dimanche 18 janvier 2026

Le Dernier monde cannibale / Ultimo mondo cannibale de Ruggero Deodato. 1977. Italie. 1h32.

                    (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site Imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

"La survivance de la bĂŞte en l’homme."

Le Dernier Monde Cannibale, rĂ©alisĂ© par Ruggero Deodato trois ans avant Cannibal Holocaust, est une expĂ©rience de cinĂ©ma aussi extrĂŞme qu’hallucinĂ©e, formellement rĂ©servĂ©e Ă  un public averti - et tout aussi formellement dĂ©conseillĂ©e aux âmes sensibles. Je pèse mes mots : le film est Ă  la fois impressionnant, fascinant et profondĂ©ment rĂ©pulsif, Ă  un niveau comparable, voire Ă©quivalent, Ă  Cannibal Holocaust.


HĂ©las - lourdement hĂ©las - on y retrouve des sĂ©quences de snuff animalier. Elles sont ici moins nombreuses, mĂŞme si la scène du crocodile demeure absolument abjecte, innommable, insoutenable. Certaines autres maltraitances, notamment sur des volatiles, semblent moins gratuites que dans Cannibal Holocaust, dans la mesure oĂą elles s’inscrivent dans le rĂ©cit et les us et coutumes d’un peuple indigène anthropophage de l’Ă®le de Mindanao. Le film s’inspire d’ailleurs d’une histoire vraie : celle d’un AmĂ©ricain dont l’avion s’Ă©crase, capturĂ© par ces indigènes, contraint d’apprendre Ă  vivre - ou plutĂ´t Ă  survivre - parmi eux, avant de tenter l’Ă©vasion dans une seconde partie suffocante.

LĂ  oĂą Le Dernier Monde Cannibale sidère vĂ©ritablement, comme le souligne Christophe Gans dans les bonus du Blu-ray et du 4K, c’est par son hyper-rĂ©alisme estomaquant. TournĂ© en pleine jungle - entre la Malaisie et les Philippines - le film abolit la frontière entre cinĂ©ma et rĂ©alitĂ©. On ne regarde plus : on vit. On partage le quotidien de cet homme nu, plongĂ© pendant une heure dans une nature aussi sauvage que ceux qui l’habitent. Un film sur l’instinct primitif, sur la contamination de la sauvagerie : l’homme civilisĂ©, au contact de cet enfer vert, rĂ©veille son propre animal intĂ©rieur pour survivre.


Et c’est lĂ  que l’horreur opère pleinement. Le malaise est constant, l’insĂ©curitĂ© permanente, l’oppression sourde. On est fascinĂ© autant qu’on est rĂ©vulsĂ©. La puissance des images est telle qu’on en oublie, totalement, qu’il s’agit d’une Ĺ“uvre de fiction. D’autant plus que les indigènes ne sont pas des acteurs, mais de vĂ©ritables habitants jouant leur propre rĂ´le, avec un rĂ©alisme brut, expressif, viscĂ©ral, absolument sidĂ©rant. On a les yeux constamment Ă©carquillĂ©s - tel cet infanticide extrĂŞmement dĂ©rangeant par sa bestialitĂ© en deux temps, mĂŞme si quasi hors-champs.

Oui, certaines sĂ©quences provoquent le haut-le-cĹ“ur. Mais Le Dernier Monde Cannibale dĂ©passe l’entendement grâce Ă  son aspect plus documentĂ©: c’est une expĂ©rience de cinĂ©ma extrĂŞme qui, en termes de radicalitĂ© et mĂŞme de puissance, surpasse peut-ĂŞtre Cannibal Holocaust, pourtant Ă©rigĂ© en sommet du genre - et que j’admire, snuffs animaliers mis Ă  part Ă©videmment. Ici, Deodato s’attarde heureusement moins sur la souffrance animale, malgrĂ© l’horreur indĂ©lĂ©bile de la scène du crocodile Ă  vomir qu'il faut passer en accĂ©lĂ©rĂ© grâce Ă  votre tĂ©lĂ©commande.


Pour les amateurs de cinĂ©ma d’horreur pur et dur, d’expĂ©riences limites et proprement inoubliables, Le Dernier Monde Cannibale est sans doute le sommet absolu du film de cannibales. Un film qu’on ne peut ni oublier, ni effacer de sa mĂ©moire, une fois traversĂ©.

Il serait enfin injuste de ne pas saluer l’interprĂ©tation de Massimo Foschi, dans le rĂ´le du pĂ©lerin Robert Harper. Une performance absolument convaincante, fondĂ©e sur un jeu dĂ©muni, apeurĂ©, peu Ă  peu primitif, qui accompagne avec une justesse troublante son initiation progressive Ă  la survie, au viol et Ă  la sauvagerie. Foschi se livre corps et âme, littĂ©ralement : nu durant près d’une heure de mĂ©trage, exposĂ©, vulnĂ©rable, il fallait oser - il l’a fait, avec un naturel confondant et une crĂ©dibilitĂ© sidĂ©rante. Chapeau-bas Ă  cet acteur trop mĂ©connu, qui porte le film sur ses Ă©paules, Ă  l’instar des indigènes, avec une force expressive constamment impressionnante.


Préparez vous au choc, thermique, viscéral, frontal; vous n'en sortirez pas indemne. Jusqu'au vortex.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

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