lundi 9 mars 2026

Le Plombier / The Plumber de PeterWeir. 1979. Australie. 1h16.

                (Crédit photo : image trouvée via Imdb, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

Dans Le Plombier, téléfilm australien réalisé en 1979 par Peter Weir, on découvre à la revoyure un excellent drame psychologique transplanté dans le cadre du thriller. Car au fil de l’évolution narrative, on est en droit de croire que la trajectoire pourrait basculer vers une dramaturgie criminelle.

Or, au-delà de cette tension latente, le film repose avant tout sur une confrontation psychologique particulièrement intense entre un plombier envahissant et une épouse isolée chez elle. Cette intensité tient beaucoup au jeu naturel des acteurs au physique ordinaire, mais aussi à la dérision sarcastique qui s’installe progressivement entre les deux personnages.


Peu à peu, ce qui pourrait ressembler à un simple affrontement devient en réalité un drame conjugal assez cruel. Car cette situation sert surtout de révélateur : l’épouse, confinée seule dans l’appartement avec ce plombier imprévisible, prend conscience de son impuissance face à la gent masculine. Honnête, loyale, civilisée et profondément correcte, elle manque de force de caractère pour s’imposer et se faire entendre, aussi bien face au plombier que face à son mari, intellectuel totalement absorbé par son travail.


C’est d’ailleurs là l’une des grandes réussites du film : reposer sur la caractérisation d’une femme psychologiquement démunie, tandis que le plombier joue constamment sur l’ambiguïté. Ambiguïté que Peter Weir entretient volontairement, puisque le personnage peut être interprété de plusieurs façons.


On peut en effet voir en lui un excentrique gouailleur, un peu inculte, volontiers provocateur et peut-être animé d’une rancœur sociale envers les bourgeois et les intellectuels. Mais on peut aussi y voir un manipulateur plus inquiétant, qui chercherait délibérément à pousser cette femme à bout, voire à la rendre folle par une forme de vengeance obscure.


Et c’est précisément parce que le film refuse de trancher que son dispositif fonctionne aussi bien : l’ambiguïté morale demeure entière du début à la fin.


Certains y verront sans doute aussi une réflexion sur la lutte des classes. Pour ma part, j’y vois surtout un très beau portrait de femme fragile, psychologiquement déstabilisée, qui tente désespérément de faire entendre sa voix face à deux hommes profondément machistes et égocentriques, davantage préoccupés par leur statut ou leur confort que par ce qu’elle ressent.


Dans cette perspective, Le Plombier apparaît à la fois comme un redoutable thriller psychologique et comme un drame conjugal assez cruel. Peter Weir choisit toutefois la suggestion plutôt que l’émotion frontale : il ne cherche pas à nous bouleverser, mais plutôt à nous placer dans un état d’inconfort permanent en jouant avec nos nerfs jusqu'à l'absurde de situations à la fois devenues incontrôlables et hyperboliques (la salle de bain réduite en champs de bataille face au témoignage de l'époux indifféré).


Le film se révèle ainsi d’une belle efficacité, à travers cette lutte acharnée d’environ 1h16 entre un plombier et une femme toujours plus esseulée, dont l’issue finale, à nouveau teintée de sarcasme, surprend par un dernier renversement de situation.

Une œuvre brève, hélas méconnue et oubliée, mais particulièrement intelligente, intense, anxiogène et troublante, à voir absolument.

— le cinéphile du cœur noir 🖤

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