jeudi 21 mai 2015

Phantasm. Prix Spécial du Jury, Avoriaz 80.

                                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

de Don Coscarelli. 1979. U.S.A. 1h32. Avec Michael Baldwin, Bill Thornbury, Reggie Bannister, Kathy Lester et Angus Scrimm.

Sortie salles France: 4 Juillet 1979

FILMOGRAPHIE: Don Coscarelli est un scénariste et réalisateur américain né le 17 Février 1954 à Tripoli (Lybie). 1976: Jim the World's Greatest. 1976: Kenny and Compagny. 1979: Phantasm1982: Dar l'invincible. 1988: Phantasm 2. 1989: Survival Quest. 1994: Phantasm 3. 1998: Phantasm 4. 2002: Bubba Ho-tep. 2012: John Dies at the end.

Avant-propos: À chaque visionnage, on a l'impression d'ouvrir une porte différente du même mauvais rêve.

"Don Coscarelli et les clefs d’un autre monde."

Pour son troisième long-métrage, le néophyte Don Coscarelli frappe un grand coup dans le paysage du fantastique avec un film à petit budget, Phantasm, récompensé du Prix spécial du Jury à Avoriaz, puis célébré comme une relique culte dans les vidéo-clubs des années 80.

Difficile à classer, Phantasm est un croisement entre conte horrifique, fantastique et science-fiction - à l’image de son dernier acte désincarné révélant l’origine du Tall Man et de ses esclaves. 

Son succès commercial s’avère tel que quatre suites verront le jour, avec plus ou moins d’inspiration.

Rappel des faits: Un adolescent et son frère aîné deviennent la cible d’événements étranges dans le funérarium de leur contrée, après la mort brutale d’un ami. Un croque-mort patibulaire, une sphère volante et une horde de nains cadavériques s’immiscent dans leur quotidien.

Dès le préambule, baigné d’une aura trouble, dans la pénombre d’une nécropole nocturne, un meurtre à l’arme blanche est perpétré par une pulpeuse créature envoûtée. Puis viennent Jodie et Mike, deux frères déjà endeuillés par la disparition de leurs parents. Tandis que l’aîné s’éloigne pour conquérir la mystérieuse femme, Mike s’insurge à l’idée d’un nouvel abandon, et le suit à la trace, impertinent et inquiet. C’est après l’enterrement de leur ami Tommy que Mike est témoin d’un acte impensable : le croque-mort en personne dérobant le cercueil, pour l’enfermer dans le coffre d’un corbillard.

Quand la peur devient passage, et la mort un mystère à apprivoiser.

Épaulé d’une partition onirique entêtante dans toutes les mémoires, Don Coscarelli bâtit avec Phantasm un univers macabro-surnaturel, hors des sentiers battus.
À travers la démarche quasi-détective d’un adolescent rongé par l’angoisse de l’abandon, un monde opaque prend forme - né de sa jalousie, de sa paranoïa, de son imaginaire débordant. Il affronte ses propres démons, ses peurs morbides nourries par la tragique disparition de sa famille.
Les vicissitudes baroques qu’il traverse, Coscarelli les matérialise avec un sens visuel vertigineux et un climat de mystère ensorcelant.
La narration sciemment elliptique, trouble, altère nos repères entre passé et présent, pour mieux nous engloutir dans un dédale cauchemardesque.

Sphère volante foreuse de cerveau, doigt métamorphosé en insecte, nains camouflés, portail dimensionnel vers une planète rouge… Phantasm est un périple initiatique vers l’acceptation du deuil, une odyssée psychique où la morgue devient seuil de l’inconnu. L’inaccessibilité de l’absolu.
Coscarelli, en pionnier du fantastique contemporain, n’oublie pas l’humour noir, disséminé dans l’excentricité de ses créatures, et mêle au malaise une sensualité troublante, à hauteur d’ado en éveil sexuel.

Et comment oublier le rictus diabolique d’Angus Scrimm, incarnation inoubliable du Tall Man, figure spectrale du boogeyman, silhouette implacable à la démarche lente.
Autour de Mike, les seconds rôles touchants gravitent comme des refuges de fortune. Et A. Michael Baldwin incarne, avec un naturel désarmant, la fragilité d’un adolescent contraint de refréner sa douleur pour survivre - avec une bravoure nerveuse, fiévreuse. Il porte Phantasm à bout de bras.                   

Phantasm : Enfance endeuillée, cauchemar éveillé.

Par son pouvoir de fascination, son décor de funérailles permanentes, son brassage de genres éclatés, Phantasm s’érige en chef-d’œuvre du fantastique moderne - un hymne au rêve, à la spiritualité, à l’apprivoisement de la mort.

La puissance métaphorique de son scénario, l’univers onirico-macabre peint avec une créativité organique, sa mélodie obsédante et inaltérable… tout concourt à faire de Phantasm une œuvre éternellement adolescente.

Les amoureux transis de bizarrerie ne se sont jamais remis d’une expérience aussi irrationnelle - un rite de passage vers l’ombre, pour consentir, à demi, à la fatalité… ou à l’illusion de l’existence.

*Bruno
06.07.11.  5 (186 vues)
21.05.15. 

16.06.26. 7èx 


POST-SCRIPTUM: La plupart des films sont des objets fixes. Ils ne vieillissent pas, Ils ne changent pas. C'est nous qui changeons. Mais certains très rares films donnent l'impression inverse : ils semblent se transformer, muter à chaque rencontre. Comme si l'œuvre possédait sa propre vie intérieure. Comme si elle se réorganisait en fonction de l'âge, de l'humeur ou des préoccupations du spectateur.

Phantasm fait partie de cette catégorie très fermée car c'est précisément ce que j'ai ressenti hier.
Je n'ai pas revu une 7è fois le même film que lors de mon premier visionnage. Pourtant, les images étaient les mêmes. Les dialogues étaient les mêmes. Les plans étaient les mêmes.

Mais le rêve, lui, était différent. 

Anecdotes:

Lorsque Don Coscarelli réalise Phantasm, il n'a que 23 ans. Il est alors l'un des plus jeunes réalisateurs américains à tourner un long métrage distribué nationalement. Son manque de moyens l'oblige à redoubler d'inventivité, ce qui contribue grandement à l'atmosphère onirique du film.

Le légendaire Angus Scrimm était à l'origine journaliste et écrivain. Son apparence naturellement longiligne et sa voix grave impressionnent tellement Coscarelli qu'il lui confie le rôle du Tall Man. Pour accentuer sa stature, il portait parfois des chaussures à semelles compensées.

La fameuse sphère argentée n'était pas un effet spécial sophistiqué. Plusieurs modèles furent construits à la main avec des pièces mécaniques et des éléments de quincaillerie. Les effets de vol furent souvent réalisés avec des câbles invisibles ou des astuces de montage.

Lors des premières projections, la séquence où la sphère traverse le couloir pour se planter dans le visage d'un gardien provoquait régulièrement des cris dans la salle. À l'époque, cet effet était particulièrement choquant et novateur.

Une partie du tournage s'est déroulée dans le véritable mausolée du cimetière de Forest Lawn en Californie. L'ambiance authentique du lieu participe énormément à l'étrangeté du film.

Coscarelli a souvent expliqué qu'il ne voulait pas raconter une histoire parfaitement logique. Il s'inspirait davantage de la structure des cauchemars : des lieux qui changent, des événements qui semblent incohérents et des règles qui se dérobent sans cesse.

C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles Phantasm continue de fasciner près de cinquante ans plus tard : il ne cherche jamais à tout expliquer.
La célèbre Plymouth Barracuda conduite par le personnage de Reggie était en réalité la voiture personnelle de Reggie Bannister. Avec le temps, elle est devenue un élément iconique de la saga.

Le film a coûté environ 300 000 dollars, une somme dérisoire même pour l'époque. Beaucoup de membres de l'équipe occupaient plusieurs fonctions à la fois. Coscarelli lui-même participait à de nombreux aspects techniques du tournage.

Le jeune Michael Baldwin a raconté que certaines scènes avec Angus Scrimm l'impressionnaient réellement. Cette crainte authentique transparaît parfois à l'écran et renforce la crédibilité du personnage.

Le « Boy! » lancé par le Tall Man est devenu l'une des répliques les plus célèbres du cinéma fantastique. Angus Scrimm travaillait énormément sa diction afin que chaque mot paraisse menaçant et surnaturel.

 

6 commentaires:

  1. Je n'ai pas tout lu quand j'ai aperçu le mot "Spoiler" je me suis arrêté, car honte à moi, je n'ai toujours pas vu Phantasm, alors que je connais toutes ses suites par cœur!!
    Le film étant très difficile à trouver, je désespère de le voir un jour!! :(

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  2. Ah quel dommage de ne l'avoir jamais vu. Sinon, il était dispo en téléchargement sur le net, en vf mais aussi en vostf.

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    1. Il est peut être passé à l'époque aux "jeudis de l'angoisse", mais j'ai du le rater! :p

      Je l'ai déjà téléchargé plusieurs fois, mais à chaque fois que je le grave le fichier passe pas sur ma platine dvd! (je regarde pas de film sur l'ordinateur...)

      Peut être qu'un jour je tomberai sur la VHS? Qui sait? Ou peut être qu'un jour ils sortiront une édition dvd sur nos contrées?

      Ce serait cool!

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  3. Ce que je retiens : musique obstinée qui vous enveloppe tel un linceul... Un film étrange et dérangeant, à revoir pour en saisir toutes les subtilités qui au premier visionnage, je le confesse, m'échappent encore !

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  4. Personne ne relève l'hommage appuyé à Phantasm dans le clip de Massive Attack avec Rosamund Pike ?
    https://www.youtube.com/watch?v=ElvLZMsYXlo
    c'est dingue.

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