Sortie salles Italie: 8 Août 1980
FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lucio Fulci est un réalisateur, scénariste et acteur italien, né le 17 juin 1927 à Rome où il est mort le 13 mars 1996. 1966: Le Temps du Massacre, 1969 : Liens d'amour et de sang , 1971 : Carole, 1971: Le Venin de la peur,1972 : La Longue Nuit de l'exorcisme, 1974 : Le Retour de Croc Blanc, 1975: 4 de l'Apocalypse, 1976: Croc Blanc, 1977 :L'Emmurée vivante, 1979: l'Enfer des Zombies, 1980 : la Guerre des Gangs, 1980 : Frayeurs, 1981 : Le Chat noir, 1981 : L'Au-delà , 1981 : La Maison près du cimetière , 1982 : L'Éventreur de New York , 1984 : 2072, les mercenaires du futur, Murder Rock, 1986 : Le Miel du diable , 1987 : Aenigma, 1988 : Quando Alice ruppe lo specchio,1988 : les Fantomes de Sodome, 1990 : Un chat dans le cerveau, 1990 : Demonia, 1991 : Voix Profondes, 1991 : la Porte du Silence.
C'est un an après l'Enfer des Zombies que Lucio Fulci se lance dans le poliziesco, polar ultra-violent particulièrement prisé durant les années 70. Inspiré par l’imagerie gore abondamment explicite qui fit en partie la renommée de son Å“uvre charnière, le maître du macabre transforme son polar italien en sommet d’ultraviolence aux accents horrifiques. Torture au chalumeau sur le visage d'une passeuse de drogue, supplice au tournevis sur la poitrine d'un contrebandier, viol collectif sur une otage, moult gunfights canardant la chair d'autres victimes (tandis que certaines se verront littéralement éclater la boîte crânienne ou les intestins sous l’impact des balles). La Guerre des gangs, c’est du sévère, ça ne fait pas de quartier : un polar hardgore carburant aux règlements de compte crapoteux sur fond de contrebande et de trafic de drogue.
Luca, contrebandier de cigarettes, vient de perdre son frère lors d’un guet-apens. Fou de colère, il décide de mener son enquête afin de retrouver le responsable. Après avoir été berné par la fausse piste d’un illustre rival, ses recherches l’amènent à identifier un nouvel ennemi surnommé "le Marseillais". Ce chef est bien décidé à détruire le marché de Luca afin d’étendre son juteux trafic de drogue et imposer sa dictature sur Naples.
Comme souvent, Lucio Fulci ne s’embarrasse pas de subtilités scénaristiques pour élaborer son polar soigneusement mis en scène. Grâce à l’efficacité d’une réalisation nerveuse et d’un montage retors (notamment dans l’habileté à alterner les plans pour intensifier l’attente d’une torture imminente), le réalisateur parvient à maintenir l’intérêt et à fasciner dans ce conflit de rivalité entre clans mafieux. Porté par son désir de vengeance, La Guerre des gangs suit la trajectoire périlleuse de ce bandit intègre, partagé entre la protection de sa famille et la gestion de son empire clandestin. Or, avec l’arrivée d’un baron de la drogue, notre trafiquant devra faire face à une autorité drastique et refuser de se laisser intimider par l’expansion tentaculaire de ce nouveau marché.
En dépit du charisme viril de ces illustres comédiens transalpins (Fabio Testi et Marcel Bozzuffi se tiennent tête avec une classe et une pugnacité impassibles), ce chassé-croisé fertile en action belliqueuse et violence acerbe provoque une véritable intensité au gré d’une structure narrative solidement contée. Par ailleurs, en de brèves occasions, on peut souligner le caractère documentaire conféré à cette Å“uvre politique. Si bien que Fulci met en exergue la condition difficile des ghettos de Naples, où chacun des habitants, livrés à une vie marginale, se voit contraint de tolérer l’illégalité commerciale. En l’occurrence, le marché parallèle de la cigarette, dont une descente de police viendra brutalement perturber la mécanique pour appréhender une population entière.
Avec une provocation assumée et un parti-pris jusqu’au-boutiste, Fulci apporte un cachet subversif à l’atmosphère diaphane de ce polar à la photographie superbement blafarde. Cette violence sanguine réussit à provoquer un impact spectaculaire et une intensité horrifique rarement atteints dans un film policier. Ce désir d’exploser les barrières de la bienséance transforme cette Å“uvre de commande en véritable ovni frénétique où la moralité n’a plus lieu d’être, pendant que les gangs s’entretuent et que les forces de l’ordre observent, impuissantes, la dégénérescence de leur ville avec une ironie caustique.
Âpre, tendu, spectaculaire et crapoteux, La Guerre des gangs confirme une nouvelle fois que notre artisan du Bis était capable d’Å“uvrer dans tous les genres, tout en y insufflant sa touche personnelle de sadisme et de perversité. Quelques décennies après sa sortie, il demeure un solide polar franc-tireur, aussi foudroyant et malsain qu’irrésistiblement fascinant. C’est sans doute l’un de ses coups d’éclat les plus aboutis, où la violence organique de son univers se conjugue enfin à une direction d’acteurs d’une étonnante maîtrise.
Un grand merci à la boite éditrice The Ecstasy of Films. http://the-ecstasy-of-films.com/
25.06.13. 2èx
Bruno Matéï



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