mercredi 6 juillet 2022

Monsters. Meilleur film indépendant: National Board of Review, 2010.

                                          
                                                      Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Gareth Edwards. 2010. Angleterre. 1h34. Avec Whitney Able, Scoot McNairy. Mario Zuniga Benavides, Annalee Jefferies, Justin Hall, Ricky Catter.

Sortie France: 1 Décembre 2010, U.S.A.: 29 Octobre 2010

FILMOGRAPHIE: Gareth Edwards est un réalisateur anglais, scénariste, producteur et directeur de photographie, né en 1975. Monsters est son premier long-métrage.

                                          

🖤 Deux cœurs au milieu des monstres

Sous ses faux airs de District 9, ce premier long métrage à petit budget d'un réalisateur indépendant ayant fait ses preuves dans les effets spéciaux est avant tout une balade poético-romantique, contemplative, suivant un couple égaré dans un no man's land mexicain, non loin de la frontière américaine qu'ils tentent difficilement de rejoindre. Tout l'inverse donc de sa bande annonce fallacieuse. 

Le pitch : Après avoir découvert une potentielle vie extraterrestre dans le système solaire, la NASA envoie une sonde afin de prélever quelques échantillons. Sur le chemin du retour, l'engin s'écrase en Amérique centrale. Furtivement, la vie extraterrestre se développe dans les forêts mexicaines, si bien qu'une vaste zone du nord du pays, considérée comme contaminée, est placée en quarantaine. Depuis six ans, Américains et Mexicains tentent de contenir cette menace extraterrestre par le déploiement de forces militaires. Mais un journaliste venu étudier cette forme de vie inconnue se voit contraint de protéger et d'accompagner jusqu'à la frontière américaine une jeune touriste égarée.


                                           

Pour en revenir à District 9, leur relation commune repose uniquement sur le principe qu'une forme de vie extraterrestre a débarqué sur Terre et tente d'y survivre malgré les bombardements américains et mexicains. Mais là où le film de Neill Blomkamp s'intéresse frontalement à la confrontation entre humains et extraterrestres, Gareth Edwards privilégie une approche beaucoup plus intime et contemplative.

Ainsi, à travers ce décor d'apocalypse et de pays dévasté, le réalisateur livre avec une sensibilité pudique une fragile romance initiatique entre deux personnages qui se rapprochent peu à peu au fil de leur périple, tentant simplement de survivre dans cet environnement hostile dont ils ignorent encore la véritable dangerosité.

À travers cette situation alarmiste d'un pays chaotique en état de guerre contre un ennemi potentiellement belliqueux dont ils ignorent les véritables intentions, le réalisateur suggère, sans violence graphique, une logique militaire déterminée à éradiquer une menace dont toute communication semble rompue. Il joue autant du pouvoir de fascination et de mystère de ces formes extraterrestres réfugiées dans une nature lyrique que de l'attention contemplative portée à l'amitié naissante entre un homme et une femme, livrés aux tourments de leur angoisse et de leur incertitude avant peut-être d'oser s'avouer leur amour.

                                         

Avec son sens poétique et sensitif, nourri par des images parfois insolites où les décors naturels se mêlent aux habitations clairsemées et ravagées, puis par l'apparition démesurée de ces extraterrestres ressemblant à d'immenses pieuvres en apesanteur, Monsters est un ovni - métaphoriquement parlant - d'une beauté aussi étrangement envoûtante que diaphane.

On peut même songer à Near Dark et à La Forteresse noire, toutes proportions gardées, pour cette vigueur onirico-lyrique. Car, accentuée par un score hypnotique à la fois sensible, fragile et timoré, l'odyssée esseulée de nos deux héros traversant quelques dangers à travers ce décorum naturaliste - la grande pyramide, les immenses murailles longeant la zone contaminée, l'apparition démesurée des deux créatures en amont de la station-service - nous est illustrée de manière d'autant plus réaliste, à la limite du documentaire pris sur le vif, avec ce que cela sous-entend de seconds rôles et de nombreux figurants amateurs.

Ainsi, avec retenue et sans esbroufe, afin de laisser respirer son récit et ses personnages égarés, Monsters se vit et se ressent sous l'impulsion d'une acuité émotive ténue. Tel un voyage romantique singulier tirant parti de la caractérisation solidaire de ce couple confronté à une quotidienneté précaire, insécure et anxiogène.

Deux êtres quelque peu hantés, contrariés, démunis, désarmés par leur impuissance à oser déclarer leur flamme au cœur de cette désolation écologique. Si bien que la nature, témoin de cette guérilla intraitable, ne demande qu'à éclore de nouveau avec la complicité de ces extraterrestres confinés dans les écorces des arbres afin d'hiberner puis de façonner leur mutation.

                                           

Lost in Paradise.

Efficacement mis en scène à travers un parti pris suggestif compensant son maigre budget par l'utilisation ingénieuse de ses impressionnants effets spéciaux, et porté par deux modestes comédiens épatants de naturel, entre humanisme affecté et fragilité sentimentale - on peut d'ailleurs préciser qu'à la ville, ils formaient eux-mêmes un véritable couple au moment du tournage -, Monsters se décline en ode lyrique à l'épanouissement amoureux au sein d'un monde régressif bafoué par notre instinct d'ego autodestructeur.

Magnifiquement envoûtant et si expressif quant au vérisme de sa scénographie naturaliste, à la fois cauchemardesque, atone, apaisante et romantique, Monsters est à mes yeux l'un des plus beaux poèmes romantiques imprimés sur écran.

— Celui du cœur noir des images 🖤

05.10.26. 
06.07.22. Vostfr
10.04.11. 105 v

Récompenses: 
2010 : Austin Film Critics Association : meilleur premier film
2010 : National Board of Review : meilleur film indépendant
2010 : British Independent Film Awards : meilleur réalisateur

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