mardi 5 avril 2016

PERE NOEL ORIGINES

                                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site imdb.com

"Rare Exports: A Christmas Tale" de Jalmari Helander. 2010. Finlande-France-Norvège-Suède. 1h22. Avec Per Christian Ellefsen, Peeter Jakobi, Tommi Korpela, Jorma Tommila, Onni Tommila.

Sortie salles France: 14 Décembre 2011. Norvège: 3 Décembre 2010.

FILMOGRAPHIEJalmari Helander est un réalisateur et un scénariste finlandais né le 21 juillet 1976. 2010: Père Noël Origines. 2014: Big Game (également coscénariste).

ComĂ©die fantastique finlando-franco-norvĂ©gio-suĂ©doise, Père NoĂ«l Origines fit sensation dans les festivals oĂą il fut projetĂ©, notamment Ă  GĂ©rardmer, dont le public lui rĂ©serva un accueil des plus enthousiastes malgrĂ© l’absence de rĂ©compense. InspirĂ© de deux courts-mĂ©trages rĂ©alisĂ©s par Jalmari Helander en 2003 et 2005, le film tire sa force de l’originalitĂ© d’un scĂ©nario rĂ©solument hĂ©tĂ©rodoxe, aussi efficace que truculent. Digne d’une production Amblin des annĂ©es 80, l’intrigue met en scène un hĂ©ros en culotte courte avec une justesse inattendue. Le jeune Onni Tommila incarne Pietari, un redresseur de torts en devenir, animĂ© d’un humanisme Ă  la fois attendri et stoĂŻque, nourri par une relation conflictuelle et inaboutie avec son père.

Synopsis: Alors que des chercheurs amĂ©ricains prĂ©tendent avoir dĂ©couvert l’origine du vĂ©ritable Père NoĂ«l, fossilisĂ© depuis des siècles au cĹ“ur de la montagne Korvatunturi, une sĂ©rie de massacres de rennes inquiète les habitants d’un village voisin. Peu après, Pietari et son père dĂ©couvrent un individu mystĂ©rieux, grièvement blessĂ© dans un piège Ă  loup. Ă€ moitiĂ© nu, mutique, il adopte un comportement aussi placide qu’imprĂ©visiblement violent.

Jouant habilement sur l’attente d’un suspense anxiogène liĂ© au comportement Ă©quivoque de cet Ă©trange vieillard, Père NoĂ«l Origines instille d’abord un mystère diffus, presque sournois, laissant planer la menace d’un danger lĂ©tal. Cette première partie, volontairement trompeuse, amorce ensuite un virage rĂ©jouissant, multipliant incidents et retournements ludiques Ă  travers un dĂ©ferlement d’idĂ©es aussi dĂ©bridĂ©es que dĂ©licieusement irrĂ©vĂ©rencieuses. Le film ose ainsi une reprĂ©sentation du Père NoĂ«l Ă  la fois couillue et salace. Certaines sĂ©quences flirtent avec une allusion dĂ©rangeante Ă  la pĂ©dophilie - lorsque l’inconnu adopte une attention ambiguĂ« face Ă  Pietari, ou lorsque ses complices, poursuivent dans la neige une cargaison d’enfants suspendus Ă  un hĂ©licoptère afin de les châtier pour leur turbulence. Ă€ travers cette incarnation chimĂ©rique de Santa Claus, Helander signe un pied de nez savoureux Ă  la lĂ©gende, nourri d’une dĂ©rision gentiment sarcastique.

Outre l’Ă©nergie d’un rĂ©cit imprĂ©visible, le film sĂ©duit par le charisme inquiĂ©tant de ses Pères NoĂ«l fouettards et par la caractĂ©risation fraternelle des villageois, soudĂ©s face Ă  l’absurde. La posture soudainement martiale du jeune Pietari, s’improvisant meneur avec une conviction inĂ©branlable, parachève l’ensemble avec une Ă©tonnante force Ă©motionnelle.

AnimĂ© d’un humour espiègle et subtilement inventif, portĂ© par une narration exubĂ©rante, Père NoĂ«l Origines repose aussi sur la cohĂ©sion attachante de ses protagonistes, redresseurs de torts mus par une volontĂ© presque capitaliste, plaisamment gouailleuse. Ovni fĂ©erique oĂą le conte de NoĂ«l est diaboliquement dĂ©tournĂ© au profit d’un climat vĂ©nĂ©neux, le film affiche une insolence rafraĂ®chissante, Ă©levant le divertissement fantastique Ă  une maturitĂ© rĂ©jouissante.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

RĂ©compense: Prix de la meilleure rĂ©alisation, 9e Festival du film d’horreur de Wales, mars 2010.

lundi 4 avril 2016

LE FILS DE SAUL. Grand Prix Cannes 2015. Oscar du Meilleur film Etranger, 2015.

                                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Saul fia" de László Nemes. 2015. Hongrie. 1h47. Avec Géza Röhrig, Levente Molnár, Urs Rechn, Todd Charmont, Sándor Zsótér, Uwe Lauer, Björn Freiberg

Sortie salles France: 4 novembre 2015. Hongrie: 11 juin 2015

FILMOGRAPHIELászló Nemes, né à Budapest (Hongrie) le 18 février 1977, est un réalisateur et scénariste hongrois. 2015: Le Fils de Saul.


Malgré ses longueurs récurrentes et un climat austère pesant, un très beau film sur la dignité du deuil infantile durant l'holocauste nazi.

Récompenses: Festival de Cannes 2015 : Grand prix
Prix FIPRESCI
Prix François Chalais
Prix Vulcain de l'artiste technicien de la CST pour l'ingénieur du son Tamás Zányi
Boston Online Film Critics Association Awards 2015 : Meilleur film en langue étrangère
New York Film Critics Circle Awards 2015 : Meilleur premier film
National Board of Review Awards 2015 : Meilleur film en langue étrangère
Golden Globes 2016 : Meilleur film en langue étrangère
Oscars 2016 : Meilleur film en langue étrangère

vendredi 1 avril 2016

LA FORET D'EMERAUDE

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

"The Emerald Forest" de John Boorman. 1985. U.S.A. 1h54. Avec Powers Boothe, Charley Boorman, Ruy Polanah, Meg Foster, Dira Paes, Eduardo Conde, William Rodriguez

Sortie salles France: 26 juin 1985. U.S: 3 juillet 1985.

FILMOGRAPHIE: John Boorman est un réalisateur, producteur, scénariste et acteur américain, né le 18 Janvier 1933 à Shepperton (Royaume-Uni).
1965: Sauve qui peut. 1967: Le Point de non-retour. 1968: Duel dans le pacifique. 1970: Leo the last. 1972: Délivrance. 1974: Zardoz. 1977: L'Exorciste 2. 1981: Excalibur. 1985: La Forêt d'Emeraude. 1987: Hope and Glory. 1990: Tout pour réussir. 1995: Rangoon. 1998: Le Général. 2001: Le Tailleur de Panama. 2003: In my Country. 2006: The Tiger's Tail.


"La forêt amazonienne disparaît au rythme de 2500 hectares par jour. 4 millions d'indiens y vivaient. Il n'en reste que 120 000. Quelques tribus n'ont eu aucun contact extérieur. Il savent encore ce que nous avons oublié." Paragraphe du générique de fin.

Gros succès commercial en France ayant rĂ©uni plus de 2,6 millions de spectateurs Ă  sa sortie en 1985, La ForĂŞt d'Emeraude pâti aujourd'hui d'une certaine indiffĂ©rence chez nous programmateurs audiovisuels en dĂ©pit de sa notable rĂ©putation. Oeuvre Ă©colo dĂ©nonçant la dĂ©forestation auprès de magnats sans vergogne, aventure humaine aussi exaltante que furieusement sauvage, la ForĂŞt d'Emeraude s'inspire d'une histoire vraie lorsqu'un père de famille, ingĂ©nieur de chantier pour la fondation d'un barrage, s'efforça durant plus de 10 ans Ă  retrouver son fils enlevĂ© par une ethnie indienne. Choc des cultures entre la civilisation moderne et celle archaĂŻque d'une tribu indigène, John Boorman nous dĂ©peint scrupuleusement les us et coutumes des "Invisibles" avant que l'homme moderne ne vienne piĂ©tiner leur terre pour les chasser dans un motif pĂ©cuniaire. Par ces rapports de force dĂ©loyaux Ă©mane un saisissant contraste entre les chantiers en construction et le bout de terrain forestier que les "Invisibles" dĂ©sespèrent Ă  prĂ©server malgrĂ© leur foi en une mère nature philanthrope.


Observant de prime abord avec souci documentaire leur condition de vie harmonieuse parmi le tĂ©moignage du père recueilli au sein leur foyer depuis une rixe contre les FĂ©roces (un peuple amazonien autrement hostile), Boorman dĂ©clare sa flamme Ă  la faune, la flore et Ă  l'indien qui y rĂ©side dans un florilège d'images dantesques sublimant sa nature paradisiaque. Faisant preuve d'une rĂ©flexion mystique quant aux pouvoirs occultes d'une ethnie pacifique, La ForĂŞt d'Emeraude prend la tournure d'un conte existentiel sous l'autoritĂ© de dame nature prĂŞte Ă  perpĂ©trer sa revanche contre la cupiditĂ© de notre civilisation moderne. Par le biais d'une poignante histoire d'amour entre un père et son fils, la narration finit par amorcer une tournure plus dramatique et violente lorsque le paternel, conscient de sa culpabilitĂ© vĂ©nale, finit par prendre conscience que son rejeton ne pourra jamais s'adapter Ă  sa sociĂ©tĂ© de consommation fondĂ©e sur le goĂ»t du lucre, la perversion du profit et l'exploitation humaine (celle des ouvriers mais aussi la traite des blanches que les "fĂ©roces" nĂ©gocieront au profit d'armes vendus par la pègre).


PĂ©riple initiatique d'un duo parental plongĂ© dans une sociĂ©tĂ© primitive antimatĂ©rialiste oĂą la nature se porte garante Ă  prĂ©server leur civilisation bâtie sur la tolĂ©rance, le respect d'autrui et l'amour patriarcal, La ForĂŞt d'Emeraude nous laisse un goĂ»t d'amertume lorsque John Boorman nous dĂ©visage de notre corruption vĂ©nale et de notre irrespect pour l'environnement. Magnifique.

jeudi 31 mars 2016

La Maison de la Terreur / La Casa con la scala nel buio / Blade in the Dark

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com  

de Lamberto Bava. 1983. Italie. 1h48 (version intégrale) - 1h36 (France). Avec Andrea Occhipinti, Anny Papa, Fabiola Toledo, Michele Soavi, Valeria Cavalli, Stanko Molnar.

Sortie salles France: 23 décembre 1987. Italie: 11 mai 1983

FILMOGRAPHIE: Lamberto Bava est un réalisateur et scénariste italien, né le 3 avril 1944 à Rome.
1980: Baiser Macabre. 1983: La Maison de la Terreur. 1984: Apocalypse dans l'océan rouge. 1984: Blastfighter. 1985: Demons. 1985: Midnight Horror. 1986: Demons 2. 1991: Body Puzzle. 2006: Ghost Son.


Largement inspirĂ© par TĂ©nèbres d'Argento et un peu moins de Blow Up (pour la rĂ©solution de l'assassin Ă  travers une pellicule), Lamberto Bava nous offre avec la Maison de la Terreur un sympathique ersatz du Giallo Ă  dĂ©faut de nous passionner vers une ultime demi-heure un tantinet poussive par moments. Hormis ce lĂ©ger handicap, le cinĂ©aste parvient Ă  instaurer un suspense soutenu au sein de son thriller typiquement transalpin, ponctuĂ© comme le veut la tradition de meurtres sanglants assez rĂ©ussis pour nous impressionner en mode viscĂ©ral. Le PitchMusicien pour le cinĂ©ma, Bruno loue une rĂ©sidence afin de parfaire sa dernière composition en toute tranquillitĂ©. Alors qu'une jeune voisine vient lui rendre visite pour l'accoster, cette dernière est assassinĂ©e par un mystĂ©rieux rĂ´deur. Inquiet par sa disparition, Bruno ne tarde pas Ă  suspecter qu'un meurtre vient d'ĂŞtre commis dans sa villa. Par le biais du huis-clos domestique auquel l'ombre du tueur plane Ă  chaque recoin, Lamberto Bava nous confectionne donc un psycho-killer anxiogène futilement atmosphĂ©rique. 


Par l'entremise d'un leitmotiv musical (parfois rĂ©barbatif avouons-le) et d'une scĂ©nographie domestique aimablement stylisĂ©e, le cinĂ©aste s'efforce de singer le cinĂ©ma d'Argento si bien que certains plans dans les poursuites et exactions (la position des victimes, l'amĂ©nagement du jardin de la villa) semblent avoir Ă©tĂ© calquĂ©s sur TĂ©nèbres (notamment la tenue vestimentaire des voluptueuses actrices lascives). Sans compter ses Ă©clairages oniriques chargĂ©s de teintes limpides et bleu-ciel afin d'agrĂ©menter son design domestique. Pourtant, ce sentiment largement rĂ©fĂ©rentiel est palliĂ© par la sincĂ©ritĂ© de Lamberto Bava soucieux d'y façonner un psycho-killer Ă©trangement inquiĂ©tant au sein d'un dĂ©dale mortuaire. Le cinĂ©aste transfigurant avec application permanente chaque recoin de la demeure Ă  l'instar d'un théâtre macabre batifolant avec la mort. Qui plus est, il parvient avec assez de crĂ©ativitĂ© Ă  styliser deux meurtres dans la manière d'assassiner suivi de l'art de l'agonie morbide. Sans dĂ©florer la rĂ©solution de l'intrigue Ă©galement inspirĂ©e d'un grand classique du genre, Bava finalise sa conclusion avec une certaine habiletĂ© afin de justifier la pathologie traumatique du tueur en corrĂ©lation avec le cinĂ©ma de genre.


Hormis un jeu d'acteurs perfectible quelque peu attachant dans leur modeste sincĂ©ritĂ© et les rĂ©fĂ©rences saillantes empruntĂ©es Ă  TĂ©nèbres (esthĂ©tisme limpide Ă  l'appui au sein d'une villa harmonieuse), La Maison de la Terreur dilue un mystère latent gentiment magnĂ©tique autour de fulgurances criminelles Ă  la fascination morbide. S'efforçant de rendre une copie de travail formellement ciselĂ©e, Lamberto Bava s'extirpe miraculeusement de la mĂ©diocritĂ© grâce Ă  son aimable ambition d'Ă©muler son maĂ®tre, et ce en dĂ©pit de quelques baisses de rythme (et d'intĂ©rĂŞt) lors de sa dernière partie rehaussĂ©e d'un final crĂ©dible. 

Dédicace à Céline Trinci.

*Bruno
23/03/23. 3èx.

mercredi 30 mars 2016

Démons 2

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site avoir-alire.com

de Lamberto Bava. 1986. Italie. 1h31. Avec David Edwin Knight, Nancy Brilli, Coralina Cataldi-Tassoni, Bobby Rhodes, Asia Argento.

Sortie salles France: 27 Mars 1987

FILMOGRAPHIE: Lamberto Bava est un réalisateur et scénariste italien, né le 3 avril 1944 à Rome.
1980: Baiser Macabre. 1983: La Maison de la Terreur. 1984: Apocalypse dans l'océan rouge. 1984: Blastfighter. 1985: Demons. 1985: Midnight Horror. 1986: Demons 2. 1991: Body Puzzle. 2006: Ghost Son.


Un an après le succès de Démons, Lamberto Bava rempile pour une suite aussi lucrative façonnée avec cette même sincérité et générosité dans son alliage d'action et de gore typiquement transalpins. Exploitant à nouveau l'unité de lieu par le biais d'un vaste immeuble, l'intrigue se focalise en premier acte sur la réception mouvementée d'un anniversaire d'étudiante. Alors qu'à la TV est diffusée une série B d'horreur captivante, eu égard de la fascination des spectateurs, un démon s'extirpe de la lucarne pour y agresser la locataire de la fiesta. Brièvement possédée par le Mal, elle transmet sa contagion auprès de ses camarades. C'est le début d'une épreuve de survie que quelques rescapés vont tenter de surpasser depuis leur condition d'embrigadement. Car privés d'électricité et incapables de s'extirper de leur appartement, ils vont user de bravoure et d'adresse pour se prémunir contres les affronts démoniaques.


Plaisir innocent du samedi soir comme le fut brillamment son congĂ©nère, DĂ©mons 2 exploite le filon d'un succès mĂ©ritĂ© en surenchĂ©rissant dans l'action et le gore festifs. Multipliant les situations de claustration au sein d'un ascenseur, d'un club de muscu et de 2/3 appartements, l'intrigue alterne les allers/retour sur la condition recluse de survivants scindĂ©s en groupe. De par la vigueur des affrontements sanglants aussi improbables que dĂ©lirants s'ajoute la qualitĂ© artisanale d'effets spĂ©ciaux souvent spectaculaires (le clin d'oeil ironique Ă  Videodrome ou encore le ghoulie s'extirpant de l'estomac d'un marmot). EmaillĂ© de sĂ©quences oniriques stylisĂ©es (l'apparition nocturne des dĂ©mons aux yeux fluorescents), DĂ©mons 2 fait notamment preuve d'inventivitĂ© dans leur aspect grand-guignolesque, Ă  l'instar du chien et du bambin en phase de mutation. BordĂ©lique Ă  plus d'un titre, les sĂ©quences horrifiques se succèdent sans rĂ©pit dans une ambiance de folie expansive si bien que survivants et dĂ©mons se combattent avec la mĂŞme insolence primitive. Nombre de sĂ©quences parfois grotesques sombrant dans l'hilaritĂ© improvisĂ©e, tant par le cabotinage outrĂ© des comĂ©diens que certaines stratĂ©gies d'attaque amorcĂ©es en vĂ©hicules. Ce climat d'hystĂ©rie collective se traduit aussi par la physionomie spumescente des monstres vocifĂ©rant insatiablement leur soif d'exactions !  Du pur rĂ©gal 100% fun.


Si l'effet de surprise est rompu et que le scĂ©nario Ă©lĂ©mentaire repose uniquement sur l'esbroufe, Demons 2 renoue gĂ©nĂ©reusement avec l'esprit ludique du survival en huis-clos, la touche surrĂ©aliste en sus. Lamberto Bava s'efforçant de renouveler l'action des pugilats sanglants en exploitant habilement l'Ă©clectisme des dĂ©cors. Une bisserie d'exploitation au charme encore plus factuel qu'Ă  sa glorieuse Ă©poque que les fans ne se lasseront jamais de revisionner. 

La Chronique de Demons: http://brunomatei.blogspot.fr/2013/05/demons-demoni.html

*Bruno
29.04.25. VF à privilégier. 4è
04.01.24. Vistfr
22.05.24. VF

mardi 29 mars 2016

COCOON. Oscar 87 du meilleur acteur pour Don Ameche.

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site movieposter.com 

de Ron Howard. 1985. U.S.1. 1h56. Avec Don Ameche, Wilford Brimley, Hume Cronyn, Brian Dennehy, Jack Gilford, Steve Guttenberg, Maureen Stapleton, Jessica Tandy

Sortie salles France: 27 Novembre 1985. U.S: 21 Juin 1985

FILMOGRAPHIE: Ron Howard est un réalisateur et acteur américain, né le 1er Mars 1954 à Duncan, Oklahoma.
1977: Lâchez les bolides. 1982: Les Croque-morts en folie. 1984: Splash. 1985: Cocoon. 1985: Gung Ho. 1988: Willow. 1989: Portrait craché d'une famille modèle. 1990: Backdraft. 1992: Horizons Lointains. 1994: Le Journal. 1995: Apollo 13. 1996: La Rançon. 1999: En direct sur Ed TV. 2000: Le Grinch. 2001: Un Homme d'Exception. 2003: Les Disparus. 2005: De l'ombre à la lumière. 2006: Da Vinci Code. 2008: Frost/Nixon. 2009: Anges et Démons. 2011: Le Dilemme. 2013: Rush. 2014: Au coeur de l'Océan. 2016: Inferno.


Enorme succès commercial Ă  sa sortie en salles si bien qu'une suite fut rapidement mise en chantier 3 ans plus tard, Cocoon s'inspire clairement du cinĂ©ma de Spielberg par son esprit fĂ©erique Ă  exploiter une intervention extra-terrestre avec une sobre simplicitĂ©. DĂ©nuĂ© de prĂ©tention mais s'appuyant sur la facilitĂ© des bons sentiments, Ron Howard aborde les thèmes de la vieillesse et de l'acceptation du deuil parmi l'efficacitĂ© d'un pitch pittoresque. Dans une maison de retraite, un trio d'acolytes sclĂ©rosĂ©s parvient Ă  rajeunir après avoir pataugĂ© dans la piscine d'une propriĂ©tĂ© privĂ©e. Seulement, l'endroit est Ă©galement le refuge d'un groupe extra-terrestre venu y dĂ©poser des cocons après que ces derniers eurent Ă©tĂ© soutirĂ©s de l'ocĂ©an. Leur stratagème est donc de rĂ©cupĂ©rer leurs comparses pour les rapatrier dans leur lointaine galaxie après des siècles d'hibernation.


ComĂ©die fantastique Ă  l'esprit de lĂ©gèretĂ© et de fraĂ®cheur, Cocoon cultive une indĂ©niable sympathie en la prĂ©sence pĂ©tulante de couples du 3è âge en instance de renaissance puis celle attendrissante d'E.T candides (FX adroits Ă  l'appui pour consolider leur apparence incandescente). Les comĂ©diens septuagĂ©naires s'en donnant Ă  coeur joie dans leur dynamique de groupe Ă  concerter les virĂ©es nocturnes avec une appĂ©tence de libertĂ© qui incitera les autres pensionnaires Ă  se jeter dans la piscine de jouvence. Au-delĂ  de la fougue extravertie de ces vĂ©tĂ©rans du 3è âge, l'acteur Steve Guttenberg prĂŞte son talent de distrait empotĂ© avec beaucoup de naturel, quand bien mĂŞme sa partenaire fĂ©minine campĂ©e par la dĂ©licieuse Tahnee Welch (fille de Raquel Welch s'il vous plait !) insuffle un charme concupiscent dans une fonction gentiment fallacieuse. RĂ©flexions sur le sens de la vieillesse et l'injustice de la mort, Ron Howard les abordent avec humour, Ă©motion poignante et poĂ©sie sous l'impulsion d'une idĂ©ologie spirituelle. Nos retraitĂ©s ayant finalement optĂ© pour une vie Ă©ternelle, on peut y voir une mĂ©taphore sur l'acceptation du deuil du point de vue de la famille endeuillĂ©e par la disparition de l'ĂŞtre aimĂ©e. MalgrĂ© l'Ă©vidente naĂŻvetĂ© de son traitement et le cĂ´tĂ© superficiel de la rĂ©alisation, Ron Howard s'extirpe de ses lacunes grâce Ă  la complicitĂ© fougueuse des comĂ©diens et l'originalitĂ© du sujet compromettant la survie d'E.T et de vieillards parmi l'esprit rĂ©dempteur de la fraternitĂ©.


Conte fĂ©erique sur la fidĂ©litĂ© de l'amour et l'acceptation de la mort, Cocoon repose sur la sincĂ©ritĂ© de Ron Howard Ă  s'influencer modestement du cinĂ©ma de Spielberg. Hormis l'aspect un peu mièvre du climat onirique et de sa caractĂ©risation humaine pleine d'optimisme, ce spectacle familial tire parti de son attrait grâce Ă  l'efficacitĂ© du concept fantasmatique (la cure de rajeunissement chez des retraitĂ©s en fin de vie) oĂą les comĂ©diens laissent libre court Ă  une insolence galvanisante. 

RĂ©compenses: 1986 : Oscar du meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Don Ameche
1986 : Oscar des meilleurs effets visuels pour Industrial Light & Magic
1986 : Saturn Award du meilleur réalisateur pour Ron Howard

29.03.16 (4èx)
07.06.02

lundi 28 mars 2016

LA LEGENDE DE BEOWULF

                                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Beowulf" de Robert Zemeckis. 2007. U.S.A. 1h55. Avec Ray Winstone, Anthony Hopkins, Angelina Jolie, John Malkovich, Robin Wright, Brendan Gleeson, Crispin Glover, Alison Lohman

Sortie salles France: 21 Novembre 2007. U.S: 16 Novembre 2007

FILMOGRAPHIE: Robert Zemeckis est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 14 Mai 1951 à Chicago (Illinois).
1978: Crazy Day. 1980: La grosse Magouille. 1984: A la Poursuite du diamant vert.1985: Retour vers le Futur. 1988: Qui veut la peau de Roger Rabbit. 1989: Retour vers le Futur 2. 1990: Retour vers le Futur 3. 1992: La Mort vous va si bien. 1994: Forrest Gump. 1997: Contact. 2000: Apparences. 2000: Seul au monde. 2004: Le Pôle Express. 2007: La Légende de Beowulf. 2009: Le Drôle de Noël de Mr Scrooge. 2013: Flight. 2015: The Walk.


Entièrement rĂ©alisĂ© en performance capture que Zemeckis avait dĂ©jĂ  utilisĂ© pour Le Pole Express, la LĂ©gende de Beowulf retrace le parcours fallacieux d'un illustre guerrier compromis par sa cupiditĂ© et son dĂ©sir de notoriĂ©tĂ©. C'est après avoir vaillamment combattu le monstre Grendel que la mère de ce dernier se rĂ©signe Ă  lui soumettre un pacte en guise de vengeance. AttisĂ© par la place du trĂ´ne que le roi Hroogar lui avait dĂ©jĂ  promis s'il rapportait la tĂŞte du monstre, Beowulf accepte d'enfanter un fils Ă  la mère de Grendel et de lui cĂ©der une licorne d'or afin d'acquĂ©rir la gloire. Spectacle d'hĂ©roic-Fantasy regorgeant de bravoures homĂ©riques très impressionnantes (les interventions erratiques du monstre, le combat Ă©pique avec le dragon), la LĂ©gende de Beowluf traduit une belle vigueur dans la fluiditĂ© des combats aĂ©riens et des pugilats sanglants. Effrayant Ă  plus d'un titre, de par son apparence putrescente et ses exactions impitoyables, Grendel parvient pourtant Ă  nous susciter une certaine compassion par sa condition de victime malgrĂ© lui avec l'appui d'une mère chĂ©rissant.


Mais au-delĂ  du ressort trĂ©pidant des affrontements bellicistes chorĂ©graphiĂ©s avec inventivitĂ©, le spectacle moyenâgeux puise notamment sa densitĂ© dans la caractĂ©risation humaine de ses personnages. L'intrigue vĂ©nĂ©neuse se focalisant sur les actes et les consĂ©quences morales de Beowulf depuis sa rencontre avec une crĂ©ature divine. Guerrier aguerri reconnu pour son courage et sa force physique, ce dernier n'hĂ©site pas Ă  duper son entourage sur les circonstances de ses exploits hĂ©roĂŻques. Sans jamais cĂ©der Ă  la surenchère gratuite (l'action Ă©tant au service d'un fil narratif privilĂ©giant la passation de pouvoir entre souverains liĂ©s au secret), Zemeckis amorce une ampleur Ă  la dimension humaine quant au cheminement de perdition de Beowulf. Notamment lorsque sa remise en question Ă©veillera chez lui culpabilitĂ© et dĂ©sir de rĂ©demption quelques dĂ©cennies après ses triomphes. HĂ©ros torturĂ© d'avoir lâchement trompĂ© les siens au prix de la cĂ©lĂ©britĂ© et de la cupiditĂ©, Beowulf nous insuffle une inĂ©vitable empathie depuis sa conscience meurtrie d'avoir osĂ© tolĂ©rer un pacte avec le diable. C'est sous l'apparence trompeuse d'une dĂ©esse plantureuse que notre hĂ©ros cĂ©da mĂŞme si celle-ci profita de ces pouvoirs occultes pour mieux l'assouvir. EsthĂ©tiquement envoĂ»tant et richement dĂ©taillĂ© pour retranscrire avec rĂ©alisme et onirisme une scĂ©nographie mĂ©diĂ©vale inscrite dans le bruit et la fureur, la LĂ©gende de Beowulf alterne l'action spectaculaire et l'Ă©motion poignante, notamment avec le soutien moral du second-rĂ´le fĂ©minin, Wealtheow. Une Ă©pouse mĂ©lancolique lucide de ses Ă©checs conjugaux depuis les trahisons communes de Hroogar et Beowulf auprès de leurs pairs.


A travers la simplicitĂ© d'un scĂ©nario efficacement structurĂ©, la LĂ©gende de Beowulf insuffle une belle densitĂ© humaine pour le profil insidieux d'une lĂ©gende hĂ©roĂŻque fascinĂ©e par le pouvoir. Sous couvert d'un film d'aventures haletant et violent, c'est donc un divertissement anticonformiste que nous propose Zemeckis en taillant la carrure d'un hĂ©ros faillible conscient de ses faiblesses humaines.  

vendredi 25 mars 2016

Sweeney Todd: Le Diabolique Barbier de Fleet Street

                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Sweeney Todd: The Demon Barber of Fleet Street" de Tim Burton. 2007. U.S.A/Angleterre. 1h56. Avec Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Alan Rickman, Edward Sanders, Jamie Campbell Bower, Timothy Spall, Jayne Wisener

Sortie salles France: 23 janvier 2008. U.S: 21 Décembre 2007

FILMOGRAPHIE: Timothy William Burton, dit Tim Burton, est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 25 Août 1958 à Burbank en Californie. 1985: Pee-Wee Big Adventure. 1988: Beetlejuice. 1989: Batman. 1990: Edward aux mains d'argent. 1992: Batman, le Défi. 1994: Ed Wood. 1996: Mars Attacks ! 1999: Sleepy Hollow. 2001: La Planète des Singes. 2003: Big Fish. 2005: Charlie et la Chocolaterie. 2005: Les Noces Funèbres. 2007: Sweeney Todd. 2010: Alice au pays des Merveilles. 2012: Dark Shadows. 2012: Frankenweenie. 2014: Big Eyes. 2016 : Miss Peregrine's Home for Peculiar Children.


D’après un roman publiĂ© en 1846 par Malcolm Rymer et Thomas Peckett, Sweeney Todd s’inspirerait des exactions d’un vĂ©ritable serial killer : un barbier ayant sĂ©vi Ă  Paris au XIVᵉ siècle avec la complicitĂ© d’un pâtissier installĂ© en face de son Ă©choppe, lequel cuisinait des pâtĂ©s en croĂ»te Ă  partir des cadavres livrĂ©s par son acolyte. AdaptĂ©e au fil du temps au cinĂ©ma, en tĂ©lĂ©film, en radiophonie et en théâtre — de 1847 jusqu’en 2006 -, la lĂ©gende rĂ©apparaĂ®t en 2007 sous la forme d’une comĂ©die musicale horrifique sous la houlette de Tim Burton. Ă€ la vision d’un tel spectacle, Ă  la fois iconoclaste et hardcore, on se demande encore comment le cinĂ©aste a pu convaincre Hollywood de financer pareille entreprise. Burton ne lĂ©sine pas sur les gerbes de sang, offrant des Ă©gorgements d’un rĂ©alisme tranchant, tout en orchestrant une fable de vengeance, de romance et de folie. Le film retrace le sombre destin de Benjamin Barker, barbier londonien emprisonnĂ© quinze ans pour un motif dĂ©risoire par la cruautĂ© d’un juge vĂ©reux, Ă©pris de sa femme. Devenu Sweeney Todd, et Ă©paulĂ© par une pâtissière spĂ©cialiste des tourtes Ă  la viande, il prĂ©pare sa terrible revanche contre le juge Turpin (impeccable Alan Rickman, entre orgueil tranquille et cruautĂ© dĂ©complexĂ©e), tout en espĂ©rant retrouver son Ă©pouse prisonnière de cet imposteur.


ÉmaillĂ© de mĂ©lodies Ă©clectiques chantonnĂ©es avec emphase par une troupe habitĂ©e, Sweeney Todd oscille sans cesse entre comĂ©die et horreur pure, brassant des Ă©motions d’une austĂ©ritĂ© funèbre. PortĂ© par un apparat gothique - dĂ©cors expressionnistes, costumes endeuillĂ©s, photo dĂ©saturĂ©e, reconstitution criante de vĂ©ritĂ© - le film enivre la vue, guidĂ© par le duo maudit Todd/Mrs. Lovett. Johnny Depp incarne avec froideur hiĂ©ratique un barbier mĂ©lancolique rongĂ© par une rancune incurable, tandis qu’Helena Bonham Carter oppose une sensualitĂ© trouble, complice secrètement amoureuse dont le regard vĂ©nĂ©neux insuffle une sournoiserie subtile. Si l’intrigue dramatique sacrifie le suspense Ă  la mĂ©canique implacable de la vengeance, le film sĂ©duit et effraie par son ambiance hybride, quasi indicible, oĂą la violence barbare se mĂŞle Ă  une galerie d’âmes corrompues. Le rĂ©alisme du climat opaque - parfois dĂ©pressif - dĂ©concerte, d’autant que la tournure cruelle des Ă©vĂ©nements ne laisse place Ă  aucune illusion. La folie du barbier est retranscrite sans romantisme, jusqu’Ă  l’issue nihiliste de l’Ă©pilogue qui laisse sans voix.


Tour Ă  tour baroque et sardonique, profondĂ©ment malsain et sordide, romantique et tragiquement cruel, Sweeney Todd s’impose comme un spectacle horrifique hallucinĂ©, alliant l’ivresse des numĂ©ros musicaux Ă  la sauvagerie d’un ultra-gore Ă  couper au rasoir. Refusant le divertissement ludique, Tim Burton cisèle avec une virtuositĂ© technique un ofni inclassable, convoquant Ă  la fois l’hĂ©ritage du muet et la modernitĂ© de l’horreur graphique. Par son climat onirico-macabre, aussi mĂ©phitique qu’envoĂ»tant, le film prĂ©vient d’emblĂ©e le spectateur : son aura vitriolĂ©e ne laisse pas indemne. Ĺ’uvre magnifique, mais traversĂ©e d’un dĂ©sespoir mĂ©lancolique en perdition morale, elle laisse dans la bouche une amertume dramatique difficile Ă  digĂ©rer sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique clos.
Public averti.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
2èx. 29.08.25. Vost

jeudi 24 mars 2016

STAR WARS, EPISODE VII: LE REVEIL DE LA FORCE

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site dvdsreleasedates.com

"Star Wars Episode VII: The Force Awakens" de J. J. Abrams. 2015. U.S.A. 2h18. Avec Daisy Ridley, John Boyega, Oscar Isaac, Adam Driver, Harrison Ford, Carrie Fisher, Mark Hamill, Peter Mayhew et Joonas Suotamo, Domhnall Gleeson

Sortie salles France: 16 décembre 2015. U.S: 18 Décembre 2015

FILMOGRAPHIE: J.J Abrams est un réalisateur, producteur, compositeur, acteur et scénariste américain pour le cinéma et la télévision, né le 27 Juin 1966 à New-york. Il est en outre le créateur des séries TV, Lost, Alias, Felicity, Fringe, Undercovers, Alcatraz et Obb Jobs.
2006: Mission Impossible 3. 2009: Star Trek. 2011: Super 8. 2013: Star Trek into the darkness. 2015: Star Wars, le réveil de la force.


                                     Comme on dit si bien: l'avatar ne vaudra jamais l'original.

Emaillé de séquences d'action à couper le souffle et de la rencontre franchement poignante du duo séculaire Harrison FordCarrie Fisher, un sympathique divertissement aux intentions sincères évidentes (réconcilier l'ancienne et la nouvelle génération du public) mais dénué d'âme, de fureur et de passion, d'intensité dramatique et de chaleur humaine (ou si peu, à l'instar de son climat austère !), faute d'un scénario scolaire aux enjeux vides d'intérêt (2h07 pour entrevoir l'apparition escomptée de Luke Skywalker !).

P.S: Mention spĂ©ciale pour la rĂ©vĂ©lation Daisy Ridley tout Ă  fait convaincante dans son rĂ´le juvĂ©nile d'insurgĂ©e en initiation hĂ©roĂŻque.


mercredi 23 mars 2016

EDWARD AUX MAINS D'ARGENT. Oscar du Meilleur Maquillage, 1991.

                                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site chuckyg.com

"Edward Scissorhands" de Tim Burton. 1990. U.S.A. 1h45. Avec Johnny Depp, Winona Ryder, Dianne Wiest, Anthony Michael Hall, Alan Arkin, Kathy Baker, Robert Oliveri, Vincent Price.

Sortie salles France: 10 Avril 1991. U.S: 14 Décembre 1990

FILMOGRAPHIE: Timothy William Burton, dit Tim Burton, est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 25 Août 1958 à Burbank en Californie. 1985: Pee-Wee Big Adventure. 1988: Beetlejuice. 1989: Batman. 1990: Edward aux mains d'argent. 1992: Batman, le Défi. 1994: Ed Wood. 1996: Mars Attacks ! 1999: Sleepy Hollow. 2001: La Planète des Singes. 2003: Big Fish. 2005: Charlie et la Chocolaterie. 2005: Les Noces Funèbres. 2008: Sweeney Todd. 2010: Alice au pays des Merveilles. 2012: Dark Shadows. 2012: Frankenweenie. 2014: Big Eyes. 2016 : Miss Peregrine's Home for Peculiar Children.


Après nous avoir surpris avec Beetlejuice et Batman, Tim Burton transcende son talent de conteur baroque Ă  travers Edward aux mains d'argent, merveille d'Ă©motions d'une fulgurance fĂ©erique. L'intrigue retraçant avec beaucoup de fantaisies puis une gravitĂ© exponentielle les vicissitudes d'une crĂ©ature humaine affublĂ©e de cisailles en guise des mains. Autrefois créé par un inventeur de gĂ©nie, ce dernier mourut avant mĂŞme de lui substituer de vĂ©ritables poignes. Après avoir visitĂ©e l'antre de son château, une commerciale en esthĂ©tique dĂ©cide de l'adopter au sein de sa famille depuis son isolement. Rapidement, les voisins du quartier affluent afin de faire connaissance avec l'Ă©trange phĂ©nomène. Abordant avec acuitĂ© les thèmes de l'intolĂ©rance, du prĂ©jugĂ©, du racisme et du fanatisme religieux, Edward aux mains d'argent milite pour le droit Ă  la diffĂ©rence sous l'impulsion d'une impossible romance. Car si Edward fascine irrĂ©mĂ©diablement son entourage par ses talents artistiques de sculpteur en horticulture et en coiffure; la jalousie, la rancoeur et la couardise de seconds rĂ´les vont l'entraĂ®ner vers le lynchage communautaire. 


Variation moderne de Frankenstein pour l'innocence du monstre fĂ©ru de maladresses Ă  diffĂ©rencier les valeurs du bien et du mal en l'absence parentale, et pour sa condition criminelle, Edward aux mains d'argent traduit en seconde partie un goĂ»t pour la romance pure sous le pilier d'un onirisme enchanteur. Les flocons de neiges et les sculptures de glaces ornementales faisant office de symbole d'espoir pour la correspondance des amants maudits. EmaillĂ© d'instants irrĂ©sistibles de cocasserie pour l'acclimatation malhabile d'Edward au sein d'une sociĂ©tĂ© conformiste fondĂ©e sur le paraĂ®tre (les caprices et les idĂ©es prĂ©conçues des voisines ont Ă©galement leur part de responsabilitĂ© pour la dĂ©chĂ©ance colĂ©rique de ce dernier), l'intrigue finit par cĂ©der Ă  une dramaturgie toujours plus inquiĂ©tante lorsque la fille des Boggs finit par lui Ă©prouver des sentiments en dĂ©pit de la jalousie de son compagnon. Winona Ryder endossant avec pudeur du regard en Ă©moi une fille touchĂ©e par la grâce amoureuse dans sa fragile Ă©lĂ©gance. Oscillant la maladresse et le talent pictural dans sa posture excentrique de monstre infantile, Johnny Depp livre sans doute l'un de ses rĂ´les les plus prĂ©gnants tant il parvient par l'appui du mimĂ©tisme et du regard candide Ă  provoquer une intense Ă©motion au fil de son insertion sociale. Ce dernier se confrontant Ă  un concours de circonstances infortunĂ©es depuis son influence manipulable et son handicap tactile.  


Joyaux noir aussi baroque que cruel pour la situation galvaudĂ©e du monstre, conte de noĂ«l d'un onirisme enchanteur pour la romance singulière du couple, Edward aux mains d'Argent cĂ©lèbre les notions de candeur et de puretĂ© avec une Ă©motion toujours plus rigoureuse. Soutenu par l'Ă©lĂ©gie Ă©vocatrice de Danny Elfman, ce manifeste pour le droit Ă  la diffĂ©rence oppose brillamment le blanc et le noir lorsque l'amour se retrouve bafouĂ© par l'intolĂ©rance, l'ignorance et la jalousie. Un chef-d'oeuvre d'une grande fragilitĂ© humaine.  

Dédicace à Audrey Dupuis

mardi 22 mars 2016

L'ANNEE DU DRAGON

                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cityonfire.com

"Year of the Dragon" de Michael Cimino. 1985. U.S.A. 2h14. Avec Mickey Rourke, John Lone, Ariane Koizumi, Leonard Termo, Victor Wong, Dennis Dun, Raymond J. Barry
                         
Sortie salles France: 13 novembre 1985. U.S: 16 aoĂ»t 1985

FILMOGRAPHIE: Michael Cimino est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 3 février 1939 à New-York.
1974: Le Canardeur. 1978: Voyage au bout de l'enfer. 1980: La Porte du Paradis. 1985: L'Année du Dragon. 1987: Le Sicilien. 1990: La Maison des Otages. 1996: The Sunchaser. 2007: Chacun son cinéma - segment No Translation Needed.

Grand polar des annĂ©es 80 qui redora le blason de Michael Cimino après le four financier de La Porte du paradis, L'AnnĂ©e du dragon est l’occasion singulière de tailler une carrure antipathique Ă  un hĂ©ros rĂ©actionnaire.

Souhaitant Ă  tout prix alpaguer un baron de la drogue au sein du quartier de Chinatown, Stanley White nous est dĂ©crit comme un capitaine ingrat, inscrit dans un individualisme forcenĂ©. Un chien fou aux mĂ©thodes expĂ©ditives, qui entraĂ®nera des dommages collatĂ©raux auprès de son entourage, quand bien mĂŞme son rĂ´le d’Ă©poux infidèle le rĂ©duit Ă  l’Ă©tat de goujat incorrigible. C’est d’ailleurs durant ce dĂ©sordre conjugal qu’il extĂ©riorise sa colère sur le terrain, avant de se rĂ©conforter maladroitement dans les bras d’une sĂ©duisante journaliste.

Dans une subtile structure narrative, Ă  la manière d’un opĂ©ra aux accents lyriques, Michael Cimino dĂ©peint la situation chaotique d’une citĂ© urbaine oĂą trafics et exactions de triades sont savamment planifiĂ©s. Au sein de cette pègre intouchable, commanditĂ©e par le magnat Joey Tai, Stanley White s’est jurĂ© de nettoyer les quartiers de cette vermine en provoquant orgueilleusement son ennemi jurĂ©.

Prenant grand soin d’ausculter le profil torturĂ© d’un flic sur la dĂ©rive, Cimino accorde beaucoup de crĂ©dit Ă  nous familiariser avec son quotidien conjugal afin de renforcer l’intensitĂ© des enjeux et de nous alerter sur sa responsabilitĂ© morale face aux consĂ©quences criminelles qu’il engendre.

Par son incapacitĂ© Ă  se remettre en question ("J’aimerais devenir un type sympa, mais je ne sais pas comment faire !" s’exclamera-t-il dans la conclusion), sa prĂ©tention et son arrogance Ă  provoquer la mafia, Ă©mergent une sĂ©rie d’affrontements punitifs dont White et Tai seront les principaux instigateurs.

Dans sa fonction irritable de flic rageur, Mickey Rourke explose une fois de plus l’Ă©cran, endossant la carrure pugnace d’un justicier aux confins de la folie. Sa volontĂ© constante d’Ă©radiquer Ă  tout prix les trafiquants donne lieu Ă  des pugilats sanglants que Cimino orchestre avec virtuositĂ©. Une violence âpre, insufflant par ailleurs une intensitĂ© dramatique rigoureuse, notamment dans le sacrifice des innocents.

Par son rythme haletant, mais aussi ses plages d’accalmie mettant en lumière la caractĂ©risation fĂ©brile et tourmentĂ©e des protagonistes, L'AnnĂ©e du dragon dĂ©ploie sa trajectoire sous le prisme d’une dimension humaine dĂ©sespĂ©rĂ©e.

Chemin de croix d’un jeune loup suicidaire dans sa soif de justice et de vendetta, L'AnnĂ©e du dragon transfigure avec brio imperturbable le portrait peu recommandable d’un reprĂ©sentant de l’ordre sur le fil du rasoir. Par le biais de sa dĂ©chĂ©ance morale, de sa responsabilitĂ© assumĂ©e et de son courage burnĂ©, Michael Cimino y dĂ©nonce l’impossible dĂ©racinement d'une emprise mafieuse implantĂ©e sur un territoire Ă©tranger. D’un rĂ©alisme opaque dans sa facture, aussi Ă©pique que poignant, ce chef-d’Ĺ“uvre du polar sĂ©duit Ă©galement par son Ă©clatante modernitĂ© (Ă  l’instar de l’Ă©nergie rageuse de ses sĂ©quences d’action).

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

lundi 21 mars 2016

Beetlejuice. Oscar du Meilleur Maquillage, 1989.

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site legrandaction.com

de Tim Burton. 1988. U.S.A. 1h32. Avec Alec Baldwin, Geena Davis, Michael Keaton, Winona Ryder, Jeffrey Jones, Catherine O'Hara, Glenn Shadix

Sortie salles France: 14 décembre 1988. U.S: 30 Mars 1988

FILMOGRAPHIE: Timothy William Burton, dit Tim Burton, est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 25 AoĂ»t 1958 Ă  Burbank en Californie. 1985: Pee-Wee Big Adventure. 1988: Beetlejuice. 1989: Batman. 1990: Edward aux mains d'argent. 1992: Batman, le DĂ©fi. 1994: Ed Wood. 1996: Mars Attacks ! 1999: Sleepy Hollow. 2001: La Planète des Singes. 2003: Big Fish. 2005: Charlie et la Chocolaterie. 2005: Les Noces Funèbres. 2008: Sweeney Todd. 2010: Alice au pays des Merveilles. 2012: Dark Shadows. 2012: Frankenweenie. 2014: Big Eyes. 2016 : Miss Peregrine's Home for Peculiar Children. 2019: Dumbo. 2024 : Beetlejuice Beetlejuice. 2026 : Attack of the 50 Foot Woman. 

ComĂ©die horrifique dĂ©bridĂ©e animĂ©e par l'insolence de Michael Keaton dans sa fonction expansive d'exorciste de l'au-delĂ , Beetlejuice emprunte le thème de la hantise avec une invention cartoonesque en roue libre. 

FraĂ®chement dĂ©cĂ©dĂ©, un couple tente vainement d'effrayer les nouveaux occupants de leur ancienne demeure. Grâce au manuel des jeunes dĂ©cĂ©dĂ©s, ils invoquent l'aide d'un exorciste, Beetlejuice ! 

Pour son second long, Tim Burton perdure dans la comĂ©die loufoque en abordant les thèmes du deuil, de la hantise et de l'existence après la mort. Un argument horrifique acadĂ©mique que le cinĂ©aste renouvelle fort brillamment de par son Ă©nergie aussi communicative que crĂ©atrice, son sens visuel flamboyant, sa cadence musicale, la galerie bigarrĂ©e de ses revenants et le ressort de gags macabres sciemment bonnards et pĂ©tulants.

En l'occurrence, si les fantĂ´mes tentent d'effrayer ses occupants pour retrouver l'harmonie de leur tranquillitĂ©, ces derniers finissent par se familiariser Ă  leurs pitreries impromptues tant nos spectres farceurs redoublent d'outrance dans leurs stratĂ©gies exubĂ©rantes. Ainsi, sous la fĂ©rule d'une mĂ©canique du rire bien rodĂ©e, Beetlejuice parvient notamment Ă  y cristalliser un univers macabro-fĂ©erique par l'entremise d'une dimension parallèle invoquĂ©e Ă  l'au-delĂ . Le couple de fantĂ´mes ne cessant de voguer d'un univers Ă  l'autre pour mieux gĂ©rer leur nouvelle condition immortelle et avant d'invoquer l'aide de l'exorciste Beetlejuice. 

Parmi la galerie festive des protagonistes qu'endossent fougueusement le couple de fantĂ´mes, la famille Deetz et leurs invitĂ©s, Tim Burton prend soin d'y esquisser avec beaucoup de tendresse le portrait fragile d'une ado rebelle en quĂŞte identitaire suivie de 2 fantĂ´mes en quĂŞte de repos. C'est d'ailleurs grâce Ă  sa solitude et Ă  son idĂ©ologie morbide qu'elle parvient Ă  dĂ©celer les apparitions fantomatiques pour y entretenir facilement une complicitĂ© amicale afin de s'extraire de sa dĂ©pression. 

Enfin, pour pimenter l'intrigue fertile en situations irrésistiblement grotesques - la séquence musicale du repas reste le moment le plus déjanté, Beetlejuice impose notamment sa personnalité sous l'impulsion survitaminée de Michael Keaton. Il s'en donne à coeur joie à adopter la défroque insalubre d'un trublion d'outre-tombe aussi perfide et impudent que pervers et (génialement) mal élevé.

Par le biais d’un pitch sommaire que l’on connaĂ®t par cĹ“ur, Tim Burton en exploite la mĂ©canique avec une redoutable efficacitĂ© sous couvert d’alibi parodique, renouvelant ainsi un fantastique baroque vu nulle part ailleurs. Les pĂ©ripĂ©ties en pagaille, confinĂ©es dans un huis clos domestique, tirent pleinement parti de leur insolence et de l’inventivitĂ© de leurs provocations horrifiques, tandis que la posture dĂ©calĂ©e des comĂ©diens exacerbe l’esprit foncièrement dĂ©complexĂ© de ce divertissement sans prĂ©tention. VĂ©ritable exutoire Ă  la hantise de la mort, illustrĂ© de façon dĂ©licieusement enchanteresse, Beetlejuice cĂ©lèbre l’inĂ©luctable avec un goĂ»t dĂ©sinhibĂ©, presque libĂ©rateur, au point de transformer l’angoisse existentielle la plus rĂ©prĂ©hensible en jubilation cathartique.

Dédicace à Pauline Quinterne

*Bruno
15.09.2024. 4èx. 4K Vostfr

vendredi 18 mars 2016

Mary Reilly

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site pinterest.com

de Stephen Frears. 1996. U.S.A. 1h48. Avec Julia Roberts, John Malkovich, George Cole, Michael Gambon, Kathy Staff, Glenn Close, Michael Sheen

Sortie salles France: 17 Avril 1996. U.S: 23 Février 1996

FILMOGRAPHIE: Stephen Frears, est un réalisateur et producteur britannique, né le 20 juin 1941 à Leicester. 1968 : The Burning. 1971 : Gumshoe. 1979 : Bloody Kids. 1984 : The Hit. 1985 : My Beautiful Laundrette. 1987 : Prick Up Your Ears. 1987 : Sammy et Rosie s'envoient en l'air. 1988 : Les Liaisons dangereuses. 1990 : Les Arnaqueurs. 1992 : Héros malgré lui. 1993 : The Snapper. 1996 : Mary Reilly. 1996 : The Van. 1998 : The Hi-Lo Country. 2000 : High Fidelity. 2000 : Liam. 2002 : Dirty Pretty Things. 2005 : Madame Henderson présente. 2006 : The Queen. 2009 : Chéri. 2010 : Tamara Drewe. 2012 : Lady Vegas : Les Mémoires d'une joueuse. 2014 : Philomena. 2015 : The Program. 2016 : Florence Foster Jenkins.

Honteusement oubliĂ©, discrètement reconnu Ă  sa sortie, Mary Reilly aborde le thème Ă©culĂ© de la lutte entre le Bien et le Mal Ă  travers un jeu d’acteurs Ă  son apogĂ©e. Loin de simplement remaker les classiques de Fleming ou Mamoulian, Stephen Frears y appose sa signature en instillant une romance Ă©quivoque entre Jekyll et sa gouvernante. TraumatisĂ©e par les sĂ©vices d’un père alcoolique, Mary tente d’oublier son passĂ© en se dĂ©vouant Ă  la demeure du Dr Jekyll. Lorsque celui-ci annonce l’arrivĂ©e imminente d’un mystĂ©rieux locataire nommĂ© Mr Hyde, elle lui confie peu Ă  peu ses blessures secrètes. Une complicitĂ© se noue, fragile, avant que l’irruption de Hyde ne bouleverse tout dans un souffle de dĂ©pravation.

BaignĂ© dans une lumière blafarde, irrĂ©sistiblement envoĂ»tante, Mary Reilly s’ancre dans un Londres du XIXe siècle reconstituĂ© avec un soin presque hantĂ©. La demeure labyrinthique dissimule de sinistres expĂ©riences, et la mise en scène s’attarde moins sur les effets que sur les âmes, scrutant les tourments des amants maudits. Stephen Frears sonde les mĂ©andres psychologiques de ces deux ĂŞtres fracassĂ©s, tiraillĂ©s entre dĂ©sir, culpabilitĂ© et instinct de perdition.

Ă€ travers ce jeu trouble de soumission mĂŞlĂ©e de confiance, le cinĂ©aste accorde une attention prĂ©cieuse aux Ă©tats d’âme de Mary, fascinĂ©e malgrĂ© elle par le magnĂ©tisme brutal de Hyde. Julia Roberts incarne avec une sobriĂ©tĂ© poignante cette figure timorĂ©e, ambivalente, dĂ©chirĂ©e entre sa pudeur et un fantasme larvĂ©. Son passĂ© martyr ressurgit Ă  la faveur des provocations de Hyde, et la jeune femme se laisse happer dans un ballet implicite de masochisme. Par son traitement audacieux — notamment dans la chimère Ă©rotique du rĂŞve nocturne — Frears rĂ©invente Dr Jekyll and Mr Hyde sous l’impulsion d’un amour tragiquement rĂ©dempteur.

Jekyll et Hyde, tous deux compromis par leurs sentiments, s'affrontent dans un duel intĂ©rieur oĂą pouvoir et soumission, lumière et tĂ©nèbres s’entrelacent. Mis en scène avec Ă©lĂ©gance, le film distille la suggestion, mais n’Ă©vite pas la cruautĂ© graphique : les sĂ©vices subis par Mary, la fillette rouĂ©e de coups, la mort brutale d’un ami… Ces Ă©clats de violence renforcent une tension diffuse, insidieuse, qui contamine l’espace et les corps.

Outre la fragilitĂ© dĂ©sarmĂ©e d’une Julia Roberts sans fard, le film s’abandonne Ă  l’intensitĂ© vĂ©nĂ©neuse d’un John Malkovich sobrement autoritaire au regard fuyant, hypnotique, insidieux. Il incarne, dans un trouble miroir, la part autodestructrice d’un chercheur condamnĂ© Ă  dĂ©membrer son propre ĂŞtre pour dissĂ©quer les racines du Mal.

Jeu de miroir diaphane pour une romance masochiste en quĂŞte de rĂ©demption, Mary Reilly explore avec fièvre les pulsions perverses et la fascination pour le Mal, dans une complicitĂ© trouble que Malkovich et Roberts Ă©lectrisent jusqu’Ă  l’os. Ĺ’uvre cĂ©rĂ©brale, viscĂ©rale, poignante, elle Ă©lève le fantastique avec une dignitĂ© rare. Une perle vĂ©nĂ©neuse Ă  redĂ©couvrir d’urgence.

*Bruno 
16.05.25. Vost

jeudi 17 mars 2016

Mars Attacks !

                                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cineclap.free.fr

de Tim Burton. 1996. U.S.A. 1h45. Avec Jack Nicholson, Glenn Close, Annette Bening, Pierce Brosnan, Danny DeVito, Martin Short, Sarah Jessica Parker, Michael J. Fox, Rod Steiger, Tom Jones, Lukas Haas, Natalie Portman, Jim Brown, Lisa Marie, Sylvia Sidney, Paul Winfield, Pam Grier, Jack Black, Joe Don Baker, O-Lan Jones, Christina Applegate.

Sortie salles France: 26 fĂ©vrier 1997. U.S: 13 dĂ©cembre 1996

FILMOGRAPHIE: Timothy William Burton, dit Tim Burton, est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 25 AoĂ»t 1958 Ă  Burbank en Californie. 1985: Pee-Wee Big Adventure. 1988: Beetlejuice. 1989: Batman. 1990: Edward aux mains d'argent. 1992: Batman, le DĂ©fi. 1994: Ed Wood. 1996: Mars Attacks ! 1999: Sleepy Hollow. 2001: La Planète des Singes. 2003: Big Fish. 2005: Charlie et la Chocolaterie. 2005: Les Noces Funèbres. 2008: Sweeney Todd. 2010: Alice au pays des Merveilles. 2012: Dark Shadows. 2012: Frankenweenie. 2014: Big Eyes. 2016 : Miss Peregrine's Home for Peculiar Children.


Parodie des films de science-fiction des annĂ©es 50 inspirĂ© d'un jeu de cartes Ă  collectionner de 1962, Mars Attacks se permet par cette occasion un joli pied de nez au patriotisme d'Emmerich lorsque Independance Day sorti en fanfare la mĂŞme annĂ©e. 

Le PitchDes martiens venus de Mars tentent d'entrer en contact avec le doyen des Etats-Unis. Alors que l'armĂ©e sur le qui-vive solutionne l'affront, le prĂ©sident opte pour l'accueil pacifiste. A tort, si bien que ces derniers n'ont comme seule ambition de dĂ©truire notre planète afin de la conquĂ©rir. 

ComĂ©die dĂ©bridĂ©e se moquant ouvertement des valeurs amĂ©ricaines avec une dĂ©rision caustique, Mars Attacks conjugue l'action pĂ©taradante et les gags burlesques avec une inventivitĂ© exubĂ©rante. Sous l'impulsion extravertie d'une distribution de stars hĂ©tĂ©rogènes (on y croise mĂŞme le chanteur Tom Jones), l'intrigue linĂ©aire n'est qu'un prĂ©texte pour Burton Ă  singer une invasion extra-terrestre pour mieux se railler de l'idiocratie ricaine.


Que ce soit les Ă©lus politiques, l'armĂ©e rĂ©actionnaire, la contre-culture de la communautĂ© "peace and love" ou encore le fanatisme de la religion, chacune de ses institutions bien pensantes volent en Ă©clat sous les ricanements des E.T. Caricaturant sans modĂ©ration le tempĂ©rament vaniteux des reprĂ©sentants politiques et de l'armĂ©e dans leur fonction martiale, Tim Burton privilĂ©gie Ă©galement la valeur morale de deux personnages candides, introvertis et placides (une grand-mère et son p'tit fils timorĂ© prochainement aptes Ă  sauver le monde de manière alĂ©atoire) souvent rĂ©pudiĂ©s par leur entourage comme des laissĂ©s-pour-compte. Outre cette galerie de personnages fantasques, patriotiques et doux rĂŞveurs, Mars Attacks tire parti de son ressort jouissif grâce aux exactions persifleuses de nos E.T famĂ©liques. AffublĂ© d'un cerveau surdimensionnĂ© que leur petit corps supporte nativement, ces derniers complotent leurs stratĂ©gies d'attaques parmi la motivation sardonique de subterfuges Ă  rĂ©pĂ©tition. Le peuple amĂ©ricain Ă©tant considĂ©rĂ© Ă  leurs yeux comme des ĂŞtres naĂŻfs aussi influençables que manipulables. EmaillĂ© de moments surrĂ©alistes insufflant un climat biscornu (le camouflage d'un martien dans une posture fĂ©minine au dĂ©hanchement dĂ©gingandĂ© !), voir parfois mĂŞme dĂ©rangeant (leurs expĂ©rimentations douteuses pratiquĂ©es sur quelques cobayes humains), Tim Burton cultive de temps Ă  autre une poĂ©sie baroque fortuite pour mieux nous dĂ©tourner !


Satire cinglante du patriotisme amĂ©ricain, pamphlet parodique Ă©voquant le danger du nuclĂ©aire, Mars Attacks ! renouvelle l'invasion extra-terrestre dans un esprit dĂ©lurĂ© de bande-dessinĂ©e au vitriol. Outre la posture irrĂ©sistible de nos martiens gausseurs numĂ©riquement assez convaincants, le film sĂ©duit Ă©galement par sa vigueur musicale. Tant par le thème entĂŞtant orchestrĂ© par Danny Elfman que les bruitages Ă©clectiques de sa bande-son survoltĂ©e ! (notamment l'impact strident des armes lasers). Jouissif au possible dans une dĂ©contraction irrĂ©sistiblement assumĂ©e. 

*Bruno
04.10.24.
4èx. Vostfr