(Crédit photo : image trouvée via Google, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
"Quand croire devient une nécessité dangereuse."
Marionnette (2020), coproduction entre le Luxembourg, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, se révèle être, dans sa finalité, un excellent thriller psychologique, aussi intelligent qu’efficace dans sa capacité à nous manipuler du début à la fin. Le film avance masqué, jusqu’à ce que sa dernière demi-heure lève enfin le voile - le véritable voile - sur les tenants et aboutissants de ses deux protagonistes.
Au centre du récit, Marianne Winter, pédopsychiatre incarnée par l’excellente hollandaise Thekla Reuten, d’une crédibilité troublante en thérapeute sans fard constamment sur le fil du rasoir jusqu'au point de non retour. Au fil de son enquête, de ses séances avec un enfant de dix ans aussi secret qu’inquiétant, elle perd peu à peu pied avec la réalité, doute de ses certitudes, et commence à accorder une confiance dangereuse à ce garçon qui prétend contrôler l’avenir à travers ses dessins, voire provoquer des incidents.
Le film traite admirablement de l’impossibilité de faire le deuil, de manière originale et déstabilisante, notamment grâce à un twist final remarquable qui reconfigure tout ce que nous pensions avoir vu. C’est précisément là que Marionnette devient passionnant, et sans doute encore davantage à la revoyure, en revisitant l’intégralité du récit à travers le regard fissuré de Marianne et l’imaginaire de cet enfant en souffrance impeccablement modéré par son jeu à la fois trouble, distant, impassible de l'acteur Elijah Wolf.
Narrativement, le film se montre d’une grande efficacité, exploitant avec finesse les codes du fantastique - phénomènes paranormaux, télékinésie suggérée, pouvoir d’influence à distance - sans jamais sombrer dans le spectaculaire, le racoleur ou la complaisance. Tout reste diffus, éthéré, insidieux, niché dans la relation psychologique trouble et inquiétante qui unit la thérapeute et l’enfant en porte-à-faux.
Marionnette porte également une réflexion forte sur la foi. Quand tout est perdu, quand la souffrance devient moralement intolérable, la tentation de se raccrocher à une croyance apparaît comme un dernier refuge. Le film interroge ainsi le besoin de sens face au chaos, la frontière trouble entre soin et emprise, la dangerosité des récits salvateurs, et l’impossibilité, parfois, de guérir sans accepter la perte. Car il n’y a pas de miracle possible quand on refuse la mort.
Nous sommes donc face à un véritable drame psychologique, sombre et ambigu : un film sur la foi comme symptôme, sur le deuil comme maladie de l’âme, et sur le danger de vouloir réparer l’irréparable. Un thriller passé inaperçu, sorti discrètement chez nous via Internet en Novembre 2021 - et c’est bien dommage - car Marionnette mérite d’être découvert avec attention. Pour ma part, je ne regrette absolument pas de m’y être confronté, et j'y retournerai.
— le cinéphile du cœur noir 🖤



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