mercredi 28 mars 2012

U-Turn

              (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

d'Oliver Stone. 1997. U.S.A. 2h04. Avec Sean Penn, Nick Nolte, Jennifer Lopez, Powers Boothe, Claire Danes, Joaquim Phoenix, John Voight, Billy Bob Thornton, Abraham Benrubi, Richard Rutowski.

Sortie salles France: 14 Janvier 1998. U.S: 3 Octobre 1997

FILMOGRAPHIE: Oliver Stone (William Oliver Stone) est un réalisateur, scénariste et producteur américain né le 15 septembre 1946 à New-York. 1974: La Reine du Mal, 1981: La Main du Cauchemar, 1986: Salvador, Platoon, 1987: Wall Street, 1988: Talk Radio, 1989: Né un 4 Juillet, 1991: Les Doors, 1991: JFK, 1993: Entre ciel et Terre, 1994: Tueurs Nés, 1995: Nixon, 1997: U-turn, 1999: l'Enfer du Dimanche, 2003: Comandante (Doc), 2003: Persona non grata, 2004: Looking for Fidel (télé-film), 2004: Alexandre, 2006: World Trade Center, 2008: W.: l'Impossible Président, 2009: Soul of the Border, 2010: Wall Street: l'argent ne dort jamais. 2012. Savages.

Deux ans après avoir dépeint le portrait politique du président Richard Nixon, Oliver Stone adapte le roman de John Ridley (Stray Dogs) pour nous livrer avec U-Turn un thriller résolument fou et décalé, caricature acide d'une Amérique profonde.

Thriller marginal éclairé par un climat solaire écrasant au sein de vastes panoramas dignes des plus beaux décors de western, U-Turn est un jubilatoire jeu de pouvoir savamment orchestré par un Oliver Stone plus gouailleur et inventif que jamais ! À l'instar d'After Hours de Martin Scorsese, U-Turn nous décrit avec une verve infiniment caustique et comique les vicissitudes d'un marginal besogneux confronté aux citadins les plus lunaires au sein du bled paumé de Superior, non loin de Las Vegas. Après avoir tenté d'échapper aux menaces d'un leader mafieux et à la suite d'une panne de voiture, Bobby se retrouve embrigadé dans une bourgade clairsemée où la population inculte semble gagnée par l'aberration. C'est d'abord son garagiste, arrogant et obtus, qui le contraint à s'attarder plusieurs jours dans cette contrée désertique.

Sur place, il fait ensuite les rencontres fortuites d'un vieil Indien logicien atteint de cécité et d'un jeune couple ahuri dont l'amant irascible ne cesse de provoquer des rixes pour impressionner sa potiche effrontée. En prime, après avoir côtoyé le shérif local, Bobby tombe sous le charme de Grace avant de s'apercevoir que la belle est soumise à un mari tyrannique, Jake. Séduit par la beauté sulfureuse de cette jeune femme, Bobby va rapidement faire face au compromis d'une transaction machiavélique suggérée par les deux époux..

Avec un scénario habilement structuré multipliant les rebondissements perfides et les rencontres saugrenues avec des quidams susceptibles, Oliver Stone rivalise de mesquinerie et de méchanceté pour nous transfigurer une galerie de personnages tous plus désinvoltes et calamiteux les uns que les autres. Hommage débridé au film noir irrigué de vitriol sous une scénographie westernienne, U-Turn dépeint la descente aux enfers d'un paumé incapable de saisir la moindre forme de rédemption, faute de son égoïsme et de son aveuglement. En dressant également le portrait équivoque d'une femme brisée par la gent masculine, Oliver Stone nous expose sa vengeance méthodique. Sa haine silencieuse est née d'années d'humiliations et de traumatismes, tandis que les hommes qui gravitent autour d'elle, tous plus rancuniers et orgueilleux les uns que les autres, ne cessent de s'affronter pour satisfaire leurs intérêts personnels.

En loser invétéré, littéralement pathétique et minable, Sean Penn transperce l'écran. Il doit beaucoup à l'aspect ludique de cette hystérie collective par sa prestance versatile noyée d'infortune tant il enchaîne les calamités à rythme métronomique. Dans celui du mari licencieux imbibé d'alcool, Nick Nolte impressionne par son charisme crapuleux et son cynisme d'époux torturé par ses propres déviances. En aguicheuse insidieuse, Jennifer Lopez s'en sort haut la main, imposant avec une étonnante sobriété naturelle une figure de femme ambiguë dont les blessures passées expliquent en partie la froide détermination. Les autres seconds rôles, quasi méconnaissables dans une posture sciemment excentrique (Jon Voight, Billy Bob Thornton, Claire Danes, Joaquin Phoenix, Powers Boothe), éclatent tout autant l'écran dans leur fourberie, leur effronterie et leur arrogance en laissant libre cours à moult inepties hilarantes. Tous dégagent une énergie noire, poisseuse, quasi hallucinée sous la mainmise d'une réalisation speedée au montage saccadé.

Méchamment drôle à travers son sarcasme en roue libre jusqu'aux éclats de rire incontrôlés, violemment cruel et cauchemardesque en fin de parcours, U-Turn est un jubilatoire jeu de pouvoir nourri par des confrontations machistes soumises aux effets pervers de l'ego et du dépit sentimental. Une farce vitriolée déployant avec une verve impitoyable l'hypocrisie du rapport amoureux pris dans les mailles de la soumission et de la possessivité. Des numéros d'acteurs impayables qui élèvent U-Turn au rang de chef-d'œuvre sous la houlette d'un Oliver Stone extrêmement inspiré à travers son montage à la fois éclaté et clipesque qu'il avait déjà expérimenté trois ans plus tôt dans l'électrisant Tueurs nés. Le tout impulsé par le score mélancolique d'Ennio Morricone sublimant, à travers cette mise en scène sensorielle, les rapports de force en pleine déliquescence morale.

Mais au-delà de son humour noir et de sa dimension de farce tragique, U-Turn est avant tout un film sur des êtres incapables d'aimer autrement qu'en possédant, manipulant ou détruisant l'autre. Sous son humour féroce, il s'agit peut-être de l'un des films les plus désespérés d'Oliver Stone, où chaque relation humaine semble vouée à l'échec, empoisonnée par le ressentiment, la cupidité et l'illusion du contrôle.

— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤

03.06.26 
28.03.12.

3 commentaires:

  1. Encore une fois, une critique géniale pour un film qui l'est tout autant ^^

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  2. Excellent critique pour ce film que j'adooooooooore particulièrement (rien que pour les scènes avec Voigt complètement halluciné et tordant)

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