Photo empruntée sur Google , appartenant au site Imdb.com
de Scott Mann. 2022. U.S.A/Angleterre. 1h47. Avec Grace Caroline Currey, Virginia Gardner, Mason Gooding, Jeffrey Dean Morgan.
Sortie salles France: ?. Belgique: 14 Septembre 2022 . U.S: 12 Août 2022
FILMOGRAPHIE : Scott Mann est un réalisateur et producteur britannique. 2005 : Down Amongst the Dead Men (co-réalisé avec Nick Rowntree). 2008 : The Tournament. 2015 : Bus 657 (Heist). 2018 : Final Score. 2022 : Fall.
TOP 2022 ! Haut les coeurs !
"L’acrophobie sublimĂ©e : plongĂ©e dans l’enfer vertical de Fall".
Époustouflant, Ă couper le souffle, crispant au possible — si bien qu’on reste rivĂ© Ă son siège, tĂ©tanisĂ© d’apprĂ©hension, de pessimisme, puis d’effroi ! Que de dithyrambes, me diras-tu ! Mais je m’adresse d’abord aux spectateurs qui, comme moi, souffrent du vertige. Autrement dit, Ă ceux pour qui la peur du vide est une hantise que Scott Mann magnifie Ă travers sa mise en scène technique et formelle : des images naturelles magnifiquement exploitĂ©es, baignĂ©es d’un onirisme tantĂ´t crĂ©pusculaire, oĂą tout (ou presque) paraĂ®t plus vrai que nature. Car Mann parvient Ă nous glisser dans la peau de ses deux hĂ©roĂŻnes avec un art consommĂ© du trucage artisanal.
Sans trop plonger dans les dĂ©tails numĂ©riques, tout ce que vous verrez dans Fall est quasiment tangible, criant de vĂ©ritĂ© — Ă peu de choses près. Les deux actrices ont accompli de vĂ©ritables cascades physiques, et la tour de la station radio qu’elles escaladent fut bel et bien construite sur le lieu du tournage : une structure de plus de 32 mètres, en lieu et place des 600 mètres redoutĂ©s Ă l’Ă©cran. Bref, Fall est une vĂ©ritable expĂ©rience cinĂ©gĂ©nique Ă l’ancienne — Ă l’image de Top Gun Maverick , mais avec un budget plus modeste — menĂ©e Ă un train d’enfer littĂ©ralement vertigineux (doux euphĂ©misme pour les âmes en proie au vertige, car il faut un cĹ“ur bien accrochĂ© ; tout le rĂ©cit se condense en montagnes russes incontrĂ´lĂ©es).
Il fallait oser tenir l’intĂ©rĂŞt du spectateur pendant 1h47 avec comme seul dĂ©cor une tour pharaonique et deux actrices juvĂ©niles, monopolisant l’Ă©cran par leur force d’expression Ă la fois rĂ©siliente et dĂ©sespĂ©rĂ©e. Les rebondissements, cohĂ©rents, irriguent leurs Ă©preuves, tandis que certains spectateurs moins convaincus relèveront, Ă tort, quelques incohĂ©rences. Sachez, sans spoiler, que l’Ă©lĂ©ment capital du chargeur cellulaire, utilisĂ© Ă bon escient lors d’une action fatidique, est tout Ă fait plausible (oui, oui !). Le rĂ©alisateur et son Ă©quipe ont mĂŞme testĂ© l’expĂ©rience avant le tournage, pour redoubler d’authenticitĂ© dans cette Ă©preuve tendue comme un arc. Vous voilĂ prĂ©venus, sceptiques !
Si quelques clichĂ©s et anicroches narratives parsèment le rĂ©cit (rien de rĂ©dhibitoire), le twist final, survenant quinze minutes avant le gĂ©nĂ©rique, nous invite Ă reconsidĂ©rer les actions antĂ©rieures Ă travers un second niveau de lecture — plus crĂ©dible, plus rĂ©aliste, plus sensĂ©. Ce dernier Ă©claire notamment un morceau de bravoure un peu disproportionnĂ© mais plausible, selon les expertes en alpinisme consultĂ©es. Ce coup de théâtre renforce l’attrait bouleversant de cette descente aux enfers, vĂ©ritable leçon de rĂ©silience, de bravoure et de dĂ©passement de soi, portĂ©e par une intensitĂ© dramatique insoupçonnĂ©e, concluant cette hallucinante expĂ©rience humaine, militante d’une Ă©thique spirituelle : la valeur prĂ©cieuse du temps prĂ©sent, que chacun devrait savourer au compte-goutte.
L'acrophobie Ă son paroxysme.
Étonnamment maĂ®trisĂ©, ici un Scott Mann inspirĂ© — loin de ses produits standard sans Ă©clat (sa filmo, Ă mes yeux, exempte de rĂ©ussites probantes) — et interprĂ©tĂ© avec sobriĂ©tĂ©, il met en scène ces survivantes Ă©mĂ©rites, liĂ©es par une solidaritĂ© amicale et une rĂ©sistance physique, en quĂŞte d’une lueur d’espoir, aussi minime soit-elle. Fall met sans cesse les nerfs Ă rude Ă©preuve, dans un florilège de sĂ©quences ultra Ă©prouvantes (je m’adresse toujours aux spectateurs vertigineux), animĂ©es d’un rĂ©alisme vertigineux inĂ©dit.
Bombe Ă©motionnelle, le film parvient aussi Ă nous bouleverser en arrière-plan — en mode dĂ©pressif — par un second niveau de lecture pĂ©tri d’humilitĂ©, de cri de rĂ©volte et de fatalisme cruel, notamment Ă travers la thĂ©matique de la rĂ©demption parentale.
P.S . : privilĂ©giez la VO et une qualitĂ© 4K pour dĂ©cupler l’immersion dans ce vortex escarpĂ©, au fulgurant pouvoir formel renversant.
Et pour les derniers sceptiques, voici la dithyrambe d’un youtubeur fĂ©ru des genres.
*Bruno
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