂ©es hostiles d'une terre slovaque imprĂ©gnĂ©e de magie noire. Ce qui frappe d'emblĂ©e dans ce conte obscur Ă  l'aura hermĂ©tique, c'est son ambiance singulière alternant fĂ©erie gracile par la candeur d'une princesse hantĂ©e par ses songes, et visions cauchemardesques de crĂ©atures visqueuses travesties en rat ou en volatile. L'architecture gothique de l'Ă©trange bâtisse rĂ©gie par la bĂŞte (les statues de pierre, les faisceaux de chandeliers, les cadres occultant des dĂ©mons picturaux, les domestiques mutiques insaisissables), ainsi que les extĂ©rieurs naturels d'une forĂŞt automnale (brume translucide, vĂ©gĂ©tation substantielle et florissante dont les rares brebis y sont pourchassĂ©es) nous Ă©garent et dĂ©paysent comme nul autre mĂ©trage audacieux. La densitĂ© du rĂ©cit horrifique Ă©tant notamment impartie Ă  la relation trouble entretenue entre la belle et la bĂŞte. Romance pudique Ă©pris d'aigreur auquel un monstre maudit ne peut se rĂ©soudre Ă  assassiner une princesse, La Belle est la BĂŞte illustre avec un onirisme blafard leur empathie commune vouĂ©e Ă  la tendresse dans un environnement insolite si mystĂ©rieux et inquiĂ©tant. D'oĂą ce sentiment tangible pour le spectateur de se sentir aussi oppressĂ© qu'envoĂ»tĂ© par la scĂ©nographie de ces lieux obscurs. La musique en demi-teinte alternant l'orgue funèbre et l'Ă©lĂ©gie du piano ne cessant de naviguer entre les ambiances doucereuses et mortifères.


MĂ©taphore sur la noblesse de l'âme oĂą le mal est destituĂ© de son fardeau par l'atticisme de l'amour, la Belle et la BĂŞte est en l'occurrence un Ă©trange voyage vers la rĂ©demption. L'histoire d'amour incongrue entre deux ĂŞtres anonymes vouĂ©s Ă  Ă©veiller leur sensualitĂ© pour y apprivoiser leur distinction. Mis en scène avec austĂ©ritĂ© dans son refus dĂ©libĂ©rĂ© de cĂ©der Ă  un fantastique folklorique et joliment interprĂ©tĂ©, cette version marginale peut se targuer de rivaliser avec le chef-d'oeuvre de Cocteau. Ou tout du moins, elle n'a pas Ă  rougir de la comparaison tant sa somptuositĂ© formelle insuffle une poĂ©sie atypique en l'absence (ou si peu) de trucages. A dĂ©couvrir sans rĂ©serve avec une attention toute particulière, mĂŞme si au dĂ©part cette liaison hermĂ©tique peut sembler abstraite, dĂ©concertante chez une partie du public non initiĂ©. 

Un grand merci Ă  l'Univers Fantastique de la Science-fiction
Bruno
01.01.12.
19.05.23

Récompenses: Prix du film fantastique, Mention Spéciale du Jury au Festival de Fantasporto, 1982
Grand Prix Sitges 1979
Prix du Public au Rex de Paris, 1979