vendredi 17 mai 2013

LA POUPEE DE LA TERREUR (Trilogy of Terror)

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ddl.ph

de Dan Curtis. 1975. U.S.A. 1h10. Avec Karen Black, Robert Burton, John Karlen, George Gaynes. 

FILMOGRAPHIE: Dan Curtis est un producteur, scénariste et réalisateur américain, né le 12 Août 1927 à Bridgeport, Connecticut (Etats-Unis), décédé le 27 mars 2006 à Brentwood (Californie).
1966: Dark Shadows (série TV). 1970: La Fiancée du Vampire. 1971: Night of dark shadows. 1973: Dracula. 1973: The Night Strangler (télé-film). 1975: La Poupée de la Terreur. 1976: Trauma. 1977: Dead of Night. 1977: La Malédiction de la veuve noire (télé-film). 1992: Intruders (télé-film). 1996: La Poupée de la terreur 2 (télé-film).


A l'origine conçu pour ĂŞtre le pilote d'une sĂ©rie TV n'ayant jamais vu le jour, la PoupĂ©e de la Terreur est un tĂ©lĂ©-film Ă  sketchs rendu populaire grâce Ă  son troisième segment scĂ©narisĂ© par le cĂ©lèbre Ă©crivain Richard Matheson. D'ailleurs, le film reçut un tel impact auprès des spectateurs lors de sa diffusion US qu'une suite fut entreprise 20 ans plus tard. C'est au mĂ©sestimĂ© cinĂ©aste Dan Curtis que l'on doit cette trilogie de la terreur rĂ©alisĂ©e en 1975, alors qu'un an plus tard la pièce maĂ®tresse de sa carrière envahissait les Ă©crans amĂ©ricains ! Joyau d'effroi Ă  l'angoisse tangible, Trauma n'eut mĂŞme pas droit aux honneurs d'une sortie internationale dans notre pays hexagonal ! Le point commun entre ces deux oeuvres est imparti Ă  la prĂ©sence ombrageuse de Karen Black, dirigĂ©e en l'occurrence dans un quadruple rĂ´le ! 


Le premier sketch intitulé "Julie" nous illustre le chantage d'un étudiant pervers pour sa prof de littérature. Si l'histoire agréable à suivre s'avère la plus faible, faute d'un script peu cohérent et d'une chute finale peu surprenante, le jeu d'interprétation et l'efficacité de la réalisation nous permettent de suivre sans ennui cette idylle perfide ancrée dans la soumission et la misogynie. Le second sketch, "Millicent et Thérèse", relève un peu le niveau dans l'entreprise de son suspense ascendant, sa narration psychologique un peu plus dense et le jeu bicéphale de Karen Black. Persuadée que sa soeur thérèse est devenue une femme diabolique et meurtrière, Millicent décide en désespoir de cause d'invoquer l'aide de son docteur. Dans un double rôle, la comédienne réussit parfaitement à rendre convaincant les états d'âme contradictoires de ces deux soeurs à la rancune tenace. Si le twist est facilement prévisible, sa terrifiante révélation ne manque pas d'interpeller le spectateur et de provoquer un futile malaise. Pour parachever, le dernier sketch, "Amelia", est le segment perturbateur auquel une génération de téléspectateurs ainsi qu'une légion de cinéphiles lui vouent un véritable culte ! Après avoir acheté un fétiche africain pour son concubin, Amelia va vivre une véritable nuit d'horreur. Sous l'apparence sinistre de cette poupée de bois se cache un véritable démon délibéré à assassiner sa propriétaire ! Sur le thème des poupées maléfiques, "Amelia" fait sans aucun doute parti des oeuvres les plus incisives et frénétiques qui soit (Chucky n'a qu'a bien s'tenir !). D'une efficacité fertile en rebondissements, Dan Curtis enchaîne les altercations à un rythme effréné dans sa réalisation véloce. Mais surtout, par un habile montage géométrique et une multitude de plans concis, il crédibilise les méfaits meurtriers de cette poupée famélique par ses élans erratiques et furibonds ! Intense, haletant et terriblement sauvage, "Amelia" provoque un impact émotionnel aussi jouissif que terrifiant, notamment au niveau du look patibulaire de ce fétiche africain accoutré de dents acérées ! Jusqu'à la risée de sa chute sardonique !


Si les deux premiers sketchs ont de quoi laisser dubitatif le spectateur exigeant, on ne peut passer outre le savoir-faire de Dan Curtis dans son art de conter une histoire et le jeu insidieux de l'Ă©tonnante Karen Black incarnant un quadruple rĂ´le. Mais c'est avec l'impact cinglant de son troisième segment que La PoupĂ©e de la Terreur dĂ©tonne et provoque une vĂ©ritable stupeur dans son dĂ©lirant survival en isolement !

17.05.13
Bruno Matéï


    jeudi 16 mai 2013

    La Nuit des Maléfices / Satan's Skin / Blood on Satan's Claw

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site culturopoing.com

    de Piers Haggard. 1971. Angleterre. 1h36. Avec Linda Hayden, Michele Dotrice, Patrick Wymark, Barry Andrews, Wendy Patbury, Anthony Ainley, Charlotte Mitchell.

    Sortie salles France: 19 Juillet 1972

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Piers Haggard est un réalisateur anglais, né le 18 Mars 1939 à Londres.
    1970: La Nuit des maléfices, 1979: The Quatermass conclusion, 1980: Le Complot diabolique du Dr. Fu Manchu, 1981: Venin, 1994: La Brèche, 2006: Les pêcheurs de coquillage Saison 1.


    Quel bien Ă©trange sabbat que cette Nuit des MalĂ©fices mis en scène par un rĂ©alisateur Ă©clectique ayant Ă  son actif une plĂ©thore de longs-mĂ©trages, tĂ©lĂ©films et diverses sĂ©ries TV. Si on lui doit en 1981 le formidable Venin et la 4è aventure de Quatermass rĂ©alisĂ©e deux ans plus tĂ´t, Piers Haggard ne possède pas plus de rĂ©ussites probantes au fil de sa carrière. A l'exception de cette modeste production horrifique rĂ©alisĂ©e avec un souci d'esthĂ©tisme poĂ©tico-funeste. Et si le rythme de sa première demi-heure avait gagnĂ© Ă  ĂŞtre un peu plus vigoureux (je chipote quand mĂŞme), la suite se rĂ©vèle toujours plus captivante, immersive et charpentĂ©e pour illustrer avec force et dĂ©tails nombre d'incidents inquiĂ©tants fondĂ©s sur l'emprise de la sorcellerie et le culte satanique.

    Synopsis: Dans un petit village anglais du 18è siècle, d'Ă©tranges Ă©vènements viennent Ă©branler la tranquillitĂ© des villageois. Alors qu'un paysan vient de dĂ©couvrir dans son champ une tĂŞte d'apparence humaine, certains citadins sont Ă©pris d'hallucinations collectives. Une main griffue semble daigner intenter Ă  leur vie sous l'allĂ©geance d'un dĂ©mon. En prime, au sein de la forĂŞt, une jeune fille perfide pratique d'Ă©tranges rites afin d'inciter la population Ă  invoquer Satan en personne. 


    Ce qui frappe d'emblĂ©e quand on dĂ©couvre La Nuit des MalĂ©fices, c'est la beautĂ© formelle impartie Ă  ces dĂ©cors bucoliques au sein de sa nature forestière. La gestion du cadre permet en outre de styliser certaines images oniriques d'une Ă©tonnante beautĂ© vĂ©gĂ©tale. Cette scĂ©nographie foisonnante, le soin allouĂ© au moindres dĂ©tails dĂ©gagent un charme vĂ©nĂ©neux Ă©trangement poĂ©tique. En prime, le jeu adroit de chaque comĂ©dien et la manière inĂ©dite Ă  laquelle ils se voient confrontĂ©s au Mal renforcent le caractère crĂ©dible de cette Ă©vocation malĂ©fique insinueuse. Si les violents incidents qui jalonnent le rĂ©cit s'avèrent rĂ©cursifs jusqu'au prĂ©sage du fameux cĂ©rĂ©monial, Piers Haggard rĂ©ussit Ă  insuffler une rĂ©elle efficacitĂ© Ă  travers sa conduite narrative sans surprise. Car par l'entremise d'un stigmate corporel horriblement velu, les villageois sont peu Ă  peu atteints d'une emprise dĂ©moniaque incontrĂ´lĂ©e. A l'instar d'une Ă©pidĂ©mie, la plupart d'entre eux Ă©prouvent un irrĂ©sistible besoin de provoquer le mal et pratiquer le sacrifice sous l'allĂ©geance d'une sorcière lascive. Le climat d'Ă©trangetĂ© prĂ©gnant qui Ă©mane du rĂ©cit et l'horreur de certaines sĂ©quences (en se resituant dans le contexte de l'Ă©poque) rĂ©ussissent Ă  provoquer un malaise sous-jacent, Ă  l'instar du viol communautaire et du sacrifice pratiquĂ©s sur une jeune vierge dĂ©munie. Si la plupart des protagonistes se retrouvent tributaires de  l'influence du Mal, le rĂ©alisateur leur invoque dans son dernier acte une traditionnelle "chasse aux sorcières" Ă©galement surprenante dans sa manière de la traiter Ă  l'Ă©cran par des effets de ralenti obscurcissant son climat cryptique des plus convaincant.


    Autour des thèmes de l'emprise malĂ©fique, l'influence superstitieuse et la traditionnelle chasse aux sorcières, Piers Haggard rĂ©alise avec La Nuit des MalĂ©fices une Ă©tonnante sĂ©rie B irrationnelle. Un film d'Ă©pouvante sĂ©culaire particulièrement soignĂ© dans son esthĂ©tisme naturaliste et l'aura inquiĂ©tante qui en dĂ©coule toujours prĂ©dominante. Une perle du genre au demeurant. 

    *Bruno
    12.04.2025. 2èx. 
    16.05.13

    mercredi 15 mai 2013

    Miss Bala

                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site downloadfilmkv.blogspot.com

    de Gerardo Naranjo. 2011. Mexique/U.S.A. 1h53. Avec Stéphanie Sigman, Noe Hernandez, Miguel Couturier, Jose Yenque, Irene Azuela, Gabriel Heads, James Russo.

    Sortie salles France: 13 Mai 2011 (Cannes) 2 mai 2012 (sortie nationale limitĂ©e). Mexique: 9 Septembre 2011.

    FILMOGRAPHIE: Nicolas Lopez est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur mexicain.
    2004: Malachance. 2006: Drama/mex. 2008: Voy a explotar. 2010: Revolucion. 2011: Miss Bala. 2020 : Viena and the Fantomes. 2020 : Kokoloko


    "Modèle de mise en scène."
    Oeuvre coup de poing d'une intensitĂ© dramatique Ă©prouvante, Miss Alba relate avec rugueux rĂ©alisme le destin de Laura Guerrero, jeune mexicaine postulant pour un concours de beautĂ© afin de subvenir Ă  sa famille. Après avoir Ă©tĂ© tĂ©moin de meurtres et de la disparition de son amie, elle est engagĂ©e par une organisation criminelle, l'Etoile, pour ĂŞtre impliquĂ©e contre son grĂ© dans des missions pĂ©rilleuses. Incapable d'avoir un quelconque soutien du cĂ´tĂ© de la police, elle se retrouve embarquĂ©e au sein d'une guĂ©rilla criminelle auquel l'Etoile envisage d'intenter un attentat contre le gĂ©nĂ©ral SalomĂłn Duarte. A l'instar d'un reportage pris sur le vif Ă  la maĂ®trise technique stupĂ©fiante (qui plus est inspirĂ© d'un fait rĂ©el concernant le profil de Laura Zúñiga), Gerardo Naranjo nous Ă©tablit le constat implacable d'un Ă©tat mexicain engluĂ© dans la corruption et la violence. Celui d'une criminalitĂ© omniprĂ©sente (la guerre de la drogue fit plus de 36 000 morts entre 2006 et 2011) auquel le trafic de drogue gĂ©nère plus de 25 milliards de dollars par an. Qui plus est, la ville au cours duquel se situe l'action fut considĂ©rĂ©e comme la plus violente du monde entre 1992 et 2001 (elle passera ensuite Ă  la seconde position Ă  partir de 2008). Ainsi, Ă  travers le sombre destin d'une jeune otage mexicaine contrainte de se corrompre auprès d'un cartel, le rĂ©alisateur nous fait pĂ©nĂ©trer Ă  l'intĂ©rieur de cette milice avec l'efficacitĂ© d'un souci de vĂ©ritĂ© Ă  couper le souffle ! 


    Si bien que parmi la prĂ©sence de l'hĂ©roĂŻne, nous sommes vĂ©ritablement plongĂ©s dans un univers chaotique de prĂ©caritĂ© puisque contrainte de suivre quotidiennement les exactions meurtrières de l'Etoile. Alors qu'au creux des citĂ©s urbaines, et en dĂ©pit de la prĂ©sence sournoise de la police, un sentiment d'insĂ©curitĂ© permanent y est infiltrĂ©. Avec une belle densitĂ© psychologique, Gerardo Naranjo nous dĂ©peint notamment un magnifique portrait de femme dĂ©chue au courage singulier. EpiĂ©e, fustigĂ©e, abusĂ©e, violĂ©e par son leader et incessamment expĂ©diĂ©e de force vers des missions belliqueuses pour le bĂ©nĂ©fice de la drogue, Laura Guerrero doit en alternance concourir (aussi paradoxal soit-il) au titre de  "Miss basse Californie" financĂ©e par sa propre organisation. StĂ©phanie Sigman (dont il s'agit ici de son 2è rĂ´le pour un long), nous rĂ©vĂ©lant une grâce fĂ©brile dans son humanitĂ© dĂ©chue, une bravoure insensĂ©e pour la survie, un dĂ©sespoir forcenĂ© de ne pouvoir s'extraire de sa hiĂ©rarchie arbitraire. Une actrice juvĂ©nile habitĂ©e par la candeur, tant par sa prĂ©sence longiligne que pour sa retenue Ă©motive si poignante.


    PonctuĂ© de sĂ©quences d'action frĂ©nĂ©tiques dans sa mise en scène virtuose et fort d'une ambiance particulièrement tĂ©nĂ©breuse (renforcĂ©e de la monochromie d'une photo sĂ©pia), Miss Bala fait d'autant plus la part belle au suspense sous-jacent afin de connaĂ®tre l'issue fataliste de cette femme objet. Un film choc hypnotique donc qui dĂ©nonce avec vigueur implacable toute forme de corruption implantĂ©e par les puissants cartels de la drogue tout en pointant du doigt la misogynie d'une sociĂ©tĂ© littĂ©ralement phallocrate. Or, cette violence radicale qui prĂ©domine l'intrigue se refuse d'autant mieux Ă  l'esbroufe afin de coller au plus près de la rĂ©alitĂ© sordide du sujet. On peut Ă©galement Ă©voquer le cinĂ©ma de John Carpenter auprès de l'incroyable maĂ®trise des sĂ©quences d'action stylisĂ©es renforcĂ©es du format large. 

    *Bruno
    15.05.13.
    26.02.25. Vost

    vendredi 10 mai 2013

    THE PLACE BEYOND THE PINES

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmsfix.com

    de Derek Cianfrance. 2012. U.S.A. 2h19. Avec Ryan Gosling, Bradley Cooper, Rose Byrne, Eva Mendes, Ray Liotta, Bruce Greenwood, Dane DeHaan.

    Sortie salles France: 20 Mars 2013. U.S: 29 Mars 2013

    FILMOGRAPHIE:  Derek Cianfrance est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 23 Janvier 1974.
    1998: Brother Tied. 2010: Blue Valentine. 2012: The Place Beyond the Pines. 2014: Chef.


    Un an après s'ĂŞtre fait rĂ©vĂ©lĂ© dans Drive, Ryan Goslin se retrouve Ă  nouveau cataloguĂ© dans le rĂ´le du "bad boy au grand coeur" dans un polar flamboyant traversĂ© d'Ă©clairs de poĂ©sie lyrique. Si l'acteur reprend le personnage qu'il avait incarnĂ© dans le polar stylisĂ© de Nicolas Winding Refn, il se rĂ©vèle ici un peu plus extraverti et beaucoup plus irrĂ©flĂ©chi dans son caractère obtus en multipliant les bourdes irrĂ©parables. Pourtant, le pitch de dĂ©part laisse craindre un film policier conventionnel entièrement bâti sur sa notoriĂ©tĂ© (un cascadeur paumĂ© dĂ©cide de braquer des banques pour subvenir Ă  sa famille). Mais The Place beyond the pines s'avère un astucieux simulacre constamment surprenant par la densitĂ© d'un scĂ©nario impeccablement charpentĂ©. Si les clichĂ©s usuels prĂ©citĂ©s pullulent dans sa première partie, le rĂ©alisateur rĂ©ussit Ă  les exploiter avec l'efficacitĂ© d'une rĂ©alisation circonspecte entièrement vouĂ©e Ă  l'Ă©tude caractĂ©rielle de ses personnages. ScindĂ© en trois parties distinctes, la trame prĂ©alablement Ă©culĂ©e va donc peu Ă  peu dĂ©velopper une nouvelle intrigue bâtie autour d'un autre personnage Ă©loquent, un flic de routine compromis Ă  une bavure policière. Par la faute de son acte, cette nouvelle entrĂ©e en scène de ce personnage Ă©quivoque va nous ensuite nous confronter vers un retournement de situation d'une audace inouĂŻe, Ă  tel point que le spectateur dĂ©routĂ© aura du mal Ă  concevoir cette rĂ©alitĂ© !


    C'est vĂ©ritablement Ă  partir de sa deuxième partie plus intense que le film empreinte une dimension plus inquiĂ©tante par son suspense sous-jacent en traitant d'un cas de corruption policière. LĂ  encore, les clichĂ©s reprennent du galop dans l'illustration scrupuleuse d'un flic Ă©pris de remord, prĂŞt Ă  balancer ses collègues ripoux (on pense Ă  Copland et Serpico) pour se racheter une conscience, et par la mĂŞme occasion accĂ©der Ă  un poste plus important. Sous ce canevas ressassĂ© mais inexorablement captivant de maĂ®trise, on se demande tout de mĂŞme oĂą souhaite nous mener le rĂ©alisateur ! Vers la dramaturgie  d'une troisième partie vertigineuse oĂą la fragilitĂ© des personnages va prendre un tournant dĂ©cisive pour leur destin imparti. Ainsi, Ă  travers le sort galvaudĂ© d'un braqueur solitaire sans repères, faute d'un père absent, Derek Cianfrance aborde donc sans fioriture les thèmes de la dĂ©mission parentale et de la filiation dĂ©pendante d'une dĂ©linquance juvĂ©nile. Des rĂ©percussions dĂ©sastreuses que peuvent subir les enfants quand la lâchetĂ© d'un homme de loi s'est rĂ©solu Ă  prĂ©server un odieux mensonge. De cet acte immoral va dĂ©boucher le remord, la quĂŞte de repentance mais aussi la rancoeur vindicative du point de vue des victimes, leur quĂŞte de vĂ©ritĂ© auquel deux adolescents vont communĂ©ment devoir s'affronter pour retrouver un semblant de dignitĂ©.


    Fascinant et incessamment envoĂ»tant, The Place beyond the Pines s'Ă©rige en drame humain en dĂ©montrant Ă  quel point l'absence parentale, le mensonge et la corruption peuvent vĂ©hiculer de lourdes contrariĂ©tĂ©s, voires des blessures incurables sur la postĂ©ritĂ©. RĂ©alisĂ© dans un souci de rĂ©alisme documentĂ© et magnifiquement dirigĂ© par des comĂ©diens vacillants (Eva Mendes et le jeune Dane DeHaan sont bouleversants de rancoeur meurtrie !), ce polar en trois actes exacerbe toujours un peu plus son cheminement irrĂ©versible jusqu'au dĂ©nouement irrĂ©vocable. Un grand moment de cinĂ©ma lyrique portĂ© par la grâce de ces acteurs (le bellâtre Bradley Cooper n'eut jamais Ă©tĂ© aussi convaincant !) au service d'une narration au cordeau.  

    10.05.13
    Bruno 


    jeudi 9 mai 2013

    ED WOOD

                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site alexandrestojkovic.blogspot.com

    de Tim Burton. 1994. U.S.A. 2h06. Avec Johnny Depp, Martin Landau, Patricia Arquette, Sarah Jessica Parker, Bill Murray, Jeffrey Jones, Lisa Marie.

    Sortie salles France: 21 Juin 1995. U.S: 28 Septembre 1994

    FILMOGRAPHIE: Timothy William Burton, dit Tim Burton, est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 25 Août 1958 à Burbank en Californie.
    1985: Pee-Wee Big Adventure. 1988: Beetlejuice. 1989: Batman. 1990: Edward aux mains d'argent. 1992: Batman, le Défi. 1994: Ed Wood. 1996: Mars Attacks ! 1999: Sleepy Hollow. 2001: La Planète des Singes. 2003: Big Fish. 2005: Charlie et la Chocolaterie. 2005: Les Noces Funèbres. 2008: Sweeney Todd. 2010: Alice au pays des Merveilles. 2012: Dark Shadows. 2012: Frankenweenie.


    Edward D. Wood Jr continua le combat Ă  Hollywood, mais le succès ne cessa de lui Ă©chapper. Après un lent naufrage dans l'alcool et des films d'horreur "dĂ©nudĂ©s", il mourut d'un crise cardiaque en 1978. Il avait 54 ans. 
    Deux ans après, il fut sacrĂ© "plus mauvais rĂ©alisateur de tous les temps", ce qui lui valut la reconnaissance internationale. Depuis, des cinĂ©philes du monde entier lui vouent un culte. 

    Voici mon hommage...

    Eloge Ă  l'industrie du cinĂ©ma Z Ă  travers un rĂ©alisateur en herbe, Ed Wood relate la biographie d'un personnage hors normes, considĂ©rĂ© comme le cinĂ©aste le plus mauvais de tous les temps. En alternant drĂ´lerie et Ă©motion, le film dĂ©clare Ă©galement une rĂ©vĂ©rence Ă  l'un des grands acteurs du cinĂ©ma d'Ă©pouvante (Bela Lugosi, transcendĂ© ici par la prestance du vĂ©tĂ©ran Martin Landau !). Dans une superbe photo monochrome, Tim Burton nous retrace le parcours improbable d'un artiste du cinĂ©ma transi de volontĂ© pour sa passion du cinĂ©ma. Avec une Ă©quipe d'accessoiristes et d'acteurs au rabais, ce rĂ©alisateur excentrique (il se travestissait parfois en femme durant ses tournages !) n'aura de cesse d'user d'impertinence et de boniment afin de convaincre n'importe quel producteur Ă  sa portĂ©e que son futur projet sera vouĂ© Ă  la notoriĂ©tĂ©. FascinĂ© par l'oeuvre emblĂ©matique d'Orson Welles baptisĂ©e   Citizen Kane, Edward D. Wood Jr se persuada qu'il possĂ©dait le talent innĂ© pour façonner des oeuvres aussi substantielles par l'entremise du cinĂ©ma de genre. Mais surtout, l'amour sincère qu'il allouait Ă  l'acteur hongrois Bela Lugosi Ă©tait si digne qu'il rĂ©ussit Ă  convaincre ce dernier d'incarner des rĂ´les de faire-valoir dans ces oeuvrettes les plus saugrenues. C'est d'ailleurs avec Plan Nine from outer space (financĂ© par l'Ă©glise catholique !), qu'Edward D. Wood parvint Ă  accĂ©der Ă  la postĂ©ritĂ©. 


    Avec une humble humanitĂ©, Tim Burton dĂ©livre notamment un poignant hommage Ă  un illustre comĂ©dien immortalisĂ© par son rĂ´le vampirique mais malencontreusement rĂ©duit Ă  l'indiffĂ©rence vers la fin de sa carrière. DĂ©pendant de la morphine et rĂ©duit Ă  la solitude depuis le dĂ©cès de son Ă©pouse, Bela Lugosi traĂ®ne ici sa silhouette sous l'apparence du comĂ©dien Martin Landau. LittĂ©ralement habitĂ© par son entitĂ©, l'acteur insuffle avec une Ă©motion Ă©lĂ©giaque le portrait dĂ©clinant d'une lĂ©gende sclĂ©rosĂ©e. Une ancienne cĂ©lĂ©britĂ© isolĂ©e du monde extĂ©rieur et rĂ©fugiĂ©e dans ses souvenirs populaires, hantĂ© Ă  jamais par son incarnation de Dracula. Sa relation amicale qu'il finit par entretenir avec Ed Wood  nous Ă©meut par leur complicitĂ© mais aussi leur tendresse commune impartie Ă  la chimère de la camĂ©ra ! Dans le rĂ´le d'Ed Wood, Johnny Depp vĂ©hicule une spontanĂ©itĂ© pleine d'extravagance pour retranscrire les Ă©tats d'âme d'un luron amateur Ă©merveillĂ© par l'omnipotence du cinĂ©ma ! Avec des moyens techniques dĂ©risoires et une Ă©quipe de seconds rĂ´les non professionnels, ce personnage facĂ©tieux usa de constance dans ces audaces, mensonges et subterfuges pour parvenir Ă  ses fins et filmer coĂ»te que coĂ»te les plus improbables divagations ! 


    TranscendĂ© par la prestance de comĂ©diens fĂ©rus de naturel et d'enthousiasme, Ed Wood condense la  flamboyante biographie d'un baladin entièrement vouĂ© Ă  sa passion de cinĂ©phage. Car en dehors du portrait allouĂ© Ă  une autre lĂ©gende du cinĂ©ma de genre, ces deux tĂ©moignages engendrent un vibrant hommage Ă  tous ces artisans discrĂ©ditĂ©s de leur prĂ©caritĂ© mais pour autant transis d'amour pour leur foi au 7è art. Depuis ses travaux, Ed Wood, le personnage, est devenu l'emblème du nanar dĂ©bridĂ© Ă  la poĂ©sie nonsensique ! Cette ultime dĂ©claration d'amour aux sĂ©ries Z se clĂ´turant sur un bouleversant mĂ©morial Ă  tous ces quidams laissĂ©s dans l'ombre des projecteurs.

    09.05.13. 2èx
    Bruno Matéï

    Récompenses: Oscar du Meilleur acteur dans un second rôle pour Martin Landau
    Meilleurs Maquillage pour Rick Baker, Ve Neill et Yolanda Toussieng
    Golden Globes du Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Martin Landau
    Saturn Awards du Meilleur Acteur pour Martin Landau, Meilleure Musique pour Howard Shore
    Screen Actors Guild Award: Meilleur Acteur dans un second rĂ´le pour Martin Landau
    NSFC Awards: Meilleur Acteur dans un second rĂ´le pour Martin Landau, Meilleure Photographie pour Stefan Czapsky.

    mercredi 8 mai 2013

    The Proposition. Grand Prix du Jury, Valenciennes, 2009

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site forum.westernmovies.fr

    de John Hilcoat. 2005. Australie/Angleterre. 1h44. Avec Richard Wilson, Noah Taylor, Guy Pearce, Jeremy Madrona, Jae Mamuyac, Mick Roughan, Shane Watt.

    Sortie salles France: 16 Décembre 2009

    FILMOGRAPHIE: John Hilcoat est un cinĂ©aste australien, nĂ© en 1961 au Queensland. 
    1988 : Ghosts... of the Civil Dead. 1996 : To Have and to Hold. 2005 : The Proposition. 2009 : La Route (The Road). 2012 : Des hommes sans loi (Lawless).


    Avant de se faire connaître du grand public avec son odyssée post-apocalyptique La Route, John Hillcoat réalisait, quatre ans plus tôt, un western crépusculaire imprégné de poésie métaphysique. Transcendé par la prestance de ses antagonistes vénaux, The Proposition retrace le cheminement funeste du gang des frères Burns, ainsi que la quête rédemptrice du capitaine Stanley, homme de loi tiraillé par une éthique vacillante.

    Le pitch : Ă€ la fin du XIXe siècle, dans l’ariditĂ© australienne, les frères Charlie et Mickey Burns sont capturĂ©s par les hommes de main du capitaine Stanley. Ce dernier leur propose un marchĂ© : Charlie aura neuf jours pour retrouver et tuer leur aĂ®nĂ© Arthur, criminel insaisissable coupable de viols et de meurtres, en Ă©change de sa libertĂ© et de celle de son jeune frère.


    Western laconique Ă  l’ambiance mystique et lancinante, The Proposition est un chemin de croix ; une plongĂ©e introspective dans les mĂ©andres opaques de l’âme humaine. Car Ă  travers le portrait d’anti-hĂ©ros pervertis par la haine mais Ă©branlĂ©s par les consĂ©quences, Hillcoat nous entraĂ®ne dans leur dĂ©rive putride au sein d’une sociĂ©tĂ© coloniale en dĂ©composition.
    Tous les hommes de loi y pataugent dans une violence institutionnalisĂ©e, infligĂ©e aux esclaves noirs dans l’indiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale. Les hors-la-loi, eux, poursuivent leurs exactions sanguinaires, mus par une arrogance vengeresse autant que par l’accoutumance au mal. Cette complaisance dans la cruautĂ© finit par se heurter Ă  une crise morale, un vertige de conscience : celle d’un peuple qui dĂ©couvre que la barbarie n’est qu’une spirale obscène ; celle de Charlie, criminel en sursis, rongĂ© par la culpabilitĂ© d’avoir conduit l’innocence de son cadet Ă  l’abattoir, tout en portant l’empreinte vĂ©nĂ©neuse d’un aĂ®nĂ© dominateur ; et celle, surtout, de Stanley, mari tendre et attentionnĂ© envers une Ă©pouse candide (qui ignore tout de sa justice expĂ©ditive), mais officier Ă©reintĂ©, de plus en plus conscient de sa dĂ©chĂ©ance intĂ©rieure — une dĂ©gringolade primitive que seule la violence semble prĂ©cipiter vers l’abĂ®me.


    "Sous le Soleil, la Douleur".
    Magnifiquement photographiĂ© dans une nature solaire au lyrisme spectral — une nature qui ne cesse de questionner l’Homme — et portĂ© par des comĂ©diens aux trognes fermĂ©es, burinĂ©es par l’absolu, ce western âpre dresse le constat implacable d’une humanitĂ© corrompue par une justice discriminatoire.
    RĂ©flexion acide sur la gangrène de la violence, oĂą l’ĂŞtre humain qui s’y est aventurĂ© finit irrĂ©mĂ©diablement châtiĂ©, The Proposition est un Ă©lectrochoc d’une intensitĂ© telle qu’on en sort difficilement indemne.
    L’un des westerns les plus rugueux jamais tournĂ©s — la sĂ©quence de flagellation est insoutenable, elle hante longtemps après la projection — mais aussi un poème existentiel sur l’Ă©thique, la honte, et les fantĂ´mes de la rĂ©demption.


    08.05.13
    Bruno 
     
    Récompenses: Festival International de Valenciennes: Grand Prix du Jury
    Australian Film Institute: Meilleure Photographie (BenoĂ®t Delhomme), Meilleurs Costumes (Margot Wilson), Meilleure Musique originale ( Nick Cave, Warren Ellis), Meilleure Production
    Australia Film Critics: Meilleure Photographie (BenoĂ®t Delhomme), Meilleure Musique originale (Nick Cave, Warren Ellis).
    Chlotrudis Awards: Meilleur ScĂ©nario (Nick Cave)
    Inside Film Awards (IF Awards): Meilleure Photographie (BenoĂ®t Delhomme), Meilleur Film, Meilleure Musique (Nick Caven Warren Ellis), Meilleure Production
    San Diego Film Critics: Meilleur Second rĂ´le (Ray Winstone)  
    Festival de Venise: Prix Gucci du Meilleur scénario (Nick Cave)


    mardi 7 mai 2013

    Evil-Dead 3, l'Armée des Ténèbres / Evil-dead 3, Army of Darkness

                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site holypapershit.wordpress.com

    de Sam Raimi. 1992. U.S.A. 1h36 (Director's cut). Avec Bruce Campbell, Embeth Davidtz, Marcus Gilbert, Ian Abercrombie, Richard Grove.

    Sortie salles France: 5 Janvier 1994. U.S: 19 Février 1993

    FILMOGRAPHIE: Sam Raimi est un réalisateur, acteur, producteur et scénariste américain, né le 23 Octobre 1959 à Franklin, Etats-Unis. 1981: Evil-Dead. 1985: Mort sur le Grill. 1987: Evil-Dead 2. 1990: Darkman. 1993: Evil-Dead 3. 1995: Mort ou Vif. 1998: Un Plan Simple. 1999: Pour l'amour du jeu. 2000: Intuitions. 2002: Spi-derman. 2004: Spider-man 2. 2007: Spider-man 3. 2009: Jusqu'en Enfer. 2013: Le Monde fantastique d'Oz.

     
    "Ash et l’ombre des dĂ©mons : la bataille funeste".
    Troisième volet de la saga Evil Dead, L’ArmĂ©e des TĂ©nèbres replonge dans un dĂ©lire horrifique qui, cette fois, privilĂ©gie l’action homĂ©rique et l’aventure mythologique, saupoudrĂ©es d’un comique cartoonesque. Hommage vibrant au maĂ®tre du stop motion Ray Harryhausen — l’armĂ©e de squelettes livrant une bataille insensĂ©e —, clin d’Ĺ“il au gothisme transalpin dans ses sĂ©quences crĂ©pusculaires du moulin et du cimetière, Evil Dead 3 dĂ©borde d’Ă©nergie et d’idĂ©es retorses, soutenu par des FX calibrĂ©s, pour nous propulser au cĹ“ur d’une Ă©popĂ©e chevaleresque aussi folingue que jubilatoire, techniquement emballĂ©e avec un brio Ă©bouriffant et vertigineux.

    Le pitch : Ash, catapultĂ© en l’an 1300 par une force dĂ©moniaque, est fait prisonnier par les chevaliers du roi Arthur. Pour retrouver sa libertĂ© et regagner son Ă©poque, il doit rĂ©cupĂ©rer le nĂ©cronomicon, sous la tutelle d’un illustre sorcier. Mais en rĂ©citant la mauvaise formule, Ash libère une armĂ©e de dĂ©mons, dĂ©clenchant une bataille mĂ©diĂ©vale dantesque.

    Si Evil Dead 2 avait dĂ©jĂ  embrassĂ© un dĂ©lire cartoonesque en abandonnant la facture effrayante du modèle, Sam Raimi pousse ici le bouchon encore plus loin, oscillant dans un grotesque jubilatoire. Ce nouveau chapitre fait du genre aventure mĂ©diĂ©vale fantastique son terrain de jeu, oĂą le roi Arthur et ses chevaliers sont asservis aux forces dĂ©moniaques du nĂ©cronomicon. Avec l’aide de notre hĂ©ros versatile venu du futur, ils devront livrer bataille contre l’armĂ©e infernale.

    Mais avant ce choc tant attendu, Raimi s’amuse Ă  martyriser son hĂ©ros dans une multitude de dĂ©convenues burlesques confinĂ©es Ă  des lieux clos : un puits, un moulin, une colline de cimetière. ArmĂ© d’une tronçonneuse puis d’une main d’acier, Bruce Campbell s’Ă©rige en hĂ©ros des temps modernes, guerrier futuriste Ă  la fois couard et tĂ©mĂ©raire, empotĂ© et vaillant. Dans un jeu de mimĂ©tisme dĂ©mentiel, il se livre Ă  un festival de pitreries outrĂ©es, incarnant un hĂ©ros Ă©goĂŻste, parfois masochiste, pris Ă  la gorge par des dĂ©mons railleurs — les incubes du puits, les lilliputiens enfantĂ©s par Ash, les squelettes commandĂ©s par un zombie putrĂ©fiĂ©. Bref, un bonheur en roue libre, ultra fun et dĂ©complexĂ©.


    Si l’horreur, ici, se fait plus discrète, L’ArmĂ©e des TĂ©nèbres s’impose en spectacle trĂ©pidant, transcendĂ© par la mise en scène foisonnante et rusĂ©e de Raimi. La prĂ©sence iconique de Bruce Campbell, flamboyant dans sa posture conquĂ©rante, doit beaucoup au caractère fantaisiste de cette odyssĂ©e mĂ©diĂ©vale, propulsĂ©e par un dĂ©lire Ă©pique. Un troisième opus Ă  marquer d’une pierre blanche.

    A Ray Harryhausen (qui vient de nous quitter à l'âge de 92 ans).

    *Bruno
    07.05.13
    13.08.24. 6èx. Vostfr

    Récompenses: Corbeau d'Or au Festival du film fantastique de Bruxelles, 1993
    Prix de la Critique au Festival Fantasporto, 1993
    Saturn Award du meilleur film d'horreur, 1994

    lundi 6 mai 2013

    DICK TRACY

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site movies.film-cine.com

    de Warren Beatty. 1990. U.S.A. 1h45. Avec Warren Beatty, Al Pacino, Charlie Korsmo, Glenne Headly, Madonna, Dustin Hoffman, William Forsythe, Ed O'Ross, Charles Durning, Seymour Cassel, Mandy Patinkin, R.G. Armstrong, James Tolkan, Henry Silva, James Caan, Paul Sorvino, Estelle Parsons.

    Récompenses: Oscar du meilleur maquillage pour John Caglione Jr et Doug Drexler
    Oscar de la meilleure direction artistique pour Richard Sylbert et Rick Simpson pour les décors
    Oscar de la meilleure chanson originale pour Soony or Later de Stephen Sondheim.

    Sortie Salles: 15 Juin 1990

    FILMOGRAPHIE: Warren Beatty est un acteur, producteur, scénariste et réalisateur américain, né le 30 Mars 1937 à Richmond, Virginie.
    1978: Le Ciel peut attendre. 1981: Reds. 1990: Dick Tracy. 1998: Bulworth


    Pour sa troisième réalisation, l'acteur Warren Beatty décide de rendre hommage à une célèbre bande dessinée crée par Chester Gould en 1931. Avec une distribution prestigieuse réunissant Al Pacino, Dustin Hoffman, Warren Beatty himself (très à l'aise dans ces 2 postes !), la chanteuse Madonna et un florilège de seconds-rôles rendus méconnaissables sous leur maquillage, Dick Tracy est une aventure clinquante transcendée par leur extravagance. Situé à l'époque des années 30, le film illustre les aventures du détective Dick Tracy contraint de déjouer les ambitions cupides d'un mafioso mégalo, Big Boy. Un soir, il découvre par hasard l'existence miséreuse d'un enfant maltraité et décide de lui porter secours. Ensemble, ils vont finalement s'unifier et user de stratagème pour mettre un terme aux agissements mafieux de la pègre. Mais alors que Dick est secrètement amoureux de sa fidèle amie Tess, ses sentiments vont bientôt être contrariés par le désespoir d'une chanteuse de bar, Breathless Mahoney. Asservie par l'autorité du gangster Big Boy, elle aspire à trouver une vie plus épanouie sous l'égide de notre illustre détective.


    Si le scĂ©nario orthodoxe n'apporte finalement que peu de surprises (en dehors du suspense entretenu pour dĂ©masquer l'Ă©nigmatique justicier sans visage), ce divertissement rondement menĂ© se distingue notamment par l'humanitĂ© de ses personnages. En prioritĂ© pour le trio attendrissant formĂ© par Dick, Tess et le bambin, le Kid ! (dans son rĂ´le infantile, Charlie Korsmo s'avère Ă©patant de naturel !).
    Sous couvert d'un film d'action visuellement cartoonesque et la présence interlope d'antagonistes au physique buriné (Al Pacino est quasi méconnaissable dans la peau de Big Boy !) ou difforme (le marmoneux, tête plâte), Dick Tracy préconise la romance candide. Le réalisateur accordant une belle importance à dépeindre avec pudeur la relation timorée du détective pour sa jeune amie solitaire. En prime, son rapport indécis avec la chanteuse Breathless et l'attitude paternelle qu'il va peu à peu engendrer avec le Kid nous illustrent bien sa quête intrinsèque du bonheur conjugal.
    En dehors de séquences d'action parfois spectaculaires et fertiles en subterfuges, l'aventure s'alloue par ailleurs d'un humour espiègle dans ses situations débridées (l'interrogatoire avec le marmoneux) et dans la verve de dialogues ciselés. Le soin apporté au design des décors (naturels ou en matte painting), à la photographie flamboyante, à la musique orchestrale de Danny Elfman mais aussi aux chansons élégiaques d'une Madonna aigrie exacerbent l'élégance formelle d'une réalisation inspirée.


    Sous une photographie rutilante saturĂ©e de teintes polychromes, de manière Ă  mettre en exergue son esprit BD, Dick Tracy insuffle un charme irrĂ©sistible dans ces aventures attrayantes et fait la part belle aux sentiments nobles dans son alliage d'action, d'aventures, d'humour et de romance. PĂ©tillant et plein de fraĂ®cheur !

    05.05.13
    Bruno Matéï

    vendredi 3 mai 2013

    Evil-Dead 2013

                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site aiguisemoica.blogspot.com

    de Fede Alvarez. 2013. U.S.A. 1h36 (uncut version). Avec Jane Levy, Shiloh Fernandez, Jessica Lucas, Lou Taylor Pucci, Elizabeth Blackmore.

    Sortie salles France: 1er Mai 2013. U.S: 5 Avril 2013

    FILMOGRAPHIE: Fede Alvarez est un réalisateur uruguayen, né le 9 Février 1978 à Montevideo.
    2009: Ataque de Panico (court-mĂ©trage). 2013: Evil-Dead. 


    "Cabane rouge, âme noire".
    Attendu comme le messie autant que redoutĂ© par les fans irrĂ©ductibles de son modèle, Evil Dead, le remake, attisa notre curiositĂ© dès ses trailers hargneux, violemment percutants. Mais n’y allons pas par quatre chemins : ce remake est un cadeau inespĂ©rĂ©.

    Dès l’abord, on peut saluer l’intĂ©gritĂ© du rĂ©alisateur d’avoir conçu un film d’horreur premier degrĂ©, pĂ©tri d’une vĂ©ritable ambiance Ă  l’ancienne. Sans esbroufe gratuite, sans humour potache. Juste l’inquiĂ©tude rampante, l’apprĂ©hension sourde, ce sentiment d’insĂ©curitĂ© qui ne fait que croĂ®tre jusqu’Ă  la folie furieuse. Et surtout, un respect humble et intelligent de l’essence du film originel.

    Certains lui reprochent une certaine vacuitĂ© des personnages, alors que son ancĂŞtre souffrait dĂ©jĂ  d’une interprĂ©tation superficielle — mĂŞme l’icĂ´ne Bruce Campbell y Ă©tait largement perfectible. Ici, au contraire, la prestance tranchante de Jane Levy suscite autant l’empathie que l’effroi, dans son rĂ´le de toxicomane chĂ©tive, dĂ©vorĂ©e par la paranoĂŻa et la dĂ©mence. Une jeune fille en perte de repères, contrainte de se sevrer au fond d’une cabane, aidĂ©e de ses proches — alors que le Mal, dĂ©jĂ , rĂ´de tout près, prĂŞt Ă  s’immiscer en elle.

    L’idĂ©e est brillante : l’addiction sert de prĂ©texte au repli, au huis clos, et la fraternitĂ© familiale, bien que discrètement esquissĂ©e, donne de l’Ă©toffe aux rapports dysfonctionnels entre frère et sĹ“ur, Ă  peine survivants. Les crises de dĂ©lire de Mia ? Des symptĂ´mes de manque, se disent d’abord ses amis. Ils la forcent Ă  rester enfermĂ©e dans la cabane. Mais ils ignorent que Mia, Ă  l’instant mĂŞme, vient d’ĂŞtre violĂ©e dans les bois par une entitĂ© dĂ©moniaque. Le Mal est dĂ©jĂ  Ă  l’intĂ©rieur.

    Le sérieux avec lequel Fede Alvarez raconte son histoire nous implique immédiatement dans le désarroi de Mia. Et la tension, palpable dès le départ, grimpe inexorablement durant sa lente dégénérescence.

    Contre toute attente (et toute crainte), le film ne verse pas dans le vulgaire copiĂ©-collĂ©, refusant de repomper les sĂ©quences cultes du Raimi furibond. L’usage du grimoire en est la preuve : chaque Ă©vĂ©nement meurtrier dĂ©coule directement de ses consignes infernales, invoquĂ©es par un hĂ©ros bien mal inspirĂ©.

    Evil Dead, version 2013, surprend, tĂ©tanise, impose une panique brute face Ă  ses sĂ©quences chocs d’une efficacitĂ© viscĂ©rale, presque insoutenable dans leur rĂ©alisme hardcore. JalonnĂ© de clins d’Ĺ“il respectueux Ă  l’Ĺ“uvre-mère (les bruitages, la musique ombrageuse), le film regorge aussi d’idĂ©es retorses — ces mutilations que s’infligent les possĂ©dĂ©s sont autant de cris de chair qu’on ne peut oublier.

    Fede Alvarez ose, cogne, dĂ©chaĂ®ne un orage gore oĂą l’intensitĂ© monte en flèche, jusqu’Ă  la saturation. Et nous, spectateurs, ballotĂ©s dans ce cauchemar qui se dĂ©ploie comme une spirale, assistons impuissants Ă  la boucherie de ces victimes auxquelles, malgrĂ© tout, on s’Ă©tait attachĂ©s.

    Ici, l’humour noir se fait plus rare, moins railleur. Mais la verve obscène des dĂ©mons Ă©voque parfois les infamies dĂ©gorgeantes de la petite Regan de L’Exorciste.

     
    "Une aiguille dans l’enfer".
    MenĂ© sur un rythme effrĂ©nĂ©, formellement rugueux, inventif dans ses dĂ©tails, viscĂ©ralement cruel et d’une violence sèche, Evil Dead nous cloue au siège comme une montagne russe en flammes. Hargneux, anxiogène, parfois terrifiant, le film rend hommage Ă  son modèle avec une dignitĂ© et une maĂ®trise (presque) inattendues chez un jeune rĂ©alisateur.

    Et si, en 2012, le paysage horrifique semblait dĂ©cliner, Evil Dead en a redorĂ© le blason. La nouvelle gĂ©nĂ©ration, Ă  son tour, pourrait bien lui vouer un culte. Car il est rare, si rare, d’ĂŞtre confrontĂ© Ă  un “vrai” film d’horreur Ă  l’ancienne, obsĂ©dĂ© par cette acuitĂ© du malaise qu’il cultive avec un sĂ©rieux presque sacrĂ©.

    *Bruno

    La critique de Gilles Rollandhttp://www.onrembobine.fr/critiques/critique-evil-dead-2013

    La critique d'Evil-dead, version 1981: http://brunomatei.blogspot.fr/2013/05/evil-dead-evil-dead.html

    04.05.13
    16.01.17
    24.04.23

    Dark Skies

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bloody-disgusting.com

    de Scott Charles Stewart. 2013. U.S.A. 1h37. Avec Keri Russell, Dakota Goyo, Josh Hamilton, Annie Thurman, Alyvia Alyn Lind, Trevor St. John.

    Sortie salles France: 26 Juin 2013. U.S: 22 Février 2013

    FILMOGRAPHIE: Scott Charles Stewart est un réalisateur, producteur, acteur et scénariste américain.
    2009: Legion. 2011: Priest. 2013: Dark Skies



    RĂ©alisateur de produits aseptiques parmi lesquels Legion et PriestScott Charles Stewart avait de quoi laisser dubitatif le cinĂ©phile averti Ă  la vue de son 3è long. Or, avec une surprenante inspiration, Dark Skies est une excellente sĂ©rie B du samedi soir qu'on aurait tort d'occulter. Oubliez donc l'affiche et son titre formatĂ© et tentez l'expĂ©rience ludique d'une efficacitĂ© perpĂ©tuelle dans son art consommĂ© de l'angoisse, du suspense et mĂŞme de la terreur (Ă  2/3 occasions franchement percutantes). Car en empruntant le schĂ©ma classique du film de hantise exploitĂ© sous un contexte d'anticipation, Scott Stewart nous emballe un film d'angoisse passionnant et plutĂ´t retors dans sa topographie. De prime abord, les protagonistes s'avèrent crĂ©dibles pour la caractĂ©risation d'une famille unie rapidement tĂ©moin d'Ă©vènements aussi troubles qu'inquiĂ©tants au sein de leur foyer. Des objets et divers ustensiles sont empilĂ©s les uns sur les autres en rangĂ©e verticale sur la table de cuisine. Les enfants sont perturbĂ©s durant leur sommeil par une Ă©trange prĂ©sence alors que leurs parents sont confrontĂ©s Ă  diverses hallucinations sous l'emprise du somnambulisme. Ainsi, sur un rythme mĂ©tronome, le rĂ©alisateur continue d'exploiter nombre d'incidents inexpliquĂ©s afin d'entretenir l'anxiĂ©tĂ© (tels ses stigmates retrouvĂ©s sur le corps des bambins) mais aussi insuffler une notion de suspense latent tout Ă  fait captivant. 


    Car trouble et inquiétant, Dark Skies nous évoque essentiellement une conspiration extra-terrestre régie sous le mode de l'abduction. Mais la manière dont le réalisateur nous amène cette idée éculée s'avère à la fois efficiente et convaincante de par sa persuasion d'y provoquer la peur d'une hostilité venue d'ailleurs. Qui plus est, la sobriété des protagonistes provoque l'empathie à travers leur désarroi esseulé (ils sont suspectés de mauvais traitements sur leurs enfants), contraints par ailleurs d'ignorer l'aide infructueuse de la police. Néanmoins, ses parents démunis trouveront le soutien auprès d'un expert en affaires d'enlèvements extra-terrestres. Le récit en crescendo parvient donc par l'appui de sa compétence à nous convaincre de leur existence tout en nous interrogeant au 1er degré sur la thèse des ovnis. En l'occurrence, des aliens pernicieux installés sur notre globe depuis des décennies pour une raison bien spécifique. Sur ce point, le dernier quart d'heure particulièrement cinglant cultive une tension horrifiante pour leur apparition escomptée ainsi que la destinée précaire de cette famille. D'autant plus que le réalisateur s'est intelligemment appliqué à réfuter le "happy-end" au risque de décevoir le grand public.


    MenĂ© sur un rythme sans faille, Ă©tonnamment convaincant dans sa dĂ©marche risquĂ©e de nous questionner sur l'existence des E.T, Dark Skies est une habile surprise oĂą l'inquiĂ©tude et la peur sont Ă  l'unisson. Efficacement angoissant (notamment la 1ère apparition du "gris", les postures erratiques des parents et le point d'orgue assez couillu pour sa radicalitĂ© dramatique), cette sĂ©rie B impeccablement menĂ©e possède enfin l'atout d'ĂŞtre servie par des comĂ©diens attachants (et ce jusqu'aux seconds rĂ´les infantiles, une fois n'est pas coutume) afin de renforcer l'aspect quelque peu documentĂ© de ce cas d'ovni redoutablement perfide et pernicieux. 

    *Eric Binford
    15.04.25. Vost
    29.11.21
    03.05.13

    jeudi 2 mai 2013

    The Lords of Salem

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Popmovies.fr

    de Rob Zombie. 2012. U.S.A. 1h41. Avec Sheri Moon Zombie, Richard Lynch, Bruce Davison, Meg Foster, Lew Temple, Ernest Lee Thomas, Ken Foree.

    Sortie salles U.S: 19 Avril 2013

    FILMOGRAPHIE: Rob Zombie est un chanteur, musicien et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 12 Janvier 1965 Ă  Haverhill, dans le Massachusetts. 2003: House of 1000 Corpses. 2005: The Devil's Rejects. 2007: Werewolf Women of the S.S. (trailer). 2007: Halloween. 2009: Halloween 2. 2012: The Lords of Salem.


    Bad trip expérimental, messe noire invoquée au culte de Satan, délire horrifique chargé de symboles lucifériens, le nouveau Rob Zombie est un ovni anti religieux qui risque sévèrement de vous ébranler les neurones ! Difficile en l'état actuel d'évoquer ses impressions à chaud tant le film déroute méchamment. Néanmoins, et de manière prégnante, il nous préserve en mémoire des séquences cauchemardesques jamais vues au préalable ! Que l'on aime ou que l'on rejette en bloc ce pamphlet anticlérical, on ne peut nier la stylisation novatrice du réalisateur ainsi que son esthétisme formel déployant de saisissantes plages d'onirisme macabre. Qui plus est, la photographie élégamment teintée de filtres verts, sépia et rouges renforce l'aspiration du réalisateur ici régi en véritable créateur d'images picturales ! Que ce soit l'architecture religieuse d'un oratoire ou du design baroque de l'appartement de Heidi, de la nature automnale d'un parc public ou de la procession mystique du concert des Lords ! L'ambiance chaude et envoûtante, l'atmosphère urbaine palpable fonctionne si bien que l'on jurerait que ce soit une prod native des années 70.


    Or, tout est dans l'art de la mise en scène et la manière de narrer une histoire d'impiĂ©tĂ© hĂ©ritĂ©e des conspirations de Rosemary's Baby ou du Locataire. Si les sĂ©quences hallucinatoires (oh combien incongrues !) suggĂ©rĂ©e par l'hĂ©roĂŻne s'avèrent au dĂ©part un peu trop rĂ©currentes, son cheminement tortueux laisse place Ă  d'autres Ă©vènements plus inquiĂ©tants, telle cette rencontre pernicieuse avec ces trois voisines de palier. D'ailleurs, parmi ce trio Ă©voquĂ©, quel plaisir de retrouver les talentueuses Meg Foster et Dee Wallace Stone dans des prestances littĂ©ralement malveillantes. Vibrant hommage aux sorcières de Salem, Rob Zombie semble habitĂ© par le malin Ă  daigner nous entraĂ®ner dans une sarabande diabolique oĂą la verdeur des dialogues n'a jamais Ă©tĂ© aussi scabreuse afin d'y rĂ©pudier la divinitĂ© de Dieu ! Le clou du nihilisme funeste atteignant son paroxysme lors d'un final emphatique lardĂ© d'images psychĂ©dĂ©liques parfois couillues (on peut aussi Ă©voquer l'univers mĂ©taphysique d'Alejandro Jodorowski). Au niveau des comĂ©diens, chaque personnage possède la physionomie adĂ©quate (sclĂ©rosĂ©e ou burinĂ©e pour certains) afin de camper leur rĂ´le avec une conviction suprĂŞme. Quand Ă  l'apparence chĂ©tive de Sheri Moon Zombie, transie d'Ă©moi, elle promène sa silhouette Ă  la manière d'une fantĂ´mette errante !


    Danse avec le diable
    CĂ©rĂ©moniel mortifère littĂ©ralement atypique de par son imagerie fĂ©tide (voir la sĂ©quence flamboyante du martyr des sorcières condamnĂ©es Ă  rĂ´tir sur le bĂ»cher), The Lords of Salem dĂ©route et dĂ©concerte, Ă©branle nos habitudes ludiques en provoquant la fascination sĂ©pulcrale pour ceux qui sauront se laisser envoĂ»ter par son univers extrĂŞmement occulte. VĂ©ritable ovni subversif multipliant les provocations visuelles et verbales Ă  travers un esthĂ©tisme singulier, Rob Zombie dĂ©livre ici son film le plus personnel en auteur ambitieux. Un esthète prodige vouĂ© Ă  l'anticonformisme au risque de dĂ©plaire une frange de spectateurs non initiĂ©s. Une chose est sure, The Lords of Salem s'Ă©rigera en phĂ©nomène culte auprès du cercle fermĂ© des adorateurs de Satan. 
    Pour public averti 

    *Bruno
    08.04.24. Vo
    02.05.13

    mercredi 1 mai 2013

    Evil-dead (The Evil-Dead). Meilleure 1ère oeuvre au Rex de Paris, 1982.

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

    de Sam Raimi. 1981. U.S.A. 1h25. Avec Bruce Campbell, Ellen Sandweiss, Richard DeManincor, Betsy Baker, Theresa Tilly.

    Sortie salles U.S: 15 Octobre 1981 (première à Détroit). 15 Avril 1983 en sortie nationale.
    France: Mai 1982 au Marché du film de Cannes. Novembre 1982 au Rex de Paris. 24 Août 1983 en sortie nationale.

    FILMOGRAPHIE: Sam Raimi est un rĂ©alisateur, acteur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 23 Octobre 1959 Ă  Franklin, Etats-Unis. 1981: Evil-Dead. 1985: Mort sur le Grill. 1987: Evil-Dead 2. 1990: Darkman. 1993: Evil-Dead 3. 1995: Mort ou Vif. 1998: Un Plan Simple. 1999: Pour l'amour du jeu. 2000: Intuitions. 2002: Spi-derman. 2004: Spider-man 2. 2007: Spider-man 3. 2009: Jusqu'en Enfer. 2013: Le Monde fantastique d'Oz.

    L’opĂ©ra de la terreur !
    Le film d’horreur le plus fĂ©rocement original, dixit un Stephen King abasourdi ! Depuis sa sortie rentable en salles et son illustre succès en VHS, Evil Dead s’est imposĂ© au panthĂ©on des films d’horreur les plus impressionnants de l’histoire. L’emblème moderne du « ouh, fais-moi peur ! », alors mĂŞme que son rĂ©cit puise dans les clichĂ©s usuels de l’Ă©pouvante traditionnelle : une forĂŞt bucolique, tĂ©nĂ©breuse, rĂ©gie par des dĂ©mons sataniques.

    RĂ©alisĂ© avec des bouts de ficelle et une poignĂ©e de comĂ©diens amateurs, cette première Ĺ“uvre d’un jeune cinĂ©aste surdouĂ© est un moment de folie furieuse jamais contemplĂ© sur toile. Car conçu comme un train fantĂ´me erratique, Evil Dead est une sarabande infernale, une nuit dĂ©moniaque et irrationnelle, dans laquelle un groupe de vacanciers a la dĂ©veine de croiser les forces du mal. En empruntant le schĂ©ma classique du film de possession et le cadre du slasher champĂŞtre, Sam Raimi se rĂ©approprie les conventions avec une insolence jubilatoire.

    Entre ses touches d’onirisme macabre et sa profusion de gore aux accents frĂ©nĂ©tiques, Evil Dead provoque l’euphorie par sa mise en scène virtuose. D’une efficacitĂ© redoutable, Raimi transcende son script Ă©culĂ© en jouant la carte de la provocation et de l’action cinglante dans un esprit de grand-guignol carnavalesque. Fort de son ingĂ©niositĂ© bricolĂ©e, il secoue le spectateur et joue avec ses nerfs, face Ă  ces protagonistes soumis, un Ă  un, Ă  l’emprise dĂ©moniaque.

    Ă€ la bande-son tonitruante, oĂą ricanements moqueurs se disputent aux hurlements d’effroi, Evil Dead distille une panique masochiste chez son spectateur voyeur. Jamais sĂ©rie B n’aura rendu si palpable — et terrifiante — une scĂ©nographie forestière, oĂą l’entitĂ© dĂ©moniaque semble s’infiltrer jusque dans la pellicule. Ă€ ce titre, et en frĂ´lant miraculeusement l’Ă©cueil du ridicule, la scène du viol de Cheryl reste un moment d’anthologie, couillu, chargĂ© d’une verve visuelle aux connotations sexuelles — c’est d’ailleurs pour cette transgression que l’Angleterre assigna Raimi devant les tribunaux.

    La tension diffuse devient de plus en plus prĂ©gnante, la fĂ©rocitĂ© cauchemardesque atteint son apogĂ©e lors d’une ultime demi-heure totalement dĂ©bridĂ©e, quand le dernier survivant, esseulĂ©, se retrouve confinĂ© dans la cabane maudite, Ă  lutter vaillamment contre les dĂ©mons ricaneurs.

     
    "Le rire du démon dans la pellicule".
    Furieusement gore (les armes blanches pĂ©nètrent et sectionnent les chairs avec une verdeur viscĂ©rale !), diablement jouissif, mĂ©chamment railleur, Evil Dead dĂ©ploie avec une vigueur rare un florilège de dĂ©viances horrifiques dignes d’un bad trip sarcastique. Chef-d’Ĺ“uvre subversif d’horreur hardgore, il reste d’une modernitĂ© renversante, notamment par sa capacitĂ© Ă  transgresser la peur en y injectant stupeur, choc, euphorie — on ne compte plus les estocades des jump scares ultra-efficients.

    C’est ce qu’on appelle aussi : une dĂ©claration d’amour. Celle d’un artiste entièrement habitĂ© par ses innovations d’alchimiste ricaneur.

    *Eric Binford
    01.05.13. (23è visionnage)

    La critique d'Evil-Dead, version 2013: http://brunomatei.blogspot.fr/2013/05/evil-dead-2013.html

    RĂ©compensesPrix du Public et le Prix de la Meilleure Première Ĺ’uvre au Festival du Rex Ă  Paris en 1982.