mercredi 13 mai 2020

Wonder

                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Stephen Chbosky. 2017. U.S.A. 1h53. Avec Julia Roberts, Owen Wilson, Jacob Tremblay, Izabela Vidovic, Noah Jupe

Sortie salles France: 20 Décembre 2017

FILMOGRAPHIEStephen Chbosky est un écrivain, réalisateur, producteur et scénariste américain, né le 25 janvier 1970 à Pittsburgh, États-Unis. 1995 : The Four Corners of Nowhere. 2012 : Le Monde de Charlie. 2017 : Wonder.


En avançant vers la scène j'avais l'impression de flotter. Mon coeur battait tellement vite. Je ne comprenais pas vraiment pourquoi on me donnait une médaille. C'est pas comme si j'avais détruit l'étoile de la mort. Tout ce que j'avais fait, c'était de passer dans la classe supérieure comme les autres. En faite, c'est peut-être justement ça le problème. C'est qu'en vérité je ne suis pas si ordinaire que ça. Mais si on pouvait entrer dans la tête des gens, on se rendrait peut-être compte que personne ne l'est, et qu'on mérite tous une standing ovation. Au moins une fois dans notre vie. C'est le cas de mes amis, mes professeurs, ma soeur qui a toujours été là pour moi, mon père qui essaie toujours de nous faire rigoler, et surtout ma maman qui n'abandonne jamais rien, ni personne, particulièrement moi. Ca illustre un peu le dernier précepte de Mr Browne. "Soyons bons envers autrui car chacun mène un dur combat. Et si vous voulez voir le vrai visage des gens, il vous suffit de les regarder".


De par son casting saillant typiquement hollywoodien et son thème Ă©culĂ© allouĂ© au droit Ă  la diffĂ©rence, Wonder avait de quoi laisser perplexe quant Ă  l'intĂ©gritĂ© de son contenu mĂ©lodramatique. Un genre qui plus est souvent discrĂ©ditĂ© (parfois Ă  raison) par les pisse-froids, machistes ou intellos, faute de bons sentiments hyperboliques que certains rĂ©alisateurs n'hĂ©sitent pas (il est vrai !) Ă  exploiter lors d'une Ă©motion programmĂ©e. C'est donc après 2 ans d'hĂ©sitation que je me suis enfin dĂ©fier Ă  me lancer dans l'aventure humaine. Principalement grâce Ă  2 bouches Ă  oreilles aussi conquises qu'enthousiasmĂ©es par sa douce poĂ©sie existentielle et sa tendre Ă©motion. Alors que je considère personnellement son prĂ©cĂ©dent mĂ©trage comme l'un des plus beaux Teen movies jamais rĂ©alisĂ©s (le Monde de Charlie est Ă  trĂ´ner Ă  proximitĂ© de Breakfast Club et de Sprink Breaker), Stephen Chbosky persĂ©vère Ă  aborder les thèmes du malaise adolescent. De l'acceptation de soi et des autres, de sa description cruelle sur l'intimidation des plus turbulents et de la difficultĂ© Ă  s'adapter en milieu scolaire en la prĂ©sence ici d'un Ă©tranger physiquement difforme. Dans la mesure oĂą celui-ci souffre depuis sa naissance d'une malformation faciale prĂ©nommĂ©e le syndrome de Treacher Collins. Si on songe instinctivement au splendide Mask de Peter Bogdanovitch lors de sa première partie initiatique qu'Auggie affronte timidement auprès des cours scolaire et en interne de la cour de rĂ©crĂ©, Wonder ne se focalise pas uniquement sur ce souffre-douleur infantile.


Car outre l'intĂ©rĂŞt de son profil torturĂ© Ă  se disputer sa rĂ©silience et son dĂ©sespoir pour tenir tĂŞte Ă  ses adversaires railleurs (tout en apprenant Ă  pardonner certaines trahisons), Stephen Chbosky s'intĂ©resse Ă©galement Ă  l'Ă©volution morale de son entourage amical (son meilleur ami influent mais Ă©galement ses ennemis jurĂ©s) et familial (sa maman poule, son papa dĂ©bonnaire et sa soeur attentionnĂ©e en conflit avec sa meilleure amie). D'une tendresse et d'une sensibilitĂ© Ă  fleur de peau, ces portraits d'ados communĂ©ment fragiles nous bouleversent facilement. Tant pour leur propre fĂŞlure personnelle, leur remise en question, leur dĂ©sir de faire souffrir l'autre (conscient ou inconscient) afin d'omettre sa propre douleur, leur remord et leur culpabilitĂ©, que leur nouveau regard portĂ© sur un enfant d'apparence disgracieux. Qui plus est, sans se complaire dans les bons sentiments sirupeux, Stephen Chbosky se permet d'y inclure une poĂ©sie Ă  la fois naturaliste et stellaire au fil du trajet existentiel d'Auggie, notamment parmi les influences de la saga Star Wars qu'il chĂ©rit tant. De par la sincĂ©ritĂ© indĂ©fectible des comĂ©diens assez mesurĂ©s dans leurs expressions Ă©motives (qui plus est Julia Roberts s'avère dĂ©nuĂ©e de fard !), Wonder touche droit au coeur Ă  travers la simplicitĂ© de sentiments Ă  la fois pures, contrariĂ©s, candides et/ou philanthropes. Sans compter que le jeune Jacob Tremblay ne sombre jamais dans la complaisance du pathos dans sa condition d'exclusion. Bien au contraire, il insuffle une vĂ©ritĂ© humaine aussi simple que candide Ă  travers son caractère davantage affirmĂ©.


Initiation mature sous couvert d'une leçon de tolĂ©rance et d'humanitĂ© Ă  propos de l'apprentissage amical et l'importance du regard Ă  tenter de dĂ©crypter les visages familiers, Wonder demeure un vortex d'Ă©motions fructueuses parmi les valeurs d'altruisme, d'amour et de comprĂ©hension. Un antidĂ©presseur qui revigore, offrant du baume au coeur, en nous donnant envie de nous plonger dans l'oeil de l'autre de manière beaucoup plus fluide, intime, profonde, intègre. Un hymne Ă  la vie en somme, simple mais efficace et dĂ©bordant de gĂ©nĂ©rositĂ©. 

Dédicace à Matthieu Lemercier et à Jérôme André Tranchant
*Bruno

mardi 12 mai 2020

Libido

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Ernesto Gastaldi et Vittorio Salerno. 1965. Italie. 1h25. Avec Giancarlo Giannini, Dominique Boschero, Luciano Pigozzi, Mara Maryl.

Sortie salles France: 24 Août 1966

FILMOGRAPHIE: Ernesto Gastaldi est un scénariste et réalisateur italien né le 10 Septembre 1934. 1984: La fine dell'eternità. 1981 La force du mal. 1971 La lunga spiaggia fredda. 1968 Pour une poignée de diamants. 1965 Libido (as Julian Berry).
Vittorio Salerno est un réalisateur et scénariste italien, né le 18 Fevrier 1937 à Milan, décédé le 5 Juillet 2016. 1981: La force du mal. 1975 Fango bollente. 1973 No il caso è felicemente risolto. 1965 Libido (as Victor Storff).


Formidable thriller transalpin aussi rare que méconnu (si bien que j'ignorai même son existence jusqu'à ce jour), Libido emprunte clairement la voie du suspense hitchcockien à travers une intrigue efficacement menée, à défaut d'y transcender le genre. Tourné en noir et blanc dans un décor domestique tantôt gothique, tantôt baroque (la salle des miroirs), Libido nous relate l'épineuse réinsertion sociale de Christian après qu'il eut été traumatisé par le meurtre de la maîtresse de son père que ce dernier perpétra 20 ans plus tôt. Délibéré à expurger ses démons en retournant dans la demeure de son enfance en compagnie de sa compagne Hélène, Paul son tuteur puis Brigitte, l'amie de celui-ci, Christian semble céder à une paranoïa psychotique au fil d'évènements inexpliqués suggérant le fantôme de son paternel. S'agit-il d'une machination intentée par son entourage ? De la folie progressive de Christian en perte de repères ? Ou d'une simple cause surnaturelle ? Sans compter que le corps du père de Christian ne fut jamais retrouvé au moment de son suicide en mer !


Sobrement interprĂ©tĂ© par un quatuor de comĂ©diens au profil aussi suspicieux que rassurant, Libido fait donc naĂ®tre le doute quant Ă  leurs intentions louables ou dĂ©lĂ©tères au fil d'une progression du suspense davantage alerte et oppressante. Et si la première heure correctement emballĂ©e ne dĂ©passe pas le cadre de l'honorable divertissement Ă  travers le cĂ´tĂ© (faussement) prĂ©visible de sa trajectoire Ă©culĂ©e, son ultime demi-heure fertile en rebondissements remet bien les pendules Ă  l'heure pour vĂ©ritablement nous surprendre au grĂ© d'une tournure dramatique d'une audace aussi nihiliste qu'amorale. L'ensemble des pĂ©ripĂ©ties s'avĂ©rant cohĂ©rent quant Spoil ! aux mobiles dĂ©lĂ©tères de personnages cupides jouant l'indĂ©pendance fin du Spoil, quand bien mĂŞme Christian est poussĂ© Ă  se remettre en question Ă  travers sa nouvelle posture de prĂ©sumĂ© coupable ! C'est dire si le duo de rĂ©als Ernesto GastaldiVittorio Salerno s'y entend pour y parfaire leur thriller hitchcockien dans un savant dosage de cruautĂ©, de convoitise, d'injustice et de perversitĂ©.


VĂ©nĂ©neuse intrigue cupide jalonnĂ©e de visions macabres et de dĂ©tails insolites formidablement judicieux (la complicitĂ© sardonique du jouet musical !) au sein d'une demeure archaĂŻque au passĂ© trouble, Libido exploite lestement le thriller hitchcockien sous l'impulsion d'un sobre casting encore  plus convaincant lorsque les masques tombent lors d'un concours de fourberies ! Chaudement recommandĂ© donc. 

Dédicace à Thierry Savastano
*Bruno

vendredi 8 mai 2020

L'Homme sans Mémoire

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"L'Uomo senza memoria" de Duccio Tessari. 1974. Italie. 1h32. Avec Senta Berger, Luc Merenda, Umberto Orsini, Anita Strindberg, Bruno Corazzari.

Sortie salles France: 15 Mars 1978. Italie: 23 AoĂ»t 1974

FILMOGRAPHIEDuccio Tessari, né le 11 octobre 1926 à Gênes et mort d'un cancer le 6 septembre 1994 à Rome, est un réalisateur et scénariste italien. 1962 : Les Titans. 1963 : Le Procès des doges ou Le Petit boulanger de Venise. 1964 : La sfinge sorride prima di morire - stop - Londra. 1965 : Una voglia da morire. 1965 : Un pistolet pour Ringo. 1965 : Le Retour de Ringo. 1966 : Très honorable correspondant. 1967 : Per amore... per magia... 1968 : Meglio vedova. 1968 : Le Bâtard. 1968 : Un train pour Durango. 1969 : Mort ou vif... de préférence mort. 1970 : Quella piccola differenza. 1970 : La mort remonte à hier soir. 1971 : Cran d'arrêt. 1971 : Forza G. 1971 : Et viva la révolution ! 1973 : Les Grands Fusils. 1973 : Les Enfants de chœur. 1974 : L'Homme sans mémoire. 1974 : Les Durs. 1975 : Zorro. 1976 : Les Sorciers de l'île aux singes. 1976 : La madama. 1978 : Le Crépuscule des faux dieux. 1981 : Un centesimo di secondo. 1985 : Tex Willer e il signore degli abissi. 1985 : Baciami strega (TV). 1986 : Bitte laßt die Blumen leben. 1990 : Au bonheur des chiens. 1992 : Beyond Justice. 1994 : Le Prince du désert (Il principe del deserto) (feuilleton TV).


EditĂ© chez Neo Publishing dans le cadre de leur collection Giallesque, L'Homme sans MĂ©moire est aussi mĂ©connu qu'injustement reconnu. Et bien qu'il ne s'agisse en rien d'un Giallo dans la noble tradition du genre; L'Homme sans MĂ©moire demeure un captivant thriller transalpin sous l'impulsion d'un cast irrĂ©prochable. Car si l'intrigue soigneusement structurĂ©e s'avère aussi inquiĂ©tante qu'haletante, il le doit beaucoup Ă  l'attrait attachant de ses personnages s'efforçant de reconstituer les pièces du puzzle en la prĂ©sence d'Edward. Un amnĂ©sique ayant perdu la mĂ©moire depuis 8 mois Ă  la suite d'un accident, et qui depuis se voit frĂ©quemment menacĂ© par un inconnu s'en prenant Ă©galement Ă  son Ă©pouse Sara afin d'accĂ©lĂ©rer la donne. Au-delĂ  de se familiariser avec l'affable et rassurante  Senta Berger dans celle de la plantureuse Sara flanquĂ©e d'un marmot aussi dĂ©brouillard que retors (Duilio Cruciani confondant de naturel en faire-valoir secouriste), on se passionne pour l'Ă©volution morale d'Edward que Luc Merenda endosse avec une force d'expression tantĂ´t ambigĂĽe eu Ă©gard de ses bribes de rĂ©miniscence Ă  l'imagerie morbide.


Ainsi, sans déflorer les rebondissements assez étonnants de l'intrigue (notamment lorsque Sara deviendra le jouet d'un second maître chanteur dans sa nouvelle condition infirme), c'est à travers la véritable identité d'Edward que l'Homme sans mémoire prend toute sa dimension lors d'une remise en question finalement rédemptrice. Et ce tout en accélérant les péripéties endiablées quant aux survies de Sara sévèrement molestée dans sa demeure et d'Edward retenu prisonnier dans un autre environnement. Duccio Tessari amplifiant un suspense oppressant vers un point d'orgue étonnamment violent et sanglant, bien que l'accident à la tronçonneuse s'avère un brin ridicule (faudra m'expliquer pourquoi la scie s'accélère subitement lorsque la victime a malencontreusement trébuché sur l'outil tout en s'efforçant maladroitement de s'extirper de sa blessure !).


En tout Ă©tat de cause, l'Homme sans MĂ©moire parvient efficacement Ă  exploiter le thriller Ă  suspense Ă  travers son intrigue ombrageuse, qui plus est scandĂ©e d'une bonne direction d'acteurs que Duccio Tessari (habile artisan, jetez un oeil sur sa filmo !) rehausse auprès du profil bicĂ©phale de la victime en voie de catharsis amoureuse. A revoir avec intĂ©rĂŞt donc, d'autant plus que les dĂ©cors naturels ou domestiques y sont richement variĂ©s, atmosphĂ©riques et dĂ©paysants.  

*Bruno
2èx

jeudi 7 mai 2020

La Dérobade

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Daniel Duval. 1979. France. 1h51. Avec Miou Miou, Maria Schneider, Daniel Duval, Jean Benguigui, Martine Ferrière, Niels Arestrup.

Sortie salles France: 17 Octobre 1979

FILMOGRAPHIE: Daniel Duval, né le 28 novembre 1944 à Vitry-sur-Seine et mort le 9 octobre 2013, est un acteur et réalisateur français. 1974 : Le Voyage d'Amélie. 1976 : L'Ombre des châteaux. 1979 : La Dérobade. 1981 : L'Amour trop fort. 1983 : Effraction. 2006 : Le Temps des porte-plumes.


"L'enfer de la prostitution française dans l'une des oeuvres les plus glauques des années 70."
Film choc s'il en est, La DĂ©robade reste probablement l'une des oeuvres les plus fortes et marquantes des annĂ©es 70 au sein de notre paysage français en dĂ©pit de sa raretĂ©. Car traitant du thème de la prostitution du point de vue d'une catin nĂ©ophyte enrĂ´lĂ©e par son mac pour qui elle voue des sentiments, la DĂ©robade est une descente aux enfers d'un vĂ©risme Ă  la fois glauque et malsain. Daniel Duval, acteur et rĂ©alisateur, retraçant sans ambages la quotidiennetĂ© misĂ©reuse de Marie, 19 ans, entraĂ®nĂ©e dans la prostitution afin de contenter GĂ©rard, son amant cupide. Daniel Duval, l'acteur, s'avĂ©rant impressionnant de charisme viciĂ© Ă  travers son visage aussi Ă©maciĂ© que burinĂ© dans celui du macro abusif rĂ©solument paumĂ© dans sa condition phallocrate. Ce dernier multipliant les violences verbales et physiques auprès d'une Miou Miou fragilisĂ©e car portant le film Ă  bout de bras avec un dĂ©sespoir nonchalant.


Tout du moins c'est ce que nous rĂ©vèle la première partie lorsque celle-ci cumule les rencontres marginales ou rupines au fil d'une clientèle machiste peu scrupuleuse quant Ă  leurs fantasmes dĂ©viants. Ainsi, au fil de son Ă©volution morale Ă  accumuler les rencontres les plus couardes et perverses au moment mĂŞme d'y subir les châtiments de son amant Ă  la fois jaloux et possessif, Marie se rĂ©signe toutefois Ă  la rĂ©silience pour tenir tĂŞte et survivre aux coups et blessures d'une ligue machiste considĂ©rant la femme comme objet sexuel. La DĂ©robade gagnant en vigueur dramatique et rĂ©alisme cafardeux auprès du duo Marie / GĂ©rard tributaire de leurs sentiments et de leur mĂ©diocritĂ© Ă  cĂ©der Ă  la routine du fric facile dans un univers de corruption sans Ă©chappatoire. Le rĂ©cit profondĂ©ment grave et dramatique illustrant Ă  travers un climat irrespirable le sentiment d'impuissance de la prostituĂ©e frĂ©quemment maltraitĂ©e par son mac et sa clientèle en guise d'intimidation.


D'une violence crue (symptomatique des Seventies !), dur et cruel Ă  travers son tableau sordide d'une prostitution livrĂ©e Ă  la dĂ©gradation morale dans leur condition soumise, La DĂ©robade nous laisse un goĂ»t acrimonieux dans la bouche, notamment en y Ă©voquant une certaine ambiguĂŻtĂ© quant Ă  la rĂ©demption elliptique de Marie dĂ©barrassĂ©e de son tortionnaire grâce au dĂ©fi de sa dignitĂ©. Une oeuvre forte plutĂ´t dĂ©pressive et pessimiste Ă  travers ce rĂ©seau vĂ©nal dĂ©nuĂ© de dĂ©ontologie quant aux maltraitances commises sur leurs esclaves sexuels. 
Pour public averti (Int aux - 18 ans lors de sa sortie).

Box Office France: 2 764 084 entrées (7è au Box-Office)

*Bruno
2èx

mercredi 6 mai 2020

D.A.R.Y.L

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Sencritique.com

de Simon Wincer. 1985. U.S.A/Angleterre. 1h40. Avec Barret Oliver, Mary Beth Hurt, Michael McKean, Kathryn Walker, Colleen Camp, Josef Sommer

Sortie salles France: 16 Juillet 1986. U.S: 14 Juin 1985

FILMOGRAPHIESimon Wincer est un réalisateur, producteur et scénariste australien né en 1943 à Sydney (Australie). 1979 : Snapshot. 1980 : Harlequin. 1983 : Phar Lap. 1985 : D.A.R.Y.L. 1987 : La Chevauchée de feu. 1990 : Mr Quigley l'Australien. 1991 : Harley Davidson et l'homme aux santiags. 1993 : Sauvez Willy. 1994 : Jack l'Éclair. 1995 : Operation Dumbo Drop. 1996 : Le Fantôme du Bengale. 2001 : Crocodile Dundee III. 2003 : La Légende de l'étalon noir. 2011 : The Cup.


Divertissement mineur symptomatique des annĂ©es Spielberg au sein de la sacro-sainte dĂ©cennie 80, D.A.R.Y.L parvient toujours aujourd'hui Ă  susciter un charme probant sous l'impulsion dĂ©pouillĂ©e de Barret Oliver (l'Histoire sans Fin), absolument irrĂ©prochable en androĂŻde juvĂ©nile traquĂ© par l'armĂ©e depuis sa facultĂ© d'Ă©prouver des sentiments et d'opĂ©rer des choix de par son libre arbitre. Au-delĂ  du jeu très convaincant de ce dernier, omniprĂ©sent Ă  l'Ă©cran en enfant surdouĂ© en proie Ă  des bravoures toujours plus burnĂ©es, on peut autant saluer le reste du casting insufflant cette similaire sobriĂ©tĂ© Ă  travers leurs expressions empathiques ou autrement contrariĂ©es. On peut donc sans rĂ©serve applaudir le parti-pris de Simon Wincer  (responsable entre autre de l'inoubliable Harlequin ! Oui c'Ă©tait lui !) s'efforçant d'exploiter les bons sentiments sans cĂ©der Ă  une Ă©motion programmĂ©e (Ă  un ou 2 couacs près).


Sorte de thriller d'anticipation conjuguĂ© Ă  la comĂ©die dramatique (notamment cette touchante première partie oĂą l'on prend son temps Ă  se familiariser avec le hĂ©ros en compagnie de sa famille d'accueil), D.A.R.Y.L ne déçoit jamais Ă  travers sa sincĂ©ritĂ© de mettre en exergue une intrigue fondĂ©e sur les valeurs humaines, respect d'autrui et cohĂ©sion amicale. Tant auprès de son attachement pour sa nouvelle famille d'accueil que de sa fidèle amitiĂ© avec son jeune voisin Turtle que Simon Wincer illustre avec une modeste Ă©motion candide (l'influence Ă  l'univers poĂ©tique de Spielberg Ă  travers sa banlieue chaleureuse est Ă©vidente dans son art d'Ă©mouvoir avec une tendresse jamais surjouĂ©e). Quand bien mĂŞme les fans d'action pourront se rĂ©conforter auprès de son ultime demi-heure Ă  travers une course poursuite automobile parfois très impressionnante (cascades en sus) culminant quelques instants plus tard dans le ciel lorsque D.A.R.Y.L parvient Ă  dĂ©rober un avion pour tenter d'Ă©chapper Ă  l'armĂ©e et au gouvernement lancĂ©s Ă  ses trousses.


Sous couvert d'une rĂ©flexion sur la robotique industrielle conçue pour y parfaire des machines de guerre (outre nos dirigeants, on y fustige l'armĂ©e dĂ©nuĂ©e de morale et d'humanitĂ© dans leur rĂ©signation de sacrifier l'innocence), D.A.R.Y.L empreinte la voix du modeste divertissement familial pour crĂ©er la surprise d'un spectacle aussi attachant que spectaculaire. A revoir avec intĂ©rĂŞt donc, notamment pour son injustice d'ĂŞtre aujourd'hui occultĂ© auprès de la gĂ©nĂ©ration 80. 

*Bruno
2èx

mardi 5 mai 2020

Les FantĂ´mes du Chapelier

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site unifrance.org

de Claude Chabrol. 1982. France. 2h00. Avec Michel Serrault, Charles Aznavour, Monique Chaumette, François Cluzet, Aurore Clément, Isabelle Sadoyan, Jean Champion.

Sortie salles France: 25 Mai 1982

FILMOGRAPHIE (Part 1): Claude Chabrol, nĂ© le 24 juin 1930 Ă  Paris oĂą il est mort le 12 septembre 2010, est un rĂ©alisateur français, Ă©galement producteur, scĂ©nariste, dialoguiste et Ă  l'occasion acteur. 1958 : Le Beau Serge. 1959 : Les Cousins. 1959 : Ă€ double tour. 1960 : Les Bonnes Femmes. 1961 : Les Godelureaux. 1962 : Les Sept PĂ©chĂ©s capitaux (segment L'Avarice). 1962 : L'Ĺ’il du Malin. 1963 : OphĂ©lia. 1963 : Landru. 1964 : L'Homme qui vendit la tour Eiffel (segment dans Les Plus Belles Escroqueries du monde). 1964 : Le Tigre aime la chair fraĂ®che. 1965 : Paris vu par... (segment La Muette). 1965 : Marie-Chantal contre docteur Kha. 1965 : Le Tigre se parfume Ă  la dynamite. 1966 : La Ligne de dĂ©marcation. 1967 : Le Scandale. 1967 : La Route de Corinthe. 1968 : Les Biches. 1969 : La Femme infidèle. 1969 : Que la bĂŞte meure. 1970 : Le Boucher. 1970 : La Rupture.


"Un "Maniac" provincial tétanisant d'immersion blafarde."
Claque Ă©motionnelle comme on en voit peu dans le paysage français, les FantĂ´mes du Chapelier est en quelque sorte notre version (provinciale) de Maniac de William Lustig. Dans la mesure ou Claude Chabrol s'efforce avec une inspiration innĂ©e Ă  nous immerger dans l'intimitĂ© d'un Ă©trangleur avec autant de vigueur psychologique que de dĂ©rision morbide. Car pur film d'ambiance renfrognĂ©e, de par son climat pluvieux ou grisonnant Ă©clairant modestement ces ruelles placides (parfois placardĂ©es d'affiches de cinĂ©ma de la dernière sĂ©ance !), et le profil davantage tourmentĂ© du psychopathe en proie au doux remord depuis son addiction meurtrière, les FantĂ´mes du Chapelier s'Ă©rige en descente aux enfers cafardeuse sous l'impulsion d'un Michel Serrault transi d'Ă©moi. Car littĂ©ralement Ă©poustouflant en Ă©trangleur altier et outrecuidant, car si serein de ses actions et de ses pensĂ©es sarcastiques, l'acteur dĂ©gage une palette d'expressions borderline au fil de sa dĂ©rive Ă©motionnelle Ă  ne pouvoir refrĂ©ner ses pulsions macabres. Car si au premier abord il demeure persuadĂ© de n'ĂŞtre qu'un Ă©poux victimisĂ© par la jalousie de son Ă©pouse envahissante, qui plus est contraint de supprimer chaque tĂ©moin de celle-ci lors de son anniversaire annuel, la marque d'empathie qu'il Ă©prouvera pour son voisin d'en face (lors d'un moment crucial de l'action), finira par le plonger dans une dĂ©tresse dĂ©pressive gagnĂ©e de psychopathie. Ainsi, on a beau jubiler de la prestation de Serrault lors d'une première heure assez dĂ©contractĂ©e et facĂ©tieuse Ă  travers sa caractĂ©risation caustique (notamment ses frĂ©quentes brimades auprès de Kachoudas), son cheminement moral finit autant par nous dĂ©router que de nous dĂ©ranger de par son dĂ©sarroi cĂ©rĂ©bral de ne pouvoir rĂ©primer ses exactions prĂ©judiciables.


Claude Chabrol nous immergeant dans sa quotidienneté esseulée avec un réalisme aussi trouble qu'ensorcelant quant à l'humanité fébrile du personnage en perdition. Notamment eu égard des détails du quotidien faussement rassurant lorsqu'il se réfugie par exemple au restaurant en guise d'exutoire ou lorsqu'il cause à son employé juvénile avec une autorité plutôt bipolaire. Quand bien même d'autres détails autrement saillants, sombres et inquiétants nous exposent ses confidences orales avec un mannequin disposé dans la chambre de sa défunte épouse, et ce en consommant un second repas parmi elle qu'il venait de lui concocter. Cet aparté, il l'entretient tous les jours, tel le rituel, afin de faire croire à sa domestique et aux villageois que son épouse impotente est toujours en vie ! Au-delà de la performance de Serrault habité par sa posture erratique lors des moments de solitude, Charles Aznavour surprend agréablement en voisin couard pétri d'angoisse et de fragilité à l'idée de dénoncer son meurtrier du fait de ses origines arméniennes. Ce dernier nous suscitant une certaine compassion à travers sa timidité du refus de s'exprimer et d'imposer ses idées faute de sa condition à la fois recluse et précaire. Quand bien même l'étrangleur, persuadé de n'être que la victime d'un époux autrefois humilié, poursuit son bonhomme de chemin à croire à sa nouvelle existence à la fois prospère et épanouissante. Mais ce subit regain d'humanité pour son voisin Kachoudas l'amènera finalement à sa perte à travers son émotivité ébranlée.


Pur film d'ambiance Ă  la fois mortifère et sarcastique au fil d'une Ă©volution morale davantage malsaine et malaisante, les FantĂ´mes du Chapelier faut preuve d'une rare maĂ®trise Ă  dresser le portrait d'un psychopathe aussi dĂ©risoire que pathĂ©tique dans sa condition vaniteuse. Quand bien mĂŞme son climat provincial infiniment immersif et dĂ©nuĂ© de date (nous ne connaĂ®trons jamais l'Ă©poque dans laquelle Ă©voluent nos personnages !) nous plonge dans sa quotidiennetĂ© morose avec un vĂ©risme blafard perpĂ©tuellement fascinant. Du grand cinĂ©ma d'auteur qui ne se prĂ©tend jamais prĂ©tentieux Ă  travers son habile conjugaison de comĂ©die vitriolĂ©e et de psycho-killer. 

*Bruno
2èx

FILMOGRAPHIE (Part 2): 1971 : Juste avant la nuit. 1971 : La DĂ©cade prodigieuse. 1972 : Docteur Popaul. 1973 : Les Noces rouges. 1974 : Nada. 1975 : Une partie de plaisir. 1975 : Les Innocents aux mains sales. 1976 : Les Magiciens. 1976 : Folies bourgeoises. 1977 : Alice ou la Dernière Fugue. 1978 : Les Liens de sang. 1978 : Violette Nozière. 1980 : Le Cheval d'orgueil. 1982 : Les FantĂ´mes du chapelier. 1984 : Le Sang des autres. 1985 : Poulet au vinaigre. 1986 : Inspecteur Lavardin. 1987 : Masques. 1988 : Le Cri du hibou. 1988 : Une affaire de femmes. 1990 : Jours tranquilles Ă  Clichy. 1990 : Docteur M. 1991 : Madame Bovary. 1992 : Betty. 1993 : L'Ĺ’il de Vichy. 1994 : L'Enfer. 1995 : La CĂ©rĂ©monie. 1997 : Rien ne va plus. 1999 : Au cĹ“ur du mensonge. 2000 : Merci pour le chocolat. 2002 : La Fleur du mal. 2004 : La Demoiselle d'honneur. 2006 : L'Ivresse du pouvoir. 2007 : La Fille coupĂ©e en deux. 2009 : Bellamy.

lundi 4 mai 2020

La Réincarnation de Peter Proud (la mort en rêve).

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jack Lee Thompson. 1975. U.S.A. 1h45. Avec Michael Sarrazin, Jennifer O'Neill, Margot Kidder, Cornelia Sharpe, Paul Hecht, Tony Stephano, Norman Burton.

Sortie salles France: 17 Mars 1976 (diffusé dans certaines salles). U.S: 25 Avril 1975

FILMOGRAPHIE PARTIELLE: Jack Lee Thomson (John Lee Thompson) est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur britannique nĂ© le 1er aoĂ»t 1914 Ă  Bristol (Royaume-Uni), dĂ©cĂ©dĂ© le 30 aoĂ»t 2002 Ă  Sooke (Canada). Avec 47 longs-mĂ©trages, le cinĂ©aste aborda tous les genres avec plus ou moins de bonheur dont certains sont qualifiĂ©s de chefs-d'oeuvre. Pour ses titres les plus notoires, on peut citer Les Canons de Navarone, Les Nerfs Ă  vif, la ConquĂŞte de la planète des singes, la Bataille de la Planète des singes, le Bison Blanc, l'Empire du Grec, Monsieur St-Yves, Passeur d'hommes et Happy Birthday (son unique incursion dans le slasher). Il signera en outre une illustre sĂ©rie de films d'action particulièrement violents, le "vigilante movie" parmi son acteur fĂ©tiche Charles Bronson (Le Justicier de Minuit, l'Enfer de la Violence, la Loi de Murphy, le Justicier braque les dealers, le Messager de la mort et Kinjite, sujets tabous).


Le pitch: Un professeur de collège de Californie, Peter Proud, est sujet à des cauchemars récurrents. Il voit ainsi régulièrement un homme nageant nu dans un lac et se faisant frapper à mort par une femme depuis une barque. Avant de mourir, l'homme crie à plusieurs reprises, "Marcia, ne fais pas ça!". Apparaissent également de manière récurrente des bribes de paysage urbain : Pont, église, ainsi qu'un couple se promenant dans une Cord 810 cabriolet...

CuriositĂ© fantastique rĂ©alisĂ©e par le touche Ă  tout (et inĂ©gal) Jack Lee Thompson, Ă©paulĂ© d'un casting 3 Ă©toiles (Michael Sarrazin, Jennifer O'Neill et surtout Margot Kidder très convaincante en meurtrière en berne), la RĂ©incarnation de Peter Troud peine Ă  captiver Ă  travers son scĂ©nario aussi inintĂ©ressant que poussif que le rĂ©alisateur aborde Ă  travers une rĂ©alisation acadĂ©mique. On comprend donc mieux pourquoi cette raretĂ© ne sortit que dans quelques salles chez nous.


 *Bruno

samedi 2 mai 2020

Appel dans la nuit / When a stranger calls back

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site talkerjany.blogspot.com

"When a Stranger Calls Back" de Fred Walton. 1993. U.S.A/Canada. 1h35. Avec Carol Kane, Charles Durning, Jill Schoelen, Gene Lythgow

Diffusion TV U.S: 4 Avril 1993

FILMOGRAPHIE: Fred Walton est un réalisateur et scénariste américain.
1979: Terreur sur la Ligne. 1986: Week-end de terreur. 1987: Confession criminelle. 1987: Hadley's Rebellion. 1988: I saw what you did (télé-film). 1989: Seule dans la tour de verre (télé-film). 1990: Murder in Paradise. 1992: The Price She Paid (télé-film). 1992: Homewrecker (télé-film). 1993: Terreur sur la ligne 2 (télé-film). 1994: Dead Air (télé-film). 1995: The Courtyard (télé-film). 1996: The Stepford Husbands (télé-film).


SĂ©quelle d'un psycho-killer culte dans toutes les mĂ©moires (tout du moins chez la gĂ©nĂ©ration 80), spĂ©cialement conçu pour la TV, Appel dans la nuit fait suite au modèle du genre Terreur sur la ligne en recrutant le mĂŞme duo d'interprètes Carol Kane / Charles Durning. Et on peut dire que Fred Walton se tire intelligemment de la redite Ă  notre grande surprise, et ce en reprenant le contexte si effrayant de son modèle scindĂ© en 3 parties. A savoir une baby-sitter traquĂ©e et harcelĂ©e par un mystĂ©rieux tueur s'en prenant aux enfants d'une famille lambda. Sauf qu'en l'occurrence l'outil oppressant du tĂ©lĂ©phone s'avère moins explicite lorsque le tueur dĂ©cide Ă  chaque situation alerte d'y couper la ligne afin que la victime se retrouve davantage dĂ©munie de moindre assistance. Non avare d'idĂ©es retorses, Fred Walton rĂ©fute intelligemment le copiĂ©-collĂ© Ă  travers ses situations attendues renouvelĂ©es ici dans un savant dosage de suspense, d'interrogations inexpliquĂ©es et d'angoisse tangible. A l'instar de sa première demi-heure presque aussi exemplaire que son modèle dans son art de susciter l'apprĂ©hension de la victime confinĂ©e, en proie Ă  un sĂ©rieux malaise moral eu Ă©gard de l'inconnu frappant frĂ©quemment Ă  la porte d'entrĂ©e pour lui porter assistance. Qui plus est, par le biais de circonstances inexpliquĂ©es oĂą le danger sous-jacent semble autant provenir de l'intĂ©rieur de la maison que de l'extĂ©rieur, le rĂ©alisateur sous entend la prĂ©sence de 2 tueurs. 


Tout du moins jusqu'Ă  mi-parcours du mĂ©trage reprenant ensuite le concept de l'enquĂŞte policière efficacement menĂ©e. Outre le jeu crĂ©dible du mystĂ©rieux Ă©tranger harcelant sa victime avec un flegme irritant (notamment auprès du timbre particulier de sa voix), on peut saluer la prĂ©sence de Jill Schoelen en victime Ă  la fois fragile et contrariĂ©e, nantie d'un comportement censĂ© Ă  chaque fois qu'elle rĂ©pliquera (verbalement) Ă  son assaillant. MenĂ©e par le dĂ©tective John Clifford ainsi que la survivante du 1er opus Jill Johnson, la seconde partie amorce ensuite une investigation Ă  la fois captivante et insolite afin d'Ă©pauler la victime Julie Ă  nouveau sĂ©vèrement mise Ă  mal avec le tueur. Une enquĂŞte originale brièvement dĂ©taillĂ©e, voire parfois mĂŞme dĂ©rangeante Ă  2 reprises (sans dĂ©florer une fameuse reprĂ©sentation dĂ©tournĂ©e ainsi que la pulsion sadique du  tueur dans la chambre d'hĂ´pital), dans la mesure oĂą le duo John / Jill se focalisera sur la profession du prĂ©sumĂ© coupable en proie Ă  une probable sociopathie. Quand bien mĂŞme la dernière partie renoue avec l'angoisse pressentie du 1er acte lorsque Jill se retrouve nez Ă  nez avec le tueur Ă  l'intĂ©rieur de sa bâtisse. LĂ  encore, un incroyable rebondissement nous est traduit de manière toute Ă  fait convaincante, aussi disproportionnĂ©e soit la stratĂ©gie du tueur sacrĂ©ment finaud pour piĂ©ger sa victime dans sa toile. Quand bien mĂŞme cette dernière relèvera vaillamment la gageure de ne pas se voir rĂ©duire en potiche de service !


Sobrement interprĂ©tĂ© par un trio d'acteurs aussi charismatiques qu'impliquĂ©s, techniquement soignĂ©e et maĂ®trisĂ© (notamment auprès de la reprise de son score sobrement envoĂ»tant), si bien que l'on croirait presque avoir affaire Ă  un long-mĂ©trage cinĂ©, Appel dans la Nuit demeure une belle surprise pour tous les amoureux de son modèle insurpassable. Car si bien entendu il n'Ă©gale pas son aĂ®nĂ©, Appel dans la Nuit parvient Ă  renouveler ses codes parmi l'intĂ©gritĂ© (couillue) d'astuces inventives. 

Ci-joint la chronique de Terreur sur la Ligne: http://brunomatei.blogspot.com/2014/07/terreur-sur-la-ligne-when-stranger.html

Remerciement Ă  Warning Zone.
*Bruno  

jeudi 30 avril 2020

Les Goonies

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ekladata.com

"The Goonies" de Richard Donner. 1985. U.S.A. 1h55. Avec Sean Astin, Josh Brolin, Jeff Cohen, Corey Feldman, Kerri Green, Martha Plimpton, Ke Huy Quan, John Matuszak, Robert Davi.

Sortie salles France: 4 Décembre 1985

FILMOGRAPHIE: Richard Donner (Richard Donald Schwartzberg) est un réalisateur et producteur américain, né le 24 Avril 1930 à New-York. 1961: X-15. 1968: Sel, poivre et dynamite. 1970: l'Ange et le Démon. 1976: La Malédiction. 1978: Superman. 1980: Superman 2 (non crédité - Richard Lester). 1980: Rendez vous chez Max's. 1982: Le Jouet. 1985: Ladyhawke, la femme de la nuit. 1985: Les Goonies. 1987: l'Arme Fatale. 1988: Fantômes en Fête. 1989: l'Arme Fatale 2. 1991: Radio Flyer. 1992: l'Arme Fatale 3. 1994: Maverick. 1995: Assassins. 1996: Complots. 1998: l'Arme Fatale 4. 2002: Prisonnier du temps. 2006: 16 Blocs. 2006: Superman 2 (dvd / blu-ray). Prochainement: l'Arme Fatale 5.


Faut-il encore prĂ©senter le film culte par excellence de la gĂ©nĂ©ration 80 sous couvert d'une aventure familiale inspirĂ©e du Club des 5 et d'Indiana Jones ! ? Inutile donc d'Ă©piloguer sur ce divertissement taillĂ© sur mesure, mĂŞme si j'avoue que les Goonies ne reprĂ©sente pas pour moi un chef-d'oeuvre du genre. Dans la mesure oĂą je considère beaucoup plus denses, poĂ©tiques et subtiles des oeuvres aussi rĂ©fĂ©rencĂ©es comme Stand by me, Explorers, l'Histoire sans Fin, la trilogie Retour vers le futur ou encore le chef-d'oeuvre ultime E.T de Steven Spielberg. Pour autant, ne boudons pas notre plaisir car les Goonies reste en l'Ă©tat un formidable divertissement de par l'association infaillible Richard Donner / Steven Spielberg imprimant sur pellicule la fringance exubĂ©rante de hĂ©ros en culotte courte d'une cohĂ©sion amicale aussi tendre que cocasse. Tous les acteurs juvĂ©niles s'avĂ©rant irrĂ©prochables de complĂ©mentaritĂ© mĂŞme si certains, particulièrement turbulents, peuvent parfois prĂŞter Ă  un futile agacement Ă  travers leur rĂ©signation (surmenĂ©e) Ă  dĂ©jouer les chausses-trappes qui empiètent leur parcours au confins d'une grotte. 


Quant Ă  son climat pittoresque particulièrement bonnard, on peut en dire autant du point de vue des mĂ©chants "benĂŞts" multipliant les gaffes et les quiproquos au fil d'une chasse aux trĂ©sors qu'ils se compromettent avec nos aventuriers en herbe. LĂ  aussi leur charisme gentiment patibulaire (digne d'un cartoon) sied Ă  merveille pour y dĂ©tendre l'atmosphère, quand bien mĂŞme le dĂ©ficient Sinok se mĂŞle Ă  l'aventure avec une innocence infantile rĂ©solument affable au grĂ© de son initiation hĂ©roĂŻque Ă  prĂ©munir la cause des enfants. Quant aux dĂ©cors entièrement tournĂ©s en studios, en dĂ©pit de l'aspect dĂ©suet de certains Ă©lĂ©ments en carton pâte, on reste contrairement Ă©baubi avec la dĂ©couverte du vaisseau pirate d'une taille disproportionnĂ©e faisant autant rĂ©fĂ©rence au personnage imaginaire Willy le Borgne (super photogĂ©nique en squelette sarcastique !) qu'Ă  l'acteur iconique Errol Flynn auquel le film y fait allusion Ă  plusieurs reprises. Un excellent divertissement donc pour petits et grands qu'Amblin Entertainment est parvenu Ă  immortaliser de son empreinte aussi gĂ©nĂ©reuse qu'intègre, quand bien mĂŞme le score orchestral de Dave Grusin y dynamise le rĂ©cit avec un souffle constamment frĂ©tillant.

*Bruno
3èx


Box Office France: 1 316 861 entrées

Récompenses: Saturn Award 1986 de la meilleure actrice dans un second rôle pour Anne Ramsey
Young Artist Award 1986 de la meilleure performance dans un film par un jeune acteur pour Sean Astin

mercredi 29 avril 2020

Angel 2, la vengeance

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Avenging Angel" de Robert Vincent O'Neil. 1985. U.S.A. 1h33. Avec Betsy Russell, Rory Calhoun, Susan Tyrrell, Ossie Davis, Robert F. Lyons.

Sortie salles France: ? U.S: 11 Janvier 1985

FILMOGRAPHIE: Robert Vincent O'Neill est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain. 1969: Like mother like daughter. 1970: The Psycho Lover. 1970: Blood Mania. 1973: Wonder Women. 1976: Paco. 1984: Angel. 1985: Angel 2 (The Avenging angel).


Toujours rĂ©alisĂ© par Robert Vincent O'Neil, Angel 2 exploite Ă  nouveau le filon du film d'auto-dĂ©fense sous le principe du polar urbain Ă  contrario du thriller horrifique de son modèle. Et si l'on retrouve avec plaisir la mĂŞme Ă©quipe de marginaux Ă  la fois amiteux et dĂ©jantĂ©s qui accompagnent Angel lors de son escapade vengeresse, Donna Wilkes a cĂ©dĂ© sa place Ă  Betsy Russell beaucoup moins expressive et impliquĂ©e que son aĂ®nĂ©e (notamment auprès de son regard bigleux faisant parfois tâche). Ainsi, tout ce qui faisait le charme tant innocent de son modèle d'une naĂŻvetĂ© attachante s'Ă©vapore ici faute d'un cheminement narratif poussif oĂą l'on peine Ă  s'impliquer lorsque Angel poursuit ses nouveaux ennemis adeptes du racket immobilier. Pour autant, avec indulgence et un oeil distrait, le spectacle gentiment ludique s'avère parfois attractif lors de sĂ©quences d'action d'une violence assez Ă©pique auprès des Ă©changes de gunfights.


A l'instar de son prologue prometteur dĂ©butant sur les chapeaux de roue sous l'impulsion d'un tube entĂŞtant de Bronski Beat. Mais l'effet de surprise tant vantĂ© Ă  travers son modèle singulier s'Ă©vapore ici rapidement si bien que Robert Vincent O'Neil semble beaucoup moins inspirĂ© Ă  mettre en exergue les bravoures d'Angel et de ses fidèles acolytes arpentant les ruelles new-yorkaises avec une (redondante) expressivitĂ©  beaucoup trop appuyĂ©e et outrancière que son modèle. Et donc le cĂ´tĂ© parfois involontairement hilarant du 1er Angel ne s'avère plus ici payant Ă  travers ses stĂ©rĂ©otypes auto-parodiques tentant d'amuser la galerie avec une timide efficacitĂ©. Parfois agrĂ©able cependant (surtout auprès de sa 1ère partie lorsque Angel renoue avec ses compagnons au moment de pĂ©nĂ©trer illĂ©galement dans l'enceinte d'un centre psychiatrique), cette sĂ©quelle inutile trouvera nĂ©anmoins son public nostalgique des Vigilante Movies (au rabais) ayant bercĂ© leur adolescence lors des annĂ©es 80.

*Bruno
Ci-joint chronique du 1er opus:


de Robert Vincent O'Neill. 1984. U.S.A. 1h34. Avec Donna Wilkes, Cliff Gorman, Susan Tyrrell, Dick Shawnn Rory Calhoun.

FILMOGRAPHIE: Robert Vincent O'Neill est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain. 1969: Like mother like daughter. 1970: The Psycho Lover. 1970: Blood Mania. 1973: Wonder Women. 1976: Paco. 1984: Angel. 1985: Angel 2 (The Avenging angel).


Gros succès Ă  sa sortie, tant en salles US que chez nous sous support VHS, Angel surfe sur l'exploitation des Vigilante Movies en vogue au dĂ©but des eighties. Par le profil ombrageux du tueur et son ambiance nocturne d'une jungle urbaine hantĂ©e de dĂ©traquĂ©s et excentriques en tous genres, cette sĂ©rie B peut Ă©voquer l'excellent Vice Squad de Sherman ou encore le non moins Ă©patant New-York, 2 heures du matin de Ferrara. D'ailleurs, le film eut une telle renommĂ©e auprès du public que deux autres volets ont Ă©tĂ© mis en chantier en 85 et en 88. Ce dernier opus Ă©tant rĂ©alisĂ© par Tom De Simone, un spĂ©cialiste du WIP Ă  qui l'on doit Les Anges du Mal 2, Quartiers de Femmes, Chained  ou encore Hell Night dans un domaine autrement horrifique. Le pitch se rĂ©sume Ă  la descente aux enfers d'une jeune collĂ©gienne, Angel, 16 ans, contrainte de se prostituer la nuit faute de dĂ©mission parentale. En prime, un dangereux psychopathe commence Ă  sĂ©vir dans le boulevard de Los-Angeles auquel elle pratique ses activitĂ©s puisque l'une de ses amies est retrouvĂ©e sauvagement assassinĂ©e. Alors que la police enquĂŞte afin de le dĂ©masquer, le lieutenant Andrews s'intĂ©resse d'un peu plus près aux activitĂ©s illĂ©gales d'Angel logeant Ă  l'enseigne d'un immeuble miteux et frĂ©quentant des laissĂ©s pour compte.


B movie entièrement bâti sur le concept ludique d'un thriller horrifique mené tambour battant (poursuites et fusillades sanglantes à l'appui !), Angel réussit à susciter l'enthousiasme, notamment grâce à son habile dosage de cocasserie, de tendresse et de dramaturgie. Le récit assez efficace ne cessant de télescoper comportements loufoques de marginaux épris d'amitié pour Angel, tendresse poignante impartie à sa solitude existentielle, compassion d'un flic indulgent, et déambulation nocturne du serial-killer aux pulsions meurtrières erratiques. Si le film fait preuve d'un charme envoûtant dans sa photogénie insécurisante d'un Los Angeles illuminé de néons flashy, il doit également beaucoup de son attrait à la présence extravagante des seconds-rôles (un travelo gaillard, un retraité camouflé en Buffalo Bill, une garçonne braillarde), quand bien même Angel mène la danse avec fragilité et un sang froid toujours plus inflexible. Donna Wilkes se prêtant à merveille dans la peau d'une midinette à couettes bientôt submergée par sa rancoeur expéditive. A ce stade, il faut la voir manier de ses petites mains du gros flingue et courser sur un boulevard bondé de citadins un serial-killer déguisé en hindouiste pour mieux duper la police. Sur ce dernier point, et dans un jeu entièrement mutique, John Diehl compte sur la neutralité de son regard diaphane pour nous retransmettre l'expression dérangée d'un état d'âme sexuellement refoulé.


Thriller horrifique dĂ©complexĂ© par ses moult circonstances pittoresques, sa violence parfois cartoonesque (le carnage dans le commissariat, la poursuite urbaine au final homĂ©rique !) et ces instants de tendresse pour la caractĂ©risation dĂ©munie d'une prostituĂ©e au grand coeur, Angel remplit aisĂ©ment le cahier des charges du produit d'exploitation dans une facture bisseuse irrĂ©sistiblement attractive. A l'instar de son score aux percussions stridentes et des trognes de secondes zone se prĂŞtant au jeu avec une bonhomie communicative. Pour parachever, on ne manquera pas non plus de se rĂ©jouir de la stature pugnace d'une Bronson en jupe courte et de l'esthĂ©tisme rutilant d'un Los-Angeles noctambule livrĂ© aux meurtres et au racolage. 
A découvrir d'urgence pour tous les amoureux de Vigilante Movies, en attendant avec une certaine crainte les opus 2 et 3 !

mardi 28 avril 2020

La Tour du Diable / "Tower of Evil/Beyond the Fog / Horror of snape Island"

Photo empruntée sur Google, appartenant au site Lupanarsvisions

de Jim O'Connolly. 1972. Angleterre. 1h30. Avec Bryant Haliday, Jill Haworth, Mark Edwards, Anna Palk, Derek Fwolds.

Sortie salles le 19 Mai 1972. D'après le roman de George Baxt

FILMOGRAPHIEJim O'Connolly est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur anglais, nĂ© le 26 FĂ©vrier 1926 Ă  Birmingham, dĂ©cĂ©dĂ© en DĂ©cembre 1986 Ă  Hythe dans le Kent. 1963: The Hi-Jackers. 1965: The Little Ones. 1964: Smokescreen. 1967: Le Cercle de Sang. 1967-1969: Le Saint (sĂ©rie TV). 1969: Crooks and Coronets. La VallĂ©e de Gwangi. 1972: La Tour du Diable. 1974: MaĂ®tresse Pamela


"La Tour du Diable : archĂ©ologie d’un cauchemar insulaire".
Durant sa brève carrière, Jim O’Connolly parvint pourtant Ă  marquer les fantasticophiles avec deux Ĺ“uvres hybrides : le rĂ©jouissant La VallĂ©e de Gwangi, et le shock-horror qui nous occupe ici, La Tour du Diable. Sortie en VHS Ă  l’orĂ©e des annĂ©es 80 sous la bannière Ă©toilĂ©e d’Hollywood VidĂ©o, cette bisserie made in Grande-Bretagne fit son petit effet de stupeur auprès des rats de vidĂ©oclub avides de surprises dĂ©viantes ou transgressives. La Tour du Diable conserve aujourd’hui encore son pouvoir de fascination sĂ©pulcrale, Ă  travers une ambiance insulaire glauque et quelques dĂ©rives gores — doublĂ©es d’un Ă©rotisme gentiment folichon.

Le pitch : en Écosse, sur l’Ă®le de Snape Island, une jeune femme est retrouvĂ©e en Ă©tat de dĂ©mence après la dĂ©couverte de trois cadavres gisant dans leur sang. InternĂ©e, la survivante subit des sĂ©ances d’hypnose pour tenter d’extirper la vĂ©ritĂ© enfouie dans les limbes de sa mĂ©moire, dans l’optique d’un procès. En parallèle, une Ă©quipe de scientifiques, intriguĂ©s par la prĂ©sence d’une lance phĂ©nicienne sur les lieux, dĂ©barque sur l’Ă®le, bien dĂ©cidĂ©e Ă  mettre la main sur un fabuleux trĂ©sor sacrĂ© dĂ©diĂ© Ă  une divinitĂ© antique.

Revoir aujourd’hui La Tour du Diable, c’est retrouver le rĂ©confort moite des classiques bisseux de l’adolescence, Ă  l’aube flamboyante de l’ère VHS. Franchement bien menĂ©, propulsĂ© par un casting naturellement attachant, le rĂ©cit ombrageux alterne sĂ©quences choc et cruautĂ© inattendue pour l’Ă©poque. Le rĂ©alisateur n’hĂ©site pas Ă  forcer l’agression visuelle par des zooms fĂ©roces sur les visages pĂ©trifiĂ©s des victimes. Survivante d’un massacre atroce, Penny est contrainte de revivre sous hypnose les Ă©vĂ©nements macabres survenus dans le phare de Snape Island. L’ambiance inquiĂ©tante et la brutalitĂ© sèche des meurtres — aussi brefs soient-ils — nous plongent dans un cauchemar nĂ©buleux, captivant dès ses premières brumes..

Mais c’est avec l’arrivĂ©e des scientifiques, attirĂ©s par le mirage d’un trĂ©sor oubliĂ©, que l’intrigue prend corps, se mue en une redoutable chasse au trĂ©sor hantĂ©e. Une mystĂ©rieuse prĂ©sence les Ă©pie dans l’ombre, les alpaguent un Ă  un. Sifflements dans la nuit, portes qui claquent, gĂ©missements moribonds qui rĂ©sonnent : tout concourt Ă  installer une tension, parfois amplifiĂ©e jusqu’Ă  une angoisse tangible quand les victimes s’enfoncent dans les corridors poisseux, infestĂ©s de bruits suspects. Certaines situations provoquent encore aujourd’hui un malaise viscĂ©ral. CloĂ®trĂ©s dans la tour antique, les invitĂ©s sont les jouets d’Ă©vĂ©nements aussi inquiĂ©tants que pernicieux. L’incendie volontaire de leur bateau ne fait qu’accĂ©lĂ©rer leur plongĂ©e vers la damnation, d’autant qu’une crĂ©ature mi-humaine, mi-monstre, rĂ©duite Ă  l’Ă©tat primitif, rĂ´de dans les tĂ©nèbres, accentuant cette insĂ©curitĂ© funèbre dans une scĂ©nographie crĂ©pusculaire, ceinturĂ©e d’eaux froides.

Cet ĂŞtre mutique serait-il Saul Gurney, le frère dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© d’Hamp, venu s’isoler jadis sur l’Ă®le avec sa femme et son enfant, fuyant l’intolĂ©rance ? Ou bien son propre fils, aujourd’hui adulte, hĂ©ritier d’une filiation maudite ?

Captivant Ă  plus d’un titre, notamment grâce Ă  la sobriĂ©tĂ© des comĂ©diens auxquels on s’identifie naturellement, La Tour du Diable s’habille d’une texture Ă©trange, nĂ©e d’une confusion des genres savamment dosĂ©e. En greffant un rĂ©cit d’aventure classique sur les codes d’un film d’Ă©pouvante vintage dynamitĂ© par une imagerie Ă©rotico-sanglante, le film se transforme en psycho-killer atmosphĂ©rique (on pense parfois au très sympathique Humungous, cousin brumeux de cette ambiance insulaire malsaine). Ce pĂ©riple exotique, truffĂ© d’embĂ»ches, pousse chaque protagoniste un peu plus loin dans le dĂ©dale d’une grotte souterraine infestĂ©e de mystères, de râles Ă©touffĂ©s et de cadavres putrĂ©fiĂ©s — imprimĂ©s en gros plan.

Si cette sĂ©rie B typiquement bisseuse s’avère toujours aussi immersive, c’est avant tout grâce Ă  son atmosphère gothico-malsaine, forgĂ©e dans les entrailles de ce phare cĂ´tier, lui-mĂŞme Ă©rigĂ© sous une grotte dĂ©volue Ă  une divinitĂ© faisandĂ©e.


"L’Ă®le aux murmures sanglants".
Avec son ambiance insulaire, nĂ©crosĂ©e par une histoire de filiation cruelle, La Tour du Diable transcende la sĂ©rie B d’Ă©pouvante. Elle impose une audace visuelle presque rĂ©aliste, entre gore insalubre et tension sourde, pour peu que le spectateur accepte de suivre ces âmes perdues, pas Ă  pas. Une perle bis, mortifère, moite et purement atmosphĂ©rique. Ă€ rĂ©habiliter fissa.
 
DĂ©dicace Ă  l'Univers fantastique de la Science-Fiction, Artus Film et la gĂ©nĂ©ration Hollywood VidĂ©o !

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
19.12.25. Vost 
28.04.20
22.03.12. 444 v

lundi 27 avril 2020

Un million d'années avant J.C.

                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.com

"One Million Years B.C." de Don Chaffey. 1966. Angleterre. 1h40. Avec Raquel Welch, John Richardson, Percy Herbert, Robert Brown, Martine Beswick

Sortie salles France: 1er Décembre 1966. U.S: 21 Février 1967

FILMOGRAPHIE: Don Chaffey est un réalisateur britannique, né le 5 août 1917 à Hastings et mort le 13 novembre 1990 à l'Île Kawau (Nouvelle-Zélande).1953 : Skid Kids. 1954 : Time Is My Enemy. 1955 : Dead on Time. 1956 : The Secret Tent. 1957 : The Girl in the Picture. 1957 : Le Trottoir. 1958 : A Question of Adultery. 1958 : The Man Upstairs. 1959 : Le Mouchard. 1960 : Dentist in the Chair. 1960 : Lies My Father Told Me. 1961 : Nearly a Nasty Accident. 1961 : A Matter of Who. 1961 : Bobby des Greyfriars. 1962 : The Webster Boy. 1963 : Jason et les Argonautes. 1964 : A Jolly Bad Fellow. 1964 : Les Trois Vies de Thomasina. 1965 : The Crooked Road. 1966 : Un million d'années avant J.C. 1967 : La Reine des Vikings. 1968 : Du sable et des diamants. 1971 : Clinic Exclusive. 1971 : Creatures the World Forgot. 1973 : Charley le borgne. 1974 : Persecution. 1975 : Mais où est donc passé mon poney ? 1976 : The Fourth Wish. 1977 : Peter et Elliott le dragon. 1978 : La Magie de Lassie. 1979 : C.H.O.M.P.S.


Produit par la Hammer, Un million d'années avant J.C demeure une sympathique curiosité aussi futile et involontairement cocasse soit son contenu improbable (faire co-exister dinosaures et humains à la même époque, il fallait oser !). Le récit retraçant l'initiation du rebelle Tumak après avoir été expulsé de sa tribu et laissé pour mort. Ainsi, durant son périple, il abordera les valeurs de l'amour, de la sagesse, de la clémence et de la solidarité auprès d'une sauvageonne d'une tribu adverse (incarnée par
Raquel Welch dans une posture sexy). Gentiment divertissant, on apprécie durant cette modeste aventure tous les passages épiques en stop motion que Ray Harryhausen met en pratique pour donner chair à son bestiaire préhistorique.

*Bruno

samedi 25 avril 2020

Bad Times

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Dvdtoile.com

de David Ayer. 2006. U.S.A. 1h56. Avec Christian Bale, Freddy RodrĂ­guez, Eva Longoria, J. K. Simmons, Tammy Trull, Adriana Millan, Terry Crews.

Sortie salles France: 10 Janvier 2007

FILMOGRAPHIEDavid Ayer, né le 18 janvier 1968 à Champaign aux États-Unis, est un réalisateur, scénariste et producteur américain. 2005 : Bad Times. 2008 : Au bout de la nuit. 2012 : End of Watch. 2014 : Sabotage. 2014 : Fury. 2016 : Suicide Squad. 2017 : Bright. 2019 : The Tax Collector. 2020 : Bright 2.


"Pour vivre avec un traumatisme, il faut l'affronter, le verbaliser, l'accepter. Le traumatisme c'est comme une blessure, une blessure à l'âme. Il faut du temps pour consolider la cicatrice."

Polar poisseux, méchant et mal élevé que Christian Bale monopolise avec une force d'expression à la fois suicidaire et psychotique, Bad Times est une descente aux enfers fustigeant en filigrane les conséquences désastreuses des traumatismes de la guerre. Le pitch: ancien militaire ayant servi en Afghanistan, Jim Davis tente de poster sa candidature pour devenir officier de police. En attendant ses résultats, il tue son ennuie avec son meilleur ami Mike, chômeur porto-ricain, lors de virées urbaines dénuées de scrupule. Drame psychologique transplanté dans le cadre du polar noir, Bad Times est une épreuve de force morale, tant pour le spectateur se familiarisant auprès de marginaux infréquentables que pour ces derniers multipliant les risques inconsidérés à travers leur rage de vivre dénuée de responsabilité. David Ayer y dressant sous l'impulsion de dialogues à la fois incisifs et putassiers le portrait de deux paumés occultant leur cocon sentimental afin de fuir leur routine et flâner dans l'alcool et la drogue. La faute incombant surtout à la tête brûlée influente Jim Davis partagé entre son véritable amour pour une jeune mexicaine et son désir de renouer avec ses pulsions meurtrières en acceptant un poste de mercenaire en Colombie.


Une fonction suicidaire donc dans sa fonction de chair Ă  canon que la hiĂ©rarchie policière lui propose in extremis sans aucun Ă©tat d'âme. Ainsi donc, dès les prĂ©mices de leurs virĂ©es urbaines, on se doute bien de l'issue tragique qui se dessine auprès de Jim Davis tant il accumule avec esprit de provocation et d'autoritĂ©, intimidations, fraudes, transactions illĂ©gales et bĂ©vues immodĂ©rĂ©es en compagnie de son acolyte influençable. Tableau tristement dĂ©risoire d'un chĂ´meur en perdition, victime martyrisĂ©e par les horreurs de la guerre au moment mĂŞme de tenter de s'afficher une nouvelle identitĂ© en tant qu'officier de police, Bad Times n'inspire que dĂ©goĂ»t, injustice, dĂ©pravation sur fond d'aigreur sociale. D'une ironie vitriolĂ©e donc, l'intrigue (volontairement redondante dans ses virĂ©es dangereuses) cultive un climat malsain davantage prĂ©dominant au fil du cheminement psychotique de Jim en proie Ă  des accès de violence toujours plus incontrĂ´lĂ©s. En tĂ©moigne l'insupportable confrontation morale entre son amie mexicaine dans l'habitacle de sa voiture. Une sĂ©quence erratique Ă©prouvante d'une intensitĂ© dramatique Ă  la fois poignante et pathĂ©tique eu Ă©gard de la dĂ©liquescence de Jim ne parvenant plus Ă  distinguer la rĂ©alitĂ© de ces hallucinations morbides.


Superbe portrait vitriolĂ© d'un vĂ©tĂ©ran psychotique victime de sa radicalisation criminelle, Bad Times nous laisse un arrière goĂ»t de souffre dans la bouche passĂ© la fatalitĂ© de l'Ă©pilogue tragique. Et en dĂ©pit de quelques longueurs (15/20 minutes Ă  sucrer !) et d'effets de style parfois grossiers (rien de bien grave toutefois tant ils s'avèrent concis), on reste marquĂ© par l'interprĂ©tation cĂ©rĂ©brale de Christian Bale portant le film Ă  bout de bras en compagnie de son comparse Freddy RodrĂ­guez sobrement convaincant en faire-valoir irresponsable rattrapĂ© par un regain de conscience (rĂ©dempteur). PrĂ©parez vous Ă  une gueule de bois au moment du gĂ©nĂ©rique final...

*Bruno
2èx