vendredi 22 mai 2015

TRAINSPOTTING

                                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site imgkid.com

de Danny Boyle. 1996. Angleterre. 1h34. Avec Ewan McGregor, Ewen Bremner, Jonny Lee Miller, Robert Carlyle, Kevin McKidd, Kelly Macdonald, Peter Mullan, James Cosmo.

Sortie salles France: 19 Juin 1996. Angleterre: 23 Février 1996

FILMOGRAPHIE: Danny Boyle est un réalisateur Britannique, né le 20 Octobre 1946 à Manchester.
1994: Petits Meurtres entre amis. 1996: Trainspotting. 1997: Une Vie moins Ordinaire. 2000: La Plage. 2002: 28 Jours plus tard. 2004: Millions. 2007: Sunshine. 2008: Slumdog Millionaire. 2010: 127 Hours. 2013: Trance. 2015: Steve Jobs.


ComĂ©die caustique au succès international et objet de culte auprès d'une gĂ©nĂ©ration de cinĂ©philes, Trainspotting est la consĂ©cration de Danny Boyle, cinĂ©aste anglais prĂ©alablement rĂ©vĂ©lĂ© avec un petit thriller d'humour noir, Petits meurtres entre amis. Pourvu d'un sens de dĂ©rision dĂ©calĂ© afin de se dĂ©marquer des clichĂ©s concernant le thème Ă©culĂ© de la drogue, Trainspotting parvient Ă  tirer parti de son originalitĂ© par la dĂ©marche dĂ©jantĂ©e de cinq hĂ©roĂŻnomanes condamnĂ©s Ă  s'Ă©pauler et se trahir pour le compte perfide de leur dope. Vivant mutuellement une existence misĂ©reuse dans leur bourgade Ă©cossaise touchĂ©e par la dĂ©pression Ă©conomique, ils passent leur temps Ă  flâner, voler, dealer et se shooter entre deux tentatives de dĂ©crochage que leur leader Mark Renton essaie dĂ©sespĂ©rĂ©ment d'appliquer malgrĂ© l'influence de l'entourage.  


Nanti d'une mise en scène inventive et expĂ©rimentale afin de mieux nous immerger dans les effets dĂ©sirables (orgasme extatique Ă  l'intraveineuse, hallucinations Ă©dĂ©niques) et indĂ©sirables de l'hĂ©roĂŻne (impuissance sexuelle, perte de sens avec la rĂ©alitĂ©, bad-trip, overdose, crise de manque insoutenable), Danny Boyle rĂ©ussit Ă  allier fascination et rĂ©pulsion quant Ă  la perversitĂ© du produit que nos hĂ©ros s'injectent obstinĂ©ment sans prĂŞter attention Ă  la vivacitĂ© du monde extĂ©rieur. A l'instar de la sĂ©quence traumatisante auquel une mère dĂ©foncĂ©e se rend subitement compte que son bĂ©bĂ© est mort de dĂ©nutrition ! Une situation cauchemardesque d'une intensitĂ© dramatique Ă©prouvante, le cinĂ©aste n'hĂ©sitant pas Ă  filmer explicitement le cadavre nĂ©crosĂ© du bambin. Aussi rĂ©aliste que dĂ©calĂ© dans les stratagèmes audacieux que nos junkies se contraignent de pratiquer pour obtenir leur produit, Ă  l'instar de leur transaction pour 2 kilos d'hĂ©roĂŻne, Danny Boyle ne cesse d'enjoliver sa mise en scène Ă  l'aide d'un esthĂ©tisme poĂ©tico-baroque (la fameuse plongĂ©e sous-marine dans la cuvette de toilette insalubre, les hallucinations cauchemardesques de Mark durant son sevrage !). Notamment en jouant avec la saturation / dĂ©saturation de dĂ©cors tantĂ´t psychĂ©dĂ©liques, tantĂ´t glauques au sein du refuge familier des droguĂ©s. Une manière d'Ă©tablir un contraste entre l'illusion de leur bonheur et la rĂ©alitĂ© sordide de leur misĂ©reux quotidien. Si certaines sĂ©quences dĂ©bridĂ©es prĂŞtent Ă  la rigolade dans leur sens du gag vitriolĂ© (le châtiment scatologique invoquĂ© Ă  Spud par sa compagne, le vol de la cassette porno que Mark a Ă©changĂ© chez le domicile de Tommy), d'autres moments exaltent un humour noir assez cru (la disparition d'un de leurs amis mort dans une circonstance aussi sordide que singulière). 


MenĂ© avec entrain par une galerie de junkies dĂ©lurĂ©s plongĂ©s dans l'illusion de la came, Trainspotting parvient Ă  alerter le cercle infernal et dĂ©vastateur de la drogue avec une inventivitĂ© et une dĂ©rision aussi acerbe que grinçante (Ă  l'instar du dĂ©nouement cynique de l'Ă©pilogue inscrit dans la dĂ©sillusion). ScandĂ© par une BO Ă©clectique alternant la pop et la techno Ă  une cadence mĂ©tronomique et dominĂ© par la prestance spontanĂ©e de comĂ©diens au caractère bien trempĂ© (mention particulière Ă  Robert Carlyle en psychopathe avili par son alcoolisme et sa violence convulsive et Ă  la prĂ©sence ambivalente d'Ewan McGregor en junkie intarissable !), Trainspotting continue d'insuffler son emprise de bad-trip par le biais d'un rĂ©alisme dĂ©sincarnĂ© !

Bruno Matéï
4èx

Récompenses:
Prix du meilleur film et du meilleur réalisateur au Festival international du film de Seattle de 1996.
BAFTA Award du meilleur scénario adapté en 1996.
BSFC Award du meilleur film en 1996.
Empire Awards du meilleur film britannique, du meilleur réalisateur britannique, du meilleur acteur britannique (Ewan McGregor) et du meilleur espoir (Ewen Bremner) en 1997.
BAFTA Scotland Awards du meilleur film et du meilleur acteur (Ewan McGregor) en 1997.
Bodil du meilleur film non-américain en 1997.
Lion tchèque du meilleur film étranger en 1997.
Brit Award de la meilleure bande-originale de film en 1997.
London Critics Circle Film Awards du meilleur acteur (Ewan McGregor) et du meilleur producteur en 1997

jeudi 21 mai 2015

Phantasm. Prix Spécial du Jury, Avoriaz 80.

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

de Don Coscarelli. 1979. U.S.A. 1h32. Avec Michael Baldwin, Bill Thornbury, Reggie Bannister, Kathy Lester et Angus Scrimm.

Sortie salles France: 4 Juillet 1979

FILMOGRAPHIE: Don Coscarelli est un scĂ©nariste et rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 17 FĂ©vrier 1954 Ă  Tripoli (Lybie). 1976: Jim the World's Greatest. 1976: Kenny and Compagny. 1979: Phantasm1982: Dar l'invincible. 1988: Phantasm 2. 1989: Survival Quest. 1994: Phantasm 3. 1998: Phantasm 4. 2002: Bubba Ho-tep. 2012: John Dies at the end.

Avant-propos: À chaque visionnage, on a l'impression d'ouvrir une porte différente du même mauvais rêve.

"Don Coscarelli et les clefs d’un autre monde."

Pour son troisième long-métrage, le néophyte Don Coscarelli frappe un grand coup dans le paysage du fantastique avec un film à petit budget, Phantasm, récompensé du Prix spécial du Jury à Avoriaz, puis célébré comme une relique culte dans les vidéo-clubs des années 80.

Difficile Ă  classer, Phantasm est un croisement entre conte horrifique, fantastique et science-fiction - Ă  l’image de son dernier acte dĂ©sincarnĂ© rĂ©vĂ©lant l’origine du Tall Man et de ses esclaves. 

Son succès commercial s’avère tel que quatre suites verront le jour, avec plus ou moins d’inspiration.

Rappel des faits: Un adolescent et son frère aĂ®nĂ© deviennent la cible d’Ă©vĂ©nements Ă©tranges dans le funĂ©rarium de leur contrĂ©e, après la mort brutale d’un ami. Un croque-mort patibulaire, une sphère volante et une horde de nains cadavĂ©riques s’immiscent dans leur quotidien.

Dès le prĂ©ambule, baignĂ© d’une aura trouble, dans la pĂ©nombre d’une nĂ©cropole nocturne, un meurtre Ă  l’arme blanche est perpĂ©trĂ© par une pulpeuse crĂ©ature envoĂ»tĂ©e. Puis viennent Jodie et Mike, deux frères dĂ©jĂ  endeuillĂ©s par la disparition de leurs parents. Tandis que l’aĂ®nĂ© s’Ă©loigne pour conquĂ©rir la mystĂ©rieuse femme, Mike s’insurge Ă  l’idĂ©e d’un nouvel abandon, et le suit Ă  la trace, impertinent et inquiet. C’est après l’enterrement de leur ami Tommy que Mike est tĂ©moin d’un acte impensable : le croque-mort en personne dĂ©robant le cercueil, pour l’enfermer dans le coffre d’un corbillard.

Quand la peur devient passage, et la mort un mystère à apprivoiser.

ÉpaulĂ© d’une partition onirique entĂŞtante dans toutes les mĂ©moires, Don Coscarelli bâtit avec Phantasm un univers macabro-surnaturel, hors des sentiers battus.
Ă€ travers la dĂ©marche quasi-dĂ©tective d’un adolescent rongĂ© par l’angoisse de l’abandon, un monde opaque prend forme - nĂ© de sa jalousie, de sa paranoĂŻa, de son imaginaire dĂ©bordant. Il affronte ses propres dĂ©mons, ses peurs morbides nourries par la tragique disparition de sa famille.
Les vicissitudes baroques qu’il traverse, Coscarelli les matĂ©rialise avec un sens visuel vertigineux et un climat de mystère ensorcelant.
La narration sciemment elliptique, trouble, altère nos repères entre passé et présent, pour mieux nous engloutir dans un dédale cauchemardesque.

Sphère volante foreuse de cerveau, doigt mĂ©tamorphosĂ© en insecte, nains camouflĂ©s, portail dimensionnel vers une planète rouge… Phantasm est un pĂ©riple initiatique vers l’acceptation du deuil, une odyssĂ©e psychique oĂą la morgue devient seuil de l’inconnu. L’inaccessibilitĂ© de l’absolu.
Coscarelli, en pionnier du fantastique contemporain, n’oublie pas l’humour noir, dissĂ©minĂ© dans l’excentricitĂ© de ses crĂ©atures, et mĂŞle au malaise une sensualitĂ© troublante, Ă  hauteur d’ado en Ă©veil sexuel.

Et comment oublier le rictus diabolique d’Angus Scrimm, incarnation inoubliable du Tall Man, figure spectrale du boogeyman, silhouette implacable Ă  la dĂ©marche lente.
Autour de Mike, les seconds rĂ´les touchants gravitent comme des refuges de fortune. Et A. Michael Baldwin incarne, avec un naturel dĂ©sarmant, la fragilitĂ© d’un adolescent contraint de refrĂ©ner sa douleur pour survivre - avec une bravoure nerveuse, fiĂ©vreuse. Il porte Phantasm Ă  bout de bras.                   

Phantasm : Enfance endeuillée, cauchemar éveillé.

Par son pouvoir de fascination, son dĂ©cor de funĂ©railles permanentes, son brassage de genres Ă©clatĂ©s, Phantasm s’Ă©rige en chef-d’Ĺ“uvre du fantastique moderne - un hymne au rĂŞve, Ă  la spiritualitĂ©, Ă  l’apprivoisement de la mort.

La puissance mĂ©taphorique de son scĂ©nario, l’univers onirico-macabre peint avec une crĂ©ativitĂ© organique, sa mĂ©lodie obsĂ©dante et inaltĂ©rable… tout concourt Ă  faire de Phantasm une Ĺ“uvre Ă©ternellement adolescente.

Les amoureux transis de bizarrerie ne se sont jamais remis d’une expĂ©rience aussi irrationnelle - un rite de passage vers l’ombre, pour consentir, Ă  demi, Ă  la fatalitĂ©… ou Ă  l’illusion de l’existence.

*Bruno
06.07.11.  5 (186 vues)
21.05.15. 

16.06.26. 7èx 


POST-SCRIPTUM: La plupart des films sont des objets fixes. Ils ne vieillissent pas, Ils ne changent pas. C'est nous qui changeons. Mais certains très rares films donnent l'impression inverse : ils semblent se transformer, muter à chaque rencontre. Comme si l'œuvre possédait sa propre vie intérieure. Comme si elle se réorganisait en fonction de l'âge, de l'humeur ou des préoccupations du spectateur.

Phantasm fait partie de cette catégorie très fermée car c'est précisément ce que j'ai ressenti hier.
Je n'ai pas revu une 7è fois le même film que lors de mon premier visionnage. Pourtant, les images étaient les mêmes. Les dialogues étaient les mêmes. Les plans étaient les mêmes.

Mais le rĂŞve, lui, Ă©tait diffĂ©rent. 

Anecdotes:

Lorsque Don Coscarelli réalise Phantasm, il n'a que 23 ans. Il est alors l'un des plus jeunes réalisateurs américains à tourner un long métrage distribué nationalement. Son manque de moyens l'oblige à redoubler d'inventivité, ce qui contribue grandement à l'atmosphère onirique du film.

Le légendaire Angus Scrimm était à l'origine journaliste et écrivain. Son apparence naturellement longiligne et sa voix grave impressionnent tellement Coscarelli qu'il lui confie le rôle du Tall Man. Pour accentuer sa stature, il portait parfois des chaussures à semelles compensées.

La fameuse sphère argentée n'était pas un effet spécial sophistiqué. Plusieurs modèles furent construits à la main avec des pièces mécaniques et des éléments de quincaillerie. Les effets de vol furent souvent réalisés avec des câbles invisibles ou des astuces de montage.

Lors des premières projections, la séquence où la sphère traverse le couloir pour se planter dans le visage d'un gardien provoquait régulièrement des cris dans la salle. À l'époque, cet effet était particulièrement choquant et novateur.

Une partie du tournage s'est déroulée dans le véritable mausolée du cimetière de Forest Lawn en Californie. L'ambiance authentique du lieu participe énormément à l'étrangeté du film.

Coscarelli a souvent expliqué qu'il ne voulait pas raconter une histoire parfaitement logique. Il s'inspirait davantage de la structure des cauchemars : des lieux qui changent, des événements qui semblent incohérents et des règles qui se dérobent sans cesse.

C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles Phantasm continue de fasciner près de cinquante ans plus tard : il ne cherche jamais à tout expliquer.
La célèbre Plymouth Barracuda conduite par le personnage de Reggie était en réalité la voiture personnelle de Reggie Bannister. Avec le temps, elle est devenue un élément iconique de la saga.

Le film a coûté environ 300 000 dollars, une somme dérisoire même pour l'époque. Beaucoup de membres de l'équipe occupaient plusieurs fonctions à la fois. Coscarelli lui-même participait à de nombreux aspects techniques du tournage.

Le jeune Michael Baldwin a raconté que certaines scènes avec Angus Scrimm l'impressionnaient réellement. Cette crainte authentique transparaît parfois à l'écran et renforce la crédibilité du personnage.

Le « Boy! » lancĂ© par le Tall Man est devenu l'une des rĂ©pliques les plus cĂ©lèbres du cinĂ©ma fantastique. Angus Scrimm travaillait Ă©normĂ©ment sa diction afin que chaque mot paraisse menaçant et surnaturel.

 

mercredi 20 mai 2015

TRUE ROMANCE

                                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Tony Scott. 1993. U.S.A. 2h00. Avec Christian Slater, Patricia Arquette, Michael Rapaport, Christopher Walken, Dennis Hopper, Saul Rubinek, Bronson Pinchot, Samuel L. Jackson, Gary Oldman, Brad Pitt, Val Kilmer, James Gandolfini, Chris Penn, Tom Sizemore, Michael Beach, Frank Adonis.

Sortie salles France: 3 Novembre 1993. U.S: 10 Septembre 1993

FILMOGRAPHIE: Tony Scott (né le 21 juillet 1944 à Stockton-on-Tees, Royaume-Uni - ) est un réalisateur, producteur, producteur délégué, directeur de la photographie, monteur et acteur britannique. 1983 : Les Prédateurs, 1986 : Top Gun, 1987 : Le Flic de Beverly Hills 2, 1990 : Vengeance,1990 : Jours de tonnerre,1991 : Le Dernier Samaritain,1993 : True Romance, 1995 : USS Alabama,1996 : Le Fan,1998 : Ennemi d'État, 2001 : Spy Game, 2004 : Man on Fire, 2005 : Domino, 2006 : Déjà Vu, 2009 : L'Attaque du métro 123, 2010 : Unstoppable..


Echec commercial lors de sa sortie, True Romance finit nĂ©anmoins par accĂ©der au rang de film-culte chez les cinĂ©philes aguerris d'une ultra-violence aussi corrosive que cartoonesque. ScĂ©narisĂ© par Quentin Tarantino dont on reconnait bien lĂ  la verve de ses dialogues satiriques, True Romance se rapproche plus d'une dĂ©clinaison de Sailor et Lula dans le portrait marginal du couple d'amants et les consĂ©quences de leur corruption, que du mythique Bonnie and Clyde auquel l'affiche française prĂŞtait allusion. Tony Scott ne lĂ©sinant pas sur le caractère sanglant des règlements de compte et passage Ă  tabac (Ă  l'instar du mĂ©morable corps Ă  corps barbare entre Alabama et un tueur misogyne !) dans un esprit sardonique oĂą l'humour noir fait des Ă©tincelles. 


Clarence, vendeur de comics, fan d'Elvis et de films de Kung-Fu, Ă©tablit la rencontre d'une escort-girl, Alabama, en pleine sĂ©ance de cinĂ©ma. EmportĂ©s par le coup de foudre, ils dĂ©cident rapidement de se marier avant que Clarence ne se dĂ©cide d'aller rĂ©cupĂ©rer les affaires de son Ă©pouse chez son ancien mac, Drexl Spivey, et de le supprimer. Après la mortelle altercation, Clarence s'empare par mĂ©garde d'une valise bourrĂ©e de Coke. Sans le sou, le couple dĂ©cide par le biais d'un ami de revendre la drogue auprès d'un producteur d'Hollywood. Jouissif et trĂ©pidant dans son intrigue Ă  revirements, quiproquos et rencontres inopportunes auquel la violence aride Ă©clate de manière brutale, hilarant dans sa galerie fantaisiste de malfrats dĂ©jantĂ©s auquel d'illustres comĂ©diens se prĂŞtent au jeu avec ferveur (mention spĂ©ciale pour le numĂ©ro anthologique que Christopher Walken insuffle dans sa posture parodique de parrain sicilien !), True Romance s'instaure en plaisir de cinĂ©ma malotru. Notamment pour la caricature assignĂ©e aux financiers vĂ©reux d'Hollywood, l'hommage attendrissant invoquĂ© Ă  la Pop-Culture et son goĂ»t pour la farce caustique auquel la fourberie de certains antagonistes dĂ©voile l'envers d'une industrie cinĂ©matographique rongĂ©e par le cynisme et la cupiditĂ©. Par sa facture exotique (le cadre ensoleillĂ© des palmiers de Los Angeles) et le vent de charme et fraĂ®cheur que le couple Christian Slater / Patricia Arquette laisse planer avec fougue passionnelle, True Romance allie tendresse et trĂ©pas dans un cocktail acidulĂ© d'hystĂ©rie collective (fusillade paroxystique Ă  l'appui !). 


Soutenu par la bande-son exaltante d'un Hans Zimmer particulièrement inspirĂ© par les sonoritĂ©s tropicales, True Romance transfigure la romance criminelle par le biais du polar brutal auquel les rĂ©parties inventives et la galerie effrontĂ©e des comĂ©diens participent autant Ă  son attrait de sĂ©duction ! Classique moderne du genre, cette "vraie" romance (adoubĂ©e par Tarantino himself pour l'alternative du happy-end de Scott !) reste aujourd'hui toujours aussi pĂ©tillante et pĂ©taradante ! 

Bruno Matéï
3èx

    mardi 19 mai 2015

    Class 84

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

    Class of 1984 de Mark Lester. 1982. U.S.A. 1h38. Avec Perry King, Merrie Lynn Ross, Timothy Van Patten, Roddy McDowall, Stefan Arngrim, Michael J. Fox, Keith Knight, Lisa Langlois.

    Sortie salles France: 29 Septembre 1982. U.S: 20 AoĂ»t 1982. Interdit au - de 18 ans lors de sa sortie.

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Mark Lester est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né le 26 Novembre 1946 à Cleveland, Ohio. 1971: Twilight of the Mayas. 1973: Steel Arena. 1982: Class 84. 1984: Firestarter. 1985: Commando. 1986: Armé et Dangereux. 1990: Class of 1999. 1991: Dans les Griffes du Dragon Rouge. 1996: Public Ennemies. 2000: Blowback. 2000: Sacrifice (télé-film). 2000: Guilty as Charged (télé-film). 2002: Piège sur Internet. 2003: Trahisons. 2003: Ruée vers la Blanche. 2005: Ptérodactyles.


    L'annĂ©e dernière, dans les collèges amĂ©ricains, 280 000 incidents avec violence ont Ă©tĂ© perpĂ©trĂ©s par des Ă©tudiants Ă  l'encontre de professeurs ou d'Ă©lèves. 
                                                                        Malheureusement... 
                                                Ce film est basĂ© sur des Ă©vènements rĂ©els.
                                                                        Heureusement... 
                                                Très peu d'Ă©coles sont Ă  l'image de "Lincoln High".
                                                                                  ... Pour l'instant.
     
    "Punk's not dead... le prof non plus".
    VoilĂ  ce qu’on pouvait lire en guise d’introduction, juste avant que le gĂ©nĂ©rique n’imprime en gros caractères rouges le logo prĂ©monitoire : Class of 1984. Film culte pour toute une gĂ©nĂ©ration — en tĂ©moigne son gros succès en salles puis en VHS, et ce malgrĂ© son interdiction aux moins de 18 ans — Class of 1984 doit sa rĂ©putation Ă  la frĂ©nĂ©sie de son ultra-violence, que Mark Lester exploite dans le cadre d’une sĂ©rie B pour mieux dĂ©noncer, en filigrane, la flambĂ©e inquiĂ©tante de la dĂ©linquance scolaire. Les flics postĂ©s Ă  l’entrĂ©e des Ă©tablissements y font office de geĂ´liers, chargĂ©s de dĂ©tecter armes blanches et flingues que certains lycĂ©ens planquent sous leur manteau avant de rejoindre les cours.

    HabitĂ© d’une violence aussi gratuite que putassière - autant dans les exactions dĂ©vergondĂ©es de nos quatre antagonistes que dans la riposte d’enseignants consumĂ©s par leur rancĹ“ur - le film ose mĂŞme aborder la question de l’autodĂ©fense via un final grand-guignolesque gravĂ© dans toutes les mĂ©moires. Quand un prof forcenĂ© dĂ©cide de se faire justice en trouant la peau de quatre ados après qu’ils ont violĂ© puis kidnappĂ© sa femme ! Sauf qu’ici, il ne s’agit pas d’une vengeance ordinaire, comme dans tant de Vigilante Movies : Andrew Norris veut d’abord retrouver sa femme en VIE… avant de mĂ©thodiquement dĂ©gommer ses bourreaux.
     

    D’une efficacitĂ© et d’une tension exponentielles, la confrontation impitoyable entre Norris - harcelĂ© jour et nuit par une bande de punks - et ses Ă©lèves dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s (interprĂ©tĂ©s par des comĂ©diens en transe, jubilant dans leur fourberie criminelle) prophĂ©tise un avenir dystopique, vingt ans avant l’heure. Mark Lester souligne tout cela avec outrance et une certaine dĂ©rision, exposant l’impuissance grotesque de la police et des profs… au point qu’un d’eux finira par sombrer dans une dĂ©pression suicidaire. Comment oublier cette scène hallucinĂ©e oĂą Roddy McDowall, flingue en main, prend sa classe en otage pendant un cours de biologie pour enfin se faire entendre ?

    DĂ©bridĂ©, sardonique, violemment rĂ©actionnaire, Class of 1984 aligne les confrontations musclĂ©es entre une troupe de dĂ©linquants sans vergogne - dignes hĂ©ritiers d’Orange MĂ©canique - et deux enseignants entraĂ®nĂ©s malgrĂ© eux dans une spirale d’intimidation et de reprĂ©sailles. De cette guerre larvĂ©e naĂ®t une violence dĂ©mente que Mark Lester pousse jusqu’Ă  la folie furieuse. Complètement frappadingue, j’vous dis ! 

    "Violence programmée en salle de classe".
    Ultra-violent et sans concession dans ses excès de brutalitĂ© putassière (la fameuse scène de viol et le carnage qui s’ensuit !), mais jouissif en diable dans son efficacitĂ© brute, Class of 1984 tire sa force de ce dĂ©lire assumĂ© et du jeu schizo de ses comĂ©diens en roue libre - mention spĂ©ciale Ă  Timothy Van Patten, dĂ©lectable de perversitĂ© insidieuse. Une vision prophĂ©tique de l’inflation de la dĂ©linquance scolaire, nourrie par la dĂ©mission parentale… Ă€ savourer au second degrĂ©, donc, pour ce tableau hallucinĂ© de la violence convulsive.

    *Bruno
    22è visionnage

      jeudi 14 mai 2015

      Mad-Max: Fury Road

                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site absolutebadasses.com

      de George Miller. 2014. Australie/U.S.A. 2h00. Avec Tom Hardy, Charlize Theron, Nicholas Hoult, Hugh Keays-Byrne, Rosie Huntington-Whiteley, Riley Keough, Zoë Kravitz.

      Sortie salles France: 14 Mai 2015. U.S: 15 Mai 2015. Australie: 14 Mai 2015

      FILMOGRAPHIE: George Miller est un réalisateur, scénariste et producteur australien, né le 3 Mars 1945 à Chinchilla (Queensland). 1979: Mad-Max. 1981: Mad-Max 2. 1983: La 4è Dimension (dernier segment). 1985: Mad-Max : Au-delà du dôme du Tonnerre. 1987: Les Sorcières d'Eastwick. 1992: Lorenzo. 1997: 40 000 ans de rêve (documentaire). 1998: Babe 2. 2006: Happy Feet. 2011: Happy Feet 2. 2014: Mad Max: Fury Road.


                                "90% de ce que vous verrez Ă  l'Ă©cran a vraiment eu lieu". Tom Hardy.
                                "J'ai fait Mad-Max pour retrouver l'essence du cinĂ©ma". George Miller. 

      Trente ans Ă  se ronger les ongles dans l’espoir d’une rĂ©surgence du Road Warrior sur nos Ă©crans insalubres, bien avant que ne surgisse la moindre bande-annonce extatique.
      Mad Max: Fury Road a enfin déferlé sur nos rétines en ce jour de gloire du 14 mai 2015.
      Oui, jour de gloire. Car cette date restera gravĂ©e dans le cĹ“ur des cinĂ©philes, surtout pour celles et ceux qui eurent l’aubaine de dĂ©couvrir le monstre sur la grande toile.

      RĂ©alisateur de gĂ©nie et père d’une trilogie proverbiale, George Miller se surpasse une fois de plus dans son rĂ´le d’alchimiste visionnaire. Un enchanteur moderne n’ayant rien Ă  envier Ă  MĂ©liès, rĂ©inventant ici le langage cinĂ©matographique sous l’Ă©crin incandescent de l’action pure.
      Oubliez les puddings Ă  l’aspartame de la saga Fast and Furious et consorts : ici se joue la plus longue et affolante course-poursuite du 7ᵉ art, filmĂ©e en plein dĂ©sert de Namibie, lĂ  oĂą le sable se mĂŞle Ă  la fureur.

      Synopsis :
      Alors qu’il tente de reprendre la route Ă  bord de son Interceptor, Max est capturĂ© par une horde de warboys fanatiques. EnchaĂ®nĂ©, muselĂ©, il assiste impuissant Ă  la cavale de Furiosa, impĂ©ratrice rebelle, qui fuit Immortan Joe avec un convoi d’Ă©pouses en rupture, dont l’une porte l’enfant du tyran. Ivre de rage, Joe lance sa horde Ă  leur poursuite. Et c’est ainsi que s’enclenche cette course infernale dans l’âpretĂ© brĂ»lante du dĂ©sert.

      Un spectacle homĂ©rique, ahurissant d’inventivitĂ© formelle – entre tempĂŞtes nocturnes et lumière solaire aveuglante – et de prouesses techniques d’une prĂ©cision chirurgicale.
      Une tornade mécanique, alimentée par des riffs de guitare en feu, propulsée par une frénésie de cascades où bolides et camions se percutent sur des plaines enragées.
      Mad Max: Fury Road pulvérise tout ce qui avait été vu jusque-là, électrisant un public médusé, happé dans un cyclone de bruit et de fureur.

      Nanti de dĂ©cors et d’accessoires Ă  couper le souffle, ciselĂ©s dans le moindre dĂ©tail – la citadelle d’Immortan Joe, les bolides dĂ©glinguĂ©s, les dĂ©froques barbares, les armes hybrides –, le film ressuscite une mythologie barbare, nourrie Ă  l’esthĂ©tique freak de MĂ©tal Hurlant, fusion tribale et cyberpunk.
      Une barbarie stylisée, suintante de rouille et de sueur.

      VĂ©ritable hymne Ă  l’action dans sa forme la plus noble et viscĂ©rale, Ă  mi-chemin entre un concert de hard-rock et un ballet opĂ©ratique, Fury Road multiplie par dix les poursuites belliqueuses transfigurĂ©es jadis dans Mad Max 2.
      Miller ne se contente pas de ressasser : il renouvelle.
      Par une dramaturgie d’attaques et de contre-attaques, de trajets et de retours vers la Terre Verte, entre embuscades et retrouvailles pacifistes, il orchestre un chaos symĂ©trique, oĂą chaque affrontement motorisĂ© devient chorĂ©graphie vertigineuse.

      Au cœur de la tempête : la rédemption.
      Survie, espoir, entraide, confiance : les mĂŞmes motifs que Mad Max 3, oĂą Max, figure christique, reprenait contact avec son humanitĂ© au contact d’une colonie d’enfants.
      Ici, les enfants sont remplacés par des femmes. Fragiles en apparence, exploitées comme matrices, mais résolues à défier leur oppresseur.
      Face Ă  elles, Max, toujours hantĂ© par son passĂ©, mutique et Ă©corchĂ©, devra s’ouvrir, prĂŞter main forte, rĂ©apprendre la fraternitĂ© au fil d’une fuite apocalyptique oĂą l’humanitĂ© renaĂ®t dans la douleur.

      Charlize Theron incarne Furiosa avec une intensitĂ© rare – Ă  la fois charnelle, virile, pugnace, mais aussi bouleversante d’humanitĂ©, guidĂ©e par une foi dĂ©sespĂ©rĂ©e en un avenir meilleur pour les siens.
      Tom Hardy, convaincant bien que relégué au second plan, campe un Max taiseux, spectre en quête de sens, lesté par ses fantômes filiaux. Un guerrier fatigué, mais encore capable de croire, malgré lui, en une tribu.


      This is a Lovely Day ! 
      PossĂ©dĂ© par le rugissement d’une poursuite jamais Ă  court de carburant, Fury Road rĂ©invente le cinĂ©ma d’action avec une telle virtuositĂ©, une telle richesse de trouvailles visuelles, qu’une seule vision ne suffit pas Ă  tout saisir.
      Ă€ l’image du cinĂ©ma prĂ©curseur d’un Buster Keaton ou d’un John Woo, Miller fusionne mouvement, sens et beautĂ© dans un maelström ininterrompu.
      Et pourtant, sous ce roller coaster infernal se dessine l’humilitĂ© d’une cause : celle des femmes, de leur courage, de leur union, de leur dĂ©sir de libertĂ©.
      Face Ă  elles, Max – hĂ©ros brisĂ© – retrouve, peut-ĂŞtre, la possibilitĂ© d’une communautĂ©. D’un futur. D’un espoir.

      Yannick Dahan et Fury Road: http://www.cineplus.fr/pid5876-cine-frisson.html?vid=1280416

      mercredi 13 mai 2015

      CALVAIRE. Prix de la Critique, Prix du Jury, Prix Première, Gérardmer 2005.

                                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

      de Fabrice Du Welz. 2004. France/Belgique/Luxembourg. 1h33. Avec Laurent Lucas, Jackie Berroyer, Philippe Nahon, Jean-Luc Couchard, Brigitte Lahaie, Gigi Coursigny.

      Sortie salles France: 16 Mars 2005. Belgique: 9 Mars 2005

      FILMOGRAPHIE: Fabrice Du Welz est un réalisateur belge, né le 21 Octobre 1972.
      2004: Calvaire. 2008: Vinyan. 2014: Colt 45. 2014: Alleluia.


      RĂ©compensĂ© au Festival de GĂ©rardmer, de Cannes et d'Amsterdam, Calvaire surpris les cinĂ©philes de ce premier essai rĂ©alisĂ© par un cinĂ©aste belge, Fabrice Du Welz. VĂ©ritable coup de maĂ®tre dans la maĂ®trise de sa mise en scène autonome cĂ©dant parfois Ă  l'expĂ©rimentation et dans sa facultĂ© d'y distiller un malaise aussi prĂ©gnant que rĂ©pulsif, Calvaire emprunte le genre horrifique sous couvert de survival hĂ©ritĂ© de ses ancĂŞtres DĂ©livrance et Massacre Ă  la Tronçonneuse (dont un fameux "clin d'oeil" pour la scène du soupe !)

      Après son dernier concert, un chanteur de maison de retraite tombe en panne de voiture sur le chemin forestier du retour. Par le biais d'un Ă©trange inconnu, Marc est ensuite aimablement dirigĂ© vers l'hospitalitĂ© de Bartel, un veuf vivant reclus dans sa ferme. Au fil de leur relation amicale, Marc Ă©prouve un malaise face Ă  la dĂ©sinvolture de ce dernier hantĂ© par sa solitude depuis le dĂ©cès de sa femme. Alors qu'il s'Ă©tait disposĂ© Ă  rĂ©parer son vĂ©hicule, Bartel s'en dĂ©barrasse finalement afin de sĂ©questrer son hĂ´te. Le calvaire peut commencer... 


      PlongĂ©e horrifique dans le trĂ©fonds de l'aliĂ©nation mentale, Calvaire aborde la thĂ©matique du refoulement sexuel du point de vue de paysans vivant en autarcie dans leur nature sauvage. PrivĂ©s de toute prĂ©sence fĂ©minine, ils s'adonnent en guise de sexualitĂ© et d'ennui Ă  la zoophilie sur leur propre bĂ©tail. Ce qui nous vaut dĂ©jĂ  une Ă©treinte sulfureuse proprement dĂ©rangeante dans sa manière d'y diluer une perversitĂ© immorale par la suggestion de l'acte innommable. Farce macabre sur le besoin irrĂ©pressible d'ĂŞtre aimĂ© et le poids de la dĂ©rĂ©liction entraĂ®nant chez ces mĂ©tayers rĂ©trogrades une schizophrĂ©nie influente, Calvaire multiplie les sĂ©quences inconfortables sous la mainmise du ravisseur Bartel. L'incroyable et inattendu Jackie Berroyer endosse son rĂ´le avec une ironie sournoise dans ses expressions d'impudence et de pulsions dĂ©saxĂ©es. Il crève littĂ©ralement l'Ă©cran de sa prĂ©sence dĂ©rangĂ©e aux confins de la dĂ©mence. Toutes les sĂ©quences d'humiliations et de tortures infligĂ©es sur Marc s'avèrent aussi cruelles que sardoniques dans sa condition de victime estropiĂ©e. RĂ©duit Ă  l'Ă©tat de travelo tumĂ©fiĂ© d'ecchymoses, ce dernier est contraint de se fondre dans la peau de l'Ă©pouse soumise sous l'impĂ©riositĂ© possessive de Bartel. Quand aux seconds-rĂ´les tout aussi demeurĂ©s qui empiètent le rĂ©cit, Fabrice Du Welz persĂ©vère dans le malsain et le crapoteux lorsque les voisins de Bartel violent son fameux trophĂ©e en guise d'objet sexuel. InfluencĂ© notamment par la Traque de Serge Leroy, il nous transcende une dernière partie aussi anxiogène que chimĂ©rique lorsque Marc est contraint de s'incliner dans les brumes d'une forĂŞt spectrale oĂą plane un silence mutique (des plages oniriques d'un esthĂ©tisme tĂ©nĂ©breux Ă  couper le souffle). 


      Ă€ travers les thèmes de l’obsession sexuelle et amoureuse, du refoulement, de la psychose et de l’isolement, Fabrice Du Welz transfigure avec Calvaire un sommet d’horreur psychologique oĂą l’humour noir et le scabreux se tĂ©lescopent Ă  un rĂ©alisme dĂ©routant — Ă  l’image de l’hallucinante « danse des fous », martelĂ©e au piano dans une auberge saturĂ©e d’une atmosphère sulfureuse. Fascinant, nerveusement drĂ´le et profondĂ©ment perturbant, Calvaire, survival rĂ©fĂ©rentiel, affirme une identitĂ© propre, viscĂ©rale, symptĂ´me Ă©clatant d’un auteur provocateur et rigoureusement hĂ©tĂ©rodoxe.

      — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
      4èx. 31.01.26. Videoprojo

      La Chronique d'Alleluia: http://brunomatei.blogspot.fr/2015/05/alleluila.html

      Récompenses: Grand Prix du meilleur film fantastique européen, lors du Festival du film fantastique d'Amsterdam en 2005
      Prix de la critique internationale, Prix du jury et Prix Première, au festival de GĂ©rardmer, 2005
      Nomination au prix de la meilleure photographie, lors des Joseph Plateau Awards en 2006
      Prix Très Spécial, Cannes 2004

      mardi 12 mai 2015

      MAGGIE

                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site journaldugeek.com

      de Henry Hobson. 2015. U.S.A. 1h35. Avec Arnold Schwarzenegger, Abigail Breslin, Joely Richardson, Aiden Flowers, Carsen Flowers, J.D. Evermore.

      Sortie salles France: 27 Mai 2015. U.S: 8 Mai 2015

      FILMOGRAPHIE: Henry Hobson est un réalisateur américain.
      2015: Maggie.


      A cause d'une pandĂ©mie en roue libre et avec le soutien du mĂ©decin, un père envisage de se reclure dans sa demeure familiale afin d'Ă©viter le placement en quarantaine de sa fille infectĂ©e. Progressivement, la transformation morale et physique de cette dernière gagne du terrain... Prenant pour thème l'infection du point de vue du zombie, Maggie tente de dĂ©poussiĂ©rer le genre horrifique dans une forme intimiste afin de se dĂ©marquer de la surenchère que nombre de rĂ©alisateurs ont le plus souvent trivialisĂ© dans les sĂ©ries B d'exploitation.



      Baignant dans une mélancolie existentielle où la nature désaturée se défraîchie devant le témoignage sentencieux de métayers, la première oeuvre de Henry Hobson fait inévitablement preuve d'intentions louables par sa sincérité à privilégier l'étude de caractère et le climat dépressif en décrépitude. Confinant l'essentiel de son action sur les rapports familiaux en huis-clos d'un père et de sa fille prochainement destinés à se séparer face à la maladie, le film est contrebalancé d'un score élégiaque aussi sensible qu'infructueux. Métaphore sur le cancer et le crédit du temps présent, Maggie tente de provoquer une émotion candide quant à la situation désespérée de cette adolescente en phase terminale, quand bien même le père ("joué" par un Schwarzzie aussi apathique que stérile, alors que tout le monde s'attendait enfin à LA révélation de sa carrière !) observe sa dégénérescence avec une empathie bouleversée. Chargé de sinistrose pour la condition démunie de cette victime en quête d'amour de dernier ressort et de rédemption, Henry Hobson n'insuffle jamais une quelconque émotion, faute d'une direction d'acteurs jamais investis dans leur fonction altruiste et surtout d'une réalisation austère survolant un cheminement narratif en perte de vitesse. Il en émane un sentiment de frustration permanent quant aux intentions sincères de mettre en valeur les ressorts dramatiques de l'amour filial et la crainte de la mort auquel le script, futile, ne réserve jamais d'éventuels surprises pour la fatalité de Maggie.


      Poussif, jamais empathique ou poignant (ou alors avec parcimonie en de brèves occasions) et ennuyeux Ă  force de ressasser la relation prĂ©caire d'un père et de sa progĂ©niture en mutation, Maggie rate le coche de ses intentions intègres, faute d'un scĂ©nario dĂ©faillant, d'une interprĂ©tation anĂ©mique et d'une rĂ©alisation inexpressive. Reste quelques belles images de poĂ©sie bucolique et un soupçon d'esthĂ©tisme envoĂ»tant au sein de sa nature dĂ©charnĂ©e. 

      Bruno Matéï

      lundi 11 mai 2015

      ALLELUILA

                                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmosphere.com

      de Fabrice Du Welz. 2014. Belgique/France. 1h35. Avec Stéphane Bissot, Lola Duenas, Edith Le Merdy, Anne-Marie Loop, Laurent Lucas, David Murgia, Helena Noguerra.

      Sortie salles France: 26 Novembre 2014

      FILMOGRAPHIE: Fabrice Du Welz est un réalisateur belge, né le 21 Octobre 1972.
      2004: Calvaire. 2008: Vinyan. 2014: Colt 45. 2014: Alleluia.


      Raymond Fernandez et sa compagne Martha Beck devinrent cĂ©lèbres sous le nom des « Lonely Hearts Killers » (les « Tueurs aux petites annonces ») Ă  la suite de leur procès pour une sĂ©rie de meurtres commis en 1949. On estime qu’ils ont tuĂ© jusqu’Ă  20 femmes entre 1947 et 1949.

      S'inspirant de l'affaire des "Tueurs aux petites annonces" que Leonard Kastle avait magnifiquement portĂ© Ă  l'Ă©cran dans Les Tueurs de la Lune de Miel, Fabrice Du Welz la rĂ©adapte Ă  sa sauce singulière, Alleluila surfant entre le cinĂ©ma de genre et celui d'auteur. EmployĂ©e dans une morgue et divorcĂ©e, Gloria fait la rencontre de Michel par le biais d'une annonce. Follement amoureuse de lui, elle s'aperçoit rapidement que derrière l'apparence de son gentleman se cache un prĂ©dateur escroquant les femmes cĂ©libataires. Après lui avoir pardonnĂ© sa première infidĂ©litĂ©, elle s'engage de s'associer avec lui afin d'ĂŞtre Ă  ses cĂ´tĂ©s et de pouvoir prĂ©server son amour. Mais la jalousie ardente de Gloria finit par la mener vers la folie meurtrière. 


      RĂ©vĂ©lĂ© par le cauchemardesque Calvaire, Fabrice Du Welz renoue avec l'ambiance Ă©thĂ©rĂ©e d'une Ă©trangetĂ© indicible oĂą la mise en scène, inventive et ciselĂ©e, est conçue pour bousculer les sens du spectateur en perte de repères. Prenant pour thèmes l'amour fou et le crime passionnel, Alleluia nous relate entre rĂ©alisme cru et poĂ©sie baroque le parcours en chute libre d'un couple d'amoureux compromis par l'adultère. De par le point de vue influençable d'un gigolo redoutablement pervers dans ces intentions perfides Ă  manipuler la gente fĂ©minine tout en profitant sexuellement de leurs corps. Par son comportement aussi cruel que cynique, comment peut-il alors Ă©prouver de vĂ©ritables sentiments pour sa muse au moment oĂą cette dernière observe par le trou de la serrure ses Ă©bats avec une impuissance toujours plus inconsolable ? Baignant dans une atmosphère aussi diaphane qu'irrĂ©sistiblement vĂ©nĂ©neuse, Alleluia parvient Ă  crĂ©er un malaise diffus au fil de son cheminement dramatique quant Ă  la posture toujours plus irascible de Gloria. IlluminĂ©e par la prĂ©sence de Lola Duenas, l'actrice ibĂ©rique parvient Ă  dĂ©gager une intense Ă©motion par son charme pĂ©tillant d'embrasser l'amour Ă  bras ouvert avant d'engendrer une jalousie maladive face au tĂ©moignage dĂ©gradant de Michel. Cette rage d'aimer, ce dĂ©sir possessif de s'accaparer de lui Ă©tant retranscrit avec une vĂ©ritĂ© fulgurante et un jeu viscĂ©ral habitĂ© par la psychose. DĂ©jĂ  remarquĂ© dans Calvaire, StĂ©phane Bissot lui partage dignement la vedette dans une prĂ©sence longiligne d'escroc Ă  la petite semaine engluĂ© dans sa mĂ©diocritĂ© du chantage, du subterfuge et d'une dĂ©viance sexuelle insatiable. Dans un rĂ´le secondaire de dernier ressort, Helena Noguerra (soeur de la chanteuse Lio) s'en sort honorablement pour incarner la beautĂ© d'une jeune mère cĂ©libataire, plus lucide et affirmĂ©e que les autres victimes, mais nĂ©anmoins dĂ©pourvue de perspicacitĂ© Ă  dĂ©florer la vĂ©ritable identitĂ© de Michel. Dernier point que j'aimerai relever pour tĂ©moigner de la qualitĂ© essentielle de la distribution, la prĂ©sence infantile de la petite Pili Groyne ! Cette dernière parvenant Ă  afficher avec un incroyable tempĂ©rament naturel une fillette dĂ©gourdie nantie de rĂ©parties cuisantes (voir l'incroyable sĂ©quence de la discorde maternelle !), juste avant de rehausser l'intensitĂ© d'un enjeu de survie pour sa condition de victime tantĂ´t choyĂ©e, tantĂ´t molestĂ©e !


      Malsain, dĂ©rangeant et plutĂ´t cru dans sa violence gore ou son Ă©rotisme ostensible, insolite, Ă©trange et pastel Ă  la fois, Alleluia fait office de conte de fĂ©e frelatĂ© dans son constat imparti Ă  l'amour fou et Ă  sa trahison. Par le biais de sa mise en scène alambiquĂ©e (notamment ce parti-pris de filmer au plus près les corps et les regards pour en capter l'essence des sentiments) et le jeu machiavĂ©lique des acteurs, l'oeuvre choc renouvelle son fait divers avec un pouvoir de sĂ©duction nĂ©crosĂ©. 

      Bruno Matéï

      La Chronique des Tueurs de la Lune de Miel : http://brunomatei.blogspot.fr/2014/09/les-tueurs-de-la-lune-de-miel-honeymoon.htm
      La Chronique de Calvairehttp://brunomatei.blogspot.fr/…/calvaire-prix-de-la-critiqu…

      Les autres adaptations: Un homme fatal (Lonely Hearts de Andrew Lane, 1991), Carmin profond (1996), CĹ“urs perdus (2006) ainsi qu’un Ă©pisode de la tĂ©lĂ©-sĂ©rie Cold Case : Affaires classĂ©es.

      samedi 9 mai 2015

      KINGSMAN: SERVICES SECRETS

                                                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmosphere.com 

      "Kingsman: The Secret Service" de Matthew Vaughn. 2014. Angleterre/U.S.A. 2h08. Avec Taron Egerton, Colin Firth, Samuel L. Jackson, Mark Strong, Michael Caine, Sophie Cookson.

      Sortie salles France: 18 Février 2015. U.S: 13 Février 2015

      FILMOGRAPHIE: Matthew Vaughn est un réalisateur, scénariste et producteur anglais, né le 7 Mars 1971 à Londres.
      2004: Layer Cake. 2007: Stardust, le mystère de l'Ă©toile. 2010: Kick-Ass. 2011: X Men, le commencement. 2014: Kingsman: services secrets. 


      RĂ©alisateur anglais cĂ©lĂ©brĂ© par Kick-Ass, c'est durant ce tournage que Matthew Vaughn eut Ă  nouveau l'idĂ©e de transposer Ă  l'Ă©cran un autre Comic Book, The Secret Service. Sous l'impulsion d'un jeune acteur novice en tĂŞte d'affiche (Taron Egerton s'en sort aisĂ©ment dans sa stature pugnace de jeune loup en apprentissage !) et d'une poignĂ©e d'acteurs renommĂ©s (Samuel L. Kackson, Michael Caine, Colin Firth), Kingsman: services secrets nous cuisine un savoureux cocktail d'action, d'aventures et de cocasserie dans un esprit dĂ©complexĂ© oĂą pointe le politiquement incorrect. Clairement pensĂ© comme une parodie de James Bond et un hommage aux "vieux" classiques du cinĂ©ma noble, l'intrigue allie espionnage industriel outre-mesure (que Samuel L. Jackson se prend malin plaisir Ă  comploter dans une posture de grand benĂŞt !), et action homĂ©rique cultivant le goĂ»t du gore cartoonesque (mĂŞme si certains effets numĂ©riques ratĂ©s viennent dĂ©samorcer leur impact spectaculaire).


      ScindĂ© en deux parties, Kingsman privilĂ©gie de prime abord l'entraĂ®nement intensif de jeunes recrues se disputant le poste du prochain "Lancelot" au sein de la prestigieuse agence, Kingsman. Ce dernier, parti en mission, ayant Ă©tĂ© lâchement exĂ©cutĂ© par l'acolyte d'un magnat utopiste prĂŞt Ă  parfaire un complot meurtrier contre l'humanitĂ©. Par le biais de cette conjuration ciblant Internet et les Smartphones, Matthew Vaughn en profite pour se railler de la sociĂ©tĂ© de consommation (Mac-Donald notamment dont Richmond Valentine s'en porte garant !), de ces appareils modernes toujours plus performants afin de nous inciter Ă  repasser au tiroir-caisse. Qui plus est, la religion est Ă©galement mise au pilori lors d'un stratagème expĂ©rimental, un carnage festif au sein d'une Ă©glise intĂ©griste. La seconde partie mise ensuite l'accent sur les stratĂ©gies d'attaque et de dĂ©fense que nos hĂ©ros vont tenter de transcender sous la houlette de l'agent Merlin. Quand bien mĂŞme Valentine est sur le point de lobotomiser la population mondiale en meurtriers dĂ©saxĂ©s sous l'impulsion d'une carte Sim ! Si le film parvient habilement Ă  amuser et Ă  solliciter notre attention, il le doit Ă©galement aux ressorts dramatiques qui interfèrent durant le cheminement incertain du hĂ©ros en quĂŞte paternelle et identitaire (une manière de relancer l'intensitĂ© des enjeux d'un point de vue vindicatif et de le tester Ă  l'Ă©preuve de la riposte !), et Ă  son intrigue en chute libre traversĂ©e de frĂ©nĂ©sie incontrĂ´lĂ©e ! A l'instar du final orgasmique, dĂ©lire assumĂ© de gags sardoniques, subterfuges Ă  rĂ©pĂ©tition, gun-fights stylisĂ©s et corps Ă  corps chorĂ©graphiĂ©s. Qui plus est, la galerie de personnages extravagants s'en donnent Ă  coeur joie d'afficher leurs bravoures fantaisistes par le biais de gadgets insolents conçus pour Ă©picer les confrontations belliqueuses !


      Avec son esthĂ©tisme vintage combinĂ© dans une facture high-tech d'anticipation, Ă  l'instar de la dĂ©froque excentrique de ces espions au tailleur impeccable, Kingsman parvient Ă  renouveler le genre d'espionnage grâce Ă  l'esprit dĂ©complexĂ© de l'action bourrine et de la cocasserie cartoonesque. Un divertissement survitaminĂ© tirant donc parti de sa fougue par son refus infaillible de prĂ©tention. James Bond n'a qu'Ă  bien s'tenir et continuer Ă  faire grise mine ! 

      Bruno Matéï

      vendredi 8 mai 2015

      The King of New-York

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Silverferox

      d'Abel Ferrara. 1990. Italie/Angleterre/U.S.A. 1h43. Avec Christopher Walken, David Caruso, Laurence Fishburne, Victor Argo, Wesley Snipes, Janet Julian, Joey Chin, Steve Buscemi.

      Sortie salles France: 18 Juillet 1990. U.S: 28 Septembre 1990

      FILMOGRAPHIE: Abel Ferrara est un réalisateur et scénariste américain né le 19 Juillet 1951 dans le Bronx, New-York. Il est parfois crédité sous le pseudo Jimmy Boy L ou Jimmy Laine.
      1976: Nine Lives of a Wet Pussy (Jimmy Boy L). 1979: Driller Killer. 1981: l'Ange de la Vengeance. 1984: New-York, 2h du matin. 1987: China Girl. 1989: Cat Chaser. 1990: The King of New-York. 1992: Bad Lieutenant. 1993: Body Snatchers. Snake Eyes. 1995: The Addiction. 1996: Nos Funérailles. 1997: The Blackout. 1998: New Rose Hotel. 2001: Christmas. 2005: Mary. 2007: Go go Tales. 2008: Chelsea on the Rocks. 2009: Napoli, Napoli, Napoli. 2010: Mulberry St. 2011: 4:44 - Last Day on Earth. 2014: Welcome to New-York. 2014: Pasolini.


      Deux ans avant son chef-d'oeuvre Bad Lieutenant, Abel Ferrara nous estomaqua avec le fulgurant King of New-York. Hormis son Ă©chec commercial Ă  sa sortie et des critiques parfois mitigĂ©es, le film finit par se tailler une rĂ©putation culte au fil des annĂ©es auprès d'une frange de cinĂ©philes jamais remis d'une expĂ©rience aussi opaque et frĂ©nĂ©tique. Une fresque mafieuse imprimĂ©e dans le nihilisme, notamment pour son portrait imparti Ă  la dĂ©liquescence morale d'antagonistes convergeant inĂ©vitablement vers l'impasse. TranscendĂ© de la prĂ©sence ensorcelante de Christopher Walken dans l'un de ses meilleurs rĂ´les, The King of New-York hypnotise les sens de par sa facultĂ© immersive Ă  nous plonger dans l'univers du gangstĂ©risme parmi l'obĂ©dience d'un caĂŻd Ă  peine libĂ©rĂ© de prison. 

      Le pitchDĂ©libĂ©rĂ© Ă  reprendre le contrĂ´le de sa ville et peut-ĂŞtre postuler pour la place de Maire, Frank White est contraint de livrer une bataille sans merci contre le cartel pour se disputer l'enjeu de la drogue. Soutenu par quelques avocats vĂ©reux, sa manoeuvre triviale a Ă©galement pour but de financer la reconstruction d'un hĂ´pital afin de venir en aide aux plus dĂ©munis et pour se racheter une bonne conscience. Mais une poignĂ©e de flics rĂ©actionnaires ont dĂ©cidĂ© de transgresser leur règle pour mieux Ă©pingler celui que l'on surnomme: le Roi de New-York. 


      Polar ultra violent Ă  travers ses Ă©clairs de brutalitĂ© acĂ©rĂ©s dĂ©ployant règlements de compte entre bandes rivales ainsi qu'une poursuite automobile effrĂ©nĂ©e au coeur de l'enfer new-yorkais, The King of New-York est l'un des films les plus envoĂ»tants (score funeste lancinant Ă  l'appui) que l'on ait inscrit sur pellicule. Un polar d'une noirceur abyssale, une virĂ©e cauchemardesque dans les trĂ©fonds d'une mĂ©tropole moribonde oĂą gangsters et flics se provoquent mutuellement avec un entĂŞtement suicidaire. Nanti d'un esthĂ©tisme crĂ©pusculaire et d'une mise en scène stylisĂ©e oĂą le luxe est Ă©galement mis en contraste afin de mettre en exergue l'addiction que peut insuffler une existence aussi faste que celle de Frank et ses sbires, The King of New-York reproduit le mĂŞme effet de fascination que pouvait l'ĂŞtre le personnage de Tony Montana dans Scarface. Ce mĂŞme attrait pour le goĂ»t de l'argent et des rĂ©sidences luxueuses auquel la compagnie de jeunes filles en lingerie fine se rĂ©curent le nez avant de passer Ă  l'Ă©treinte ou Ă  l'affront (elles font Ă©galement usage des flingues pour protĂ©ger leur baron). Peinture nihiliste d'une sociĂ©tĂ© dĂ©gingandĂ©e engluĂ©e dans la corruption de l'argent et l'affluence de la drogue face Ă  la pression d'une criminalitĂ© incontrĂ´lable, Abel Ferrara cristallise l'idĂ©e du chaos avec un rĂ©alisme proprement crĂ©pusculaire (j'insiste). Si bien que sous le pilier du personnage iconique Frank White, il provoque une empathie ambivalente pour sa posture hĂ©roĂŻque de gangster intouchable et son absolution d'y financer un HĂ´pital tout en persĂ©vĂ©rant ses exactions sanglantes auprès de parrains impliquĂ©s dans les trafics d'humains et l'exploitation sexuelle de mineurs. S'efforçant d'incarner une sorte de Robin des Bois des temps modernes en quĂŞte de rĂ©demption, Frank White n'en reste pas moins un ange exterminateur tributaire de son idĂ©ologie mĂ©galo Ă  travers ses pulsions irrĂ©fragables de haine et de violence.  


      CocaĂŻne
      Chef-d'oeuvre du polar noir d'une intensitĂ© viscĂ©rale Ă©lectrisante, The King of New-York reste l'un des plus fascinants portraits de gangster jamais rĂ©alisĂ©s. En ange de la mort, Frank White faisant office de lĂ©gende criminelle pour ses ambitions disproportionnĂ©es d'y dompter une ville en chute libre. Il en Ă©mane une fresque de dĂ©cadence d'un pessimisme absolu auquel son pouvoir vĂ©nĂ©neux s'avère aussi Ă©trangement stimulant que profondĂ©ment malsain quant Ă  sa peinture baroque du vice, du stupre et du luxe. 

      *Bruno (6èx)
      Dédicace à Daniel Aprin

      Récompense: 1991: MysFest -"Best Direction" (Abel Ferrara) Prix du meilleur réalisateur


      jeudi 7 mai 2015

      New-York, 2 heures du Matin

                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site backtothemovieposters.blogspot.com

      "Fear City" de Abel Ferrara. 1984. U.S.A. 1h36. Avec Tom Berenger, Melanie Griffith, Billy Dee Williams, Jack Scalia, Rossano Brazzi, Rae Dawn Chong, John Foster.

      Sortie salles France: 18 Juillet 1984. U.S: 16 Février 1985.

      FILMOGRAPHIE: Abel Ferrara est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© le 19 Juillet 1951 dans le Bronx, New-York. Il est parfois crĂ©ditĂ© sous le pseudo Jimmy Boy L ou Jimmy Laine. 1976: Nine Lives of a Wet Pussy (Jimmy Boy L). 1979: Driller Killer. 1981: l'Ange de la Vengeance. 1984: New-York, 2h du matin. 1987: China Girl. 1989: Cat Chaser. 1990: The King of New-York. 1992: Bad Lieutenant. 1993: Body Snatchers. Snake Eyes. 1995: The Addiction. 1996: Nos FunĂ©railles. 1997: The Blackout. 1998: New Rose Hotel. 2001: Christmas. 2005: Mary. 2007: Go go Tales. 2008: Chelsea on the Rocks. 2009: Napoli, Napoli, Napoli. 2010: Mulberry St. 2011: 4:44 - Last Day on Earth. 2014: Welcome to New-York. 2014: Pasolini.


      Trois ans après l'Ange de la Vengeance, Abel Ferrara renoue avec les ambiances nocturnes de la mĂ©tropole new-yorkaise soumise ici aux exactions d'un serial-killer expert en arts-martiaux. 
      Le pitch: Matty, ancien boxeur aujourd'hui associĂ© Ă  un club de strip-tease assiste impuissant au dĂ©clin de son buziness depuis les agressions sanglantes commises sur ses effeuilleuses. RongĂ© par le remord d'avoir tuĂ© un de ses adversaires en plein match de boxe, il se retrouve dans une impasse Ă  tenter d'apprĂ©hender le mystĂ©rieux tueur. Jusqu'au jour oĂą son comparse et sa petite amie deviennent les nouvelles cibles de l'assassin. Entièrement filmĂ© de nuit au sein des quartiers miteux de Manhattan,  New-York, 2 heures du matin s'Ă©difie en fascinante plongĂ©e dans le cadre d'une boite de strip-tease prise Ă  parti avec un maniaque dont nous ne connaĂ®trons jamais le mobile. L'intĂ©rĂŞt rĂ©sidant plutĂ´t dans le portrait de cet ancien boxeur hantĂ© par sa culpabilitĂ© depuis un homicide involontaire. En quĂŞte de rĂ©demption, et c'est lĂ  oĂą l'intrigue distille un parfum de souffre particulièrement vĂ©nĂ©neux, ce dernier s'efforce de s'opposer Ă  la violence jusqu'au jour oĂą il est contraint de s'y adonner depuis un concours de circonstances toujours plus prĂ©judiciables. 


      Car au risque de sombrer dans la faillite professionnelle et s'attirant la colère de ces rivaux pour leur entreprise en chute libre, Matt finit par sombrer dans l'obsession d'apprĂ©hender coĂ»te que coĂ»te le responsable de ses ennuis et de ses nĂ©vroses. Ce qui culminera vers un final redoutablement âpre lorsqu'il usera Ă  nouveau de ses poings pour Ă©radiquer un adversaire adepte en arts-martiaux. Outre l'efficacitĂ© de l'intrigue oscillant les rebondissements horrifiques et les rapports de force entre associĂ©s vĂ©reux (notamment la filature infructueuse d'une police rĂ©actionnaire) et membres mafieux (que notre anti-hĂ©ros cĂ´toie depuis un contexte sanglant de son enfance), New-York, deux heures du matin tire-parti de son pouvoir de fascination par son climat d'authenticitĂ© rĂ©gi au sein d'une jungle urbaine Ă  laquelle une faune marginale se complaĂ®t au voyeurisme. En dĂ©pit des rĂ´les secondaires criants de vĂ©ritĂ© dans leur stature machiste ou burinĂ©e (Ă  l'instar de l'intervention mafieuse d'un parrain), le film est transcendĂ© de la carrure inflexible de Tom Berenger portant le film Ă  bout de bras de sa stature proscrite. Ce dernier endossant dans une attitude Ă  la fois flegme et renfrognĂ©e un macro au coeur tendre assailli par la culpabilitĂ© de son instinct meurtrier. Il y Ă©mane un saisissant portrait sans concession car Ă  double-tranchant, ce dernier Ă©tant contraint de rĂ©veiller sa tendance destructrice pour la survie de sa compagne et afin d'inhumer son passĂ© galvaudĂ©. 


      D'une violence percutante et d'une morale ambiguĂ«, New-York, deux heures du matin n'a rien perdu de sa puissance d'Ă©vocation de par l'illustration sordide de sa jungle urbaine subordonnĂ©e Ă  la perversion et au crime gratuit. TaillĂ© sur-mesure dans une intrigue solide terriblement magnĂ©tique, ce redoutable psycho-killer exploite notamment avec beaucoup d'efficacitĂ© le caractère oppressant du contexte horrifique parmi la facture psychologique d'un anti-hĂ©ros condamnĂ© Ă  l'impasse après avoir ranimer ses pulsions meurtrières. A ne pas rater. 

      *Bruno Matéï
      14.05.22. 5èx