jeudi 4 septembre 2014

Survivance / Just Before Dawn. Grand Prix du film d'angoisse au Rex de Paris.

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site identi.li

de Jeff Lieberman. 1981. U.S.A. 1h37. Avec Gregg Henry, Deborah Benson, George Kennedy, Chris Lemmon, Jamie Rose, Ralph Seymour, Katie Powell, John Hunsaker.

Sortie salles France: 25 Novembre 1981. U.S: 27 Novembre 1981

FILMOGRAPHIEJeff Lieberman est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© en 1947 Ă  Brooklyn, New-York. 1972: The Ringer. 1976: Le Rayon Bleu, La Nuit des Vers GĂ©ants. 1980: Dr Franken (TV). 1981:Survivance. 1988: Meurtres en VHS. 1994: But... Seriously (TV). 1995: Sonny Liston: The MystĂ©rious Lie and Death of a Champion (TV).2004: Au Service de Satan.

                                    

HonnĂŞte artisan franc-tireur, Jeff Lieberman conquiert les amateurs d’horreur en 1976 en livrant coup sur coup deux sĂ©ries B dĂ©bridĂ©es, aussi originales que bien troussĂ©es : La Nuit des Vers GĂ©ants et Le Rayon Bleu. Mais en 1981, il revigore le survival forestier avec Survivance, rĂ©compensĂ© Ă  juste titre du Grand Prix du film d’Angoisse, et du Prix d’interprĂ©tation fĂ©minine pour Deborah Benson, au festival du Rex Ă  Paris. Rien que son gĂ©nĂ©rique liminaire, rĂ©solument crĂ©pusculaire, envoĂ»te dĂ©jĂ  nos sens, portĂ© par une partition ombrageuse terriblement Ă©vocatrice.

Synopsis :
Cinq amis partent camper dans une forĂŞt reculĂ©e, alors qu’un meurtre vient d’ĂŞtre commis Ă  proximitĂ© d’une Ă©glise dĂ©saffectĂ©e. Un tĂ©moin de la scène les avertit : un dĂ©mon armĂ© d’une machette rĂ´de dans les parages. Mais croyant avoir affaire Ă  un ivrogne demeurĂ©, le groupe poursuit sa route, s’enfonçant dans la contrĂ©e montagneuse.

                                 

Dans la mouvance de DĂ©livrance et Vendredi 13, Survivance s’impose comme une rĂ©fĂ©rence d’efficacitĂ© horrifique (Tarantino la qualifie d’ailleurs de film culte), fascinante par l’ambiance anxiogène diffuse qu’elle distille et le cheminement ombrageux empruntĂ© par ses protagonistes au cĹ“ur d’une vĂ©gĂ©tation sĂ©pulcrale. Dès l’ouverture, le spectateur est happĂ© par un prologue meurtrier : deux comparses Ă©mĂ©chĂ©s se retrouvent confinĂ©s dans une Ă©glise en ruine. L’un croit apercevoir, depuis le plafond fissurĂ©, la silhouette d’un ĂŞtre Ă©trange. Saisi par la prĂ©sence, il s’Ă©lance hors de l’oratoire pour tenter de le dĂ©masquer. Mais chut… n’en disons pas plus. Cette sĂ©quence, brutale et crue, glace le sang par la manière viscĂ©rale dont Lieberman filme la mise Ă  mort : la stupeur du mourant est accentuĂ©e par un montage habile, prĂ©fĂ©rant le hors-champ aux facilitĂ©s gore. FilmĂ©e en plan serrĂ©, cette scène organique noue d’emblĂ©e la gorge.

L’intrigue se recentre ensuite sur la randonnĂ©e des cinq vacanciers, partis camper dans un isolement absolu. Au-delĂ  de l’interprĂ©tation convaincante de ce casting juvĂ©nile, les Ă©vĂ©nements prennent une tournure singulière, portĂ©s par une tension faite de perplexitĂ© et d’apprĂ©hension. En prime, la partition funèbre signĂ©e Brad Fiedel (et son sifflement entĂŞtant rĂ©sonnant dans la nuit) exacerbe le climat insĂ©cure d’un dĂ©cor forestier Ă  la fois charismatique et menaçant. Car si l’on met Ă  part la photogĂ©nie cauchemardesque de DĂ©livrance ou du Projet Blair Witch, rarement nature n’aura semblĂ© aussi ensorcelĂ©e, comme habitĂ©e d’une entitĂ© maudite.

                               

Dans cette errance funèbre, les protagonistes, de plus en plus dĂ©sorientĂ©s, plongent dans une spirale d’angoisse. Lieberman y façonne une tension lente, Ă©touffante, avant que ne s’abattent des meurtres rigoureusement cruels. Chaque sĂ©quence hostile est orchestrĂ©e dans une logique de latence : le suspense prime sur les effets spectaculaires, prĂ©fĂ©rant la menace insidieuse Ă  l’Ă©clat gore. Et pour parachever le tout, un rebondissement sardonique vient Ă©branler les survivants, les poussant Ă  une vigilance dĂ©sespĂ©rĂ©e face Ă  l’inĂ©luctabilitĂ© de la mort. Le point d’orgue : une traque nocturne, oĂą un couple, en Ă©tat de lĂ©gitime dĂ©fense, tente de repousser l’horreur.

En cela, Survivance cĂ©lèbre aussi la cause fĂ©minine. Deborah Benson, saluĂ©e pour sa prestation au Rex, impose une prestance stoĂŻque, d’une sobriĂ©tĂ© inĂ©dite dans ce genre souvent misogyne. Loin des potiches Ă©cervelĂ©es, elle incarne une hĂ©roĂŻne aux intuitions tranchantes, qui, au fil de son initiation, dĂ©veloppe un instinct primal, forcenĂ©, apte Ă  rivaliser avec la violence du tueur.

En second plan, les amateurs reconnaĂ®tront un jeune Gregg Henry (futur visage des HĂ©ritiers ou du Body Double de De Palma). S’il impose une prĂ©sence avenante, il se voit malgrĂ© lui Ă©clipsĂ© par sa partenaire, qui lui vole la vedette.
Quant aux antagonistes, leur portrait de famille rappelle immanquablement les rednecks dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s de La Colline a des Yeux, DĂ©livrance ou Massacre Ă  la Tronçonneuse — avec, ici aussi, une morphologie mongoloĂŻde dĂ©rangeante, presque archaĂŻque.

                                    

Des dĂ©cennies et une flopĂ©e d’Ă©pigones (souvent sans âme) plus tard, Survivance conserve son pouvoir anxiogène. Grâce d’abord Ă  l’empreinte de son dĂ©cor forestier, vĂ©ritable personnage du film. Grâce aussi Ă  la qualitĂ© rare de son casting, Ă  sa bande-son magnĂ©tique, et Ă  ses sĂ©quences de violence sèche, brutale mais jamais gratuite. Et surtout, grâce Ă  cette hĂ©roĂŻne pugnace, qui pulvĂ©rise les clichĂ©s. Sans dĂ©tour, Jeff Lieberman signe lĂ  son Ĺ“uvre la plus marquante : malsaine, blafarde, atmosphĂ©rique, fascinante. Et ce combat primal, Ă  mains nues, reste un sommet d’intensitĂ© dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e dans toutes les mĂ©moires.

Note : Ă€ sa sortie dans certaines salles (notamment celle oĂą j’ai eu le privilège de le dĂ©couvrir, au cinĂ©ma Cantin de Lens), le film Ă©tait interdit aux moins de 13 ans. 
Or, lors de sa sortie en vidéo, il fut brusquement proscrit aux moins de 18 ans.
Ă€ cela s’ajoute une autre dĂ©convenue : la version Ă©ditĂ©e sous le label Hollywood VidĂ©o s’avère trompeuse, puisqu’elle ne propose pas le montage intĂ©gral du film.

*Bruno
Dédicace à Guillaume Matthieu.
16.08.11. 6

Récompenses: Grand Prix du film d'Angoisse au Festival du Rex à Paris, en 1981.
Prix d'interprétation Féminine pour Deborah Benson.


L'avis de Mathias Chaput:

Il existe des films qui bonifient le genre auquel ils s’apparentent par leur force, leur charisme et l’aura qu’il dĂ©gage irrĂ©mĂ©diablement, on peut dire aisĂ©ment que « Survivance » se range dans cette catĂ©gorie, en liaison avec le slasher, mais en y imputant une telle vision immersive, une telle grâce et un tel talent dans l’insolite que le spectateur s’imprègne instantanĂ©ment dans le mĂ©trage et ce, dès les premières secondes…

Tout est configurĂ© pour exercer une fascination, en partie due Ă  la beautĂ© des paysages et Ă  la sensation d’Ă©touffement lors des sĂ©quences nocturnes, le sentiment de « piège » irradie aussi bien les protagonistes du film que le spectateur, pris en tenailles dans un long cauchemar stressant et dĂ©licieux en mĂŞme temps…

L’aspect de gĂ©mĂ©lĂ©itĂ© consanguine rajoute un degrĂ© dans l’horreur et amplifie le malaise provoquĂ©, exactement comme dans des films comme « La colline a des yeux », « Tourist trap » ou plus rĂ©cemment « Wolf creek », les rĂ©fĂ©rences sont nombreuses mais « Survivance » se dĂ©marque en sortant du lot pour imposer sa patte, son style savoureux inhĂ©rent aux chefs d’Ĺ“uvre du survival amĂ©ricain, sa filiation directe est bel et bien le « DĂ©livrance » de John Boorman

La neutralitĂ© des personnages principaux fait que l’on n’a pas envie de les voir se faire zigouiller, Ă  contrario de la saga des « Vendredi13 » avec ses jeunes dĂ©biles et peu attrayants, ici on suit le dĂ©roulement de l’histoire sans parti pris grâce Ă  une mise en scène intelligente de la part de Lieberman, qui Ă©vite les raccourcis et la facilitĂ©, souvent employĂ©e dans les slashers de cette Ă©poque…

Son film se rapproche plus de films comme « Unhinged » ou mĂŞme de « Psychose » que des succĂ©danĂ©s horrifiques qui florissaient Ă  la pelle dans le cinĂ©ma amĂ©ricain des eighties, plombĂ©s par la vĂ©nalitĂ© et la rĂ©alisation faite Ă  la va-vite…

Non seulement « Survivance » est une grande rĂ©ussite mais, outre le fait de passer un bon moment, il arrive Ă  revigorer le genre du slasher en Ă©tant INSOLITE, c’est exactement le terme qui m’est venu Ă  l’esprit lorsque j’ai achevĂ© le visionnage…

Sous couvert d’un style, « Survivance » le rĂ©invente totalement, effaçant les codes pour les rĂ©crĂ©er lui-mĂŞme, sans besoin de quiconque…

Imparable et ayant bâti le renouveau d’un cinĂ©ma balbutiant et victime d’embolies stylistiques dès sa naissance, « Survivance » est un film qu’il faut voir impĂ©rativement, tout vient de ce film magistral qui redonna ses lettres de noblesse au slasher…

Note : 10/10

mardi 2 septembre 2014

SALVADOR


                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site web-libre.org

d'Oliver Stone. 1986. U.S.A. 2h01. Avec James Woods, James Belushi, John Savage, Elpedia Carrillo, Cindy Gibb.

Sortie salles France: 21 Mai 1986 U.S: 23 Avril 1986

FILMOGRAPHIE: Oliver Stone (William Oliver Stone) est un réalisateur, scénariste et producteur américain né le 15 septembre 1946 à New-York.
1974: La Reine du Mal, 1981: La Main du Cauchemar, 1986: Salvador, Platoon, 1987: Wall Street, 1988: Talk Radio, 1989: Né un 4 Juillet, 1991: Les Doors, 1991: JFK, 1993: Entre ciel et Terre, 1994: Tueurs Nés, 1995: Nixon, 1997: U-turn, 1999: l'Enfer du Dimanche, 2003: Comandante (Doc), 2003: Persona non grata, 2004: Looking for Fidel (télé-film), 2004: Alexandre, 2006: World Trade Center, 2008: W.: l'Impossible Président, 2009: Soul of the Border, 2010: Wall Street: l'argent ne dort jamais. 2014: Savage.

                               

5 ans après la Main du Cauchemar, Oliver Stone change de registre pour porter Ă  l'Ă©cran Salvador, un 3è long-mĂ©trage faisant office de fresque documentĂ©e car Ă©voquant la situation chaotique d'une guerre civile au dĂ©but des annĂ©es 80. Alors que les amĂ©ricains tentent d'apaiser le conflit entre les guerilleros et la dictature militaire, le journaliste Richard Boyle dĂ©cide de se rendre au Salvador pour y relancer sa carrière en photographiant les massacres de la population.


Film coup de poing d'un rĂ©alisme rigoureux, notamment tous les affrontements belliqueux filmĂ©s en interne de la camĂ©ra portĂ©e, Salvador retransmet avec une rare intensitĂ© une situation de crise dans les bas-fonds de l'AmĂ©rique centrale. En s'inspirant de la vie du vĂ©ritable reporter Richard Boyle, le film se porte Ă©galement en tĂ©moignage pour dĂ©crire la profession Ă  risque du journalisme lorsque ce dernier est prĂŞt Ă  s'infiltrer au sein des combats pour rapporter le clichĂ© le plus incisif. A travers l'ambition lucrative de Richard Boyle, un alcoolo fauchĂ© bonimenteur mais loquace et plein d'audaces, c'est son Ă©volution humaniste qui nous ait dĂ©peint lorsqu'il observe avec impuissance les exactions barbares pratiquĂ©es sur les femmes et les enfants, sans compter viols et crimes perpĂ©trĂ©s sur des tĂ©moins Ă©trangers. Outre l'illustration crue de cette guerre aussi injuste que barbare, c'est Ă©galement une romance poignante qu'Oliver Stone retransmet avec l'empathie de notre reporter Ă©pris d'amour pour une jeune salvadorienne. Son intĂ©gritĂ© Ă  vouloir la protĂ©ger l'amènera finalement Ă  tenter de l'expatrier aux Etats-Unis en encourant des risques inconsidĂ©rĂ©s. Avec une efficacitĂ© imparable dans la conduite du rĂ©cit et les rebondissements dramatiques qui interfèrent (notamment l'assassinat terroriste de l'archevĂŞque Oscar Romero), Oliver Stone entremĂŞle rĂ©cit d'aventures, romance et drame politique en dĂ©nonçant le rĂ´le insidieux du gouvernement amĂ©ricain et celui de la CIA pour sa participation criminelle avec les militaires. Si Salvador s'avère toujours aussi passionnant, rĂ©voltant et bouleversant, il le doit notamment Ă  l'interprĂ©tation furibonde de James Woods. HabitĂ© par la fougue de dĂ©noncer les horreurs d'une guerre ignorĂ©e des mĂ©dias, l'acteur exprime une frĂ©nĂ©sie viscĂ©rale dans son comportement suicidaire eu Ă©gard de sa condition dĂ©chue de reporter.


Parfois Ă©prouvant dans son imagerie sordide de charnier et victimes sacrifiĂ©es, Salvador invoque l'aspect reportage d'une guerre civile opiniâtre parmi l'hĂ©roĂŻsme suicidaire de reporters en mal de notoriĂ©tĂ©. D'une grande intensitĂ© dramatique, ce rĂ©quisitoire engendre Ă©galement la dĂ©sillusion d'une romance impossible auquel James Woods apporte tout son talent avec une spontanéïtĂ© bouleversante.

Bruno Matéï


lundi 1 septembre 2014

Les Ruines / The Ruins

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site firstshowing.net

de Carter Smith. 2008. Allemagne/Australie/U.S.A. 1h33 (version intégrale inédite en France). Avec
Jonathan Tucker, Jena Malone, Shawn Ashmore, Laura Ramsey, Joe Anderson.

Sortie salles France: 11 Juin 2008. U.S: 4 Avril 2008

FILMOGRAPHIE: Carter Smith est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 6 Septembre 1971. 2008: Les Ruines. 2014: Jamie Marks is dead.


Une rĂ©fĂ©rence choc d'une cruautĂ© escarpĂ©e intolĂ©rable. 
Premier long-mĂ©trage de Carter Smith, Les Ruines reprend le concept du survival en milieu hostile lorsqu'une poignĂ©e de jeunes touristes ont dĂ©cidĂ© de rejoindre le frère d'un de leurs amis parti en archĂ©ologie sur un temple Maya. Modeste sĂ©rie B Ă©difiĂ©e autour du huis-clos singulier, Les Ruines exploite Ă  merveille son dĂ©cor restreint d'une pyramide lorsque des vacanciers s'y sont rĂ©fugiĂ©s après avoir Ă©tĂ© placĂ© en quarantaine par la population locale. Car craignant une contamination irrĂ©versible, des villageois indiens les contraignent de s'exiler jusqu'au sommet de la pyramide. La raison de cet embrigadement forcĂ© provient de la vĂ©gĂ©tation qui harponne tout le temple, une plante carnivore capable de s'infiltrer sous la peau des victimes afin de les forcer Ă  se mutiler. Entièrement allouĂ© Ă  l'enjeu de survie, les Ruines rĂ©ussit très habilement Ă  provoquer inquiĂ©tude et surtout l'effroi Ă  moult reprises insupportables autour de protagonistes sĂ©vèrement molestĂ©s par une menace particulièrement insidieuse. A l'instar du son que la vĂ©gĂ©tation rĂ©ussit Ă  imiter pour mieux les tromper et les vouer Ă  l'Ă©chec ! Qui plus est, sous un climat solaire irrespirable, le film insuffle un sentiment de claustration palpable autour de la dĂ©tresse de ces victimes confrontĂ©es Ă  une Ă©preuve de force toujours plus ardue. 


De par les divers incidents qu'ils vont devoir produire par inadvertance (la descente du puits pour récupérer un portable leur portera de lourds préjudices) et par la dangerosité de cette végétation particulièrement finaude lorsqu'elle s'accapare de leur corps. Totalement livrés à l'abandon, épuisés et assoiffés mais solidaires entre eux, ils vont user de bravoure et constance pour éviter le pire, c'est à dire la mutilation corporelle en désespoir de cause. Ainsi donc, en jouant sur le caractère révulsif des situations proprement horrifiques (pour ne pas dire insoutenables), Carter Smith redouble d'efficacité à élaborer des séquences d'anthologies éprouvantes de par l'ultra réalisme d'un gore aussi rugueux qu'acéré. Tant auprès de l'idée improbable d'y charcuter les jambes d'un estropié à l'aide d'un simple couteau de chasse ou d'entailler diverses plaies d'une camarade pour y extraire les brindilles rampantes ! Jusqu'au-boutiste donc, le cinéaste n'y va pas avec le dos de la cuillère pour répugner le spectateur à renfort d'une horreur viscérale franchement éprouvante mais dépendante au déroulement du récit. Un réalisme d'autant plus exacerbé de la dimension humaine des personnages toujours plus brimés par l'hostilité végétale au point de se réserver en dernier ressort l'exutoire du suicide.


De par son âpre rĂ©alisme d'une cruautĂ© intolĂ©rable et des acteurs en herbe dont on Ă©prouve une rĂ©elle empathie, Les Ruines puise sa force Ă©motionnelle dans l'impact horrifique de ces redoutables scènes gores, dans la menace originale d'une vĂ©gĂ©tation aride et la radicalitĂ© d'un contexte de survie poussĂ© au paroxysme de la folie. Pour les fans purs et durs, il s'agit d'un sommet de terreur feutrĂ©e rĂ©gie sous un soleil Ă©crasant dont certaines images viscĂ©rales restent gravĂ©es bien au-delĂ  de la projo. L'une des meilleures sĂ©ries B des annĂ©es 2000 d'un vĂ©risme horrifiant si implacable qu'il confine au trama au point de le rĂ©server Ă  un public rigoureusement averti.

P.S: la version Uncut inédite en France (4' en sus) n'est dispo qu'en Blu-ray import toutes zones avec VOSTFR.

Budget: 8 millions de dollars. 

*Bruno 
09.01.25. 3èx. Vostf.

vendredi 29 août 2014

La Mariée Sanglante / La Novia Ensangrentada

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Ecranlarge.com

de Vicente Aranda. 1972. Espagne. 1h42 (version intégrale). Avec Simon Andreu, Maribel Martin, Alexandra Bastedo, Dean Selmier, Angel Lombarte.

Sortie salles : 12 Février 1975

FILMOGRAPHIE: Vicente Aranda est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste espagnol, nĂ© le 9 Novembre 1926 Ă  Barcelone. 1969: Les Cruelles. 1972: La MariĂ©e Sanglante. 1984: A coups de crosse. 1986: Tiemp de silencio. 1987: El Lute, marche ou crève. 1991: Amants. 1993: Intruso. 1994: La Passion turca. 1995: Lumière et Compagnie. 1996: Libertarias. 1998: La mirada del otro. 1999: Celos. 2001: Juana la Loca. 2003: Carmen. 2006: Tirant le Blanc. 2007: Lolita's Club.


TrĂ©sor ibĂ©rique exhumĂ© de l'oubli par l'Ă©diteur Artus Films, La MariĂ©e Sanglante s'inspire d'un roman de Cheridan Le Fanu pour traiter du vampirisme, entre singularitĂ© et audace. On est d'abord frappĂ© par la beautĂ© de ces images oniriques sublimant une nature paisible et les monuments de pierre, quand bien mĂŞme l'apparence soyeuse des hĂ©roĂŻnes se charge d'une aura Ă©rotico-sensuelle. Les couleurs du mauve, du vert et du blanc se complĂ©tant Ă  merveille pour styliser leur prĂ©sence quasi surnaturelle. En parallèle, et avec dĂ©fiance pour l'Ă©poque, le cinĂ©aste saupoudre par intermittence des moments horrifiques parfois très sanglants (le rituel d'un arrachage de coeur durant un songe de Susan) dont la poĂ©sie morbide nous rappelle les excès esthĂ©tiques d'Argento Ă  son apogĂ©e. Ainsi, en abordant les thèmes du sadomasochisme, de la phallocratie, du saphisme et du fĂ©minisme, Vicente Aranda construit un rĂ©cit de prime abord abscons et tortueux pour mieux nous Ă©garer face aux persĂ©cutions qu'une jeune mariĂ©e tĂ©moigne durant ses nuits de cauchemar. Car Ă  peine emmĂ©nagĂ©e dans le manoir de son Ă©poux, châtelain plus âgĂ© qu'elle n'hĂ©sitant pas Ă  lui infliger des jeux sexuels particulièrement cruels, Susan est hantĂ©e par l'emprise d'une mystĂ©rieuse Carmilla ! RĂ©gulièrement, durant ses sommeils, elle se voit contrainte d'assassiner son Ă©poux Ă  l'aide d'un poignard affĂ»tĂ©. Un peu plus tard, elle apprendra d'ailleurs qu'une ancĂŞtre de son mari avait sauvagement tuĂ© son conjoint dans la mĂŞme tradition. 


Quelques jours plus tard, aux abords d'une plage, le mari de Susan fait la rencontre d'une Ă©trange inconnue ensevelie sous le sable. Souffrante d'amnĂ©sie, il dĂ©cide de l'accueillir chez elle afin de lui prĂŞter main forte. Rapidement, une Ă©trange relation d'affection et de cohĂ©sion naĂ®t entre les deux femmes, quand bien mĂŞme Susan est de plus en plus persuadĂ©e qu'il s'agit bien de la Carmilla de ses rĂŞves ! Ce bref rĂ©sumĂ© jouant incessamment avec les notions de rĂŞve et de rĂ©alitĂ© tĂ©moigne d'un intense pouvoir de fascination chez le spectateur embarquĂ© Spoilerdans une liaison vampirique oĂą deux lesbiennes vont s'unir amoureusement pour extĂ©rioriser leur haine auprès des hommes. Fin du Spoiler. En particulier ceux tĂ©moignant d'un goĂ»t masochiste pour la cruautĂ© perverse que le mari de Susan et sa descendance ont acquis dans la tradition. Si la première moitiĂ© du rĂ©cit nous laisse dans la confusion Ă  savoir si Susan souffre vĂ©ritablement d'hallucinations, Spoiler ! la seconde partie lève le voile sur l'identitĂ© de Carmilla et ses motivations avec l'entremise de sa nouvelle proie asservie par une morsure de vampire Fin du SpoilerOr, la manière originale dont Vicent Aranda structure son intrigue est d'autant plus dĂ©concertante qu'il distille un climat d'Ă©trangetĂ© ensorcelant parmi l'Ă©rotisme candide de ces deux misandres. Quand au final en demi-teinte dĂ©ployant une violence sanglante radicale, il laisse place Ă  un rebondissement cynique quand Ă  dĂ©couvrir qui emportera la victoire entre les deux sexes.


Cauchemar Ă©veillĂ© faisant office de romance macabre parmi la beautĂ© Ă©purĂ©e de ses actrices, la MariĂ©e Sanglante sous-tend une plaidoirie pour l'Ă©mancipation fĂ©minine lorsque le machisme primaire de l'homme laisse transparaĂ®tre un goĂ»t douteux pour la violence perverse. Erotique et sensuel, trouble et vertigineux, baroque et parfois ultra sanglant (avec en sus une sĂ©quence anthologique toujours aussi bluffante), il empreinte le mythe du vampire avec autant d'esthĂ©tisme pictural que d'originalitĂ© scabreuse. L'une des pièces fondatrices du cinĂ©ma fantastique espagnol en somme.

Bruno 
23.04.23. 3èx

jeudi 28 août 2014

THE ROVER

                                                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de David MichĂ´d. 2014. Australie. 1h42. Avec Guy Pearce, Robert Pattinson, Scoot McNairy, Susan Prior, Anthony Hayes, David Field, Jamie Fallon.

Sortie salles France: 4 Juin 2014. U.S: 20 Juin 2014

FILMOGRAPHIE: David Michôd est un réalisateur australien.
2010: Animal Kingdom. 2014: The Rover.


Après s'être fait révélé par Animal Kingdom, un premier film déjà bien maîtrisé, le cinéaste australien David Michôd nous revient 4 ans plus tard avec un western post-apo sortant des sentiers battus. The Rover s'improvisant en odyssée funèbre que deux anti-héros vont parcourir à travers les étendues désertiques de l'Australie. Alors qu'il vient de se faire dérober sa voiture par un trio de malfrats, Eric n'a comme unique ambition de récupérer son bien, quand bien même au fil de son périple il rencontre l'un des frères du gang, Reynolds, grièvement blessé. Senti trahi, ce dernier décide de faire équipe avec l'inconnu pour l'aider à récupérer son véhicule et mettre la main sur son frangin. Oeuvre atypique baignant dans un climat de désolation cafardeux, The Rover nous plonge au sein d'un univers dystopique 10 ans après l'écroulement de l'Australie. C'est ce que nous annonce le générique d'ouverture sans savoir précisément ce qui a pu engendrer une situation économique aussi déplorable. Car dans cette contrée solaire en décrépitude, une poignée de survivants tentent encore de s'y faire une place quand bien même l'armée perpétue quelques missions afin de dénicher les malfrats les plus dangereux.


Outre son climat morose particulièrement palpable et la dissonance de sa partition inquiĂ©tante, The Rover frappe d'emblĂ©e par l'attitude ambiguĂ« des protagonistes. Le cinĂ©aste nous caractĂ©risant des marginaux le plus souvent sans vergogne car livrĂ©s Ă  leur indĂ©pendance et dĂ©shumanisĂ©s de leur existence misĂ©reuse oĂą l'engrenage de la violence leur portera de lourdes consĂ©quences. A l'instar de notre anti-hĂ©ros principal dĂ©crit comme un solitaire inflexible Ă  l'agressivitĂ© incontrĂ´lĂ©e car sĂ©vèrement marquĂ© par un passĂ© tragique. Son seul point d'attache, sa voiture qu'un trio a malencontreusement volĂ© après l'embardĂ©e de leur camion. On est d'autant plus interloquĂ© par l'immoralitĂ© d'Eric Ă  assassiner froidement certains innocents pour la quĂŞte dĂ©risoire d'un vĂ©hicule Ă  essence. Spoiler !!! NĂ©anmoins, son bien matĂ©riel nous rĂ©vĂ©lera au final un secret d'ordre affectif qu'il s'Ă©tait rĂ©signĂ© Ă  rĂ©cupĂ©rer afin de respecter une tâche. Fin du SpoilerAvec l'intervention de Reynolds, un jeune adulte influent quelque peu dĂ©ficient, Eric va rĂ©apprendre Ă  le considĂ©rer, Ă  lui trouver un regain d'empathie au fil de leurs confidences et de leur relation compromises par les ripostes ennemies. Contraints de s'entraider au sein de ce no man's land primitif, Eric improvise la figure paternelle pour soutenir la fragilitĂ© de Reynolds mais se dirigent d'un pas hĂ©sitant vers une destinĂ©e tragique par leur raisonnement vindicatif. Avec son scĂ©nario dĂ©routant multipliant les situations impromptues d'altercations sanglantes envers rivaux sans vocation, The Rover sème la paranoĂŻa et la dĂ©sillusion jusqu'Ă  l'apogĂ©e d'une confrontation dĂ©risoire Spoiler !!! (la culpabilitĂ© d'Eric laissant transparaĂ®tre en dĂ©sespoir de cause une larme de remord !) Fin du Spoiler.


A History of Violence
Avec la prestance intense d'un duo d'acteurs burinĂ©s (en dĂ©marche de fantĂ´me errant, Guy Pearce hypnotise l'Ă©cran d'un regard frigide, quand bien mĂŞme Robert Pattinson, quasi mĂ©connaissable, Ă©poustouffle dans sa fragilitĂ© de gamin dĂ©sorientĂ©), The Rover inflige la sinistrose d'une dystopie avec une dimension atmosphĂ©rique prĂ©gnante. Par le biais d'un schĂ©ma narratif complètement alĂ©atoire, il ne cesse de dĂ©router et de surprendre pour mettre en exergue la responsabilitĂ© de la violence engendrant un règlement de compte irascible oĂą l'innocence paiera une fois de plus le lourd tribut.    

Bruno Matéï

    mercredi 27 août 2014

    LES VAMPIRES DU DR DRACULA (La marca del Hombre-lobo)

                                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

    de Enrique Lopez Eguiluz. 1968. Espagne. 1h34. Avec Paul Naschy, Manuel Manzaneque, Dyanik Zurakowska, Aurora de Alba, Julian Ugarte, José Nieto.

    Sortie salles Espagne: 29 Juillet 1968

    FILMOGRAPHIE: Enrique Lopez Eguiluz est un réalisateur espagnol, né en 1930 à Madrid, décédé le 9 Mai 1997.
    1965: Pascualin. 1965: La Pandilla. 1966: En AndalucĂ­a naciĂł el amor. 1966: Chantaje a un asesino.
    1968: Agonizando en el crimen. 1968: Les Vampires du Dr Dracula. 1970: El Santo contre les tueurs de la Mafia.


    Fer de lance de l'âge d'or du fantastique ibérique, Les Vampires du Dr Dracula inaugure notamment la première apparition du personnage de Waldemar Daninski endossé par Paul Naschy. Ancien catcheur et culturiste, cet acteur en pleine ascension se fera une spécialité à réinterpréter à l'écran son monstre favori, le loup-garou, durant une série de 12 films ! Inédit en salles en France mais aujourd'hui exhumé de l'oubli par l'éditeur Artus Films, Les Vampires du Dr Dracula est une aberration de tous les instants. Rien que le scénario improbable est à lui seul une plaisanterie au confins de la parodie. Frappé par la malédiction d'une morsure de loup-garou, le comte Waldemar Daninski sème la mort autour de lui mais se résigne à ne plus commettre d'exactions dès qu'il retrouve son apparence humaine. Pour cela, il fait appel à un ami et sa fiancée afin de le forcer à l'embrigader au fond d'une crypte. En dernier ressort, ils font tout de même appel à un illustre docteur et sa compagne pour tenter de le guérir de sa lycanthropie. Mais rien ne se déroulera comme prévu !


    Egalement attachĂ© au poste de scĂ©nariste, Paul Naschy s'est sans doute inspirĂ© d'un de ses films cultes de la Universal des annĂ©es 30, j'ai nommĂ© Frankenstein rencontre le loup-garou. Car Ă  partir d'un pitch aussi rocambolesque que grotesque, il fait ici intervenir deux icĂ´nes de l'Ă©pouvante vintage, le loup-garou et le vampire, pour les voir finalement s'affronter lors d'un mĂ©morable baroud d'honneur. Si dans la première partie, Waldemar Daninski joue le rĂ´le d'un monstre assoiffĂ© de sang et de violence, une pirouette scĂ©naristique va l'amener Ă  reconsidĂ©rer sa condition erratique de lycanthrope pour s'opposer Ă  un ennemi particulièrement mesquin, un vampire hautain rĂ©signĂ© Ă  lui soutirer sa fiancĂ©e ! BourrĂ© d'incohĂ©rences dans la rĂ©action des personnages auquel les comĂ©diens en font des tonnes pour provoquer Ă©moi et Ă©lans de bravoure, Les Vampires du Dr Dracula entremĂŞle des sous-intrigues saugrenues pour voir s'affronter Ă  l'Ă©cran non pas un, mais deux loups-garous, quand bien mĂŞme un couple de vampires y est invitĂ© pour semer leur contamination auprès des proches de Waldemar ! Ridicule et hilarant, Ă  l'instar des dialogues ineptes que nos comĂ©diens rĂ©citent avec le plus grand sĂ©rieux, le film rĂ©ussit toutefois Ă  nous apprivoiser par sa sincĂ©ritĂ© Ă  nous offrir un spectacle aussi ludique que flamboyant ! Sur ce point, les Vampires du Dr Dracula s'avère une indĂ©niable rĂ©ussite esthĂ©tique n'ayant rien Ă  envier aux travaux baroques de Mario Bava dans ces Ă©clairages polychromes de toute beautĂ©. Que ce soit l'architecture de l'intĂ©rieur du château, sa crypte poussiĂ©reuse parfois chargĂ©e de nĂ©ons rouges ou l'illustration nocturne d'une forĂŞt azur, son gothisme raffinĂ© et la rutilance de sa photographie engendrent souvent un onirisme Ă©clatant !


    Une aberration filmique faisant office de miracle !
    ImbĂ©cile en diable et proprement aberrant dans son scĂ©nario fourre-tout, Les Vampires du Dr Dracula pallie ses nombreuses failles par une sincĂ©ritĂ© Ă©vidente, un amour immodĂ©rĂ© Ă  tailler un rĂ©cit d'Ă©pouvante oĂą se bousculent les monstres de notre enfance. La naĂŻvetĂ© des comĂ©diens gesticulant Ă  tout va des comportements outrĂ©s et surtout l'onirisme insolite qui se dĂ©tache de certaines sĂ©quences (la danse du vampire en amont d'une passerelle brumeuse pour attiser sa compagne) renforcent l'euphorie que nous procure gĂ©nĂ©reusement ce nanar festif ! 

    Remerciement Ă  Artus Films.
    Bruno Matéï

    mardi 26 août 2014

    Simetierre / Pet Sematary. Prix du Public, Avoriaz 1990.

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site team-hush.org

    de Mary Lambert. 1989. U.S.A. 1h43. Avec Dale Midkiff, Denise Crosby, Fred Gwynne, Miko Hughes, Brad Greenquist, Blaze Berdahl.

    Sortie salles France: 17 Janvier 1990. U.S: 21 Avril 1989

    FILMOGRAPHIE: Mary Lambert est une réalisatrice américaine, née le 13 Octobre 1951 à Helena, Arkansas (Etats-Unis). 1977: Rapid Eye Movements. 1987: Siesta. 1989: Bobby Brown his Prerogative (dtv). 1989: Simetierre. 1991: Grand Isle. 1992: Simetiere 2. 1994: Dragstrip Girl (télé-film). 1996: Le Visage du Mal (télé-film). 1997: Le Prix du Désir (télé-film). 1999: Clubland. 2000: In Between. 2000: Cercle Fermé. 2001: Strange Frequency (télé-film). 2001: Les Sorcières de Halloween 2 (télé-film). 2005: Urban Legend 3: Bloody Mary. 2008: The Attic. 2011: Mega Python vs. Gatoroid.

    Poème mortifère sur l’injustice et la peur de mourir, Simetierre aborde l’horreur avec une rare intelligence, en scrutant la lente descente aux enfers d’une famille incapable d’accepter l’idĂ©e du trĂ©pas. AdaptĂ© d’un cĂ©lèbre roman de Stephen King, le film tire parti d’un postulat audacieux pour renouveler le mythe du zombie et nourrir une rĂ©flexion sur la souffrance - physique autant que morale.

    Louis Creed, sa femme Rachel et leurs deux enfants emmĂ©nagent dans une maison bucolique, bordĂ©e par une route meurtrière, traversĂ©e sans relâche par des camions lancĂ©s Ă  toute allure. Accueilli chaleureusement par leur voisin, celui-ci propose un jour Ă  Louis de visiter un mystĂ©rieux cimetière pour animaux. Mais, Ă  quelques mètres de lĂ , un autre territoire sacrĂ© - d’origine indienne - possède un pouvoir interdit : ressusciter les morts.

    Il faudra la mort accidentelle du chat familial pour que Louis, aveuglĂ© par le chagrin, ose braver les lois naturelles… et tenter l’expĂ©rience de la rĂ©surrection. Simetierre baigne alors dans un climat funèbre, glacial, lancinant. Il aborde la mort sans inhibition, comme une malĂ©diction cruelle qui s’abattra, inĂ©luctable, sur les Creed. ConfrontĂ©s Ă  une sĂ©rie de deuils, les membres de la famille rĂ©vèlent leur nature : Ă©goĂŻstes, effrayĂ©s, capricieux — incapables de supporter le poids de leur propre douleur.

    Ellie, leur fille, est la première Ă  ployer sous l’angoisse. Possessive, elle dĂ©veloppe une obsession morbide pour son chat, terrifiĂ©e Ă  l’idĂ©e qu’on le lui arrache. Louis, Ă©minent mĂ©decin, est dĂ©jĂ  fragilisĂ© par la mort rĂ©cente d’un patient - revenu d’entre les morts sous forme spectrale pour l’avertir de ne pas franchir les limites du cimetière indien. Quant Ă  Rachel, elle reste hantĂ©e par un Ă©pisode traumatique de son enfance : la lente agonie de sa sĹ“ur Zelda, atteinte d’une maladie dĂ©gĂ©nĂ©rative. RongĂ©e par la culpabilitĂ©, elle avait fini par souhaiter sa mort pour mettre un terme Ă  l’horreur.

    Ă€ travers ce postulat fantastique - fascinant car il questionne la vie au-delĂ  de la mort - Simetierre confronte une famille brisĂ©e Ă  l’ultime tentation : celle de nier la fin, de violer l’ordre des choses, de pactiser avec l’indicible.

     
    Vivre pour mourir
    Regorgeant de sĂ©quences d’une intensitĂ© Ă©motionnelle saisissante (la dĂ©chĂ©ance corporelle de Zelda, la tragĂ©die de Gage et ses funĂ©railles houleuses, sa vengeance implacable), Simetierre transpose le drame psychologique dans une horreur viscĂ©rale, jamais racoleuse. Il y Ă©mane une descente aux enfers implacable, nourrie d’une cruautĂ© nĂ©cessaire et d’une ironie macabre : celle de la mort d’un enfant, devenu Ă  son tour bourreau, incarnation troublante du deuil impossible.

    La mort, omniprĂ©sente, n’est ici qu’un rappel : spirituel, fatal, libĂ©rateur. Une catharsis… ou une malĂ©diction. Pour abrĂ©ger la souffrance. Pour plonger plus profond.

    — Bruno
    4eX

    Récompense: Prix du Public au Festival d'Avoriaz, 1990


    lundi 25 août 2014

    Soudain... Les Monstres / The Food of the Gods. Licorne d'Or au Rex de Paris.

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site todoelterrordelmundo.blogspot.com

    de Bert I. Gordon. 1977. U.S.A. 1h28. Avec Marjoe Gortner, Pamela Franklin, Ralph Meeker, Jon Cypher, Ida Lupino, John McLiam.

    Sortie salles France: 18 Mai 1977. U.S: 18 Juin 1976

    FILMOGRAPHIE: Bert I. Gordon est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 24 Septembre 1922 Ă  Kenosha, Winsconsin, Etats-Unis). 1955: King Dinosaur. 1957: Beginning of the end. 1957: The Cyclops. 1957: The Amazing Colossol Man. 1958: Attack of the Puppet People. 1958: War of the Colossal Beast. 1958: Earth vs. the Spider. 1960: The Boys and the Pirates. 1960: Tormented. 1962: L'EpĂ©e EnchantĂ©e. 1965: Village of the Giants. 1966: Picture Mommy Dead. 1970: How to succeed with sex. 1972: Necromancy. 1973: Le DĂ©traquĂ©. 1976: Soudain... Les Monstres. 1977: L'Empire des Fourmis GĂ©antes. 1981: Burned at the Stake. 1982: Let's do it ! 1985: The Big Bet. 1990: Satan's Princess.


    SpĂ©cialiste du thème du gigantisme, Bert I. Gordon rĂ©alise avec Soudain... Les Monstres son film le plus notoire, Ă  l'instar de sa Licorne d'Or dĂ©cernĂ©e par le festival du Rex de Paris. Une prestigieuse rĂ©compense mĂŞme s'il faut toutefois avouer que cet incroyable dĂ©lire morbide regorge de clichĂ©s et de personnages caricaturaux bien que l'on Ă©prouve beaucoup de sympathie pour eux. Qui plus est, l'aspect cheap de certains effets-spĂ©ciaux (les guĂŞpes gĂ©antes confectionnĂ©es en plastique, le coq en latex) tĂ©moigne d'un visuel obsolète quand bien mĂŞme la simplicitĂ© de son scĂ©nario le confine au huis-clos inspirĂ© de la Nuit des Morts-vivants. Mais alors qu'est-il passĂ© par la tĂŞte des membres du jury parisien pour prĂ´ner une sĂ©rie B aussi saugrenue alors qu'une gĂ©nĂ©ration de cinĂ©philes continuent de l'applaudir ? C'est d'abord le concept du pitch dĂ©lirant qui attise autant notre amusement que notre fascination car voir dĂ©bouler devant nos yeux des animaux atteints de gigantisme après avoir ingurgitĂ© un produit toxique s'avère aussi enthousiasmant qu'incroyablement impressionnant. Oui mais alors comment peut-on croire Ă  pareille situation improbable si les effets-spĂ©ciaux archaĂŻques s'avèrent fauchĂ©s ? En faisant intervenir en second acte de vĂ©ritables animaux, en l'occurrence notre rongeur quadrupède, le Rat ! Et de nous faire croire de sa taille disproportionnĂ©e par des procĂ©dĂ©s techniques assez efficaces. Et Ă  ce niveau surrĂ©aliste, le divertissement fonctionne Ă  plein rĂ©gime ! 


    Et si à certains moments, on perçoit bien les maquettes d'une voiture, d'une maison ou d'une caravane afin de camoufler leur taille anormale, à d'autres situations, le réalisateur exploite des trucages autrement astucieux lorsqu'il combine dans le même cadre personnage et animal en situation d'affrontements ou de défense ! Ce réalisme parfois saisissant atteindra d'ailleurs son apogée lors de l'ultime assaut quand nos protagonistes sont réunis sur le toit d'une maison engloutie d'eau, quand bien même les rats tentent de s'agripper aux murs afin d'éviter la noyade. Si l'aspect sommaire de l'intrigue (un groupe de survivants se réunissent dans une ferme pour se protéger du danger et tenter de trouver des solutions de survie) et certaines situations incohérentes font un peu tâche (notamment certains rapports de discorde entre eux), le réalisateur parvient néanmoins à insuffler une vigoureuse efficacité, tout du moins durant une bonne moitié de métrage fertile en actions horrifiques. De par ces attaques récurrentes du rat contre l'homme faisant intervenir moult péripéties - surtout lorsque nos survivants sont séparés en groupe - alors qu'un leader courageux redouble de ruse pour essayer de les combattre (notamment le projet de faire exploser un barrage). En prime, le caractère sanglant des agressions ajoute une certaine intensité cruelle lorsque les victimes tentent vainement de se débattre contre l'animal. Le climat malsain, omniprésent, demeurant factuel, dérangeant, étrangement fascinant de voir débouler à l'écran l'improbable !


    Ainsi, sous couvert d'argument Ă©colo militant contre les dangers de la pollution, Soudain... les Monstres y transcende une sĂ©rie B redoutablement fun, jubilatoire, fascinante, ludique dès que le rongeur entre en scène. D'autre part, il se dĂ©gage une rĂ©elle empathie auprès de la complicitĂ© amicale de nos protagonistes en proie Ă  l'insensĂ©, voire aussi Ă  travers leur rapport de divergence rehaussĂ© de l'amabilitĂ© de seconds couteaux bien connus des amateurs (Marjoe Gortner et Pamela Franklin pour ne citer que les plus illustres). Enfin, et en me rĂ©pĂ©tant sciemment, ce divertissement typiquement bisseux tire Ă©videmment  parti de son attraction et de sa puissance fascinatoire en la prĂ©sence du rat comparable ici Ă  une taille de sanglier afin d'y provoquer l'effroi. Et Ă  ce niveau d'intensitĂ© formelle, cette formidable sĂ©rie B est Ă  marquer d'une pierre blanche d'autant plus renforcĂ©e aujourd'hui de son aspect rĂ©tro bougrement sympathique. Une rĂ©fĂ©rence. 

    *Bruno
    02.05.24. 6èx. Vostfr

    RécompenseLicorne d'Or au Festival international du film Fantastique de Paris en 1977

      vendredi 22 août 2014

      NOS ETOILES CONTRAIRES (The Fault in Our Stars)

                                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site tfios-lovers.tumblr.com

      de Josh Boone. 2014. U.S.A. 2h06. Avec Shailene Woodley, Ansel Elgort, Nat Wolff, Willem Dafoe, Laura Dern, Sam Trammell, Lotte Verbeek.

      Sortie salles France: 20 Août 2014. U.S: 6 Juin 2014

      FILMOGRAPHIE: Josh Boone est un réalisateur et scénariste américain, né le 5 avril 1979 à Virginia Beach (Etats-Unis).
      2013: Stuck in Love. 2014: Nos Etoiles Contraires. 2014: Pretenders.


      Teen movie dramatique ciblant donc prioritairement le public adolescent, Nos Etoiles Contraires traite du thème grave et dĂ©licat de la maladie du cancer avec la lĂ©gèretĂ© de la comĂ©die romantique. Dans le cadre d'une association de soutien pour les malades de tumeur, Hazel Grace fait la rencontre de Augustus Waters, Ă  peine remis de son cancer. Entre eux va dĂ©buter une histoire d'amour passionnelle quand bien mĂŞme la maladie peut les rattraper Ă  tous moments ! 
      Afin d'Ă©viter toute forme de misĂ©rabilisme, Josh Boone compte sur la fraĂ®cheur spontanĂ©e des deux amants dĂ©ployant une belle complicitĂ© dans leur relation amoureuse bâtie sur la confiance, la solidaritĂ© et l'espoir d'une potentielle guĂ©rison. Afin de dĂ©dramatiser leur situation de grabataire, ils s'Ă©changent avec pragmatisme une verve pittoresque pour profiter du bonheur de l'instant prĂ©sent.


      Jouant avec l'humour des situations de lĂ©gèretĂ© (notamment leur liaison amicale entretenue avec un jeune ado souffrant de cĂ©citĂ©), Nos Etoiles Contraires rĂ©ussit inĂ©vitablement Ă  nous attendrir Ă  travers leur tendre complicitĂ© tout en alternant avec des moments plus dramatiques lorsque le dĂ©sespoir les rappellent Ă  la raison d'une pathologie cruelle. Sur ce point, la difficile montĂ©e des marches d'Hazel pratiquĂ©e dans la demeure d'Anne Franck s'avère le moment le plus bouleversant dans sa sobriĂ©tĂ© requise, le rĂ©alisateur Ă©vitant d'appuyer sur la corde sensible de l'apitoiement. Alors que l'instant d'après, l'Ă©treinte d'un baiser face Ă  une foule attendrie va dĂ©crĂ©dibiliser d'un coup toute son intensitĂ© dramatique ! Durant plus de deux heures, c'est donc le quotidien d'Hazel et Augustus qui nous est dĂ©crit dans leur inlassable Ă©preuve de survie, quand bien mĂŞme le tĂ©moignage parental est Ă©galement mis en valeur pour soutenir la jeune fille de son fardeau cancĂ©reux. C'est Ă  mi-parcours que le rĂ©alisateur souhaite subitement renverser les rĂ´les (et relancer la machine Ă  Ă©motion !) puisqu'un Ă©vènement alĂ©atoire va rappeler Ă  l'ordre l'un des deux amants confrontĂ© Ă  une irrĂ©mĂ©diable injustice. TragĂ©die de la maladie et romance Ă  l'eau de rose nous sont donc narrĂ©s avec la lourdeur de bons sentiments pour Ă©branler le spectateur et l'entraĂ®ner dans une dĂ©rive lacrymale qui en terrassera plus d'un. Cet abus de pathos et cette surdose d'effets larmoyants sont nĂ©anmoins palliĂ©s par la prestance naturelle des comĂ©diens souvent Ă©patants de charme et de spontanĂ©itĂ© ! En particulier, l'Ă©toile montante Shailense Woodley (inoubliable dans le magnifique The Spectacular Now !) endossant avec vĂ©ritĂ© humaine, fougue, bravoure mais aussi affliction une jeune malade en sursis !


      InĂ©vitablement bouleversant, voir dĂ©chirant Ă©voqueront les plus sensibles, Nos Etoiles Contraires ne manque pourtant pas d'humour, de tendresse et de vent de fraĂ®cheur pour Ă©voquer la maladie du cancer sans le clichĂ© trivial du misĂ©rabilisme. Paradoxalement, le rĂ©alisateur se laisse pourtant voguer dans la facilitĂ© des bons sentiments en tirant complaisamment sur notre corde sensible. A l'instar de son final funĂ©raire beaucoup trop surchargĂ© en pathos dans ces allĂ©gations publiques ou Ă  la lecture d'une lettre intime ! Mais que les fans de romance Ă©dulcorĂ©e se rassurent (en prioritĂ© les prĂ©-pubères et adolescentes), le spectacle plein de charme en chavirera plus d'un dans sa spirale d'Ă©motions rudes !

      Bruno Matéï


      jeudi 21 août 2014

      Dreamscape. Corbeau d'Or au Festival de Bruxelles, 1985

                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

      de Joseph Ruben. 1984. U.S.A. 1h39. Avec Dennis Quaid, Max Von Sydow, Christopher Plummer, Eddie Albert, Kate Capshaw, David Patrick Kelly, George Wendt.

      Sortie salles France: 14 Juin 1985. U.S: 15 Août 1984

      FILMOGRAPHIE: Joseph Ruben est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né en 1951 à Briarcliff, Manor, New-York. 1974: The Sister-in-Law. 1976: Lâche-moi les baskets. 1977: Joyride. 1978: Our Winning Season. 1980: Gorp. 1984: Dreamscape. 1987: Le Beau-Père. 1989: Coupable Ressemblance. 1991: Les Nuits avec mon Ennemi. 1993: Le Bon Fils. 1995: Money Train. 1998: Loin du Paradis. 2004: Mémoire Effacée. 2013: Penthouse North.


      Sortie en salles Ă  quelques mois d'intervalle des Griffes de la Nuit, Dreamscape empreinte la mĂŞme thĂ©matique du rĂŞve par le biais d'un tĂ©lĂ©kinĂ©siste prĂŞtant main forte aux personnes souffrants de cauchemars pathologiques. Si bien qu'Ă  l'aide d'un procĂ©dĂ© scientifique rĂ©volutionnaire, Alex Gardner rĂ©ussit Ă  s'infiltrer dans le cerveau du patient pour le guĂ©rir de sa terreur nocturne. RecrutĂ© par le docteur Paul Novotny, il doit Ă©galement se confronter Ă  la rivalitĂ© d'un autre expert apte Ă  pĂ©nĂ©trer dans les rĂŞves, Tommy Ray. Ce dernier Ă©tant complice d'une conspiration afin de nuire au prĂ©sident des Etats-Unis. Avec modestie, Joseph Ruben rĂ©alise ici une sĂ©rie B rĂ©jouissante de par son concept original d'interfĂ©rence humaine au coeur du songe. Si la première demi-heure s'avère un peu trop sage en terme d'expĂ©rimentation (Ă©pauler un patient Ă  retrouver sa libido sexuelle par ex !), la suite s'avère toujours plus stimulante lorsque Alex doit par exemple essayer de faire disparaĂ®tre les cauchemars horrifiants d'un garçon perturbĂ©. Ou pire encore, lorsqu'il doit tenter de protĂ©ger le prĂ©sident des Etats-Unis d'un assassinat prĂ©mĂ©ditĂ© quand bien mĂŞme des tueurs sont lancĂ©s Ă  ses trousses.


      DĂ©ployant non sans ironie nombres d'idĂ©es fantasques, comme celle de l'intrusion frauduleuse d'Alex au sein du sommeil de sa collègue pour exaucer un fantasme sexuel, Dreamscape profite Ă©galement de son imagerie horrifico-fantastique par le biais de l'activitĂ© psychique. A l'instar d'une aventure trĂ©pidante, notre hĂ©ros se retrouve donc plongĂ© dans l'imaginaire du patient oĂą n'importe quelle phobie surnaturelle puisse se matĂ©rialiser par auto-suggestion ! Si certains FX cheaps peuvent aujourd'hui prĂŞter Ă  sourire (les apparitions en stop motion du serpent gĂ©ant !), le soin imparti aux dĂ©cors de dĂ©solation permettent de nous immerger dans un univers post-apo plutĂ´t photogĂ©nique. Alors qu'Ă  d'autres moments, on se croirait plongĂ© dans l'abysse d'une quatrième dimension (l'escalade d'un immense escalier dĂ©gingandĂ© qu'Alex et l'enfant arpentent autour d'un nĂ©ant opaque sans repère spatial !). Et pour corser l'intrigue et intensifier les situations de mise en pĂ©ril, un antagoniste sans vergogne s'avère redoutablement insidieux pour parfaire ses ambitions meurtrières et provoquer son ennemi jurĂ©, Alex ! Qui plus est, l'idĂ©e gĂ©niale de pouvoir s'introduire dans le rĂŞve d'un autre et assassiner le sujet durant son sommeil reste l'argument le plus jouissif, quand bien mĂŞme un complot politique dĂ©cuple l'enjeu d'une course contre la montre pour la sauvegarde du prĂ©sident.


      EntourĂ© des solides prestances du sympathique Dennis Quaid et du gĂ©nial gouailleur Janes DeVries que l'on adore dĂ©tester, mais aussi d'Ă©minents seconds-rĂ´les au charisme burrinĂ© (Christopher Plummer, Max Von Sydow), sans compter la voluptueuse Kate Capshaw, Dreamscape est une sympathique sĂ©rie B Ă  travers son alliage de fantastique, d'humour, de romance, d'action et d'espionnage politique. Il y Ă©mane un spectacle davantage captivant auprès de ces enjeux stratĂ©giques, d'autant plus sobre et jamais ostentatoire qu'il exploite intelligemment un scĂ©nario retors ! 

      RĂ©compense: Corbeau d'Or au Festival International du Film Fantastique de Bruxelles, 1985

      *Bruno
      26.01.23. 4èx

      mardi 19 août 2014

      Birdy. Grand Prix du Jury, Cannes 85.

                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site listal.com

      d'Alan Parker. 1984. U.S.A. 2h00. Avec Nicolas Cage, Matthew Modine, John Harkins, Sandy Baron, Karen Young, Bruno Kirby.

      Sortie salles France: 22 Mai 1985. U.S: 21 Décembre 1984

      FILMOGRAPHIE: Alan Parker, nĂ© Alan William Parker le 14 FĂ©vrier 1944 Ă  Islington, Londres, est un rĂ©alisateur, compositeur, scĂ©nariste et producteur anglais. 1975: The Evacuees (tĂ©lĂ©-film). 1976: Bugsy Malone. 1978: Midnight Express. 1980: Fame. 1982: l'Usure du Temps. 1982: Pink Floyd the Wall. 1984: Birdy. 1987: Angel Heart. 1988: Mississippi Burning. 1990: Bienvenue au Paradis. 1991: The Commitments. 1994: Aux bons soins du Dr Kellogg. 1996: Evita. 1999: Les Cendres d'Angela. 2003: La Vie de David Gale.


      TirĂ© du roman de William Wharton, ancien vĂ©tĂ©ran amĂ©ricain de la Seconde Guerre mondiale, Birdy dĂ©place son contexte historique vers les annĂ©es 60, dĂ©cennie lourdement entachĂ©e par le conflit vietnamien. 
       
      Synopsis : après avoir Ă©tĂ© gravement blessĂ© au visage par un bombardement, Al Columbato revient au pays et rejoint son ami d’enfance, Birdy. InternĂ© dans un hĂ´pital militaire, ce dernier, profondĂ©ment marquĂ© par la guerre, s’est enfermĂ© dans un mutisme absolu, comme une fuite hors de la rĂ©alitĂ©. Avant qu’il ne soit transfĂ©rĂ© dans un institut psychiatrique, Al tente une dernière fois de le ramener Ă  lui.  
       
      Si Alan Parker nous avait déjà bouleversés avec le drame carcéral Midnight Express et le trip sensoriel Pink Floyd: The Wall, Birdy marque à nouveau les esprits, happés par la force brute de son intensité émotionnelle.

      Hymne Ă  la libertĂ©, rĂ©quisitoire contre les ravages de la guerre, plaidoyer vibrant pour le droit Ă  la diffĂ©rence, Birdy est un poème universel sur la quĂŞte Ă©perdue d’un monde idĂ©alisĂ©. Ă€ travers la passion obsessionnelle d’un adolescent fascinĂ© par les oiseaux — lui-mĂŞme destinĂ© Ă  voler de ses propres ailes —, le film rĂ©vèle combien le monde peut se montrer lâche et cruel envers les âmes les plus pures. Alan Parker illustre, avec une humanitĂ© dĂ©sarmante, le lien indĂ©fectible entre deux amis, bientĂ´t dĂ©sunis par l’appel du front et la perte de leur innocence. Alternant flash-backs de leurs 400 coups et prĂ©sent dĂ©vastĂ© par le traumatisme post-Vietnam (tandis qu’Al tente dĂ©sespĂ©rĂ©ment d’arracher Birdy Ă  la dĂ©mence), le film bouscule nos Ă©motions par la peinture sensible d’une passion dĂ©vorante — celle des oiseaux, jusqu’Ă  la confusion de soi, jusqu’au vertige du vol vĂ©ritable.

      Ă€ travers la sĂ©paration de Birdy et Al, enrĂ´lĂ©s de force, le Vietnam devient le miroir d’une gĂ©nĂ©ration sacrifiĂ©e, privĂ©e de ses rĂŞves et de sa libertĂ©. Mais Birdy, au-delĂ  de sa rĂ©flexion sur les dĂ©rives identitaires que peut engendrer une passion extrĂŞme, transcende surtout une sublime histoire d’amitiĂ© enracinĂ©e dans la fidĂ©litĂ©. Leur lien, bâti sur la confiance, la tolĂ©rance et le respect, devient le dernier espoir pour ramener Birdy Ă  la surface, hors des abysses de sa propre psychose.


      PortĂ© par la partition sensitive de Peter Gabriel — qui exalte une charge Ă©motionnelle presque insoutenable —, et incarnĂ© par deux comĂ©diens d’une vĂ©ritĂ© bouleversante, Birdy est un grand moment de cinĂ©ma lyrique. Un chef-d’Ĺ“uvre de fragilitĂ©, touchĂ© par la grâce d’un onirisme pudique, celui qui rĂŞve d’une libertĂ© affranchie de toute souffrance, en harmonie avec la nature et le règne animal. Inoubliable est un mot trop faible : Birdy est un crève-cĹ“ur, une rĂ©demption amicale dĂ©chirante, mĂŞme si l’ironie finale du saut de l’ange nous ramène, brutalement, Ă  notre rĂ©alitĂ© terrestre.

      A mon ami de coeur Pascal Clabaut.

      Dédicace à Daniel Aprin

      Bruno 
      3èx
       
      Récompenses: Grand Prix du Jury, Cannes 1985
      Prix du Public au Festival International du film de Varsovie, 1987
      Top Ten Films: National Board of Review Awards, 1984

      lundi 18 août 2014

      Course contre l'Enfer (Race with the Devil)

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviecovers.com

      de Jack Starrett. 1975. U.S.A. 1h29. Avec Peter Fonda, Warren Oates, Loretta Swit, Lara Parker, R.G. Armstrong.

      Sortie salles France: 5 Mai 1976. U.S: Juin 1975

      FILMOGRAPHIE: Jack Starrett est un acteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 2 Novembre 1936 Ă  Refugio (Texas), dĂ©cĂ©dĂ© le 27 Mars 1989 Ă  Sherman Oaks (Californie). 1969: La Cavale Infernale. 1969: House of Zodiac. 1970: Les Machines du Diable. 1970: Fuite dans la nuit (tĂ©lĂ©-film). 1970: Le Dernier des Apaches. 1972: The Strange Vegeance of Rosalie. 1972: Slaughter. 1973: Dynamite Jones. 1974: The Gravy Train. 1975: Course contre l'Enfer. 1976: La Vengeance aux Tripes. 1976: Hollywood Man. 1977: Haute SĂ©curitĂ© (tĂ©lĂ©-film). 1977: Final Chapter: walking Tall. 1978: Thaddeus Rose and Eddie (tĂ©lĂ©-film). 1978: Big Bob Johnson and his fantastic speed circus (tĂ©lĂ©-film). 1979: Mister Horn (tĂ©lĂ©-film). 1979: Survival of Dana (tĂ©lĂ©-film). 1981: Treachery and greed on the Planet of the Apes (tĂ©lĂ©-film). 1982: Kiss my Grits.


      "Sabbat sur l'asphalte: la route est un piège"
      Film d'exploitation sans prĂ©tention rĂ©unissant en tĂŞtes d’affiche les vĂ©tĂ©rans Peter Fonda et Warren Oates, Course contre l’Enfer est un road movie horrifique qui tire son efficacitĂ© d’un concept de dĂ©part plutĂ´t original : deux couples de vacanciers, tĂ©moins malgrĂ© eux d’un rituel meurtrier perpĂ©trĂ© par une secte, en pleine cambrousse. RĂ©alisĂ© deux ans avant La Colline a des yeux, on pourrait croire que Wes Craven s’en est inspirĂ© pour camper une famille solidaire, exilĂ©e Ă  bord d’un camping-car, bientĂ´t piĂ©gĂ©e dans un dĂ©sert hostile. LivrĂ©s Ă  eux-mĂŞmes, ils devaient riposter avec force, rivaliser d’ingĂ©niositĂ©, et survivre face Ă  des agresseurs cannibales rĂ©duits Ă  l’Ă©tat primitif.

      Dans Course contre l’Enfer, nos jeunes touristes, eux aussi embarquĂ©s en caravane, sont sĂ©vèrement malmenĂ©s par une confrĂ©rie satanique dans le dĂ©sert du Colorado. Inlassablement pourchassĂ©s et persĂ©cutĂ©s, ils font preuve de bravoure et de persĂ©vĂ©rance pour dĂ©jouer les nombreux pièges jalonnant leur itinĂ©raire.

      Ce pitch inquiĂ©tant, mĂŞlant les composantes du road movie et de l’horreur, constitue une combinaison judicieuse entre suspense latent, tension palpable - notamment Ă  travers les Ă©changes de regards hostiles - et poursuites endiablĂ©es redoutablement jouissives plus de 50 ans après sa sortie. En toute simplicitĂ©, Jack Starrett façonne un pur divertissement solidement rĂ©alisĂ©, construit sur la fragilitĂ© attachante de personnages emportĂ©s dans une descente aux enfers - leur cohĂ©sion, d’abord amicale puis combative, Ă©veillant notre considĂ©ration, notre empathie, face Ă  leur peur de trĂ©passer - et sur l’action effrĂ©nĂ©e d’une cavale dĂ©sespĂ©rĂ©e. Toujours plus acculĂ©s par des menaces pernicieuses, ils brandissent les armes, seuls contre tous, leur tĂ©moignage ayant Ă©tĂ© balayĂ© d’un revers par la police locale.

      Avant une incroyable poursuite sur bitume dĂ©ployant moult cascades, le rĂ©alisateur distille une atmosphère d’insĂ©curitĂ© grandissante, notamment lorsque l’une des hĂ©roĂŻnes, gagnĂ©e par la paranoĂŻa, commence Ă  suspecter les regards patibulaires des habitants de la rĂ©gion. Dès lors, la menace devient d’autant plus sournoise que les satanistes, tapis dans l’ombre, redoublent d’audace morbide.


      "Bitume noir, croix inversée"
      Rondement menĂ©, Course contre l’Enfer n’a pour seul objectif que de divertir avec l’efficacitĂ© d’un pitch dĂ©monial, multipliant les pĂ©ripĂ©ties haletantes autour de la survie et de la riposte de couples molestĂ©s. Sous la houlette de Peter Fonda et Warren Oates, on embarque d’autant mieux dans cette virĂ©e meurtrière, guidĂ©s par leur virilitĂ© rugueuse et leur pugnacitĂ© commune. Du cinĂ©ma bis redoutablement excitant, audacieux, galvanisant - dont l'Ă©pilogue nihiliste en dĂ©concertera plus d’un - et qui frĂ´le, par moments, le modèle d’efficacitĂ©. Bref, un amour de sĂ©rie B charnellement vintage. 

      — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
      30/01/26. 4èx. Videoprojo