mardi 6 octobre 2020

Le Chasseur

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Hunter" de Buzz Kulik. 1980. U.S.A. 1h38. Avec Steve McQueen, Eli Wallach, Kathryn Harrold, Richard Venture, LeVar Burton.

Sortie salles France: 14 Janvier 1981. U.S: 1er Aout 1980

FILMOGRAPHIEBuzz Kulik est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain nĂ© le 23 juillet 1922 Ă  Kearny (New Jersey), dĂ©cĂ©dĂ© le 13 janvier 1999 Ă  Los Angeles. 1949 : Kay Kyser's Kollege of Musical Knowledge (sĂ©rie TV). 1950 : Ford Star Revue (sĂ©rie TV). 1957 : Gunsmoke (sĂ©rie TV). 1958 : Collector's Item (TV). 1959 : Rawhide (sĂ©rie TV). 1961 : Les AccusĂ©s (sĂ©rie TV). 1961 : Le Jeune Docteur Kildare (sĂ©rie TV). 1961 : The Explosive Generation. 1962 : Kings of Broadway (TV). 1962 : The Nurses (sĂ©rie TV). 1963 : The Yellow Canary. 1964 : Ready for the People (TV). 1967: Campo 44 (TV). 1967 : La Nuit des assassins. 1968 : Sergeant Ryker. 1968 : Villa Rides. 1969 : La Mutinerie. 1970 : A Storm in Summer (TV). 1971 : Vanished (TV). 1971 : Owen Marshall, Counsellor at Law (TV). 1971 : Brian's Song (TV). 1972 : To Find a Man. 1972 : Crawlspace (TV). 

Film testamentaire de Steve McQueen si bien qu'il meurt 3 mois après son exploitation en salles, Le Chasseur emprunte quelque peu le cheminement de l'Inspecteur Harry Ă  travers une traque infernale que s'oppose notre hĂ©ros contre les mĂ©chants. L'intrigue linĂ©aire s'attardant Ă  nous dĂ©crire la quotidiennetĂ© musclĂ©e de "Papa", chasseur de prime anachronique conduisant maladroitement une vieille voiture faute de son inexpĂ©rience routière. Qui plus est, pour ajouter Ă  un peu de piment Ă  l'intrigue (futile), un inconnu vindicatif lui averti qu'il le tuera prochainement au moment mĂŞme oĂą la compagne de "papa", sur le point d'accoucher, tente de le raisonner pour y fonder une famille. Probablement dĂ©prĂ©ciĂ© par les critiques lors de sa sortie (je ne suis pas allĂ© vĂ©rifier en ne comptant que sur mes vagues souvenirs), Le Chasseur ne mĂ©rite pas le discrĂ©dit aussi mineur soit son contenu surfant sur le succès de la saga Harry Callahan. Car misant sur un humour cocasse Ă  travers des situations saugrenues et sur le jeu dĂ©complexĂ© de Steve McQueen tentant de nous arracher les sourires avec tranquillitĂ©, Le Chasseur nous fait passer un agrĂ©able moment de dĂ©tente sous l'impulsion de quelques scènes d'actions assez impressionnantes. 

Car aussi Ă©tonnant que cela puisse paraĂ®tre, la dernière demi-heure beaucoup plus sombre injecte au rĂ©cit une violence assez brutale Ă  travers ses poursuites urbaines (l'incroyable traque Ă  bord et en externe du mĂ©tro, la poursuite dans les champs Ă  l'aide d'une moissonneuse batteuse !) et fusillades sanglantes engendrant les dommages collatĂ©raux. Cette brusque rupture de ton nous donnant presque l'impression de se retrouver dans un autre film plus intense, palpitant et impoli (notamment Ă  travers ses seconds-rĂ´les erratiques). Toute juste efficace, le rĂ©cit soutenu nous esquive la torpeur en compagnie amiteuse d'un Steve McQueen parfois poignant puisque trainant la pate avec un naturel faussement jovial. C'est d'ailleurs peut-ĂŞtre ce qui fait le charme de cette oeuvre d'exploitation de rĂ©unir une ultime fois Ă  l'Ă©cran un monstre sacrĂ© du cinĂ©ma d'action au charisme burinĂ© (pour ne pas dire sclĂ©rosĂ© du haut de ses 50 ans et de sa grave pathologie cancĂ©reuse) mais nĂ©anmoins encore persuasif Ă  travers son sens professionnaliste. D'autant plus que l'acteur adopte une ultime fois le parti-pris de ne pas se prendre au sĂ©rieux pour invoquer ses adieux au grand public. 

A tes amours ! 
CuriositĂ© policière aimablement sympathique Ă  travers son cocktail d'humour, d'action et de romance (Kathryn Harrold est d'ailleurs d'une ravissante Ă©lĂ©gance Ă  travers son naturel sans fard), Le Chasseur nous laisse un lĂ©ger goĂ»t de douce mĂ©lancolie Ă  travers l'ultime apparition de Steve McQueen motivĂ© Ă  contenter ses fans avec une poignante anicroche physique. A dĂ©couvrir, en gardant notamment en mĂ©moire cet Ă©mouvant plan final (allĂ©gorique) d'un bambin en Ă©veil existentiel alors que son gĂ©niteur s'y fige sereinement avec un sourire rassurĂ©.

Dédicace à Thierry Savastano

*Bruno

FILMO (suite): 1972 : L'Homme qui vint dĂ®ner (TV). 1973 : Incident on a Dark Street (TV). 1973 : Le Fauve. 1973 : L'Homme qui s'appelait Jean (TV). 1973 : Pioneer Woman (TV). 1974 : Remember When (TV). 1974 : L'InquiĂ©tant Ronald (TV). 1975 : Cage Without  Key (TV). 1975 : Matt Helm (TV). 1975 : Babe (TV). 1976 : L'Affaire Lindbergh (TV). 1977 : The Feather and Father Gang (sĂ©rie TV). 1977 : Never Con a Killer (TV). 1977: Corey: For the People (TV). 1977 : Kill Me If You Can (TV). 1978 : Ziegfeld: The Man and His Women (TV). 1979 : Tant qu'il y aura des hommes (sĂ©rie TV). 1980 : Le Chasseur. 1983 : Rage of Angels (TV). 1984 : George Washington (sĂ©rie TV). 1985 : Kane and Abel (feuilleton TV). 1986 : Prisonnières des Japonais (TV). 1987 : Her Secret Life (TV). 1988 : Trop jeune pour jouer les hĂ©ros (TV). 1989 : Le Tour du monde en quatre-vingts jours (mini-sĂ©rie TV). 1990 : Poker d'amour Ă  Las Vegas. (sĂ©rie TV). 1992 : Cadeau d'adieu (TV). 

vendredi 2 octobre 2020

Le Commando des Morts-Vivants / Schock Waves

                                                 
                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site movieposter.com
 
de Ken Wiederhorn. 1977. U.S.A. 1h25. Avec Peter Cushing, Brooke Adams, Fred Buch, Jack Davidson, Luke Halpin, D.J. Sidney, Don Stout, John Carradine, Clarence Thomas.

Sortie salles France: 6 Juin 1979

FILMOGRAPHIEKen Wiederhorn est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain.
1977: Le Commando des Morts-Vivants. 1979: King Frat. 1981: Appels aux meurtres. 1984: Meatballs Part 2. 1987: Dark Tower. 1988: Le Retour des Morts-vivants 2. 1993: l'Otage d'une vengeance. 1998: US Marshals: The Real Story (sĂ©rie TV).


Peu avant la seconde guerre mondiale, le haut commandement allemand lança des recherches dans le domaine du surnaturel. Selon une ancienne légende, une race de guerriers, sans armes ni boucliers, tiraient leurs pouvoirs surhumains de l'intérieur de la terre. Alors que la guerre éclata, les S.S. recrutèrent un groupe de scientifiques qui devaient créer un soldat invincible. Les corps de soldats morts au combat furent envoyés à Coblence, dans un laboratoire secret pour diverses expériences scientifiques. Le bruit courut qu'à la fin de la guerre, les forces alliées combattirent des soldats allemands qui tuaient à mains nues. Personne ne sait qui ils étaient et ce qu'ils sont devenus. Mais une chose est sure: de toutes les unités S.S., il n'y en a qu'une que les Alliés n'ont jamais retrouvée.

Première rĂ©alisation d’un auteur discret — Ă  qui l’on doit pourtant un petit psycho-killer inĂ©dit en salles chez nous (Appels aux meurtres) et une sĂ©quelle potache (Le Retour des Morts-vivants 2) — Le Commando des Morts-vivants reste sa plus belle rĂ©ussite, la plus sèche, la plus tangible. Car sur le thème Ă©culĂ© du zombie, Ken Wiederhorn parvient Ă  forger une sĂ©rie B singulière, bâtie sur le charisme putrĂ©fiĂ© de ces nazis amphibies et l’exploitation sourde de dĂ©cors d’Ă©trangetĂ©, pour distiller une atmosphère moite, suffocante, parfois mĂŞme terrifiante. L’intrigue, simpliste, Ă©pouse le canevas du survival : une poignĂ©e de vacanciers Ă©chouent sur une Ă®le après avoir Ă©ventrĂ© leur yacht contre un cargo fantĂ´me. Sur cette terre claquemurĂ©e vit un ancien chef nazi — Peter Cushing, famĂ©lique et revĂŞche comme jamais — qui les somme de fuir avant que ne se lève la menace : sous l’eau, un commando de morts-vivants attend, prĂŞt Ă  ressurgir pour achever leur besogne meurtrière.

Ce qui aurait pu se rĂ©soudre en bisserie paresseuse s’Ă©lève ici en poème mortifère sous l’allĂ©geance d’un escadron invincible, enfantĂ© par le Reich et oubliĂ© par l’ocĂ©an. DrapĂ©s de vestons SS, lunettes noires pour bannir la lumière, ces cadavres marchent sans hâte ni faim de chair : soldats jusqu’au bout, ils ne dĂ©vorent pas — ils Ă©tranglent, ils noient, ils expĂ©dient. L’aspect hypnotique de ces guerriers imbibĂ©s, l’ambiance glauque et fangeuse d’un hĂ´tel dĂ©crĂ©pi ou d’un bois marĂ©cageux, tout concourt Ă  irriguer la pellicule d’une vĂ©racitĂ© obscure. Et pour couronner cette angoisse sourde, la bande-son bourdonne, rampante, comme un souffle mauvais qui rĂ´de. Les attaques, d’ailleurs, n’ont nul besoin de gore : seule compte l’atmosphère, macabre et suffocante, qui use les nerfs jusqu’Ă  l’Ă©vanouissement. Ă€ ce titre, l’interprĂ©tation Ă©tonne : les victimes, extĂ©nuĂ©es, vibrent d’une panique Ă  fleur de peau. L’ultime demi-heure serre la gorge : l’un d’eux, claustrophobe, se mutile la raison, prĂ©cipitant la chute de tous.
 
 
"Le silence des profondeurs SS"
Tour Ă  tour anxiogène, brumeux, putride, Le Commando des Morts-vivants est une plongĂ©e en apnĂ©e dans les marais d’un Ă®lot maudit, gardĂ© par un vieillard dĂ©fait et ses fantĂ´mes nazis. Outre sa scĂ©nographie rugueuse, Ă  la fois olfactive et poisseuse, Wiederhorn signe un cauchemar sans Ă©chappatoire. Ă€ redĂ©couvrir d’urgence — car ce commando d’outre-tombe hante encore la pellicule, ad vitam aeternam.

*Bruno
23.01.25. 5èx. Vost
02.10.20.
09.07.13. 23 v

Ci-joint la chronique de Mathias Chaput
« Le commando des morts vivants » (titre original « Shock waves ») est un film aurĂ©olĂ© d’une rĂ©putation très flatteuse et le fait est qu’en le revoyant il est indĂ©niable que la construction scĂ©naristique est parfaite dans ce film…
Dès le dĂ©but, le spectateur comprend qu’il s’est passĂ© quelques chose de grave, d’inquiĂ©tant, avec cette jeune femme retrouvĂ©e hagarde dans cette chaloupe ; Wiederhorn est très habile et nous raconte son histoire en faisant une remontĂ©e dans le temps…
Le procĂ©dĂ© a maintes fois Ă©tĂ© exploitĂ© au cinĂ©ma mais ici, il est traduit par une rigueur, un sens de la montĂ©e dans l’angoisse crescendo qui fera date ; les comĂ©diens jouent tous Ă  merveille et Peter Cushing, il illumine le mĂ©trage dans une apparition fugace mais qui vaut toutes les explications pour bien comprendre le film…
De manière obstinĂ©e et mĂ©thodique, les zombies SS vont annihiler ou tenter d’annihiler la totalitĂ© des touristes avec une froideur, une pugnacitĂ© rarement vues dans un film d’horreur des annĂ©es soixante-dix ; « Shock Waves » est une gigantesque partie de cache-cache qui se transforme en jeu de massacre et Ă©tonnamment sans le moindre effet « gore » !
A part quelques maquillages assez craspecs, il n’y a pas une seule goutte de sang versĂ©e dans « Shock waves » !
Et cela ne gĂŞne aucunement l’efficacitĂ© du film ni ne dĂ©samorce l’angoisse provoquĂ©e…
Tout comme les protagonistes, le spectateur subit une sensation d’Ă©touffement (Ă  l’instar du jeune homme claustrophobe dans la chambre froide) et le mĂ©trage abonde de plans sĂ©quences insolites (la vue des poissons dans l’aquarium Ă  maintes reprises, le gramophone au sol, la scène des marĂ©cages, la sortie de l’eau lĂ©gendaire des zombies amphibies)…
Le tout est calibrĂ© au centimètre près par un Wiederhorn hyper consciencieux et surtout avec un budget ridicule (seulement 200 000 dollars !), il parvient Ă  faire quelque chose d’exceptionnel avec deux bouts de ficelle ; vous prenez une ile vide de ses habitants, une dizaine de zomblards et autant de premiers rĂ´les pour obtenir un classique du genre qui n’a pas pris une ride mĂŞme quarante annĂ©es plus tard…
Sans compter sur des prises de vues sous-marines envoutantes et très bien filmĂ©es qui vont emmener encore plus le spectateur en immersion, non lĂ , vraiment c’est du très beau boulot !
Rien Ă  dire de plus « Shock waves » est un pur rĂ©gal, un OVNI dans le genre du film de zombies et il se distingue par sa singularitĂ© et son sens qualitatif dans la rĂ©alisation…
C’est du tout bon, que tout cinĂ©phile fan de films fantastiques a obligation de visionner, facile d’accès et dotĂ© d’un charme absolu, « Shock waves » n’a pas usurpĂ© sa rĂ©putation !
Note : 9.5/10
 
Ci-joint article d'Olivier Père

23 mars 2022

Le Commando des morts-vivants (Shock Waves, 1977) est une petite perle du cinĂ©ma d’horreur indĂ©pendant amĂ©ricain des annĂ©es 70, . Cette bande fauchĂ©e mais bien photographiĂ©e, qui distille un vĂ©ritable climat d’angoisse et une certaine poĂ©sie macabre fit la joie des spectateurs des salles spĂ©cialisĂ©es dans le fantastique, endroits souvent malodorants et mal famĂ©s mais Ă  la programmation riche en surprises (Ă  Paris on se souvient du Brady.) Aujourd’hui ce titre repose au panthĂ©on du cinĂ©ma psychotronique, Ă  juste titre.

Des vacanciers Ă©chouent sur une Ă®le inhospitalière de Floride, oĂą vit dans un hĂ´tel abandonnĂ© un ancien commandant SS (Peter Cushing, vieille gloire de la Hammer) qui les met en garde, trop tard, contre le danger qui rĂ´de. Sous les eaux salĂ©es et douces de l’archipel sommeillent des zombies nazis, amphibies et photophobes, rĂ©sidus d’expĂ©riences visant Ă  crĂ©er des soldats indestructibles et qui vont dĂ©cimer le petit groupe en commençant par le capitaine du bateau (John Carradine, vieille gloire de Hollywood). Cette intrigue farfelue rappelle les serials et sĂ©ries B des annĂ©es 30 et 40 avec des morts-vivants, des Nazis, des savants fous et des Ă®les mystĂ©rieuses.

Après cette première incursion dans l’horreur Ken Wiederhorn signera un autre film d’angoisse notable, Les Yeux de l’Ă©tranger (Eyes of a Stranger, 1981), un « slasher » avec la gĂ©niale Jennifer Jason Leigh dans l’un de ses premiers rĂ´les. Histoire de tueur psychopathe Les Yeux de l’Ă©tranger est un hommage rĂ©ussi aux thrillers hitchcockiens de Brian De Palma (Sisters en particulier), au point que De Palma, très impressionnĂ© par la mise en scène de Ken Wiederhorn lui demandera de rĂ©aliser sa production Body Double avant de dĂ©cider de signer le film lui-mĂŞme, avec le rĂ©sultat gĂ©nial que l’on connaĂ®t. Les Yeux de l’Ă©tranger est techniquement beaucoup plus convaincant que Le Commando des morts-vivants et Wiederhorn tĂ©moigne d’un remarquable sens du suspens et des effets choc subtilement dosĂ©s, mais la suite de sa carrière ne sera pas Ă  la hauteur de ces deux coups de maĂ®tre.

Le succès relatif du Commando des morts-vivants marqua les esprits des producteurs et fit des Ă©mules en Europe, oĂą l’on vit fleurir au moins deux titres de zombies nazis directement inspirĂ©s par le film de Ken Wiederhorn et produits par la sociĂ©tĂ© EurocinĂ© : L’AbĂ®me des morts-vivants de Jess Franco (1983) et surtout le lamentable Lac des morts-vivants (1981) situĂ© dans la campagne française et dans lequel trempa Jean Rollin sous le pseudonyme de J.A. Laser.

jeudi 1 octobre 2020

Electro-choc

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Human Experiments" de Gregory Goodell. 1979. U.S.A. 1h22. Avec Ellen Travolta, Jackie Koogan, Aldo Ray, Linda Haynes, Geoffrey Lewis.

Sortie salles France: Octobre 1979

FILMOGRAPHIEGrĂ©gory Goodell est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain.
1980: Human Experiments, 1995: Mariage Criminel (TV), 1996: Terror in the Family (TV), 1999: Down Will come baby, Cruelle Justice (TV), 2007: Perdus dans la tempĂŞte (TV). 
                                    

"Quand une femme cesse de choisir, elle cesse d'ĂŞtre une Femme".
Il s'agit Ă  priori du seul long-mĂ©trage du rĂ©alisateur mĂ©connu GrĂ©gory Goodell exploitĂ© au cinĂ©ma, bien que certaines sources du net prĂ©tendent que le film fut restĂ© inĂ©dit en salles. Pour autant, il sera bien prĂ©sentĂ© en compĂ©tition Ă  Paris au festival du Rex en 1979 si bien que l'actrice Lynda Haynes repartit avec le prix d'interprĂ©tation fĂ©minine. A titre d'anecdote, Electro-choc est Ă©galement listĂ© dans la rubrique des fameux "vidĂ©os nasties" fondĂ© en 1984 par l'Angleterre puritaine. Le pitchAprès ĂŞtre tombĂ©e en panne, Rachel, jeune chanteuse de Cabaret, est tĂ©moin d'un massacre commis dans une demeure durant son retour de villĂ©giature. Prise Ă  parti avec le meurtrier, elle parvient toutefois Ă  s'emparer d'un fusil de chasse et le tue en lĂ©gitime dĂ©fense. Mais la police dĂ©pĂŞchĂ©e sur les lieux l'accuse des crimes en sĂ©rie. EcrouĂ©e et incarcĂ©rĂ©e, elle est embrigadĂ©e dans un pĂ©nitencier dirigĂ© par l'inquiĂ©tant Dr Kline (Geoffrey Lewis, gĂ©nialement auto-parodique de par son regard de dĂ©ment faussement courtois) livrant Ă  d'Ă©tranges expĂ©riences inhumaines sur certaines de ses dĂ©tenues. PassĂ© son prĂ©ambule au cours duquel l'hĂ©roĂŻne est verbalement provoquĂ©e par des machistes libidineux, l'intrigue nous dirige dans le refuge sordide d'une demeure perdue au milieu de nulle part. C'est lĂ  que Rachel fait l'horrible dĂ©couverte d'un massacre perpĂ©trĂ© par le fils d'une famille. L'ambiance solaire Ă©touffante et les cadavres ensanglantĂ©s dissĂ©minĂ©s dans des pièces dĂ©labrĂ©es nous remĂ©morent les climats poisseux des bandes subversives des annĂ©es 70. Après avoir Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©e par la police et jugĂ©e  coupable des meurtres d'une famille au complet, elle se retrouve dans une prison dirigĂ©e de main de fer par un savant fou aux mĂ©thodes expĂ©rimentales improbables. Ainsi, durant une bonne partie du mĂ©trage, Electro-choc exploite le "Women in prison" tantĂ´t bavard, tantĂ´t ludique, de par ses situations gentiment Ă©culĂ©es, et ce parmi le tĂ©moignage d'Ellen Travolta sobrement convaincante en dĂ©tenue candide au charisme magnĂ©tique (notamment auprès de son regard azur perçant). 
                                     

Portant le film Ă  bout de bras, ses sĂ©ances d'humiliation, d'intimidation et d'emprisonnement restrictifs se suivent et se ressemblent d'un oeil distrait. Quand bien mĂŞme le comportement dĂ©ficient d'une autre dĂ©tenue embrigadĂ©e dans une cellule nĂ©crosĂ©e attise notre curiositĂ© licencieuse. Mais c'est Ă  partir des 2/3 tiers du mĂ©trage qu'Electro-choc vaut le coup d'oeil, aussi furtif soit-il ! A savoir que l'une des prisonnières incitera Rachel Ă  s'Ă©chapper alors que cette dernière se retrouvera Ă  nouveau cobaye d'une manipulation Ă  base de lavage de cerveau. La narration bifurquant vers une (futile) Ă©tude psychologique sur le conditionnement humain destituĂ© d'agressivitĂ© morale et physique. Et pour cause, le docteur (directeur de l'enceinte !) tente d'y parfaire son Ă©tude sur le comportement humain en matĂ©rialisant leur pire terreur, et ce pour les transformer en robot docile dĂ©nuĂ© d'agressivitĂ©. Un thème dĂ©jĂ  superbement  traitĂ© dans Orange MĂ©canique vis Ă  vis du personnage d'Alex, dĂ©linquant addict contraint de subir par l'oeil le dĂ©filement ininterrompu d'images obscènes de violence afin de le purger du Mal. Dans ces deux cas d'expĂ©rimentations, l'homme et la femme n'auraient donc plus libre arbitre de combattre leur lutte intrinsèque du Bien et du Mal. De par ce procĂ©dĂ© physiologique bestial et immoral Ă  exploiter l'âme au service du Bien, une sĂ©quence fort Ă©prouvante provoque la rĂ©vulsion de par son rĂ©alisme cru quasi insupportable. L'hĂ©roĂŻne embrigadĂ©e dans une cellule dĂ©gueulbif (euphĂ©misme !) s'efforçant de trouver refuge Ă  l'intĂ©rieur d'un soupirail afin d'Ă©chapper Ă  une armada d'insectes et arachnides rampant tout le long de son corps dĂ©chiquetĂ© ! Quand au final expĂ©ditif aussi capillotractĂ© (pas grand chose n'Ă©tait vraisemblable dans cette dĂ©lirante histoire), on se distrait de l'ultime stratĂ©gie criminelle du mĂ©decin Ă  tenter une dernière fois de manipuler son cobaye pour se dĂ©barrasser de son adjointe arrogante. 
                                          

Alternant avec charme et maladresse le sous-genre du WIP et de l'horreur crapoteuse Ă  travers un schĂ©ma narratif aussi dĂ©gingandĂ© qu'ubuesque, Electro-choc sĂ©duit par intermittence jusqu'Ă  son ultime baroud d'honneur vindicatif un poil ironique. PortĂ© Ă  bout de bras par l'Ă©trange et ravissante Ellen Travolta dans une posture nĂ©vralgique davantage rigoureuse, cette sĂ©rie B d'exploitation laisse finalement une drĂ´le d'impression de curiositĂ© malsaine teintĂ©e d'audace, de fantaisie bisseuse et de ridicule. En tout Ă©tat de cause, une sĂ©quence choc littĂ©ralement effroyable nous reste dans l'encĂ©phale pour faire office d'anthologie sordide. A dĂ©couvrir probablement avec indulgence (faute du scĂ©nar prĂ©mâchĂ©), principalement auprès des fans indĂ©fectibles de cinĂ©-bis dĂ©viant.  

*Bruno
01.10.20. 3èx
09.06.11.  311 v

mercredi 30 septembre 2020

And now the screaming starts !

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Roy Ward Barker. 1973. Angleterre. 1h31. Avec Peter Cushing, Herbert Lom, Patrick Magee, Stephanie Beacham, Ian Ogilvy. 

Sortie salles France: ?. Angleterre: 27 Avril 1973

FILMOGRAPHIE PARTIELLE: Roy Ward Baker est un réalisateur, producteur, scénariste anglais, né le 19 Décembre 1916 à Londres (Royaume-Uni), décédé le 5 Octobre 2010. 1947: L'Homme d'Octobre. 1952: Troublez moi ce soir. 1967: Les Monstres de l'Espace. 1968: Les Champions. 1969: Mon ami le fantôme. 1970: The Vampire Lovers. 1970: Les Cicatrices de Dracula. 1971: Dr Jekyll et Sr Hyde. 1972: Asylum. 1973: Le Caveau de la Terreur. 1973: And now the Screamin starts.

Produit pas la Amicus, concurrente anglaise de la Hammer Films, And now the screaming starts ! empreinte la voie de l'Ă©pouvante gothique Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 70. DĂ©cors naturels et domestiques de toute beautĂ© quant Ă  sa forme aussi gracieuse qu'Ă©trange (notamment auprès de cette fameuse petite nĂ©cropole clĂ´turĂ©e d'un enclos). Et s'il n'arrive jamais Ă  la cheville des plus beaux spĂ©cimens de l'Ă©curie Hammer,  faute d'une première partie au suspense timorĂ© de par l'attrait routinier des dĂ©ambulations de l'hĂ©roĂŻne partagĂ©e entre hallucinations, cauchemars nocturnes et Ă©vènements bien rĂ©els, sa seconde moitiĂ© dĂ©colle enfin pour ne plus lâcher l'attention du spectateur. Et ce depuis la rĂ©vĂ©lation d'un rebondissement d'une belle intensitĂ© dramatique eu Ă©gard du sort Spoil ! d'un couple de mĂ©tayers pris Ă  parti avec l'impĂ©riositĂ© du Lord Henry Fengriffen des dĂ©cennies plus tĂ´t fin du Spoil. Ainsi, en abordant les thèmes de la machination surnaturelle tributaire de vendetta, And now the screaming starts ! s'extirpe du divertissement lambda, notamment auprès du jeu dĂ©pouillĂ© des comĂ©diens physiquement distinguĂ©s. Stephanie Beacham portant le rĂ©cit Ă  bout de bras Ă  travers sa fragilitĂ© toujours plus dĂ©munie d'y ĂŞtre une victime toute dĂ©signĂ©e. 

Son dĂ©sarroi progressif insufflant une dramaturgie factuelle quant Ă  la cruautĂ© de son dĂ©nouement escarpĂ©. Ainsi, c'est Ă  partir de l'intervention de Peter Cushing en psychiatre renommĂ© (tĂ©moin oculaire de la dĂ©chĂ©ance morale du couple) que l'intrigue lève enfin le voile sur sa fameuse Ă©nigme de revenant manchot tout en dĂ©veloppant les postures interlopes ou chĂ©tives des personnages sĂ©vèrement malmenĂ©s par une main baladeuse. C'est d'ailleurs le reproche que l'on pourrait opĂ©rer lors de sa première partie lorsque cette dernière ne cesse d'y harceler la jeune Catherine parmi le tĂ©moignage d'un bĂ»cheron patibulaire (affublĂ© d'une tache de vin sur le visage). Le spectateur perplexe se questionnant frĂ©quemment sur l'intĂ©rĂŞt majeur de cette fumeuse histoire de main coupĂ©e s'en prenant au jeune couple Fengriffen. Mais comme prĂ©cisĂ© plus haut, tout rentrera dans l'ordre de manière rĂ©solument explicative quant aux motivations de la main baladeuse moins dĂ©lĂ©tère (si j'ose dire) qu'elle n'y parait. Le rĂ©cit accordant finalement pas mal d'intĂ©rĂŞt aux tenants et aboutissants d'une victime prĂ©caire au destin galvaudĂ© (le flash-back insidieux s'avĂ©rant le moment le plus dur et oppressant du film sous l'impulsion d'un Herbert Lom horripilant). 

Perfectible assurĂ©ment de par l'agencement de son intrigue rĂ©pĂ©titive lors du 1er acte, And now the screaming starts ! ne dĂ©ploie que l'Ă©tendue de son modeste talent lors de sa deuxième moitiĂ© beaucoup plus captivante et haletante quant Ă  l'oppression dramatique de ses funestes projets. Efficace, un chouilla angoissant (quelques visions d'effroi) et beaucoup plus magnĂ©tique au fil d'un rythme autrement intrĂ©pide, le divertissement gothique parvient donc in extremis Ă  se racheter une conduite lors de sa vendetta d'outre-tombe ouvertement dĂ©taillĂ©e. A dĂ©couvrir (mĂŞme si on a connu Roy Ward Barker plus inspirĂ©). 

*Bruno
2èx

mardi 29 septembre 2020

Flic ou Zombie

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinememorial.com

"Dead Heat" de Mark Goldblatt. 1988. U.S.A. 1h25. Avec Treat Williams, Joe Piscopo, Lindsay Frost, Darren McGavin, Vincent Price. 

Sortie salles France: 29 Juin 1988

FILMOGRAPHIEMark Goldblatt est un monteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain. 1988 : Flic ou Zombie. 1989 : Punisher. 1992 : Marshall et Simon (serie TV). 


Ils n'ont que 12 heures pour remplir leur mission morbide ! 
Planquez vos miches, ça va grave flinguer dans les quartiers de viande ! 

Aussi modeste soit ce pur divertissement du Samedi soir; Flic ou Zombie fait probablement parti des meilleures sĂ©ries B horrifiques des annĂ©es 80 de par l'habiletĂ© de Mark Goldblatt Ă  Ă©luder Ă  tous prix le ridicule Ă  travers son thème casse-gueule. Car traiter du mythe du zombie sous le mode de la comĂ©die Ă  la fois cocasse et sardonique est une gageure que peu de cinĂ©astes sont parvenus Ă  relever (RĂ©-animator, Le Retour des Morts-Vivants, Brain Dead, Bad Taste pour citer les plus notoires). Le pitch nous illustrant l'investigation d'un duo de flics aux mĂ©thodes musclĂ©es depuis une sĂ©rie de hold-up perpĂ©trĂ©s par des malfrats increvables. Ainsi, au fil de leur enquĂŞte, ils dĂ©couvrent qu'une machine inventĂ©e par un milliardaire parvient Ă  rĂ©animer les morts 12 heures durant. Qui plus est, pour Ă©picer l'intrigue d'une certaine tension dramatique, le duo zombifiĂ© n'a que 12 heures pour retrouver le ou les responsables de cette diabolique invention. L'un d'eux s'allouant d'ailleurs d'une putrĂ©faction physique dĂ©gĂ©nĂ©rative du fait de son sacrifice instaurĂ© lors de la 1ère partie Ă  l'aide de maquillages artisanaux plutĂ´t rĂ©ussis. 

C'est Ă©galement un des points positifs de Flic ou Zombie que de nous esbaudir face au rĂ©alisme de ses FX Ă  l'ancienne (Ă  1 ou 2 plans foirĂ©s près). Par consĂ©quent, Ă  la revoyure quelque dĂ©cennies plus tard, on est aussi surpris de constater l'incroyable Ă©nergie que dĂ©gage son action pĂ©taradante sous l'impulsion de gun-fight en roue libre ! Les impacts de balle produisant sur les chairs dĂ©chiquetĂ©es de gĂ©nĂ©reuses  Ă©claboussures de sang ! Et Ă  ce niveau de jubilation Mark Goldblatt s'en donne Ă  coeur joie d'y Ă©mailler son fulgurant rĂ©cit de sĂ©quences d'action terriblement nerveuses si bien que le complexe en est toujours banni. Ajouter Ă  cette aventure folingue modestement simpliste mais toujours efficace la complĂ©mentaritĂ© enjouĂ©e (pour ne pas dire la "cool attitude") de Treat Williams / Joe Piscopo endossant avec ferveur et charisme (naturellement) sĂ©ducteur un duo de flics teigneux dans leur condition putrescente. Sans compter la prĂ©sence iconique de Monsieur Vincent Price en personne dans celui du milliardaire cupide dĂ©nuĂ© de vergogne ! Un peu dommageable toutefois que l'acteur sclĂ©rosĂ© par son âge avancĂ© soit aussi apathique Ă  travers son jeu condescendant.  

Totalement dĂ©nuĂ© de prĂ©tention et nerveusement emballĂ© (on reste scotchĂ© et fascinĂ© par ses scènes d'action ultra violentes, Ă  l'instar du carnage liminaire !), Flic ou Zombie demeure un divertissement bonnard qui donne la pĂŞche et le sourire 1h20 durant ! 

*Bruno
2èx

lundi 28 septembre 2020

La Loi de la Haine

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com 

"The Last Hard Men" de Andrew V. McLaglen. 1976. U.S.A. 1h33. Avec Charlton Heston, James Coburn, Barbara Hershey, Jorge Rivero, Christopher Mitchum, Michael Parks, Larry Wilcox.

Sortie salles France: 14 Juillet 1976

FILMOGRAPHIEAndrew V. McLaglen est un rĂ©alisateur anglo-amĂ©ricain nĂ© Ă  Londres le 28 juillet 1920, dĂ©cĂ©dĂ© le 30 aoĂ»t 2014. 1956 : LĂ©gitime DĂ©fense.1956 : Man in the Vault.1957 : The Abductors.1960 : Les Pillards de la forĂŞt.1963 : Le Grand McLintock. 1965 : Les Prairies de l'honneur. 1966 : Rancho Bravo. 1967 : Rentrez chez vous, les singes ! 1967 : La Route de l'Ouest. 1967 : Le Ranch de l'injustice. 1968 : La Brigade du diable. 1968 : Les Feux de l'enfer. 1968 : Bandolero ! 1969 : Les GĂ©ants de l'Ouest. 1970 : Chisum. 1971 : Le Dernier Train pour Frisco. 1971 : Fools' Parade. 1971 : Rio Verde. 1973 : Les Cordes de la potence. 1975 : Liquidez l'inspecteur Mitchell. 1976 : La Loi de la haine. 1978 : Les Oies sauvages. 1979 : La PercĂ©e d'Avranches. 1980 : Les Loups de haute mer. 1980 : Le Commando de Sa MajestĂ©. 1983 : Sahara. 1989 : Retour de la rivière KwaĂŻ. 1991 : SAS : L'Ĺ’il de la veuve. 

En dĂ©pit d'un schĂ©ma narratif Ă©culĂ© dĂ©nuĂ© de surprises, La Loi de la Haine est suffisamment bien menĂ© et interprĂ©tĂ© pour ne jamais cĂ©der Ă  l'ennui. Les monstres sacrĂ©s Charlton Heston (le shĂ©rif) et James Coburn (le salopard) s'affrontant de manière belliqueuse si bien que la grande violence de leurs actions illĂ©gales (la loi du talion) rappelle le cinĂ©ma de Peckinpah (ralentis Ă  l'appui). On reste d'ailleurs interloquĂ© par le sadisme de son final oppressant quant aux sorts indĂ©cis de nos 2 rivaux toujours aussi accablĂ©s de haine et de rancoeur. Et puis quel charisme striĂ© que ces acteurs d'antan jouant les cowboys avec une soif de colère acharnĂ©e ! Le pitch nous relatant la traque infernale du capitaine Sam Burgade contre Zach Provo après que celui-ci se soit Ă©chappĂ© de sa geĂ´le. Pour Ă©picer l'intrigue et renforcer un enjeu humain, la fille du capitaine vient d'ĂŞtre kidnappĂ©e par Provo en guise d'appât. S'ensuit dès lors un jeu de cache cache entre eux Ă  travers l'Ă©laboration de pièges de fortune dissĂ©minĂ©s dans leur pĂ©rimètre champĂŞtre. Outre l'efficacitĂ© de son action sanglante Ă©tonnamment rĂ©aliste (les giclĂ©es de sang sont concises mais probantes), on reconnait le savoir-faire de l'habile artisan Andrew V. MacLaglen ayant dĂ©jĂ  largement fait ses preuves dans le registre du western (ou encore du film de guerre). Et si La Loi de la Haine demeure tout Ă  fait dispensable puisqu'il n'invente rien en dĂ©pit de sa forme triviale, les afficionados du genre passeront un bon moment devant ce divertissement rugueux osant exploiter une violence graphique depuis l'influence de Peckinpah.  

*Bruno

vendredi 25 septembre 2020

Le Diable, tout le temps

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Devil All The Time" de Antonio Campos. 2020. U.S.A. 2h19. Avec Tom Holland, Eliza Scanlen, Mia Wasikowska, Robert Pattinson, Sebastian Stan.

DiffusĂ© sur Netflix le 16 Septembre 2020

FILMOGRAPHIEAntonio Campos est un producteur, scĂ©nariste et rĂ©alisateur amĂ©ricain d'origine brĂ©silienne nĂ© en 1983 Ă  New-York. 2002 : I Pandora (court). 2005 : Buy It Now (court). 2007 : The Last 15 (court). 2008 : Afterschool. 2012 : Simon Killer. 2016 : Christine. 2020 : Le Diable, tout le temps. 

           "Que l'on s'efforce d'ĂŞtre pleinement humain et il n'y aura plus de place pour le mal."

Film choc s'il en est, de par sa (grande) violence erratique et son climat malsain permĂ©able oĂą plane la prĂ©sence du diable au coeur d'une bourgade champĂŞtre faussement tranquille, le Diable, tout le temps ne nous laisse pas indemne Ă  travers sa descente aux enfers ramifiĂ©e, dĂ©nuĂ©e de rĂ©demption. Quasi irracontable, le rĂ©cit ultra noir s'articule autour des agissements sans vergogne d'une poignĂ©e d'antagonistes habitĂ©s par le vice lors d'un incessant chassĂ©-croisĂ©, et ce avant leur rencontre alĂ©atoire. Le tout dĂ©peint Ă  travers divers Ă©poques, notamment afin de scruter l'Ă©volution des personnages, en particulier le jeune Arvin Ă©duquĂ© par un père rigoriste psycho-rigide, catalyseur du destin galvaudĂ© de son chĂ©rubin. Arvin demeurant le personnage le plus anti-manichĂ©en dans sa position binaire de victime / coupable (et vice-versa). Ainsi donc, Ă  travers les thèmes du faux-semblant, du traumatisme (celui de la de la guerre ou d'une enfance martyr), du fanatisme religieux (notamment auprès de l'intervention d'un prĂŞcheur en second acte), de l'auto-justice (une purification par le sang) et de la dĂ©chĂ©ance morale de par ces exactions crapuleuses dĂ©nuĂ©es de raison et de pitiĂ©, Le Diable, tout le temps insuffle un climat mĂ©phitique aussi irrespirable que reptilien eu Ă©gard de son rĂ©alisme Ă  biaiser la rĂ©alitĂ© des faits lors d'un concours de circonstances infortunĂ©es. 

Car derrière le vernis de la banalitĂ© se tapi parfois la plus effroyable des rĂ©vĂ©lations. Les victimes, fragiles et dĂ©munies, sombrant dans le piège d'un jeu de dupe et de manipulation face Ă  l'imposture du Mal le plus fourbe. Des personnages obsĂ©dĂ©s par l'idĂ©e de la mort, du sacrifice et de la rĂ©surrection au nom d'une cause divine ou personnelle (le couple de serial-killers perpĂ©tue la mort pour se croire libre et ainsi vaincre leur peur du trĂ©pas). Or, Ă  travers cette sĂ©rie d'homicides inĂ©quitables Ă©talĂ©s sur des dĂ©cennies, Arvin aura dĂ©cidĂ© en dernier ressort d'y perpĂ©trer sa vengeance personnelle, faute de l'Ă©ducation catholique d'un père obscurantiste lui ayant inculquĂ© dès son jeune âge la loi du talion de la manière la plus agressive, vicieuse et retorse. Ces personnages communĂ©ment vĂ©reux ayant comme point commun de se connaĂ®tre, de s'aborder ou de s'entrevoir grâce Ă  l'influence du Mal qu'ils cultivent en eux-mĂŞmes depuis leur enfance. Et ce derrière la rĂ©flexion d'une cause ou d'une dĂ©mission parentale Ă©manant d'une idĂ©ologie dĂ©miurge au sein d'une AmĂ©rique profonde ultra pratiquante (ils ne vivent que par Dieu pour la plupart d'entre eux). 


Messe Noire. 
De par son climat austère dĂ©nuĂ© de tendresse et de quiĂ©tude, Le diable, tout le temps pèse lourd sur notre moral pour tenter "d'affectionner" un rĂ©cit aussi morbide dĂ©nuĂ© d'espoir. Tant et si bien que son final en suspens inopinĂ©ment poignant laisse en mĂ©moire le destin interrogateur d'un ange exterminateur potentiellement acquittĂ© par une cause divine ou (inversement) châtiĂ© selon la position  (spirituelle ou athĂ©e) du spectateur. En tout Ă©tat de cause, le Diable, tout le temps est Ă  rĂ©server Ă  un public prĂ©parĂ©, tant et si bien qu'il demeure dĂ©licat d'estimer un requiem aussi nihiliste sur la dĂ©chĂ©ance humaine depuis leur perte d'innocence. 

*Bruno

mercredi 23 septembre 2020

Les Lèvres Rouges / "Daughters of Darkness"

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Harry KĂĽmel. 1971. France/Belgique/Allemagne. 1h40. Avec John Karlen, Delphine Seyrig, Danielle Ouimet, Andrea Rau, Paul Esser, Georges Jamin.

Sortie salles France: 25 Novembre 1971

FILMOGRAPHIEHarry KĂĽmel est un rĂ©alisateur belge, nĂ© le 27 Janvier 1940 Ă  Anvers. 1963: Hendrik Conscience. 1965: De Grafbewaker. 1969: Monsieur Hawarden. 1971: Les Lèvres Rouges. 1972: Malpertuis. 1978: Het verloren paradijs. 1985: The Secrets of Love. 1986: SĂ©rie Rose. 1991: Eline Vere. 


"Plus vite. Le jour arrive. Il faut le prendre de vitesse. AccĂ©lère. Ne laisse pas la lumière nous surprendre, mon amour. Plus vite, mon amour, mon amie. Il y a tant de nuits Ă  aimer. Tant de nuits - de nuits au creux de mes mains - dont jamais nous ne verrons la fin. Plus vite. Vers l’Ă©ternitĂ©."

Produit entre la France, la Belgique et l’Allemagne, Les Lèvres rouges est une Ĺ“uvre atypique du mythe vampirique, dans laquelle le rĂ©alisateur belge Harry KĂĽmel imprime sa touche personnelle, nourrie d’un goĂ»t prononcĂ© pour l’esthĂ©tisme charnel. Le soin apportĂ© Ă  son imagerie lascive, Ă  ses teintes bleutĂ©es d’une nature crĂ©pusculaire, laisse en mĂ©moire un recueil de plages fantasmagoriques Ă  damner un saint. De lĂ  Ă  parler d’Ĺ“uvre culte imprĂ©gnĂ©e d’un onirisme gracile, il n’y a qu’un pas. Pourtant, l’expĂ©rience s’avère bien plus substantielle, dĂ©sarçonnante, indicible au possible, sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique clos.

Le pitch : un couple de jeunes mariĂ©s loue une chambre d’hĂ´tes pour son voyage de noces. Dans cet hĂ´tel dĂ©sert, ils font la connaissance d’un Ă©trange couple de femmes et ne tardent pas Ă  se laisser sĂ©duire.


Si cette Ĺ“uvre indĂ©pendante, hĂ©las peu connue du public, demeure une variation inusitĂ©e du thème vampirique, elle est avant tout transcendĂ©e par l’audace d’une mise en scène expĂ©rimentale et par le talent de son casting - notamment sa sublime actrice principale, surgie d’un rĂŞve irrĂ©el : Delphine Seyrig. Sa prĂ©sence, Ă  la fois Ă©purĂ©e, charnelle et vaporeuse, participe pleinement Ă  l’Ă©laboration d’un climat envoĂ»tant, toujours plus pĂ©nĂ©trant, sans mĂŞme que le spectateur ne perçoive l’emprise progressive de ce pouvoir d’attraction chimĂ©rique qu’Harry KĂĽmel orchestre avec un brio d’alchimiste (doux euphĂ©misme).

L’irremplaçable Delphine Seyrig ensorcelle par l’aura orale de sa voix lĂ©gèrement Ă©raillĂ©e et par un regard pĂ©nĂ©trant, d’une noirceur rĂ©solument classieuse. Tout est affaire de discrĂ©tion, de sagesse et de tranquillitĂ©. Son esprit mesquin, librement inspirĂ© de la comtesse sanglante Élisabeth Bathory, souligne un caractère laconique, obsĂ©quieux, dĂ©sinvolte, portĂ© par un amour immodĂ©rĂ© pour les jeunes filles prudes. Ă€ partir d’un argument volontairement simpliste - l’emprise de la sĂ©duction et le dĂ©sir de combler une solitude abyssale - Les Lèvres rouges rĂ©invente le mythe vampirique dans une Ă©trangetĂ© indĂ©chiffrable, au point que l’on ignore toujours la direction que sa structure narrative s’apprĂŞte Ă  emprunter. Entre Ă©rotisme explicite ou sous-jacent et Ă©clats de violence stylisĂ©e parfois sanglants (l’imagerie baroque de Dario Argento n’est jamais loin), Harry KĂĽmel nous entraĂ®ne dans un songe fantasmatique oĂą amour et mort se conjuguent lors d’une Ă©prouvante scène de mĂ©nage Ă  trois, ponctuĂ©e de deux situations-chocs d’une brutalitĂ© inopinĂ©e. L’attitude indolente et dĂ©sincarnĂ©e des protagonistes, transis d’Ă©moi, renforce cette atmosphère indicible et met en exergue le pouvoir inĂ©luctable de cette comtesse, vampirisant ses proies avec un art consommĂ© de la provocation morale.


"Les lèvres de l'éternité."
Terriblement poĂ©tique, charnel, sensuel, envoĂ»tant, capiteux - parfois mĂŞme dĂ©routant et effrayant dans ses accès de violence fortuite - Les Lèvres rouges demeure une rĂ©ussite formelle et Ă©thĂ©rĂ©e, un conte diaphane oĂą le saphisme vampirique (quelle soif d’amour irrĂ©pressible !) domine les figures masculines dans un parti pris perfide, assumĂ©. Par la gĂ©omĂ©trie de sa mise en scène auteurisante et le talent de ses interprètes - notamment la blonde quĂ©bĂ©coise Danielle Ouimet au visage anguleux et Ă  la longue chevelure d’or - le film explose les codes du genre sous l’impulsion d’un onirisme crĂ©pusculaire, toujours imprĂ©visible. Culte et intemporel, il semble impossible de s’extraire d’une telle poĂ©sie effĂ©minĂ©e Ă  l’issue d’un gĂ©nĂ©rique Ă  la dramaturgie persistante, sensuelle, obsĂ©dante, tendre et cruelle.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

21.12.25. Vost
23.09.20.
23.09.13. (87 v)

mardi 22 septembre 2020

Flic ou Voyou. Prix Golden Screen (Allemagne) en 1980.

Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Geroges Lautner. 1979. France. 1h47. Avec Jean Paul Belmondo, Georges Géret, Marie Laforêt, Jean-François Balmer, Claude Brosset, Julie Jézéquel, Michel Beaune.

Sortie salles France: 28 Mars 1979

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Georges Lautner est un réalisateur et scénariste français, né le 24 Janvier 1926 à Nice, décédé le 22 Novembre 2013 à Paris. 1958: la Môme aux boutons. 1959: Marche ou crève. 1962: L'Oeil du monocle. 1963: Les Tontons flingueurs. 1963: Des Pissenlits par la racine. 1964: Le Monocle rit jaune. 1964: Les Barbouzes. 1966: Ne nous fâchons pas. 1967: Le Grande sauterelle. 1968: Le Pacha. 1969: Sur la route de Salina. 1970: Laisse aller, c'est une valse. 1971: Il était une fois un flic. 1972: Quelques messieurs trop tranquilles. 1973: La Valise. 1974: Les Seins de glace. 1975: Pas ce problème ! 1976: On aura tout vu. 1977: Mort d'un pourri. 1978: Ils sont fous ces sorciers. 1979: Flic ou voyou. 1980: Le Guignolo. 1981: Est-ce bien raisonnable ? 1981: Le Professionnel. 1984: Joyeuse Pâques. 1984: Le Cowboy. 1985: La cage aux folles 3. 1986: La vie dissolue de Gérard Floque. 1988: La Maison Assassinée. 1989: Présumé dangereux. 1991: Triplex. 1991: Room service. 1992: l'Inconnu dans la maison.

                                               

3è au box-Office en 1979 avec 3 950 691 entrĂ©es, Flic ou Voyou est le premier succès commercial du tandem Lautner / BĂ©bel si bien qu'il renoueront ensemble Ă  4 autres reprises avec Le Guignolo, le Professionnel, Joyeuses Pâques et l'Inconnu dans la maison. Sans faire parti de leurs plus grandes rĂ©ussites, Flic ou Voyou demeure un divertissement bougrement attachant sous l'impulsion de BĂ©bel explosant l'Ă©cran Ă  chacune de ses intrĂ©pides apparitions. C'est dire si sa prĂ©sence Ă  la fois frĂ©tillante et bondissante insuffle un irrĂ©sistible charme Ă  l'ensemble de par sa conjugaison d'humour, d'action et de tendresse que Lautner met en image avec modeste efficacitĂ©. L'intrigue mettant en appui les agissements fallacieux du commissaire Borowitz se fondant dans le corps du malfrat Antonio Cerutti pour mieux apprĂ©hender 2 truands notoires responsables de la mort d'un flic ripoux et d'une prostituĂ©e confinĂ©s dans un hĂ´tel. Or, l'enquĂŞte s'avère d'autant plus houleuse quant Ă  la complicitĂ© vĂ©reuse de certains membres du corps policier. DĂ©nuĂ© de complexe et dĂ©terminĂ© Ă  aller jusqu'au bout de ces principes, Borowitz usera de son statut marginal en y appliquant une justice expĂ©ditive. 

Si l'intrigue s'avère Ă  mon sens un brin confuse, ou tout du moins dĂ©structurĂ©e, l'Ă©nergie qu'insuffle les comĂ©diens aimablement impliquĂ©s dans leur fonction ludique de "gendarme et du voleur" pallie ses carences Ă  travers un alliage retors d'humour, de poursuites et de bastonnades. Notamment auprès de l'Ă©nergie de ses rĂ©pliques incisives d'après l'irremplaçable dialoguiste Michel Audiard. Et Ă  ce niveau nous sommes constamment sĂ©duits par tant de calembours que les acteurs emploient avec une verve Ă  la fois gouailleuse et provocatrice. Quant aux instants de douce tendresse qui irriguent la narration, on peut sans difficultĂ© compter sur la beautĂ© vĂ©nĂ©neuse de la douce Marie LaforĂŞt en maĂ®tresse assez prĂ©venante et vaporeuse, et sur l'insolence de la jeune Julie JĂ©zĂ©quel incarnant la fille de Borowitz avec un naturel pĂ©tulant. Tout cela Ă©tant imprimĂ© dans une ambiance de lĂ©gèretĂ© expansive Ă  travers sa nostalgique Ă©poque d'un cinĂ©ma rĂ©volu. Celui du divertissement Ă  la fois gĂ©nĂ©reux, simple, intègre et sans prĂ©tention, tant et si bien que les acteurs y communiquent leur fougue avec une mutuelle complicitĂ©. On revoit donc aujourd'hui Flic ou Voyou d'un oeil aussi fringant qu'attendrissant, notamment en Ă©tant constamment charmĂ© par les numĂ©ros d'acteur de BĂ©bel jouant le drille rĂ©actionnaire avec une pĂŞche galvanisante. 

*Bruno

lundi 21 septembre 2020

Cannonball

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Paul Bartel. 1976. U.S.A. 1h33. Avec David Carradine, Sylvester Stallone, Bill McKinney, Veronica Hamel, Gerrit Graham, Robert Carradine, Belinda Balaski. 

Sortie salles France: 15 Juin 1977. U.S: 6 Juillet 1976

FILMOGRAPHIE: Paul Bartel est un acteur, producteur, réalisateur et scénariste américain né le 6 août 1938 à Brooklyn, New York, et décédé le 13 mai 2000 à New York (États-Unis). 1968: The Secret Cinema. 1969: Naughty Nurse. 1972: Private Parts. 1975: La Course à la mort de l'an 2000. 1976: Cannonball ! 1982 : Eating Raoul. 1984: Not for Publication. 1985: Lust in the Dust. 1986 : Les Bons tuyaux. 1989 : Scenes from the Class Struggle in Beverly Hills. 1993: Shelf Life.

                 Du cinĂ©ma d'exploitation fort sympathique de par sa modeste simplicitĂ© ludique. 

SpĂ©cialiste des courses-poursuites sur bitume Ă  grande Ă©chelle si bien que Paul Bartel nous eut dĂ©jĂ  rĂ©galĂ© avec le cintrĂ© les Seigneurs de la Route, Cannonball rĂ© exploite le road movie homĂ©rique avec une efficacitĂ© constante, aussi modeste soit-elle. Car sous couvert d'un pitch Ă©tique dĂ©nuĂ© de surprises (il est d'ailleurs priĂ© de laisser son cerveau au vestiaire avant d'appuyer sur lecture), Cannonball retrace la course illĂ©gale de pilotes de voiture acharnĂ©s Ă  emporter la mise quelque soit les moyens encourus. Politiquement incorrect donc, notamment parmi l'audace de stratagèmes carrĂ©ment criminels, ces derniers rivalisent d'astuces et de subterfuges pour faire Ă©chouer leurs adversaires rivĂ©s dans l'habitacle de leur bolide avec une mine aussi dĂ©contractĂ©e que dĂ©terminĂ©e. 

Truffé de seconds-couteaux issus du ciné bis que les amateurs auront plaisir à retrouver à renfort de dérision, alors que l'on peut même entrevoir Stallone et les réalisateurs Joe Dante et Martin Scorcese lors de courtes apparitions, Cannonball fleure bon le divertissement bonnard de par son rythme nerveux oscillant action, cascades et humour potache. Paul Bartel se focalisant sur les divers itinéraires des meilleurs compétiteurs, avec en tête de liste Coy 'Cannonball' Buckman (David Carradine toujours aussi aimablement charismatique de par sa cool attitude et son regard félin) se disputant la course contre Cade Redman. Ce dernier rivalisant de stratégies offensives terriblement agressives et couardes afin de rester en tête de course. Jamais ennuyeux car franchement plaisant à travers son esprit bon enfant (mal élevé), c'est donc un divertissement agréablement troussé que nous façonne Paul Bartel avec, en guise de cerise sur la gâteau, un final explosif émaillé de cascades en chaîne. Peut-être pas aussi festif et drôle que l'Equipée du Cannonball réalisé 5 ans plus tard mais néanmoins chaudement recommandé auprès de la génération 80 ayant été bercé par sa diffusion sur Canal +

*Bruno. 2èx

Ci-joint les chroniques de ses homologues: 
EquipĂ©e du Cannonball (l'): http://brunomatei.blogspot.fr/…/09/lequipee-du-cannonball.h…

Cannonball 2: http://brunomatei.blogspot.fr/2017/09/cannonball-2.html

jeudi 17 septembre 2020

La Fièvre du Samedi Soir

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

"Saturday Night Fever" de John Badham. 1977. U.S.A. 1h59. Avec John Travolta, Karen Lynn Gorney, Barry Miller, Joseph Cali, Paul Pape, Donna Pescow, Bruce Ornstein, Val Bisoglio.

Sortie salles France: 5 avril 1978 (Int - 18 ans). U.S: 16 DĂ©cembre 1977

FILMOGRAPHIEJohn Badham est un rĂ©alisateur et producteur britannique, nĂ© le 25 AoĂ»t 1939 Ă  Luton. 1976: Bingo. 1977: La Fièvre du samedi soir. 1979: Dracula. 1981: C'est ma vie après tout. 1983: Tonnerre de feu. 1983: Wargames. 1985: Le Prix de l'exploit. 1986: Short Circuit. 1987: Etroite Surveillance. 1990: Comme un oiseau sur la branche. 1991: La Manière Forte. 1992: Nom de code: Nina. 1993: IndiscrĂ©tion AssurĂ©e. 1994: Drop Zone. 1995: Meurtre en suspens. 1997: Incognito. 1998: Road Movie.


Le saviez-vous ? 40 Millions d'exemplaires de la bande originale du film ont Ă©tĂ© vendus Ă  travers le monde.

PhĂ©nomène planĂ©taire au terme des annĂ©es 70 ayant rĂ©vĂ©lĂ© l'acteur John Travolta dans son rĂ´le de jeune danseur animĂ© par la fougue du Disco, La Fièvre du Samedi soir marqua toute une gĂ©nĂ©ration de spectateurs sous l'impulsion musicale des Bee Gees. Relatant sans prĂ©tention l'initiation Ă  la Danse et Ă  la maturitĂ© du point de vue d'un jeune play-boy issue d'une famille prolĂ©taire italo-amĂ©ricaine, La Fièvre du Samedi soir alterne chorĂ©graphies de danse sous les nĂ©ons de boites de nuit et virĂ©es noctambules d'une bande de jeunes paumĂ©s alors que notre roi du disco tente de courtiser une danseuse d'un niveau social autrement Ă©rudit. Cette intrigue futile n'Ă©pargnant quelques longueurs et maladresses (principalement le dĂ©veloppement perfectible de certains personnages) dĂ©peint avec un certain rĂ©alisme le portrait d'une gĂ©nĂ©ration au mal-ĂŞtre existentiel sous l'autoritĂ© dĂ©sabusĂ©e de Tony Manero. Un jeune ouvrier n'accordant toute son Ă©nergie qu'Ă  sa passion du Disco sous l'enchaĂ®nement des pas et des mouvements du corps parmi l'appui d'une orgueilleuse difficilement apprivoisable. Cumulant les bĂ©vues pour ses dragues vulgairement improvisĂ©es et les virĂ©es marginales parmi ses comparses peu recommandables, Tony Manero finit par se lasser de son quotidien primaire parmi le tĂ©moignage lucide de sa partenaire. 


Si les ressorts psychologiques du duo d'amants pâti d'un manque d'intensitĂ© et d'une certaine ambiguĂŻtĂ© Ă  travers leur relation amoureuse houleuse (Karen Lynn Gorney s'avĂ©rant un peu trop versatile d'après ses Ă©motions), le charme finit par opĂ©rer grâce Ă  la spontanĂ©itĂ© de John Travolta plutĂ´t Ă  l'aise dans son rĂ´le de dragueur et de danseur intarissables. Qui plus est, en tĂ©moignant avec Ă©motion de l'ascension musicale du Disco Ă  l'entrĂ©e des boites de nuit des Seventies, John Badham met en exergue des numĂ©ros de danse vertigineux que la musique inoxydable des Bee Gees ainsi que l'aplomb physique de Travolta transcendent avec une acuitĂ© irrĂ©sistible. Sur ce point, la première demi-heure s'avère le pilier Ă©motionnel d'un spectacle musical haut en couleur, vĂ©ritable immersion sensitive dans l'univers fĂ©brile des boites pailletĂ©es auquel Travolta impose son Ă©nergie de chorĂ©graphe avec une sagacitĂ© ensorcelante ! Si les autres sĂ©quences musicales qui interfèrent l'intrigue ne retrouvent pas cette mĂŞme frĂ©nĂ©sie Ă©motionnelle, La Fièvre du samedi soir rĂ©ussit tout de mĂŞme Ă  diluer charme et empathie (nostalgique !) pour la remise en question de notre play-boy en quĂŞte sentimentale et professionnelle. Quand bien mĂŞme l'Ă©pilogue nous provoque une Ă©motion poignante quant Ă  l'ultime compromis amical des amants, notamment par le biais de ce plan Ă©vocateur sur ces deux mains enlacĂ©es.


Peut-ĂŞtre un chouilla moins percutant qu'Ă  l'Ă©poque de sa sortie mais indĂ©niablement charmant et attachant, notamment pour le portrait fragile imparti Ă  une jeunesse avide de reconnaissance et de tendresse (deux seconds-rĂ´les y attribuent aussi dans leur fonction dĂ©soeuvrĂ©e), La Fièvre du samedi soir prĂ©serve son magnĂ©tisme charnel. Tant auprès de la prĂ©sence iconique d'un John Travolta en pleine consĂ©cration que de la fulgurance musicale des Bee Gees absolument indĂ©modable ! Un tĂ©moignage Ă©motif d'une Ă©poque rĂ©volue, Ă  revoir avec le pincement au coeur pour les nostalgiques du Disco.

*Bruno (3èx). 69 v
DĂ©dicace Ă  Pascale Pallante

mardi 15 septembre 2020

Le Fanfaron

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Il sorpasso" (Le dépassement) de Dino Risi. 1962. Italie. 1h45. Avec Vittorio Gassman, Jean-Louis Trintignant, Catherine Spaak, Claudio Gora, Luciana Angiolillo, Linda Sini.

Sortie salles France: 27 Juin 1963. Italie: 5 Décembre 1962

FILMOGRAPHIE PARTIELLE: Dino Risi (Milan, 23 décembre 1916 - Rome, 7 juin 20081) est un réalisateur et scénariste italien.1952 : Vacanze col gangster. 1953 : Le Chemin de l'espérance. 1953 : Le Signe de Vénus. 1953 : L'Amour à la ville. 1955 : Pain, amour, ainsi soit-il. 1959 : L'Homme aux cent visages. 1959 : Le Veuf. 1960 : L'Inassouvie. 1961 : Une vie difficile. 1961 : A porte chiuse. 1962 : La Marche sur Rome. 1962 : Le Fanfaron. 1963 : Il successo de Mauro Morassi. 1963 : Il giovedì. 1963 : Les Monstres. 1967 : L'Homme à la Ferrari. 1968 : Le prophète. 1970 : La Femme du prêtre. 1971 : Au nom du peuple italien. 1971 : Moi, la femme. 1973 : Rapt à l'italienne. 1973 : Sexe fou. 1975 : Parfum de femme. 1976 : La Chambre de l'évêque. 1977 : Âmes perdues. 1977 : Dernier Amour. 1978 : Les Nouveaux Monstres. 1980 : Je suis photogénique. 1980 : Les Séducteurs. 1981 : Fantôme d'amour. 1982 : Les Derniers Monstres. 1984 : Le Bon Roi Dagobert. 1985 : Le Fou de guerre. 1986 : Il commissario Lo Gatto. 1987 : Teresa. 1996 : Giovani e belli. 1996 : Esercizi di stile, segment Myriam. 2002 : Le ragazze di Miss Italia (TV).


"Tout bonheur est un chef-d'oeuvre : la moindre erreur le fausse, la moindre hésitation l'altère, la moindre lourdeur le dépare, la moindre sottise l'abêtit."

Chef-d'oeuvre de son auteur et du cinéma Italien en prime d'être devenu un film culte grâce à son bouche à oreille lors de sa timide sortie commerciale, Le Fanfaron est une expérience humaine comme on en voit peu dans le paysage sociétal. Car à travers le road trip de Bruno, pèlerin incontinent dénué de complexe, et Roberto, célibataire timoré et introverti trop influençable pour refuser les avances de Bruno, Dino Risi nous fait partager leurs vicissitudes à l'aide d'un humour vitriolé à couper au rasoir. Notamment si je me réfère à la tournure dramatique des effronteries de Bruno en proie à une rage de vivre incontrôlée. Quand bien même Roberto, impressionné par son bagout et son culot jamais à court de carburant, observe son nouvel ami avec une réflexion à la fois lucide et déceptive (dans le sens "trompeur"). Ainsi, en brossant (avec un second degré fallacieux) le portrait d'un fringant fanfaron aussi instable qu'irresponsable, Dino Risi nous laisse un goût acre dans la bouche au fil de l'évolution morale de celui-ci en proie à une émancipation irraisonnée. Et ce quitte à entraîner son entourage vers de fatales désillusions, voir également vers une destination sans retour. Réflexion factuelle sur les mauvaises rencontres et fréquentations du point de vue d'un introverti esseulé incapable de s'affirmer, Le Fanfaron oscille bonne humeur, tendresse tacite, rire grinçant et gravité au fil de mésaventures explosives. Tant et si bien que Bruno semble n'avoir aucune limite pour assouvir son insatiabilité vitale quitte à s'y brûler les ailes.


Et il a beau communiquer sympathie et joie de vivre de façon discontinue, celui-ci demeure derrière son enveloppe de trublion farceur un ratĂ© incapable de s'insĂ©rer dans la sociĂ©tĂ© (il en est d'ailleurs bien conscient malgrĂ© ses apparences dĂ©sinhibĂ©es). Au-delĂ  de son climat estival baignant dans une joie de vivre expansive (nous sommes Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 60 dans une Italie champĂŞtre et cĂ´tière), on reste Ă©bahi par les performances plus vraies que natures des 2 acteurs se familiarisant en direct face Ă©cran avec une vĂ©ritĂ© humaine infiniment attachante. Vittorio Gassman explosant l'Ă©cran dans sa vaste carrure de profiteur invĂ©tĂ©rĂ© ! Un aimable bon vivant aussi capable d'embobiner les plus rĂ©fractaires que de s'attirer les ennuis de par ses frasques marginales semĂ©es d'Ă©carts de conduite. Transi d'expansivitĂ© dans sa posture naturellement dĂ©contractĂ©e, l'acteur insuffle une Ă©nergie Ă  corps perdu au rythme de ses exubĂ©rances en roue libre; si bien qu'il s'attire rĂ©gulièrement une compagnie amicale Ă  la fois huppĂ©e et avenante. Autrement placide, constamment dans la rĂ©serve mais davantage curieux d'un comportement aussi favorablement insolent, Jean-Louis Trintignant insuffle une pudeur fragile expressive au fil de son initiation Ă  l'Ă©mancipation. Spoil ! Tant et si bien que l'on reste scotchĂ© par la tournure de son tragique destin que l'on anticipe inĂ©vitablement lors d'une course-poursuite erratique. Fin du Spoil. On reste d'ailleurs estomaquĂ©, le souffle coupĂ©, par le rĂ©alisme dĂ©coiffant de cette poursuite sur bitume frĂ©quemment jalonnĂ©e de virages escarpĂ©s. Bref, ces 2 acteurs pĂ©tris de sentiments contradictoires dans leur caractère distinct restent dans nos mĂ©moires de cinĂ©phile Ă©mĂ©rite sous l'impulsion d'une intensitĂ© dramatique finalement Ă©prouvante.


Regorgeant de joie et de bonne humeur Ă  travers cette fureur de vivre impubère (nos 2 lurons restent de grands enfants pour le meilleur et pour le pire !), le Fanfaron se dĂ©cline en grand moment de cinĂ©ma aussi populaire qu'auteurisant pour un road trip vertigineux Ă  l'acuitĂ© Ă©motionnelle jamais programmĂ©e. Du cinĂ©ma de vibration Ă  l'Ă©tat brut, oecumĂ©nique. 

*Bruno
 3èx

Récompenses:
1963 : prix du meilleur réalisateur au Festival international du film de Mar del Plata.
1963 : Ruban d'argent du meilleur acteur principal pour Vittorio Gassman.

 « Chaque film a une formule chimique qui lui est propre. Le Fanfaron jaillit d'un excellent alambic, oĂą tous les Ă©lĂ©ments s'Ă©taient facilement fondus. L'amalgame de mon personnage (un jeune type agressif et peu scrupuleux) avec la mĂ©lancolie et la rĂ©serve de Jean-Louis Trintignant fit merveille ; le symbole de la vrombissante voiture de sport qui lançait notre tandem sur les routes d'une Italie au comble du miracle Ă©conomique, de la folie immobilière et des chansons, du boom et de la vulgaritĂ©, fut Ă©galement efficace. ». Vittorio Gassman.