jeudi 5 mars 2026

Le Dernier Combat de Luc Besson. 1983. France. 1h33.

                          (Crédit photo : image trouvée via Imdb, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)


À la troisième révision du premier film du jeune Luc Besson - qui n’a alors que 23 ans - réalisé avec le soutien de son acteur principal Pierre Jolivet, également scénariste, Le Dernier Combat s’impose à mes yeux comme l’un des meilleurs films de science-fiction post-apo des années 80 au sein du paysage français, comme il le fut ovationné à Avoriaz.

Découvrir en 1983 un petit métrage en noir et blanc, dénué de paroles est d’une audace presque suicidaire - surtout pour un film où l’action demeure finalement parcimonieuse. Or, le Dernier Combat reste une expérience singulière. Certes, certains affrontements physiques témoignent d’une grande violence. Mais Luc Besson se montre suffisamment habile, intelligent et anti-complaisant pour privilégier le hors-champ. Et pourtant, la sauvagerie de certains face-à-face frappe l’esprit, allant jusqu’à l’irréparable dans un monde post-apo terriblement photogénique, magnifié par un superbe scope et un noir et blanc envoûtant.

Sur le plan visuel, Le Dernier Combat est une véritable réussite. Dès les premières images, nous sommes immergés dans un paysage aride, décharné, presque coupé du monde, où une poignée de survivants tente de subsister tant bien que mal, sous la loi brutale du plus fort.

Mais le film séduit aussi par son réalisme. Captivant, passionnant, immersif en diable, atmosphérique, il demeure un divertissement redoutablement intelligent qui privilégie la psychologie de ses personnages - et en particulier l’évolution morale de "l’homme", personnage sans nom interprété par Pierre Jolivet. Errant dans une ville dévastée, il tente de survivre et finit, au fil de son échappée à bord d’un avion de fortune, par rencontrer un vieux médecin interprété avec une humanité poignante par Jean Bouise. Entre eux naît peu à peu une relation amicale fragile, presque miraculeuse dans cet univers ravagé.

Au-delà de cette dimension humaine, le film distille un humour quasi permanent, notamment à travers l’ennemi incarné par Jean Reno - une brute sournoise et brutale, prête à tout pour parvenir à ses fins. Déjà, dans ce premier rôle, Jean Reno impose une présence inquiétante, à contre-emploi, presque détestable.

Réalisé avec un soin remarquable - dans les cadrages, la lumière, la texture hypnotique du noir et blanc - le film surprend par sa simplicité et son inventivité. Il glisse même, presque en douceur, vers une réflexion sur le désir irrépressible d’aimer, sur le besoin de retrouver la femme perdue. Dans ce monde machiste et dévasté, la femme semble avoir disparu… peut-être même ne plus exister. Pourtant, à travers deux rebondissements salvateurs, Luc Besson fait de la femme l’espoir d’un avenir plus humaniste, porté par l’évolution morale de cet homme que Pierre Jolivet incarne avec un héroïsme loyal, malgré la sauvagerie nécessaire pour survivre face à l’oppresseur réduit à son instinct primal.

Le Dernier Combat est ainsi un formidable film d’action et de science-fiction, dont la musique de Éric Serra enveloppe le récit d’une sensibilité presque féminine par moments, à la tendresse personnelle, symptomatique de Luc Besson.

Le film traite également, avec tact, intelligence et une certaine sagesse, des rapports étroits - indissociables et addictifs - entre l’homme et la femme, notamment à travers le besoin charnel, sexuel, sentimental. Dès le prologue, une image saisissante nous montre "l’homme" couchant avec une poupée gonflable : symbole cruel d’un monde à l'agonie où la présence féminine semble s’être évaporée.

Au final, Le Dernier Combat demeure un premier film incroyablement prometteur à travers son climat d'isolement dépaysant et poétique. Luc Besson y révèle déjà une maîtrise étonnante de sa caméra et une capacité rare à faire naître une véritable émotion. On y sent sa sincérité, sa passion, et surtout sa volonté de se démarquer des produits standardisés ou d’exploitation.

Nous sommes ici très loin des copies opportunistes italiennes telles que Les Guerriers du Bronx, 2019 ou Le Gladiateur du futur, qui tentaient de rivaliser avec les chefs-d’œuvre de George Miller : Mad Max et Mad Max 2.

C’est pourquoi Le Dernier Combat mérite aujourd’hui d’être revu d’urgence - pour sa beauté visuelle parfois sensuelle, mais aussi pour son message profondément humaniste. Un message presque optimiste, finalement, sur l’avenir de l’homme… à condition qu’il retrouve la femme dans ce no man’s land sauvage afin de retrouver la sagesse de l'équilibre moral.
 
— le cinéphile du cœur noir 🖤

Récompenses: Festival international du film fantastique d'Avoriaz 1983 : Prix spécial du jury et prix de la Critique.
Festival international du film fantastique de Bruxelles 1983 : Prix spécial de la critique
Festival international du film de Catalogne 1983 : meilleur film
Festival du film de Taormine 1983 : Charybde d'argent
Fantasporto 1984 : meilleur film

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