mercredi 1 octobre 2014

The Crazies / La Nuit des Fous-vivants

                                            
               (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site silverferox.blogpost.com. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).

de Georges A. Romero. 1973. U.S.A. 1h43. Avec Lane Carroll, Will MacMillan, Harold Wayne Jones, Lloyd Hollar, Lynn Lowry, Richard Liberty.

Sortie salles France: 5 Juillet 1979. U.S: 16 Mars 1973

FILMOGRAPHIE: George Andrew Romero est un réalisateur, scénariste, acteur, auteur américain, né le 4 Février 1940 à New-York. 1968: La Nuit des Morts-vivants. 1971: There's Always Vanilla. 1972: Season of the Witch. 1973: The Crazies. 1977: Martin. 1978: Zombie. 1981: Knightriders. 1982: Creepshow. 1985: Le Jour des Morts-vivants. 1988: Incidents de parcours. 1990: Deux Yeux Maléfiques. 1992: La Part des Ténèbres. 2000: Bruiser. 2005: Land of the Dead. 2008: Diary of the Dead. 2009: Survival of the Dead.


"L’AmĂ©rique sous quarantaine : folie blanche sur fond de nappe phrĂ©atique"

RĂ©alisĂ© cinq ans après La Nuit des Morts-Vivants, The Crazies annonce dĂ©jĂ  la couleur — blafarde — d’une apocalypse imminente, prĂ©mices de celle dĂ©ployĂ©e dans Dawn of the Dead.
TournĂ© dans l’urgence avec un rĂ©alisme quasi documentaire, le film dĂ©ploie cette mĂŞme vigueur de montage, cette mĂŞme violence sèche, oĂą une poignĂ©e de survivants se retrouve Ă  lutter, non contre des zombies, mais contre la brutalitĂ© aveugle de militaires en combinaison blanche. Un chaos qui Ă©voque immanquablement le prologue de Zombie, lorsque la milice enfonce les portes d’un ghetto afro-amĂ©ricain et portoricain, ravagĂ© par les morts-vivants.

Le pitch : placĂ©e en quarantaine, la ville d’Evans City passe sous la coupe de la loi martiale, après qu’un virus a contaminĂ© une partie de la population. Très vite, la situation dĂ©gĂ©nère. Certains refusent de se plier Ă  l’autoritĂ©, et cinq rĂ©sistants prennent la fuite, rĂ©fugiĂ©s dans une campagne aussi vaste que toxique.


TournĂ© avec un budget dĂ©risoire et portĂ© par des comĂ©diens souvent inconnus, The Crazies souffre de sa mise en scène fauchĂ©e, mais c’est prĂ©cisĂ©ment ce qui renforce son aspect docu-vĂ©ritĂ©. Ses dĂ©fauts se fondent dans une atmosphère rĂ©aliste de crise sanitaire erratique, oĂą les habitants deviennent tributaires d’une contamination invisible. Le rĂ©cit, fertile en rebondissements, repose moins sur le spectaculaire que sur la tension brute : celle d’une quarantaine bâclĂ©e, imposĂ©e par des militaires irascibles Ă  une population laissĂ©e dans l’ignorance, errante dans un brouillard d’incomprĂ©hension et de peur. Les victimes sombrent subitement dans la folie, puis dans le meurtre, après qu’un avion militaire s’est Ă©crasĂ© en relâchant un agent chimique dans la nappe phrĂ©atique.

Encore une fois, George A. Romero capte avec un rĂ©alisme mordant la folie latente d’un monde contaminĂ©, et montre comment la peur, la panique, et la paranoĂŻa mènent les hommes Ă  leur propre ruine. MĂ©fiance, incommunicabilitĂ©, dĂ©fiance : chacun se replie sur soi, seul face au chaos. En prime, le mensonge politique s’invite : l’armĂ©e, pour se couvrir, Ă©voque un accident nuclĂ©aire plutĂ´t qu’un Ă©chec d’arme chimique — dont elle est pourtant l’instigatrice.


Une satire mordante sur la peur de l'autre et de l'inconnu
Efficace, psychologiquement terrifiant, subversif, The Crazies dĂ©ploie un pamphlet acide contre l’autoritarisme et les armes chimiques. Le sang coule, mais il souille autant les mains des militaires que celles des rĂ©sistants, corrompus Ă  leur tour dans une violence d’autodĂ©fense. En dĂ©pit de sa maladresse et de son manque de rigueur formelle — qui, paradoxalement, lui donnent sa puissance brute —, le film reste une fascinante Ă©trangetĂ© aussi glaçante que dĂ©sespĂ©rĂ©e. Un portrait sans fard de l’hypocrisie humaine, oĂą l’individualitĂ© se dĂ©sagrège dans la peur, et oĂą l’inconnu devient le reflet terrifiant de soi-mĂŞme.

*Bruno
4èx. 14.05.25. Vostf

mardi 30 septembre 2014

L'HORRIBLE DR ORLOF (Gritos en la noche)

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

de Jess Franco. 1962. Espagne. 1h27. Avec Howard Vernon, Conrado San Martin, Diana Lorys, Perla Cristal, Maria Silva, Ricardo Valle, Mara Laso.

Sortie salles France: 1er Octobre 1962. U.S: 7 Octobre 1964. Espagne: 14 Mai 1962

FILMOGRAPHIE: Jess Franco (Jesus Franco Manera) est un rĂ©alisateur espagnol, nĂ© le 12 Mai 1930 Ă  Madrid, dĂ©cĂ©dĂ© le 2 Avril 2013.
1962: L'Horrible Dr orlof.  1962: Le Sadique Baron Von Klaus. 1964: Les MaĂ®tresses du Dr Jekyll. 1966: Le Diabolique Dr Zimmer. 1969: L'Amour dans les prisons des femmes. 1969: Justine ou les infortunes de la vertu. 1970: Les Nuits de Dracula. 1970: Le TrĂ´ne de Feu. 1971: Vampyros Lesbos. 1972: Les ExpĂ©riences Erotiques de Frankenstein. 1972: Dracula prisonnier de Frankenstein. 1972: La Fille de Dracula. 1973: Quartier des Femmes. 1973: Christina chez les Morts-Vivants. 1974: La Comtesse Noire. 1974: EugĂ©nie de Sade. 1976: Jack l'Eventreur. 1980: Terreur Cannibale. 1980: Mondo Cannibale. 1981: Sadomania. 1981: Le Lac des Morts-Vivants (co-rĂ©al). 1982: L'AbĂ®me des Morts-Vivants. 1982: La Chute de la maison Usher. 1988: Les PrĂ©dateurs de la Nuit. 2002: Killer Barbys.


Fer de lance de l'âge d'or du fantastique ibĂ©rique, l'Horrible Dr Orlof est une dĂ©clinaison bisseuse du chef-d'oeuvre de Franju, les Yeux sans Visage. ConsidĂ©rĂ© comme le meilleur film de l'intarissable Jess Franco, l'Horrible Dr Orlof confronte l'hommage direct Ă  la Universal Ă  d'autres rĂ©fĂ©rences un peu plus rĂ©centes (le prĂ©lude semble suggĂ©rer l'ombre de Jack l'Eventreur avec cette prostituĂ©e Ă©mĂ©chĂ©e divaguant dans une sombre ruelle !) sous une mise en forme vulgarisĂ©e d'horreur et d'Ă©rotisme. Soigneusement Ă©clairĂ© dans un joli noir et blanc et renforcĂ© de dĂ©cors gothiques parfois baroques, l'Horrible Dr Orlof possède une patine espagnole aussi particulière que la personnalitĂ© excentrique du cinĂ©aste. Afin de redorer la beautĂ© de sa fille dĂ©figurĂ©e, le Dr Orloff et son domestique Morpho kidnappent des jeunes filles pour expĂ©rimenter des greffes de peau. Grâce aux tĂ©moignages de certains badauds, la police Ă©tablit deux portraits robots des potentiels agresseurs quand bien mĂŞme le collier d'une disparue est retrouvĂ© Ă  proximitĂ© d'une rivière.


Illustrant de manière quelque peu fantasque une horreur sĂ©culaire avec l'esprit dĂ©complexĂ© de gore timorĂ© et de sexe audacieux (de par la gratuitĂ© imposĂ©e aux rares scènes de nuditĂ© !), l'Horrible Dr Orlof baigne dans une ambiance rĂ©tro quasi intemporelle ! Ce sentiment inĂ©dit de participer Ă  une Ă©pouvante versatile est notamment renforcĂ© par les prĂ©sences grand-guignolesques d'Orloff et de son acolyte Morpho ! Howard Vernon endossant la dĂ©froque du chirurgien avec cabotinage d'orgueil et de vanitĂ© tandis que Ricardo Valle adopte le charisme du monstre mutique par le biais d'un regard exorbitĂ©. Franchement impressionnant par sa physionomie difforme balafrĂ©e d'une cicatrice, ce dernier rĂ©ussit Ă  insuffler un climat onirico-macabre particulièrement envoĂ»tant autour de ses interventions. Le caractère naĂŻf de l'entreprise est Ă©galement renforcĂ© par la maladresse des dialogues et de son humour parfois pittoresque (les tĂ©moignages des deux marginaux au poste de police) alors que Jess Franco exploite avec sincĂ©ritĂ© l'illustre trame de Franju dans l'unique but de divertir. La vigueur du rĂ©cit alternant sans temps morts pĂ©ripĂ©ties horrifiques, investigation et stratĂ©gie policière, discorde conjugale (l'Ă©pouse d'Orloff rĂ©pugne de plus en plus son attitude immorale et Ă©gotiste) et intervention chirurgicale Ă©mane autant de l'efficacitĂ© de sa rĂ©alisation techniquement soignĂ©e.


Classique notoire des années 60 annonçant l'émancipation du Fantastique Espagnol en passe de transgresser la violence horrifique, l'Horrible Dr Orlof est autant un délicieux hommage à l'épouvante archaïque qu'une perle bisseuse où l'insolite prime parmi l'exubérance des meurtriers.

Bruno Matéï
3èx

lundi 29 septembre 2014

Mansion of the Doomed

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Michael Pataki. 1976. U.S.A. 1h26. Avec Richard Basehart, Gloria Grahame, Marilyn Joi, Trish Stewart, Lance Henriksen, Al Ferrara.

Récompense: Prix d'interprétation masculine pour Richard Basehart au Festival du Rex de Paris 1977

FILMOGRAPHIE: Michael Pataki est un acteur, réalisateur et producteur américain, né le 16 Janvier 1938 à Youngstown (Etats-Unis), décédé le 15 Avril 2010 à North Hollywood.
1976: Mansion of the Doomed. 1977: The Hardy Boys (série TV). 1977: Cinderella.


InĂ©dit en France, hormis son passage remarquĂ© au Festival du Rex de Paris (avec en prime un Prix d'interprĂ©tation masculine tout Ă  fait mĂ©ritĂ© pour Richard Basehart - "plus le mĂ©chant est rĂ©ussi, meilleur le film sera !" -), Mansion of the Doomed est une production Charles Band faisant parti du haut du panier de par son interprĂ©tation plus convaincante que de coutume, sa rĂ©alisation inspirĂ©e et son ambiance putride typiquement issue des seventies, Ă©poque Ă  laquelle il fut modestement conçu. 

Synopsis: A la suite d'un grave accident de voiture qui rendit sa fille aveugle, un chirurgien tente de multiples greffes sur des quidams imprudents afin de lui redonner la vue. En attendant le succès de ses expĂ©riences, les cobayes Ă©nucléés sont parquĂ©s dans une geĂ´le au sous-sol de sa demeure. 

Variation putassière des Yeux sans Visage de Franju, Mansion of the Doomed est le prototype de la sĂ©rie B d'exploitation bâtie sur un pitch Ă©culĂ© prĂ©texte aux dĂ©bordements horrifiques. L'histoire rĂ©pĂ©titive illustrant les exactions d'un chirurgien adepte de kidnappings afin d'y parfaire sa nouvelle intervention chirurgicale de dernier ressort parmi la complicitĂ© de sa femme. 


Or, paradoxalement, ce sentiment de redondance n'est nullement prĂ©judiciable pour l'intĂ©rĂŞt du spectateur si bien que le rĂ©alisateur rĂ©ussit fort efficacement Ă  nous faire omettre sa routine auprès d'habiles rebondissements (la tentative d'enlèvement pratiquĂ©e sur une fillette, les deux tĂ©moins qui s'ensuivent dĂ©voyĂ©s par la transaction du meurtrier, l'Ă©vasion inespĂ©rĂ©e d'une des prisonnières puis la sĂ©dition finale) et l'intrusion de nouveaux protagonistes livrĂ©s Ă  la dĂ©chĂ©ance et Ă  l'impuissance. En prime, le comportement sournois et immoral du couple de meurtriers participe notamment Ă  la progression d'une atmosphère davantage malsaine. Car au fil des Ă©checs successifs du praticien, le nombre croissant des victimes afflue au sein d'une prison confinĂ©e dans la pĂ©nombre. En observant ses exactions expĂ©rimentales, le climat glauque s'exacerbe au sein de sa luxueuse demeure, notamment lorsque le rĂ©alisateur succède aux conditions de vie misĂ©reuses des prisonniers rĂ©duits Ă  l'isolement et Ă  l'esclavage. EpaulĂ© d'effets spĂ©ciaux artisanaux de Stan Winston, les visions d'effroi Ă©mises sur les victimes impressionnent de par l'aspect dĂ©liquescent de leur faciès. A cet Ă©gard, la première sĂ©quence illustrant l'agression d'un prisonnier auprès de l'Ă©pouse du mĂ©decin demeure percutante Ă  travers son effet de surprise improvisĂ© et pour l'aspect morbide de l'assaillant rĂ©duit Ă  la dĂ©chĂ©ance humaine. 


SĂ©rie B charnelle puisque illustrant avec soin formel, sincĂ©ritĂ© et modestie une horreur glauque particulièrement rĂ©aliste, Mansion of the Doomed  vaut largement le dĂ©tour pour l'aspect poisseux de son huis-clos Ă©touffant oĂą des freaks rĂ©duits Ă  la cĂ©citĂ© tentent d'y survivre avec une expressivitĂ© Ă  la fois aliĂ©nĂ©e et dĂ©sespĂ©rĂ©e. Une perle horrifique au demeurant, Ă  (re)dĂ©couvrir d'urgence !

*Bruno
13.03.25. 2èx. Vost

Remerciement Ă  l'Univers Fantastique de la Science-Fiction

Ci-dessous, une autre critique favorable: http://jeanmarcmicciche.blogspot.fr/2014/09/mansion-of-doomed-prix-dinterpretation.html

vendredi 26 septembre 2014

Cabin Fever

                                                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site vertigofilms.es

d'Eli Roth. 2002. U.S.A. 1h38 (Director's Cut). Avec Rider Strong, James DeBello, Jordan Ladd, Cerina Vincent, Joey Kern, Giuseppe Andrews.

Sortie salles France: 25 Août 2004. U.S: 14 Septembre 2002

FILMOGRAPHIE: Eli Roth est un réalisateur américain, né le 18 Avril 1972 à Boston.
2002: Cabin Fever. 2006: Hostel. 2007: Thanksgiving (faux trailer). 2007: Hostel 2. 2009: Nation's Pride - Stolz der Nation (trailer). 2013: The Green Inferno.


Premier essai derrière la camĂ©ra d'Eli Roth, Cabin fever est un hommage aux sĂ©ries B gores inspirĂ© ici d'une maladie que le rĂ©alisateur eut lui mĂŞme traitĂ©. Le Psoriasis (Ă©galement prĂ©nommĂ© "gale" par nos ancĂŞtres) Ă©tant une maladie de la peau se caractĂ©risant par, je cite: "des lĂ©sions rouges et squameuses du cuir chevelu, des genoux et des coudes, associĂ©s Ă  une atteinte des ongles". Dans certains cas, il peut Ă©galement atteindre les articulations du malade. Cette pathologie d'origine inconnue ne s'avère pas contagieuse et il n'existe Ă  ce jour aucun traitement pour en guĂ©rir bien qu'un palliatif permet d'en rĂ©guler son Ă©volution. C'est donc Ă  partir de cette affection dermatologique qu'Eli Roth bâti son intrigue et y exploite l'outrance Ă  renfort de visions horrifiantes de corps estropiĂ©s rongĂ©s de l'intĂ©rieur. Le pitch reprend le canevas traditionnel de jeunes teenagers partis rejoindre une cabane de location au milieu d'un bois. Un soir, ils sont importunĂ©s par un vagabond atteint d'une Ă©trange fièvre leur suppliant de lui porter assistance. Seulement l'inconnu est dans un Ă©tat physique si repoussant qu'ils dĂ©cident de s'en dĂ©barrasser. Trop tard, l'infection s'est dĂ©jĂ  infiltrĂ©e parmi eux et chacun leur tour ils vont sombrer dans une dĂ©chĂ©ance physique moribonde. 


Endossé par des comédiens juvéniles de seconde zone, Cabin fever souffre inévitablement d'une psychologie rudimentaire à travers leurs comportements aussi crétins qu'irresponsables. Là où le bas blesse un peu c'est qu'un manque d'empathie s'y fait parfois ressentir dans leur situation de détresse et d'impuissance face au danger infectieux. Qui plus est, la première partie laborieuse prend son temps à planter l'intrigue dans leur flânerie imposée, tel ce feux de camp qu'ils s'improvisent autour de marshmallow parmi un invité surprise, ou encore cette chasse à l'écureuil, quand bien même la caricature assénée à certains d'entre eux finit par agacer ! Je songe principalement au blagueur potache ne pouvant s'empêcher de se comporter tel un pitre écervelé dans ses défis inconscients. C'est donc à mi-parcours qu'Eli Roth embraye l'action à dose de péripéties et rebondissements sanglants où nos héros vont devoir communément mesurer leur courage et leur loyauté pour tenter de survivre mais aussi invoquer de l'aide. Pour renforcer le caractère alarmiste de leur détresse, un groupe de rednecks revanchards a également décidé de leur faire la peau depuis la disparition de leur confrère (la première victime qui était intervenue chez nos teenagers). Efficacement troussées car menées sur un rythme alerte, ses incidents s'enchaînent de manière métronome en insistant en intermittence sur les visions abominables de corps infectées par le virus, et ce en dépit de la clarté d'un gore trop imberbe si j'ose dire lors de certaines scènes chocs largement perfectibles. Alors que vers d'autres séquences autrement réalistes, Eli Roth se prend un plaisir sardonique à exacerber l'horreur viscérale lorsque la peau et la chair des souffre-douleurs laisse entrevoir des plaies déchiquetées (d'un rouge beaucoup trop clair une fois de plus !)


Produit d'exploitation destinĂ© avant tout aux ados, Cabin Fever fonctionne assez efficacement dans sa seconde partie fertile en poursuites, rixes sanglantes et visions horrifiques de corps mutilĂ©s. Si la sympathie l'emporte finalement, notamment auprès de son attachant 1er acte quant Ă  la complicitĂ© amicale des teenagers, il ne laisse pas non plus un souvenir impĂ©rissable en dĂ©pit de l'Ă©vidente bonne volontĂ© du rĂ©alisateur d'alterner humour noir et horreur trash dans un esprit dĂ©complexĂ© Ă©maillĂ© de blagues potaches. 

* Bruno
12.03.11
26.09.14
21.10.22. 4èx


jeudi 25 septembre 2014

MAPS TO THE STARS. Prix d'Interprétation Féminine, Julianne Moore, Cannes 2014

                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinecomca.com

de David Cronenberg. 2014. Canada/U.S.A/Allemagne/France. 1h51. Avec Julianne Moore, Mia Wasikowska, John Cusack, Robert Pattinson, Olivia Williams, Sarah Gadon, Evan Bird.

Sortie salles France: 21 Mai 2014

Récompense: Prix d'Interprétation Féminine pour Julianne Moore au Festival de Cannes, 2014.

FILMOGRAPHIE: David Cronenberg est un rĂ©alisateur canadien, nĂ© le 15 mars 1943 Ă  Toronto (Canada). 1969: Stereo. 1970: Crimes of the Future. 1975: Frissons. 1977: Rage,1979: Fast Company. 1979: Chromosome 3. 1981: Scanners. 1982: Videodrome. 1983: Dead Zone. 1986: La Mouche. 1988: Faux-semblants. 1991: Le Festin nu. 1993: M. Butterfly. 1996: Crash. 1999: eXistenz. 2002: Spider. 2005 : A History of Violence. 2007: Les Promesses de l'ombre. 2011: A Dangerous Method. 2012: Cosmopolis. 2014: Maps to the Stars.


Après deux oeuvres auteurisantes plutĂ´t discutables, David Cronenberg nous revient en grande pompe avec cette satire corrosive sur l'envers d'Hollywood, peinture acide du star-system auquel une poignĂ©e d'engeances vont se soumettre Ă  leurs pires nĂ©vroses. Toxicomanie, inceste, perversion et folie font parti du trouble quotidien des Weiss, compromis par ailleurs par un secret de famille inavouable. 


Alors que leur fils de 13 ans tente vainement de se rĂ©approprier un rĂ´le important dans une suite Ă  succès, sa soeur Agatha refait surface après son internement en psychiatrie, faute d'une pathologie pyromane. Eprise d'affection pour un chauffeur de limousine en quĂŞte de cĂ©lĂ©britĂ©, elle rĂ©ussit Ă  rapprocher Havana Segrand pour obtenir un emploi d'assistante. Cette actrice sur le dĂ©clin hantĂ©e par la mort de sa mère, ancienne gloire du grand Ă©cran, postule pour un premier rĂ´le afin de la concurrencer. Tous ces personnages insidieux habitĂ©s par la cupiditĂ© et la mĂ©galomanie vont se croiser et se frĂ©quenter jusqu'Ă  ce que leurs dĂ©mons ne les convergent au point de non-retour. Baignant dans l'ironie caustique de leur comportement dĂ©bauchĂ© oĂą luxure, drogue, aliĂ©nation et inceste les plongent dans une perpĂ©tuelle paranoĂŻa, Maps to the Stars s'Ă©difie en farce d'un mauvais goĂ»t aussi assumĂ© que dĂ©lectable. Dans la caricature vĂ©reuse assĂ©nĂ©e aux stars d'Hollywood rendues capricieuses de leur richesse et leur assistanat mais toujours plus fĂ©rues de renommĂ©e. En alchimiste du malaise, David Cronenberg renoue avec les climats Ă©thĂ©rĂ©s de certaines de ses oeuvres pour distiller au compte-goutte un sentiment de gĂŞne qui ira crescendo au fil de la descente psychotique de certains personnages. Illustrant Ă©galement l'artifice de soirĂ©es branchĂ©es oĂą l'on cause de projets infructueux, de sexe et scatologie avec un langage trivial, les personnages se complaisent dans l'outrance afin de pallier leur impitoyable solitude. La peur de l'Ă©chec, de devenir un Has-been du jour au lendemain les poussent Ă©galement Ă  raviver leur dĂ©mon intĂ©rieur dans leur condition d'enfants capricieux coexistants dans l'illusion. 


Affreux, sales et méchants !
A travers sa galerie pathĂ©tique de monstres issus de l'industrie d'Hollywood, David Cronenberg lève le voile sur la gangrène de la cĂ©lĂ©britĂ© avec un humour au vitriol profondĂ©ment dĂ©rangeant. Son climat de malaise reptilien gravitant progressivement autour des personnages au fil de leur cheminement nĂ©vrotique. Outre l'utilisation subtile d'une bande-son envoĂ»tante et la qualitĂ© indiscutable de l'interprĂ©tation extravagante, on retiendra surtout la performance viscĂ©rale de Julianne Moore dans un rĂ´le Ă©quivoque d'actrice hantĂ©e par l'inceste et l'anonymat. Une oeuvre aussi vĂ©nĂ©neuse et malsaine que le poison de la popularitĂ©.

Dédicace à Daniel Aprin
Bruno Matéï


mercredi 24 septembre 2014

Le Fantôme de l'Opéra / The Phantom of the Opera

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site www31horrorscom.blogspot.com

de Terence Fisher. 1962. Angleterre. 1h24. Avec Herbert Lom, Heather Sears, Edward de Souza, Michael Gough, Thorley Walters, Ian Wilson.

Sortie salles France: 23 Février 1963. U.S: 15 Août 1962. Angleterre: 25 Juin 1962

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Terence Fisher est un rĂ©alisateur britannique nĂ© le 23 fĂ©vrier 1904 Ă  Londres (Maida Vale), et dĂ©cĂ©dĂ© le 18 juin 1980 dans la mĂŞme ville. 1957 : Frankenstein s'est Ă©chappĂ©, 1958 : Le Cauchemar de Dracula , 1958 : La Revanche de Frankenstein , 1959 : Le Chien des Baskerville , 1959 : L'Homme qui trompait la mort , 1959 : La MalĂ©diction des pharaons, 1960 : Le Serment de Robin des Bois , 1960 : Les Étrangleurs de Bombay, 1960 : Les MaĂ®tresses de Dracula, 1960 : Les Deux Visages de Docteur Jekyll , 1961 : La Nuit du loup-garou, 1962 : Le FantĂ´me de l'OpĂ©ra , 1962 : Sherlock Holmes et le collier de la mort, 1963 : The Horror of It All, 1964 : La Gorgone , 1965 : The Earth Dies Screaming, 1966 : L'ĂŽle de la terreur , 1966 : Dracula, prince des tĂ©nèbres , 1967 : La Nuit de la grande chaleur , 1967 : Frankenstein crĂ©a la femme, 1968 : Les Vierges de Satan, 1969: Le Retour de Frankenstein, 1974 : Frankenstein et le monstre de l'enfer.


"A l'instar de la personnalité torturée du fantôme, une oeuvre personnelle à la fois maudite et mal aimée, à réhabiliter."
Echec commercial lors de sa sortie, le FantĂ´me de l'opĂ©ra dĂ©routa sans doute le spectateur pour son climat austère particulièrement dĂ©routant il faut avouer. En prime, Terence Fisher adapte le roman de Gaston Leroux de manière personnelle si bien que la romance impartie entre le fantĂ´me et la cantatrice est ici occultĂ©e au profit d'une vengeance latente. Ce parti-pris anticonformiste frustra sans doute une majoritĂ© du public qui s'attendait Ă  une reprĂ©sentation fidèle du bouquin. Or, sous la houlette d'un maĂ®tre du Fantastique, le FantĂ´me de l'OpĂ©ra s'avère toutefois une grande tragĂ©die sur la passion artistique, en l'occurrence celle de l'opĂ©ra et de sa composition musicale que le professeur Petrie eut studieusement Ă©crit 10 ans durant. Car incitĂ© Ă  vendre sa crĂ©ation auprès d'un directeur d'opĂ©ra mĂ©galo, il se fera usurper son travail d'une frauduleuse signature. Fou de colère, Petrie s'empresse alors de brĂ»ler les publications de son texte dans l'atelier d'imprimerie mais se brĂ»le gravement le visage avec de l'acide nitrique. Par chance, il rĂ©ussit Ă  plonger dans un fleuve pour y rejoindre les Ă©gouts avec l'aide d'un vagabond. DĂ©libĂ©rĂ© Ă  accomplir sa vengeance auprès du directeur mais aussi Ă  parfaire son numĂ©ro d'opĂ©ra, il hante les loges administratives afin d'y sĂ©lectionner sa cantatrice ayant l'opportunitĂ© de chantonner son texte. 


Ainsi, sous couvert de climat fantastique oĂą plane l'ombre d'un fantĂ´me au coeur d'un amphithéâtre, Terence Fisher suggère d'abord sa prĂ©sence par des chuchotements qu'il souffle derrière les loges des cantatrices. Une manière anxiogène d'imposer son autoritĂ© uniquement motivĂ©e par le choix d'une artiste mais aussi par le besoin de vengeance et de reconnaissance. L'incarnation fantaisiste du fantĂ´me n'est donc ici qu'une allĂ©gorie car elle se rapproche explicitement du monstre difforme dont le visage est ici protĂ©gĂ© d'un masque. Par ailleurs, la densitĂ© du rĂ©cit Ă©mane de son esprit torturĂ© en mal de notoriĂ©tĂ©, ses ambitions artistiques n'ayant jamais pu ĂŞtre reconnues auprès du public. Ce sentiment d'impuissance et d'injustice atteindra son apogĂ©e lorsque Fisher nous relate par le biais du flash-back la transaction artistique de Petrie avec Ambrose et les consĂ©quences dĂ©sastreuses qui s'ensuivront passĂ©e la trahison. Au niveau des rapports intimes du fantĂ´me et de la cantatrice confinĂ©s dans le sous-sol des Ă©gouts, on est Ă©galement surpris de sa cruautĂ© autoritaire puisque n'hĂ©sitant pas Ă  gifler sa muse Ă  plusieurs reprises afin de la forcer Ă  peaufiner sa voix. Or, avec l'indulgence de cette dernière et celui du producteur d'opĂ©ra ayant finalement dĂ©couvert sa planque, le fantĂ´me rĂ©ussira Ă  exaucer son rĂŞve pour dĂ©couvrir en tant que "spectateur" sa reprĂ©sentation lyrique d'une pièce de Jeanne d'Arc ! Une mise en abĂ®me, un final emphatique enfin Ă©motif, tant par l'intensitĂ© du numĂ©ro musical chantonnĂ© par la cantatrice que par le tĂ©moignage poignant du fantĂ´me, garant privilège de son ultime chef-d'oeuvre, quand bien mĂŞme son sacrifice fera Ă©cho d'une rĂ©demption.


DĂ©routant par son climat sĂ©vère et son rythme langoureux mais transcendĂ© par la force du rĂ©cit et la conviction des comĂ©diens (Michael Gough excelle dans son personnage dĂ©testable de Lord Ă©gotiste, Herbert Lom exprime une Ă©motion subtile sous son masque plâtreux et la jeune Heather Sears Ă©tonne dans sa discrĂ©tion naturelle !), Le FantĂ´me de l'OpĂ©ra s'avère peut-ĂŞtre la plus baroque des transpositions pour mettre en appui l'amour de l'art plutĂ´t que la romance des coeurs. En rĂ©sulte une production Hammer inhabituelle sollicitant une certaine exigence de la part du public de par son aspect hĂ©tĂ©rodoxe, son refus de facilitĂ©, de fioriture, d'intensitĂ© romantique. D'oĂą ce manque d'Ă©motions et d'une certaine vigueur le long du rĂ©cit, et c'est un brin dommage car le chef-d'oeuvre fut Ă  deux doigts de se concrĂ©tiser.  

*Bruno
19.02.25. 4èx. Vost
13.10.23. 

mardi 23 septembre 2014

Retour vers le Futur 3 / Back to the Future Part III

                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site craftbeertasters.wordpress.com

de Robert Zemeckis. 1990. U.S.A. 1h58. Avec Michael J. Fox, Christopher Lloyd, Mary Steenburgen, Thomas F. Wilson, Lea Thompson, James Tolkan, Elisabeth Shue.

Sortie salles France: 18 Juillet 1990. U.S: 25 Mai 1990

FILMOGRAPHIE: Robert Zemeckis est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 14 Mai 1951 Ă  Chicago (Illinois). 1978: Crazy Day. 1980: La grosse Magouille. 1984: A la Poursuite du diamant vert.1985: Retour vers le Futur. 1988: Qui veut la peau de Roger Rabbit. 1989: Retour vers le Futur 2. 1990: Retour vers le Futur 3. 1992: La Mort vous va si bien. 1994: Forrest Gump. 1997: Contact. 2000: Apparences. 2000: Seul au monde. 2004: Le PĂ´le Express. 2007: La LĂ©gende de Beowulf. 2009: Le DrĂ´le de NoĂ«l de Mr Scrooge. 2013: Flight.


RĂ©alisĂ© dans la foulĂ©e du prĂ©cĂ©dent volet, Retour vers le Futur 3 renoue Ă©tonnamment avec les grands espaces de l'ouest amĂ©ricain lorsque Marty et Doc se retrouvent cette fois-ci projetĂ©s Ă  l'Ă©poque du XIXè siècle. Mais souvenez vous un peu ! Après que la foudre frappa la voiture Ă  explorer le temps, Doc s'Ă©tait retrouvĂ© propulsĂ© en 1885. DĂ©libĂ©rĂ© Ă  le ramener en 1985, Marty, toujours coincĂ© en 1955, proposait au double de Doc d'emprunter sa voiture pour retourner dans le passĂ© afin de rĂ©cupĂ©rer son ami. Mais avant d'engager son nouveau pĂ©riple et pour corser l'affaire, une pierre tombale indiquait que Doc sera assassinĂ© par le bandit "Molosse" Tannen (un ancĂŞtre de Biff Tannen) avant le 27 Octobre 1885. Ainsi, afin d'accĂ©der au futur de 1985 et d'empĂŞcher l'assassinat, une nouvelle course contre la montre est empruntĂ©e par nos acolytes, quand bien mĂŞme une fuite de carburant de leur vĂ©hicule va les contraindre d'Ă©laborer une stratĂ©gie de recours avec l'intervention d'une locomotive Ă  vapeur ! Dernier volet d'une trilogie au succès tant mĂ©ritĂ©, Retour vers le Futur 3 ne change pas la recette infaillible humour/action dans cette nouvelle aventure bondissante aussi homĂ©rique que pittoresque. BourrĂ© de clins d'oeil et d'hommages appuyĂ©s aux classiques du genre, le dĂ©paysement est rendu encore plus extravagant auprès du genre du Western semi-parodique. 


Un concept toutefois allouĂ© Ă  l'acteur Michael J. Fox lorsque le cinĂ©aste lui suggĂ©ra dans quelle Ă©poque il aimerait situer l'action afin d'y clĂ´turer son dernier chapitre ! Toujours aussi tĂ©mĂ©raires et pleins d'enthousiasme, nos deux hĂ©ros vont une nouvelle fois redoubler de bravoure et d'inventivitĂ© pour s'extraire de leur Ă©poque Ă  l'aide d'une locomotive customisĂ©e tout en dĂ©jouant le dĂ©fi de leur ennemi intarissable, Biff Tannen ! Enfin plutĂ´t un ancĂŞtre tout aussi couard, irascible et teigneux puisque dĂ©libĂ©rĂ© Ă  provoquer en duel le jeune McFly. La encore, l'acteur Thomas F. Wilson crève l'Ă©cran dans son rĂ´le sardonique de gangster inculte habitĂ© par l'orgueil d'une soif de vaincre. SurnommĂ© en l'occurrence Clint Eastwood, (nom empruntĂ© Ă  son hĂ©ros prĂ©fĂ©rĂ© de westerns), Michael J. Fox jubile Ă  l'idĂ©e de se fondre dans la peau d'un petit cow-boy toujours aussi finaud pour battre la lâchetĂ© de "Molosse". Quand au Doc, il est cette fois-ci frappĂ© par Cupidon depuis sa romance abordĂ©e avec la belle Clara, institutrice Ă©trangère qu'il sauva d'un accident mortel de chariot bâchĂ©. Et pour parachever de manière aussi effrĂ©nĂ©e que pĂ©rilleuse, Robert Zemeckis clĂ´t l'aventure avec une Ă©chappĂ©e en voiture propulsĂ©e par une locomotive que nos hĂ©ros achemineront Ă  destination d'un pont pour traverser le temps ! Une scène d'anthologie remarquablement virtuose dans sa gĂ©omĂ©trie du montage cumulant incidents alĂ©atoires lorsque nos hĂ©ros tentent pĂ©niblement d'embarquer dans leur vĂ©hicule lancĂ© Ă  plus de 80 miles !


DrĂ´le, spectaculaire et attendrissant, Retour vers le Futur 3 ne déçoit pas mĂŞme si le concept spatio-temporel semble avoir utilisĂ© toutes ses ressources. MenĂ© sans rĂ©pit avec l'aimable spontanĂ©itĂ© de comĂ©diens intarissables et rythmĂ© du score formidablement Ă©pique d'Alan Silvestri, la trilogie s'achève avec le pincement au coeur de quitter nos hĂ©ros iconiques de notre adolescence. Une offrande miraculeuse que le maĂ®tre du divertissement, Robert Zemeckis, aura immortalisĂ© de son empreinte alchimique ! 

Bruno Matéï
3èx

La critique de Retour vers le Futur: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/09/retour-vers-le-futur-back-to-futur.html
La critique de Retour vers le Futur 2: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/09/retour-vers-le-futur-2-back-to-

lundi 22 septembre 2014

LES POINGS CONTRE LES MURS (Starred Up). Prix du Jury, Prix d'Interprétation (Jack O'Connell) au Festival des Arcs, 2013.

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bandeannonce.le-bouzin.com

de David McKenzzie. Angleterre. 2013. 1h45. Avec Rupert Friend, Jack O'Connell, Ben Mendelsohn, Sam Spruell.

Sortie salles France: 4 Juin 2014. Angleterre: 21 Mars 2014

Récompenses: Prix du Jury, Prix d'Interprétation Masculine pour Jack O'Connell au Festival de cinéma européen des Arcs, 2013.
Meilleur Acteur de second-rĂ´le pour Ben Mendelsohn au British Independent Film Award, 2013.
Meilleur Acteur pour Jack O'Connell au Festival du film de Dublin, 2014.

FILMOGRAPHIE: David McKenzzie est un réalisateur anglais, né le 10 Mai 1966 à Corbridge.
2002: The Last Great Wilderness. 2003: Young Adam. 2005: Asylum. 2008: My name is Hallam. 2009: Toy Boy. 2010: Perfect Sense. 2011: Rock'n'Love. 2014: Les Poings contre les murs.


Drame carcĂ©ral d'un rĂ©alisme saisissant dans son univers de claustration dĂ©peint, Les Poings contre les murs relate la difficile insertion d'un mineur au sein d'une prison pour adultes, au moment mĂŞme oĂą il retrouve son père après de longues annĂ©es, patriarche aujourd'hui renommĂ© auprès d'une organisation mafieuse ! Film choc d'une intensitĂ© nĂ©vralgique dans le parcours du hĂ©ros confrontĂ© Ă  ses pulsions de haine mais secondĂ© par l'humanisme d'un thĂ©rapeute, les Poings contre les murs se rĂ©approprie du film de prison avec l'efficacitĂ© d'un script intelligent. Son intĂ©rĂŞt rĂ©sidant Ă©galement dans les relations de discorde qu'Eric entretient avec son paternel, Neville.


Car pour tenir lieu de leur fierté et aussi pour réfuter la responsabilité de leur échec commun, ils n'auront de cesse de se provoquer et se rejeter la faute avec machisme obstiné. Durant leur cheminement indécis où les épreuves de force ne cessent de les interposer, le cinéaste extériorise également les sentiments de compassion et de tendresse lorsque père et fils sont contraints de s'entraider pour éviter un sort tragique. Frénétique dans les violentes altercations qu'Eric doit déjouer et endurer avec ses rivaux, et pondéré dans les séances de thérapie qu'il tente d'apprivoiser, le film ne cesse de télescoper fureur et accalmie autour de ce personnage en apprentissage. Par l'entremise d'un enseignant lui inculquant le self-control dans cet univers malsain où la violence ne cesse de les opposer à leur instinct primitif. Au centre de ces conflits hargneux, le réalisateur en profite pour dénoncer la corruption carcérale du point de vue de ceux qui la dirige lorsque matons et directeur se compromettent au crime organisé avec certains détenus afin de maquiller un suicide ! Si Les Poings contre les murs véhicule une intense émotion auprès des personnages d'Eric et de Neville, il le doit beaucoup à la décence des interprètes. Littéralement habité par la rage de vaincre, Jack O'Connell trouve le ton juste et la carrure à adopter pour endosser le rôle d'un adolescent stoïque, un écorché vif suicidaire mais peu à peu engagé dans la prudence. Pourvu d'un visage buriné par son passé criminel, Ben Mendelsohn caractérise le paternel en échec parental toujours plus hanté par sa défaite et ses remords avant la rédemption du baroud-d'honneur !


"L'enfer véritable, c'est de cesser d'aimer. Cet état d'enfermement et de solitude correspond à une aliénation profonde de l'identité humaine. L'existence entière devient une prison qui empêche toute relation vraie avec les êtres les plus proches."
Ultra violent dans les corps-à-corps impitoyables et habité par la frénésie d'un délinquant juvénile en initiation, Les Poings contre les Murs dénonce intelligemment la corruption carcérale, la haine que peut extérioriser l'enfermement et la difficile réinsertion qui s'ensuit auprès des détenus livrés à eux-mêmes. A travers le pénible parcours d'Eric et Neville, c'est également une affaire familiale qui nous est contée avec tendresse et dignité humaine. En saluant l'habileté de sa mise en scène autonome et les compositions viscérales de deux pointures viriles: Jack O'Connell et Ben Mendelsohn

Bruno Matéï

vendredi 19 septembre 2014

Mais... Qu'avez-vous fait Ă  Solange ? / Cosa avete fatto a Solange ?

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemapassion.com

de Massimo Dallamano. 1972. Italie. 1h46 (version intĂ©grale). Avec Fabio Testi, Cristina Galbo, Karin Baal, Joachim Fuchsberger, GĂĽnther Stoll, Claudia Butenuth, Camille Keaton. 

Sortie salles France: 1er Mars 1973 (Int - 18 ans). Italie: 23 Mars 1972.

FILMOGRAPHIE: Massimo Dallamano est un réalisateur et directeur de la photo Italien, ex-assistant de Sergio Leone, né le 17 avril 1917, mort le 4 novembre 1976 des suites d'un accident de voiture.
1969: La Vénus en Fourrure, 1972: Mais qu'avez-vous fait à Solange ? 1973: Piège pour un tueur, 1974, Innocence et désir, La Lame Infernale, 1975: Emilie, l'enfant des Ténèbres, 1976: Section de choc


Avertissement ! Il est préférable de lire cette chronique après avoir vu le film, son thème central étant un indice capital pour la révélation de l'intrigue !

Pour son second long-mĂ©trage, Massimo Dallamano frappe un grand coup dans le paysage du Giallo avec l'un de ses titres les plus emblĂ©matiques: Mais... qu'avez-vous fait Ă  Solange ? RĂ©alisĂ© Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 70, le film ose aborder le tabou de l'avortement sous couvert d'un thriller aussi vĂ©nĂ©neux que pervers. Le pitch annonce dĂ©jĂ  la couleur d'une infidĂ©litĂ© transgressive lorsqu'un professeur renommĂ©, Enrico Rosseni (Fabio Testi, tout en Ă©lĂ©gance virile !), entame depuis quelques temps une liaison  extraconjugale avec l'une des Ă©lèves mineures de son Ă©cole catholique. Par un idyllique dimanche après-midi, alors que le couple roucoule dans la campagne, sa compagne est tĂ©moin d'un meurtre crapuleux. Celui d'une Ă©tudiante assassinĂ©e d'un coup de couteau dans le vagin. Quelques jours plus tard, par l'entremise de ses cauchemars, elle rĂ©ussit Ă  distinguer l'apparence peu commune du tueur dans une soutane de curĂ©. Alors qu'un autre crime vient d'ĂŞtre perpĂ©trĂ©, Enrico dĂ©cide de mener seul son enquĂŞte. Mais les accusations se portent rapidement contre lui depuis qu'il a Ă©garĂ© un stylo sur les lieux du premier homicide. Thriller sĂ©minal comme seuls les italiens ont le secret, Mais qu'avez-vous fait Ă  Solange ? joue la carte du suspense et du mystère avec une efficacitĂ© implacable !


De par sa construction affĂ»tĂ©e alternant meurtres sordides (dont une impressionnante noyade dans une baignoire filmĂ©e en camĂ©ra subjective) et Ă©rotisme naturaliste (une assemblĂ©e de filles dĂ©voilent leur nuditĂ© sous la douche de l'Ă©cole quand bien mĂŞme un voyeur est entrain de les zyeuter !) avec une efficacitĂ© mĂ©tronome. Outre l'aspect captivant d'une enquĂŞte minutieusement menĂ©e par notre hĂ©ros, l'intĂ©rĂŞt Ă©mane Ă©galement du titre du film en question et de la prĂ©sence Ă©ventuelle de Solange si elle Ă©tait en vie ? Ainsi, en brassant les thèmes du voyeurisme, du viol, de la frustration et de la perversitĂ©, Massimo Dallamano traite de l'Ă©mancipation sexuelle du point de vue de jeunes Ă©tudiantes au sein d'un institut catholique, alors qu'un enseignant infidèle se permet de courtiser avec l'une d'elles. Faute d'une doctrine puritaine inscrite dans l'abstinence, certaines auront donc dĂ©cidĂ© de former une communautĂ© secrète afin de s'Ă©panouir dans les bras des garçons Ă  la sortie des cours. Si le film distille un parfum malsain plutĂ´t dĂ©rangeant, c'est dans la culpabilitĂ© effrontĂ©e des ces lycĂ©ennes se livrant sans tabous Ă  diverses expĂ©riences sexuelles (lesbianisme, orgie, etc...). Quand bien mĂŞme l'ombre d'un tueur les traque sans relâche en les purifiant d'une lame de couteau dans l'entrecuisse. EmaillĂ© de fausses pistes, d'indices scrupuleux (comme celui de la virginitĂ© d'Elisabeth ou des tĂŞtes d'Ă©pingles que certaines filles prĂ©servent) et de personnages interlopes, le film consolide au final une sordide histoire de traumatisme imparti Ă  l'avortement. Bien que l'on devine facilement l'identitĂ© du tueur lors de sa dernière partie, le suspense exponentiel poursuit sa trajectoire lorsqu'il s'agit de lever le voile sur le douloureux passĂ© de Solange mais aussi d'en expliquer les raisons vindicatives du coupable. 


BercĂ© par la musique timorĂ©e d'Ennio Morricone et mis en scène avec un soin esthĂ©tique Ă©purĂ© comme de coutume chez nos cinĂ©astes transalpins, notamment dans la manière gracile d'y filmer ses sublimes italiennes ou dans son onirisme morbide (le premier homicide se dĂ©voile en plein jour sous un rayon de soleil bucolique !), Mais qu'avez-vous fait Ă  Solange ? dĂ©gage un trouble parfum de soufre et de perversitĂ© face Ă  la responsabilitĂ© d'un catholicisme prĂ©judiciable rĂ©fractaire Ă  l'avortement (en Italie, il ne sera lĂ©galisĂ© qu'Ă  partir de 1978). 

P.S: copie HD splendide chez le Chat qui fume.

*Bruno
4èx

jeudi 18 septembre 2014

THE HOMESMAN

                                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site chronicart.com

de Tommy Lee Jones. 2014. U.S.A. 1h57. Avec Tommy Lee Jones, Hilary Swank, Hailee Steinfeld, William Fichtner, Meryl Streep, David Dencik, James Spader.

Sortie salles France: 18 Mai 2014. U.S: 3 Octobre 2014

FILMOGRAPHIE: Tommy Lee Jones est un réalisateur et acteur américain, né le 15 Septembre 1946 à San Saba, Texas.
1995: les Derniers Pionniers (télé-film). 2011: The Sunset Limited (télé-film). 2005: Trois Enterrements. 2014: The Homesman.


Pour son second long mĂ©trage, Tommy Lee Jones rempile avec le western iconoclaste au ton encore plus acide et dĂ©senchantĂ© que son prĂ©cĂ©dent coup de maĂ®tre, 3 Enterrements. En 1854, Mary Bee Cudy, jeune femme esseulĂ©e en quĂŞte amoureuse, se porte volontaire pour escorter trois Ă©pouses atteintes de folie vers une paroisse . Sur son chemin, elle fait l'Ă©trange rencontre d'un marginal sur le point d'ĂŞtre pendu mais dĂ©cide de le sauver in extremis. Après leur accord de transaction, ils dĂ©cident d'entreprendre le voyage ensemble. 


Dans la lignĂ©e de Missouri Breaks pour son humour au vitriol, l'esprit dĂ©calĂ© des personnages et le caractère insolite des situations, The Homesman nous relate l'Ă©trange relation amicale d'un couple contradictoire mais dont leur pĂ©riple va les amener Ă  mieux se connaĂ®tre et se considĂ©rer. Avec une subtile provocation, le cinĂ©aste nous dĂ©peint le profil d'une femme courageuse dans sa volontĂ© de rassurer son existence solitaire en prĂŞtant main forte au pasteur du village. DĂ©valorisĂ©e par la population et conspuĂ©e par les hommes pour son physique anodin, Mary se rĂ©signe nĂ©anmoins Ă  devenir utile aux yeux des autres tout en ayant l'espoir prochain de se marier avec le premier venu. Outre sa force de caractère d'escorter dangereusement trois Ă©pouses azimutĂ©es et sa dignitĂ© de ne pas se laisser miner par le dĂ©sespoir, c'est Ă©galement le portrait d'une femme trop fragile que le cinĂ©aste nous suggère Spoiler !!! au moment mĂŞme oĂą un Ă©vènement cinglant chamboulera son compagnon de route fin du Spoiler. EmaillĂ© d'incidents impromptus et de situations pittoresques tournant au vinaigre, Tommy Lee Jones dĂ©concerte le spectateur dans sa structure narrative alĂ©atoire oĂą la plupart des personnages machistes sont influencĂ©s par l'intolĂ©rance, l'individualitĂ© et l'Ă©goĂŻsme. Dur et cruel dans son refus de concession pour le cheminement de nos hĂ©ros puis dans leur relation affective qu'ils se partagent difficilement, The Homesman finit subitement par inverser les rĂ´les au moment le plus inopportun. Ce brusque revirement annonce la seconde partie du film pour s'intĂ©resser de plus près Ă  l'introspection de George, anti-hĂ©ros bourru prĂ©alablement cupide mais rattrapĂ© par sa morale et le remord lorsqu'un Ă©vènement tragique le bouleversera Ă  jamais.


Western hétérodoxe n'ayant de cesse de nous dérouter dans sa galerie de personnages mesquins et dans sa progression dramatique intempestive, The Homesman se porte en témoignage pour les laissés pour compte déconsidérés par la société, quand bien même la place de la femme est souvent mise en retrait. Dominé par les prestations poignantes d'Hilary Swank et de Tommy Lee Jones, cette initiation au respect d'autrui bouleverse d'émotion avec une ironie particulièrement cruelle dans les rapports du couple. On en sort donc la gorge nouée jusqu'aux larmes de l'expiation.

Bruno Matéï 

mercredi 17 septembre 2014

Nosferatu, FantĂ´me de la Nuit / Nosferatu: Phantom der Nacht

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site classic-horror.com

de Werner Herzog. 1979. France/Allemagne. 1h47. Avec Klaus Kinski, Isabelle Adjani, Bruno Ganz, Roland Topor, Walter Ladengast, Dan van Husen, Jan Groth, Carsten Bodinus, Martje Grohmann, Rijk de Gooyer.

Sortie salles France: 17 Janvier 1979. Allemagne: Février 1979

FILMOGRAPHIE: Werner Herzog, de son vrai nom Werner Stipetic, est un rĂ©alisateur, acteur et metteur en scène d'opĂ©ra allemand nĂ© le 05.09.42 Ă  Munich (Allemagne). Il est parfois surnommĂ© par certains critiques comme le "cinĂ©aste de l'impossible" en raison de ses tournages risquĂ©s et chaotiques, sans compter sa relation irritable avec son acteur fĂ©tiche Klaus Kinski. 1968: Signes de vie. 1970: Les nains aussi ont commencĂ© petits. 1972: Aguirre, la colère de Dieu. 1974: L'Enigme de Kaspar Hauser. 1976: Coeur de Verre. 1977: La Ballade de Bruno. 1979: Nosferatu, fantĂ´me de la nuit. 1979: Woyzeck. 1982: Fitzcarraldo. 1984: Le Pays oĂą rĂŞvent les fourmis vertes. 1987: Cobra Verde. 1991: Cerro Torre, le cri de la roche. 1992: Leçons de tĂ©nèbre. 2001: Invincible. 2005: The Wild blue Yonder. 2006: Rescue Dawn. 2009: Bad Lieutenant. 2009: Dans l'oeil d'un tueur.


Remake du chef-d'oeuvre muet de Murnau, Nosferatu est la vision toute personnelle d'un autre cinĂ©aste de gĂ©nie, Werner Herzog. PortĂ© par l'interprĂ©tation magnĂ©tique du grand Klaus Kinski, littĂ©ralement pĂ©nĂ©trĂ© par la disgrâce Ă  travers son regard morbide dĂ©semparĂ©, cette nouvelle version impose un regard naturaliste au personnage, le comte Ă©tant ici rongĂ© du spleen d'une existence pauvrement solitaire. 
 
Le pitchAu XIXè siècle, Joanathan Harker se rend dans les Carpathes pour rencontrer Dracula afin de lui faire signer la vente d'une demeure. Mais il est loin de se douter que sous le nom de ce noble comte se cache un misĂ©rable vampire.  
 
D'une beautĂ© plastique fulgurante, autant par ses Ă©clairages expressionnistes qu'auprès de sa photo laiteuse, Nosferatu, FantĂ´me de la nuit est une invitation Ă  l'Ă©vasion, un voyage au bout du crĂ©puscule, une incursion dans l'âme torturĂ©e d'un vampire sclĂ©rosĂ©. Dracula Ă©tant aujourd'hui condamnĂ© Ă  supporter le poids des siècles lors d'une nonchalance aigrie, faute de son isolement dans un château en ruines oĂą les enfants de la nuit (les loups) y implorent son dĂ©sespoir. ImprĂ©gnĂ© de lyrisme par la posture hantĂ©e des personnages dĂ©ambulant tel un rĂŞve, Werner Herzog façonne autour de leur errance un recueil d'images picturales touchĂ©es par la grâce. 


A l'instar de ses chutes d'eau et des montagnes rocailleuses que Jonathan Harker franchit, tel un baroudeur tranquille. Ou de cette plage automnale lorsque Lucy s'y hasarde afin d'y contempler l'horizon. C'est donc l'illustration d'un univers onirique que nous retransmet le cinĂ©aste avant son passage funeste, Nosferatu transmettant la peste du rat sur la population après son pĂ©riple maritime. Avec audace et originalitĂ©, le cinĂ©aste se rĂ©approprie du mythe en remaniant le caractère des personnages iconiques Ă©voluant autour du non-mort. Tant auprès du portrait de Jonathan Harker, victime passive gagnĂ©e par l'amnĂ©sie, de sa fidèle Ă©pouse contrairement motivĂ©e Ă  s'opposer au Mal ou de Van Helsing, chasseur de vampire dĂ©cati dĂ©passĂ© par les Ă©vènements. Outre le soin formel imparti Ă  une mise en scène extrĂŞmement appliquĂ©e, Nosferatu est inĂ©vitablement transcendĂ© du score envoĂ»tant de Popol Vuh et des interprĂ©tations hallucinĂ©es d'Isabelle Adjani et Klaus Kinski. Ce dernier endossant la posture longiligne d'un vampire chafouin minĂ© par sa condition d'immortel. Pourvu d'un regard frigide car obsĂ©dĂ© par la mort et la vue du sang, l'acteur se fond dans son personnage avec une Ă©lĂ©gance somme toute sĂ©pulcrale. Quand Ă  Isabelle Adjani, elle lui partage la vedette avec une grâce autrement tĂ©nue Ă  travers sa beautĂ© opaline, son Ă©motion candide lors de ses expressions apeurĂ©es rattrapĂ©es par l'ambition d'y vaincre le Mal.


Chef-d'oeuvre du film de vampire contemplatif ne ressemblant Ă  nul autre, Nosferatu, FantĂ´me de la nuit s'Ă©difie en odyssĂ©e funeste de par ses thèmes de la nonchalance, de l'Ă©lĂ©gie et du dĂ©sespoir existentiel. Tant auprès de l'ultime pĂ©riple du vampire en perdition, faute de sa condition d'immortel dĂ©chue, que de la nouvelle relève imparti Ă  son supplĂ©ant si bien qu'Herzog privilĂ©gie un parti-pris inopinĂ©ment nihiliste lors de sa conclusion d'un onirisme spatial. Une oeuvre intime picturale donc, chemin de croix inscrit dans la langueur et la nonchalance auprès de ce vampire lĂ©thargique dĂ©nuĂ© de ressort afin d'endiguer sa besogne immortelle. Car au bout de son dĂ©sespoir, il reste peut-ĂŞtre quelque part un espoir sentimental pour le soustraire Ă  l'abime.

*Bruno
 13.08.02. 28.09.10. 17.09.14. 18.03.22. 5èx

mardi 16 septembre 2014

IN FEAR

                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site horror-movies.ca

de Jeremy Lovering. 2013. Angleterre. 1h25. Avec Iain de Caestecker, Alice Englert, Allen Leech.

Sortie salles Angleterre: 16 Novembre 2013

FILMOGRAPHIE:  Jeremy Lovering est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste anglais.
2003: Killing Hitler (Documentaire). 2004: Sex and Lies (tĂ©lĂ©-film). 2008: Le Choix de Jane (tĂ©lĂ©-film).  In Fear


HabituĂ© aux sĂ©ries TV et tĂ©lĂ©-films, Jeremy Lovering passe enfin au long mĂ©trage cinĂ©ma avec In Fear, un film d'angoisse orientĂ© sur le climat d'une forĂŞt crĂ©pusculaire qu'un couple en vĂ©hicule traverse indĂ©finiment. Après s'ĂŞtre Ă©changĂ© quelques mots sur le net, Tom et Lucy se rencontrent et dĂ©cident de rejoindre un festival de musique. Ayant rĂ©servĂ© une chambre d'hĂ´tel, ils doivent emprunter une forĂŞt pour y accĂ©der. Mais leur itinĂ©raire routier les mènent Ă  une destination sans fin. 


A partir d'un pitch intrigant hĂ©ritĂ© d'un Ă©pisode de la 4è Dimension (et dĂ©jĂ  abordĂ© par Richard Marquand lors d'une sĂ©quence-clef de Psychose, phase 3), In Fear tente de distiller suspense et frissons lorsqu'un couple Ă©garĂ© est contraint de tourner en rond au sein d'une vĂ©gĂ©tation hostile. En essayant de jouer avec les nerfs du spectateur, le rĂ©alisateur tisse une Ă©trange intrigue majoritairement bâtie sur l'inquiĂ©tude et l'apprĂ©hension de nos protagonistes. Car sujets Ă  divers incidents inexpliquĂ©s et brimades d'individu(s) planquĂ©(s) dans l'obscuritĂ© d'un bois, Tom et Lucy n'auront de cesse d'expĂ©rimenter leur courage pour affronter la peur de l'inconnu. Qui peut donc en vouloir Ă  ce jeune couple sans histoires, quel est l'intĂ©rĂŞt de les traquer sans rĂ©pit avec une raillerie insolente et pour quelle raison la route empruntĂ©e ne les dirigent qu'Ă  leur point de dĂ©part ? Si la bonne intention du rĂ©alisateur est de privilĂ©gier l'atmosphère opaque d'une scĂ©nographie forestière et la claustration du huis-clos en interne d'une voiture, la redondance de l'intrigue finit par nous lasser, faute de rebondissements quasi inexistants et de personnages Ă  la prestance perfectible. Pourtant, on sent bien une volontĂ© des comĂ©diens d'insuffler de la densitĂ© Ă  leur fonction de victime pourchassĂ©e rapidement dĂ©concertĂ©e par des Ă©vènements nonsensiques. Mais leur comportement apeurĂ© parfois sujet Ă  l'Ă©tat de panique ainsi que leur faible audace Ă  repousser l'antagoniste manquent cruellement de conviction pour nous convaincre de leur calvaire. Si deux, trois sĂ©quences parviennent Ă  nous soutirer un sentiment d'oppression (principalement la première demi-heure jouant habilement de la peur du noir !), le cheminement prosaĂŻque qu'empruntent nos hĂ©ros s'avère d'autant plus rĂ©barbatif que la rĂ©solution de leur harcèlement s'achève en queue de poisson !


A vouloir privilĂ©gier intelligemment la suggestion de l'angoisse et l'atmosphère nocturne d'une forĂŞt propice Ă  l'embrigadement, In Fear se laisse prendre au piège de sa vacuitĂ© narrative, faute d'une intrigue dĂ©cousue rapidement dĂ©nuĂ©e de tension et de personnages ternes dans leur fonction de cobayes asservis.

Bruno Matéï