Photo empruntée sur Google, appartenant au site Notrecinema.com
de Jess Franco. 1970. Allemagne de l'Ouest, Espagne, Italie, Liechtenstein, Royaume-Uni. 1h36. Avec Christopher Lee, Herbert Lom, Klaus Kinski, Maria Rohm, Fred Williams, Soledad Miranda
Sortie salles France: 16 Juin 1971. Espagne: 15 Mars 1971
FILMOGRAPHIE: Jess Franco (Jesus Franco Manera) est un réalisateur espagnol, né le 12 Mai 1930 à Madrid, décédé le 2 Avril 2013. 1962: L'Horrible Dr orlof. 1962: Le Sadique Baron Von Klaus. 1964: Les Maîtresses du Dr Jekyll. 1966: Le Diabolique Dr Zimmer. 1969: L'Amour dans les prisons des femmes. 1969: Venus in furs. 1969: Justine ou les infortunes de la vertu. 1970: Les Nuits de Dracula. 1970: Le Trône de Feu. 1971: Vampyros Lesbos. 1972: Les Expériences Erotiques de Frankenstein. 1972: Dracula prisonnier de Frankenstein. 1972: La Fille de Dracula. 1973: Le Miroir Obscène. 1973: Quartier des Femmes. 1973: Christina chez les Morts-Vivants. 1974: La Comtesse Noire. 1974: Eugénie de Sade. 1976: Jack l'Eventreur. 1980: Terreur Cannibale. 1980: Mondo Cannibale. 1981: Sadomania. 1981: Le Lac des Morts-Vivants (co-réal). 1982: L'Abîme des Morts-Vivants. 1982: La Chute de la maison Usher. 1988: Les Prédateurs de la Nuit. 2002: Killer Barbys.
A l'occasion de sa sortie Blu-ray...
Cinquième visionnage des Nuits de Dracula de Jess Franco, réalisé en 1970, un film de vampires bizarrement occulté depuis l'époque de sa conception, alors qu'il s'agit pourtant de l'une des adaptations les plus fidèles du roman de Bram Stoker, mais également de l'une des meilleures versions jamais réalisées - même si je n'étais pas aussi conquis lors des premiers visionnages -. Il s'agit donc d'une oeuvre langoureuse que j'ai appris à aimer jusqu'à la vénérer comme une passion amoureuse.
Tant et si bien que dès le prologue, on a l'impression que Jess Franco réinvente l'histoire et le personnage de Dracula à chaque plan. C'est dire à quel point le film innove et expérimente, notamment à travers une séquence très particulière où des animaux empaillés semblent soudainement prendre vie, non pas par l'entremise de l'image, mais à travers le hors-champ sonore. Une scène particulièrement étonnante, qui déroute autant qu'elle fascine.
Tout le métrage est ainsi imprégné d'une ambiance gothique immersive, symptomatique de sa nationalité ibérique. À l'instar de la chambre de Lucy, d'une beauté azurée, à la fois baroque et onirique, notamment grâce à ces fenêtres en forme de losange, sans compter les magnifiques éclairages nocturnes qui distillent une étrange poésie crépusculaire, modestement macabre.
On peut également saluer la fascination de Jess Franco pour ses actrices, Maria Rohm et Soledad Miranda, qu'il filme avec une sensualité et une épure remarquables. Toutes deux possèdent une beauté laiteuse, avec ces regards noirs, à la fois séduisants et langoureux, ainsi qu'un aspect charnel à travers leurs costumes d'époque que le cinéaste semble prendre un plaisir évident à mettre en valeur.
Comme il aime d'ailleurs autant mettre en scène un Christopher Lee plutôt laconique, froid, sinistre et impassible, d'autant plus singulier qu'il est affublé d'une moustache, comme dans le roman de Bram Stoker. Un détail qui témoigne encore davantage de la volonté de Jess Franco de rester, à sa manière, au plus près de l'œuvre originelle selon le souhait de l'acteur.
Les Nuits de Dracula est ainsi une sorte de voyage surnaturel dans un univers gothique délicieusement bis, capiteux, tant Jess Franco s'efforce de nous proposer une expérience de cinéma hallucinée, d'une certaine façon, mais toujours empreinte d'une forme de pudeur, de sobriété et d'un certain réalisme historique qui frappe les mirettes à chaque instant.
Car l'immense atout des Nuits de Dracula, c'est évidemment que l'on croit à ce que l'on voit. Le film nous plonge au cœur d'une époque séculaire que nous n'avons pas connue et qui s'ouvre pourtant sous nos yeux avec un onirisme subtil, presque suggéré par moments, et parfois même désarçonnant, tant Jess Franco parvient à nous faire perdre pied avec la réalité, le tout avec un art consommé du travail soigné.
Bien sûr, on pourra tiquer sur certaines maladresses, comme les apparitions parfois risibles de la chauve-souris, ou encore quelques incohérences, notamment lorsque Renfield, interprété par Klaus Kinski, se défenestre avant de réapparaître vivant quelques instants plus tard. Une séquence particulièrement étrange qui, toutefois, n'entache en rien l'immense plaisir procuré par cette réactualisation ibérique du mythe vampirique imprégnée de calme, de mystères et de dépaysement.
Les amateurs éclairés ne manqueront pas de se laisser emporter par cette délicieuse expérience de cinéma fantastique adulte, à la fois personnelle, passionnante et fascinante, même si son rythme volontairement lent ne pourra évidemment pas plaire à tout un chacun.
Or, il se dégage de cette poésie macabre sans fin une sensualité et une étrangeté tout à fait palpables, au cœur d'un climat gothique d'un autre âge, plus vrai que nature. C'est qui rend Les Nuits de Dracula aussi autonome qu'inoubliable sous l'impulsion du score crépusculaire de Bruno Nicolai. aux cordes lancinantes et aux sonorités légèrement slaves.
— Celui du cÅ“ur noir des images 🖤
5èx. 31.09.26. 5èx. Vostfr
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