mardi 30 septembre 2014

L'HORRIBLE DR ORLOF (Gritos en la noche)

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

de Jess Franco. 1962. Espagne. 1h27. Avec Howard Vernon, Conrado San Martin, Diana Lorys, Perla Cristal, Maria Silva, Ricardo Valle, Mara Laso.

Sortie salles France: 1er Octobre 1962. U.S: 7 Octobre 1964. Espagne: 14 Mai 1962

FILMOGRAPHIE: Jess Franco (Jesus Franco Manera) est un rĂ©alisateur espagnol, nĂ© le 12 Mai 1930 Ă  Madrid, dĂ©cĂ©dĂ© le 2 Avril 2013.
1962: L'Horrible Dr orlof.  1962: Le Sadique Baron Von Klaus. 1964: Les MaĂ®tresses du Dr Jekyll. 1966: Le Diabolique Dr Zimmer. 1969: L'Amour dans les prisons des femmes. 1969: Justine ou les infortunes de la vertu. 1970: Les Nuits de Dracula. 1970: Le TrĂ´ne de Feu. 1971: Vampyros Lesbos. 1972: Les ExpĂ©riences Erotiques de Frankenstein. 1972: Dracula prisonnier de Frankenstein. 1972: La Fille de Dracula. 1973: Quartier des Femmes. 1973: Christina chez les Morts-Vivants. 1974: La Comtesse Noire. 1974: EugĂ©nie de Sade. 1976: Jack l'Eventreur. 1980: Terreur Cannibale. 1980: Mondo Cannibale. 1981: Sadomania. 1981: Le Lac des Morts-Vivants (co-rĂ©al). 1982: L'AbĂ®me des Morts-Vivants. 1982: La Chute de la maison Usher. 1988: Les PrĂ©dateurs de la Nuit. 2002: Killer Barbys.


Fer de lance de l'âge d'or du fantastique ibĂ©rique, l'Horrible Dr Orlof est une dĂ©clinaison bisseuse du chef-d'oeuvre de Franju, les Yeux sans Visage. ConsidĂ©rĂ© comme le meilleur film de l'intarissable Jess Franco, l'Horrible Dr Orlof confronte l'hommage direct Ă  la Universal Ă  d'autres rĂ©fĂ©rences un peu plus rĂ©centes (le prĂ©lude semble suggĂ©rer l'ombre de Jack l'Eventreur avec cette prostituĂ©e Ă©mĂ©chĂ©e divaguant dans une sombre ruelle !) sous une mise en forme vulgarisĂ©e d'horreur et d'Ă©rotisme. Soigneusement Ă©clairĂ© dans un joli noir et blanc et renforcĂ© de dĂ©cors gothiques parfois baroques, l'Horrible Dr Orlof possède une patine espagnole aussi particulière que la personnalitĂ© excentrique du cinĂ©aste. Afin de redorer la beautĂ© de sa fille dĂ©figurĂ©e, le Dr Orloff et son domestique Morpho kidnappent des jeunes filles pour expĂ©rimenter des greffes de peau. Grâce aux tĂ©moignages de certains badauds, la police Ă©tablit deux portraits robots des potentiels agresseurs quand bien mĂŞme le collier d'une disparue est retrouvĂ© Ă  proximitĂ© d'une rivière.


Illustrant de manière quelque peu fantasque une horreur sĂ©culaire avec l'esprit dĂ©complexĂ© de gore timorĂ© et de sexe audacieux (de par la gratuitĂ© imposĂ©e aux rares scènes de nuditĂ© !), l'Horrible Dr Orlof baigne dans une ambiance rĂ©tro quasi intemporelle ! Ce sentiment inĂ©dit de participer Ă  une Ă©pouvante versatile est notamment renforcĂ© par les prĂ©sences grand-guignolesques d'Orloff et de son acolyte Morpho ! Howard Vernon endossant la dĂ©froque du chirurgien avec cabotinage d'orgueil et de vanitĂ© tandis que Ricardo Valle adopte le charisme du monstre mutique par le biais d'un regard exorbitĂ©. Franchement impressionnant par sa physionomie difforme balafrĂ©e d'une cicatrice, ce dernier rĂ©ussit Ă  insuffler un climat onirico-macabre particulièrement envoĂ»tant autour de ses interventions. Le caractère naĂŻf de l'entreprise est Ă©galement renforcĂ© par la maladresse des dialogues et de son humour parfois pittoresque (les tĂ©moignages des deux marginaux au poste de police) alors que Jess Franco exploite avec sincĂ©ritĂ© l'illustre trame de Franju dans l'unique but de divertir. La vigueur du rĂ©cit alternant sans temps morts pĂ©ripĂ©ties horrifiques, investigation et stratĂ©gie policière, discorde conjugale (l'Ă©pouse d'Orloff rĂ©pugne de plus en plus son attitude immorale et Ă©gotiste) et intervention chirurgicale Ă©mane autant de l'efficacitĂ© de sa rĂ©alisation techniquement soignĂ©e.


Classique notoire des années 60 annonçant l'émancipation du Fantastique Espagnol en passe de transgresser la violence horrifique, l'Horrible Dr Orlof est autant un délicieux hommage à l'épouvante archaïque qu'une perle bisseuse où l'insolite prime parmi l'exubérance des meurtriers.

Bruno Matéï
3èx

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