mardi 20 novembre 2018

Dr Cyclops

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site jamesreasoner.blogspot.com

"Doctor Cyclops" de Ernest B. Schoedsack. 1940. U.S.A. 1h15. Avec Albert Dekker, Thomas Coley, Janice Logan, Charles Halton, Victor Kilian.

Sortie salles France: 1er Mai 1953. U.S: 10 Avril 1940

FILMOGRAPHIE: Ernest Beaumont Schoedsack est un réalisateur, directeur de photo, producteur, monteur, acteur et scénariste américain, né le 8 Juin 1893 à Council Bluffs (Iowa), décédé le 23 Décembre 1979 dans le Comté de Los Angeles. 1925: Grass: a nation's battle for life.1927: Chang. 1929: Les 4 plumes blanches. 1931: Rango. 1932: Les Chasses du comte Zaroff. 1933: King Kong. 1933: The Monkey's Paw. 1933: Blind Adventure. 1933: Le Fils de Kong. 1934: Long Lost Father. 1935: Les Derniers jours de Pompéï. 1937: Trouble in Morocco. 1937: Outlaws of the Orient. 1940: Dr Cyclop. 1949: Monsieur Joe. 1952: The is Cinerama.


CĂ©lĂ©brĂ© pour le duo lĂ©gendaire Les Chasses du comte Zaroff / King Kong, Ernest B. Schoedsack n’en a pas fini de nous Ă©merveiller – et de nous cauchemarder – avec Dr Cyclops, rĂ©alisĂ© en 1940. TournĂ© exceptionnellement en Technicolor dans les dĂ©cors restreints d’une jungle fictive, et avec une poignĂ©e d’acteurs, Dr Cyclops dĂ©ploie son charme fantasque Ă  travers des trucages aussi soignĂ©s qu’ingĂ©nieux (mĂŞme si, le plus souvent, on agrandit les dĂ©cors pour rapetisser les personnages !). Sous le prĂ©texte de la miniaturisation – que Jack Arnold portera Ă  son apogĂ©e 17 ans plus tard avec L’Homme qui rĂ©trĂ©citSchoedsack insuffle une tension vive Ă  une histoire de rapt aussi singulière qu’audacieuse. Et l’intrigue, bien que dĂ©bridĂ©e, ne verse jamais dans le grotesque, notamment grâce Ă  la solidaritĂ© hĂ©roĂŻque des protagonistes miniatures, immergĂ©s avec ferveur dans leur nouvelle condition d’exilĂ©s.


RecrutĂ©s par le biologiste Thorkel pour parfaire ses recherches opaques, des scientifiques se retrouvent rĂ©trĂ©cis par une machine au radium. EmprisonnĂ©s dans sa cabane, ils finissent par s’Ă©chapper Ă  travers une jungle peuplĂ©e d’animaux menaçants. Ce survival haletant, riche en stratĂ©gies de dĂ©fense et d’attaque, oppose cinq rescapĂ©s Ă  un savant fou, Ă  des bĂŞtes domestiques devenues gĂ©antes, et Ă  une nature aussi belle que hostile. Le film nous entraĂ®ne dans son univers chimĂ©rique grâce Ă  des effets spĂ©ciaux simples mais crĂ©dibles (avec deux ou trois ratĂ©s attendrissants). MĂŞlant poĂ©sie fĂ©erique et cocasserie lĂ©gère, il n’en reste pas moins inquiĂ©tant, voire cruel, notamment Ă  travers l’interprĂ©tation trouble d’Albert Dekker, inquiĂ©tant Thorkel aux lunettes dĂ©mesurĂ©es, jouant avec un plaisir sadique le rĂ´le du dĂ©miurge dominateur.


Pur divertissement de quartier, Dr Cyclops a trouvĂ© sa place dans la mĂ©moire collective, au point qu’Eddy Mitchell lui rendit hommage dans La Dernière SĂ©ance (diffusĂ© le 1er avril 1993, en deuxième partie de soirĂ©e après Luke la main froide). Le film milite pour le rĂŞve avec une modestie et une sincĂ©ritĂ© rares, oĂą acteurs expressifs et effets artisanaux s’embrassent dans un rĂ©cit menĂ© tambour battant. Une sĂ©rie B savoureuse, au charme dĂ©licieusement rĂ©tro, qui fait vibrer l’enfant rĂŞveur tapi en nous.

* Bruno
3èx

lundi 19 novembre 2018

Dogman. Prix d'interprétation masculine, Marcello Fonte, Cannes 2018.

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Matteo Garrone. 2018. Italie. 1h43. Avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabria, Nunzia Schiano, Adamo Dionisi.

Sortie salles France: 11 Juillet 2018 (Int - 12 ans). Italie: 17 Mai 2018 

FILMOGRAPHIE: Matteo Garrone est un rĂ©alisateur italien nĂ© le 15 octobre 1968 Ă  Rome. 1997: Terra di mezzo. 1998: Ospiti. 2000: Estate romana. 2002: L'Étrange monsieur Peppino. 2004: Primo amore. 2008: Gomorra. 2012: Reality. 2015: Tale of Tales.


Un drame social inoubliable.
Inspiré d'une sordide histoire vraie, Dogman décrit le parcours solitaire de Marcello, toiletteur pour chien quotidiennement discrédité et molesté par un de ces anciens amis récemment sorti de prison. Ce dernier, mastard, semant la terreur dans le quartier, notamment faute de ses crises de manque avec la cocaïne. Dans un concours de circonstances malchanceuses et de manière involontaire, Marcello va sombrer dans une dangereuse vendetta. Magnifique portrait d'un quidam taiseux, introverti et timoré que l'acteur Marcello Fonte retransmet avec une vérité humaine bouleversante (le réalisateur parvenant à saisir le silence de ces pensée à travers la neutralité du regard), Dogman relate avec un âpre réalisme sa descente aux enfers tristement amère. L'intérêt du récit imprévisible résidant dans les contrariétés morales de ce commerçant inculte incapable de s'affirmer, de se défendre avec le monde extérieur mais pour autant en requête d'amitié, voire même d'une main secourable.


Qui plus est, et faute Ă©galement de sa corpulence malingre; si Marcello est toutefois considĂ©rĂ© comme un toiletteur serviable et sans histoire, il reste aux yeux des autres terriblement influençable et beaucoup trop naĂŻf pour tenter de se rebeller contre les voix les plus rĂ©prĂ©hensibles. Son camarade  Simoncino Ă©tant un minable consommateur de coke dĂ©nuĂ© de loyautĂ© et de reconnaissance envers lui, il profitera donc de sa gentillesse pour l'exploiter dans les combines les plus tordues. DĂ©nuĂ© de personnalitĂ© mais d'une loyautĂ© indĂ©fectible en ce qui concerne l'amitiĂ©, Marcello tentera malgrĂ© tout dans une forme de dĂ©sespoir suicidaire de prendre sa revanche sur la sociĂ©tĂ© avec une maladresse terriblement prĂ©judiciable. Car davantage rĂ©duit Ă  la solitude, Ă  l'humiliation, Ă  la culpabilitĂ© et Ă  l'injustice, Marcello tentera vainement de se tailler une nouvelle carrure plus inflexible et autonome en dĂ©pit de ses rapports intenses auprès de sa fille et de sa tendresse pour les chiens.


Profil d'un loser en perdition
Magnifique portrait d'un paumĂ© dĂ©chu aux yeux de l'entourage local issu d'un quartier pauvre, Dogman s'avère d'une intensitĂ© dramatique rigoureuse de par sa tendresse immodĂ©rĂ©e que Matteo Garrone porte pour son personnage infortunĂ© plongĂ© dans l'impuissance morale. TranscendĂ© par la performance (corporelle et cĂ©rĂ©brale !) de Marcello Fonte (prix d'interprĂ©tation Ă  Cannes), celui-ci soulève l'intrigue du poids de ses frĂŞles Ă©paules avec une puissance d'expression dĂ©pouillĂ©e, si bien que l'on ne sort pas indemne de son destin cruellement galvaudĂ©. Du grand cinĂ©ma italien qu'imprime de sa personnalitĂ© auteurisante Matteo Garrone (Gomorra).

* Bruno

Festival de Cannes 2018 : Prix d'interprétation masculine pour Marcello Fonte.
Rubans d'argent 2018 : meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur acteur.

vendredi 16 novembre 2018

Fog. Prix de la Critique, Avoriaz 1980.

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site telerama.fr

"The Fog" de John Carpenter. 1980. 1h29. Avec Adrienne Barbeau, Jamie Lee Curtis, Janet Leigh, John Houseman, Tom Atkins, James Canning, Charles Cyphers, Nancy Kyes, Ty Mitchell, Hal Holbrook, John F. Goff.

Sortie salles France: 19 Mars 1980. U.S: 8 FĂ©vrier 1980

FILMOGRAPHIEJohn Howard Carpenter est un rĂ©alisateur, acteur, scĂ©nariste, monteur, compositeur et producteur de film amĂ©ricain nĂ© le 16 janvier 1948 Ă  Carthage (État de New York, États-Unis). 1974 : Dark Star 1976 : Assaut 1978 : Halloween, la nuit des masques 1980 : Fog 1981 : New York 1997 1982 :The Thing 1983 : Christine 1984 : Starman 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin 1987 : Prince des tĂ©nèbres 1988 : Invasion Los Angeles 1992 : Les Aventures d'un homme invisible, 1995 : L'Antre de la folie 1995 : Le Village des damnĂ©s 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward

                                       

"Tout ce que nous voyons ou croyons voir n’est-il qu’un rĂŞve dans un rĂŞve ?"
— Edgar Allan Poe

Hormis son Prix de la critique Ă  Avoriaz en 1980 et un succès commercial (947 944 entrĂ©es rien qu’en France), Fog reçut un accueil critique timorĂ©. Carpenter lui-mĂŞme, insatisfait du premier montage, remania un tiers du film : ajouts, coupes, réécriture sonore, recomposition musicale.

Synopsis: Antonio Bay, petite ville cĂ´tière de Californie du Nord. Une lĂ©gende murmure que des fantĂ´mes tapis dans le brouillard ressurgiront des flots pour assassiner six citadins et rĂ©cupĂ©rer leur or. Car le village fut Ă©rigĂ© sur le pillage : un prĂŞtre, Malone, et cinq complices attirèrent le navire de Blake et de ses lĂ©preux vers un Ă©cueil, grâce Ă  un feu de camp trompeur. L’embarcation se fracassa, l’Ă©quipage pĂ©rit. Cent ans plus tard, les morts rĂ©clament justice.

Ă€ l’image de son prĂ©ambule envoĂ»tant - un vieux marin contant aux enfants, autour d’un feu, une histoire de spectres vengeurs - Fog redonne ses lettres de noblesse aux mythes, renouant avec l’aura sĂ©culaire des ghost stories d’antan.
Longtemps jugĂ© mineur dans la filmographie de Carpenter, fragilisĂ© par ses multiples rĂ©visions, Fog n’en demeure pas moins une Ă©clatante dĂ©monstration de ce qu’une sĂ©rie B modeste peut offrir de plus brumeux, ouatĂ©, crĂ©pusculaire. Le spectateur s’y perd avec dĂ©lectation, happĂ© par une imagerie fantastique oĂą se reflètent autant les contes noirs que les plaies du passĂ©.

Sur la trame d’un rĂ©cit horrifique aux allures de fable - en arrière-plan, une allĂ©gorie du colonialisme : fonder une sociĂ©tĂ© en versant le sang des plus faibles - Carpenter Ă©labore une mise en scène exemplaire, centrĂ©e sur le brouillard comme phĂ©nomène (sur)naturel.
L’angoisse, le suspense, le mystère sourdent lentement. Et lorsque surgissent les spectres, leur look mortifère - silhouettes humides, yeux luminescents, serpes rouillĂ©es - nous aimante le regard. Ils glissent dans le dĂ©cor cĂ´tier d’Antonio Bay avec une alchimie spectrale, presque organique.

Il fallait oser faire du brouillard le rĂ´le principal, cette nappe vaporeuse oĂą se dissolvent les morts-vivants, vectrice d’une menace opaque et indicible. Par son aura sĂ©pulcrale, cette entitĂ© naturelle pervertie par la vengeance nous happe avec un rĂ©alisme diaphane.
Souvent suggĂ©rĂ©s avant d’assaillir, les revenants apparaissent comme des ombres noires, silencieuses, avant de frapper - brutalement - d’un crochet rubigineux. L’intrigue, minimaliste mais redoutablement efficace, suit plusieurs trajectoires qui convergent vers un sanctuaire : une chapelle isolĂ©e, ultime refuge pour deux couples de survivants, rassemblĂ©s par les ondes paniquĂ©es d’une voix radiophonique bientĂ´t aux abois.

Parallèlement, son enfant - rĂ©fugiĂ© chez une septuagĂ©naire - devient la cible d’un effroi larvĂ©, une peur sourde lorsque Blake et ses fantĂ´mes rĂ´dent.
Peu Ă  peu, la menace Ă©merge du brouillard. Les attaques sont cinglantes, les lĂ©preux putrĂ©fiĂ©s surgissent dans une terreur parfois suggĂ©rĂ©e, parfois tranchante. Le tout s’enlace Ă  une partition entĂŞtante, envoĂ»tante, composĂ©e par le maĂ®tre Carpenter lui-mĂŞme. Le film pulse d’un rythme haletant, culminant dans un huis clos Ă©touffant au cĹ“ur d’une Ă©glise vermoulue… et redoublant la tension dans un second siège : l’animatrice radio, acculĂ©e, se retranche sur le toit de son phare, seule face Ă  l’indicible.

 
Derrière la brume… l’horreur.
D’une beautĂ© surnaturelle que Carpenter magnifie par son amour viscĂ©ral du fantastique, Fog sĂ©duit par son casting de visages familiers du genre (Hal Holbrook, Jamie Lee Curtis, Janet Leigh, Tom Atkins… et surtout Adrienne Barbeau, magnĂ©tique, dans le rĂ´le le plus substantiel). Le film s’impose comme une sĂ©rie B formellement envoĂ»tante, singulière, hantĂ©e. Son concept, audacieux - qui aurait pu sombrer dans la sĂ©rie Z sous une main moins inspirĂ©e - laisse au contraire libre cours Ă  l’imagination, sans une goutte de sang, mais tout imprĂ©gnĂ© d’un souffle poĂ©tique venu des rivages de Poe.

* Bruno
16.11.18. 6èx
15.06.12. (96 v)

jeudi 15 novembre 2018

Mission Impossible : Fallout

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Christopher McQuarrie. 2018. U.S.A. 2h28. Avec Tom Cruise, Henry Cavill, Ving Rhames, Simon Pegg, Rebecca Ferguson, Sean Harris, Michelle Monaghan, Angela Bassett.

Sortie salles France: 1er Août 2018. U.S: 27 Juillet 2018

FILMOGRAPHIE: Christopher McQuarrie est un réalisateur et scénariste américain, né en 1968 à Princeton, New Jersey. 2000: Way of the Gun. 2012: Jack Reacher. 2015: Mission Impossible: Rogue Nation. 2018: Mission Impossible: Fallout.


Monstrueux, apocalyptique, galvanisant, tĂ©tanisant, vertigineux, Ă  couper le souffle ! Mes Ă©loges subjectives ont beau paraĂ®tre outrancière, Mission Impossible : Fallout m'a clouĂ© au fauteuil 2h20 durant (en Ă©pargnant les 8 mns de gĂ©nĂ©rique de fin), Ă  l'instar du tout aussi rĂ©volutionnaire Mad-Max Fury Road ! Car oui, Mission Impossible : Fallout dĂ©passe tous ses opus antĂ©cĂ©dents pour carrĂ©ment rĂ©inventer l'actionner bourrin (comme je dĂ©teste cette locution tant ici l'action dĂ©ployĂ©e dĂ©pend intelligemment d'une narration retorse !) par le biais de morceaux de bravoure jamais vus au prĂ©alable ! Quand bien mĂŞme la 1ère heure nous mettait dĂ©jĂ  KO par sa frĂ©nĂ©sie formelle (Ă©paulĂ© du montage ultra dynamique), l'heure vingt suivante nous hypnotise les sens avant de nous combler auprès d'un point d'orgue de 45 minutes instaurĂ©es au creux de montagnes enneigĂ©es ! Notamment en alternant Ă  deux endroits distinctes deux actions discontinues que le spectateur dĂ©boussolĂ© savoure avec une apprĂ©hension aussi oppressante ! Et donc mĂŞme si nous avons affaire Ă  un pur divertissement en roue libre, l'invraisemblance des scènes d'action a beau paraĂ®tre outrĂ©e, on y croit sans sourciller, on s'accroche Ă  son fauteuil en renouant avec un sourire de gosse, notamment en se laissant sĂ©duire par l'implication spontanĂ©e des personnages stoĂŻques bravant le danger avec un dynamisme si communicatif (Tom Cruise crevant une fois de plus l'Ă©cran en hĂ©ros striĂ© Ă  la force d'expression).


Christopher McQuarrie ayant en prime l'astuce d'y injecter une bonne rasade d'humour Ă  travers leurs rĂ©pliques dĂ©complexĂ©es. Une manière fantaisiste de dĂ©tendre l'atmosphère dĂ©bridĂ©e et ainsi rappeler que nous sommes au cinĂ©ma, alors que le spectateur s'implique comme jamais dans la tourmente d'une folle course contre la mort Ă  grande Ă©chelle (l'enjeu humain de la dĂ©mographie de l'Inde, du Pakistan et de la Chine). Modèle de mise en scène (de par sa fluiditĂ©, l'exigence maniaque du travail technique) et d'ultra efficacitĂ© sous la mainmise d'un Christopher McQuarrie furieusement animĂ© d'ambition dĂ©mesurĂ©e (alors qu'il Ă©tait dĂ©jĂ  signataire du prĂ©cĂ©dent volet), Mission Impossible : Fallout tire parti de son attrait ultra jouissif grâce Ă  une intrigue Ă  suspense Ă  la fois tendue et infiniment haletante. En gros, il s'agit pour l'Ă©quipe d'Ethan Hunt de rĂ©cupĂ©rer en un temps furtif 3 bombes de plutonium en Ă©change de livrer un ancien terroriste (celui entrevu dans le prĂ©cĂ©dent opus) auprès de la "veuve". TruffĂ© de rebondissements, pĂ©ripĂ©ties de survie, revirements et faux semblants Ă  travers une poignĂ©e d'acolytes, de maĂ®tres chanteurs, d'espions et de dissidents, Mission Impossible... cumule Ă  rythme mĂ©tronome des bastonnades martiales (celle dans les WC est mĂ©morablement chorĂ©graphiĂ©e !) et courses-poursuites ahurissantes de rĂ©alisme (tant en moto, qu'en voiture, en fourgon, en hĂ©lico ou en parachute). Quand bien mĂŞme nos personnages hĂ©roĂŻques (jamais superficiels !) font preuve de sentiments Ă  travers leur humanisme solidaire, notamment sous l'impulsion nostalgique de l'ex femme d'Ethan Hunt permettant Ă  l'intrigue annexe de nous scander une superbe histoire d'amour pleine de pudeur et de dignitĂ©. Bref, rien ici n'est laissĂ© au hasard pour caresser dans le bon sens le grand public en faisant fi d'esbroufe ou d'effets de manche disgracieux trop coutumiers du genre bĂŞtement bourrin.


D'une intensitĂ© Ă©motionnelle exponentielle, Mission Impossible : Fallout relève la difficile gageure de rĂ©animer la fibre du vrai cinĂ©ma d'action sous sa forme la plus authentique et intègre comme le furent plus tĂ´t Rambo, Mad-Max 2, Piège de Cristal, True Lies, A toute Epreuve, Une journĂ©e en Enfer ou encore Speed. GĂ©nĂ©reux en diable et follement vrillĂ© au fil d'une action substantielle jamais rĂ©barbative, Mission Impossible... renoue avec la chimère du CinĂ©ma. Celle du gout du rĂŞve, de l'Ă©vasion et de l'adrĂ©naline appuyĂ© d'un brio technique aussi millimĂ©trĂ© qu'infaillible. Et c'est franchement Ă  couper le souffle ! 

* Bruno  

Box Office France: 3 010 246 entrées

mercredi 14 novembre 2018

Natty Gann. Prix du Meilleur espoir féminin pour Meredith Salenger, Young Artist Award.

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Journey of Natty Gann" de Jeremy Kagan. 1985. U.S.A. 1h42. Avec Meredith Salenger, John Cusack, Ray Wise, Lainie Kazan, Scatman Crothers, Verna Bloom, Barry Miller.

Sortie salles France: 5 Février 1986. U.S: 27 Septembre 1985

FILMOGRAPHIEJeremy Kagan est un réalisateur américain né le 14 décembre 1945. 1972 : Columbo - Le grain de sable (TV). 1974 : Unwed Father (TV). 1974 : Judge Dee and the Monastery Murders (TV). 1975 : Katherine (TV). 1977 : Scott Joplin. 1977 : Héros. 1978 : La Grande Triche. 1981 : L'Élu. 1983 : L'Arnaque 2. 1985 : Natty Gann. 1986 : Seule contre la drogue (Courage) (TV). 1987 : Conspiracy: The Trial of the Chicago 8 (TV). 1989 : Big Man on Campus. 1990 : Descending Angel (TV). 1991 : Par l'épée. 1994 : Roswell, le mystère (TV). 1997 : Color of Justice (TV). 1997 : Cœur à louer (TV). 2001 : La Ballade de Lucy Whipple (TV).2002 : Bobbie's Girl (TV). 2004 : Crown Heights (TV). 2007 : Golda's Balcony.


Une production Disney écolo et sociétale sous sa période la plus déférente.
Produit par Disney au milieu des annĂ©es 80, Natty Gan est un rĂ©cit d'aventures Ă  la fois exaltant et haletant, l'Ă©popĂ©e humaine d'une ado dĂ©brouillarde en initiation de survie, faute d'un contexte de crise sociale des annĂ©es 30. Parce que son père dĂ» prĂ©cipitamment l'abandonner pour dĂ©crocher un emploi Ă  3000 kms de leur bercail, Natty s'enfuit du foyer d'une mĂ©gère surveillante afin de tenter de le retrouver. Constamment ballottĂ©e d'un train de marchandise Ă  un autre, ses pĂ©rĂ©grinations l'amènent Ă  frĂ©quenter des citadins intolĂ©rants et tantĂ´t avenants, une police et une milice drastiques ainsi que de jeunes marginaux aussi dĂ©soeuvrĂ©s qu'elle. Quand bien mĂŞme durant son itinĂ©raire forestier elle se lie d'amitiĂ© avec un loup entraĂ®nĂ© aux combats de chiens. Hymne Ă  la nature et Ă  l'amour du loup livrĂ© comme l'hĂ©roĂŻne Ă  la solitude, Ă  l'autonomie et Ă  l'exil, Natty Gann fait naĂ®tre une sincère Ă©motion au fil de leur parcours d'endurance semĂ©e de rencontres hostiles mais aussi amiteuses. Sans cĂ©der aux sirènes de la mièvrerie (suffit de prendre comme exemple les rapports timidement sentimentaux de Natty avec l'itinĂ©rant Harry et de s'Ă©mouvoir sans fard Spoil ! de leurs adieux sur le quai fin du Spoil), Jeremy Kagan  s'extirpe honorablement du produit imberbe de par son intĂ©gritĂ© Ă  illustrer une solide histoire d'amour et d'amitiĂ© nullement racoleuse. Celle envers la nature (vĂ©ritable bouffĂ©e d'air frais), envers la faune et envers l'homme le plus loyal.


Tant auprès du loup protecteur humanisĂ© par sa maĂ®tresse, de l'Ă©tranger Harry en quĂŞte d'un toit, que du père, leader syndical rongĂ© par le remord, le dĂ©sagrĂ©ment et l'affres de l'incertitude depuis la disparition inexpliquĂ©e de sa fille. EmaillĂ© de pĂ©ripĂ©ties, bĂ©vues, accalmies et rebondissements parfois Ă©tonnamment spectaculaires (le saut Ă  haut risque pour accĂ©der Ă  un des wagons, l'emploi vertigineux du père de Natty enrĂ´lĂ© bĂ»cheron dans des chantiers forestiers), Natty Gan fait vibrer la corde sensible sans se complaire dans le pathos ou une facilitĂ© lacrymale. Et lorsque les larmes tombent lors d'un final binaire Ă  la fois Ă©mouvant et rĂ©dempteur, on reste accrochĂ© Ă  la dignitĂ©, notamment grâce Ă  la prestance dĂ©pouillĂ©e des comĂ©diens. Particulièrement Meredith Salenger Ă©tonnamment simple, fraĂ®che et naturelle en hĂ©roĂŻne en herbe animĂ©e par l'espoir et sa tendresse pour son père. Magnifiquement photographiĂ© dans des paysages naturels Ă©dĂ©niques alors que sa fidèle reconstitution historique nous remĂ©more un dramatique Ă©pisode de crise sociale, Natty Gann se permet avec un rĂ©alisme parfois douloureux de rendre hommage Ă  ces chĂ´meurs dĂ©munis d'autant plus chassĂ©s de leur foyer sous une dictature bien-pensante (notamment auprès d'une milice sans vergogne).


Beau, simple et vibrant d'humanitĂ© Ă  travers un pĂ©riple bucolique flirtant avec le conte (prod Disney oblige sous sa pĂ©riode la plus rĂ©vĂ©rencieuse !), Natty Gann se dĂ©cline comme un superbe rĂ©cit initiatique. Une leçon de tolĂ©rance tant auprès du domptage de l'animal sauvage que du prolĂ©taire exploitĂ© comme du bĂ©tail lors d'un contexte historique de "grande dĂ©pression".  

* Bruno
2èx

mardi 13 novembre 2018

Outlaw King: le roi hors la loi

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de David Mackenzie. 2018. U.S.A. 2h02. Avec Chris Pine, Aaron Taylor-Johnson, Florence Pugh, Stephen Dillane, Billy Howle, Tony Curran

DiffusĂ© sur Netflix le 9 Novembre 2018 

FILMOGRAPHIE: David McKenzzie est un réalisateur anglais, né le 10 Mai 1966 à Corbridge.
2002: The Last Great Wilderness. 2003: Young Adam. 2005: Asylum. 2008: My name is Hallam. 2009: Toy Boy. 2010: Perfect Sense. 2011: Rock'n'Love. 2014: Les Poings contre les murs. 2016: Comancheria. 2018: Outlaws King.


RemarquĂ© par Les Poings contre les Murs et ComancheriaDavid McKenzzie poursuit son bonhomme de chemin qualitatif avec Outlaw King, une production estampillĂ©e Netflix. InspirĂ© d'une histoire vraie, ce rĂ©cit d'aventures historiques plutĂ´t âpre et tendu s'avère rondement menĂ©, quand bien mĂŞme son brio technique imperturbable nous cloue au siège tant les sĂ©quences guerrières nous retournent le cerveau avec une intensitĂ© exponentielle ! Reconstitution hyper soignĂ©e, photo contrastĂ©e, panoramas d'un beautĂ© sensitive ahurissante, costumes et figurants dĂ©ployĂ©s en masse, chevaux trĂ©buchants parmi les cadavres sur les champs de bataille dans un dĂ©luge de pluie, de sang et de sueur, Outlaw King constitue une claque visuelle permanente ! Et bien que prioritairement bâti sur l'aspect belliciste d'une Ă©popĂ©e tributaire du fracas des glaives, le rĂ©alisateur parvient pour autant Ă  structurer un solide rĂ©cit sans que les enjeux humains n'y perdent de leur intĂ©rĂŞt en cours de trajectoire de survie. A savoir l'inimitiĂ© filiale entre deux rois, l'un vĂ©reux sans vergogne, l'autre redresseur de tort qui tentera de se rĂ©approprier sa terre Ă©cossaise.


Et si dans le rĂ´le Robert de Brus (premier roi d’Écosse devenu hors la loi pour la bonne cause), Chris Pine manque de virilitĂ© et de force d'expression Ă  travers ses traits de visage un poil trop imberbes, il n'en demeure pas moins assez convaincant dans sa sobre dimension humaine en ascension hĂ©roĂŻque. Tant auprès de sa conviction morale Ă  recruter une armĂ©e de fortune que de ses capacitĂ©s physiques Ă  repousser l'ennemi, notamment lorsque sa muse est sĂ©questrĂ©e dans un château Ă©cossais. Bluffant de rĂ©alisme donc tout en s'efforçant de combler les attentes de l'amateur d'action Ă  travers un souffle Ă©pique constamment rigoureux (la bataille finale peut faire office de bravoure anthologique au grĂ© d'un montage ultra dynamique dĂ©nuĂ©e de prĂ©cipitation), Outlaw King renoue avec le "plaisir de cinĂ©ma" Ă  travers une sĂ©rie B de luxe dĂ©nuĂ©e de fards, de fioritures et de grandiloquence. David McKenzzie ne perdant d'autant plus jamais de vue l'humanisme fĂ©brile de ces preux guerriers se livrant corps et âme pour le sens de la justice avec un hĂ©roĂŻsme suicidaire. Tant et si bien que certaines sĂ©quences Ă  l'acuitĂ© dramatique poignante confirment le potentiel Ă©motionnel de cette Ă©popĂ©e humaine Ă©maillĂ©e de sobre romantisme (les rapports concis mais denses du couple en quĂŞte de dĂ©livrance). Beau, violent et furieusement excitant Ă  la fois.

* Bruno

lundi 12 novembre 2018

Le Tueur du Vendredi

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site 411.me

"Friday the 13th, part 2" de Steve Miner. 1981. U.S.A. 1h27. Avec Amy Steel, John Furey, Adrienne King, Kirsten Baker, Stuart Charno, Warrington Gillette, Walt Gorney, Marta Kober, Tom McBride.

Sortie salles France: 13 Janvier 1982. U.S: 1er Mai 1981

FILMOGRAPHIE: Steve Miner est un rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 18 Juin 1951 Ă  Westport, dans le Connecticut. 1981: Le Tueur du Vendredi. 1982: Meurtres en 3 dimensions. 1986: House. 1986: Soul Man. 1989: Warlock. 1991: A coeur vaillant rien d'impossible. 1992: Forever Young. 1994: Sherwood's Travels. 1994: My Father ce HĂ©ros. 1996: Le Souffre douleur. 1998: Halloween, 20 ans après. 1999: Lake Placid. 2001: The Third Degree (tĂ©lĂ©-film). 2001: Texas Rangers, la revanche des Justiciers. 2002: Home of the Brave (tĂ©lĂ©-film). 2006: Scarlett (tĂ©lĂ©-film). 2007: Day of the Dead.


Un an après l'Ă©norme succès Vendredi 13, Steve Miner succède Ă  son crĂ©ateur Sean S. Cunningham  pour nous livrer une vaine dĂ©clinaison gentiment ludique. Cinq ans après les Ă©vènements tragiques du camp Crystal Lake, un nouveau groupe de campeurs s'installe près des environs alors qu'un tueur dĂ©cime un Ă  un ses occupants. Le dĂ©but du cauchemar ne fait que recommencer ! On prend les mĂŞmes et on recommence ! Recette inchangĂ©e et succès renouĂ© au box-office, Le Tueur du Vendredi ne dĂ©roge pas Ă  la règle du traditionnel slasher champĂŞtre Ă©maillĂ© de meurtres sanglants Ă  rythme cadencĂ©. Avec une banalitĂ© Ă©loquente, Steve Miner ne prend aucun risque pour prendre la relève Ă  travers sa mise en scène acadĂ©mique assurant le minimum syndical. PassĂ© dix minutes d'Ă©vocation des Ă©vènements antĂ©cĂ©dents vĂ©cus dans le prĂ©cĂ©dent volet, le film ne perd pas de temps Ă  nous caractĂ©riser une nouvelle clique de vacanciers venus musarder Ă  proximitĂ© du camp Crystal Lake! En accordant peu d'intĂ©rĂŞt Ă  ses personnages stĂ©rĂ©otypĂ©s et sans distiller une quelconque notion de suspense ou de tension (Ă  l'exception de 2/3 occasions concises), Le Tueur du Vendredi compte donc aujourd'hui sur la fibre nostalgique pour satisfaire ses inconditionnels de la saga. 


Si bien que caricatural auprès de ces personnages (le vieillard arriĂ©rĂ© avertissant ses nouveaux rĂ©sidents que la mort rode toujours Ă  Crystal Lake, le bateleur friand de blagues potaches, le couple d'amoureux bravant les interdits pour investir les lieux du drame sanglant, etc...), Ă©maillĂ© de clichĂ©s et situations rebattues (la farce macabre contĂ©e par le leader au coin du feu, les jumpscares (dont 1 très rĂ©ussi !), la voiture incapable de dĂ©marrer au moment fatal et son point d'orgue haletant oĂą la dernière victime rusĂ©e tentera de dĂ©jouer le tueur), Le Tueur du Vendredi ne pourra donc que satisfaire les puristes ayant Ă©tĂ© bercĂ©s durant les annĂ©es 80. Enfin, et pour respecter le schĂ©ma de son modèle, la dernière demi-heure affiche un rythme plus homĂ©rique pour traque entamĂ©e entre l'hĂ©roĂŻne et Jason (affublĂ© ici d'un sac Ă  patate sur la tĂŞte !), alors qu'une certaine cocasserie involontaire Ă©mane parfois de cette course-poursuite cartoonesque. La survivante tentant en guise de survie de se faire passer pour la mère de Jason alors que celui-ci fait preuve de maladresses Ă  courser sa proie en trĂ©buchant sur le palier Ă  plusieurs reprises !


Que reste-il aujourd'hui de cette suite triviale moins inspirĂ©e que son modèle ? Une curiositĂ© futilement sympathique, prioritairement auprès de l'aficionado de la franchise. Deux, trois meurtres spectaculaires, le minois de quelques jolies donzelles, son cadre bucolique plaisamment estival ainsi que l'illustre partition d'Harry Manfredini nous Ă©gayent tout de mĂŞme Ă  travers son modeste charme horrifique gentiment rĂ©tro. 

* Bruno
26.01.24. 6èx
12.11.18. 
23.07.12. 82 v

vendredi 9 novembre 2018

Le Survivant d'un monde parallèle / "The Survivor"

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinematerial.com

de David Hemmings. 1981. Australie. 1h27. Avec Robert Powell, Jenny Agutter, Peter Sumner, Joseph Cotten, Angela Punch McGregor.

Sortie salles France: 2 Décembre 1981

FILMOGRAPHIE: David Hemmings est un acteur, producteur et réalisateur britannique, né le 18 novembre 1941 à Guildford, Surrey, et mort d'une crise cardiaque le 3 décembre 2003 à Bucarest (Roumanie).1972 : Running Scared. 1973 : The 14. 1979 : C'est mon gigolo. 1981 : Les Bourlingueurs. 1981 : Le Survivant d'un monde parallèle. 1984 : Money Hunt: The Mystery of the Missing Link (vidéo). 1985 : Le Code Rebecca (The Key to Rebecca) (TV). 1989 : Down Delaware Road (TV). 1992 : Dark Horse. 1993 : Christmas Reunion (TV). 1993 : Passport to Murder (TV).

"MĂ©moires d’un ciel dĂ©chirĂ©".
Sorti Ă  la fin de l’âge d’or du fantastique australien, Le Survivant d’un monde parallèle capitalise sur le charisme lunaire de Robert Powell, rĂ©vĂ©lĂ© un an plus tĂ´t dans le singulier Harlequin (Prix du Jury, Prix de la Critique et Prix du Meilleur Acteur au Rex de Paris). Le film joue la carte d’un fantastique intègre, original, mystĂ©rieux, assez intriguant pour captiver sans relâche, sans effets de manche ni esbroufe tapageuse. David Hemmings (inoubliable interprète de Blow-Up et des Frissons de l’angoisse) parvient ici Ă  structurer un suspense latent autour de la quĂŞte de vĂ©ritĂ© d’un pilote, rescapĂ© d’un crash aĂ©rien.

ÉpaulĂ© d’une mĂ©dium tĂ©moin de la tragĂ©die ayant causĂ© plus de 300 morts, le commandant Keller tente de retrouver la mĂ©moire afin d’Ă©lucider les causes de l’accident. Sabotage ? DĂ©faillance technique ? Pourquoi est-il l’unique survivant ? Et pourquoi, autour des dĂ©bris calcinĂ©s, certains membres de son entourage meurent-ils, acculĂ©s par une Ă©trange fillette et les cris invisibles d’enfants ?


ParsemĂ© d’incidents horrifiques discrets mais marquants, le film instille un surnaturel tacite - feutrĂ©, crĂ©dible, insidieux - qui fait vibrer l’Ă©cho spectral des plaintes infantiles. Le Survivant d’un monde parallèle cultive l’expectatif, dilue la terreur dans le silence, au fil d’une enquĂŞte de longue haleine menĂ©e par Keller et sa partenaire Hobbs (Ă©lĂ©gamment campĂ©e par Jenny Agutter, vue dans Le Loup-Garou de Londres), Ă  partir de maigres indices glanĂ©s çà et lĂ , comme tombĂ©s d’un autre monde.

Entre incomprĂ©hension, stupeur et angoisse sourde, le spectateur se laisse emporter dans cette dĂ©rive interlope, digne d’un Ă©pisode de La Quatrième Dimension, jusqu’Ă  un ultime quart d’heure aussi limpide que - volontairement ? - confus. Le trouble du rĂ©cit repose aussi sur la relation Ă©trange et silencieuse entre Keller et Hobbs, tissĂ©e de non-dits et d’expressions imperceptibles, de regards dĂ©tachĂ©s. Ce mystère Ă©motionnel ajoute Ă  l’aura Ă©sotĂ©rique du film, oĂą la suggestion règne en maĂ®tre, guidĂ©e par un hors-champ sonore aussi dĂ©stabilisant que fascinant.


Le charme rĂ©tro d’un fantastique aux portes de l’au-delĂ .
Grâce Ă  son casting sincèrement attachant (Powell, magnĂ©tique par son hermĂ©tisme, Agutter, touchante par son flegme contrariĂ©), Ă  sa superbe photo en Scope et Ă  son atmosphère spirituelle subtilement suggĂ©rĂ©e - on croit sans sourciller Ă  la revanche des fantĂ´mes - Le Survivant d’un monde parallèle s’impose comme un excellent suspense fantastique. Solide, pudique, habitĂ©. AdaptĂ© d’un best-seller de James Herbert (Celui qui survit), le film offre Ă  David Hemmings l’occasion d’imprimer sans tapage sa patte personnelle : une aura ouatĂ©e, un mystère diffus, quelques sĂ©quences-chocs savamment distillĂ©es (notamment l’inventivitĂ© visuelle du crash, Ă  la fois rĂ©aliste et spectaculaire malgrĂ© un budget modeste, et un dĂ©nouement Ă  twist oĂą des voix d’outre-tombe viennent souffler une vĂ©ritĂ© honteuse).


* Bruno
17.02.24. Vostfr
25.06.25. 5èx.

mercredi 7 novembre 2018

Vendredi 13, Chapitre final.

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Friday the 13th: The Final Chapter" de Joseph Zito. 1984. U.S.A. 1h31. Avec Ted White, Kimberly Beck, Erich Anderson, Corey Feldman, Barbara Howard, Peter Barton

Sortie salles France: 11 Juillet 1984. U.S: 13 Avril 1984

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Joseph Zito est un réalisateur américain, né le 14 mai 1946 à New York. 1975 : Abduction. 1979 : Bloodrage. 1981 : Rosemary's Killer. 1984 : Vendredi 13 : Chapitre final. 1984 : Portés disparus. 1985 : Invasion USA. 1989 : Le Scorpion rouge. 2000 : Delta Force One: The Lost Patrol. 2003 : Power Play.


On prend les mĂŞmes et on recommence sous la houlette du petit artisan de la sĂ©rie B Joseph Zito (Rosemary's Killer, PortĂ©s Disparus, Invasion U.S.A.), et ce tout en nous promettant la fin des exactions de Jason le tueur Ă  la machette Ă  travers un sous-titre sans Ă©quivoque. Ainsi, on a beau connaĂ®tre la recette par coeur (pourquoi changer une formule aussi payante ?), Vendredi 13, Chapitre final sĂ©duit miraculeusement, aussi crĂ©tines soient ses situations Ă©culĂ©es ! Comme de coutume, et Ă  condition de suivre ses vicissitudes horrifiques au second degrĂ©, Vendredi 13 IV cumule Ă  rythme mĂ©tronomique les morts brutales sous l'impulsion d'un gore assez jouissif (mĂŞme si trop souvent concis) concoctĂ© par l'illustre Tom Savini. Et de s'amuser entre temps des beuveries et batifolages  d'ados polissons lors de confrontations machistes (Ă  qui tringlera le premier la plus aguicheuse du groupe ?) si bien que son Ă©rotisme timorĂ© reste aussi inoffensif aujourd'hui.


Pour autant, par je ne sais quel miracle, ces ados dĂ©cervelĂ©s gentiment attachants de par leur fraĂ®cheur innocente (avec un brin de clĂ©mence sans doute !) parviennent Ă  nous immerger dans leur situation anxiogène lorsque Jason tapi dans l'ombre d'une porte, d'une fenĂŞtre ou d'un bosquet se prĂ©pare Ă  perpĂ©trer un nouveau massacre auprès d'une victime prise en estocade (score strident de Manfredini  au rappel !). D'autre part, Ă  travers la photogĂ©nie de sa nature forestière, Joseph Zito parvient parfois Ă  distiller un climat d'angoisse quelque peu permĂ©able, notamment dans sa capacitĂ© Ă  suggĂ©rer la prĂ©sence invisible de Jason, de jour comme de nuit. Quand bien mĂŞme, et pour parachever en bonne et due forme, on continue de se divertir du caractère Ă  la fois haletant et spectaculaire de sa poursuite finale lorsque la dernière victime retranchĂ©e dans son cocon domestique parmi son frère (un fĂ©ru de cinĂ© horreur collectionnant masques et gadgets de ses monstres attitrĂ©s) tente de combattre (arme blanche Ă  la main) le tueur tous azimuts. Ce dernier quart d'heure Ă©motionnellement palpitant s'avĂ©rant rondement menĂ© auprès d'un esprit cartoonesque aussi bien dĂ©bridĂ© que jouissif. Quand bien mĂŞme la posture furibonde de l'ado subtilement revanchard (il se fait passer pour Jason Ă  l'âge de sa noyade afin de mieux le duper) extĂ©riorise une aura malsaine bienvenue lors de sa folie meurtrière incontrĂ´lĂ©e qu'une ultime image dĂ©rangeante persistera sans ambiguĂŻtĂ©.


Sans dĂ©cevoir ses aficionados, Vendredi 13, chapitre Final peut autant faire office de nanar bonnard que de sĂ©rie B efficacement troussĂ©e grâce au savoir-faire de Joseph Zito soignant d'autant mieux sa scĂ©nographie forestière avec comme alibis usuels les maquillages de Savini et la prĂ©sence iconique du molosse Ă  la machette plus obtus et destructeur que jamais (incarnĂ© pour le coup par Ted White mĂ©content du rĂ©sultat final ainsi que des 3 opus antĂ©cĂ©dents !). 

* Bruno
3èx

Box Office France: 270 013 entrées

mardi 6 novembre 2018

Sicario: la guerre des cartels

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Sicario: Day of the Soldado" de Stefano Sollima. 2018. Italie/U.S.A. 2h02. Avec Benicio del Toro, Josh Brolin, Isabela Moner, Jeffrey Donovan, Manuel Garcia-Ruflo, Catherine Keener

Sortie salles France: 27 Juin 2018. U.S: 29 Juin 2018

FILMOGRAPHIE: Stefano Sollima est un cinĂ©aste et rĂ©alisateur italien, nĂ© le 4 mai 1966 Ă  Rome. 2012: A.C.A.B.: All Cops Are Bastards. 2015: Suburra. SĂ©ries TV: Un posto al sole - soap opera (2002), La squadra - sĂ©rie TV, 7 Ă©pisodes (2003 - 2007), Ho sposato un calciatore - mini sĂ©rie (2005), Crimini - sĂ©rie TV, Ă©pisodes Il covo di Teresa, Mork et Mindy et Luce del nord (2006 - 2010)
Romanzo criminale, 22 épisodes (2008 - 2010). Gomorra, 12 épisodes (2014 - 2015).


Si Denis Villeneuve n'est plus de la partie pour donner suite Ă  Sicaire, le rĂ©alisateur italien Stefano Sollima (dĂ©jĂ  très remarquĂ© avec son 1er mĂ©trage A.C.A.B et surtout Suburra !) relève haut la main la gageure de surpasser son congĂ©nère avec une sĂ©quelle de haute volĂ©e. Sicario: la guerre des Cartels retraçant avec un rĂ©alisme mĂ©ticuleux la mission secrète de la CIA et du sicaire Alejandro Gillick d'enlever la fille d'un parrain du cartel afin d'influencer une guerre fratricide entre clans mafieux tirant des bĂ©nĂ©fices sur le dos des migrants Ă  la frontière americano-mexicaine. Car depuis un attentat meurtrier dans un supermarchĂ©, les passeurs grassement payĂ©s par leur supĂ©rieur sont dĂ©signĂ©s coupables par le secrĂ©taire de la dĂ©fense d'y faire entrer des migrants potentiellement terroristes. Ainsi, alors que la CIA parvient Ă  kidnapper leur cible, la mission doit ĂŞtre annulĂ©e depuis la rĂ©vĂ©lation identitaire des terroristes natifs d'AmĂ©rique. Mais au mĂ©pris de ses supĂ©rieurs et de son bras droit Matt Graver, Alejandro rĂ©fute les ordres d'Ă©liminer chaque tĂ©moin. Thriller hypnotique rondement menĂ©e car d'une prĂ©cision chirurgicale auprès de sa mise en scène virtuose, Sicario: la guerre des cartels plaque au siège de par sa structure narrative captivante fertile en bravoures homĂ©riques, retournements de situations et rebondissements parfois insensĂ©s (mais chut, j'en ai dĂ©jĂ  trop dit !). On peut d'ailleurs s'agenouiller face au dynamisme du montage rendant lisible la chorĂ©graphie de l'action entièrement au service narratif, et ce sans jamais complexifier vainement le rĂ©cit plutĂ´t limpide et dĂ©nuĂ© de digressions.


Superbement campĂ© par 2 acteurs en acmĂ©, Benicio del Toro / Josh Brolin se partagent la vedette avec un charisme quasi animal, notamment auprès de leur idĂ©ologie Ă©quivoque Ă  combattre vaillamment le crime au prix d'un sacrifice difficilement tolĂ©rable. Description aride d'une sociĂ©tĂ© de corruption en dĂ©liquescence morale, tant auprès des redresseurs de tort impassibles que des trafiquants ne sachant plus trop distinguer qui travaille pour qui et quel est leur vĂ©ritable identitĂ© derrière l'insigne ou le treillis, Sicario se taille une carrure mature assez avilissante auprès de ces personnages vĂ©reux s'entretuant pour l'enjeu d'une otage sans dĂ©fense. Tendu comme un arc auprès de sa seconde partie Ă  couper le souffle, le suspense narratif cède place Ă  une dramaturgie escarpĂ©e lorsque Alejandro doit tenter de passer la frontière pour sauver l'otage sĂ©vèrement ballottĂ©e d'assister en direct Ă  des tueries de masse. LĂ  encore, Stefano Sollima apporte un soin scrupuleux Ă  dresser le portrait si "rĂ©aliste" d'une jeune fille obtuse et rebelle mais davantage fragile et dĂ©munie au fil de son parcours de survie en proie au chaos. Outre le regard très sobre de Isabela Moner très impressionnante dans sa fonction aussi bien soumise qu'Ă©peurĂ©e, le jeune Elijah Rodriguez s'avère aussi soigneusement structurĂ© en passeur en herbe indĂ©cis gagnĂ© pour autant par le dĂ©sir de vaincre ses peurs et montrer ses preuves Ă  sa vile hiĂ©rarchie quitte Ă  y vendre son âme. La pâleur de son regard candide, sa posture plutĂ´t timorĂ©e doucement ternis par ses actes frauduleux nous glacent d'amertume passĂ© sa probation criminelle.


Passionnant, violent et tendu Ă  l'extrĂŞme lors d'un second acte littĂ©ralement anthologique, Sicario: la guerre des cartels surpasse son modèle en mode thriller noir et radical oĂą bons et mĂ©chants ne font plus qu'un au sein d'une sociĂ©tĂ© aussi parano que schizo. 

* Bruno

lundi 5 novembre 2018

Du sang dans la poussière

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Spikes Gang" de Richard Fleischer. 1974. U.S.A. 1h36. Avec Lee Marvin, Gary Grimes, Ron Howard, Charles Martin Smith, Arthur Hunnicutt, Marc Smit.

Sortie salles U.S: 1er Mai 1974

FILMOGRAPHIE: Richard Fleischer est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 8 dĂ©cembre 1916 Ă  Brooklyn,  et dĂ©cĂ©dĂ© le 25 Mars 2006 de causes naturelles. 1952: l'Enigme du Chicago Express, 1954: 20 000 lieues sous les mers, 1955: les Inconnus dans la ville, 1958: les Vikings, 1962: Barabbas, 1966: le Voyage Fantastique, 1967: l'Extravagant Dr Dolittle, 1968: l'Etrangleur de Boston, 1970: Tora, tora, tora, 1971: l'Etrangleur de Rillington Place, 1972: Terreur Aveugle, les Flics ne dorment pas la nuit, 1973: Soleil Vert, 1974: Mr Majestyk, Du sang dans la Poussière, 1975: Mandingo, 1979: Ashanti, 1983: Amityville 3D, 1984: Conan le destructeur, 1985: Kalidor, la lĂ©gende du talisman, 1989: Call from Space.

HĂ©las mĂ©connu et oubliĂ©, Du sang dans la poussière s’impose pourtant comme l’un des plus beaux westerns des annĂ©es 70. Sans fioriture, Richard Fleischer y retrace la dĂ©rive criminelle de trois ados après avoir secouru un braqueur blessĂ©.

Dur, mĂ©lancolique, profondĂ©ment dĂ©sespĂ©rĂ©, le film prend le contrepied du western classique en adoptant un rĂ©alisme presque poisseux. Fleischer y dresse le portrait fragile d’une jeunesse en quĂŞte d’espoir et de libertĂ©, Ă©touffĂ©e par un cadre parental oppressant. Ă€ travers Will Young, marquĂ© par la violence d’un père abusif, se dessine le besoin viscĂ©ral de fuite, d’Ă©mancipation, d’un ailleurs peut-ĂŞtre illusoire.

Mais cette échappée se heurte rapidement à la brutalité du réel.


Sous l’influence d’un criminel aguerri, le trio se fantasme une existence plus vaste, plus libre. Or, au fil des braquages improvisĂ©s et des confrontations, leur errance se transforme en spirale funeste. L’inexpĂ©rience, l’illusion, et cette camaraderie fragile les prĂ©cipitent inexorablement vers leur chute.

PortĂ© par des interprĂ©tations d’un naturel innocent remarquable - Ron Howard et Charles Martin Smith imposent une sincĂ©ritĂ© touchante - le film trouve en Gary Grimes une figure bouleversante. RĂŞveur frondeur, habitĂ© par une lumière fragile, il voit peu Ă  peu son regard se ternir, rongĂ© par la peur, la colère et le dĂ©senchantement.

Face Ă  eux, Lee Marvin incarne une prĂ©sence glaçante. D’abord figure presque paternelle, il rĂ©vèle progressivement un visage minĂ©ral, impassible, rĂ©gi par une logique implacable oĂą toute faiblesse est condamnĂ©e. Ă€ son contact, les illusions se brisent, laissant place Ă  une vĂ©ritĂ© sèche : survivre ne dĂ©pend que de soi.


D’une noirceur implacable, le film touche par sa cruautĂ© autant que par son humanitĂ©. Presque documentaire dans son approche, il capte la dĂ©rive d’une jeunesse abandonnĂ©e Ă  ses chimères. Fleischer filme cette descente avec une rigueur sèche, laissant affleurer une mĂ©lancolie persistante qui frappe l'âme.

Et lorsque le silence retombe, portĂ© par la musique lancinante de Fred Karlin, ne subsiste qu’un goĂ»t amer. Celui d’un rĂŞve avortĂ©, consumĂ© trop tĂ´t.

Une œuvre âpre, sans concession, qui hante la mémoire.
Une référence du genre dont on sort vidé, démuni.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
3èx 

vendredi 2 novembre 2018

L'enfant du Diable / The Changeling

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Peter Medak. 1980. U.S.A. 1h47. Avec George C. Scott, Trish Van Devere, Melvyn Douglas, Jean Marsh, John Colicos, Barry Morse, Madeleine Thorton-Sherwood, Helen Burns, Frances Hyland.

Sortie en salle en France le 29 Octobre 1980. U.S.A: 28 Mars 1980.

FILMOGRAPHIEPeter Medak est un rĂ©alisateur et producteur hongrois nĂ© le 23 DĂ©cembre 1937 Ă  Budapest (Hongrie). 1968: Negative, 1972: A day in the death of Joe Egg, 1973: Ghost in the noonday sun, 1978: The Odd job, 1980: l'Enfant du diable, 1981: la Grande Zorro, 1986: The Men's club, 1990: la Voix humaine, 1993: Romeo is bleeding, 1994: Pontiac moon, 1998: la Mutante 2.


Quelques mois après le grand succès public d’Amityville, la maison du diable, les producteurs Garth H. Drabinsky et Joel B. Michaels lancent, pour 7,6 millions de dollars, un nouveau projet de film de maison hantĂ©e. C’est Ă  Peter Medak qu’Ă©choit la tâche — cinĂ©aste canadien ayant dĂ©jĂ  fait ses preuves Ă  la tĂ©lĂ©vision (Amicalement vĂ´tre, Cosmos 1999) et dans quelques longs-mĂ©trages parmi lesquels Negative ou A Day in the Death of Joe Egg. TirĂ© d’un scĂ©nario de Russell Hunter, inspirĂ© de faits supposĂ©ment rĂ©els, L’Enfant du Diable (titre français d’apparence racoleuse mais moins fallacieux qu’il n’y paraĂ®t) puise sa substance et son intensitĂ© dans un alibi narratif solidement ancrĂ©, au service d’une angoisse diffuse. Et ce, loin de l’artillerie surchargĂ©e des producteurs margoulins.

Le Pitch: John Russell vient de perdre sa femme et sa fille dans un accident de voiture. Lourdement Ă©prouvĂ©, après quatre mois de deuil, il quitte son foyer pour s’installer dans l’État de Washington, oĂą un poste d’enseignant et de compositeur l’attend. Il se rĂ©fugie dans une vaste demeure louĂ©e, mais bientĂ´t, des phĂ©nomènes inexpliquĂ©s s’y manifestent. 

Après un prĂ©lude sobre et poignant — cette tragĂ©die percutant de plein fouet une mère et sa fille, sous les yeux impuissants du père —, Peter Medak nous immerge dans l’environnement gothique d’une maison aux pièces muettes, hantĂ©es d’une prĂ©sence occulte. Une ambiance inquiĂ©tante, dĂ©lectable, Ă©maillĂ©e de moments de tension rĂ©alistes et ensorcelants, rĂ©veillant en nous la peur du noir, de l’inconnu, du frĂ©missement derrière une porte close. Medak, d’une camĂ©ra parfois subjective, insuffle un sentiment d’insĂ©curitĂ© vĂ©nĂ©neuse, aussi discret que lancinant.


Outre le plaisir ambivalent de frissonner dans l’inconfort, le rĂ©cit, solidement charpentĂ©, privilĂ©gie les Ă©nigmes et s’ancre dans la perspective d’un homme rationnel cherchant Ă  dĂ©mystifier l’improbable. Une narration sans effets tapageurs, dĂ©voilant peu Ă  peu une ignoble stratĂ©gie infanticide. La psychologie des personnages s’Ă©toffe, s’humanise, devenant celle d’enquĂŞteurs animĂ©s par un sens profond de justice. Le pouvoir de suggestion du metteur en scène convainc : cette prĂ©sence surnaturelle, relĂ©guĂ©e dans un grenier ornĂ© de vieux souvenirs, n’a rien de grotesque. Elle devient tragĂ©die. Les comĂ©diens, d’une sobriĂ©tĂ© humaine bouleversante, extĂ©riorisent une compassion lucide face Ă  l’horreur qui se dessine. Dans ce climat anxiogène, tangible mais vaporeux, le film glisse doucement vers une investigation criminelle au crescendo dramatique, aussi poignant que rĂ©voltant. Sans pathos, Medak tisse les fils d’un crime dissimulĂ©, perpĂ©trĂ© sous la protection d’une sommitĂ© handiphobe.

Dans la peau du veuf accablĂ©, mais digne, George C. Scott incarne une dĂ©termination calme, une douleur enfouie sous la pudeur, une empathie austère. Sa quĂŞte de vĂ©ritĂ© devient double : rĂ©habiliter une victime oubliĂ©e, et peut-ĂŞtre, retrouver un peu de lui-mĂŞme, brisĂ© dans la perte. Scott, irradiant l’Ă©cran, exprime une palette de sentiments — dĂ©sarroi, obstination, vertige mĂ©taphysique — avec une Ă©conomie de gestes bouleversante.


Par son florilège de sĂ©quences marquantes — Spoil ! la sĂ©ance de spiritisme, la dĂ©couverte du grenier et du puits, la noyade dans la baignoire, les coups de marteau tambourinant les cloisons, la balle ricochant dans l’escalier, l’apparition de la chaise, le final incendiaire Fin du Spoil. — L’Enfant du Diable s’impose comme un sommet du fantastique Ă©purĂ©. Ă€ l’image de La Maison du Diable, Les Innocents, Ne vous retournez pas, Trauma ou Le Cercle Infernal, il insuffle au surnaturel une noblesse dramatique, une intensitĂ© morale, un humanisme discret mais tenace.

Dans cette maison rongĂ©e par les murmures du passĂ©, le poids du deuil, la rage contenue d’un homme et la plainte d’un esprit oubliĂ©, L’Enfant du Diable accède au panthĂ©on du chef-d’Ĺ“uvre maudit : aussi lancinant que tragique, aussi sobre que dĂ©vastateur.

Récompenses: Prix du Meilleur acteur (George Scott) au Fantafestival 1982.
Prix génie du meilleur film, Genie Awards de la Meilleure photographie, Meilleur son, Meilleure direction artistique, Meilleur acteur étranger (George Scott), Meilleure actrice étrangère (Trish Van Devere), Meilleur scénario et Meilleur son en 1980

* Bruno
02.11.18. 5èx
07.04.11. 4 (611 v)

jeudi 1 novembre 2018

Vendredi 13, chapitre VI : Jason le mort-vivant

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Friday the 13th Part VI: Jason Lives" de Tom Mcloughlin. 1986. U.S.A. 1h29. Avec Thom Matthews, Jennifer Cooke, David Kagen, Kerry Noonan, Renée Jones, Tom Fridley.

Sortie salles France: 14 Janvier 1987. U.S: 1er Août 1986.

FILMOGRAPHIE: Tom Mcloughlin est un scénariste et réalisateur américain né en 1950. 1983: One Dark Night, 1986: Jason le mort-vivant, 1987: Date with an angel, 1991: Sometimes they come back, 1992: Something to live for: the alison gertz story, 1999: Anya's Bell, 2001: The Unsaid, 2002: Murder in Greenwich, 2003: D.C. Sniper: 23 Days of fear, 2004: She's too young, 2005: Odd Girl Out, Cyber Seduction: His secret life, 2006: Not like everyone else, 2007: The Staircase Murders, 2008: Fab Five: The Texas Cheerleader Scandal.


Aussi surprenant que cela puisse paraĂ®tre, car qui aurait pu imaginer un tel revirement dans l'ornière de la cĂ©lèbre saga; Vendredi 13, Chapitre 6 s'avère de loin le meilleur du lot. Tout du moins, et Ă  mon sens, le plus fun, le plus ludique, le plus dĂ©complexĂ©, le plus cartoonesque, et ce grâce au panache de sa mise en scène jamais Ă  court de carburant, Ă  ses personnages en roue libre et Ă  son esthĂ©tisme bucolique joliment photographiĂ©. RĂ©alisĂ© par Tom Mcloughlin Ă  qui l'on doit le sympathique Une nuit trop noire (bien connu des rats des vidĂ©os), ce dernier parvient miraculeusement Ă  transcender les situations Ă©culĂ©es grâce Ă  une dĂ©rision endĂ©mique que les protagonistes empotĂ©s et Jason l'incorrigible amorcent avec second degrĂ© assumĂ©. Ainsi donc, truffĂ© de personnages inconsĂ©quents que Jason Voorhees poursuit avec une tranquillitĂ© limite parodique, Vendredi 13, Chapitre 6 transpire la bonne humeur en toute dĂ©contraction. Notamment grâce au duo burnĂ© formĂ© par Thom Matthews (Tommy aujourd'hui adulte, l'ado autrefois rescapĂ© du Chapitre Final !) et Jennifer Cooke (la fille entĂŞtĂ©e du shĂ©rif s'adonnant Ă  une marginalitĂ© hĂ©roĂŻque impromptue). Et donc si son schĂ©ma narratif ne sort pas des sentiers battus, Tom Mcloughlin parvient efficacement Ă  renouveler les sĂ©quences de poursuites et exactions meurtrières dans de multiples sentiers forestiers si bien que l'on s'Ă©tonne de son rythme littĂ©ralement affolant (notamment auprès de son final haletant avec son action ramifiĂ©e du point de vue des flics et du couple juvĂ©nile !).


Ainsi, le spectateur jouasse s'enjaille à comptabiliser les victimes, sacrifiées, comme de coutume, de manière aussi cruelle que spectaculaire. D'ailleurs, on s'étonne même parfois d'y ressentir un soupçon d'empathie auprès de certaines timidement attachantes de par leur innocence. Et pour pimenter l'intrigue inévitablement rebattue (de jeunes vacanciers du camp "Forrest Green", quelques quidams locaux et 3,4 militaires férus de paintball vont faire les frais du tueur parmi le témoignage médusé d'une colonie d'enfants auquel Jason n'osera jamais lever la main !), Tommy s'efforcera durant sa garde à vue prolongée de convaincre le shérif local que Jason est bel et bien revenu d'entre les morts pour y semer un nouveau carnage. A cet égard, on peut également souligner son jouissif préambule aussi inventif que pittoresque lorsque Tommy et un acolyte se résignent à exhumer le cadavre de Jason dans une nécropole (délicieusement photogénique !) afin d'exorciser son traumatisme d'ado. Inventive, trépidante et semée d'humour noir, cette mise en bouche prometteuse annonce déjà le parti-pris sarcastique du cinéaste tout en starisant Jason dans sa nouvelle stature criminelle davantage indestructible (on croirait presque avoir à faire à un super-anti-héros !).


B movie du samedi soir purement ludique Ă  travers sa moisson de pĂ©ripĂ©ties horrifiques rondement menĂ©es, Vendredi 13, Chapitre 6 dĂ©tonne en diable sous l'impulsion d'une dĂ©rision Ă  la fois espiègle et sardonique. Quand bien mĂŞme on s'Ă©tonne de la prestance convaincante de son casting guilleret se prĂŞtant au jeu du "ouh fais moi peur" et du "attrapes moi si tu peux" avec une fougue communĂ©ment expansive. Si bien que le tournage assurĂ©ment festif leur aura sans doute lĂ©guĂ© un prĂ©cieux souvenir potache ! 

* Bruno
3èx