jeudi 15 mars 2018

Lady Frankenstein / La figlia di Frankenstein

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Ecranlarge.com

de Mel Welles et Aureliano Luppi (co-réalisateur non crédité). 1971. Italie. 1h39. Avec Joseph Cotten, Rosalba Neri, Paul Muller, Peter Whiteman, Herbert Fux,

Sortie salles France: 16 Août 1973 (Paris). Italie: 22 Octobre 1971

FILMOGRAPHIEMel Welles est un réalisateur, scénariste, producteur, acteur américain, né le 17 Février 1924 in New York City, New York, USA, décédé le 19 Août 2005 en Virginie, USA. 1977: Joyride to Nowhere. 1971 Lady Frankenstein. 1968 Les mercenaires de la violence. 1968 Llaman de Jamaica, Mr. Ward (uncredited). 1967 Le baron vampire. 1964 Un commerce tranquille. 1960 La petite boutique des horreurs (exterior sequences, uncredited). 1960 Code of Silence.


Perle rare du cinĂ© Bis transalpin, Lady Frankenstein prĂ©figure avec 2 ans d'avance le chef-d'oeuvre dĂ©cadent de Paul Morrissey, Andy Warhol et Antonio Margheriti, Chair pour Frankenstein. Tant pour ses (petits) Ă©clats de violence gore typiquement latins, pour son climat malsain plutĂ´t dĂ©complexĂ© que de son soupçon de polissonnerie mâtinĂ© de nĂ©crophilie (voir la sĂ©quence couillue auquel Tania Ă©prouve un orgasme sexuel lors d'un Ă©bat meurtrier). BordĂ©lique en diable (le montage elliptique vaut son pesant de cacahuètes), truffĂ© d'incohĂ©rences, de dialogues intelligibles et de personnages sommaires pour autant (très) attachants dans leur complicitĂ© romantico-meurtrière (le trio diabolique Tania / Marshall / Thomas), Lady Frankenstein baigne dans un climat de dĂ©lire horrifique rĂ©solument "autre" pour qui idolâtre les bisseries infiniment intègres et soignĂ©es. Reprenant dans sa 1ère partie le schĂ©ma Ă©culĂ© du chef-d'oeuvre de James Whale (l'exhumation de cadavres par des fossoyeurs, les expĂ©rimentations organiques et la rĂ©surrection du monstre perpĂ©trĂ©e par le crĂ©ateur et son assistant sous une nuit orageuse), l'intrigue bifurque ensuite aimablement dans le n'importe nawak lorsque Tania, fille du dĂ©funt Dr Frankenstein, s'efforce de convaincre l'adjoint de ce dernier de lui offrir son propre coeur et son cerveau afin de lui crĂ©er l'ĂŞtre parfait pour ses appĂ©tits sexuels, et ce par l'entremise du jeune corps de Thomas.


Dès lors que celle-ci se glisse dans la peau d'une doctoresse criminelle (difficilement convaincante de par son inexpĂ©rience mĂ©dico-scientifique, mais autrement glamoureuse Ă  travers sa prĂ©sence magnifiquement charnelle Ă©paulĂ©e de son bagout sĂ©ducteur), Lady Frankenstein aligne les situations aussi improbables que gĂ©nialement grotesques avec un sĂ©rieux inĂ©branlable (Ă  l'instar des rĂ©currentes intrusions du commissaire prĂ©somptueux en investigateur infructueux). Pendant ce temps, autour des nouveaux travaux de Tania et du Dr Marshall, le 1er monstre prĂ©alablement créé par Frankenstein dĂ©ambule dans la nature et Ă  proximitĂ© du village en s'empressant, tel un dĂ©ment attardĂ©, d'assassiner les villageois les plus imprudents. Avec sa trogne vĂ©rolĂ©e de pizza mal garnie aussi fraĂ®che qu'un zombie de l'Avion de l'Apocalypse ou qu'un Bossu de la Morgue, notre monstre spaghetti affiche par ailleurs une mine de vengeur "toxic" infiniment irrĂ©sistible Ă  chacune de ses extravagances meurtrières. Ce dernier beuglant et gesticulant Ă  tout va pour mieux se faire remarquer et provoquer l'(inutile) effroi. Au-delĂ  du jeu fantaisiste de cette icĂ´ne pas si Ă©loignĂ©e du cartoon, Lady Frankenstein affiche un esthĂ©tisme Ă©tonnamment soignĂ© de la part de sa photo sĂ©pia et de ses dĂ©cors domestiques d'un gothisme fiĂ©vreux. VĂ©ritable rĂ©gal pour les yeux. Une facture formelle capiteuse donc que renchĂ©rit en permanence l'actrice Rosalba Neri lors de ses apparitions insidieuses d'aguicheuse lubrique.


A la marge entre la sĂ©rie B et Z pour autant esthĂ©tiquement irrĂ©prochable, Lady Frankenstein  dĂ©poussière l'Ă©pouvante sĂ©culaire Ă  renfort d'Ă©rotisme soft et de gore rubigineux dans une dĂ©marche maladroite infiniment charmante. De par l'intĂ©gritĂ© des 2 cinĂ©astes et de seconds-couteaux au charisme saillant, ce dĂ©lire typiquement latin distille une immersion vĂ©nĂ©neuse sous l'effigie d'un pitch  capillotractĂ© (et ce jusqu'Ă  son Ă©pilogue sardonique). Parangon d'une horreur spaghetti low cost "artisanale" et inopinĂ©ment singulière, les inconditionnels de Bisserie typiquement latine ont largement de quoi trouver leur compte.  

P.S: Superbe copie HD du Chat qui fume !

* Bruno
13.06.24. 2èx. Vostfr.

mercredi 14 mars 2018

UTU Redux

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Geof Murphy. 1983. Nouvelle Zélande. 1h48. Avec Anzac Wallace, Bruno Lawrence, Tim Elliott, Kelly Johnson, Wi Kuki Kaa

Sortie salles France: 27 Juin 1984.

FILMOGRAPHIEGeoff Murphy est un acteur, producteur, réalisateur et scénariste néo-zélandais, né le 13 juin 1938 en Nouvelle-Zélande. 1977 : Wild Man. 1977 : Dagg Day Afternoon. 1981 : Goodbye Pork Pie. 1983 : Utu. 1985 : Le Dernier survivant. 1988 : Never Say Die. 1989 : Red King, White Knight (TV). 1990 : Young Guns 2. 1992 : Freejack. 1993 : Angle mort (TV). 1993 : The Last Outlaw (en) (TV). 1995 : Piège à grande vitesse. 1996 : Don't Look Back (TV). 1999 : Fortress 2 : Réincarcération. 2000 : L'Homme traqué (Race Against Time) (TV). 2001 : Blerta Revisited. 2004 : Spooked.


                Avertissement: Une chronique exclusive rĂ©digĂ©e par Boobakar et reprise sur le site                                                        SENSCRITIQUE.COM, dont je partage la mĂŞme opinion.

Utu est un survival sorti en Nouvelle-Zélande en 1983, où il a eu un gros succès, mais dont les ventes à l'étranger furent décevantes. De ce fait, le film fut rangé dans un placard durant près de trente ans jusqu'à une nouvelle restauration, et un montage un peu plus court, qui fait qu'il sera redécouvert par une nouvelle génération, lui apportant cette fois le succès.
J'avoue que je ne m'attendais pas Ă  ça de Geoff Murphy, qui a fait des tas de films de commande (de Young guns II Ă  Fortress 2 en passant par Piège Ă  grande vitesse, un Steven Seagal !), mais il faut dire que son Ĺ“uvre nĂ©o-zĂ©landaise nous est quasiment inconnue.


Ce film est l'histoire d'une vengeance, celle d'un capitaine Maori, travaillant pour les Anglais lors de la guerre de Nouvelle-Zélande, vers la fin du XIXe siècle, qui voit que l'armée supprime les siens. Fou de rage, il va se battre contre les Anglais et fomenter une armée.
Il faut dire que le film est très beau, toujours comme si le ciel fut toujours couvert, et ça donne un aspect survival pas inintéressant, et ça reste étonnamment violent, à l'image de cette scène très connue où, pour officialiser en quelque sorte sa vengeance, le soldat Maori va aller dans une église, tuer le prête alors qu'il faisait son office, et lui couper la tête pour en quelque sorte déclarer la guerre !

Mais là où Utu pêche un peu, c'est dans sa construction que je trouve particulièrement confuse. Est-ce à cause de de nouveau montage dit Redux (dix minutes en moins), mais le récit est orné de plusieurs flash-backs, et si on n'est pas attentif, il est difficile se perdre dans la narration, car tout s'enchaîne tel quel. Est-ce pour représenter l'aspect mental du personnage, très bien joué par Anzac Wallace, ou la confusion qui régna alors, mais c'est pas facile de s'y retrouver.
C'est un mélange de plusieurs genres, aussi bien l'horreur que le Western, en passant par des scènes d'actions très fortes, comme celle où cet homme va brûler, et tuer, des occupants d'une maison, car pour lui, les blancs sont désormais des ennemis, alors que peu de temps avant, il était leur éclaireur.


Quentin Tarantino qualifie ce film comme le plus important du cinĂ©ma NĂ©o-ZĂ©landais, il aura fortement influencĂ© Lee Tamahori, par ailleurs rĂ©alisateur de 2eme Ă©quipe, pour L'âme des guerriers, mais je ne trouve pas Utu aussi fort que je ne le pensais. Car c'est au fond assez confus pour me satisfaire totalement ; mais attention, je ne remets pas en cause ses qualitĂ©s picturales qui sont Ă©videntes.  6/10.

* Boubakar (10.03.18)

mardi 13 mars 2018

MOI, TONYA. Oscar de la Meilleure actrice de second rĂ´le, Allison Janney.

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Craig Gillespie. 2017. U.S.A. 2h00. Avec Margot Robbie, Mckenna Grace, Sebastian Stan, Allison Janney, Julianne Nicholson, Caitlin Carver, Bojana Novakovic.

Sortie salles France: 21 Février 2018. U.S: 8 Décembre 2017

FILMOGRAPHIECraig Gillespie (né le 1er septembre 1967 à Sydney) est un réalisateur australien. 2007 : Mr. Woodcock. 2007 : Une fiancée pas comme les autres. 2011 : Fright Night. 2014: Million Dollar Arm. 2015 : The Finest Hours. 2017 : Moi, Tonya.


ComĂ©die dramatique pleine de frĂ©nĂ©sie technique et formelle sous le pilier d'un jeu d'acteurs criants de vĂ©ritĂ© et d'autodĂ©rision (Margot Robbie, Mckenna Grace se disputent la vedette lors d'un cruel affrontement parental), Moi Tonya aborde brillamment le "biopic" pour retracer ascension et dĂ©clin de cette patineuse ayant dĂ©frayĂ© la chronique Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 90 Ă  la suite d'une agression envers sa rivale Nancy Kerrigan. Impeccablement rythmĂ© de par l'ironie pittoresque des situations improbables que Tonya Harding enchaĂ®ne au fil de ses frĂ©quentations peu recommandables, Moi, Tonya conjugue rires et larmes avec une efficacitĂ© peu commune si bien qu'elle confine au vertige dans ses Ă©motions littĂ©ralement contradictoires (on peut clairement diviser le film en 2 parties dans son renversement des situations dramatiques). Et ce tout en restant fidèle Ă  la reconstitution des Ă©vènements scrupuleusement dĂ©crits du point de vue introspectif d'une patineuse fragile mais pugnace, mĂ©prisĂ©e par un jury Ă©litiste car accordant trop d'importance aux valeurs morales que Tonya n'a jamais pu relever faute de son esprit rebelle (c'est une redneck politiquement incorrecte de par son Ă©ducation maternelle rĂ©actionnaire).


Outre le caractère ludique des faits cocasses relatĂ©s avec causticitĂ© (notamment les stratĂ©gies grotesques de pieds nikelĂ©s que l'on croirait Ă©chappĂ©s d'un polar des Cohen), on reste autant stupĂ©fait par l'inventivitĂ© de la mise en scène (parfois clippesque et semĂ©e de tubes pop-rock) rĂ©solument inspirĂ©e pour y dresser le bouleversant portrait d'une patineuse aussi bien fragile qu'infortunĂ©e mais pour autant battante et stoĂŻque afin de se tailler un nom dans l'histoire du patinage artistique. C'est tout du moins ce qu'elle accomplira en tant que première patineuse amĂ©ricaine d'avoir exĂ©cutĂ© un triple axel lors d'une compĂ©tition. Alors que les mĂ©dias de l'Ă©poque s'Ă©taient ensuite empressĂ©s de relayer l'affaire scandaleuse avec un gout racoleur du sensationnalisme, Craig Gillespie souhaite rĂ©tablir la vĂ©ritĂ© d'après son parcours d'endurance (aussi bien moral que physique) sĂ©vèrement compromis par une mère abusive dès son enfance puis par un Ă©poux borderline incessamment violent auprès d'elle. Grâce au jeu profondĂ©ment expressif de Margot Robbie dessinant le magnifique portrait d'une patineuse caractĂ©rielle Ă  la fois solitaire (notamment faute de tolĂ©rer l'amitiĂ© auprès de ses rivales), insolente (sa rĂ©bellion et ses joutes verbales auprès de l'orgueil d'un jury inĂ©quitable) et dĂ©sespĂ©rĂ©ment en mal d'amour (tant auprès de sa mère tyrannique que de son compagnon sadomaso), le personnage si malmenĂ© (et prochainement haĂŻ du public) se dĂ©voile sous nos yeux avec fĂ©brile sensibilitĂ©.


"La vérité on l'a au fond de soi même"
Leçon de courage, de dĂ©termination et de bravoure auprès des losers infortunĂ©s, hommage plein de tendresse et de dignitĂ© envers une tricarde condamnĂ©e au pilori par la justice et la foule avide d'esclandre, Moi, Tonya confine au sublime dans son sens du spectacle Ă©pique oĂą le tragi-cocasse se tĂ©lescope avec une dimension humaine inopinĂ©ment prude. Un moment de cinĂ©ma frĂ©tillant transfigurĂ© par le duo explosif Margot Robbie/Allison Janney crevant l'Ă©cran Ă  chacune de leurs apparitions si bien que leur apartĂ© (dans le sens oĂą elles s'adressent parfois directement Ă  nous spectateurs !) nous immerge d'autant mieux dans leur rivalitĂ© triviale Ă  se disputer leur responsabilitĂ© sous couvert d'injustice et d'inĂ©galitĂ© sociale.

* Bruno

Récompenses: Oscars 2018 : Meilleure actrice dans un second rôle pour Allison Janney
Golden Globes 2018 : Meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Allison Janney
British Academy Film Awards 2018 : Meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Allison Janney
Screen  Actors Guild Awards 2018 : Meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Allison Janney
Australian Academy of Cinema and Television Arts Awards 2018 :
Meilleure actrice internationale pour Margot Robbie
Meilleure actrice internationale dans un second rĂ´le pour Allison Janney
Critics' Choice Movie Awards 2018 :
Meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Allison Janney

vendredi 9 mars 2018

MR73

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinema.jeuxactu.com

de Olivier Marchal. 2008. France. 2h05. Avec Daniel Auteuil, Olivia Bonamy, Catherine Marchal, Francis Renaud, Gérald Laroche, Guy Lecluyse, Philippe Nahon, Clément Michu, Moussa Maaskri.

Sortie salles France: 12 Mars 2008 (Int - 12 ans).

FILMOGRAPHIE: Olivier Marchal est un acteur et réalisateur français, né le 14 novembre 1958 à Talence. 2002 : Gangsters. 2004 : 36 quai des Orfèvres. 2008 : MR 73. 2011 : Les Lyonnais. 2017 : Carbone.


                                           "Dieu est un fils de pute et un jour je le tuerai."

Quatre ans après la rĂ©vĂ©lation 36 Quai des Orfèvres, Olivier Marchal met les bouchĂ©es doubles avec le tĂ©tanisant et bouleversant MR73. Un uppercut Ă©motionnel implacable sous le schĂ©ma d'une trajectoire mortuaire en roue libre. Chemin de croix vertigineux d'un flic avinĂ© condamnĂ© Ă  l'infortune puis Ă  la damnation, MR73 laisse en Ă©tat de collapse sitĂ´t le rideau (de larmes) tombĂ©. D'une noirceur et cruautĂ© inouĂŻes, Olivier Marchal accomplit avec ce polar aussi bien poisseux que sinistrosĂ© la pièce maĂ®tresse de sa florissante carrière, Ă  l'instar de ses aĂ®nĂ©s les plus notables (Corneau, Chabrol, Tavernier et consorts). De par la densitĂ© de son scĂ©nario binaire impeccablement charpentĂ© (course contre la montre Ă  dĂ©jouer 2 serial-killers en mĂŞme temps de nous livrer une Ă©tude de caractères dĂ©sabusĂ©s), de l'attention de sa mise en scène posĂ©e et d'un jeu d'acteurs putassiers (Philippe Nahon, proprement terrifiant de cynisme en monstre irrĂ©cupĂ©rable !) ou virils que Daniel Auteuil domine avec une vĂ©ritĂ© viscĂ©rale mise Ă  nu face Ă©cran.


StriĂ© par la tristesse du deuil et l'Ă©puisement de l'existence, enlaidi, vieilli et lambinĂ© par l'alcool, Auteuil balade sa dĂ©gaine tel un fantĂ´me errant lors d'une quĂŞte dĂ©sespĂ©rĂ©e de rĂ©demption et d'exutoire au sein d'un monde anxiogène gangrenĂ© par l'injustice, la corruption (ici policière) et le Mal Ă  visage humain. D'une intensitĂ© dramatique suffocante au travers de visions morbides (la rĂ©sultante des crimes les plus sordides nous rappelle Seven ou Le Silence des Agneaux), de pĂ©ripĂ©ties et règlements de compte abrupts, MR73 provoque un dĂ©sarroi moral difficilement gĂ©rable face Ă  l'introspection d'un homme accablĂ© par le deuil et seul contre tous Ă  tenter de dĂ©voiler la merde auprès de sa hiĂ©rarchie. Sous couvert du poids inextinguible de la culpabilitĂ©, du remord et de l'amertume que notre anti-hĂ©ros traverse sans illusion, Marchal en profite pour nous envoyer en pleine face son cri d'indignation face Ă  une sociĂ©tĂ© laxiste oĂą les plus nantis parviennent toujours Ă  taire leurs agissements les plus prĂ©judiciables. Notamment faute d'un instinct pervers indĂ©crottable chez les sujets les plus dĂ©rangĂ©s. Abordant enfin le thème de la vengeance en dernière ligne droite, MR73 fait ensuite appel au suicide le plus immoral par le truchement d'un ange exterminateur fourbu par le prĂ©judice et la partialitĂ©.


Le "Martyrs" du polar français. 
TragĂ©die sĂ©pulcrale d'une noirceur et d'un pessimisme constants de par son regard plein d'acrimonie sur une sociĂ©tĂ© aussi fourbe que nĂ©crosĂ©e, MR73 triture nos Ă©motions avec une acuitĂ© dramatique cafardeuse. HantĂ© par la prĂ©sence tricĂ©phale d'Auteuil en coupable / victime / bourreau, ce polar viciĂ© habitĂ© par sa dĂ©chĂ©ance morale est notamment l'occasion pour Marchal de nous livrer une bouleversante oraison auprès des martyrs innocents, puis de nous achever avec la genèse d'un nourrisson clamant sa souffrance dès 1er souffle. Du grand cinĂ©ma Ă  la fois dur et crĂ©pusculaire, sensible et Ă©lĂ©giaque, aussi nihiliste soit son propos rageur (pas de rĂ©demption possible pour les monstres et les vindicateurs), Ă  ne pas mettre pour autant entre toutes les mains. 

Dédicace à Mathias Chaput

* Bruno

La chronique de Mathias Chaput:
Il est des Ĺ“uvres qui rĂ©concilient avec le cinĂ©ma…
« MR 73 » fait partie de ces rares films français qui vous assène un coup de poing en plein visage, un uppercut en plein cĹ“ur, Olivier Marchal a rĂ©ussi Ă  nous projeter dans un univers foisonnant et crĂ©pusculaire oĂą gravitent des personnages dĂ©sespĂ©rĂ©s et habitĂ©s par le malheur, mais il transgresse ces situations et ces sentiments par une intrigue policière tout Ă  fait pĂ©nĂ©trante et d’une noirceur totale…
Marchal flirte avec les cimes du polar de haut niveau et atteint la perfection dans de nombreuses sĂ©quences dont la plus marquante, la finale, il Ă©clabousse les normes, s’approprie son style de façon abrupte par des symbolisations, des mĂ©taphores uniques qui vont extrĂŞmement loin dans l’hyper sensibilitĂ© (la religion est Ă©claboussĂ©e par le sang, la mort passe par la vie, par la naissance… on suppose mĂŞme une rĂ©incarnation, c’est dire si le transfert et le parallèle sont osĂ©s !)…
Au niveau de la direction d’acteurs, Daniel Auteuil prouve une nouvelle fois son authenticitĂ©, Philippe Nahon fait encore plus peur que dans « Seul contre tous » et Olivia Bonamy est cinglante de fragilitĂ©, enveloppant  un rĂ´le frĂŞle et vulnĂ©rable, elle donne la vie comme pour se sauver elle-mĂŞme…
Les contrastes avec les polars traditionnels sont saisissants, que ce soit la pluie, la nuit, l’atmosphère qui règne dans « MR 73 » tout se dĂ©marque de ce que l’on avait pu voir auparavant, Olivier Marchal s’imprègne d’une histoire assez basique pour la renouveler et la transcender Ă  sa façon, de la lumière aux tĂ©nèbres, il n’y a qu’un pas…
Froid, glaçant mĂŞme, « MR 73 » est un polar qui ne ressemble Ă  aucun autre, il pulvĂ©rise les codes et amène le spectateur sur une rĂ©flexion sur la justice et la vie de ces policiers, loin des clichĂ©s que l’on a pu voir et entendre, il donne une dimension mystique Ă  cette profession et le rĂ©alisme totalement assumĂ© par Marchal ne peut qu’appuyer et entĂ©riner son propos…
Très dur, « MR 73 » fait sortir de l’ombre les pires affres que peuvent vivre des humains et dĂ©passent ces derniers par un espoir, un faible espoir d’arriver Ă  la plĂ©nitude et au repos de l’âme…
Fantastiquement mis en scène, « MR 73 » est une Ĺ“uvre qui laisse des sĂ©quelles et qui grave instantanĂ©ment l’histoire du cinĂ©ma français au sommet…

Note : 10/10

jeudi 8 mars 2018

MORTELLES CONFESSIONS

                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lastroadreviews.wordpress.com

"The ConfessionalHouse of Mortal Sin" de Pete Walker. 1976. Angleterre. 1h44. Avec Anthony Sharp, Susan Penhaligon, Stephanie Beacham, Norman Eshley, Sheila Keith.

Sortie salles Angleterre: Février 1976. Inédit en salles en France

FILMOGRAPHIE: Pete Walker est un réalisateur, scénariste et producteur britannique, né en 1939 à Brighton. 1968: l'Ecole du sexe, For men only, 1970: Cool, c'est Carol, 1971: Man of violence, Die Screaming, Marianne, 1972: Quatre dimensions de Greta, le Théâtre de l'angoisse, 1973: Tiffany Jones, 1974: Flagellations, Frightmare, 1976: Mortelles Confessions, Schizo, 1978: Hallucinations, 1979: Home Before Midnight, 1983: House of the long shadows.


Heureuse surprise de la part d'Artus de nous avoir exhumĂ© de l'oubli ce petit classique british rĂ©alisĂ© par le franc-tireur Pete Walker, tant et si bien que Mortelles Confessions resta inĂ©dit en salles dans nos contrĂ©es ! PlutĂ´t couillu de nous dĂ©peindre la dĂ©rive licencieuse d'un prĂŞtre rigoriste, Mortelles Confessions baigne dans un climat malsain relativement glacĂ© sous l'impulsion d'un duo d'amants au passĂ© aussi bien trouble que secret. Tout du moins avant que le final jusqu'au-boutiste ne nous dĂ©voile leurs tenants et aboutissants lors d'un bain de sang qui risquera Ă  coup sĂ»r d'en dĂ©concerter plus d'un. Car exit le happy-end de rigueur, Pete Walker privilĂ©giant une conclusion aussi bien Ă©quivoque qu'inĂ©quitable quant au sort prĂ©caire de l'hĂ©roĂŻne mais aussi du serial-killer infiniment perfide. Le pitch simpliste s'oriente vers les Ă©preuves amoureuses que se partagent une jeune femme avec ses deux amants. Après avoir rencontrĂ© une vieille connaissance de lycĂ©e devenue aujourd'hui homme d'Ă©glise elle dĂ©cide de le retrouver dans son havre chrĂ©tien. C'est Ă  ce moment fortuit qu'elle aborde le père Meldrum, puritain draconien subitement Ă©pris de sentiments pour elle. 


Prenant son temps Ă  planter son intrigue et ses personnages Ă©voluant autour de la morale conservatrice du père Meldrum, Pete Walker distille un suspense sous-jacent au fil de sa trajectoire criminelle toujours plus cruelle et violente, quand bien mĂŞme l'hĂ©roĂŻne dĂ©munie s'efforce vainement d'avertir son entourage amical. La faute incombant Ă  la parole Ă©vangĂ©lique de cet homme d'Ă©glise considĂ©rĂ© comme intouchable car respectĂ© de tous. A partir de l'instant ou Vanessa sombre dans une apprĂ©hension dĂ©sespĂ©rĂ©e, une tension progressive est scrupuleusement instaurĂ©e, quand bien mĂŞme dans une des chambres du presbytère du tueur, sa mère alitĂ©e semble soumise Ă  une majordome borgne aux penchants pervers. Pete Walker accordant notamment pas mal d'intĂ©rĂŞt Ă  brosser les comportements Ă  la fois castrateurs et interlopes de ce trio maudit, pour ne pas dire machiavĂ©lique, et ce avant de nous dĂ©voiler pour quel vĂ©ritable mobile le prĂŞtre sombra dans la folie. Au-delĂ  de l'efficacitĂ© du rĂ©cit fertile en pĂ©ripĂ©ties, subterfuges et exactions sanglantes (mĂŞme si les maquillages ne se limitent qu'Ă  grimer les victimes de ketchup); Mortelles Confessions est Ă©galement rehaussĂ© de la prĂ©sence dĂ©moniaque d'Anthony Sharp franchement haĂŻssable dans la peau du prĂŞtre vĂ©reux, quand bien mĂŞme Sheila Keith (Flagellation, Frightmare) lui dispute la vedette avec un charisme patibulaire aussi fourbe et insidieux. On peut Ă©galement souligner l'attachante interprĂ©tation de Susan Penhaligon en tant que victime fragile et Ă©plorĂ©e.


Psycho-killer glauque modestement rĂ©alisĂ© et correctement interprĂ©tĂ© en dĂ©pit de la compĂ©tence perfectible de son auteur, Mortelles Confessions constitue un excellent suspense fĂ©tide autour du thème du puritanisme si bien que la religion rigoriste est pointĂ©e du doigt dans son refus de se plier Ă  la tolĂ©rance de l'amour du point de vue du prĂŞtre condamnĂ© Ă  la chastetĂ©. A dĂ©couvrir fissa chez l'Ă©tendard Artus Films dans une version HD irrĂ©prochable ! 

* Bruno

CARBONE

                                                 Photo empruntĂ© sur Google, appartenant au site Allocine.fr

d'Olivier Marchal. 2017. 1h45. France. Avec Benoît Magimel, Laura Smet, Idir Chender, Gringe,
Michaël Youn, Gérard Depardieu, Dani.

Sortie salles France: 1er Novembre 2017.

FILMOGRAPHIEOlivier Marchal est un acteur et réalisateur français, né le 14 novembre 1958 à Talence. 2002 : Gangsters. 2004 : 36 quai des Orfèvres. 2008 : MR 73. 2011 : Les Lyonnais. 2017 : Carbone.


                                  Qui veut atteindre les sommets doit s'attendre aux abĂ®mes.
Humilié par son beau-père cossu et rejeté par sa propre épouse, l'entrepreneur Antoine Roca finit par sombrer dans l'illégalité puis la criminalité en complotant une fraude à la TVA sur les quotas de carbone dans l'Union européenne (argument inspiré d'un fait divers survenu en 2008-2009). Au fil de son ascension et faute d'avoir négocié avec 2 médiocres comparses et une pègre opiniâtre, il se retrouve emmêlé dans des rackets et règlements de compte irréversibles.


Polar dramatique assez prĂ©visible durant son 1er acte, de par ses emprunts Ă  Scarface (toute l'intrigue s'Ă©rige autour de l'ascension et le dĂ©clin d'un entrepreneur infortunĂ©, fils d'ouvrier) mais rehaussĂ© d'une seconde partie plus intense et surprenante (Ă  l'instar de son Ă©pilogue escarpĂ© d'une intensitĂ© dramatique poignante - clien d'oeil tacite Ă  "L'Impasse"-, de l'affrontement Depardieu/Magimel et de la dĂ©chĂ©ance criminelle Ă©manant de leur orgueil), Carbone vaut surtout pour le brio indiscutable de sa mise en scène et d'un jeu d'acteurs infaillibles emportant tout sur leur passage. Marchal vouant un amour indĂ©fectible au polar Ă  l'ancienne sous l'impulsion de gueules striĂ©es et de rĂ©fĂ©rences en l'occurrence ricaines. Car outre les solides prĂ©sences de Michael Youn, Ă©tonnamment dĂ©pouillĂ© en comptable vĂ©reux, de Depardieu en patriarche condescendant, de Moussa Maaskri en mafieux perfide, de Dani en matrone matoise et de Laura Smet, en faire-valoir sentimentale; le trop rare Benoit Magimel explose l'Ă©cran dans celui de l'entrepreneur arriviste prĂ©alablement dĂ©pitĂ© par l'Ă©chec professionnel et conjugal, et aujourd'hui contrariĂ© par sa perte des valeurs morales.


Impeccablement rythmĂ©, formellement stylisĂ© et traversĂ© de 2/3 Ă©clairs de violence arides Ă  mi-parcours, Carbone parvient in extremis Ă  captiver sous le pilier (dĂ©gingandĂ©) d'une intrigue sans surprise n'Ă©vitant pas les clichĂ©s, quand bien mĂŞme la caractĂ©risation humaine des personnages (les plus fragiles) aurait gagnĂ© Ă  ĂŞtre mieux dĂ©veloppĂ©e lors de leur trajectoire illĂ©gale oĂą perce euphorie et tensions, remord et culpabilitĂ©. Quoiqu'il en soit, on passe malgrĂ© tout un très bon moment si bien que Marchal, scrupuleux et maestro en la matière,  prouve Ă  nouveau qu'il reste l'un des + notables dans le paysage du polar français, accompagnĂ© d'un Magimel au firmament de sa carrière.  

* Bruno

mercredi 7 mars 2018

COCO. Oscar du Meilleur film d'Animation, 2018.

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site disney.wikia.com

de Lee Unkrich et Adrian Molina. 2017. U.S.A. 1h45. Avec les voix originales de Anthony Gonzalez, Gael GarcĂ­a Bernal, Benjamin Bratt, Antonio Sol, Alanna Ubach, RenĂ©e Victor.

Sortie salles France: 29 Novembre 2017. U.S: 22 Novembre 2017

FILMOGRAPHIELee Unkrich est un rĂ©alisateur et monteur amĂ©ricain nĂ© le 8 aoĂ»t 1967 Ă  Cleveland, Ohio. 1992 : Le Rebelle (Renegade) (TV). 1994 : Betrayed by Love (TV). 1995 : Toy Story. 1998 : 1001 pattes. 1999 : Toy Story 2. 2001 : Monstres et Cie. 2003: Le Monde de Nemo. 2006 : Cars. 2010 : Toy Story 3. 2017 : Coco.
Adrian Molina est un scénariste américain né le 23 août 1985 à Yuba City. 2017: Coco.


Un superbe hommmage aux défunts et à la famille chez les "tortillas", même si j'escomptais le chef-d'oeuvre de la part de Pixar.
Prévoir les mouchoirs pour le final d'une sensibilité à fleur de peau.
3D au top.

* Bruno

Récompenses: Producers Guild of America Awards 2017: meilleur producteur d'un film d'animation pour Darla K. Anderson
Golden Globes 2018: meilleur film d'animation
British Academy Film Awards 2018 : meilleur film d'animation
Oscars 2018: meilleur film d'animation
Oscars 2018: meilleur chanson originale pour Remember Me de Kristen Anderson-Lopez et Robert Lopez

mardi 6 mars 2018

CREEPSHOW 2

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Michael Gornick. 1987. U.S.A. 1h32. Avec Domenick John, Tom Savini, Joe Silver, George Kennedy, Philip Dore, Kaltey Napoleon.

Sortie salles France: 16 Décembre 1987. U.S: 1er Mai 1987

FILMOGRAPHIE: Michael Gornick est un réalisateur et producteur américain.
1985: Stephen King's Golden Tales (Video - segment "The Word Processor of the Gods". 1987: Creepshow 2.


Chef opĂ©rateur du premier Creepshow, Michael Gornick rĂ©alise avec Creepshow 2 une sympathique sĂ©quelle si bien qu'elle fut un succès commercial outre-atlantique. Sans jamais atteindre l'envergure de son modèle, cette sĂ©rie B au charme Bis parvient Ă  distraire avec plus ou moins d'efficacitĂ© autour de 3 segments sans prĂ©tention. Le 1er sketch, "Le Vieux Chef TĂŞte-de-bois" s'avère le plus faible en dĂ©pit de l'empathie instaurĂ©e auprès du couple de commerçants semi-retraitĂ©s, prochainement molestĂ©s par un trio de maraudeurs sans vergogne. Si son cheminement narratif trop prĂ©visible n'accorde aucune surprise quant Ă  la vengeance meurtrière du totem (une statue de bois toute Ă  fait convaincant lors de sa mobilitĂ© rĂ©duite), l'intrigue agrĂ©ablement contĂ©e se suit sans dĂ©plaisir, quand bien mĂŞme la rĂ©alisation fait parfois preuve d'inventivitĂ© pour rehausser la routine horrifique du second acte. On apprĂ©cie Ă©galement la bonhomie sereine de George Kennedy en commerçant altruiste s'efforçant d'Ă©pauler la communautĂ© indienne. 


Baignant dans une atmosphère solaire estivale autour d'un lac bucolique, "Le Radeau" s'avère redoutablement réjouissant lorsqu'un quatuor de jeunes vacanciers profitent du beau temps pour s'y baigner. Seulement, une nappe semblable à du mazout est aux aguets pour se nourrir de chair humaine. Bénéficiant d'effets spéciaux à la fois convaincants et spectaculaires, "le Radeau" diffuse une intensité dramatique exponentielle sous l'impulsion d'une chose visqueuse d'un noir magnétique lorsqu'elle s'agrippe aux membres de ses victimes. Cauchemardesque et haletant, le huis-clos assez tendu se permet comme de coutume d'y injecter des traits d'humour macabres auprès de la posture des victimes moribondes, à l'instar de sa chute abrupte en bonne et du forme.


La dernière histoire, "L'autostoppeur", relate par le truchement d'humour noir caustique et d'effets gores bien juteux la nuit d'enfer d'une épouse infidèle ayant renversé un autostoppeur de couleur noir sur son chemin du retour. Incessamment persécutée par ce dernier lui conjurant de le prendre en stop, elle tentera par tous les moyens de l'anéantir lors d'une guérilla routière rouge sang. Assez jouissif et drôlement sardonique, "l'Autostoppeur" affiche un rythme haletant à partir d'une idée débridée efficacement exploitée. Et ce en dépit de sa chute moins renversante et d'un score musical inopportun avec les évènements décrits sans temps morts.


Ludique, bonnard et jamais ennuyeux en dĂ©pit de ses scories et de son manque d'ambition (d'oĂą sa modestie bisseuse qui en Ă©mane), Creepshow 2 nous offre une copie somme toute honorable, surtout auprès des 2 derniers segments aussi bien corsĂ©s qu'attractifs dans leur dosage d'humour vitriolĂ© et de grand-guignol qui tâche. 

La chronique de Creepshow: http://brunomatei.blogspot.fr/2012/06/creepshow_20.html

* Bruno
3èx 

lundi 5 mars 2018

La Maison qui tue / The House that dripped blood

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Peter Duffell. 1971. Angleterre. 1h41. Avec Christopher Lee, Denholm Elliott, Joanna Dunham, Peter Cushing, Nyree Dawn Porter, Jon Pertwe.

Sortie salles France: 27 Novembre 1974. Angleterre: 22 FĂ©vrier 1971

FILMOGRAPHIEPeter Duffell est un rĂ©alisateur anglais nĂ© le 10 Juillet 1922 Ă  Canterbury, Kent, England, UK, dĂ©cĂ©dĂ© le 12 DĂ©cembre 2017. 1973: Les rapaces du 3è Reich. 1975: L'Enlèvement. 1980: Daisy (tĂ©lĂ©film). 1982: Experience Preferred... But Not Essential. 1986: Les Louves (tĂ©lĂ©film). 1987: Hand in glove (tĂ©lĂ©film). 1990: King of the wind (tĂ©lĂ©film). 1991: Some Other Spring (tĂ©lĂ©film).

Produit par la cĂ©lèbre firme Amicus, La Maison qui tue figure sans doute parmi le sommet des films Ă  sketches gothiques, Ă  ranger aux cĂ´tĂ©s d’Histoires d’Outre-Tombe et de Frissons d’Outre-Tombe. AdaptĂ© de rĂ©cits du notoire Robert Bloch, le film Ă©voque la malĂ©diction possible d’une maison semblant vouĂ©e Ă  prĂ©cipiter la chute de ses occupants - du moins les plus vĂ©reux.

Le premier segment, assez terrifiant lors des apparitions d’un spectre ricaneur, nous plonge dans la paranoĂŻa rampante d’un Ă©crivain, hantĂ© par le personnage diabolique qu’il a lui-mĂŞme créé pour nourrir son nouveau roman. Nanti de visions dĂ©rangeantes d’un fantĂ´me hideux, Charles Hillyer finit par avouer ses troubles Ă  son Ă©pouse, qui lui recommande de consulter un psychiatre. Efficace et sarcastique dans sa dĂ©rive, Method for Murder baigne dans un climat d’angoisse subtilement entretenu par un homme aux abois, gagnĂ© par l’apprĂ©hension. Le rĂ©alisateur joue habilement des visions horrifiques sous l’alibi d’une possible paranoĂŻa, voire de schizophrĂ©nie, notamment Ă  travers ses altercations conjugales. La chute, cruelle et sardonique, fonctionne pleinement, malgrĂ© le thème dĂ©jĂ  souvent visitĂ©. Or, l'emballage est plus fin, intelligent et original que de coutume. 

Le deuxième rĂ©cit, Waxworks, nous entraĂ®ne dans un musĂ©e des horreurs Ă  l’atmosphère troubles. Lorsqu’un veuf y dĂ©couvre une effigie de femme brandissant une tĂŞte dĂ©capitĂ©e sur un plateau d’argent, il est aussitĂ´t frappĂ© par la ressemblance troublante avec son ancienne compagne. FascinĂ©, dĂ©stabilisĂ©, il tente d’oublier - jusqu’Ă  ce qu’un vieil ami vienne lui rendre visite. Cette intrigue, oĂą sourdent jalousie et infidĂ©litĂ©, s’appuie sur la stature spectrale de Peter Cushing, parfait en solitaire taiseux hantĂ© par l’ombre de l’amour perdu. Si la chute manque peut-ĂŞtre un peu de mordant et que la brièvetĂ© nuit un peu Ă  la tension, l’ensemble demeure soignĂ©, accrocheur et pĂ©nĂ©trant.

Le troisième segment (mon favori avec le quatrième) narre la confrontation silencieuse entre un aristocrate glacial et une Ă©ducatrice venue prendre soin de sa fille recluse depuis son retrait scolaire. Tandis que la gouvernante, douce et attentionnĂ©e, se rapproche de l’enfant, elle s’inquiète bientĂ´t du comportement castrateur du père, prompt Ă  la violence. Superbement Ă©crit, mis en scène et interprĂ©tĂ© (entre la prestance hautaine de Christopher Lee, la sobriĂ©tĂ© rassurante de Nyree Dawn Porter, et surtout le magnĂ©tisme presque spectral de la candide Chloe Franks, Ă  la fois diaphane et intensĂ©ment prĂ©sente), Sweets to the Sweet distille une sorcellerie sourde, latente, dans la montĂ©e en tension d’une vendetta infantile. Car mĂŞme si l’issue se devine - mĂ©chamment cruelle -, l’intensitĂ© des affrontements parentaux et la prĂ©sence vĂ©nĂ©neuse de la fillette conspiratrice nous poursuivent bien au-delĂ  du gĂ©nĂ©rique.

Le dernier rĂ©cit s’articule autour de l’ego hypertrophiĂ© d’un cĂ©lèbre acteur de films d’Ă©pouvante, condescendant et mĂ©prisant Ă  l’Ă©gard de tous. Mais l’achat d’une cape de vampire dans une boutique poussiĂ©reuse bouleversera le cours de sa vie. The Cloak, farce macabre semi-parodique ponctuĂ©e de clins d’Ĺ“il, se moque avec un plaisir communicatif de son protagoniste hautain. L’idĂ©e centrale, dĂ©licieusement fantaisiste, s’illustre Ă  travers des trucages efficaces (quoique concis et visible sur grand Ă©cran) et le jeu outrancier mais parfaitement assumĂ© de Jon Pertwee, vampire malgrĂ© lui, grimacier malicieux pris au piège de son propre rĂ´le. Et puis que dire de l'icĂ´ne Ingrid Pitt rivalisant de malice, de sensualitĂ© et de charme opulent en vamp sexy. 

Composé de sketches tous intéressants et attachants, plaisants et surprenants, La Maison qui tue parvient, grâce au soin constant de la mise en scène (notamment formellement gothique) et à un casting hors pair, à se hisser dans les mémoires - surtout grâce à ses deux derniers segments, hauts en intensité et en étrangeté.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

26.07.25. 3èx. Vostf

dimanche 4 mars 2018

VERONICA

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Paco Plazza. 2017. Espagne. 1h45. Avec Sandra Escacena, Bruna González, Claudia Placer, Iván Chavero, Ana Torrent.

Sortie salles France: 24 Janvier 2018. Espagne: 25 Août 2017

FILMOGRAPHIE: Paco Plaza est un réalisateur et scénariste espagnol, né en 1973 à Valence (Espagne). 2002: Les Enfants d'Abraham. 2004: L'Enfer des Loups. 2006: Scary Stories. 2007: REC. 2008: REC 2. 2012: REC 3 Genesis.


Plein de bonnes intentions dans son parti-pris de privilégier un réalisme studieux (limite documenté) et de s'offrir un casting juvénile très convaincant (notamment auprès d'un marmot criant de naturel !), Paco Plaza réalise avec Veronica une honnête série B en exploitant l'attirail démonologique avec une certaine efficacité. Tant et si bien que le récit tiré d'une histoire vraie se laisse suivre sans déplaisir en dépit de son cheminement routinier et des facilités du "ouh fais moi peur" tributaire d'artifices souvent grossiers.

2/3 scènes chocs assez dérangeantes provoquent toutefois un certain malaise (viscéral ou psychologique selon la posture parano de l'héroïne sévèrement hantée et molestée par l'entité), quand bien même son épilogue tragique fidèle à la reconstitution du "fait divers" nous glace le sang par son intensité dramatique escarpée. Par ailleurs, on peut louer l'aspect atmosphérique d'une partition musicale aussi intense que grave dans ses sonorités contractées, ce qui rehausse le vérisme de l'ensemble.

A voir 1 fois, car en dépit de l'extrême sincérité de Plaza, le film aurait largement gagné à être plus cérébral, vraisemblable et fouillé au niveau de la caractérisation morale de l'héroïne (en perte de repères et de raison) pour provoquer l'effroi tant escompté. Dommage donc.

* Bruno

vendredi 2 mars 2018

RUBY

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Curtis Harrington. 1977. U.S.A. 1h24. Avec Piper Laurie, Stuart Whitman, Roger Davis, Janit Baldwin, Paul Kent, Len Lesser.

Sortie salles U.S: 24 Juin 1977

FILMOGRAPHIECurtis Harrington, né le 17 septembre 1926 à Los Angeles (Californie) et mort le 6 mai 2007, est un réalisateur, scénariste, acteur, producteur et directeur de la photographie américain.1946 : Fragment of Seeking. 1961 : Night Tide. 1965 : Voyage sur la planète préhistorique. 1966 : Queen of Blood. 1967 : Games. 1970 : How Awful About Allan (TV). 1971 : Mais qui a tué tante Roo ? 1971 : What's the Matter with Helen ? 1973 : The Killing Kind. 1973 : The Cat Creature (TV). 1974 : La Révolte des abeilles (Killer Bees) (TV). 1975 : The Dead Don't Die (TV). 1977: Ruby. 1978 : Devil Dog: The Hound of Hell (TV). 1985 : Mata Hari. 2002 : Usher


DĂ©solĂ© si je froisse certains amateurs mais que sont venus faire dans cette galère Piper Laurie (bien qu'assez convaincante en veuve Ă©plorĂ©e) et Stuart Whitman ? Ruby s'avĂ©rant d'une rare indigence de par son scĂ©nario insipide (une banale vengeance d'outre tombe surfant en dernier acte sur le mode opĂ©ratoire de L'Exorciste) et le ridicule des situations horrifiques Ă  la lisière de la semi-parodie. Bref, en dĂ©pit de l'originalitĂ© de sa scĂ©nographie restreinte (un drive-in, théâtre d'Ă©vĂ©nement paranormaux et de morts sanglantes en mode "hors champs"), Ruby est une Ă©preuve soporifique Ă  la temporalitĂ© Ă©tirĂ©e (alors qu'il n'affiche  qu'1h24 au compteur !). On comprends donc l'invisibilitĂ© du produit depuis sa sortie (mĂŞme si dispo en Vhs rare chez nous) si bien qu'il fut discrètement exploitĂ© en salles chez nous avec 14802 entrĂ©es (semble t-il ! Et donc Ă  confirmer...).

* Bruno

jeudi 1 mars 2018

La Revanche de Freddy / A Nightmare On Elm Street Part 2: Freddy's Revenge

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de Jack Sholder. 1985. U.S.A. 1h24. Avec Mark Patton, Kim Myers, Robert Englund, Robert Rusler, Clu Gulager, Hope Lange, Marshall Bell.

Sortie salles France: 26 Février 1986. U.S: 1er Novembre 1985

FILMOGRAPHIE: Jack Sholder est un réalisateur américain, né le 8 juin 1945 à Philadelphia. 1973: The Garden Party (court-métrage). 1982: Alone in the dark. 1985: Le Revanche de Freddy. 1987: Hidden. 1988: Vietnam War Story 2. 1989: Flic et Rebelle. 1990: By Dawn's Early Light (télé-film). 1993: 12h01: prisonnier du temps (télé-film). 1994: Sélection naturelle (télé-film). 1994: The Omen (télé-film). 1996: Generation X (télé-film). 1997: Panique sur l'autoroute (télé-film). 1999: Wishmaster 2. 2001: Arachnid. 2002: Beeper. 2004: 12 Days of terror.


Second volet d'une franchise aussi lucrative qu'Halloween, Saw ou encore Vendredi 13, la Revanche de Freddy jouit d'une certaine forme d'originalitĂ© si on se rĂ©fère aux thĂ©matiques de la possession sous l'angle de la mĂ©taphore et de la psychanalyse que les critiques de l'Ă©poque ont prĂ©fĂ©rĂ© occulter en se focalisant sur ses dĂ©fauts. Car mĂŞme si les protagonistes juvĂ©niles souffrent d'un manque d'expressivitĂ©, voirs font preuve d'outrance gestuelle (l'acolyte de Jesse) et d'absence de bagage culturel, l'idĂ©e de la possession dĂ©moniaque que le croquemitaine s'empresse d'habiter auprès d'un d'ado Ă  l'homosexualitĂ© refoulĂ©e ne manque ni d'intĂ©rĂŞt ni de surprise en filigrane mĂ©taphorique. Ce qui aboutira d'ailleurs Ă  une impressionnante mĂ©tamorphose Ă  base de latex que l'on contemple aujourd'hui d'un oeil aussi fascinĂ© qu'amusĂ©.


D'autres sĂ©quences chocs parfois gores sont Ă©galement assez rĂ©ussies grâce au savoir-faire artisanal des spĂ©cialistes en maquillage et du dynamisme du montage (mĂŞme si parfois maladroit lors de certaines confrontations) alors que d'autres demeurent malsaines, malaisantes (la violente agression de la pĂ©ruche, les 2 p'tits chiens Ă  tĂŞte humaine). Ainsi, outre la psychologie plutĂ´t dĂ©risoire des personnages (tant auprès des ados, dont la cruche du hĂ©ros, que des parents gogos Ă  rabâcher la morale Ă  leur rejeton) et son cheminement narratif somme toute classique, la Revanche de Freddy parvient Ă  divertir, aussi modeste soit l'ambition de Jack Sholder. On peut d'ailleurs rappeler que ce dernier nous eut tout de mĂŞme fourni durant sa maigre carrière les classiques Alone in the Dark et Hidden ainsi que l'excellent tĂ©lĂ©film 12h01: Prisonnier du temp. Et donc grâce Ă  un certain savoir-faire dans l'efficacitĂ© du rythme homĂ©rique (les multiples sĂ©quences de cauchemar se fondent impunĂ©ment dans la rĂ©alitĂ© quotidienne jusqu'au fameux carnage que Freddy opère en point d'orgue), d'une attrayante photo influencĂ©e par la BD et de son angoisse parfois palpable, La revanche de Freddy distrait le spectateur sous l'impulsion d'un Robert Endglund encore impressionnant, fascinant, voir mĂŞme terrifiant de par sa posture spectrale (parfois grâce aux plans serrĂ©s), ses rĂ©parties persifleuses et sa force tranquille Ă  molester ses victimes avec provocation dĂ©complexĂ©e.


Plaisir innocent du samedi soir rĂ©cupĂ©rĂ© d'une intelligente analogie sur l'homosexualitĂ© auquel le mĂ©trage fait souvent allusion, La revanche de Freddy se suit Ă©tonnamment sans dĂ©plaisir de par son charme Bisseux (tout du moins aujourd'hui) et diffuse mĂŞme par instants une fascination morbide auprès de la prĂ©sence charismatique de Robert Englund en croquemitaine punitif endossant ici le "double gay" de son partenaire juvĂ©nile incapable d'assumer son homosexualitĂ©, comme le souligne d'ailleurs le clifhanger final que l'on prĂ©tendait (Ă  tort) gratuit ou nonsensique. Il est donc temps de réévaluer cette habile sĂ©quelle plus intelligente qu'elle n'y parait si on parvient Ă  y extraire un second niveau de lecture psychanalytique assez ironique, audacieux mĂŞme, limite parodique en somme quant au destin prĂ©caire de Jesse plombĂ© par l'ambiguitĂ© de son indentitĂ© sexuelle. 

* Bruno
15.12.23. 4èx. Vostfr

mercredi 28 février 2018

YOR, LE CHASSEUR DU FUTUR

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Ecranlarge.com

"Il mondo di Yor" d'Anthony M. Dawson. 1983. Italie/France/Turquie. 1h28. Avec Reb Brown, Corinne Cléry, Carole André, Aytekin Akkaya, Luciano Pigozzi

Sortie salles France: 24 Août 1983. Italie: 10 Février 1983

FILMOGRAPHIE: Antonio Margheriti (Anthony M. Dawson) est un réalisateur italien, né le 19 septembre 1930 à Rome, décédé le 4 Novembre 2002 à Monterosi. 1960: Le Vainqueur de l'espace. 1962: Les Derniers jours d'un empire. 1963: La Vierge de Nuremberg. 1964: La Sorcière Sanglante. 1964: Les Géants de Rome. 1964: Danse Macabre. 1968: Avec Django, la mort est là. 1970: Et le vent apporta le Violence. 1971: Les Fantômes de Hurlevent. 1973: Les Diablesses. 1974: La brute, le colt et le karaté. 1975: La Chevauchée terrible. 1976: l'Ombre d'un tueur. 1979: l'Invasion des Piranhas. 1980: Pulsions Cannibales. 1980: Héros d'Apocalypse. 1982: Les Aventuriers du Cobra d'Or. 1983: Yor, le chasseur du futur. 1985: L'Enfer en 4è vitesse.


Aberration filmique symptomatique des prods italiennes plagiant tous azimuts les rĂ©cents succès ricains des annĂ©es 80 avec un budget low-cost, Yor, le chasseur du futur ose la gageure de communier la Guerre du Feu avec Star Wars. RĂ©alisĂ© par le vĂ©tĂ©ran Antonio Margheriti (excusez du peu !), cette sĂ©rie Z compile Ă  rythme assez fertile actions corporelles (tant auprès de guerriers hostiles que de crĂ©atures dantesques) et rebondissements saugrenues, faute d'un script abracadabrantesque Ă©crit par un cerveau infantile (son inspiration Ă©mane d'ailleurs d'une lointaine bande-dessinĂ©e argentine parue en 1974). L'action aussi dĂ©paysante qu'Ă©dĂ©nique (certains panoramas naturels sont franchement fantasmatiques !) se dĂ©roule sous l'ère prĂ©historique (du moins c'est ce que de prime abord on essaie de nous faire croire). Yor, preux guerrier rĂ©putĂ© par sa bravoure vole au secours de tribus dociles incessamment persĂ©cutĂ©s par des crĂ©atures prĂ©historiques et mĂ©chants cro- magnon affublĂ©s de dĂ©pouilles de vison. A la recherche de ses origines en compagnie de son vieil ami Pag et de sa maĂ®tresse Ka-Laa, il finit par rencontrer des androĂŻdes du futur venus le kidnapper selon la mĂ©galomanie de l'empereur Overlord. ExubĂ©rant, improbable et ridicule sans une once de complexe (d'oĂą son attrait grotesque souvent irrĂ©sistible), Yor le Chasseur du futur nous plonge de prime abord dans des aventures primitives lorsque celui-ci renchĂ©rit les confrontations musclĂ©es avec ses rivaux lors d'une première partie assez redondante mais gentiment ludique.


L'aspect risible des bastons maladroitement exĂ©cutĂ©es, rehaussĂ©es de la mine impayable des acteurs inexpressifs (mention spĂ©ciale au blondinet Reb Brown dans le corps gringalet de Yor !) provoquant une cocasserie involontaire comme seuls les italiens ont le secret. On peut Ă©galement souligner la niaiserie truculente des romances que se partage notre hĂ©ros auprès de deux potiches aussi radieuses que rivales. Mais c'est vĂ©ritablement lors de sa seconde partie que Yor... prend son envol pour nous embarquer dans un space opera de pacotille (le dĂ©cor se limitant souvent au dĂ©dale d'un hangar industriel) Ă  renfort de rayons lasers, gadgets Ă©lectroniques et cascades acrobatiques ! Sur ce dernier point, une sĂ©quence anthologique digne du cirque Pinder vous provoquera assurĂ©ment l'hilaritĂ© lorsque le vieux Pag dĂ©cide de porter secours Ă  Yor par la puissance de sa vĂ©locitĂ© ! Cabotinant Ă  tout va, nos gentils hĂ©ros drapĂ©s de peaux animales et les mĂ©chants figurants accoutrĂ©s de combinaisons dignes de Temps X se disputent le pouvoir avec un sĂ©rieux inĂ©branlable. Et ce sous l'impĂ©riositĂ© d'un Dark Vador patibulaire surjouant avec une emphase renfrognĂ©e ! Et donc sous l'impulsion de règlements de compte rĂ©crĂ©atifs et de rebondissements hallucinĂ©s, l'aventure (inopinĂ©ment) futuriste adopte une tournure dĂ©bridĂ©e Ă  la fois folingue et moralisatrice. Dans le sens oĂą le progrès de la science pourrait bien mener Ă  notre perte dans un proche avenir !


Rivalisant de près avec les meilleures rĂ©ussites transalpines du genre (l'inĂ©galĂ© 2019, après la chute de New-York, Atomic Cyborg, les Rats de Manhattan, le Gladiateur du Futur, Les Nouveaux Barbares ou encore les Guerriers du Bronx), Yor, le chasseur du Futur s'entiche d'un scĂ©nario suffisamment couillu et azimutĂ© (pour ne pas dire vrillĂ© !), et d'une galerie d'attachants seconds-couteaux (joviaux) pour nous distraire frĂ©quemment avec un second degrĂ© stimulant. A redĂ©couvrir avec une pincĂ©e de nostalgie, faute d'une Ă©poque rĂ©volue aussi bien gĂ©nĂ©reuse qu'intègre quelque soit les moyens prĂ©caires allouĂ©s. 

* Bruno
3èx

mardi 27 février 2018

LE RENARD. Golden Globe du Meilleur Film Etranger 1968

                                       Photo empruntĂ©es sur Google, appartenant au site stalkerjany.blogspot.fr

"The Fox" de Mark Rydell. 1967. U.S.A. 1h54. Avec Sandy Dennis, Anne Heywood, Keir Dullea, Glynne Morris.

Sortie salles France: 31 Juillet 1968 (Int - 18 ans). Canada: 13 Décembre 1967

FILMOGRAPHIEMark Rydell est un acteur, réalisateur et producteur américain, né le 23 mars 1934 à New York (États-Unis). 1964-1966 : Gunsmoke (série TV). 1968 : Le Renard. 1969 : Reivers. 1972 : Les Cowboys. 1976 : Deux farfelus à New York. 1979 : The Rose. 1981 : La Maison du lac. 1984 : La Rivière. 1991 : For the Boys. 1994 : Intersection. 1996 : Le Crime du Siècle. 2001 : Il était une fois James Dean. 2006 : Even Money.


RaretĂ© introuvable ou presque si je me rĂ©fère Ă  la gĂ©nĂ©rositĂ© du blog Warning Zone de me l'avoir fait dĂ©couvrir (mĂŞme si dans un contexte alĂ©atoire), Le Renard constitue Ă  mes yeux une merveille de thriller psychologique dont l'atmosphère feutrĂ©e et son dĂ©cor exigu peuvent rappeler par instants l'Ă©tonnant (et aussi mĂ©connu) La Petite fille au bout du chemin, le chef-d'oeuvre l'ObsĂ©dĂ©, ou plus reconnaissable, l'Ă©trange et envoĂ»tant Zombie venu d'ailleurs si bien qu'il s'agit (Ă  ma surprise) de la dĂ©clinaison horrifique de l'oeuvre susnommĂ©e ! Et on peut dire qu'en terme de 1er essai derrière la camĂ©ra, Mark Rydell (rĂ©al discret mais pour autant notoire des cĂ©lèbres The Rose, La Maison du Lac et de la Rivière) surprend par sa direction d'acteurs affĂ»tĂ©e et l'inventivitĂ© de sa mise en scène (tels les divers angles dont s'impose le montage auprès de l'abattage d'un arbre) autopsiant un triangle amoureux assez tabou pour l'Ă©poque (raison pour laquelle le film fut interdit aux - de 18 ans dans l'hexagone). Recluses dans leur ferme, Jill et Ellen vivent communĂ©ment une tendre complicitĂ© Ă  l'abri des regards indiscrets. Si Jill ne cache pas sa tendresse auprès de sa compagne (en dĂ©pit de sa frigiditĂ©), Ellen commence Ă  souffrir de sa solitude, notamment faute d'une frustration sexuelle. Alors qu'un renard rode rĂ©gulièrement auprès de leur poulailler, un autre spĂ©cimen aussi rusĂ© vient frapper un soir Ă  leur porte pour leur solliciter l'hospitalitĂ©. Au fil des jours de complicitĂ© amicale, leur relation s'amenuise un peu plus lorsque l'inconnu finit subitement par avouer son amour auprès 
d' Ellen. 


Drame psychologique Ă  la fois rugueux, douloureux et intense autour d'une lutte des sexes, Le Renard parvient avec un rĂ©alisme trouble Ă  nous immerger dans les liaisons dangereuses d'un trio possessif en Ă©veil d'affirmation. Le rĂ©alisateur dressant du point de vue masculin le portrait d'un machiste assez perfide pour parvenir Ă  ses fins. Mais au-delĂ  de l'aspect antipathique de cet unique personnage plutĂ´t phallocrate, le Renard extĂ©riorise son potentiel dramatique dans la relation Ă©quivoque qu'entretient le couple de lesbiennes sexuellement refoulĂ©es. En abordant avec pudeur les thèmes de l'amour, du dĂ©sir sexuel, de la jalousie et de la possessivitĂ©, le Renard s'alloue dès les prĂ©misses d'un climat de dĂ©rĂ©liction ensorcelant au fil d'une intrigue progressivement poignante et oppressante. Les deux comĂ©diennes superbement dĂ©peintes entre rĂ©volte sentimentale et complexitĂ© morale parvenant Ă  distiller une franche compassion auprès de leur amour conflictuel oĂą le dĂ©sespoir gagne un peu plus du terrain. Le cheminement narratif, incertain et hĂ©sitant auprès de leurs choix sentimentaux et de crainte de trahison, adoptant une tournure autrement plus grave de consĂ©quences en second acte lorsque ces dernières vont enfin librement assumer leur saphisme depuis les intimidations du prĂ©dateur.


Oeuvre maudite si j'ose dire, de par son invisibilitĂ© et son absence de gratitude (en dĂ©pit de son Golden Globe du Meilleur Film Ă©tranger dĂ©cernĂ© un an après sa sortie), Le Renard demeure une perle rare de romance vĂ©nĂ©neuse sous couvert d'un drame intimiste aussi cruel que bouleversant (l'Ă©pilogue glaçant imprĂ©gnĂ© d'amertume nous restant en travers de la gorge). Mais au-delĂ  de son climat de langueur rĂ©solument envoĂ»tant (rehaussĂ© de la mĂ©lodie fragile de Lalo Schifrin), on peut saluer le jeu naturel du casting parvenant Ă  nous familiariser auprès de leur accointance avec une dimension humaine malingre. Le trio assez insidieux endossant la fonction d'amants infortunĂ©s avides de sentiments depuis leur requĂŞte Ă©perdue du dĂ©sir sexuel, de l'Ă©quilibre moral et de la sĂ©curitĂ© pĂ©cuniaire. A dĂ©couvrir d'urgence ! 

* Bruno