jeudi 22 novembre 2018
Head-on. Ours d'Or, Berlin 2004.
de Fatih Akın. 2004. Allemagne/Turquie. 2h02. Avec Cem Akin, Meltem Cumbul, Sibel Kekilli, Güven Kirac, Catrin Striebeck, Birol Ünel.
Sortie salles France: 21 Juillet 2004 (Int - 12 ans). Allemagne: 11 Mars 2004.
FILMOGRAPHIE: Fatih Akin est un Allemand réalisateur, scénariste et producteur, né le 25 Août 1973, d'origine turque. 2017: In the Fade. 2016 Goodbye Berlin. 2014/I The Cut. 2009 Soul Kitchen.
2009 Deutschland 09 - 13 kurze Filme zur Lage der Nation (segment "Der Name Murat Kurnaz").
2008 New York, I Love You (segment "Fatih Akin"). 2007 De l'autre côté. 2004 Visions of Europe (segment "Die alten bösen Lieder"). 2004 Head-On. 2002 Solino. 2000 Julie en juillet. 1998: L'engrenage.
"Trouver le bonheur, c'est exploser le carcan des cultures et des générations, se fracasser aux libertés artificielles, se perdre dans des bras". Bredele.
Probablement passé inaperçu en France (et sans doute ailleurs) en dépit de ses nombreux prix internationaux, Head-on est ce que l'on prénomme un uppercut émotionnel à travers son histoire d'amour écorchée vive contée ici avec souci d'authenticité au point d'en sortir aussi sonné que désorienté. Car d'une extrême violence dans les rapports passionnels que se dispute le couple destroy (Cahit, alcoolique marginal autodestructeur en perdition morale; Sibel, jeune fille instable et immature avide de liberté faute du conservatisme de sa famille musulmane !) et dans les pugilats lors de soirées d'ébriété où sexe, drogue, alcool coulent sans modération, Head-on nous entraîne de manière sournoise dans une descente aux enfers bicéphale. Dans la mesure où le réalisateur prend d'abord soin de nous attacher au couple turc en ascension amoureuse en décrivant avec souci de vérisme leur glauque quotidien aussi bien sordide que décomplexé. Leur appart insalubre se condensant à une moisson de déchets alimentaires, canettes de bière et mégots humectés disséminés à même le sol que le couple dégénéré assume sans complexe.
Baignant dans une photo hyper naturelle sublimant au passage les contrées turcs (dont celle d'Istanbul en seconde partie), Head-on nous fait suivre le parcours à la fois chaotique et initiatique de ses amants d'infortune hurlant leur douleur et leur désespoir avec une rage humaine bipolaire ! (le récit étant scindée en 2 actes que l'on ne voit pas arriver !). Ainsi donc, à travers ce maelstrom d'imagerie très agressive, tantôt cocasse, tantôt dramatique, et de musicalité rock, orientale, punk opérée dans les pubs et boites de nuit, le spectateur reluque leur déchéance avec une contrariété sensiblement malsaine. Pour autant, parmi le regard incandescent de Cahit en voie de mutation morale et l'insouciance de sa dulcinée férie d'expériences interdites, Head-on sublime l'essence de l'amour avec un grand A. Celui incontrôlé que l'on ne voit pas arriver si bien que de nouveaux sentiments rédempteurs sont amenés à nous transformer ad vitam, et ce de manière à reconsidérer notre destinée autrefois galvaudée. Or, ici la tournure des évènements erratiques finit incidemment par se solder par une tragédie, ce qui convergera à sa seconde partie beaucoup grave, cruelle, désespérée, voir même insoutenable (pour les plus sensibles d'entre nous) que le spectateur subira avec une désillusion névralgique incontrôlée. Les rôles dérangés s'inversant promptement au fil d'un nouveau cheminement existentiel autrement rigoureux que chacun apprivoisera ensuite indépendamment dans la quiétude et la sérénité, faute d'une culpabilité commune rongée de remord, faute de remise en question et de quête de rédemption.
Bouleversant mélo punk destroy d'une crudité épineuse au point d'y laisser de graves séquelles cérébrales lors de sa dernière partie escarpée, Head-on transfigure le sentiment amoureux parmi l'étude comportementale d'un couple pulsatile divisé entre une culture intégriste et l'émancipation irrépressible de dévorer la vie en s'autorisant tous les excès possibles. Au-delà de sa structure narrative atypique jouant avec machiavélisme avec notre émotivité ramifiée, le couple Birol Ünel (sosie de Jean-Louis Aubert en plus charnu) / Sibel Kekilli (Game of Thrones et quelques pornos) immortalise l'écran de leur empreinte subversive avec une déchirante vérité humaine.
Pour public averti
* Bruno
Un grand merci Ă Cine-Bis-Art !
Récompenses:
Prix du film bavarois 1998, Meilleur nouveau réalisateur
2004 Ours d'or au Festival du film de Berlin
Prix du cinéma européen 2004 , Meilleur film, Prix du public
Prix Golden Orange du Festival de film Orange 2007 à Antalya 2007 , Meilleur réalisateur
Prix du film bavarois 2007 , meilleur réalisateur
Prix LUX 2007 du cinéma européen décerné par le Parlement européen
Festival de Cannes 2007 , Meilleur scénario
Ordre du mérite de la République fédérale d'Allemagne 2010 (Verdienstorden der Bundesrepublik Deutschland) pour sa contribution à la description des problèmes des germano-turcs.
Golden Globe Award 2018 , meilleur film en langue étrangère
mercredi 21 novembre 2018
Point Break : ExtrĂŞme limite
"Point Break" de Kathryn Bigelow. 1991. U.S.A. 2h02. Avec Patrick Swayze, Keanu Reeves, Gary Busey, Lori Petty, John C. McGinley, James LeGros.
Sortie salles France: 28 Août 1991. U.S: 12 Juillet 1991.
FILMOGRAPHIE: Kathryn Bigelow est une réalisatrice et scénariste américaine, née le 27 Novembre 1951 à San Carlos, Californie (Etats-Unis). 1982: The Loveless (co-réalisé avec Monty Montgomery). 1987: Aux Frontières de l'Aube. 1990: Blue Steel. 1991: Point Break. 1995: Strange Days. 2000: Le Poids de l'eau. 2002: K19. 2009: Démineurs. 2012: Zero Dark Thirty. 2017: Detroit.
Succès commercial international (dont 1 351 132 entrées rien qu'en France), Point Break n'a point usurpé sa réputation de film culte auprès des fans tant Kathryn Bigelow est parvenue à communier film sportif et action policière avec une efficacité en roue libre. Car si l'intrigue s'avère simpliste (un jeune agent du FBI infiltre une communauté de surfeurs afin de démasquer une bande de braqueurs émérites), la cinéaste parvient habilement à la structurer à travers un contexte original d'épreuves sportives à couper le souffle. Tant auprès des vagues déferlantes que nos surfeurs chevauchent sur leur planche avec stoïcité que de leurs sauts en parachute d'un réalisme résolument vertigineux. Le spectateur ayant la trouble impression de s'immerger parmi eux, sous les vagues ou dans le ciel, avec une sensation d'ivresse exaltante ! On retrouvera d'ailleurs en intermittence une autre forme d'épanouissement délicieusement envoûtant à travers les rapports sentimentaux de Johnny (Keannu Reeves) et Tyler (Lory Petty, pétillante et ténue avec une douceur de miel !) sous l'impulsion du score fragile de Mark Isham (que l'on préserve longtemps en mémoire). Des moments intimistes pleins de pudeur et de tendresse d'une intensité capiteuse à nous rendre amoureux !
Autant avouer que comme la soulignait la tagline de l'époque, Point Break c'est du 100% adrénaline sans équivoque possible ! Si bien qu'au-delà de ses séquences sportives au souffle épique, Point Break regorge en prime de scènes d'action percutantes de par sa violence assez escarpée et le brio du montage que Kathryn Bigelow gère à la perfection, et ce sans jamais se laisser guider par une esbroufe racoleuse. Chaque scène d'action s'exprimant à travers les stratégies illégales des braqueurs autant motivés par leur soif d'émancipation que de leur goût immodéré pour l'ivresse des sensations fortes. On peut d'ailleurs évoquer à titre d'anthologie la poursuite à pied que Johnny perdurera afin de rattraper un braqueur en pénétrant communément par effraction dans de nombreux foyers domestiques. Une longue endurance subjective filmée caméra à l'épaule avec un art consommé du réalisme immersif ! Mais si Point Break s'avère aussi grisant, fun et jouissif, il le doit autant à son casting spontané flirtant avec une éthique spirituelle à travers leur addiction pour les sensations les plus couillues. La confrontation attachante mais équivoque que se partagent Keanu Reeves (même si un poil trop lisse dans son rôle juvénile) et Patrick Swayze s'avérant toujours plus intense au fil de leur trahison amicale engendrant en second acte une inimitié héroïque. Enfin, à travers les rapports si solidaires de Johnny et de l'agent Angelo Pappas, on peut également prôner la présence charismatique de Gary Busey en faire-valoir bonnard d'une touchante loyauté envers sa jeune recrue.
Lyrique, envoûtant, romantique, violent, homérique sans que jamais l'action ne s'essouffle en cheminement de filature, Point Break est parvenu à renouveler le cinéma d'action avec une originalité assez burnée. Tant et si bien que chez un vulgaire tâcheron le ridicule aurait été de rigueur. Et donc, plus inspirée que jamais, Kathryn Bigelow est parvenue à imprimer de son empreinte musclée l'un des meilleurs actionner des années 90.
* Bruno
3èx
mardi 20 novembre 2018
Dr Cyclops
"Doctor Cyclops" de Ernest B. Schoedsack. 1940. U.S.A. 1h15. Avec Albert Dekker, Thomas Coley, Janice Logan, Charles Halton, Victor Kilian.
Sortie salles France: 1er Mai 1953. U.S: 10 Avril 1940
FILMOGRAPHIE: Ernest Beaumont Schoedsack est un réalisateur, directeur de photo, producteur, monteur, acteur et scénariste américain, né le 8 Juin 1893 à Council Bluffs (Iowa), décédé le 23 Décembre 1979 dans le Comté de Los Angeles. 1925: Grass: a nation's battle for life.1927: Chang. 1929: Les 4 plumes blanches. 1931: Rango. 1932: Les Chasses du comte Zaroff. 1933: King Kong. 1933: The Monkey's Paw. 1933: Blind Adventure. 1933: Le Fils de Kong. 1934: Long Lost Father. 1935: Les Derniers jours de Pompéï. 1937: Trouble in Morocco. 1937: Outlaws of the Orient. 1940: Dr Cyclop. 1949: Monsieur Joe. 1952: The is Cinerama.
CĂ©lĂ©brĂ© pour le duo lĂ©gendaire Les Chasses du comte Zaroff / King Kong, Ernest B. Schoedsack n’en a pas fini de nous Ă©merveiller – et de nous cauchemarder – avec Dr Cyclops, rĂ©alisĂ© en 1940. TournĂ© exceptionnellement en Technicolor dans les dĂ©cors restreints d’une jungle fictive, et avec une poignĂ©e d’acteurs, Dr Cyclops dĂ©ploie son charme fantasque Ă travers des trucages aussi soignĂ©s qu’ingĂ©nieux (mĂŞme si, le plus souvent, on agrandit les dĂ©cors pour rapetisser les personnages !). Sous le prĂ©texte de la miniaturisation – que Jack Arnold portera Ă son apogĂ©e 17 ans plus tard avec L’Homme qui rĂ©trĂ©cit – Schoedsack insuffle une tension vive Ă une histoire de rapt aussi singulière qu’audacieuse. Et l’intrigue, bien que dĂ©bridĂ©e, ne verse jamais dans le grotesque, notamment grâce Ă la solidaritĂ© hĂ©roĂŻque des protagonistes miniatures, immergĂ©s avec ferveur dans leur nouvelle condition d’exilĂ©s.
Pur divertissement de quartier, Dr Cyclops a trouvĂ© sa place dans la mĂ©moire collective, au point qu’Eddy Mitchell lui rendit hommage dans La Dernière SĂ©ance (diffusĂ© le 1er avril 1993, en deuxième partie de soirĂ©e après Luke la main froide). Le film milite pour le rĂŞve avec une modestie et une sincĂ©ritĂ© rares, oĂą acteurs expressifs et effets artisanaux s’embrassent dans un rĂ©cit menĂ© tambour battant. Une sĂ©rie B savoureuse, au charme dĂ©licieusement rĂ©tro, qui fait vibrer l’enfant rĂŞveur tapi en nous.
* Bruno
3èx
lundi 19 novembre 2018
Dogman. Prix d'interprétation masculine, Marcello Fonte, Cannes 2018.
de Matteo Garrone. 2018. Italie. 1h43. Avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabria, Nunzia Schiano, Adamo Dionisi.
Sortie salles France: 11 Juillet 2018 (Int - 12 ans). Italie: 17 Mai 2018
FILMOGRAPHIE: Matteo Garrone est un réalisateur italien né le 15 octobre 1968 à Rome. 1997: Terra di mezzo. 1998: Ospiti. 2000: Estate romana. 2002: L'Étrange monsieur Peppino. 2004: Primo amore. 2008: Gomorra. 2012: Reality. 2015: Tale of Tales.
Un drame social inoubliable.
Inspiré d'une sordide histoire vraie, Dogman décrit le parcours solitaire de Marcello, toiletteur pour chien quotidiennement discrédité et molesté par un de ces anciens amis récemment sorti de prison. Ce dernier, mastard, semant la terreur dans le quartier, notamment faute de ses crises de manque avec la cocaïne. Dans un concours de circonstances malchanceuses et de manière involontaire, Marcello va sombrer dans une dangereuse vendetta. Magnifique portrait d'un quidam taiseux, introverti et timoré que l'acteur Marcello Fonte retransmet avec une vérité humaine bouleversante (le réalisateur parvenant à saisir le silence de ces pensée à travers la neutralité du regard), Dogman relate avec un âpre réalisme sa descente aux enfers tristement amère. L'intérêt du récit imprévisible résidant dans les contrariétés morales de ce commerçant inculte incapable de s'affirmer, de se défendre avec le monde extérieur mais pour autant en requête d'amitié, voire même d'une main secourable.
Qui plus est, et faute également de sa corpulence malingre; si Marcello est toutefois considéré comme un toiletteur serviable et sans histoire, il reste aux yeux des autres terriblement influençable et beaucoup trop naïf pour tenter de se rebeller contre les voix les plus répréhensibles. Son camarade Simoncino étant un minable consommateur de coke dénué de loyauté et de reconnaissance envers lui, il profitera donc de sa gentillesse pour l'exploiter dans les combines les plus tordues. Dénué de personnalité mais d'une loyauté indéfectible en ce qui concerne l'amitié, Marcello tentera malgré tout dans une forme de désespoir suicidaire de prendre sa revanche sur la société avec une maladresse terriblement préjudiciable. Car davantage réduit à la solitude, à l'humiliation, à la culpabilité et à l'injustice, Marcello tentera vainement de se tailler une nouvelle carrure plus inflexible et autonome en dépit de ses rapports intenses auprès de sa fille et de sa tendresse pour les chiens.
Profil d'un loser en perdition
Magnifique portrait d'un paumé déchu aux yeux de l'entourage local issu d'un quartier pauvre, Dogman s'avère d'une intensité dramatique rigoureuse de par sa tendresse immodérée que Matteo Garrone porte pour son personnage infortuné plongé dans l'impuissance morale. Transcendé par la performance (corporelle et cérébrale !) de Marcello Fonte (prix d'interprétation à Cannes), celui-ci soulève l'intrigue du poids de ses frêles épaules avec une puissance d'expression dépouillée, si bien que l'on ne sort pas indemne de son destin cruellement galvaudé. Du grand cinéma italien qu'imprime de sa personnalité auteurisante Matteo Garrone (Gomorra).
* Bruno
Festival de Cannes 2018 : Prix d'interprétation masculine pour Marcello Fonte.
Rubans d'argent 2018 : meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur acteur.
vendredi 16 novembre 2018
Fog. Prix de la Critique, Avoriaz 1980.
"The Fog" de John Carpenter. 1980. 1h29. Avec Adrienne Barbeau, Jamie Lee Curtis, Janet Leigh, John Houseman, Tom Atkins, James Canning, Charles Cyphers, Nancy Kyes, Ty Mitchell, Hal Holbrook, John F. Goff.
FILMOGRAPHIE: John Howard Carpenter est un réalisateur, acteur, scénariste, monteur, compositeur et producteur de film américain né le 16 janvier 1948 à Carthage (État de New York, États-Unis). 1974 : Dark Star 1976 : Assaut 1978 : Halloween, la nuit des masques 1980 : Fog 1981 : New York 1997 1982 :The Thing 1983 : Christine 1984 : Starman 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin 1987 : Prince des ténèbres 1988 : Invasion Los Angeles 1992 : Les Aventures d'un homme invisible, 1995 : L'Antre de la folie 1995 : Le Village des damnés 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward

"Tout ce que nous voyons ou croyons voir n’est-il qu’un rĂŞve dans un rĂŞve ?"
— Edgar Allan Poe
Hormis son Prix de la critique Ă Avoriaz en 1980 et un succès commercial (947 944 entrĂ©es rien qu’en France), Fog reçut un accueil critique timorĂ©. Carpenter lui-mĂŞme, insatisfait du premier montage, remania un tiers du film : ajouts, coupes, réécriture sonore, recomposition musicale.
Synopsis: Antonio Bay, petite ville cĂ´tière de Californie du Nord. Une lĂ©gende murmure que des fantĂ´mes tapis dans le brouillard ressurgiront des flots pour assassiner six citadins et rĂ©cupĂ©rer leur or. Car le village fut Ă©rigĂ© sur le pillage : un prĂŞtre, Malone, et cinq complices attirèrent le navire de Blake et de ses lĂ©preux vers un Ă©cueil, grâce Ă un feu de camp trompeur. L’embarcation se fracassa, l’Ă©quipage pĂ©rit. Cent ans plus tard, les morts rĂ©clament justice.
Ă€ l’image de son prĂ©ambule envoĂ»tant - un vieux marin contant aux enfants, autour d’un feu, une histoire de spectres vengeurs - Fog redonne ses lettres de noblesse aux mythes, renouant avec l’aura sĂ©culaire des ghost stories d’antan.
Longtemps jugĂ© mineur dans la filmographie de Carpenter, fragilisĂ© par ses multiples rĂ©visions, Fog n’en demeure pas moins une Ă©clatante dĂ©monstration de ce qu’une sĂ©rie B modeste peut offrir de plus brumeux, ouatĂ©, crĂ©pusculaire. Le spectateur s’y perd avec dĂ©lectation, happĂ© par une imagerie fantastique oĂą se reflètent autant les contes noirs que les plaies du passĂ©.
Sur la trame d’un rĂ©cit horrifique aux allures de fable - en arrière-plan, une allĂ©gorie du colonialisme : fonder une sociĂ©tĂ© en versant le sang des plus faibles - Carpenter Ă©labore une mise en scène exemplaire, centrĂ©e sur le brouillard comme phĂ©nomène (sur)naturel.
L’angoisse, le suspense, le mystère sourdent lentement. Et lorsque surgissent les spectres, leur look mortifère - silhouettes humides, yeux luminescents, serpes rouillĂ©es - nous aimante le regard. Ils glissent dans le dĂ©cor cĂ´tier d’Antonio Bay avec une alchimie spectrale, presque organique.
Il fallait oser faire du brouillard le rĂ´le principal, cette nappe vaporeuse oĂą se dissolvent les morts-vivants, vectrice d’une menace opaque et indicible. Par son aura sĂ©pulcrale, cette entitĂ© naturelle pervertie par la vengeance nous happe avec un rĂ©alisme diaphane.
Souvent suggĂ©rĂ©s avant d’assaillir, les revenants apparaissent comme des ombres noires, silencieuses, avant de frapper - brutalement - d’un crochet rubigineux. L’intrigue, minimaliste mais redoutablement efficace, suit plusieurs trajectoires qui convergent vers un sanctuaire : une chapelle isolĂ©e, ultime refuge pour deux couples de survivants, rassemblĂ©s par les ondes paniquĂ©es d’une voix radiophonique bientĂ´t aux abois.
Parallèlement, son enfant - rĂ©fugiĂ© chez une septuagĂ©naire - devient la cible d’un effroi larvĂ©, une peur sourde lorsque Blake et ses fantĂ´mes rĂ´dent.
Peu Ă peu, la menace Ă©merge du brouillard. Les attaques sont cinglantes, les lĂ©preux putrĂ©fiĂ©s surgissent dans une terreur parfois suggĂ©rĂ©e, parfois tranchante. Le tout s’enlace Ă une partition entĂŞtante, envoĂ»tante, composĂ©e par le maĂ®tre Carpenter lui-mĂŞme. Le film pulse d’un rythme haletant, culminant dans un huis clos Ă©touffant au cĹ“ur d’une Ă©glise vermoulue… et redoublant la tension dans un second siège : l’animatrice radio, acculĂ©e, se retranche sur le toit de son phare, seule face Ă l’indicible.
* Bruno
16.11.18. 6èx
15.06.12. (96 v)
jeudi 15 novembre 2018
Mission Impossible : Fallout
de Christopher McQuarrie. 2018. U.S.A. 2h28. Avec Tom Cruise, Henry Cavill, Ving Rhames, Simon Pegg, Rebecca Ferguson, Sean Harris, Michelle Monaghan, Angela Bassett.
Sortie salles France: 1er Août 2018. U.S: 27 Juillet 2018
FILMOGRAPHIE: Christopher McQuarrie est un réalisateur et scénariste américain, né en 1968 à Princeton, New Jersey. 2000: Way of the Gun. 2012: Jack Reacher. 2015: Mission Impossible: Rogue Nation. 2018: Mission Impossible: Fallout.
Monstrueux, apocalyptique, galvanisant, tétanisant, vertigineux, à couper le souffle ! Mes éloges subjectives ont beau paraître outrancière, Mission Impossible : Fallout m'a cloué au fauteuil 2h20 durant (en épargnant les 8 mns de générique de fin), à l'instar du tout aussi révolutionnaire Mad-Max Fury Road ! Car oui, Mission Impossible : Fallout dépasse tous ses opus antécédents pour carrément réinventer l'actionner bourrin (comme je déteste cette locution tant ici l'action déployée dépend intelligemment d'une narration retorse !) par le biais de morceaux de bravoure jamais vus au préalable ! Quand bien même la 1ère heure nous mettait déjà KO par sa frénésie formelle (épaulé du montage ultra dynamique), l'heure vingt suivante nous hypnotise les sens avant de nous combler auprès d'un point d'orgue de 45 minutes instaurées au creux de montagnes enneigées ! Notamment en alternant à deux endroits distinctes deux actions discontinues que le spectateur déboussolé savoure avec une appréhension aussi oppressante ! Et donc même si nous avons affaire à un pur divertissement en roue libre, l'invraisemblance des scènes d'action a beau paraître outrée, on y croit sans sourciller, on s'accroche à son fauteuil en renouant avec un sourire de gosse, notamment en se laissant séduire par l'implication spontanée des personnages stoïques bravant le danger avec un dynamisme si communicatif (Tom Cruise crevant une fois de plus l'écran en héros strié à la force d'expression).
Christopher McQuarrie ayant en prime l'astuce d'y injecter une bonne rasade d'humour à travers leurs répliques décomplexées. Une manière fantaisiste de détendre l'atmosphère débridée et ainsi rappeler que nous sommes au cinéma, alors que le spectateur s'implique comme jamais dans la tourmente d'une folle course contre la mort à grande échelle (l'enjeu humain de la démographie de l'Inde, du Pakistan et de la Chine). Modèle de mise en scène (de par sa fluidité, l'exigence maniaque du travail technique) et d'ultra efficacité sous la mainmise d'un Christopher McQuarrie furieusement animé d'ambition démesurée (alors qu'il était déjà signataire du précédent volet), Mission Impossible : Fallout tire parti de son attrait ultra jouissif grâce à une intrigue à suspense à la fois tendue et infiniment haletante. En gros, il s'agit pour l'équipe d'Ethan Hunt de récupérer en un temps furtif 3 bombes de plutonium en échange de livrer un ancien terroriste (celui entrevu dans le précédent opus) auprès de la "veuve". Truffé de rebondissements, péripéties de survie, revirements et faux semblants à travers une poignée d'acolytes, de maîtres chanteurs, d'espions et de dissidents, Mission Impossible... cumule à rythme métronome des bastonnades martiales (celle dans les WC est mémorablement chorégraphiée !) et courses-poursuites ahurissantes de réalisme (tant en moto, qu'en voiture, en fourgon, en hélico ou en parachute). Quand bien même nos personnages héroïques (jamais superficiels !) font preuve de sentiments à travers leur humanisme solidaire, notamment sous l'impulsion nostalgique de l'ex femme d'Ethan Hunt permettant à l'intrigue annexe de nous scander une superbe histoire d'amour pleine de pudeur et de dignité. Bref, rien ici n'est laissé au hasard pour caresser dans le bon sens le grand public en faisant fi d'esbroufe ou d'effets de manche disgracieux trop coutumiers du genre bêtement bourrin.
D'une intensité émotionnelle exponentielle, Mission Impossible : Fallout relève la difficile gageure de réanimer la fibre du vrai cinéma d'action sous sa forme la plus authentique et intègre comme le furent plus tôt Rambo, Mad-Max 2, Piège de Cristal, True Lies, A toute Epreuve, Une journée en Enfer ou encore Speed. Généreux en diable et follement vrillé au fil d'une action substantielle jamais rébarbative, Mission Impossible... renoue avec la chimère du Cinéma. Celle du gout du rêve, de l'évasion et de l'adrénaline appuyé d'un brio technique aussi millimétré qu'infaillible. Et c'est franchement à couper le souffle !
* Bruno
Box Office France: 3 010 246 entrées
mercredi 14 novembre 2018
Natty Gann. Prix du Meilleur espoir féminin pour Meredith Salenger, Young Artist Award.
"The Journey of Natty Gann" de Jeremy Kagan. 1985. U.S.A. 1h42. Avec Meredith Salenger, John Cusack, Ray Wise, Lainie Kazan, Scatman Crothers, Verna Bloom, Barry Miller.
Sortie salles France: 5 Février 1986. U.S: 27 Septembre 1985
FILMOGRAPHIE: Jeremy Kagan est un réalisateur américain né le 14 décembre 1945. 1972 : Columbo - Le grain de sable (TV). 1974 : Unwed Father (TV). 1974 : Judge Dee and the Monastery Murders (TV). 1975 : Katherine (TV). 1977 : Scott Joplin. 1977 : Héros. 1978 : La Grande Triche. 1981 : L'Élu. 1983 : L'Arnaque 2. 1985 : Natty Gann. 1986 : Seule contre la drogue (Courage) (TV). 1987 : Conspiracy: The Trial of the Chicago 8 (TV). 1989 : Big Man on Campus. 1990 : Descending Angel (TV). 1991 : Par l'épée. 1994 : Roswell, le mystère (TV). 1997 : Color of Justice (TV). 1997 : Cœur à louer (TV). 2001 : La Ballade de Lucy Whipple (TV).2002 : Bobbie's Girl (TV). 2004 : Crown Heights (TV). 2007 : Golda's Balcony.
Une production Disney écolo et sociétale sous sa période la plus déférente.
Produit par Disney au milieu des années 80, Natty Gan est un récit d'aventures à la fois exaltant et haletant, l'épopée humaine d'une ado débrouillarde en initiation de survie, faute d'un contexte de crise sociale des années 30. Parce que son père dû précipitamment l'abandonner pour décrocher un emploi à 3000 kms de leur bercail, Natty s'enfuit du foyer d'une mégère surveillante afin de tenter de le retrouver. Constamment ballottée d'un train de marchandise à un autre, ses pérégrinations l'amènent à fréquenter des citadins intolérants et tantôt avenants, une police et une milice drastiques ainsi que de jeunes marginaux aussi désoeuvrés qu'elle. Quand bien même durant son itinéraire forestier elle se lie d'amitié avec un loup entraîné aux combats de chiens. Hymne à la nature et à l'amour du loup livré comme l'héroïne à la solitude, à l'autonomie et à l'exil, Natty Gann fait naître une sincère émotion au fil de leur parcours d'endurance semée de rencontres hostiles mais aussi amiteuses. Sans céder aux sirènes de la mièvrerie (suffit de prendre comme exemple les rapports timidement sentimentaux de Natty avec l'itinérant Harry et de s'émouvoir sans fard Spoil ! de leurs adieux sur le quai fin du Spoil), Jeremy Kagan s'extirpe honorablement du produit imberbe de par son intégrité à illustrer une solide histoire d'amour et d'amitié nullement racoleuse. Celle envers la nature (véritable bouffée d'air frais), envers la faune et envers l'homme le plus loyal.
Tant auprès du loup protecteur humanisé par sa maîtresse, de l'étranger Harry en quête d'un toit, que du père, leader syndical rongé par le remord, le désagrément et l'affres de l'incertitude depuis la disparition inexpliquée de sa fille. Emaillé de péripéties, bévues, accalmies et rebondissements parfois étonnamment spectaculaires (le saut à haut risque pour accéder à un des wagons, l'emploi vertigineux du père de Natty enrôlé bûcheron dans des chantiers forestiers), Natty Gan fait vibrer la corde sensible sans se complaire dans le pathos ou une facilité lacrymale. Et lorsque les larmes tombent lors d'un final binaire à la fois émouvant et rédempteur, on reste accroché à la dignité, notamment grâce à la prestance dépouillée des comédiens. Particulièrement Meredith Salenger étonnamment simple, fraîche et naturelle en héroïne en herbe animée par l'espoir et sa tendresse pour son père. Magnifiquement photographié dans des paysages naturels édéniques alors que sa fidèle reconstitution historique nous remémore un dramatique épisode de crise sociale, Natty Gann se permet avec un réalisme parfois douloureux de rendre hommage à ces chômeurs démunis d'autant plus chassés de leur foyer sous une dictature bien-pensante (notamment auprès d'une milice sans vergogne).
Beau, simple et vibrant d'humanité à travers un périple bucolique flirtant avec le conte (prod Disney oblige sous sa période la plus révérencieuse !), Natty Gann se décline comme un superbe récit initiatique. Une leçon de tolérance tant auprès du domptage de l'animal sauvage que du prolétaire exploité comme du bétail lors d'un contexte historique de "grande dépression".
* Bruno
2èx
mardi 13 novembre 2018
Outlaw King: le roi hors la loi
de David Mackenzie. 2018. U.S.A. 2h02. Avec Chris Pine, Aaron Taylor-Johnson, Florence Pugh, Stephen Dillane, Billy Howle, Tony Curran
Diffusé sur Netflix le 9 Novembre 2018
FILMOGRAPHIE: David McKenzzie est un réalisateur anglais, né le 10 Mai 1966 à Corbridge.
2002: The Last Great Wilderness. 2003: Young Adam. 2005: Asylum. 2008: My name is Hallam. 2009: Toy Boy. 2010: Perfect Sense. 2011: Rock'n'Love. 2014: Les Poings contre les murs. 2016: Comancheria. 2018: Outlaws King.
Remarqué par Les Poings contre les Murs et Comancheria, David McKenzzie poursuit son bonhomme de chemin qualitatif avec Outlaw King, une production estampillée Netflix. Inspiré d'une histoire vraie, ce récit d'aventures historiques plutôt âpre et tendu s'avère rondement mené, quand bien même son brio technique imperturbable nous cloue au siège tant les séquences guerrières nous retournent le cerveau avec une intensité exponentielle ! Reconstitution hyper soignée, photo contrastée, panoramas d'un beauté sensitive ahurissante, costumes et figurants déployés en masse, chevaux trébuchants parmi les cadavres sur les champs de bataille dans un déluge de pluie, de sang et de sueur, Outlaw King constitue une claque visuelle permanente ! Et bien que prioritairement bâti sur l'aspect belliciste d'une épopée tributaire du fracas des glaives, le réalisateur parvient pour autant à structurer un solide récit sans que les enjeux humains n'y perdent de leur intérêt en cours de trajectoire de survie. A savoir l'inimitié filiale entre deux rois, l'un véreux sans vergogne, l'autre redresseur de tort qui tentera de se réapproprier sa terre écossaise.
Et si dans le rĂ´le Robert de Brus (premier roi d’Écosse devenu hors la loi pour la bonne cause), Chris Pine manque de virilitĂ© et de force d'expression Ă travers ses traits de visage un poil trop imberbes, il n'en demeure pas moins assez convaincant dans sa sobre dimension humaine en ascension hĂ©roĂŻque. Tant auprès de sa conviction morale Ă recruter une armĂ©e de fortune que de ses capacitĂ©s physiques Ă repousser l'ennemi, notamment lorsque sa muse est sĂ©questrĂ©e dans un château Ă©cossais. Bluffant de rĂ©alisme donc tout en s'efforçant de combler les attentes de l'amateur d'action Ă travers un souffle Ă©pique constamment rigoureux (la bataille finale peut faire office de bravoure anthologique au grĂ© d'un montage ultra dynamique dĂ©nuĂ©e de prĂ©cipitation), Outlaw King renoue avec le "plaisir de cinĂ©ma" Ă travers une sĂ©rie B de luxe dĂ©nuĂ©e de fards, de fioritures et de grandiloquence. David McKenzzie ne perdant d'autant plus jamais de vue l'humanisme fĂ©brile de ces preux guerriers se livrant corps et âme pour le sens de la justice avec un hĂ©roĂŻsme suicidaire. Tant et si bien que certaines sĂ©quences Ă l'acuitĂ© dramatique poignante confirment le potentiel Ă©motionnel de cette Ă©popĂ©e humaine Ă©maillĂ©e de sobre romantisme (les rapports concis mais denses du couple en quĂŞte de dĂ©livrance). Beau, violent et furieusement excitant Ă la fois.
* Bruno
lundi 12 novembre 2018
Le Tueur du Vendredi
"Friday the 13th, part 2" de Steve Miner. 1981. U.S.A. 1h27. Avec Amy Steel, John Furey, Adrienne King, Kirsten Baker, Stuart Charno, Warrington Gillette, Walt Gorney, Marta Kober, Tom McBride.
Sortie salles France: 13 Janvier 1982. U.S: 1er Mai 1981
FILMOGRAPHIE: Steve Miner est un réalisateur américain, né le 18 Juin 1951 à Westport, dans le Connecticut. 1981: Le Tueur du Vendredi. 1982: Meurtres en 3 dimensions. 1986: House. 1986: Soul Man. 1989: Warlock. 1991: A coeur vaillant rien d'impossible. 1992: Forever Young. 1994: Sherwood's Travels. 1994: My Father ce Héros. 1996: Le Souffre douleur. 1998: Halloween, 20 ans après. 1999: Lake Placid. 2001: The Third Degree (télé-film). 2001: Texas Rangers, la revanche des Justiciers. 2002: Home of the Brave (télé-film). 2006: Scarlett (télé-film). 2007: Day of the Dead.
* Bruno
26.01.24. 6èx
23.07.12. 82 v
vendredi 9 novembre 2018
Le Survivant d'un monde parallèle / "The Survivor"
de David Hemmings. 1981. Australie. 1h27. Avec Robert Powell, Jenny Agutter, Peter Sumner, Joseph Cotten, Angela Punch McGregor.
Sortie salles France: 2 Décembre 1981
FILMOGRAPHIE: David Hemmings est un acteur, producteur et réalisateur britannique, né le 18 novembre 1941 à Guildford, Surrey, et mort d'une crise cardiaque le 3 décembre 2003 à Bucarest (Roumanie).1972 : Running Scared. 1973 : The 14. 1979 : C'est mon gigolo. 1981 : Les Bourlingueurs. 1981 : Le Survivant d'un monde parallèle. 1984 : Money Hunt: The Mystery of the Missing Link (vidéo). 1985 : Le Code Rebecca (The Key to Rebecca) (TV). 1989 : Down Delaware Road (TV). 1992 : Dark Horse. 1993 : Christmas Reunion (TV). 1993 : Passport to Murder (TV).
"MĂ©moires d’un ciel dĂ©chirĂ©".
Sorti Ă la fin de l’âge d’or du fantastique australien, Le Survivant d’un monde parallèle capitalise sur le charisme lunaire de Robert Powell, rĂ©vĂ©lĂ© un an plus tĂ´t dans le singulier Harlequin (Prix du Jury, Prix de la Critique et Prix du Meilleur Acteur au Rex de Paris). Le film joue la carte d’un fantastique intègre, original, mystĂ©rieux, assez intriguant pour captiver sans relâche, sans effets de manche ni esbroufe tapageuse. David Hemmings (inoubliable interprète de Blow-Up et des Frissons de l’angoisse) parvient ici Ă structurer un suspense latent autour de la quĂŞte de vĂ©ritĂ© d’un pilote, rescapĂ© d’un crash aĂ©rien.
ÉpaulĂ© d’une mĂ©dium tĂ©moin de la tragĂ©die ayant causĂ© plus de 300 morts, le commandant Keller tente de retrouver la mĂ©moire afin d’Ă©lucider les causes de l’accident. Sabotage ? DĂ©faillance technique ? Pourquoi est-il l’unique survivant ? Et pourquoi, autour des dĂ©bris calcinĂ©s, certains membres de son entourage meurent-ils, acculĂ©s par une Ă©trange fillette et les cris invisibles d’enfants ?
ParsemĂ© d’incidents horrifiques discrets mais marquants, le film instille un surnaturel tacite - feutrĂ©, crĂ©dible, insidieux - qui fait vibrer l’Ă©cho spectral des plaintes infantiles. Le Survivant d’un monde parallèle cultive l’expectatif, dilue la terreur dans le silence, au fil d’une enquĂŞte de longue haleine menĂ©e par Keller et sa partenaire Hobbs (Ă©lĂ©gamment campĂ©e par Jenny Agutter, vue dans Le Loup-Garou de Londres), Ă partir de maigres indices glanĂ©s çà et lĂ , comme tombĂ©s d’un autre monde.
Entre incomprĂ©hension, stupeur et angoisse sourde, le spectateur se laisse emporter dans cette dĂ©rive interlope, digne d’un Ă©pisode de La Quatrième Dimension, jusqu’Ă un ultime quart d’heure aussi limpide que - volontairement ? - confus. Le trouble du rĂ©cit repose aussi sur la relation Ă©trange et silencieuse entre Keller et Hobbs, tissĂ©e de non-dits et d’expressions imperceptibles, de regards dĂ©tachĂ©s. Ce mystère Ă©motionnel ajoute Ă l’aura Ă©sotĂ©rique du film, oĂą la suggestion règne en maĂ®tre, guidĂ©e par un hors-champ sonore aussi dĂ©stabilisant que fascinant.
Le charme rĂ©tro d’un fantastique aux portes de l’au-delĂ .
Grâce Ă son casting sincèrement attachant (Powell, magnĂ©tique par son hermĂ©tisme, Agutter, touchante par son flegme contrariĂ©), Ă sa superbe photo en Scope et Ă son atmosphère spirituelle subtilement suggĂ©rĂ©e - on croit sans sourciller Ă la revanche des fantĂ´mes - Le Survivant d’un monde parallèle s’impose comme un excellent suspense fantastique. Solide, pudique, habitĂ©. AdaptĂ© d’un best-seller de James Herbert (Celui qui survit), le film offre Ă David Hemmings l’occasion d’imprimer sans tapage sa patte personnelle : une aura ouatĂ©e, un mystère diffus, quelques sĂ©quences-chocs savamment distillĂ©es (notamment l’inventivitĂ© visuelle du crash, Ă la fois rĂ©aliste et spectaculaire malgrĂ© un budget modeste, et un dĂ©nouement Ă twist oĂą des voix d’outre-tombe viennent souffler une vĂ©ritĂ© honteuse).
* Bruno
25.06.25. 5èx.
mercredi 7 novembre 2018
Vendredi 13, Chapitre final.
"Friday the 13th: The Final Chapter" de Joseph Zito. 1984. U.S.A. 1h31. Avec Ted White, Kimberly Beck, Erich Anderson, Corey Feldman, Barbara Howard, Peter Barton
Sortie salles France: 11 Juillet 1984. U.S: 13 Avril 1984
FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Joseph Zito est un réalisateur américain, né le 14 mai 1946 à New York. 1975 : Abduction. 1979 : Bloodrage. 1981 : Rosemary's Killer. 1984 : Vendredi 13 : Chapitre final. 1984 : Portés disparus. 1985 : Invasion USA. 1989 : Le Scorpion rouge. 2000 : Delta Force One: The Lost Patrol. 2003 : Power Play.
On prend les mêmes et on recommence sous la houlette du petit artisan de la série B Joseph Zito (Rosemary's Killer, Portés Disparus, Invasion U.S.A.), et ce tout en nous promettant la fin des exactions de Jason le tueur à la machette à travers un sous-titre sans équivoque. Ainsi, on a beau connaître la recette par coeur (pourquoi changer une formule aussi payante ?), Vendredi 13, Chapitre final séduit miraculeusement, aussi crétines soient ses situations éculées ! Comme de coutume, et à condition de suivre ses vicissitudes horrifiques au second degré, Vendredi 13 IV cumule à rythme métronomique les morts brutales sous l'impulsion d'un gore assez jouissif (même si trop souvent concis) concocté par l'illustre Tom Savini. Et de s'amuser entre temps des beuveries et batifolages d'ados polissons lors de confrontations machistes (à qui tringlera le premier la plus aguicheuse du groupe ?) si bien que son érotisme timoré reste aussi inoffensif aujourd'hui.
Pour autant, par je ne sais quel miracle, ces ados décervelés gentiment attachants de par leur fraîcheur innocente (avec un brin de clémence sans doute !) parviennent à nous immerger dans leur situation anxiogène lorsque Jason tapi dans l'ombre d'une porte, d'une fenêtre ou d'un bosquet se prépare à perpétrer un nouveau massacre auprès d'une victime prise en estocade (score strident de Manfredini au rappel !). D'autre part, à travers la photogénie de sa nature forestière, Joseph Zito parvient parfois à distiller un climat d'angoisse quelque peu perméable, notamment dans sa capacité à suggérer la présence invisible de Jason, de jour comme de nuit. Quand bien même, et pour parachever en bonne et due forme, on continue de se divertir du caractère à la fois haletant et spectaculaire de sa poursuite finale lorsque la dernière victime retranchée dans son cocon domestique parmi son frère (un féru de ciné horreur collectionnant masques et gadgets de ses monstres attitrés) tente de combattre (arme blanche à la main) le tueur tous azimuts. Ce dernier quart d'heure émotionnellement palpitant s'avérant rondement mené auprès d'un esprit cartoonesque aussi bien débridé que jouissif. Quand bien même la posture furibonde de l'ado subtilement revanchard (il se fait passer pour Jason à l'âge de sa noyade afin de mieux le duper) extériorise une aura malsaine bienvenue lors de sa folie meurtrière incontrôlée qu'une ultime image dérangeante persistera sans ambiguïté.
Sans décevoir ses aficionados, Vendredi 13, chapitre Final peut autant faire office de nanar bonnard que de série B efficacement troussée grâce au savoir-faire de Joseph Zito soignant d'autant mieux sa scénographie forestière avec comme alibis usuels les maquillages de Savini et la présence iconique du molosse à la machette plus obtus et destructeur que jamais (incarné pour le coup par Ted White mécontent du résultat final ainsi que des 3 opus antécédents !).
* Bruno
3èx
Box Office France: 270 013 entrées
mardi 6 novembre 2018
Sicario: la guerre des cartels
"Sicario: Day of the Soldado" de Stefano Sollima. 2018. Italie/U.S.A. 2h02. Avec Benicio del Toro, Josh Brolin, Isabela Moner, Jeffrey Donovan, Manuel Garcia-Ruflo, Catherine Keener
Sortie salles France: 27 Juin 2018. U.S: 29 Juin 2018
FILMOGRAPHIE: Stefano Sollima est un cinéaste et réalisateur italien, né le 4 mai 1966 à Rome. 2012: A.C.A.B.: All Cops Are Bastards. 2015: Suburra. Séries TV: Un posto al sole - soap opera (2002), La squadra - série TV, 7 épisodes (2003 - 2007), Ho sposato un calciatore - mini série (2005), Crimini - série TV, épisodes Il covo di Teresa, Mork et Mindy et Luce del nord (2006 - 2010)
Romanzo criminale, 22 épisodes (2008 - 2010). Gomorra, 12 épisodes (2014 - 2015).
Si Denis Villeneuve n'est plus de la partie pour donner suite à Sicaire, le réalisateur italien Stefano Sollima (déjà très remarqué avec son 1er métrage A.C.A.B et surtout Suburra !) relève haut la main la gageure de surpasser son congénère avec une séquelle de haute volée. Sicario: la guerre des Cartels retraçant avec un réalisme méticuleux la mission secrète de la CIA et du sicaire Alejandro Gillick d'enlever la fille d'un parrain du cartel afin d'influencer une guerre fratricide entre clans mafieux tirant des bénéfices sur le dos des migrants à la frontière americano-mexicaine. Car depuis un attentat meurtrier dans un supermarché, les passeurs grassement payés par leur supérieur sont désignés coupables par le secrétaire de la défense d'y faire entrer des migrants potentiellement terroristes. Ainsi, alors que la CIA parvient à kidnapper leur cible, la mission doit être annulée depuis la révélation identitaire des terroristes natifs d'Amérique. Mais au mépris de ses supérieurs et de son bras droit Matt Graver, Alejandro réfute les ordres d'éliminer chaque témoin. Thriller hypnotique rondement menée car d'une précision chirurgicale auprès de sa mise en scène virtuose, Sicario: la guerre des cartels plaque au siège de par sa structure narrative captivante fertile en bravoures homériques, retournements de situations et rebondissements parfois insensés (mais chut, j'en ai déjà trop dit !). On peut d'ailleurs s'agenouiller face au dynamisme du montage rendant lisible la chorégraphie de l'action entièrement au service narratif, et ce sans jamais complexifier vainement le récit plutôt limpide et dénué de digressions.
Superbement campé par 2 acteurs en acmé, Benicio del Toro / Josh Brolin se partagent la vedette avec un charisme quasi animal, notamment auprès de leur idéologie équivoque à combattre vaillamment le crime au prix d'un sacrifice difficilement tolérable. Description aride d'une société de corruption en déliquescence morale, tant auprès des redresseurs de tort impassibles que des trafiquants ne sachant plus trop distinguer qui travaille pour qui et quel est leur véritable identité derrière l'insigne ou le treillis, Sicario se taille une carrure mature assez avilissante auprès de ces personnages véreux s'entretuant pour l'enjeu d'une otage sans défense. Tendu comme un arc auprès de sa seconde partie à couper le souffle, le suspense narratif cède place à une dramaturgie escarpée lorsque Alejandro doit tenter de passer la frontière pour sauver l'otage sévèrement ballottée d'assister en direct à des tueries de masse. Là encore, Stefano Sollima apporte un soin scrupuleux à dresser le portrait si "réaliste" d'une jeune fille obtuse et rebelle mais davantage fragile et démunie au fil de son parcours de survie en proie au chaos. Outre le regard très sobre de Isabela Moner très impressionnante dans sa fonction aussi bien soumise qu'épeurée, le jeune Elijah Rodriguez s'avère aussi soigneusement structuré en passeur en herbe indécis gagné pour autant par le désir de vaincre ses peurs et montrer ses preuves à sa vile hiérarchie quitte à y vendre son âme. La pâleur de son regard candide, sa posture plutôt timorée doucement ternis par ses actes frauduleux nous glacent d'amertume passé sa probation criminelle.
Passionnant, violent et tendu à l'extrême lors d'un second acte littéralement anthologique, Sicario: la guerre des cartels surpasse son modèle en mode thriller noir et radical où bons et méchants ne font plus qu'un au sein d'une société aussi parano que schizo.
* Bruno
lundi 5 novembre 2018
Du sang dans la poussière
"The Spikes Gang" de Richard Fleischer. 1974. U.S.A. 1h36. Avec Lee Marvin, Gary Grimes, Ron Howard, Charles Martin Smith, Arthur Hunnicutt, Marc Smit.
Sortie salles U.S: 1er Mai 1974
FILMOGRAPHIE: Richard Fleischer est un réalisateur américain né le 8 décembre 1916 à Brooklyn, et décédé le 25 Mars 2006 de causes naturelles. 1952: l'Enigme du Chicago Express, 1954: 20 000 lieues sous les mers, 1955: les Inconnus dans la ville, 1958: les Vikings, 1962: Barabbas, 1966: le Voyage Fantastique, 1967: l'Extravagant Dr Dolittle, 1968: l'Etrangleur de Boston, 1970: Tora, tora, tora, 1971: l'Etrangleur de Rillington Place, 1972: Terreur Aveugle, les Flics ne dorment pas la nuit, 1973: Soleil Vert, 1974: Mr Majestyk, Du sang dans la Poussière, 1975: Mandingo, 1979: Ashanti, 1983: Amityville 3D, 1984: Conan le destructeur, 1985: Kalidor, la légende du talisman, 1989: Call from Space.
HĂ©las mĂ©connu et oubliĂ©, Du sang dans la poussière s’impose pourtant comme l’un des plus beaux westerns des annĂ©es 70. Sans fioriture, Richard Fleischer y retrace la dĂ©rive criminelle de trois ados après avoir secouru un braqueur blessĂ©.
Dur, mĂ©lancolique, profondĂ©ment dĂ©sespĂ©rĂ©, le film prend le contrepied du western classique en adoptant un rĂ©alisme presque poisseux. Fleischer y dresse le portrait fragile d’une jeunesse en quĂŞte d’espoir et de libertĂ©, Ă©touffĂ©e par un cadre parental oppressant. Ă€ travers Will Young, marquĂ© par la violence d’un père abusif, se dessine le besoin viscĂ©ral de fuite, d’Ă©mancipation, d’un ailleurs peut-ĂŞtre illusoire.
Mais cette échappée se heurte rapidement à la brutalité du réel.
Sous l’influence d’un criminel aguerri, le trio se fantasme une existence plus vaste, plus libre. Or, au fil des braquages improvisĂ©s et des confrontations, leur errance se transforme en spirale funeste. L’inexpĂ©rience, l’illusion, et cette camaraderie fragile les prĂ©cipitent inexorablement vers leur chute.
PortĂ© par des interprĂ©tations d’un naturel innocent remarquable - Ron Howard et Charles Martin Smith imposent une sincĂ©ritĂ© touchante - le film trouve en Gary Grimes une figure bouleversante. RĂŞveur frondeur, habitĂ© par une lumière fragile, il voit peu Ă peu son regard se ternir, rongĂ© par la peur, la colère et le dĂ©senchantement.
Face Ă eux, Lee Marvin incarne une prĂ©sence glaçante. D’abord figure presque paternelle, il rĂ©vèle progressivement un visage minĂ©ral, impassible, rĂ©gi par une logique implacable oĂą toute faiblesse est condamnĂ©e. Ă€ son contact, les illusions se brisent, laissant place Ă une vĂ©ritĂ© sèche : survivre ne dĂ©pend que de soi.
D’une noirceur implacable, le film touche par sa cruautĂ© autant que par son humanitĂ©. Presque documentaire dans son approche, il capte la dĂ©rive d’une jeunesse abandonnĂ©e Ă ses chimères. Fleischer filme cette descente avec une rigueur sèche, laissant affleurer une mĂ©lancolie persistante qui frappe l'âme.
Et lorsque le silence retombe, portĂ© par la musique lancinante de Fred Karlin, ne subsiste qu’un goĂ»t amer. Celui d’un rĂŞve avortĂ©, consumĂ© trop tĂ´t.
Une œuvre âpre, sans concession, qui hante la mémoire.
Une référence du genre dont on sort vidé, démuni.







































