jeudi 20 janvier 2022

L'Appel de la Chair / La notte che Evelyn uscì dalla tomba

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Emilio Miraglia. 1971. Italie. 1h43. Avec Anthony Steffen, Marina Malfatti, Enzo Tarascio, Giacomo Rossi Stuart, Umberto Raho, Roberto Maldera. 

Sortie salles France: 3 Mai 1973. Italie: 18 AoĂ»t 1971

FILMOGRAPHIE: Emilio Miraglia (nĂ© le 1er janvier 1924 Ă  Casarano, dans les Pouilles, dĂ©cĂ©dĂ© en 1982) est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste italien. 1967 : La Peur aux tripes. 1968 : Casse au Vatican. 1969 : Ce salaud d'inspecteur Sterling. 1971 : L'Appel de la chair. 1972 : Joe Dakota (Spara Joe... e così sia!). 1972 : La dame rouge tua sept fois. 


"Tu as commis un grand crime. Tu n'es plus une lady mais un assassin. Un meurtre abominable ensanglante tes mains. Te voilĂ  couverte du sang de ton sujet"
ConsidĂ©rĂ© comme mineur et plutĂ´t mĂ©connu, l'Appel de la Chair demeure un bon giallo dans la tradition du genre qu'Artus Films eut la bonne idĂ©e d'Ă©diter en format HD. Et ce en y injectant une pincĂ©e d'Ă©pouvante gothique (revenant Ă  l'appui), renforcĂ©e qui plus est de deux sĂ©quences chocs plutĂ´t couillues et redoutablement cruelles (la rĂ©pĂ©tition de coups de poignard sur une victime dĂ©munie perpĂ©trĂ©e sur fond blanc, le cadavre d'une femme fraĂ®chement exĂ©cutĂ©, dĂ©vorĂ© par des renards mastiquant Ă  un moment ses intestins en gros plans, façon d'Amato Ketchup !). Et si le pitch simpliste (Ă  peine sorti d'asile psychiatrique, l'aristocrate Alan, toujours hantĂ© par la mort de sa dĂ©funte Ă©pouse, se venge sur des prostituĂ©es aux cheveux roux en les hĂ©bergeant dans son château poussiĂ©reux) avait gagnĂ© Ă  ĂŞtre plus dense et surprenant, ses rebondissements Ă  rĂ©pĂ©tition s'avèrent toutefois agrĂ©ablement imprĂ©visibles Ă  dĂ©faut d'emporter notre totale adhĂ©sion. 


La faute incombant Ă  son intrigue quelque peu tirĂ©e par les cheveux Ă  force de revirements outranciers, entre faux complices et vrais coupables motivĂ©s par la cupiditĂ© du traditionnel hĂ©ritage. En tout Ă©tat de cause, L'Appel de la Chair n'ennuie jamais si bien qu'il retient constamment l'attention de par sa conduite narrative bien rodĂ©e misant sur le suspense latent, l'esthĂ©tisme baroque et les ambiances lugubres (le prologue SM demeure d'ailleurs envoĂ»tant au sein de sa scĂ©nographie gothique Ă©maillĂ©e d'instruments de torture dont un gigantesque fouet). Qui plus est, la beautĂ© lascive de ses actrices dĂ©nudĂ©es n'Ă©chappe pas Ă  notre voyeurisme lubrique, notamment lorsque celles-ci se dĂ©lectent d'y endosser les prostituĂ©es Ă  la fois dĂ©complexĂ©es et effarouchĂ©es, alors qu'une Ă©pouse servile reste Ă  la merci de son Ă©poux machiste n'hĂ©sitant pas Ă  abuser d'elle Ă  renfort d'Ă©tranglement hystĂ©risĂ©. Son cast masculin demeurant tout aussi convaincant Ă  travers une galerie de personnages vĂ©reux, violents, erratiques, perfides et dĂ©lĂ©tères si bien que tous les coups bas leur seront tolĂ©rĂ©s pour l'enjeu d'un hĂ©ritage.  


Avant tout agrĂ©ablement distrayant grâce Ă  son rythme soutenu et au mystère expectatif de son Ă©nigme torturĂ©e, l'Appel de la Chair est suffisamment plaisant, sĂ©duisant et parfois horrifiant pour contenter l'afficionado du Giallo en bonne et due forme. A dĂ©couvrir donc puisque tout Ă  fait frĂ©quentable. 

*Eric Binford

mercredi 19 janvier 2022

Perversion Story / Una Sull'Altra / One on Top of the Other. "Version Intégrale".

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de Lucio Fulci. 1969. Italie. 1h48. Avec Jean Sorel, Marisa Mell, Elsa Martinelli, Alberto de Mendoza, John Ireland, Riccardo Cucciolla, Bill Vanders, Franco Balducci, Giuseppe Addobbati...

Sortie en France le 21 Août 1970. U.S.A: Avril 1973.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lucio Fulci est un réalisateur, scénariste et acteur italien, né le 17 juin 1927 à Rome où il est mort le 13 mars 1996. 1966: Le Temps du Massacre, 1969: Perversion Story, 1969 : Liens d'amour et de sang, 1971: Le Venin de la peur, 1972 : La Longue Nuit de l'exorcisme, 1973: Croc Blanc, 1974 : Le Retour de Croc Blanc, 1977 : L'Emmurée vivante, 1980: La Guerre des Gangs, 1980: Frayeurs, 1981: Le Chat noir 1981: L'Au-delà, 1981: La Maison près du cimetière, 1982: L'Éventreur de New York , 1983: Conquest, 1984: 2072, les mercenaires du futur, 1984: Murder Rock, 1986 : L'Enchainé 1986 : Le Miel du diable, 1987 : Aenigma, 1988 : Quando Alice ruppe lo specchio, 1988 : les Fantômes de Sodome, 1990 : Un chat dans le cerveau, 1990 : Demonia, 1991 : Voix Profondes, 1991 : Porte du silence (la), 1997 : M.D.C. - Maschera di cera.


"A l'orée de sa carrière, Fulci s'improvise Hitchcock dans un thriller érotique au suspense en crescendo après avoir habilement jonglé avec le faux-semblant."
Sorti la mĂŞme annĂ©e que l'infortunĂ©e BĂ©atrice Cenci (son oeuvre la plus personnelle qu'il chĂ©rit ouvertement), Lucio Fulci s'Ă©loigne du genre historique pour entreprendre un thriller Ă©rotique avec Perversion Story. Une seconde oeuvre Ă©galement passĂ©e inaperçu et restĂ© inĂ©dite dans nos contrĂ©es jusqu'Ă  ce que l'Ă©diteur Le Chat qui Fume dĂ©cide de l'exhumer en format Blu-Ray. Le PitchGeorges Dumurier est un mĂ©decin infidèle depuis qu'il courtise une jeune photographe de mode, Jane. Un jour, sa femme gravement malade et asthmatique meurt dans des conditions mystĂ©rieuses. Rapidement, les soupçons se portent sur lui si bien qu'une assurance vie d'un million de dollars doit lui ĂŞtre lĂ©guĂ©. Un soir, il se retrouve dans un cabaret en compagnie de Jane et fait la connaissance fortuite d'une Ă©trange strip-teaseuse ressemblant comme deux gouttes d'eau Ă  sa dĂ©funte Ă©pouse. A l'instar de Mario bavaLucio Fulci n'aura jamais pu bĂ©nĂ©ficier de son vivant les honneurs d'une notoriĂ©tĂ© mĂ©ritante. Car lorsque l'on revoit ou dĂ©couvre des films comme Le Venin de la peurBĂ©atrice CenciLe Temps du Massacrele Miel du DiableLa Longue nuit de l'Exorcisme ou encore ce Perversion Story, on se rend bien compte que le maĂ®tre du macabre n'Ă©tait pas uniquement surdouĂ© pour historiser sur pellicule le zombie putrĂ©fiĂ© afin de concourir sur les traces d'un Romero en consĂ©cration. Ainsi, en empruntant la voie du thriller Ă  suspense mâtinĂ© d'Ă©rotisme polisson, il nous narre scrupuleusement une diabolique machination auquel un mĂ©decin infidèle plongera irrĂ©sistiblement dans un traquenard qu'il n'eut pu prĂ©voir. 


SĂ©duit par une strip-teaseuse ressemblant Ă  s'y mĂ©prendre Ă  son Ă©pouse dĂ©cĂ©dĂ©e, Georges Dumurier et son amante Jane vont tenter de dĂ©mĂŞler le vrai du faux, le couple Ă©tant persuadĂ© que Susan n'est pas morte asphyxiĂ©e par son asthme mais qu'elle aurait Ă©tĂ© volontairement tuĂ©. Par qui et pour quelle raison ? Dès lors, leur suspicion se porte sur cette jeune danseuse, Monica Weston, aguicheuse chevronnĂ©e dans l'art et la manière de sĂ©duire les beaux mâles nantis. Ce qui nous vaudra d'ailleurs de superbes sĂ©quences de coucherie stylisĂ©es d'une sensualitĂ© inhabituelle de la part de l'esthète de la tripaille. Il faut dire qu'en terme de mise en scène, le rĂ©alisateur dĂ©ploie ici une virtuositĂ© inspirante et consciencieuse. Tant auprès de la beautĂ© Ă©purĂ©e des dĂ©cors de cabaret, de ces cadrages alambiquĂ©s (avec entre autre l'emploi du split screen) ou d'une direction d'acteurs mieux dirigĂ©e que d'habitude chez le maestro ! Ainsi, avec une mĂ©canique de suspense parfaitement rodĂ©, l'intrigue pernicieuse de Perversion Story ne nous laisse peu de rĂ©pit Ă  travers son cheminement investigateur titillant lestement les nerfs du spectateur lors d'une ultime course contre la montre pour la survie. A savoir qui est le vĂ©ritable coupable au sein de cet enjeu d'hĂ©ritage compromis par l'adultère d'amants vĂ©reux, chafouins ou instables. Bref, une galerie de personnages peu recommandables Ă  travers leur commune hypocrisie de feindre et de sĂ©duire par souci d'ego, d'autoritĂ©, de cupiditĂ©. 


Niveau cast, la ravissante Marisa Mell insuffle avec provocation une sensualitĂ© torride de par sa posture sexy et ses dĂ©hanchements charnels afin d'interprĂ©ter un double rĂ´le de femme Ă©quivoque au charme reptilien. Un jeu en demi-teinte de vamp blonde dĂ©vergondĂ©e et de brune aigrie dĂ©nigrant davantage un Ă©poux Ă  la fois absent et trompeur. Le français Jean Sorel lui dispute sobrement la vedette, et de manière antipathique, un mari infidèle affublĂ© d'un regard renfrognĂ©, alors qu'un piège est sur le point de se refermer sur ses frĂŞles Ă©paules. Et ce sans pouvoir bĂ©nĂ©ficier de l'aide potentielle de son frère cadet (excellemment campĂ© par Alberto De Mendoza) exerçant jalousement ses activitĂ©s mĂ©dicales au sein du mĂŞme cabinet.


Servie d'une musique jazzy de Riz Ortolani stylisant une ambiance policière mĂŞlĂ©e de sĂ©duction et d'Ă©trangetĂ©, Perversion Story est Ă  nouveau une rĂ©ussite mĂ©connue de la part de Lucio Fulci fignolant son Ă©nigme Hitchcockienne Ă  l'aide d'une science du suspense en crescendo (l'ultime demi-heure jouant remarquablement avec nos nerfs avant son revirement final Ă©bouriffant). RĂ©alisĂ© Ă  l'aube d'une riche carrière, Perversion Story dĂ©montrait donc dĂ©jĂ  le talent prometteur de Lucio Fulci exploitant ici intelligemment le thriller Ă©rotique avec une pointe de dĂ©rive macabre (le cadavre putrescent de Susan que l'on observe Ă  2 reprises sur le brancard, tout du moins dans sa version intĂ©grale).

*Eric Binford
19.01.22. vf
17.03.11. 595 v

vendredi 14 janvier 2022

Les Granges Brûlées

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jean Chapot et Alain Delon. 1973. France/Italie. 1h38. Avec Simone Signoret, Alain Delon, Paul Crauchet, Bernard Le Coq, Pierre Rousseau, Catherine AllĂ©gret, Miou-Miou, BĂ©atrice Costantini, Renato Salvatori, Jean Bouise, Christian Barbier. 

Sortie salles France: 30 Mai 1973

FILMOGRAPHIEJean Chapot est un acteur, dialoguiste, compositeur, producteur, réalisateur, metteur en scène et scénariste français né le 15 novembre 1930 à Bois-Guillaume, en Seine-Maritime, et mort le 10 avril 1998 à Neuilly-sur-Seine, dans les Hauts-de-Seine. 1965 : Le Dernier Matin de Percy Shelley (CM). 1966 : La Voleuse. 1972 : Le Fusil à lunette (CM). 1973 : Les Granges Brûlées. 1982: Ce fut un bel été (TV Movie). 1982 Un fait d'hiver (TV Movie). 1981 Livingstone (TV Movie). 1994: Honorin et l'enfant prodigue (TV Movie). 1993 Polly West est de retour (TV Movie). 1992 Honorin et la Loreleï (TV Movie). 1991 Les mouettes (TV Movie). 1988 Le crépuscule des loups (TV Movie)


"Les monstres Delon / Signoret dans un drame criminel enneigé au sein d'une ruralité archaïque."
Qu'on se le dise, Les Granges BrĂ»lĂ©es n'est pas le grand film tant attendu auprès de la rĂ©union du duo proverbial Delon / Signoret. La faute incombant Ă  une rĂ©alisation classique peinant Ă  susciter une certaine intensitĂ© dramatique au fil d'une trame criminelle plutĂ´t prĂ©texte Ă  dĂ©peindre la quotidiennetĂ© rurale de paysans coexistant en autarcie, entre chamailleries familiales et conjugales. Si bien que leur progĂ©niture tue d'ailleurs leur ennui en s'enfuyant Ă  la ville, soit pour s'y saouler soit pour courtiser. Pour autant, les Granges BrĂ»lĂ©es mĂ©rite que l'on s'y attarde de par l'excellence de son casting irrĂ©prochable (jusqu'aux seconds-rĂ´les communĂ©ment attachants) et de l'affrontement (gentiment) psychologique que se dispute Simone Signoret (en matriarche prĂ©venante mais sur le qui vive) / Alain Delon (en juge autoritaire mais accessible). 

Leur confrontation Ă©tant bâtie sur une commune posture Ă  la fois chafouine et suspicieuse depuis que le juge concentre son enquĂŞte sur cette famille Cateux Ă  la suite du tĂ©moignage d'un des fils rentrĂ© avinĂ© le soir du crime. Et bien que le rĂ©cit linĂ©aire, sciemment redondant, ne passionne guère, il demeure toutefois inopinĂ©ment captivant (avec modestie cela dit) sous l'impulsion de ses acteurs issus de l'ancienne gĂ©nĂ©ration et de son rĂ©alisme rĂ©frigĂ©rant au sein d'une nature enneigĂ©e superbement photogĂ©nique. L'Ă©poque vintage des Seventies auquel l'action se dĂ©roule demeurant Ă©galement un atout de sĂ©duction Ă  dĂ©peindre scrupuleusement les us et coutumes de ces mĂ©tayers artisanaux en proie Ă  la contrainte et Ă  la contrariĂ©tĂ©, aux doutes et aux complexes depuis que la police est aux aguets de leurs faits et gestes.  

A dĂ©couvrir donc ou Ă  revoir, ne serait ce que pour les performances du duo susnommĂ© aussi magnĂ©tique qu'Ă©quivoque Ă  travers leurs jeux de regards hĂ©sitants Spoil ! percĂ©s finalement d'une certaine dĂ©fĂ©rence eu Ă©gard de l'issue salvatrice du dĂ©nouement Fin du Spoil. Delon et Signoret hypnotisant comme de coutume l'Ă©cran Ă  chacune de leur apparition inscrite dans la rĂ©serve en dĂ©pit de leur dĂ©sir de s'apprĂ©cier timidement parlant. On peut enfin relever la partition musicale Ă©tonnamment dissonante signĂ©e Jean Michel Jarre pour sa première collaboration au cinĂ©ma alors que durant le tournage le rĂ©alisateur Jean Chapot et Alain Delon s'effritèrent Ă  moult reprises si bien que ce dernier acheva les dernières sĂ©quences en s'imposant derrière la camĂ©ra.

*Eric Binford

Box-Office France: 991 624 entrées

jeudi 13 janvier 2022

The Lost Daughter. Prix du meilleur scénario: Mostra de Venise, 2021

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Maggie Gyllenhaal. 2021. U.S.A/Grèce. 2h02. Avec Olivia Colman, Jessie Buckley, Dakota Johnson, Ed Harris, Peter Sarsgaard, Dagmara Domińczyk

Sortie salles France: 10 octobre 2021

FILMOGRAPHIEMargalit Ruth Gyllenhaal, gĂ©nĂ©ralement dite Maggie Gyllenhaal nĂ©e le 16 novembre 1977 Ă  New York, est une actrice et rĂ©alisatrice amĂ©ricaine. 2021: The Lost Daughter. 


"Les enfants sont une terrible responsabilité"
Superbe portrait de femme dĂ©pressive hantĂ©e de remords et de culpabilitĂ© de n'avoir pu chĂ©rir ses enfants en bonne et due forme lors de sa maternitĂ©, The Lost Daughter est illuminĂ© du tact de sa mise en scène personnelle, pour ne pas dire auteurisante de la dĂ©butante Margalit Ruth Gyllenhaal. Une rĂ©alisation dĂ©pouillĂ©e, sans fioriture qui ne plaira pas Ă  tous dans son refus d'une Ă©motion trop facile ou programmĂ©e, qui plus est Ă©maillĂ©e de quelques petites sautes de rythme (selon mon jugement de valeur)) principalement si je me rĂ©fère Ă  la relation d'adultère que l'hĂ©roĂŻne se remĂ©more avec regret lors de langoureux flash-backs. L'intrigue ne cessant d'osciller passĂ© et prĂ©sent afin de mieux saisir les tenants et aboutissants de cette mère aujourd'hui quadra mais incapable de tirer un trait sur son passĂ© galvaudĂ© faute d'y observer de simples touristes en liesse familiale. Qui plus est, son climat austère et nonchalant, renforcĂ© du jeu contrariĂ© de la divine actrice britannique Olivia Colman nous suscite un sentiment aigre de dĂ©sarroi au fil de son Ă©volution morale quelque peu bipolaire. Celle-ci se fondant dans le corps de Leda Caruso avec une Ă©motion souvent contenue, fragile et introvertie eu Ă©gard de sa pudeur Ă  se confronter Ă  son entourage Ă©tranger (une famille de touristes probablement marginaux, voirs carrĂ©ment mafieux), particulièrement auprès d'une jeune donzelle versatile Ă  travers ses sautes d'humeur d'y supporter les caprices de sa fille tout en se rĂ©confortant dans les bras d'un inconnu. 


Leda s'identifiant inĂ©vitablement Ă  cette jeune maman indĂ©cise de plus en plus gagnĂ©e par le doute et l'interrogation au grĂ© de confidences intimes bâties sur sa solitude maternelle du fait de l'absence prolongĂ©e de sa fille. Ainsi, de par le jeu sans fard d'Olivia Colman en proie Ă  ses dĂ©mons internes d'une maternitĂ© teintĂ©e d'irresponsabilitĂ©, de questionnement et d'immaturitĂ©, The Lost Daughter nous plonge dans son introspection intime avec une dimension dramatique poignante au lieu de nous bouleverser de façon plus conventionnelle ou facile dans ce type de sujet pathĂ©tique. On peut Ă©galement souligner l'atmosphère subtilement pesante qui se profile autour de l'hĂ©roĂŻne en quĂŞte d'amour et d'amicalitĂ©, notamment par la faute de cette famille de touristes aussi Ă©quivoques qu'interlopes, car la reluquant avec une suspicion gĂŞnante, si bien que le climat s'assombrit peu Ă  peu autour d'elle en nous remĂ©morant finalement son prĂ©ambulaire crĂ©pusculaire oĂą pointait dĂ©tresse et dĂ©sillusion lors d'une scĂ©nographie Ă  la fois mutique et feutrĂ©e. 


Drame psychologique intelligemment traitĂ© Ă  travers le thème (si actuel !) de la responsabilitĂ© parentale, The Lost Daughter existe par lui mĂŞme de par sa mise en scène autonome captant les Ă©motions contradictoires des personnages complexes avec une pudeur anti voyeuriste. Olivia Colman illuminant l'Ă©cran avec une sobre expression mature mĂŞlĂ©e de douceur, de fragilitĂ© et de nĂ©vralgie. 


*Eric Binford

Ci-joint la chronique de mon amie Nine Rouffet :

AssurĂ©ment, c'est un très beau film. Maggie Gyllenhaal a rĂ©ussi Ă  faire un film Ă  la fois intimiste et universel en nous immergeant au sein des tourments intĂ©rieurs nĂ©vrotiques d'une femme en quĂŞte de sens, en recherche de stabilitĂ© et surtout d'amour, dont elle ne se sent pas vraiment digne. La dernière demi-heure nous en donnera la raison. Le mĂ©trage est ponctuĂ© de multiples flasbacks permettant de mieux comprendre quels enjeux se jouent en elle lorsqu'elle est confrontĂ©e Ă  des figures maternelles un peu paumĂ©es et Ă  une fille "perdue". Face Ă  la femme enceinte sur la plage, elle repense Ă  sa propre grossesse puis Ă  ses relations complexes avec ses filles. En effet, ĂŞtre mère alors qu'on est encore Ă©tudiante Ă  la fac est loin d'ĂŞtre facile, et c'est bien ce que montre le mĂ©trage. Entre scènes familiales touchantes (moments de partage joyeux avec les filles et le père) et pics de stress virant au burn out, Leda Ă©tait une âme un peu perdue, et la disparition de la poupĂ©e d'une petite fille sur la plage ravive des souvenirs encore + douloureux et enfouis. Certaines scènes sont très chargĂ©es dramatiquement parlant, mais le ton ne vire jamais au pathos car le spectateur sait Ă  chaque fois ce qui sous-tend la crise morale de la protagoniste. Le mĂ©trage explore les symboliques, notamment cette poupĂ©e comme objet de "transfert" affectif cristallisant ses crises morales ( la poupĂ©e est Ă  la fois un jeu et un objet de partage avec les filles), ainsi que la symbolique de la pelure d'orange, reprĂ©sentant un lien affectif indĂ©fectible créé avec ses filles via ce fruit. La fin est très touchante, Olivia Colman est Ă©poustouflante de spontanĂ©itĂ© et de fragilitĂ©. Et les seconds rĂ´les sont loin d'ĂŞtre en reste. C'est le cas notamment de la discrète prestation d'Ed Harris, ayant notamment jouĂ© dans Apollo 13 ou The Truman show. Un petit bijou qui pousse Ă  l'introspection et qui ramène Ă  l'essentiel: les petits instants de bonheur et l'amour partagĂ©, quelle que soit sa forme.  ♡♡♡☆

mercredi 12 janvier 2022

Ballade Meurtrière / Coming Home in the Dark

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de James Ashcroft. 2021. Nouvelle-ZĂ©lande. 1h32. Avec Daniel Gillies, Erik Thomson, Miriama McDowell, Matthias Luafutu 

Sortie salles France: ?. 1er Octobre 2021 (internet). 

FILMOGRAPHIEJames Ashcroft est un acteur, scénariste et réalisateur néo-zélandais né le 12 Juin 1978 à Paraparaumu. 2021: Balade Meurtrière. 2018: The Watercooler (TV Series) (1 episode)
- The House (2018). 


Production nĂ©o-zĂ©landaise rĂ©alisĂ©e par le nĂ©ophyte James Ashcroft, Ballade Meurtrière est une claque vitriolĂ©e comme on en voit très peu dans le paysage horrifique trop souvent tributaire de divertissement douillet Ă  travers son schĂ©ma routinier du "ouh fais moi peur". Et pourtant, alors qu'en l'occurrence  James Ashcroft s'embarrasse d'une trame Ă©culĂ©e (un duo de meurtrier s'en prend Ă  une famille de touristes 1h30 durant en les sĂ©questrant dans leur voiture), il parvient intelligemment Ă  renouveler les codes en tirant parti d'un rĂ©alisme cru qui ne lâchera pas d'une semelle l'apprĂ©hension du spectateur. Et ce au sein des paysages inquiĂ©tants d'une contrĂ©e nĂ©o-zĂ©landaise magnifiquement contrastĂ©e. 


D'une extrĂŞme violence Ă  la limite du soutenable alors qu'aucune complaisance n'y est Ă  dĂ©plorer (le cinĂ©aste privilĂ©giant notamment parfois le hors-champs afin de ne pas sombrer dans la trivialitĂ©), Ballade Meurtrière est autant une Ă©preuve de force pour nous que pour les protagonistes constamment soumis Ă  la tare du sentiment d'impuissance sous un ciel crĂ©pusculaire magnifiquement Ă©clairĂ© afin de nous exacerber un sentiment malaisant que l'on rĂ©prouve. Pour ce faire, on peut autant compter sur le charisme patibulaire des 2 tueurs sanguinaires adoptant une posture Ă  la fois impassible et monolithique Ă  travers leur Ă©tat d'âme dĂ©nuĂ© de vergogne. Spoil ! Et ce Ă  travers leur prĂ©mĂ©ditation d'une vengeance froide que le spectateur comprendra du point de vue d'une des victimes au passĂ© pusillanime Fin du Spoil. Le duo Ă©minemment antipathique faisant preuve d'un flegme imperturbable Ă  travers leur tranquilles exactions putassières renforcĂ©es de l'animositĂ© de leurs regards viciĂ©s. Quant aux victimes frĂ©quemment molestĂ©es, brimĂ©es et humiliĂ©es, les comĂ©diens mĂ©connus du public français demeurent irrĂ©prochables dans leur posture dĂ©munie oĂą l'on ne cessera de nous suggĂ©rer: que ferions nous en pareille occasion ?


Maltraitance.
 
Angoissant et Ă©prouvant, tendu comme un arc et d'une dramaturgie escarpĂ©e dès son insupportable prologue expĂ©ditif (assurĂ©ment le moment le plus cruel du film), Ballade Meurtrière oscille climat suicidaire et dĂ©pressif derrière une mĂ©taphore sur une marginalisation meurtrie, traumatisĂ©e par un passĂ© galvaudĂ©. Anti ludique au possible, mĂŞme si 1 ou 2 moments avaient gagnĂ© Ă  ĂŞtre moins prĂ©visibles lors de son final mortifère pour autant dĂ©primant, Ballade Meurtrière distille un malaise rudement inconfortable sous l'impulsion d'une violence aride gratuite mĂŞme si le mobile vindicatif s'y instaure pour justifier ce dĂ©chainement primal. Comme quoi aucun mobile ne justifie de s'adonner Ă  l'auto-justice au risque d'y procrĂ©er un monstre asocial. 
Pour public averti 

mardi 11 janvier 2022

6 Minutes pour mourir / Fear Is the Key

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Michael Tuchner. 1972. U.S.A. 1h43. Avec John Vernon, Barry Newman, Suzy Kendall

Sortie salles France: 13 Février 1975. Angleterre: 26 Décembre 1972

FILMOGRAPHIE PARTIELLE: Michael Tuchner est un rĂ©alkisateur, scĂ©nariste et producteur nĂ© le 24 Juin 1932 Ă  Berlin, Allemagne, dĂ©cĂ©dĂ© le 17 FĂ©vrier 2017 en Angleterre. 1972: Six minutes pour mourir. 1971: Salaud. 1976 The Likely Lads. 1975 The Old Curiosity Shop. 1983: Meurtre Ă  Malte. Des rĂŞves de lendemain (TV Movie). 2000 Back to the Secret Garden.  1998SĂ©jour en enfer (TV Movie).  1997Remember WENN (TV Series) (1 episode). - The Importance of Being Betty (1997).  1995Hart to Hart: Two Harts in 3/4 Time (TV Movie).  1995Awake to Danger (TV Movie).  . 1994Good King Wenceslas (TV Movie).  1993La condamnation de Catherine Dodds (TV Movie).  1993The Rainbow Warrior (TV Movie).  199372 heures en enfer (TV Movie).  1992Sauvage . PrĂ©mĂ©ditation (TV Movie). 


Que voici une excellente sĂ©rie B ricaine dont j'ignorais l'existence alors qu'il s'agit d'un film culte sans doute trop mĂ©connu, mĂŞme auprès des afficionados du genre, et ce en dĂ©pit de la prĂ©sence iconique de Barry Newman (l'inoubliable anti-hĂ©ros de Point Limite Zero). D'ailleurs sur ce dernier point il est dommage que cet acteur aussi charismatique n'ai pu percer dans le milieu du cinĂ© d'action eu Ă©gard de sa filmo plutĂ´t discrète et timorĂ©e alors qu'il crève ici Ă  nouveau l'Ă©cran dans sa posture virile dĂ©terminĂ©e. Et si le pitch prometteur, dĂ©marre sur les chapeaux de roue avec une prise d'otage et la course poursuite qui s'ensuit entre flic et (potentiel) voyou, son ossature narrative opte d'une certaine manière pour un virage Ă  180° passĂ©es 30 minutes d'action effrĂ©nĂ©es remarquablement exĂ©cutĂ©es. Or, la qualitĂ© majeure de ce divertissement sans temps morts Ă©mane de cette charpente narrative aussi imprĂ©visible qu'originale (mĂŞme si on peut dĂ©plorer 1 ou 2 invraisemblances en faisant la fine bouche).


Et ce tout en tentant de nous surprendre jusqu'au dĂ©nouement maritime que les claustrophobes auront peine Ă  encaisser pour son enjeu de survie Ă  faible lueur d'espoir. Ainsi donc, fort d'une mise en scène solide et d'une plĂ©iade d'acteurs burinĂ©s irrĂ©prochables (dont la superbe actrice glamour Suzy Kendall), 6 minutes pour mourir (quel titre idoine prenant tout son sens lors des 6 ultimes minutes du rĂ©cit !) demeure une excellente surprise derrière sa facture vintage de film d'exploitation eu Ă©gard de sa première partie menĂ©e Ă  100 Ă  l'heure. Qui plus est, et pour parfaire ce bijou des Seventies truffĂ© de rebondissements, revirements, inversement des rĂ´les et faux semblants, la partition musicale de Roy Budd ajoute une aura Jamesbondienne non nĂ©gligeable puisque aussi sĂ©duisante qu'envoĂ»tante. 


Remerciement Ă  Warning Zone pour sa superbe copie HD.
*Eric Binford

lundi 10 janvier 2022

Le Secret de Roan Inish. Prix de la critique internationale : Gerardmer 1996

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

" Le Secret de Roan Inish " de John Sayles. 1994. Irlande. 1h43. Avec Jeni Courtney, Pat Slowey, Dave Duffy, Declan Hannigan, MairĂ©ad NĂ­ GhallchĂłir, Eugene McHugh, Tony Rubini 

Sortie salles France: 19 Mars 1997. U.S: 3 Février 1995

FILMOGRAPHIEJohn Sayles est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur, monteur et producteur amĂ©ricain de films indĂ©pendants, nĂ© le 28 septembre 1950 Ă  Schenectady, New York. 1980 : Return of the Secaucus 7. 1983 : Lianna. 1983 : Baby it's you. 1984 : The Brother from Another Planet. 1987 : Matewan. 1988 : Les Coulisses de l'exploit. 1991 : City of Hope. 1992 : Passion Fish. 1994 : Le Secret de Roan Inish. 1996 : Lone Star. 1997 : Men with Guns. 1999 : Limbo. 2002 : Sunshine State. 2003 : Casa de los babys. 2004 : . Silver City. 2007 : Honeydripper. 2010 : Amigo. 2013 : Go for Sisters. 


Passé inaperçu lors de sa discrète sortie en salles, même si défendu en son temps par l'éditeur
Mad Movies
et hormis son Prix de la Critique Ă  GĂ©rardmer, Le Secret de Roan Inish est un magnifique conte Ă©cologique militant pour sa nature irlandaise et les phoques qui y coexistent paisiblement en harmonie. Ainsi, alors que la petite Fiona est hĂ©bergĂ©e par ses grands parents Ă  la suite du dĂ©cès de sa mère, elle fait l'improbable rencontre de son petit frère sur un berceau bateau disparu prĂ©alablement par les courants. Elle s'efforce donc de le ramener Ă  la maison de ses grands-parents, en vain. Quand bien mĂŞme ces derniers ne croient pas Ă  ses improbables dĂ©clarations fantaisistes. D'une candeur et d'une puretĂ© infinies auprès de son climat de quiĂ©tude auquel vivent de paisibles paysans parmi la compagnie des phoques et des volatiles, Le Secret de Roan Inish inonde son sensible rĂ©cit de poĂ©sies naturalistes dans une pudeur dĂ©pouillĂ©e. 


Tant et si bien que l'on observe l'Ă©veil existentiel de Fiona Ă  travers son regard pĂ©tri d'innocence que la jeune actrice Jeni Courtney transcende de son aplomb naturel. Celle-ci dĂ©gageant une maturitĂ© pour son jeune âge, une sagesse d'esprit et un amour innĂ© pour ceux la chĂ©rissant dans une valeur familiale forçant le respect. On peut Ă©galement rajouter que les seconds-rĂ´les adultes ne sont pas en reste alors que le bambin Jamie endossĂ© par Cillian Byrne nous bluffe de ses expressivitĂ©s mutiques spontanĂ©es. Le cinĂ©aste le dirigeant très habilement pour y radiographier son regard aisĂ© ou autrement craintif en faisant preuve de pudeur Ă  travers sa nuditĂ© requise. C'est dire si ce rĂ©cit contemplatif, Ă  la fois lĂ©nifiant et lumineux, est comme habitĂ© par une aura divine de par son climat fantastique Ă©thĂ©rĂ© planant sur chaque image. Et ce Ă  l'aide d'une beautĂ© naturaliste rĂ©confortante que l'on se familiarise en fantasmant pareille aubaine existentielle. Si bien que l'on peut parler d'hymne Ă  la vie paysanne Ă  travers le destin de ce couple du 3è âge fĂ©ru d'amour pour la mer et leur toit confectionnĂ© de leur propre main. Le Secret de Roan Inish militant tant de nobles valeurs humaines en insistant notamment sur la prĂ©servation des phoques douĂ©s ici de pouvoirs indicibles en Ă©troite communion avec les humains. 


BercĂ© de la fragile mĂ©lodie instrumentale de Mason Daring imprĂ©gnant ses images naturalistes d'une aura de plĂ©nitude, le Secret de Roan Inish est une invitation aux lĂ©gendes Ă©cossaises (celles des Selkies) transposĂ©es toutefois dans une archipel irlandaise. D'une beautĂ© Ă©purĂ©e tranquillement palpable d'après le point de vue candide d'une fillette pĂ©trie de nobles valeurs dans son instinct de puretĂ©, le secret de Roan Inish finit par bouleverser notre sensibilitĂ© pour la profonde tendresse impartie entre un frère et sa petite soeur. Et ce tout en comptant sur l'omniprĂ©sence si rassurante des phoques (la manière de les filmer est exemplaire pour cerner leur noble humanitĂ© !), guides spirituels nantis d'une autoritĂ© salvatrice selon leur choix et leur dĂ©cision car observant les humains avec une attention philanthrope. A ne pas rater. 

*Eric Binford
2èx vostf

Définition de Selkie
Les selkies sont des créatures imaginaires issues principalement du folklore des Shetland. Elles y sont décrites comme de superbes jeunes filles (ou assez exceptionnellement comme de beaux jeunes hommes) qui revêtent une peau de phoque, dans le but de se changer en cet animal marin et de plonger dans la mer.

vendredi 7 janvier 2022

L'Assassin a réservé 9 Fauteuils / L'assassino ha riservato nove poltrone

                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Giuseppe Bennati. 1974. Italie. 1h43. Avec Rosanna Schiaffino, Chris Avram, Eva Czemerys, Lucretia Love, Paola Senatore, Gaetano Russo, Andrea Scotti 

Sortie salles Italie: 21Mai 1974. InĂ©dit en salles en France. 

FILMOGRAPHIE: Giuseppe Bennati, nĂ© le 4 janvier 1921 Ă  Pitigliano dans la province de Grosseto et mort le 26 septembre 2006 Ă  Milan, est un rĂ©alisateur et metteur en scène italien. 1952 : Il microfono è vostro. 1953 : Marco la Bagarre. 1954 : OpĂ©ration de nuit. 1955 : Non scherzare con le donne. 1958 : La mina. 1958 : L'Ami du jaguar. 1960 : Les Fausses IngĂ©nues. 1961 : Congo vivo. 1970 : Marcovaldo (it), adaptation pour la tĂ©lĂ©vision de Marcovaldo d'Italo Calvino. 1974 : L'Assassin a rĂ©servĂ© 9 fauteuils. 

Quelle excellente surprise que ce Giallo inĂ©dit dans nos contrĂ©es que le Chat qui fume eut l'audacieuse idĂ©e d'exhumer de sa torpeur dans une copie HD irrĂ©prochable. Tant et si bien qu'en exploitant le mode du huis-clos gothique au sein d'un jeu du chat et de la souris entre victimes et tueurs, Giuseppe Bennati atmosphĂ©rise en diable sa scĂ©nographie flamboyante au sein d'un théâtre de tous les dangers. Les victimes communĂ©ment fĂ©lonnes, suspicieuses et Ă©peurĂ©es se soumettant Ă  un redoutable tueur masquĂ© lors de l'anniversaire de Patrick Davenant les ayant invitĂ© pour des raisons plutĂ´t Ă©quivoques. Visuellement sublime de par l'architecture baroque du théâtre mĂ©diĂ©val oĂą plane l'ombre du FantĂ´me de l'OpĂ©ra (le tueur est affublĂ© d'une cape et d'un masque grotesque en accourant tous azimuts), on songe Ă©galement Ă  Bloody Bird auquel Michele Soavi s'est (fort) probablement inspirĂ© tant les similitudes sont plutĂ´t nombreuses. Tant auprès du cadre théâtral magnifiquement stylisĂ©, de son schĂ©ma narratif itĂ©ratif (mais jamais rĂ©barbatif), des victimes chĂ©tives en perdition, de leur mort théâtrale substituĂ©e en mort rĂ©elle que de l'accoutrement du tueur passĂ© maĂ®tre dans l'art du camouflage en y piĂ©geant ses proies avec un sadisme transalpin symptomatique.

Et ce sans que le rĂ©alisateur, peu habituĂ© au genre (il s'agit de son unique incursion dans le giallo et l'horreur) ne cède Ă  l'outrance si bien que le hors-champs s'infiltre de temps Ă  autre. D'autre part, et selon mon jugement de valeur, la meilleure sĂ©quence de meurtre totalement suggĂ©rĂ©e (un poignard plantĂ© Ă  3 reprises dans le vagin d'une victime en catalepsie) demeure superbement impressionnante grâce Ă  l'habiletĂ© du montage alternant violence rigoureuse des coups et visage exorbitĂ© de la victime, accompagnĂ© de bruitages intensifiant ainsi la mise Ă  mort par son rĂ©alisme auditif. Et si le cheminement narratif s'avère somme toute simpliste, voir redondant (comptez un meurtre toutes les 15 minutes), la mise en scène très soignĂ©e de Giuseppe Bennati retient sans peine l'attention sous l'impulsion d'un cast Ă  la fois crĂ©dible et modestement distinguĂ©. Tant auprès de la beautĂ© des actrices italiennes communĂ©ment nĂ©vrosĂ©es (de vĂ©ritables dĂ©esses raffinĂ©es), de la virilitĂ© des acteurs Ă  la fois cyniques et interlopes que de son Ă©rotisme docile (une poignĂ©e de poitrines dĂ©nudĂ©s superbement filmĂ©es en intermittence et de langoureux baisers parfois mouillĂ©s) se disputant la mise entre saphisme, inceste (gros thème de l'intrigue !) et adultère. 

Pur film d'ambiance se permettant audacieusement d'y conjuguer horreur, giallo, Ă©rotisme, Ă©pouvante et fantastique quant au surprenant dĂ©nouement multipliant les rebondissements imprĂ©visibles, l'Assassin a rĂ©servĂ© 9 fauteuils (quel titre suprĂŞme ! ) demeure un divertissement Ă©purĂ© auprès de sa facture vintage Ă©tonnamment moderne. Tant et si bien qu'un demi-siècle plus tard, ce rutilant giallo (le rouge est magnifiquement mis en valeur Ă  travers le velours des tissus, des fibres et du sang tachetĂ©) resplendit de 1000 feux de par sa copie HD Ă  la fois granuleuse et immaculĂ©e. A dĂ©couvrir impĂ©rativement donc pour les afficionados d'horreur fastueuse.

*Eric Binford
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mercredi 5 janvier 2022

On continue Ă  l'appeler Trinita / ...continuavano a chiamarlo TrinitĂ 

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ekladata.com

de Enzo Barboni. 1971. Italie. 2h02. Avec Terence Hill, Bud Spencer, Yanti Somer, Jessica Dublin, Enzo Tarascio, Pupo De Luca

Sortie salles France: 15 Mars 1972. Italie: 21 Octobre 1971. U.S: 20 Juillet 1972

FILMOGRAPHIE: Enzo Barboni (E.B. Clucher) est un directeur de la photographie et réalisateur italien né le 10 juillet 1922 à Rome et mort le 23 mars 2002. 1970 : Ciak Mull. 1970 : On l'appelle Trinita. 1971 : On continue à l'appeler Trinita. 1972 : Et maintenant, on l'appelle El Magnifico. 1973 : Les Anges mangent aussi des fayots. 1974 : Même les anges tirent à droite. 1976 : Deux super flics. 1982 : Ciao nemico. 1983 : Quand faut y aller, faut y aller. 1984 : Attention les dégâts. 1987 : Renegade. 1991 : Ange ou Démon. 1995 : Trinità & Bambino... e adesso tocca a noi.

On prend les mĂŞmes et on recommence, Ă  peine un an après le succès du premier volet orchestrĂ© par Enzo Barboni. L’intrigue, quasi inexistante, traĂ®ne parfois en longueur - surtout dans sa version intĂ©grale de 2h02, dont une demi-heure aurait pu s’Ă©vaporer sans regret - mais On continue Ă  l'appeler Trinita recycle avec une efficacitĂ© inĂ©gale les ingrĂ©dients qui faisaient le sel de son aĂ®nĂ©.

Lourdingue, trivial, parfois bas de plafond, le film aligne des gags adipeux flirtant avec un surrĂ©alisme bon enfant. Or, la première heure - la plus inspirĂ©e - fait mouche. Car malgrĂ© ses excès, le film trouve sa respiration dans l’alchimie inaltĂ©rable du duo Bud Spencer / Terence Hill, gamins mal Ă©levĂ©s nĂ©s pour jouer ensemble, bandits au grand cĹ“ur animĂ©s d’une dĂ©sinvolture jubilatoire.

Et puis le tout culmine dans une baston finale mémorable - dix minutes de chorégraphie pittoresque évoquant un Laurel et Hardy sous amphétamines - où nos deux larrons distribuent les mandales en soutane monacale.

Moins abouti que son modèle (l’Ă©cart est Ă  mon sens Ă©vident), mais toujours plaisant dans son esprit bonnard, nostalgie aidant Ă©galement. MĂŞme s'ils seront bien plus drĂ´les en s'Ă©cartant du western dans leurs comĂ©dies modernes Ă  la recette inchangĂ©e.

Box-office France : 3 038 838 entrées (environ 400 000 de plus que le premier opus).

Eric Binford
13.04.26. 3èx vf

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Lo chiamavano TrinitĂ ..." de Enzo Barboni. 1970. Italie. 1h50. Avec Terence Hill, Bud Spencer, Farley Granger, Dan Sturkie, Gisela Hahn.

Sortie salles France: 21 Juillet 1971. Italie: 22 Décembre 1970. U.S: 4 Novembre 1971

FILMOGRAPHIE: Enzo Barboni (E.B. Clucher) est un directeur de la photographie et réalisateur italien né le 10 juillet 1922 à Rome et mort le 23 mars 2002. 1970 : Ciak Mull. 1970 : On l'appelle Trinita. 1971 : On continue à l'appeler Trinita. 1972 : Et maintenant, on l'appelle El Magnifico. 1973 : Les Anges mangent aussi des fayots. 1974 : Même les anges tirent à droite. 1976 : Deux super flics. 1982 : Ciao nemico. 1983 : Quand faut y aller, faut y aller. 1984 : Attention les dégâts. 1987 : Renegade. 1991 : Ange ou Démon. 1995 : Trinità & Bambino... e adesso tocca a noi.

                                "Venez mes frères ! - Qui c'est qui lui a dit qu'on Ă©tait frères ?"

Gros succès international si bien qu'une suite fut rapidement mise en chantier par Enzo Barboni himself, On l'appelle Trinita est sans doute l'une des meilleures comédies du duo impayable Bud Spencer / Terence Hill. Et si le pitch, à la fois classique et folichon, ne brille pas par son originalité, (se faisant passer pour des shérifs au sein d'une petite ville, 2 frères que tout oppose vont prêter main forte à une communauté mormone molestée par des brigands mexicains ainsi qu'un major cupide), le climat aussi bien burlesque que rocambolesque que parviennent à générer les "Laurel et Hardy" (du western parodique) pallie ces carences de par leur tranquillité sereine fraîchement irrésistible.

Car outre la complémentarité très attachante de ces derniers s'en donnant à coeur joie dans leur dissension fraternelle et postures héroïques inébranlables (Hill jouant le frère "pot de colle" féru de la gâchette, Spencer l'aîné bourru résolument indépendant), l'inventivité des bastons à la fois ludiques et très spectaculaires (Spencer, passé maître dans l'art de foutre des baffes et gros poings sur la tête de ses adversaires) et les gags bonnards qu'ils enchaînent par provocation nous irradie d'un sourire aux lèvres permanent. A l'instar d'un bambin de 5 ans fasciné par la magie de l'écran et du jeu malicieux de ses héros à peine dérivés d'une bande-dessinée (Hill et Spencer sont d'autant plus charismatiques dans leur stature flegme de cow-boy mal rasés). Bien évidemment, l'humour pittoresque qui se dégage de leur orgueil et arrogance à se gausser de leurs rivaux ne fait nullement preuve de subtilité. Mais pour autant, et par la magie de l'entreprise latine résolument artisanale (le film adopte d'ailleurs une vraie facture de western poussiéreux en format cinémascope), on s'enjaille couramment et on rit de bon coeur grâce à leur esprit de dérision aussi bon enfant qu'assumé.

Western parodique familial qui allait enflammer la carrière du duo légendaire Bud Spencer/Terence Hill (tout en décontraction inégalée !), On l'appelle Trinita constitue une cure de bonheur anti-dépressive pour le public de 7 à 77 ans. D'une sincérité et d'une générosité encore plus touchantes aujourd'hui (du moins auprès de la génération 80 !), ce pur divertissement Bis parvient à rajeunir le genre spaghetti sous l'impulsion de la chanson entêtante de Franco Micalizzi se prêtant harmonieusement à l'ambiance aussi chaleureuse. Simplement magique !

Box Office France: 2 624 948 EntrĂ©es ! 

* Bruno
3èx

samedi 1 janvier 2022

Risky Business

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Paul Brickman. 1983. U.S.A. 1h39. Avec Tom Cruise, Rebecca De Mornay, Joe Pantoliano, Curtis Armstrong, Richard Masur, Bronson Pinchot, Shera Danese.

Sortie salles France: 21 Mars 1984. U.S: 5 Août 1983.

FILMOGRAPHIE: Paul Brickman est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 23 avril 1949 Ă  Chicago (Illinois, États-Unis). 1983 : Risky Business. 1990 : Les Hommes de ma vie (Men Don't Leave). 

38 ans il m'aura fallu pour me jeter Ă  l'eau afin de m'y risquer Ă  Risky Business, faute de mes Ă  priori pour le jeune acteur bellâtre Tom Cruise (alors Ă  ses tous dĂ©buts) et d'une affiche clinquante le mettant en valeur probablement pour rameuter un public ado friand de rom com mainstream. PassĂ© l'expĂ©rience cinĂ©gĂ©nique instaurĂ©e au coeur des annĂ©es 80, quelle fut ma surprise que de savourer une comĂ©die romantique acidulĂ©e aussi intelligente qu'anti nunuche. Avec en arrière plan un pied de nez au politiquement correct de la bourgeoisie parentale la plus drastique et tatillon jusqu'au ridicule. L'anti Teen movie par excellence estampillĂ© ados acnĂ©ens, tant et si bien que cette satire du capitalisme (en mode vĂ©reux) demeure un excellent divertissement Ă  la fois drĂ´le, enjouĂ©, sexy et frĂ©quemment envoĂ»tant. Ensorcelant Ă  ma grande surprise de par le brio instrumental de Tangerine Dream (mon groupe attitrĂ© tous genres confondus) et de quelques tubes rocks immuables que le rĂ©alisateur exploite au service des sentiments Ă©panouis ou fougueux des personnages. Des envolĂ©es oniriques d'une beautĂ© lascive, notamment auprès d'un Ă©rotisme torride magnifiquement stylisĂ©. 

La trame demeurant assez folingue lorsque le jeune Ă©tudiant cossu Joel Goodson se laisse embarquer dans la transaction d'une maison close au sein de son propre cocon familial (les parents Ă©tant en villĂ©giature) après y avoir rencontrĂ© une call-girl. Et ce Ă  la suite d'un concours de circonstances malchanceuses que le cinĂ©aste mĂ©connu Paul Brickman structure habilement afin de nous surprendre jusqu'au gĂ©nĂ©rique de fin. Ainsi, Ă  travers le charme, l'exubĂ©rance et l'humour de ces acteurs n'en faisant jamais trop (exit l'esprit potache du traditionnel teen movie trivial), Risky Business sĂ©duit constamment sous l'impulsion du couple incandescent Tom Cruise (Ă©tonnamment spontanĂ© en sĂ©ducteur de fortune !) / Rebecca De Morney (super sexy en prostituĂ©e dĂ©complexĂ©e ayant le sens des affaires). Un couple hybride Ă  la fois indĂ©cis et conquis dans leur Ă©volution sentimentale oĂą l'argent s'octroie toutefois un rĂ´le primordial auprès de leur Ă©ventuelle destinĂ©e conjugale. Mais outre le talent de ce casting nĂ©ophyte entourĂ© de seconds-rĂ´les loin de s'occulter, on peut compter sur le talent si peu reconnu du rĂ©alisateur Paul Brickman (sa filmo ne contient d'ailleurs que 2 longs mĂ©trages) traitant son rĂ©cit au grĂ© d'une mise en scène (atmosphĂ©rique) aussi bien solide qu'inventive. Tant et si bien que l'on pourrait prĂŞter une allusion au cinĂ©ma sensible de John Hughes Ă  travers son intĂ©gritĂ© de rendre hommage Ă  l'adolescence lycĂ©enne en faisant preuve de tendresse, de fragilitĂ©, de maladresse au sein d'une initiation Ă  la maturitĂ©. 

Considéré comme culte depuis, Risky Business est un excellent divertissement prouvant par l'occasion qu'auprès de ses 38 ans d'âge il reste étonnamment frais, expressif, fougueux, fringant et surtout attrayant par son érotisme classieux. Une comédie romantique anti sirupeuse car possédant une réelle personnalité à donner chair à son univers érotisant à l'aide d'une émotion capiteuse insoupçonnée. Une vraie bonne surprise pour ma part et les talents confirmés du couple susnommé déjà en ascension fulgurante. Avec un gros coup de coeur pour Tangerine Dream !

*Eric Binford
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The Card Counter

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Paul Schrader. 2021. Angleterre/U.S.A. 1h52. Avec Oscar Isaac, Tye Sheridan, Willem Dafoe, Tiffany Haddish, Britton Webb, Amye Gousset, Joel Michaely.

Sortie salles France: 29 Décembre 2021

FILMOGRAPHIE: Paul Schrader est un scĂ©nariste et rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 22 juillet 1946 Ă  Grand Rapids (Michigan).1978 : Blue Collar (Ă©galement scĂ©nariste). 1979 : Hardcore (Ă©galement scĂ©nariste). 1980 : American Gigolo (Ă©galement scĂ©nariste). 1982 : La FĂ©line (Cat People). 1985 : Mishima (Mishima: A Life in Four Chapters) (Ă©galement scĂ©nariste). 1987 : Light of Day (Ă©galement scĂ©nariste). 1988 : Patty Hearst. 1990 : Étrange SĂ©duction (The Comfort of Strangers). 1992 : Light Sleeper (Ă©galement scĂ©nariste). 1995 : Chasseur de sorcières (Witch Hunt) (tĂ©lĂ©film). 1997 : Touch (Ă©galement scĂ©nariste). 1997 : Affliction (Ă©galement scĂ©nariste). 1999 : Les Amants Ă©ternels (Forever Mine) (Ă©galement scĂ©nariste). 2002 : Auto Focus. 2005 : Dominion: Prequel to the Exorcist. 2007 : The Walker (Ă©galement scĂ©nariste). 2008 : Adam Resurrected. 2013 : The Canyons. 2014 : La Sentinelle (Dying of the Light) (Ă©galement scĂ©nariste). 2016 : Dog Eat Dog (Ă©galement scĂ©nariste). 2017 : Sur le chemin de la rĂ©demption (First Reformed) (Ă©galement scĂ©nariste). 2021 : The Card Counter. 


"Tout ce qui est fait dans le présent affecte l'avenir en conséquence, et le passé par rédemption."
Sorti en catimini chez nous le 29 DĂ©cembre 2021 en dĂ©pit de ces critiques Ă©logieuses, The Card Counter est le nouveau film Ă©vènement de l'Ă©minent Paul Schrader, rĂ©alisateur et scĂ©nariste de gĂ©nie Ă  la filmo aussi passionnante qu'Ă©clectique. On peut Ă©galement souligner qu'en tant que producteur exĂ©cutif, Martin Scorcese s'y porte signataire, les 2 individus ayant dĂ©jĂ  collaborĂ© Ă  moult reprises tout le long de leur carrière en guise d'amitiĂ© professionnelle. VĂ©ritable uppercut cinĂ©gĂ©nique Ă  travers le gĂ©nie de sa mise en scène studieuse littĂ©ralement hypnotique, The Card Counter demeure une moment de cinĂ©ma comme on n'en voit que trop rarement aux confins de nos salles obscures (trop souvent tributaires de divertissements dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©s sans âme). Tant et si bien que certains n'hĂ©siteront pas Ă  le qualifier de "chef-d'oeuvre" de par l'odyssĂ©e mortifiĂ©e qui s'esquisse sous nos yeux avec une puissance Ă©motionnelle somme toute assez rĂ©servĂ©e. Celle d'un joueur de poker solitaire partagĂ© entre l'expiation et la rĂ©demption Ă  la suite de ses anciennes exactions perpĂ©trĂ©es sur des prisonniers de guerre au camp de Guantánamo (centre de dĂ©tention militaire situĂ© Ă  Cuba avec son lot de prĂ©sumĂ©s terroristes islamistes). Dans la mesure oĂą fraĂ®chement sorti de prison, William Tell, ancien militaire donc, rencontre Cirk lors d'une confĂ©rence. Un jeune marginal lui sollicitant de kidnapper l'orateur de la tribune, le colonel John Gordo, commanditaire responsable du suicide de son père. 

Ainsi, Ă  travers cette sombre trame savamment planifiĂ©e au sein d'un cheminement interrogatif aussi imprĂ©visible que sinueux, Paul Scharder, rĂ©solument amoureux de tout ce qu'il filme, entre pudeur et sobriĂ©tĂ©, nous transfigure deux profils psychologiques meurtris par l'injustice, la solitude, l'Ă©chec et la mort. La vigueur Ă©motionnelle du vĂ©nĂ©neux rĂ©cit qui se trame sous nos yeux Ă©manant principalement de l'ambivalence de l'anti-hĂ©ros William Tell qu'Oscar Isaac immortalise de sa prĂ©sence quasi fantomatique en vindicateur de dernier ressort aussi angĂ©lique de dĂ©monial. Paul Schrader se chargeant de dresser son (fragile) portrait plein de discrĂ©tion et de non-dit sous l'impulsion du jeune apprenti Cirk avide d'auto-justice (superbement campĂ© par Tye Sheridan Ă  travers ses expressions sciemment moins affirmĂ©es par son immaturitĂ©). Quand bien mĂŞme La Linda, financière afro ricaine, accepte d'entrainer quotidiennement William dans les compĂ©titions de poker après l'avoir influencĂ©. Et si le rĂ©cit latent, tout Ă  la fois simple, millimĂ©trĂ© et complexe, ne cesse de nous interroger sur les vĂ©ritables motivations des protagonistes, c'est pour mieux nous happer dans les mĂ©andres Spoil ! d'une inopinĂ©e vengeance funèbre lors d'une ultime demi-heure Ă  la fois sinistrĂ©e et dĂ©sespĂ©rĂ©e dans sa tension infernale Fin du Spoil. Et ce sans cĂ©der Ă  une violence graphique largement suggĂ©rĂ©e par l'intelligence d'une mise en scène hyper scrupuleuse habitĂ©e par une forme de grâce. Si bien que l'on peut Ă©galement prĂ©tendre que l'ombre de Taxi Driver plane sur les Ă©paules de cet ex militaire traumatisĂ© par ses propres exactions criminelles après avoir essuyĂ© l'autoritĂ© d'un colonel sans vergogne. Son Ă©volution morale Ă©tant orchestrĂ©e par une partition musicale lancinante insufflant au climat anxiogène du rĂ©cit une puissance formelle ensorcelante. On peut donc Ă©voquer le pur film d'ambiance au sein d'une photo limpide soumise Ă  l'Ă©trangetĂ© des silences pesants et des regards impassibles.


American Nightmare.
Grand moment de cinĂ©ma rĂ©volu sublimant dans l'Ă©pure une fragile rĂ©flexion sur l'indĂ©cision d'une vengeance Ă  travers les thèmes de la perte de l'innocence, de l'expiation, du pardon, de la peur de la souffrance et de l'amour, The Card Counter est autant habitĂ© par sa mise en scène au cordeau que par ces comĂ©diens occultes communĂ©ment rattachĂ©s Ă  une valeur humaine en perdition. Du grand art.  

*Eric Binford
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