mercredi 17 mai 2017

BEN

                                                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Phil Karlson. 1972. U.S.A. 1h34. Avec Lee Montgomery, Joseph Campanella, Arthur O'Connell,
Rosemary Murphy.

Sortie salles France: 4 Octobre 1972

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Phil Karlson est un réalisateur, scénariste et producteur américain né le 2 juillet 1908 à Chicago, Illinois (États-Unis), et mort le 12 décembre 1985 à Los Angeles (Californie). 1944 : A Wave, a WAC and a Marine. 1945 : There Goes Kelly. 1945 : G.I. Honeymoon. 1948 : Les Reines du music-hall. 1949 : Le Chat sauvage. 1949 : Down Memory Lane. 1950 : The Iroquois Trail. 1951 : Les Maudits du château-fort. 1952 : Le Quatrième homme. 1953 : L'Affaire de la 99ème rue. 1954 : They Rode West. 1955 : Coincée. 1955 : Les Îles de l'enfer. 1955 : On ne joue pas avec le crime. 1955 : The Phenix City Story. 1957 : Les Frères Rico. 1958 : Le Salaire de la violence. 1959 : Les Incorruptibles défient Al Capone (Téléfilm). 1960 : Saipan. 1960 : Key Witness. 1961 : Le Dernier passage. 1961 : Les Blouses blanches. 1962 : Un direct au cœur. 1963 : Massacre pour un fauve. 1966 : Matt Helm, agent très spécial. 1967 : La Poursuite des tuniques bleues. 1968 : Alexander the Great (TV). 1968 : Matt Helm règle son comte. 1970 : L'Assaut des jeunes loups. 1972 : Ben. 1973 : Justice sauvage. 1975 : La Trahison se paie cash.


Profitant du filon commercial de Willard rĂ©alisĂ© un an au prĂ©alable, Ben est une sĂ©quelle aussi vaine que poussive. Faute d'une mise en scène acadĂ©mique, d'un jeu d'acteurs transparents et d'une intrigue stĂ©rile oscillant maladroitement relation amiteuse entre un bambin et son rat domestique et attaques animales racoleuses si bien qu'elle sombrent parfois/souvent dans le ridicule (le prologue dans la cave Ă©vacuĂ© de toute tension dans sa tentative de susciter le frisson, l'invasion dans le gymnase digne d'une prod Z et le final vainement homĂ©rique sous les Ă©gouts). On se console timidement auprès de son gĂ©nĂ©rique final lorsque Michael Jackson prĂŞte sa voix de chanteur Ă  travers la superbe mĂ©lodie Ben (prĂ©sente dans son second album) et l'on se remĂ©more avec nostalgie sa fantasmatique jaquette Ă©ditĂ©e chez Proserpine durant la sacro-sainte Ă©poque Vhs. DĂ©nuĂ© de moindre Ă©motion et de tension dramatique dans son intrigue de pacotille et l'entreprise de techniciens peu motivĂ©s, Ben demeure un divertissement beaucoup trop naĂŻf et obsolète (que j'aurai pour autant aimer dĂ©fendre dans mon souvenir d'enfance Ă©mue !), Ă  rĂ©server aux mĂ´mes entre 11 et 13 ans.


Bruno Matéï
2èx

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site todoelterrordelmundo.blogspot.com

de Daniel Mann. 1971. U.S.A. 1H35. Avec Bruce Davison, Elsa Lanchester, Ernest Borgnine, Sondra Locke, Michael Dante

Date de sortie : 18 juin 1971

FILMOGRAPHIEDaniel Mann est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 8 aoĂ»t 1912 Ă  Brooklyn, New York (États-Unis) et dĂ©cĂ©dĂ© le 21 novembre 1991 Ă  Los Angeles des suites d'une insuffisance cardiaque. 1952 : Reviens petite Sheba , 1954 : About Mrs. Leslie, 1955 : La Rose tatouĂ©e, 1955 : Une femme en enfer, 1956 : La Petite maison de thĂ©, 1958 : Vague de chaleur, 1959 : The Last Angry Man, 1960 : The Mountain Road, 1960 : La VĂ©nus au vison, 1961 : Le troisième homme Ă©tait une femme, 1962 : Five Finger Exercise, 1962 : L'Inconnu du gang des jeux, 1963 : Who's Been Sleeping in My Bed?, 1966 : Our Man Flint, 1966 : Judith, 1968 : For Love of Ivy, 1969 : A Dream of Kings, 1971 : Willard, 1972 : La Poursuite sauvage, 1973 : Interval, 1973 : Maurie, 1974 : Lost in the Stars, 1975 : Le Voyage de la peur, 1978 : Matilda


A l'origine du projet, il y a un roman, Ratman's Notebooks de Stephen Gilbert, paru en 1968 aux Etats Unis. Trois ans plus tard, le rĂ©alisateur Daniel Mann le transpose Ă  l'Ă©cran en prenant pour vedette le dĂ©butant Bruce Davison (une sobre prestation perfectible mais nĂ©anmoins convaincante !) ainsi que d'Ă©minents seconds-rĂ´les parmi lesquels Elsa Lanchester (La FiancĂ©e de Frankenstein), Sondra Locke et Ernest Borgnine. A sa sortie en salles, le film rĂ©colte un joli succès si bien qu'une suite beaucoup moins sombre (car plus familiale) intitulĂ©e Ben sera rapidement mise en chantier sous la houlette du cinĂ©aste Phil KarlsonTimorĂ© et introverti, Willard est un jeune employĂ© d'une entreprise ayant des rapports houleux avec son patron tyrannique. Après le travail, il s'isole en compagnie de sa mère alitĂ©e dans leur grande bâtisse gothique quand bien mĂŞme quelques acolytes de celle-ci viennent parfois leur rendre visite. Un jour, Willard se distrait de l'intrusion d'un rongeur dans son jardin. Le dĂ©but d'une Ă©trange et tragique histoire d'amitiĂ© va se nouer entre eux. Pour ceux ayant vĂ©cu leur adolescence Ă  l'Ă©poque charnière des annĂ©es 80 n'ont jamais pu oublier sa première diffusion TV du lundi soir dans le cadre de l'Ă©mission l'Avenir du futur. Alors que le lendemain, durant la cour de rĂ©crĂ©, on s'empressait de relater avec fascination passionnelle le fameux film d'Ă©pouvante diffusĂ© Ă  une heure de grande Ă©coute !


46 ans plus tard, que reste-t'il de ce petit classique des annĂ©es 70 après qu'un excellent remake fut mis en chantier en 2003 par Glenn Morgan ? On ne peut pas dire que la rĂ©alisation acadĂ©mique et le montage elliptique soient au beau fixe, et ce mĂŞme si un charme dĂ©suet s'y fait ressentir Ă  travers cette attachante histoire d'amitiĂ© entre un homme et deux rats que Daniel Mann nous content avec une sensible attention. En prime, sa partition musicale archaĂŻque, en quasi dĂ©calage avec l'Ă©poque dans lequel il fut conçu prĂŞterait mĂŞme Ă  confusion si bien qu'on croirait que le film pourrait dater des annĂ©es 50 ! Outre ses couacs et son aspect vĂ©tuste Ă©manant d'une rĂ©alisation beaucoup trop canonique, Willard parvient encore Ă  nous sĂ©duire et nous toucher grâce Ă  son rĂ©cit Ă  la fois dĂ©bridĂ© et dramatique Ă©voquant les rapports troubles entre Willard et son escorte de rats. Quand bien mĂŞme Daniel Mann fustige au passage l'exploitation ouvrière auprès de la dictature d'un patron vĂ©nal (formidable Ernest Borgnine dans ses outrances gouailleuses !), ce dernier Ă©tant prioritairement responsable de la dĂ©liquescence morale de son employĂ© prochainement vouĂ© Ă  une rancoeur vindicative. Willard s'impose alors en conte horrifique Ă  travers ce portrait fragile d'un cĂ©libataire endurci constamment raillĂ© et discrĂ©ditĂ© par son entourage amical (si on excepte sa vaine liaison avec une secrĂ©taire), professionnel, voir mĂŞme familial (sa mère possessive le considère comme un ratĂ© en dehors de son bon caractère), si bien que sa nouvelle relation entamĂ©e avec les rats va enfin lui permettre de se forger une autoritĂ© et s'affirmer auprès des autres lors d'un règlement de compte meurtrier. Un acte de rancoeur finalement aussi couard qu'ingrat, tant auprès de la victime assassinĂ©e que des rongeurs exploitĂ©s Ă  des fins criminelles puis finalement sacrifiĂ©s au profit de la nouvelle indĂ©pendance de leur mentor.


La nuit du Rat
En dĂ©pit de ces scories susmentionnĂ©s, Willard reste un divertissement aussi bien attachant que bonnard dans son lot de sĂ©quences intimistes et incidents progressivement horrifiques, certes dĂ©suets, mais nĂ©anmoins crĂ©dibles quant aux rapports de domination/soumission (et vice versa) imputĂ©s entre Willard et Ben. RĂ©flexion sur leurs rapports de force oĂą possessivitĂ©, jalousie et dĂ©sir de surpasser son alliĂ© empruntent le cheminement de la sĂ©dition, Willard ne manque pas de provoquer l'empathie Ă  travers le portrait sensible d'un marginal livrĂ© au dĂ©sespoir de la solitude.   

Note: Il s'agit d'un des premiers rĂ´les de Bruce Davison au cinĂ©ma. Dans le remake, il incarne le père de Willard.

Eric Binford
16.05.17
27.01.11. 92

mardi 16 mai 2017

Willard

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site todoelterrordelmundo.blogspot.com

de Daniel Mann. 1971. U.S.A. 1H35. Avec Bruce Davison, Elsa Lanchester, Ernest Borgnine, Sondra Locke, Michael Dante

Date de sortie : 18 juin 1971

FILMOGRAPHIEDaniel Mann est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 8 aoĂ»t 1912 Ă  Brooklyn, New York (États-Unis) et dĂ©cĂ©dĂ© le 21 novembre 1991 Ă  Los Angeles des suites d'une insuffisance cardiaque. 1952 : Reviens petite Sheba , 1954 : About Mrs. Leslie, 1955 : La Rose tatouĂ©e, 1955 : Une femme en enfer, 1956 : La Petite maison de thĂ©, 1958 : Vague de chaleur, 1959 : The Last Angry Man, 1960 : The Mountain Road, 1960 : La VĂ©nus au vison, 1961 : Le troisième homme Ă©tait une femme, 1962 : Five Finger Exercise, 1962 : L'Inconnu du gang des jeux, 1963 : Who's Been Sleeping in My Bed?, 1966 : Our Man Flint, 1966 : Judith, 1968 : For Love of Ivy, 1969 : A Dream of Kings, 1971 : Willard, 1972 : La Poursuite sauvage, 1973 : Interval, 1973 : Maurie, 1974 : Lost in the Stars, 1975 : Le Voyage de la peur, 1978 : Matilda


A l'origine du projet, il y a un roman, Ratman's Notebooks de Stephen Gilbert, paru en 1968 aux Etats Unis. Trois ans plus tard, le rĂ©alisateur Daniel Mann le transpose Ă  l'Ă©cran en prenant pour vedette le dĂ©butant Bruce Davison tout en sobriĂ©tĂ© ainsi que d'Ă©minents seconds-rĂ´les parmi lesquels Elsa Lanchester (La FiancĂ©e de Frankenstein), Sondra Locke et Ernest Borgnine. A sa sortie en salles, le film rĂ©colte un joli succès si bien qu'une suite beaucoup moins sombre (car plus familiale) intitulĂ©e Ben est rapidement mise en chantier sous la houlette du cinĂ©aste Phil Karlson

Le Pitch: TimorĂ© et introverti, Willard est un jeune employĂ© d'une entreprise ayant des rapports houleux avec son patron tyrannique. Après le travail, il s'isole en compagnie de sa mère alitĂ©e dans leur grande bâtisse gothique quand bien mĂŞme quelques acolytes de celle-ci viennent parfois leur rendre visite. Un jour, Willard se distrait de l'intrusion d'un rongeur dans son jardin. Le dĂ©but d'une Ă©trange et tragique histoire d'amitiĂ© va se nouer entre eux. 

Pour ceux ayant vĂ©cu leur adolescence Ă  l'Ă©poque charnière des annĂ©es 80 n'ont jamais pu oublier sa première diffusion TV du lundi soir dans le cadre de l'Ă©mission l'Avenir du futur. Alors que le lendemain, durant la cour de rĂ©crĂ©, on s'empressait de relater avec fascination oh combien passionnelle le fameux film d'Ă©pouvante diffusĂ© Ă  une heure de grande Ă©coute !


Quelques dĂ©cennies plus tard, que reste-t'il de ce petit classique des annĂ©es 70 après qu'un excellent remake fut mis en chantier en 2003 par Glenn Morgan ? Willard parvient encore Ă  nous sĂ©duire et nous toucher grâce Ă  la sobre efficacitĂ© du rĂ©cit Ă  la fois fascinant, dĂ©bridĂ©, oppressant puis dramatique Ă©voquant les rapports troubles entre Willard et son escorte de rats. Quand bien mĂŞme Daniel Mann  fustige au passage l'exploitation ouvrière auprès de la dictature d'un patron vĂ©nal (formidable Ernest Borgnine dans ses outrances gouailleuses). Ce dernier Ă©tant prioritairement responsable de la dĂ©liquescence morale de son employĂ© prochainement vouĂ© Ă  une rancoeur vindicative. 
Willard s'impose alors en conte horrifique Ă  travers ce portrait fragile d'un cĂ©libataire endurci constamment raillĂ© et discrĂ©ditĂ© par son entourage amical (si on excepte sa vaine liaison avec une secrĂ©taire), professionnel, voir mĂŞme familial (sa mère possessive le considère comme un ratĂ© en dehors de son bon caractère). Si bien que sa nouvelle relation amorcĂ©e avec les rats va enfin lui permettre de se forger une autoritĂ© et s'affirmer auprès des autres lors d'un règlement de compte meurtrier. Un acte de rancoeur finalement aussi couard qu'ingrat, tant auprès de la victime assassinĂ©e que des rongeurs exploitĂ©s Ă  des fins criminelles puis finalement sacrifiĂ©s au profit de la nouvelle indĂ©pendance de leur mentor.


La nuit du Rat
Attachant, fort et impeccablement construit dans sa construction d'un suspense latent au service d'un profil psychologique sombrant dans la psychopathie, Willard reste un excellent divertissement adulte Ă  travers son lot de sĂ©quences intimistes et incidents progressivement horrifiques plutĂ´t crĂ©dibles quant aux rapports de domination/soumission (et vice versa) imputĂ©s entre Willard et Ben. RĂ©flexion sur leurs rapports de force oĂą possessivitĂ©, jalousie et dĂ©sir de surpasser son alliĂ© empruntent le cheminement sĂ©ditieux, Willard ne manque pas de provoquer l'empathie Ă  travers le portrait sensible de ce marginal livrĂ© au dĂ©sespoir de sa solitude.   

Note: Il s'agit d'un des premiers rĂ´les de Bruce Davison au cinĂ©ma. Dans le remake, il incarne le père de Willard.

Eric Binford
16.05.17
27.01.11. 92
01.05.25. 4èx

lundi 15 mai 2017

LOGAN

                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lestoilesheroiques.fr

de James Mangold. 2017. U.S.A. 2h17. Avec Hugh Jackman, Patrick Stewart, Dafne Keen, Boyd Holbrook, Stephen Merchant, Elizabeth Rodriguez, Richard E. Grant.

Sortie salles France: 1er mars 2017. U.S: 3 Mars 2017

FILMOGRAPHIE: James Mangold, de son vrai nom James Allen Mangold, est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain né le 16 décembre 1963 à New York, dans l'État de New York, aux (États-Unis). 1995: Heavy. 1997: Cop Land. 1999: Une vie volée. 2001: Kate et Léopold. 2003: Identity. 2005: Walk the Line. 2007: 3 h 10 pour Yuma. 2010: Night and Day. 2013: Wolverine: Le Combat de l'immortel. 2017: Logan.


"On se met hors de la vie quand on a tuĂ©... Il n'y a pas de retour possible... LĂ©gitime ou non, un meurtre vous marque." 
Troisième volet imputé au personnage de Wolverine d'après Marvel Comics, Logan ressuscite le film de super-héros (en berne depuis une dizaine d'années si on excepte un ou deux sursauts) avec une grâce à la fois mélancolique et vertigineuse. Bouleversant drame familial si j'ose dire autour d'un survival mené avec une maîtrise sans fard, Logan constitue un concentré d'actions et d'émotions pures comme rarement le genre ait pu nous en offrir. Car à partir d'une intrigue linéaire relatant l'escapade d'un quatuor de super-héros contre l'armée, James Mangold en extrait un monstrueux divertissement inopinément sombre et sauvage. Sans concession, la vélocité des rixes entre bons et méchants s'avérant d'une barbarie viscérale lors des coups de griffes violemment assénés contre l'ennemi, quand bien même on se surprend de l'acuité dramatique des moments les plus cruels comme le soulignera une circonstance faussement rassurante. Sans céder à l'outrance ou le racolage comme il en pullulent chez les films de supers-héros mainstream, Logan demeure le p'tit canard subversif si bien que les séquences d'action chorégraphiées s'enchaînent (à en avoir parfois le tournis !) et se renouvellent au profit d'un récit substantiel faisant honneur à ses personnages tourmentés.


Modèle d'efficacitĂ© par sa structure soigneusement charpentĂ©e alternant bravoures homĂ©riques et Ă©motion intimiste en la prĂ©sence de Logan et de sa fille mais aussi de seconds-rĂ´les malmenĂ©s (Xavier et Caliban), Logan distille un climat Ă©lĂ©giaque (score au clavecin Ă  l'appui !) au sein d'une campagne solaire contrastant avec la dĂ©sillusion d'un Logan Ă  bout de souffle dans sa retraite anticipĂ©e (il est proche du suicide). A travers ses dures expressions oĂą se disputent l'irascibilitĂ© alcoolique, le dĂ©sespoir latent mais aussi la rage de vaincre lors de furieux accès de rĂ©volte, Hugh Jackman nous dĂ©livre sans doute son plus grand rĂ´le dans ce personnage sclĂ©rosĂ© volontiers individualiste au point de dĂ©laisser le sort de sa partenaire incessamment traquĂ©e par des soldats sans vergogne. On peut d'ailleurs souligner le parti-pris rĂ©aliste du rĂ©alisateur Ă  nous illustrer lors d'un bref passage explicatif la condition esclave de ces enfants martyrs souvent sacrifiĂ©s sous l'autel d'une hiĂ©rarchie militaire mĂ©galo. Souvent mutique mais d'un charisme plutĂ´t mature par son regard aussi bien revĂŞche que torve, la petite Dafne Keen partage la vedette de son ascendant avec aplomb, soupçons d'arrogance et une Ă©motion toujours plus fragilisĂ©e au fil de sa relation tendue avec son père. A eux deux, ils forment un duo improbable d'une belle dimension humaniste dans leur initiation fraternelle et familiale si bien que le rĂ©alisateur en extirpe au final un dĂ©chirant requiem avant de nous conclure une leçon de sagesse et de tolĂ©rance contre le venin de la haine meurtrière.


TranscendĂ© par la densitĂ© humaniste de ces personnages en proie au doute, Ă  la crainte de la vieillesse mais aussi Ă  l'espoir de refonder un semblant de famille, Logan frappe en plein coeur dans son maelstrom d'Ă©motions Ă  la fois brutes et Ă©thĂ©rĂ©es, notamment lorsque son sujet cible l'exploitation des enfants pour une cause belliciste. Au coeur des affrontements barbares Ă©mane une oeuvre initiatique Ă©purĂ©e, pleine de bruit, de fureur et d'Ă©lĂ©gie, oĂą perce une Ă©motion lyrique. Un divertissement adulte avec une âme et un coeur, tel est l'emblème des grands classiques. 

Bruno Matéï

samedi 13 mai 2017

Alien Covenant

                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fr.pinterest.com

de Ridley Scott. 2017. U.S.A/Angleterre. 2h02. Avec Michael Fassbender, Katherine Waterston, Billy Crudup, Danny McBride, Demián Bichir, Carmen Ejogo, Jussie Smollett, Amy Seimetz, Callie Hernandez.

Sortie salles France: 10 Mai 2017. U.S: 19 Mai 2017

FILMOGRAPHIE: Ridley Scott est un rĂ©alisateur et producteur britannique nĂ© le 30 Novembre 1937 Ă  South Shields. 1977: Duellistes. 1979: Alien. 1982: Blade Runner. 1985: Legend. 1987: TraquĂ©e. 1989: Black Rain. 1991: Thelma et Louise. 1992: 1492: Christophe Colomb. 1995: Lame de fond. 1997: A Armes Egales. 2000: Gladiator. 2001: Hannibal. 2002: La Chute du faucon noir. 2003: Les AssociĂ©s. 2005: Kingdom of heaven. 2006: Une Grande AnnĂ©e. 2007: American Gangster. 2008: Mensonges d'Etat. 2010: Robin des Bois. 2012: Prometheus.


"Il se prend pour Dieu mais Dieu a horreur de la concurrence"
FraĂ®chement sorti de la salle obscure, le flegme apaisĂ© (malgrĂ© le bashing de masse sur Facebook !) et le sourire d’ado docile (repus de mes Ă©motions fortes), je m’empresse de livrer Ă  chaud mes impressions — et, par la mĂŞme occasion, de dĂ©clarer ma flamme au père fondateur de la franchise, Monsieur Ridley Scott, trop souvent discrĂ©ditĂ© ces dernières annĂ©es. Après avoir rĂ©volutionnĂ© le space opera avec son Ĺ“uvre sĂ©minale Alien, le voilĂ  de retour avec une prĂ©quelle situĂ©e dix ans après les Ă©vĂ©nements de Prometheus. Sans dĂ©voiler les arcanes d’une intrigue brassant peur de l’inconnu, danger lĂ©tal et crĂ©ation, Scott signe, avec Alien: Covenant, un spectacle flamboyant renouant avec l’essence du cinĂ©ma d’horreur : cristalliser, avec intĂ©gritĂ© et brio technique, tension, angoisse, mystère et terreur dans un univers stellaire et terrestre, sombre et envoĂ»tant, habitĂ© par une crĂ©ature toujours aussi furieusement expressive.


Ce goĂ»t du sentiment d’insĂ©curitĂ©, Scott le ressuscite dès la première partie, terriblement affolante : l’inoculation de micro-organismes qu’involontairement deux membres de l’Ă©quipage vont enfanter dĂ©clenche des sĂ©quences chocs d’une violence inouĂŻe, soufflant une terreur viscĂ©rale sous l’impulsion d’un montage frĂ©nĂ©tique, oĂą chaque Ă©clat visuel avive l’intensitĂ© dramatique. En dĂ©pit d’un canevas narratif de prime abord Ă©culĂ© (quinze passagers dĂ©tournent leur route vers une planète hostile pour s’y faire massacrer un Ă  un, tandis qu’un androĂŻde aux intentions troubles les retient dans son antre), Alien: Covenant nous entraĂ®ne vers un voyage au bout des tĂ©nèbres, imprĂ©gnĂ© d’une « Ă©pouvante licencieuse » que n’auraient pas reniĂ©e les artisans du cinĂ© bis. Scott ose une violence crue, exposant des trognes mĂ©connues dignes de Mutants ou InseminoĂŻd - mais ici, le jeu sobre et l’empathie pour ces visages Ă©garĂ©s font toute la diffĂ©rence. Loin de la chair Ă  canon transparente d’un Vendredi 13, leurs morts nous touchent.

SemĂ© de clins d’Ĺ“il au premier Alien (costumes « classiques » de nos hĂ©ros futuristes, huis clos final dans le vaisseau) et de trouvailles macabres (l’extraction de l’alien chez deux victimes, la singularitĂ© de leur contamination), Alien: Covenant sĂ©duit habilement une nouvelle gĂ©nĂ©ration tout en alternant morceaux de bravoure spectaculaires et surgissements de terreur haletante sous l’effigie de xĂ©nomorphes toujours aussi rageurs et perfides. On salue, Ă  ce titre, l’audace de son Ă©pilogue nihiliste.


Dans l'espace, personne ne vous entend hurler ! 
Spectaculaire, grandiose et Ă©pique sans cĂ©der Ă  l’esbroufe, angoissant et parfois terrifiant, plongĂ© dans un univers crĂ©pusculaire aussi suffocant qu’immersif, Alien: Covenant rĂ©invente le divertissement horrifique Ă  travers des codes connus mais savamment revitalisĂ©s, baignant dans une facture bis dĂ©licieusement assumĂ©e - les moyens pharaoniques en prime. S’ajoute Ă  cela l’attachante caractĂ©risation de personnages Ă  la fois fragiles et combatifs, fuyant l’hostilitĂ© de crĂ©atures exterminatrices. Il en rĂ©sulte un spectacle hybride de samedi soir, oĂą « jouissance », « Ă©motion » et « poĂ©sie » dictent la cadence - et oĂą la magnifique scène d’apprivoisement d’un alien par son maĂ®tre irradie une intensitĂ© mĂ©lancolique.

-- Bruno  

La critique de Mathieu le Berre: http://retro-hd.com/critiques/cinema/1774-alien-covenant.html

La critique de Gilles Rolland: http://www.onrembobine.fr/critiques/critique-alien-covenant/

La critique du Point: http://www.lepoint.fr/pop-culture/cinema/alien-covenant-quand-ridley-scott-se-prend-pour-dieu-09-05-2017-2125903_2923.php

Le point de vue antinomique de Jean Marc Micciche:
Bon la question qui fâche...oui Alien covenant....J'ai du mal à comprendre l'indulgence qu'il y a autour du film...Et malgré mes réticences de bases très marqués, j'avais envie d'y croire, en Scott, dans sa mythologie....bref j'étais partie pour voir du Alien, pas un Vendredi de l'espace, parce que je suis désolé, c'est juste çà (malheureusement), une boucherie froide, sans aucune (pour la majorité) une once de mise en place de suspense. La première heure fait encore illusion, car moi en tant que fan de sf pur, je suis content de voir un vaisseau dans l'espace, et si le film se résume à une version clean du premier Alien, au moins la chose titille encore ma vibre alien...La scène d'ouverture fait un lien poussif sur la création (sic) mais bon c'est jolie et bien cadré, bien joué...la scène de l'incident spatial est une bonne entrée matière...puis le signal, plus l'arrivée sur la planète mystérieuse, etc...bon même si visuellement ça a de la gueule et la direction artistique est soigné, on reste loin quand de l'étrangeté, du suspense, de l'exploration de la planète...bref du sous alien, mais ça reste dans les clichés du genre, ça me gêne pas...et puis du coup le film s'accélère avec pour ma part les deux meilleures scènes du film, toute la scène d'horreur dans la navette ou Scott se lâche dans un jeu de course poursuite en montage parallèle vraiment grisant suivie dans la scène 'raptor' dans les hautes herbes...certes les perso agissent comme des teubés mais il y a une vrai tension..bref une bonne demi heure avant l'arrivée de David et de tout le tra lala sur la création....et là mon cerveau décroche littéralement....le film devient d'une lourdeur pachydermique, bavard, surlignant tout dix fois histoire de bien souligner le message.. et c'est là que le film vire clairement aux slaher à deux balles. Scott déteste ses personnages et pour un jeu de massacre triste pas si loin de série z genre Inseminoid ou Créatures...les bisseux trouveront sans doute leurs comptes dans ce wft, les autres pleureront....au passage, on apprend le sort des ingénieurs (renversant), on découvre l'origine de l'alien et de l'oeuf (misère)...les perso, tous plus con les uns que les autres font n'importe quoi et on les emploi à les faire tuer comme des merdes (qu'on est loin des perso secondaires des trois premiers alien)....je passe sur les invraisemblances, les ellipses pourries, car on a droit à deux scènes qui vaut leurs pesant de cacahouètes (le sauvetage et le scène dans le vaisseau). Il est temps que le film se termine....voilà la création de l'alien est douloureuse que celle de dark wador. Si vous aimez les slasher couillon, ça peut le faire.....

                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site critique-film.fr   

de Ridley Scott. 2011. U.S.A. 2h02. Avec Noomi Rapace, Michael Fassbender, Charlize Theron, Idris Elba, Guy Pearce, Logan Marshall-Green, Sean Harris, Rafe Spall, Emun Elliott, Benedict Wong.

Sortie salles France: 30 Mai 2012. U.S: 8 Juin 2012

FILMOGRAPHIE (Info Wikipedia)Ridley Scott est un rĂ©alisateur et producteur britannique nĂ© le 30 Novembre 1937 Ă  South Shields.
1977: Duellistes. 1979: Alien. 1982: Blade Runner. 1985: Legend. 1987: TraquĂ©e. 1989: Black Rain. 1991: Thelma et Louise. 1992: 1492: Christophe Colomb. 1995: Lame de fond. 1997: A Armes Egales. 2000: Gladiator. 2001: Hannibal. 2002: La Chute du faucon noir. 2003: Les AssociĂ©s. 2005: Kingdom of heaven. 2006: Une Grande AnnĂ©e. 2007: American Gangster. 2008: Mensonges d'Etat. 2010: Robin des Bois. 2012: Prometheus


Une Ă©quipe de scientifiques se dirigent vers une planète hostile après avoir explorĂ© une grotte illustrant une carte sur l'origine de la vie. A bord de cette expĂ©dition, Elizabeth et son ami Charlie sont persuadĂ©s de rencontrer nos crĂ©ateurs de l'humanitĂ© sur la planète LV-223. 33 ans après AlienRidley Scott ainsi que ses scĂ©naristes Damon Lindelof et John Spaihts ont enfin entrepris de concrĂ©tiser le rĂŞve de millions de fans. Concevoir une prĂ©quelle Ă  son modèle et donc relancer la franchise pour exploiter d'autres horizons spĂ©culatives et rameuter une nouvelle gĂ©nĂ©ration. Spectacle de science-fiction d'une sobriĂ©tĂ© intègre, Prometheus est avant tout une rĂ©ussite esthĂ©tique dans sa photogĂ©nie rugueuse d'un univers hostile, un règne interlope imprĂ©gnĂ© de mystère avant l'affront d'un cataclysme terrien. A la manière de son aĂ®nĂ© Alien, le rĂ©alisateur nous refait le coup de l'excursion ombrageuse auprès d'une nouvelle compagnie d'explorateurs envisageant de dĂ©mystifier l'origine de la vie par le biais d'une carte symbolique. Sur place, en visitant les lieux d'une cavitĂ© rocheuse Ă  l'atmosphère irrespirable, ils vont se confronter Ă  une multitude d'Ă©nigmes, telles ces apparitions furtives d'humanoĂŻdes virtuels ou encore le corps momifiĂ© d'un extra-terrestre. Tandis qu'au fil de leur archĂ©ologie, des sculptures et monuments historiques inscrites sur les remparts d'un sous-sol prĂ©sagent une technologie avancĂ©e.
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Avec une ambition formelle, Ridley Scott se rĂ©approprie des codes de la mythologie dans une sorte de mise en abyme pour rĂ©interprĂ©ter un univers opaque irrĂ©sistiblement inquiĂ©tant. Dans Prometheus, l'immersion de son milieu inhospitalier est totalement fluide ! En artiste virtuose aux idĂ©es technologiques innovantes, renouant avec de vastes dĂ©cors organiques d'une planète caverneuse, Scott s'impose une fois de plus en crĂ©ateur d'images. Cette persuasion de nous entraĂ®ner en interne d'une galaxie jalonnĂ©e d'Ă©lĂ©ments troubles ou nĂ©buleux, en connivence avec l'origine de la vie. Avec une science du suspense sous-jacent, Prometheus insuffle une atmosphère singulière d'abandon et d'isolement auprès d'une Ă©quipe de chercheurs incapables de supplanter l'antagoniste. Les enjeux humains impartis aux personnages, leur choix conflictuel de survie pour sauvegarder la terre et leur foi spirituelle vont ĂŞtre mis Ă  lourde Ă©preuve pour tenter de se devancer. Pour rationaliser leurs vicissitudes, la dimension humaine de nos protagonistes est allouĂ©e Ă  une poignĂ©e de comĂ©diens dĂ©pouillĂ©s car Ă©ludĂ©s d'une Ă©ventuelle bravoure guerrière (mention spĂ©ciale Ă  Naomi Rapace en hĂ©roĂŻne opiniâtre de sa conviction mystique et Ă  Michael Fassbinder, androĂŻde Ă©trangement Ă©quivoque, sournois et affable). Des scientifiques au caractère bien distinct, chargĂ©s de crainte, de doutes et d'espoir mais piĂ©gĂ©s par une Ă©volution dĂ©lĂ©tère auprès d'un individu perfide. Quand bien mĂŞme au fil de leur cheminement en dĂ©clin, leur quĂŞte initiatique est allouĂ©e d'une thĂ©orie mĂ©taphysique sur la notion de Bien et de Mal (un Dieu crĂ©ateur souhaiterait-il invoquer notre perte ?). Notamment sur le fondement de notre foi Ă  la spiritualitĂ© pour nous convaincre d'exister et Ă©voluer.


Je ne sais rien mais c'est ce que je choisi de croire
Si nombre de questions restent en suspens (pour quelle motivation les ingĂ©nieurs souhaitent Ă©radiquer la Terre et quel est le rĂ´le vĂ©ritable des armes biologiques ?), Prometheus est suffisamment dense, tangible, convaincant, parfois mĂŞme terrifiant pour relancer une nouvelle franchise prometteuse. Spectaculaire, esthĂ©tiquement fascinant et impressionnant (l'avortement fait figure de nouvelle anthologie horrifique alors que la cruautĂ© de certaines mises Ă  mort renforcent son aspect cauchemardesque), Prometheus dĂ©ploie en outre un nouvel antagoniste Ă©sotĂ©rique. Un humanoĂŻde finalement accouplĂ© avec une forme organique bien connue des amateurs et donc en l'occurrence dĂ©voilĂ©e sous son incubation originelle ! S'il n'est pas le chef-d'oeuvre annoncĂ©, la nouvelle dĂ©mesure de Ridley Scott est un grand film d'anticipation sur l'horreur d'une menace inconnue, l'infini inaccessible et notre soif d'en dĂ©chiffrer le sens.
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vendredi 12 mai 2017

Castle Freak


                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site thehorrorhoneys.com



de Stuart Gordon. 1995. U.S.A. 1h30. Avec Jeffrey Combs, Barbara Crampton, Jonathan Fuller, Jessica Dollarhide, Massimo Sarchielli, Elisabeth Kaza.

Sortie Dvd France: 16 FĂ©vrier 2000. U.S: 14 Novembre 1995.

FILMOGRAPHIE: Stuart Gordon est un acteur, producteur, réalisateur et scénariste américain, né le 11 Août 1947 à Chicago, dans l'Illinois. 1979: Bleacher Bums (Téléfilm), 1985: Ré-animator, 1986: From Beyond, 1987: Dolls, 1988: Kid Safe: the vidéo, 1990: Le Puits et le pendule, La Fille des Ténèbres (téléfilm), Robot Jox, 1993: Fortress, 1995: Castle Freak, 1996: Space Truckers, 1998: The Wonderful Ice Cream Suit, 2001: Dagon, 2003: King of the Ants, 2005: Edmond, Master of Horrors (2 épisodes), 2007: Stuck, 2008: Fear Itself (1 épisode).


Deux ans après avoir tâtĂ© de la science-fiction avec le sympathique Fortress, Stuart Gordon renoue Ă  ses premiers amours avec Castle Freak. Une sĂ©rie B horrifique inĂ©dite en salles, pur hommage au cinĂ©ma gore italien des annĂ©es 80 inscrit dans une forme de complaisance putassière pour le plus grand bonheur des fans. 

L'intrigue minimaliste nous illustre les rapports houleux d'une famille après avoir hĂ©ritĂ© d'un château italien appartenant Ă  une dĂ©funte duchesse. Or, dans la cave, une crĂ©ature humaine rĂ©duite Ă  l'Ă©tat animal parvient Ă  briser ses chaines après des dĂ©cennies d'esclavage. TraumatisĂ©s par la mort de leur fils lors d'un tragique accident de voiture, John, Susan et leur fille tentent difficilement de renouer les liens familiaux au moment mĂŞme oĂą le monstre profite de son autonomie pour se nourrir de chair fraĂ®che. 

Une histoire sans surprise mais dĂ©bridĂ©e et fascinante inspirĂ©e de l'Ă©crivain H.P Lovecraft que Stuart Gordon emballe avec savoir-faire dans sa dĂ©marche horrifique aussi bien couillue qu'incongrue. Car si les clichĂ©s pullulent autour de cette cellule familiale en crise, le rĂ©alisateur n'y force pas le trait si bien que l'on s'identifie sans difficultĂ© Ă  leur discorde conjugale quand bien mĂŞme les portraits castrateurs impartis Ă  la police suspicieuse font Ă©galement preuve de sobriĂ©tĂ© dans leur posture entĂŞtĂ©e.


EpaulĂ© d'un rythme assez soutenu au fil d'un cheminement inquiĂ©tant, Stuart Gordon compte sur l'efficacitĂ© des scènes horrifiques aussi impressionnantes que rĂ©vulsives qu'une crĂ©ature repoussante perpĂ©tue insatiablement. Quand bien mĂŞme l'atmosphère glauque et malsaine qui Ă©mane de ses exactions emprisonne le spectateur dans un dĂ©corum gothique aussi poisseux qu'envoĂ»tant (photo sĂ©pia Ă  l'appui). Outre ses clins d'oeil hĂ©ritĂ©s du cinĂ© gore transalpin (notamment celui adressĂ© au Manoir de la Terreur d'AndrĂ©a Bianchi lors d'une sĂ©quence lubrique), Castle Freak distille une vigueur viscĂ©rale en la prĂ©sence parfaitement crĂ©dible d'une crĂ©ature humaine du plus bel effet pestilentiel. LittĂ©ralement fascinant par son aspect aussi dĂ©charnĂ© que putrescent, ce monstre autrefois battu par une mère abusive provoque de prime abord une certaine pitiĂ© dans sa condition misĂ©reuse et martyr. A l'instar de la sĂ©quence d'ouverture Ă©prouvante auquel une rombière lui assène des coups de fouet "cloutĂ©s" sur sa chair chĂ©tive ! Une sĂ©quence extrĂŞme difficilement supportable de par ces hurlements plaintifs faisant Ă©cho dans les parois du château (tout du moins en VOSTR). Sans toutefois s'attarder sur la compassion de cette victime monstrueuse, Stuart Gordon prĂ©fère opter pour un grand-guignol sordide lors de sĂ©quences-chocs percutantes filmĂ©es en plan serrĂ©. Quant Ă  son attachante distribution, Jeffrey Combs est toujours aussi convaincant en Ă©poux alcoolique en quĂŞte dĂ©sespĂ©rĂ©e de rĂ©demption et tenant tĂŞte aux forces de l'ordre avec une autoritĂ© dĂ©terminĂ©e. Quand bien mĂŞme Barbara Crampton lui partage plus modestement la vedette avec une contradiction rancunière en Ă©pouse trahie.


Soutenu par le score entĂŞtant de Richard Band, faisant subtilement Ă©cho Ă  Re-Animator, Castle Freak joue modestement la carte de la sĂ©rie B horrifique, dans une complaisance putassière qui n’a pas Ă  rougir de ses ascendants latins. Un divertissement solidement troussĂ©, oĂą l’ambiance putride s’accroche aux basques du spectateur avec un plaisir masochiste - et ce, malgrĂ© sa facture tĂ©lĂ©visuelle.


— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
08.11.25. 3èx . Vostfr

jeudi 11 mai 2017

KING OF THE ANTS

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site alchetron.com

de Stuart Gordon. 2003. 1h41. Avec Chris McKenna, Kari Wuhrer, George Wendt, Vernon Wells, Lionel Mark Smith, Timm Sharp.

Sortie salles France: 2 Octobre 2005

FILMOGRAPHIE: Stuart Gordon est un acteur, producteur, réalisateur et scénariste américain, né le 11 Août 1947 à Chicago, dans l'Illinois. 1979: Bleacher Bums (Téléfilm), 1985: Ré-animator, 1986: From Beyond, 1987: Dolls, 1988: Kid Safe: the vidéo, 1990: Le Puits et le pendule, La Fille des Ténèbres (téléfilm), Robot Jox, 1993: Fortress, 1995: Castle Freak, 1996: Space Truckers, 1998: The Wonderful Ice Cream Suit, 2001: Dagon, 2003: King of the Ants, 2005: Edmond, Master of Horrors (2 épisodes), 2007: Stuck, 2008: Fear Itself (1 épisode).


Du cinĂ©ma brut de dĂ©coffrage oĂą la trivialitĂ© du Mal emporte la mise. 
ConcentrĂ© d'ultra violence dans son lot de tortures, sĂ©vices et meurtres d'une bestialitĂ© inhumaine, King of the Ants ne nous laisse pas indemne pour son effarant constat imparti Ă  la nature primitive de l'homme. Par l'entremise d'une intrigue aussi vĂ©reuse que fĂ©tide qu'extĂ©riorisent une poignĂ©e d'antagonistes immoraux, Stuart Gordon dĂ©range et choque avec une intensitĂ© rĂ©aliste inĂ©dite au sein de sa riche filmo. Ayant pour mission de supprimer un comptable pour le compte d'un entrepreneur corrompu, Sean Crawley se laisse influencer par la criminalitĂ© pour la somme de 15 000 dollars. Faute de sa personnalitĂ© aussi mĂ©diocre que vulnĂ©rable, ce dernier Ă©tait finalement le pion d'un odieux traquenard commanditĂ© par l'entrepreneur et ses sbires. Dès lors, faute de son arrogance et de son chantage compromettant d'importants documents, Sean va passer par une sĂ©rie d'Ă©preuves oĂą tortures morales et physiques vont le mener aux cimes de la folie, et ce avant sa nouvelle mutation identitaire. 


Martyr
Récit initiatique d'un quidam victime de sa cupidité, de sa déliquescence criminelle et de ses châtiments corporels, King of the Ants retrace son chemin de croix avec un réalisme cru à couper au rasoir. Et ce jusqu'aux limites de l'insoutenable que les personnes sensibles auront sans doute du mal à encaisser. Les séquences de tortures et règlements de compte meurtriers s'enchaînant au fil d'une endurante vendetta que Sean Crawley va soudainement imposer lors d'un éveil de conscience où haine et désespoir vont lui permettre de se fondre dans la peau d'un démon exterminateur. Car après nous avoir éprouvé avec la mort gratuite d'un comptable livré à sa lâche merci, Stuart Gordon souhaite ensuite nous susciter pitié et empathie quant à la nouvelle condition soumise du meurtrier réduit à l'état d'esclavage (pour ne pas dire légume déficient épris de masochisme). Le réalisateur insistant durement sur ses lynchages quotidiens perpétrés par des complices orgueilleux se complaisant à exercer fougueusement l'innommable. Une manière radicale afin d'interroger le spectateur sur la justification de la violence punitive invoquée sur un assassin aussi lâche que ces tortionnaires. Ce déchaînement d'ultra violence souvent insupportable s'avérant le pilier émotif d'une intrigue amorale semée de rebondissements délétères si bien que l'amour s'invitera subitement par une porte de secours. Cette seconde partie moins éprouvante mais toute aussi malsaine et dérangeante s'attachant à nous décrire la rédemption "perfide" de notre exterminateur désireux d'approcher un semblant d'havre romantique avant que ces anciens démons ne le réveillent à perdurer une ultra violence jusqu'au-boutiste dans sa condition préalablement véreuse.


La bĂŞte sommeille en nous
Incongru, sardonique, ultra malsain et terriblement éprouvant quant aux éclairs d'ultra violence à la fois horrifiques et insolents, King of the Ants affiche sans complexe une expérience de cinéma extrême conçue pour mettre en lumière crue notre instinct pervers. Un objet aussi inclassable que poisseux nous livrant sans fard un portrait dérisoire de notre nature primale partagée entre la liberté de choix moral à privilégier la cause fragile du Bien ou celle beaucoup plus simple d'adhérer au Mal.
Pour public averti

Bruno Matéi

mardi 9 mai 2017

GET OUT

                                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Jordan Peele. 2017. U.S.A. 1h44. Avec Daniel Kaluuya, Zailand Adams, Allison Williams, Catherine Keener, Erika Alexander, Bradley Whitford, Caleb Landry Jones.

Sortie salles France: 3 Mai 2017. U.S: 24 Février 2017

FILMOGRAPHIEJordan Haworth Peele, né le 21 février 1979 à New York, est un acteur, humoriste, réalisateur, scénariste et producteur américain. 2017: Get Out.


PrĂ©cĂ©dĂ© d'une bande-annonce aussi allĂ©chante que prometteuse et d'une rĂ©putation Ă©logieuse dès sa sortie salles (suffit de jeter un rapide coup d'oeil sur la notation de Rotten Tomatoes), Get Out est le nouveau phĂ©nomème horrifique outre-atlantique que le rĂ©alisateur novice Jordan Peele est parvenu Ă  transfigurer avec un brio avisĂ©. Tant et si bien qu'il s'agit de son premier essai derrière la camĂ©ra après avoir exercĂ© les mĂ©tiers d'acteur et d'humoriste. Sans dĂ©florer le moindre indice du scĂ©nario aussi roublard et original que gĂ©nialement machiavĂ©lique (mĂŞme si l'influence des Femmes de Stepford est infaillible !), Get Out dĂ©bute comme une agrĂ©able romance autour d'un couple interracial que forment Rose, jeune fille issue d'une classe bourgeoise, et Chris, un afro-amĂ©ricain Ă©quilibrĂ© et prĂ©venant. DĂ©libĂ©rĂ©e Ă  le prĂ©senter Ă  ses parents le temps d'un week-end, Chris accepte gentiment la proposition. Alors que les parents et le frère de Rose font preuve d'ironie impudente auprès de lui, l'ambiance nĂ©anmoins chaleureuse et bon enfant va rapidement bifurquer Ă  la paranoĂŻa, notamment parmi la posture inquiĂ©tante des deux domestiques afros-amĂ©ricains trop affables pour ĂŞtre honnĂŞtes. Bijou de suspense horrifique entièrement dĂ©diĂ© Ă  la caractĂ©risation interlope de seconds-rĂ´les hyper convaincants, de par leur charisme saillant et leurs expressions neutres, Get out parvient Ă  diluer un dĂ©licieux parfum de mystère, d'angoisse et de tension latente autour d'un Chris contemplatif, car tĂ©moin malgrĂ© lui d'Ă©vènements aussi troubles que nonsensiques.


Ce vĂ©nĂ©neux climat d'Ă©trangetĂ© que parviennent Ă  extĂ©rioriser l'assemblĂ©e bourgeoise (notamment leur rĂ©union amicale instaurĂ©e dans le jardin) ainsi que les deux domestiques (Ă  la fois Ă©vasifs, taiseux et faussement rassurants !) nous immerge subtilement dans un cauchemar anxiogène toujours plus palpable quant au cheminement investigateur de Chris en remise en question raciale. EmaillĂ© de sĂ©quences dĂ©rangeantes d'une intensitĂ© psychologique, l'intrigue alterne quelques situations affolantes de comportements erratiques du point de vue secondaire des noirs faisant office de majordome ou attentionnĂ© auprès d'une gente sclĂ©rosĂ©e. Observant avec une habile attention la montĂ©e en puissance de la paranoĂŻa de Chris (notamment lorsqu'il s'efforce d'alerter timidement sa petite amie en Ă©vitant de surdramatiser ses potentielles divagations !), Jordan Peele brosse son portrait Ă  la fois fĂ©brile et vulnĂ©rable sous l'impulsion spontanĂ©e de l'acteur Daniel Kaluuya crevant l'Ă©cran parmi ses expressions de crainte et de doute, de constance et de vaillance. Et ce avant que l'horrible piège ne se referme sur ses frĂŞles Ă©paules avec un sentiment d'impuissance viscĂ©rale que le spectateur tĂ©moigne avec autant d'apprĂ©hension, quand bien mĂŞmes les soudains Ă©clairs de violence nous mettront Ă  rude Ă©preuve morale. Au-delĂ  de son rĂ©alisme cauchemardesque lestement diffus et du climat malsain du contexte aussi singulier, Jordan Peele se permet en prime de dĂ©samorcer par intermittence l'angoisse des situations par des saillies d'ironie gĂ©nialement cocasses (l'improbable dĂ©position de l'ami de Chris face au trio de flics noirs retenant difficilement leur sĂ©rieux !).


Satire caustique sur le racisme (en ces temps sinistrosĂ©s de haine et d'intolĂ©rance) par le biais d'un esclavage moderne, Get Out transcende l'outil horrifique avec autant de maĂ®trise technique (on peut parler de modèle de mise en scène, voir de coup de maĂ®tre) que d'intelligence retorse si bien que l'angoisse des situations Ă©mane toujours de la caractĂ©risation comportementale des personnages sournois (l'ombre de Rosemary's Baby planant aussi bien sur leurs Ă©paules !). Et Ă  ce titre, il faut autant prĂ´ner le jeu incroyablement percutant des comĂ©diens se dĂ©lectant Ă  se fondre dans la peau de leur personnage avec une intensitĂ© faciale redoutablement perfide. Quant au scĂ©nario aussi bien glaçant de cynisme que gĂ©nialement dĂ©bridĂ©, il s'agit lĂ  d'un des plus originaux que l'on ait vu depuis longtemps. A l'instar de cette anthologique sĂ©ance d'hypnose ou encore de l'impuissance de la domestique Ă  tenter d'extĂ©rioriser subitement un appel Ă  l'aide !

Bruno Dussart

La critique de Gilles Roland: http://www.onrembobine.fr/critiques/critique-get-out/


de Bryan Forbes. 1974. U.S.A. 1h50. Avec Katharine Ross , Paula Prentiss, Peter Masterson, Nanette Newman, Tina Louise, Carol Eve Rossen, William Prince, Carole Mallory, Toni Reid, Judith Baldwin.

Date de sortie: 12 fĂ©vrier 1975 (USA)

FILMOGRAPHIE: Bryan Forbes est un rĂ©alisateur de cinĂ©ma britannique, Ă©galement acteur, producteur et scĂ©nariste, nĂ© John Theobald Clark Ă  Londres le 22 juillet 1926.
1961 : Whistle Down the Wind , 1962 : La Chambre indiscrète,1964 : Le Rideau de brume,1964 : L'Ange pervers,1965 : Un caĂŻd, 1966 : Un mort en pleine forme,1967 : Les Chuchoteurs,1968 : Le chat croque les diamants, 1969 : La Folle de Chaillot, 1971 : The Raging Moon, 1975 : Les Femmes de Stepford, 1976 : The Slipper and the Rose, 1978 : Sarah,1980 : Les SĂ©ducteurs   1982 : MĂ©nage Ă  trois, 1984 : The Naked Face, 1990 : The Endless Game (tv)


Desperate Housewives
AdaptĂ© d'une oeuvre originale de Ira Levin (Rosemary's Baby), Les Femmes de Stepford demeure une satire caustique sur le sexisme, un tableau saugrenu sur la phallocratie Ă©voquĂ©e au travers d'un rĂ©cit d'anticipation horrifique. D'ailleurs, le sujet singulier si fascinant engendra une plĂ©thore de sĂ©quelles parmi lesquelles The Revenge of the Stepford Wives (tĂ©lĂ©film de 1980), The Stepford ChildrenThe Stepford Husbands ou encore le remake aseptique de Frank Oz rĂ©alisĂ© en 2004. Un couple vient s'installer dans la bourgade verdoyante de Stepford, petit village situĂ© dans le Connecticut oĂą il fait bon vivre calme et sĂ©rĂ©nitĂ©. Joanna se lie d'amitiĂ© avec les voisines du quartier, particulièrement Bobby, une jeune femme extravertie et affranchie n'hĂ©sitant pas Ă  critiquer l'attitude atone de certaines de ses collègues. Au fil des semaines, notre duo ne va pas tarder Ă  s'inquiĂ©ter du comportement non-sensique de ces dernières.  


PrĂ©curseur de l'illustre sĂ©rie TV Desperate Housewives si j'ose dire, Bryan Forbes surprend autant qu'il dĂ©concerte Ă  travers cette version vitriolĂ©e de la guerre des sexes. PassĂ©e sa première partie ne laissant rien supposer de la montĂ©e en puissance du cauchemar domestique, Les Femmes de Stepford amorce doucement une ambiance trouble progressivement diffuse. Ces diffĂ©rents portraits caustiques impartis Ă  la "famille modèle" empruntant le cheminement de l'irrationnel pour mieux duper et dĂ©ranger le spectateur. Un parti-pris couillu afin de dĂ©noncer avec incongruitĂ© la place de la femme soumise au sein du foyer conjugal lors d'une Ă©poque en mutation sociale. La charge est fĂ©roce, jusqu'au boutiste, Ă  l'instar de sa conclusion aigre (quand bien mĂŞme le scĂ©nario originel envisagĂ© par William Goldman Ă©tait encore plus horrifiant !). L'intrigue hĂ©ritĂ©e d'un Ă©pisode de la Quatrième dimension insufflant une intensitĂ© dramatique autour d'une caractĂ©risation corrosive de discordes conjugales en proie au non-sens. Cette tension insolite ira d'ailleurs en crescendo pour converger vers un dernier acte proprement opaque. D'un charisme saillant, mature et sensuel, notamment parmi l'intensitĂ© de son regard noir gagnĂ© de contrariĂ©tĂ©, Katharine Ross incarne avec force de caractère le rĂ´le d'une ambitieuse photographe sensiblement attirĂ©e par l'angoisse d'une improbable dĂ©couverte au point d'en bouleverser sa propre destinĂ©e ! 


Soit belle et tais-toi. 
Nonobstant une mise en place quelque peu poussive des personnages et la langueur (volontaire) du 1er acte, Les Femmes de Stepford constitue une bobine d'Ă©trangetĂ© singulière culminant vers l'effroi d'un dĂ©nouement inattendu si bien que le spectateur se partage entre malaise et empathie pour la condition de ces "femmes objets". La soliditĂ© de sa distribution aussi bien photogĂ©nique (la trop rare et mĂ©connue Katharine Ross en tĂŞte !), l'aura insolite Ă©manant de l'intrigue Ă  rebondissements ainsi que son point d'orgue horrifique anti happy-end laissent en mĂ©moire un pastiche corrosif sur l'Ă©mancipation fĂ©minine durant la rĂ©volution des Seventies. A redĂ©couvrir avec vif intĂ©rĂŞt, les Femmes de Stepford Ă©tant l'une des oeuvres les plus dĂ©bridĂ©es de son Ă©poque frappĂ©e d'un rĂ©alisme audacieux et d'idĂ©es Ă  revendre ! 

Eric Binford
11.01.11. 2èx

lundi 8 mai 2017

BRIGADE DES MOEURS

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ebay.fr

de Max Pecas. 1985. France. 1h39. Avec Thierry de Carbonnières, Gabrielle Forest, Christian Barbier, Jean-Marc Maurel, Phify, Olivia Dutron, Brigitte Lahaie, Ticky Holgado, Jean-Pierre Bernard.

Sortie salles France: 9 Janvier 1985

FILMOGRAPHIE: Max Pécas est un réalisateur, scénariste et producteur de cinéma français né le 25 avril 1925 à Lyon et mort le 10 février 2003 à Paris. 1960 : Le Cercle vicieux. 1961 : De quoi tu te mêles, Daniela ! 1962 : Douce Violence. 1962 : Une femme aux abois. 1963 : Cinq filles en furie. 1964 : La Baie du désir. 1965 : Espions à l'affût. 1966 : La Peur et l'Amour. 1968 : La Violence et l'amour. 1968 : La Nuit la plus chaude. 1970 : La Main noire. 1970 : Claude et Greta. 1971 : Je suis une nymphomane. 1973 : Je suis frigide... pourquoi ? 1974 : Club privé pour couples avertis. 1974 : Sexuellement vôtre. 1975 : Rêves pornos. 1975 : Les Mille et une perversions de Felicia. 1976 : Luxure. 1977 : Marche pas sur mes lacets. 1978 : Embraye bidasse, ça fume. 1979 : On est venu là pour s'éclater. 1980 : Mieux vaut être riche et bien portant que fauché et mal foutu. 1981 : Belles, blondes et bronzées. 1982 : On n'est pas sorti de l'auberge. 1983 : Les Branchés à Saint-Tropez. 1985: Brigade des mœurs. 1986 : Deux enfoirés à Saint-Tropez. 1987 : On se calme et on boit frais à Saint-Tropez.


Echec public en salles, Brigade des Moeurs est un polar d'exploitation que Max Pecas, spécialiste de comédies polissonnes, emballe avec un certain savoir-faire technique durant sa carrière déclinante. Dépourvu d'un pitch standard dénué d'intensité, de suspense et de rigueur dramatique, le réalisateur pallie sa vacuité narrative par un florilège de séquences ultra violentes et un soupçon de gore et d'érotisme qu'un flic justicier et la pègre sèment durant leurs règlements de compte. Dénué d'épaisseur psychologique, il est difficile de s'impliquer dans la vengeance expéditive de ce dernier plutôt inexpressif (sorte de sosie renfrogné de Francis Perrin) si bien que l'on éprouve peu d'empathie à son héroïsme réactionnaire et à son altruisme auprès de la gente féminine. Pour compenser l'ennui de son intrigue routinière alternant attaques et contre-attaques jusqu'au générique de fin, on peut s'amuser de retrouver quelques têtes familières imparties aux seconds-rôles (Brigitte Lahaie, Ticky Holgado et surtout l'excellent Christian Barbier), se prêtant au jeu du gendarme et du voleur avec une certaine spontanéité. Uniquement bâti sur sa surenchère aussi subversive que grand-guignolesque, Brigade des Moeurs a donc bien du mal à captiver en dépit de sa générosité homérique peu fructueuse.


Un polar franchouillard faussement impressionnant faisant office de pĂ©tard mouillĂ©. 

Bruno Matéï

samedi 6 mai 2017

A 16 ANS DANS L'ENFER D'AMSTERDAM

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"La ragazza del Vondel Park" de Rino Di Silvestro (Axel Berger). 1984. Italie. 1h28. Avec Ann-Gisel Glass, Sebastiano Somma, Tony Serrano, Donatella Damiani

Sortie salles France: 2 Novembre 1984

FILMOGRAPHIE: Rino Di Silvestro est un acteur, scénariste et réalisateur italien né le 30 Janvier 1932, décédé le 3 Octobre 2009. 1985: Les nuits chaudes de Cléopâtre. 1984 À seize ans dans l'enfer d'Amsterdam. 1980 Bello di mamma. 1979 Baby Love. 1976 Les déportées de la section spéciale SS. 1976 La louve sanguinaire. 1974 Prostituzione. 1973 La vie sexuelle dans une prison de femmes


Epigone Z du traumatisant Moi, Christine F... 13 ans, droguĂ©e et prostituĂ©e, A 16 ans dans l'enfer d'Amsterdam porte la signature de Rino Di Silvestro (aka Axel Berger), spĂ©cialiste du cinĂ©ma d'exploitation comme le souligne sa filmographie lucrative bien connue des fans bisseux. C'est notamment Ă  lui que l'on doit l'Ă©trange et (gentiment) fascinant La Louve Sanguinaire, aussi superficiel et saugrenu soit-il, si bien qu'il s'agit Ă  mon sens de son meilleur film, du moins le plus atmosphĂ©rique, inquiĂ©tant et trouble dans son concentrĂ© d'Ă©rotisme et de lycanthropie gore. DĂ©libĂ©rĂ© Ă  surenchĂ©rir le modèle d'Uli Edel Ă  renfort de sĂ©quences glauques d'une dĂ©viance parfois Ă©trangement fascinante (la sĂ©ance de voyeurisme dans le train effleure la pornographie, son plan X insĂ©rĂ© au cours d'une brève sĂ©quence pĂ©nitentiaire et les moult shoots que les droguĂ©s s'injectent de manière parfois si convaincante qu'on y soupçonne l'authenticitĂ© de leurs gestes !), A 16 ans dans l'enfer d'Amsterdam sombre dans le nanar Ă  force de maladresses techniques, de cabotinage d'acteurs de seconde zone et d'ultra complaisance en roue libre.


Par le truchement d'une intrigue indigente Ă  peine inspirĂ©e d'un Ă©pisode des Feux de l'Amour (une jeune ado, Anna, sombre dans la drogue et la pornographie au moment de tomber amoureuse d'un quidam au grand coeur), Rino Di Silvestro s'efforce de provoquer malaise et dĂ©goĂ»t par le biais d'un dĂ©corum sordide oĂą industrie pornographique, tapinage et fixettes d'hĂ©ros sont le lot quotidien de notre hĂ©roĂŻne tributaire d'un maquereau aussi paumĂ© qu'elle. Au coeur de leur sempiternelle crise conjugale et des rapports houleux d'Anna avec sa mère, un quidam philanthrope succombe Ă  ses charmes lors d'une sĂ©quence expĂ©ditive de drague improvisĂ©e (comptez 2 minutes chrono pour nous convaincre de leur Ă©treinte). En prime d'un montage elliptique ahurissant de maladresse (Ă  moins qu'il ne s'agisse d'une version Cut !), l'intrigue nous perd d'ailleurs un peu en cours de route en dĂ©pit de son extrĂŞme simplicitĂ© Ă  surligner (et alterner) les dĂ©chĂ©ances physiques et morales d'Anna rendue toxicomane et les règlements de compte entre divers macros et l'amant au grand coeur. Pour autant, en dĂ©pit de tous ces dĂ©fauts prĂ©citĂ©s Ă©rigeant l'entreprise au rang de nanar d'exploitation, A 16 ans dans l'enfer d'Amsterdam distille charme et sympathie Ă  suivre (dans notre instinct voyeuriste gentiment pervers) les errances sordides d'Anna sous l'impulsion d'une narration fertile en pĂ©ripĂ©ties et ce malgrĂ© ses redondances. A l'instar de son final musclĂ© involontairement drĂ´le car multipliant les pugilats de comptoir, faute du cabotinage des comĂ©diens surjouant Ă  n'en plus finir dans leurs expressions Ă  la fois colĂ©riques, rebelles et dĂ©munies.


Pur produit d'exploitation estampillĂ© Z, A 16 ans dans l'enfer d'Amsterdam mĂ©rite le dĂ©tour par son charme bisseux typiquement latin (comme le souligne d'ailleurs sa mĂ©lancolique partition musicale) au grĂ© de situations scabreuses ostentatoires que Rino Di Silvestro prend plaisir Ă  filmer sans aucun complexe (tel ce plan X aussi inopinĂ© qu'il provoque soupçon de cocasserie !) et avec le dĂ©sir de choquer le spectateur parmi des codes narratifs inĂ©vitablement ludiques. 

P.S: A noter que le montage est signataire du cinéaste Bruno Mattei ! Ceci explique cela !

Eric Binford

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

"Christiane F. - Wir Kinder vom Bahnhof Zoo" (Nous, les enfants de la gare du Zoo) de Uli Edel. 1981. Allemagne. 2h09. Avec Natja Brunckhorst, Thomas Haustein, Jens Kuphal, Rainer Woelk, Jan Georg Effler, Christiane Reichelt, Daniela Jaeger.

Sortie salles France: 24 Juillet 1981 (Interdit aux - de 13 ans). Allemagne: 2 Avril 1981.

FILMOGRAPHIEUli Edel est un rĂ©alisateur, producteur et monteur allemand, nĂ© le 11 Avril 1947 Ă  Neuenburg am Rhein (Allemagne).
1971: Der Kleine Soldat. 1976: Die Erzählungen Bjelkins (tĂ©lĂ©-film). 1977: Der Harte Handel (tĂ©lĂ©-film). 1978: Das Ding: (sĂ©rie TV). 1981: Moi, Christiane F., 13 ans, droguĂ©e, prostituĂ©e. 1984: Eine Art von Zorn (tĂ©lĂ©-film). 1987: Waldhaus (sĂ©rie TV). 1989: Dernière sortie pour Brooklyn. 1993: Body. 1994: Confessions d'une rebelle (tĂ©lĂ©-film). 1995: Mike Tyson, l'histoire de sa vie (tĂ©lĂ©-film). 1996: Raspoutine (tĂ©lĂ©-film). 1999: La Ville des LĂ©gendes de l'Ouest (tĂ©lĂ©-film). 2000: Le Petit Vampire. 2001: Les Brumes d'Avalon (tĂ©lĂ©-film). 2002: King of Texas (tĂ©lĂ©-film). 2002: Jules CĂ©sar (tĂ©lĂ©-film). 2003: Evil Never Dies (tĂ©lĂ©-film). 2004: L'Anneau SacrĂ© (tĂ©lĂ©-film). 2008: La Bande Ă  Baader. 2010: Zeiten Andern Dich.


"D'la pisse et d'la merde, partout ! Y'a qu'Ă  r'garder ! Qu'est ce que ça peut faire que d'loin tout est l'air neuf et de grand standing, avec des blouses vertes, des supermarchĂ©s ! Ce qui pue l'plus Ă  l'intĂ©rieur, c'est les cages d'escalier. Les enfants, qu'est ce qu'ils peuvent faire quand ils jouent dehors et qu'ils ont envie d'pisser ! Le temps qu'l'ascenseur arrive au 11è ou au 12è, ils ont fait dans leur culotte et ils reçoivent une raclĂ©e. Autant l'faire dans la cage d'escalier. Et j'habite lĂ  depuis qu'j'ai 6 ans, avec ma mère, ma soeur et mes chats. Et j'en ai ras l'bol ! En ville, il y a des affiches partout. Le Sound, la discothèque la plus moderne d'Europe. C'est lĂ  qu'je veux aller..." 

ExpĂ©rience jusqu'au-boutiste Ă  l'intensitĂ© dramatique impitoyablement Ă©prouvante, Moi, Christiane F. est un uppercut Ă©motionnel difficilement soutenable lorsque l'on tĂ©moigne impuissant de la descente aux enfers d'une junkie dans le Berlin des annĂ©es 70. L'Ă©preuve de force intarissable d'une adolescente de 13 ans prise au piège de son addiction Ă  l'hĂ©roĂŻne, est donc contrainte de se prostituer afin de subvenir Ă  ses besoins depuis le divorce parental. Cette dĂ©chĂ©ance humaine en dĂ©clin, ce dĂ©sespoir sans Ă©chappatoire, le spectateur la contemple avec un malaise viscĂ©ral et sensitif proche de la nausĂ©e. De par son ambiance lourde, oppressante, glauque (score lancinant hypnotique Ă  l'appui !) rĂ©gie autour d'une gare berlinoise frĂ©quentĂ©e par de jeunes SDF, et son rĂ©alisme documentĂ© extrĂŞmement dĂ©rangeant qu'une camĂ©ra voyeuriste ausculte sans tabou (les seringues pĂ©nĂ©trant dans les veines avant une giclĂ©e de sang, les crises de manque et les crampes oĂą sueur et vomi s'entremĂŞlent pour y arroser les draps et tapisser les murs, les rapports sexuels forcĂ©s avec une clientèle dĂ©pravĂ©e !).


Uli Edel ne recule donc devant rien pour relater sans concession le quotidien misĂ©reux de Christiane et ses comparses dĂ©ambulant, tels des zombies nĂ©crosĂ©s, dans un quartier malfamĂ© pour y tapiner afin de se procurer leur offrande. L'ultra rĂ©alisme allouĂ© Ă  leur cheminement urbain s'avère si tangible qu'on jurerait qu'acteurs mĂ©connus et figurants marginaux se soient prĂŞtĂ©s au jeu de la dĂ©fonce pour se shooter volontairement face camĂ©ra ! Devant l'acuitĂ© d'une fascination aussi malsaine, aucun long-mĂ©trage n'Ă©tait parvenu Ă  un tel degrĂ© d'authenticitĂ©, Ă  l'instar de la dĂ©liquescence physique des comĂ©diens retranscrite en temps rĂ©el ! Si le jeu assez amateur des seconds-rĂ´les juvĂ©niles et les dialogues triviaux font preuve de facilitĂ©, le sentiment d'improvisation Ă©prouvĂ© se prĂŞte plutĂ´t bien au climat de sinistrose auquel ils appartiennent, quand bien mĂŞme une photo blafarde nous martèle l'esprit par sa facture opaque. Le cinĂ©aste s'attardant perpĂ©tuellement Ă  mettre en exergue leur contrariĂ©tĂ© psychique liĂ©e Ă  l'accoutumance incontrĂ´lĂ©e du produit (d'oĂą ce parti-pris du montage elliptique !). Si Moi Christiane F. s'avère si implacablement immersif et criant de vĂ©ritĂ© dans la dĂ©chĂ©ance morale des toxicos, il le doit beaucoup au talent Ă©pidermique de Natja Brunckhorst. L'actrice se fondant dans la peau d'une infortunĂ©e avec un sentiment de dĂ©sespoir collapsĂ© et parmi l'apitoiement du regard affligĂ© d'impuissance et de solitude !


Cri d'alarme contre une jeunesse dĂ©boussolĂ©e avide d'expĂ©rience nouvelle, Ă©preuve de survie impartie Ă  l'emprise de la came, Moi Christiane F... remĂ©more dans une ambiance funĂ©raire suffocante le tĂ©moignage le plus glauque, le plus sordide et Ă©prouvant jamais traitĂ© sur le flĂ©au. Outre son portrait vĂ©ritĂ© imparti Ă  son hĂ©roĂŻne mondialement cĂ©lĂ©brĂ©e par le best-seller des journalistes Kai Hermann et Horst Rieck, Moi, Christiane F... laisse le spectateur dans un Ă©tat de choc mutique sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique Ă©coulĂ©. Pour publics avertis mais Ă  prescrire dans tous les collèges, lycĂ©es et universitĂ©s ! 

A mon frère de coeur Pascal, décédé en Décembre 93, et à tous ceux qui n'ont eu la chance de s'en sortir...

Bruno Dussart