de Don Coscarelli. 2002. U.S.A. 1h32. Avec Bruce Campbell, Ossie Davis, Ella Joyce, Heidi Marnhout, Bob Ivy, Larry Pennell.
Sortie salle France: 15 Février 2006.
FILMOGRAPHIE: Don Coscarelli est un scénariste et réalisateur américain né le 17 Février 1954 à Tripoli (Lybie). 1976: Jim the World's Greatest. 1976: Kenny and Compagny. 1979: Phantasm. 1982: Dar l'invincible. 1988: Phantasm 2. 1989: Survival Quest. 1994: Phantasm 3. 1998: Phantasm 4. 2002: Bubba Ho-tep. 2012: John Dies at the end.
Poème décalé sur la précarité de la vieillesse comme nul cinéaste n'osa le mettre en image, Bubba Ho-Tep n'a pas usurpé sa réputation d'œuvre culte depuis sa discrète sortie en salles, transcendée par un bouche-à-oreille galvanisant. Réalisateur notoire du chef-d'œuvre Phantasm et de l'excellent épigone Dar l'Invincible, Don Coscarelli surprend sans modération, et de manière à nouveau marginale, avec cette série B cérébrale dont le pitch génialement improbable vaut à lui seul le détour.
Imaginez un peu la rencontre improbable du président Kennedy (devenu afro !) avec le chanteur Elvis Presley, réunis pour l'occasion dans un hospice à l'orée de leur grand âge. Et qui, lors d'un ultime baroud d'honneur, tenteront d'affronter une momie égyptienne afin de préserver leur âme et celle des résidents.
Semi-parodique. Pittoresque au possible. Débridé, audacieux… et pourtant redoutablement émouvant. Sans jamais rien anticiper, Bubba Ho-Tep pallie son faible budget par son imagination fertile et son intelligence foisonnante que son auteur, fichtrement inspiré, cultive en y alliant humour, action, tendresse et une émotion fragile sous l'impulsion de réparties drôlement décomplexées.
Si bien qu'à travers les thèmes délicats de la vieillesse, de la solitude, de l'impuissance (traitée avec autant de sérieux que de causticité), du regret de nos actes et du désir de reconnaissance - nos héros s'inventent un rôle pour tenter de briller à nouveau aux yeux des autres - Don Coscarelli héroïse ses personnages du troisième âge avec une tendresse immodérée pour leur dignité désenchantée.
Ainsi donc, sous le pilier d'un pitch extravagant génialement ubuesque, Bubba Ho-Tep traite avec autant de dérision que de gravité de la condition des personnes âgées, souvent repliées dans leur solitude, parfois même abandonnées par le personnel soignant et leur propre famille au sein d'un huis clos feutré.
Or, à travers le plaisir invoqué par ce récit capillotracté de momie voleuse d'âmes, Don Coscarelli iconise sa fascinante créature (FX artisanaux à l'appui) et surtout ses insurgés - Elvis et Kennedy - à l'aide d'une émotion aigre-douce, eu égard à l'incroyable tendresse qu'il imprime sur ce duo fragile en quête de sollicitude, de bienveillance, de gratitude. Le tout enrobé d'un score élégiaque de Brian Tyler, perçant une émotion ténue et bouleversante, jusqu'à cette ultime image spirituelle qui frappe au cœur.
Réflexion métaphysique sur la dignité de l'âme engagée à contrecarrer le mal au cours de notre existence éphémère, vibrant plaidoyer pour la cause du troisième âge en perte identitaire, souvent réduit à l'isolement et à l'indifférence, Bubba Ho-Tep touche droit au cœur à travers les actions de ces papys revanchards gagnés par le dépassement de soi.
Tant et si bien que Bruce Campbell et Ossie Davis immortalisent leur cohésion amicale avec une force d'expression aussi bien mélancolique que pugnace, dans leur refus de se laisser gagner par la désillusion.
Un chef-d'œuvre littéralement singulier, qui frappe autant à l'âme qu'au cœur - sans jamais donner l'illusion d'une émotion programmée.
— le cinéphile du cœur noir 🖤26.03.26. 4èx. 4K. Vostfr
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