mardi 26 août 2014

Simetierre / Pet Sematary. Prix du Public, Avoriaz 1990.

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site team-hush.org

de Mary Lambert. 1989. U.S.A. 1h43. Avec Dale Midkiff, Denise Crosby, Fred Gwynne, Miko Hughes, Brad Greenquist, Blaze Berdahl.

Sortie salles France: 17 Janvier 1990. U.S: 21 Avril 1989

FILMOGRAPHIE: Mary Lambert est une réalisatrice américaine, née le 13 Octobre 1951 à Helena, Arkansas (Etats-Unis). 1977: Rapid Eye Movements. 1987: Siesta. 1989: Bobby Brown his Prerogative (dtv). 1989: Simetierre. 1991: Grand Isle. 1992: Simetiere 2. 1994: Dragstrip Girl (télé-film). 1996: Le Visage du Mal (télé-film). 1997: Le Prix du Désir (télé-film). 1999: Clubland. 2000: In Between. 2000: Cercle Fermé. 2001: Strange Frequency (télé-film). 2001: Les Sorcières de Halloween 2 (télé-film). 2005: Urban Legend 3: Bloody Mary. 2008: The Attic. 2011: Mega Python vs. Gatoroid.

Poème mortifère sur l’injustice et la peur de mourir, Simetierre aborde l’horreur avec une rare intelligence, en scrutant la lente descente aux enfers d’une famille incapable d’accepter l’idĂ©e du trĂ©pas. AdaptĂ© d’un cĂ©lèbre roman de Stephen King, le film tire parti d’un postulat audacieux pour renouveler le mythe du zombie et nourrir une rĂ©flexion sur la souffrance - physique autant que morale.

Louis Creed, sa femme Rachel et leurs deux enfants emmĂ©nagent dans une maison bucolique, bordĂ©e par une route meurtrière, traversĂ©e sans relâche par des camions lancĂ©s Ă  toute allure. Accueilli chaleureusement par leur voisin, celui-ci propose un jour Ă  Louis de visiter un mystĂ©rieux cimetière pour animaux. Mais, Ă  quelques mètres de lĂ , un autre territoire sacrĂ© - d’origine indienne - possède un pouvoir interdit : ressusciter les morts.

Il faudra la mort accidentelle du chat familial pour que Louis, aveuglĂ© par le chagrin, ose braver les lois naturelles… et tenter l’expĂ©rience de la rĂ©surrection. Simetierre baigne alors dans un climat funèbre, glacial, lancinant. Il aborde la mort sans inhibition, comme une malĂ©diction cruelle qui s’abattra, inĂ©luctable, sur les Creed. ConfrontĂ©s Ă  une sĂ©rie de deuils, les membres de la famille rĂ©vèlent leur nature : Ă©goĂŻstes, effrayĂ©s, capricieux — incapables de supporter le poids de leur propre douleur.

Ellie, leur fille, est la première Ă  ployer sous l’angoisse. Possessive, elle dĂ©veloppe une obsession morbide pour son chat, terrifiĂ©e Ă  l’idĂ©e qu’on le lui arrache. Louis, Ă©minent mĂ©decin, est dĂ©jĂ  fragilisĂ© par la mort rĂ©cente d’un patient - revenu d’entre les morts sous forme spectrale pour l’avertir de ne pas franchir les limites du cimetière indien. Quant Ă  Rachel, elle reste hantĂ©e par un Ă©pisode traumatique de son enfance : la lente agonie de sa sĹ“ur Zelda, atteinte d’une maladie dĂ©gĂ©nĂ©rative. RongĂ©e par la culpabilitĂ©, elle avait fini par souhaiter sa mort pour mettre un terme Ă  l’horreur.

Ă€ travers ce postulat fantastique - fascinant car il questionne la vie au-delĂ  de la mort - Simetierre confronte une famille brisĂ©e Ă  l’ultime tentation : celle de nier la fin, de violer l’ordre des choses, de pactiser avec l’indicible.

 
Vivre pour mourir
Regorgeant de sĂ©quences d’une intensitĂ© Ă©motionnelle saisissante (la dĂ©chĂ©ance corporelle de Zelda, la tragĂ©die de Gage et ses funĂ©railles houleuses, sa vengeance implacable), Simetierre transpose le drame psychologique dans une horreur viscĂ©rale, jamais racoleuse. Il y Ă©mane une descente aux enfers implacable, nourrie d’une cruautĂ© nĂ©cessaire et d’une ironie macabre : celle de la mort d’un enfant, devenu Ă  son tour bourreau, incarnation troublante du deuil impossible.

La mort, omniprĂ©sente, n’est ici qu’un rappel : spirituel, fatal, libĂ©rateur. Une catharsis… ou une malĂ©diction. Pour abrĂ©ger la souffrance. Pour plonger plus profond.

— Bruno
4eX

Récompense: Prix du Public au Festival d'Avoriaz, 1990


lundi 25 août 2014

Soudain... Les Monstres / The Food of the Gods. Licorne d'Or au Rex de Paris.

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site todoelterrordelmundo.blogspot.com

de Bert I. Gordon. 1977. U.S.A. 1h28. Avec Marjoe Gortner, Pamela Franklin, Ralph Meeker, Jon Cypher, Ida Lupino, John McLiam.

Sortie salles France: 18 Mai 1977. U.S: 18 Juin 1976

FILMOGRAPHIE: Bert I. Gordon est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 24 Septembre 1922 Ă  Kenosha, Winsconsin, Etats-Unis). 1955: King Dinosaur. 1957: Beginning of the end. 1957: The Cyclops. 1957: The Amazing Colossol Man. 1958: Attack of the Puppet People. 1958: War of the Colossal Beast. 1958: Earth vs. the Spider. 1960: The Boys and the Pirates. 1960: Tormented. 1962: L'EpĂ©e EnchantĂ©e. 1965: Village of the Giants. 1966: Picture Mommy Dead. 1970: How to succeed with sex. 1972: Necromancy. 1973: Le DĂ©traquĂ©. 1976: Soudain... Les Monstres. 1977: L'Empire des Fourmis GĂ©antes. 1981: Burned at the Stake. 1982: Let's do it ! 1985: The Big Bet. 1990: Satan's Princess.


SpĂ©cialiste du thème du gigantisme, Bert I. Gordon rĂ©alise avec Soudain... Les Monstres son film le plus notoire, Ă  l'instar de sa Licorne d'Or dĂ©cernĂ©e par le festival du Rex de Paris. Une prestigieuse rĂ©compense mĂŞme s'il faut toutefois avouer que cet incroyable dĂ©lire morbide regorge de clichĂ©s et de personnages caricaturaux bien que l'on Ă©prouve beaucoup de sympathie pour eux. Qui plus est, l'aspect cheap de certains effets-spĂ©ciaux (les guĂŞpes gĂ©antes confectionnĂ©es en plastique, le coq en latex) tĂ©moigne d'un visuel obsolète quand bien mĂŞme la simplicitĂ© de son scĂ©nario le confine au huis-clos inspirĂ© de la Nuit des Morts-vivants. Mais alors qu'est-il passĂ© par la tĂŞte des membres du jury parisien pour prĂ´ner une sĂ©rie B aussi saugrenue alors qu'une gĂ©nĂ©ration de cinĂ©philes continuent de l'applaudir ? C'est d'abord le concept du pitch dĂ©lirant qui attise autant notre amusement que notre fascination car voir dĂ©bouler devant nos yeux des animaux atteints de gigantisme après avoir ingurgitĂ© un produit toxique s'avère aussi enthousiasmant qu'incroyablement impressionnant. Oui mais alors comment peut-on croire Ă  pareille situation improbable si les effets-spĂ©ciaux archaĂŻques s'avèrent fauchĂ©s ? En faisant intervenir en second acte de vĂ©ritables animaux, en l'occurrence notre rongeur quadrupède, le Rat ! Et de nous faire croire de sa taille disproportionnĂ©e par des procĂ©dĂ©s techniques assez efficaces. Et Ă  ce niveau surrĂ©aliste, le divertissement fonctionne Ă  plein rĂ©gime ! 


Et si à certains moments, on perçoit bien les maquettes d'une voiture, d'une maison ou d'une caravane afin de camoufler leur taille anormale, à d'autres situations, le réalisateur exploite des trucages autrement astucieux lorsqu'il combine dans le même cadre personnage et animal en situation d'affrontements ou de défense ! Ce réalisme parfois saisissant atteindra d'ailleurs son apogée lors de l'ultime assaut quand nos protagonistes sont réunis sur le toit d'une maison engloutie d'eau, quand bien même les rats tentent de s'agripper aux murs afin d'éviter la noyade. Si l'aspect sommaire de l'intrigue (un groupe de survivants se réunissent dans une ferme pour se protéger du danger et tenter de trouver des solutions de survie) et certaines situations incohérentes font un peu tâche (notamment certains rapports de discorde entre eux), le réalisateur parvient néanmoins à insuffler une vigoureuse efficacité, tout du moins durant une bonne moitié de métrage fertile en actions horrifiques. De par ces attaques récurrentes du rat contre l'homme faisant intervenir moult péripéties - surtout lorsque nos survivants sont séparés en groupe - alors qu'un leader courageux redouble de ruse pour essayer de les combattre (notamment le projet de faire exploser un barrage). En prime, le caractère sanglant des agressions ajoute une certaine intensité cruelle lorsque les victimes tentent vainement de se débattre contre l'animal. Le climat malsain, omniprésent, demeurant factuel, dérangeant, étrangement fascinant de voir débouler à l'écran l'improbable !


Ainsi, sous couvert d'argument Ă©colo militant contre les dangers de la pollution, Soudain... les Monstres y transcende une sĂ©rie B redoutablement fun, jubilatoire, fascinante, ludique dès que le rongeur entre en scène. D'autre part, il se dĂ©gage une rĂ©elle empathie auprès de la complicitĂ© amicale de nos protagonistes en proie Ă  l'insensĂ©, voire aussi Ă  travers leur rapport de divergence rehaussĂ© de l'amabilitĂ© de seconds couteaux bien connus des amateurs (Marjoe Gortner et Pamela Franklin pour ne citer que les plus illustres). Enfin, et en me rĂ©pĂ©tant sciemment, ce divertissement typiquement bisseux tire Ă©videmment  parti de son attraction et de sa puissance fascinatoire en la prĂ©sence du rat comparable ici Ă  une taille de sanglier afin d'y provoquer l'effroi. Et Ă  ce niveau d'intensitĂ© formelle, cette formidable sĂ©rie B est Ă  marquer d'une pierre blanche d'autant plus renforcĂ©e aujourd'hui de son aspect rĂ©tro bougrement sympathique. Une rĂ©fĂ©rence. 

*Bruno
02.05.24. 6èx. Vostfr

RécompenseLicorne d'Or au Festival international du film Fantastique de Paris en 1977

    vendredi 22 août 2014

    NOS ETOILES CONTRAIRES (The Fault in Our Stars)

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site tfios-lovers.tumblr.com

    de Josh Boone. 2014. U.S.A. 2h06. Avec Shailene Woodley, Ansel Elgort, Nat Wolff, Willem Dafoe, Laura Dern, Sam Trammell, Lotte Verbeek.

    Sortie salles France: 20 Août 2014. U.S: 6 Juin 2014

    FILMOGRAPHIE: Josh Boone est un réalisateur et scénariste américain, né le 5 avril 1979 à Virginia Beach (Etats-Unis).
    2013: Stuck in Love. 2014: Nos Etoiles Contraires. 2014: Pretenders.


    Teen movie dramatique ciblant donc prioritairement le public adolescent, Nos Etoiles Contraires traite du thème grave et dĂ©licat de la maladie du cancer avec la lĂ©gèretĂ© de la comĂ©die romantique. Dans le cadre d'une association de soutien pour les malades de tumeur, Hazel Grace fait la rencontre de Augustus Waters, Ă  peine remis de son cancer. Entre eux va dĂ©buter une histoire d'amour passionnelle quand bien mĂŞme la maladie peut les rattraper Ă  tous moments ! 
    Afin d'Ă©viter toute forme de misĂ©rabilisme, Josh Boone compte sur la fraĂ®cheur spontanĂ©e des deux amants dĂ©ployant une belle complicitĂ© dans leur relation amoureuse bâtie sur la confiance, la solidaritĂ© et l'espoir d'une potentielle guĂ©rison. Afin de dĂ©dramatiser leur situation de grabataire, ils s'Ă©changent avec pragmatisme une verve pittoresque pour profiter du bonheur de l'instant prĂ©sent.


    Jouant avec l'humour des situations de lĂ©gèretĂ© (notamment leur liaison amicale entretenue avec un jeune ado souffrant de cĂ©citĂ©), Nos Etoiles Contraires rĂ©ussit inĂ©vitablement Ă  nous attendrir Ă  travers leur tendre complicitĂ© tout en alternant avec des moments plus dramatiques lorsque le dĂ©sespoir les rappellent Ă  la raison d'une pathologie cruelle. Sur ce point, la difficile montĂ©e des marches d'Hazel pratiquĂ©e dans la demeure d'Anne Franck s'avère le moment le plus bouleversant dans sa sobriĂ©tĂ© requise, le rĂ©alisateur Ă©vitant d'appuyer sur la corde sensible de l'apitoiement. Alors que l'instant d'après, l'Ă©treinte d'un baiser face Ă  une foule attendrie va dĂ©crĂ©dibiliser d'un coup toute son intensitĂ© dramatique ! Durant plus de deux heures, c'est donc le quotidien d'Hazel et Augustus qui nous est dĂ©crit dans leur inlassable Ă©preuve de survie, quand bien mĂŞme le tĂ©moignage parental est Ă©galement mis en valeur pour soutenir la jeune fille de son fardeau cancĂ©reux. C'est Ă  mi-parcours que le rĂ©alisateur souhaite subitement renverser les rĂ´les (et relancer la machine Ă  Ă©motion !) puisqu'un Ă©vènement alĂ©atoire va rappeler Ă  l'ordre l'un des deux amants confrontĂ© Ă  une irrĂ©mĂ©diable injustice. TragĂ©die de la maladie et romance Ă  l'eau de rose nous sont donc narrĂ©s avec la lourdeur de bons sentiments pour Ă©branler le spectateur et l'entraĂ®ner dans une dĂ©rive lacrymale qui en terrassera plus d'un. Cet abus de pathos et cette surdose d'effets larmoyants sont nĂ©anmoins palliĂ©s par la prestance naturelle des comĂ©diens souvent Ă©patants de charme et de spontanĂ©itĂ© ! En particulier, l'Ă©toile montante Shailense Woodley (inoubliable dans le magnifique The Spectacular Now !) endossant avec vĂ©ritĂ© humaine, fougue, bravoure mais aussi affliction une jeune malade en sursis !


    InĂ©vitablement bouleversant, voir dĂ©chirant Ă©voqueront les plus sensibles, Nos Etoiles Contraires ne manque pourtant pas d'humour, de tendresse et de vent de fraĂ®cheur pour Ă©voquer la maladie du cancer sans le clichĂ© trivial du misĂ©rabilisme. Paradoxalement, le rĂ©alisateur se laisse pourtant voguer dans la facilitĂ© des bons sentiments en tirant complaisamment sur notre corde sensible. A l'instar de son final funĂ©raire beaucoup trop surchargĂ© en pathos dans ces allĂ©gations publiques ou Ă  la lecture d'une lettre intime ! Mais que les fans de romance Ă©dulcorĂ©e se rassurent (en prioritĂ© les prĂ©-pubères et adolescentes), le spectacle plein de charme en chavirera plus d'un dans sa spirale d'Ă©motions rudes !

    Bruno Matéï


    jeudi 21 août 2014

    Dreamscape. Corbeau d'Or au Festival de Bruxelles, 1985

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

    de Joseph Ruben. 1984. U.S.A. 1h39. Avec Dennis Quaid, Max Von Sydow, Christopher Plummer, Eddie Albert, Kate Capshaw, David Patrick Kelly, George Wendt.

    Sortie salles France: 14 Juin 1985. U.S: 15 Août 1984

    FILMOGRAPHIE: Joseph Ruben est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né en 1951 à Briarcliff, Manor, New-York. 1974: The Sister-in-Law. 1976: Lâche-moi les baskets. 1977: Joyride. 1978: Our Winning Season. 1980: Gorp. 1984: Dreamscape. 1987: Le Beau-Père. 1989: Coupable Ressemblance. 1991: Les Nuits avec mon Ennemi. 1993: Le Bon Fils. 1995: Money Train. 1998: Loin du Paradis. 2004: Mémoire Effacée. 2013: Penthouse North.


    Sortie en salles Ă  quelques mois d'intervalle des Griffes de la Nuit, Dreamscape empreinte la mĂŞme thĂ©matique du rĂŞve par le biais d'un tĂ©lĂ©kinĂ©siste prĂŞtant main forte aux personnes souffrants de cauchemars pathologiques. Si bien qu'Ă  l'aide d'un procĂ©dĂ© scientifique rĂ©volutionnaire, Alex Gardner rĂ©ussit Ă  s'infiltrer dans le cerveau du patient pour le guĂ©rir de sa terreur nocturne. RecrutĂ© par le docteur Paul Novotny, il doit Ă©galement se confronter Ă  la rivalitĂ© d'un autre expert apte Ă  pĂ©nĂ©trer dans les rĂŞves, Tommy Ray. Ce dernier Ă©tant complice d'une conspiration afin de nuire au prĂ©sident des Etats-Unis. Avec modestie, Joseph Ruben rĂ©alise ici une sĂ©rie B rĂ©jouissante de par son concept original d'interfĂ©rence humaine au coeur du songe. Si la première demi-heure s'avère un peu trop sage en terme d'expĂ©rimentation (Ă©pauler un patient Ă  retrouver sa libido sexuelle par ex !), la suite s'avère toujours plus stimulante lorsque Alex doit par exemple essayer de faire disparaĂ®tre les cauchemars horrifiants d'un garçon perturbĂ©. Ou pire encore, lorsqu'il doit tenter de protĂ©ger le prĂ©sident des Etats-Unis d'un assassinat prĂ©mĂ©ditĂ© quand bien mĂŞme des tueurs sont lancĂ©s Ă  ses trousses.


    DĂ©ployant non sans ironie nombres d'idĂ©es fantasques, comme celle de l'intrusion frauduleuse d'Alex au sein du sommeil de sa collègue pour exaucer un fantasme sexuel, Dreamscape profite Ă©galement de son imagerie horrifico-fantastique par le biais de l'activitĂ© psychique. A l'instar d'une aventure trĂ©pidante, notre hĂ©ros se retrouve donc plongĂ© dans l'imaginaire du patient oĂą n'importe quelle phobie surnaturelle puisse se matĂ©rialiser par auto-suggestion ! Si certains FX cheaps peuvent aujourd'hui prĂŞter Ă  sourire (les apparitions en stop motion du serpent gĂ©ant !), le soin imparti aux dĂ©cors de dĂ©solation permettent de nous immerger dans un univers post-apo plutĂ´t photogĂ©nique. Alors qu'Ă  d'autres moments, on se croirait plongĂ© dans l'abysse d'une quatrième dimension (l'escalade d'un immense escalier dĂ©gingandĂ© qu'Alex et l'enfant arpentent autour d'un nĂ©ant opaque sans repère spatial !). Et pour corser l'intrigue et intensifier les situations de mise en pĂ©ril, un antagoniste sans vergogne s'avère redoutablement insidieux pour parfaire ses ambitions meurtrières et provoquer son ennemi jurĂ©, Alex ! Qui plus est, l'idĂ©e gĂ©niale de pouvoir s'introduire dans le rĂŞve d'un autre et assassiner le sujet durant son sommeil reste l'argument le plus jouissif, quand bien mĂŞme un complot politique dĂ©cuple l'enjeu d'une course contre la montre pour la sauvegarde du prĂ©sident.


    EntourĂ© des solides prestances du sympathique Dennis Quaid et du gĂ©nial gouailleur Janes DeVries que l'on adore dĂ©tester, mais aussi d'Ă©minents seconds-rĂ´les au charisme burrinĂ© (Christopher Plummer, Max Von Sydow), sans compter la voluptueuse Kate Capshaw, Dreamscape est une sympathique sĂ©rie B Ă  travers son alliage de fantastique, d'humour, de romance, d'action et d'espionnage politique. Il y Ă©mane un spectacle davantage captivant auprès de ces enjeux stratĂ©giques, d'autant plus sobre et jamais ostentatoire qu'il exploite intelligemment un scĂ©nario retors ! 

    RĂ©compense: Corbeau d'Or au Festival International du Film Fantastique de Bruxelles, 1985

    *Bruno
    26.01.23. 4èx

    mardi 19 août 2014

    Birdy. Grand Prix du Jury, Cannes 85.

                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site listal.com

    d'Alan Parker. 1984. U.S.A. 2h00. Avec Nicolas Cage, Matthew Modine, John Harkins, Sandy Baron, Karen Young, Bruno Kirby.

    Sortie salles France: 22 Mai 1985. U.S: 21 Décembre 1984

    FILMOGRAPHIE: Alan Parker, nĂ© Alan William Parker le 14 FĂ©vrier 1944 Ă  Islington, Londres, est un rĂ©alisateur, compositeur, scĂ©nariste et producteur anglais. 1975: The Evacuees (tĂ©lĂ©-film). 1976: Bugsy Malone. 1978: Midnight Express. 1980: Fame. 1982: l'Usure du Temps. 1982: Pink Floyd the Wall. 1984: Birdy. 1987: Angel Heart. 1988: Mississippi Burning. 1990: Bienvenue au Paradis. 1991: The Commitments. 1994: Aux bons soins du Dr Kellogg. 1996: Evita. 1999: Les Cendres d'Angela. 2003: La Vie de David Gale.


    TirĂ© du roman de William Wharton, ancien vĂ©tĂ©ran amĂ©ricain de la Seconde Guerre mondiale, Birdy dĂ©place son contexte historique vers les annĂ©es 60, dĂ©cennie lourdement entachĂ©e par le conflit vietnamien. 
     
    Synopsis : après avoir Ă©tĂ© gravement blessĂ© au visage par un bombardement, Al Columbato revient au pays et rejoint son ami d’enfance, Birdy. InternĂ© dans un hĂ´pital militaire, ce dernier, profondĂ©ment marquĂ© par la guerre, s’est enfermĂ© dans un mutisme absolu, comme une fuite hors de la rĂ©alitĂ©. Avant qu’il ne soit transfĂ©rĂ© dans un institut psychiatrique, Al tente une dernière fois de le ramener Ă  lui.  
     
    Si Alan Parker nous avait déjà bouleversés avec le drame carcéral Midnight Express et le trip sensoriel Pink Floyd: The Wall, Birdy marque à nouveau les esprits, happés par la force brute de son intensité émotionnelle.

    Hymne Ă  la libertĂ©, rĂ©quisitoire contre les ravages de la guerre, plaidoyer vibrant pour le droit Ă  la diffĂ©rence, Birdy est un poème universel sur la quĂŞte Ă©perdue d’un monde idĂ©alisĂ©. Ă€ travers la passion obsessionnelle d’un adolescent fascinĂ© par les oiseaux — lui-mĂŞme destinĂ© Ă  voler de ses propres ailes —, le film rĂ©vèle combien le monde peut se montrer lâche et cruel envers les âmes les plus pures. Alan Parker illustre, avec une humanitĂ© dĂ©sarmante, le lien indĂ©fectible entre deux amis, bientĂ´t dĂ©sunis par l’appel du front et la perte de leur innocence. Alternant flash-backs de leurs 400 coups et prĂ©sent dĂ©vastĂ© par le traumatisme post-Vietnam (tandis qu’Al tente dĂ©sespĂ©rĂ©ment d’arracher Birdy Ă  la dĂ©mence), le film bouscule nos Ă©motions par la peinture sensible d’une passion dĂ©vorante — celle des oiseaux, jusqu’Ă  la confusion de soi, jusqu’au vertige du vol vĂ©ritable.

    Ă€ travers la sĂ©paration de Birdy et Al, enrĂ´lĂ©s de force, le Vietnam devient le miroir d’une gĂ©nĂ©ration sacrifiĂ©e, privĂ©e de ses rĂŞves et de sa libertĂ©. Mais Birdy, au-delĂ  de sa rĂ©flexion sur les dĂ©rives identitaires que peut engendrer une passion extrĂŞme, transcende surtout une sublime histoire d’amitiĂ© enracinĂ©e dans la fidĂ©litĂ©. Leur lien, bâti sur la confiance, la tolĂ©rance et le respect, devient le dernier espoir pour ramener Birdy Ă  la surface, hors des abysses de sa propre psychose.


    PortĂ© par la partition sensitive de Peter Gabriel — qui exalte une charge Ă©motionnelle presque insoutenable —, et incarnĂ© par deux comĂ©diens d’une vĂ©ritĂ© bouleversante, Birdy est un grand moment de cinĂ©ma lyrique. Un chef-d’Ĺ“uvre de fragilitĂ©, touchĂ© par la grâce d’un onirisme pudique, celui qui rĂŞve d’une libertĂ© affranchie de toute souffrance, en harmonie avec la nature et le règne animal. Inoubliable est un mot trop faible : Birdy est un crève-cĹ“ur, une rĂ©demption amicale dĂ©chirante, mĂŞme si l’ironie finale du saut de l’ange nous ramène, brutalement, Ă  notre rĂ©alitĂ© terrestre.

    A mon ami de coeur Pascal Clabaut.

    Dédicace à Daniel Aprin

    Bruno 
    3èx
     
    Récompenses: Grand Prix du Jury, Cannes 1985
    Prix du Public au Festival International du film de Varsovie, 1987
    Top Ten Films: National Board of Review Awards, 1984

    lundi 18 août 2014

    Course contre l'Enfer (Race with the Devil)

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviecovers.com

    de Jack Starrett. 1975. U.S.A. 1h29. Avec Peter Fonda, Warren Oates, Loretta Swit, Lara Parker, R.G. Armstrong.

    Sortie salles France: 5 Mai 1976. U.S: Juin 1975

    FILMOGRAPHIE: Jack Starrett est un acteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 2 Novembre 1936 Ă  Refugio (Texas), dĂ©cĂ©dĂ© le 27 Mars 1989 Ă  Sherman Oaks (Californie). 1969: La Cavale Infernale. 1969: House of Zodiac. 1970: Les Machines du Diable. 1970: Fuite dans la nuit (tĂ©lĂ©-film). 1970: Le Dernier des Apaches. 1972: The Strange Vegeance of Rosalie. 1972: Slaughter. 1973: Dynamite Jones. 1974: The Gravy Train. 1975: Course contre l'Enfer. 1976: La Vengeance aux Tripes. 1976: Hollywood Man. 1977: Haute SĂ©curitĂ© (tĂ©lĂ©-film). 1977: Final Chapter: walking Tall. 1978: Thaddeus Rose and Eddie (tĂ©lĂ©-film). 1978: Big Bob Johnson and his fantastic speed circus (tĂ©lĂ©-film). 1979: Mister Horn (tĂ©lĂ©-film). 1979: Survival of Dana (tĂ©lĂ©-film). 1981: Treachery and greed on the Planet of the Apes (tĂ©lĂ©-film). 1982: Kiss my Grits.


    "Sabbat sur l'asphalte: la route est un piège"
    Film d'exploitation sans prĂ©tention rĂ©unissant en tĂŞtes d’affiche les vĂ©tĂ©rans Peter Fonda et Warren Oates, Course contre l’Enfer est un road movie horrifique qui tire son efficacitĂ© d’un concept de dĂ©part plutĂ´t original : deux couples de vacanciers, tĂ©moins malgrĂ© eux d’un rituel meurtrier perpĂ©trĂ© par une secte, en pleine cambrousse. RĂ©alisĂ© deux ans avant La Colline a des yeux, on pourrait croire que Wes Craven s’en est inspirĂ© pour camper une famille solidaire, exilĂ©e Ă  bord d’un camping-car, bientĂ´t piĂ©gĂ©e dans un dĂ©sert hostile. LivrĂ©s Ă  eux-mĂŞmes, ils devaient riposter avec force, rivaliser d’ingĂ©niositĂ©, et survivre face Ă  des agresseurs cannibales rĂ©duits Ă  l’Ă©tat primitif.

    Dans Course contre l’Enfer, nos jeunes touristes, eux aussi embarquĂ©s en caravane, sont sĂ©vèrement malmenĂ©s par une confrĂ©rie satanique dans le dĂ©sert du Colorado. Inlassablement pourchassĂ©s et persĂ©cutĂ©s, ils font preuve de bravoure et de persĂ©vĂ©rance pour dĂ©jouer les nombreux pièges jalonnant leur itinĂ©raire.

    Ce pitch inquiĂ©tant, mĂŞlant les composantes du road movie et de l’horreur, constitue une combinaison judicieuse entre suspense latent, tension palpable - notamment Ă  travers les Ă©changes de regards hostiles - et poursuites endiablĂ©es redoutablement jouissives plus de 50 ans après sa sortie. En toute simplicitĂ©, Jack Starrett façonne un pur divertissement solidement rĂ©alisĂ©, construit sur la fragilitĂ© attachante de personnages emportĂ©s dans une descente aux enfers - leur cohĂ©sion, d’abord amicale puis combative, Ă©veillant notre considĂ©ration, notre empathie, face Ă  leur peur de trĂ©passer - et sur l’action effrĂ©nĂ©e d’une cavale dĂ©sespĂ©rĂ©e. Toujours plus acculĂ©s par des menaces pernicieuses, ils brandissent les armes, seuls contre tous, leur tĂ©moignage ayant Ă©tĂ© balayĂ© d’un revers par la police locale.

    Avant une incroyable poursuite sur bitume dĂ©ployant moult cascades, le rĂ©alisateur distille une atmosphère d’insĂ©curitĂ© grandissante, notamment lorsque l’une des hĂ©roĂŻnes, gagnĂ©e par la paranoĂŻa, commence Ă  suspecter les regards patibulaires des habitants de la rĂ©gion. Dès lors, la menace devient d’autant plus sournoise que les satanistes, tapis dans l’ombre, redoublent d’audace morbide.


    "Bitume noir, croix inversée"
    Rondement menĂ©, Course contre l’Enfer n’a pour seul objectif que de divertir avec l’efficacitĂ© d’un pitch dĂ©monial, multipliant les pĂ©ripĂ©ties haletantes autour de la survie et de la riposte de couples molestĂ©s. Sous la houlette de Peter Fonda et Warren Oates, on embarque d’autant mieux dans cette virĂ©e meurtrière, guidĂ©s par leur virilitĂ© rugueuse et leur pugnacitĂ© commune. Du cinĂ©ma bis redoutablement excitant, audacieux, galvanisant - dont l'Ă©pilogue nihiliste en dĂ©concertera plus d’un - et qui frĂ´le, par moments, le modèle d’efficacitĂ©. Bref, un amour de sĂ©rie B charnellement vintage. 

    — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
    30/01/26. 4èx. Videoprojo


    vendredi 15 août 2014

    Montclare: Rendez-vous de l'horreur / Next of Kin. Licorne d'Or, Rex de Paris.

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Facebook via Le Chat qui fume

    de Tony Williams. 1982. Australie/Nouvelle-Zélande. 1h29. Avec Jackie Kerin, John Jarrat, Alex Scott, Gerda Nicolson, Charles McCallum, Bernadette Gibson.

    Sortie salles France: 30 Avril 1986

    FILMOGRAPHIE: Tony Williams est un réalisateur, scénariste et producteur né en 1942 en Nouvelle-Zélande. 1978: Solo. 1982: Montclare: Rendez-vous de l'horreur. 2013: A Place Called Robertson.

    Next of Kin — Une hantise trouble, un mirage mental

    En plein âge d’or du fantastique australien, qui vit dĂ©ferler des premières Ĺ“uvres aussi originales et poĂ©tiques qu’audacieuses (Harlequin, Les Voitures qui ont mangĂ© Paris, Long Week-end, Picnic at Hanging Rock, La Dernière Vague), voire carrĂ©ment rĂ©volutionnaires (Mad Max 1 et 2), Next of Kin s’impose discrètement, mais sĂ»rement, dans le palmarès.
    Tony Williams s’y rĂ©vèle vĂ©ritable auteur, renouvelant le mythe de la demeure hantĂ©e par une mise en scène quasi expĂ©rimentale.
    Et pour ses adeptes fidèles, les multiples visionnages n’attĂ©nuent en rien son pouvoir d’envoĂ»tement — au contraire. Chaque retour dans ses mailles sournoises donne l’impression Ă©trange de le dĂ©couvrir Ă  nouveau, ou sous une lumière inĂ©dite, comme un rĂŞve qui change de visage.

    Le pitch : après la lecture du testament de sa mère, Linda hĂ©rite de la maison de retraite Montclare afin d’en assurer la relève. Mais dès la nuit tombĂ©e, d’Ă©tranges bruits et incidents domestiques surgissent. Puis un pensionnaire est retrouvĂ© noyĂ© dans sa baignoire. En lisant le journal intime de sa mère, elle dĂ©couvre que ce qu’elle endure semble avoir dĂ©jĂ  eu lieu — les pages du passĂ© se superposent Ă  son prĂ©sent.

    DĂ©diĂ© Ă  l’atmosphère gothique d’une maison de retraite imprĂ©gnĂ©e de silence diffus, théâtre de visions macabres, Next of Kin Ă©rige un cinĂ©ma fantasmagorique et baroque.
    Ă€ l’image des cauchemars nocturnes qui hantent Linda, surgissent des souvenirs d’enfance — la fillette au ballon rouge, figure spectrale — ou des visions morbides de vieillards dĂ©charnĂ©s, sublimĂ©s par des ralentis qui transforment l’eau en poème funèbre.
    Les nuances de rouge et de sĂ©pia sculptent une stylisation baroque, magnifiĂ©e par une camĂ©ra incroyablement fluide, virtuose — ces travellings aĂ©riens vertigineux donnent le vertige de la dĂ©rive mentale.

    Sous couvert d’un rĂ©cit de hantise, Tony Williams construit un malaise insidieux, habilement nourri par la simple prĂ©sence de ces pensionnaires au regard morne, presque menaçant.
    Si l’intrigue, fondĂ©e sur une rancune meurtrière, semble somme toute classique, la manière dont le cinĂ©aste en tisse les fils, dans une mise en scène minutieuse et sensorielle, produit un envoĂ»tement rĂ©el.
    Le suspense, admirablement maintenu, repose sur un art du non-dit, de la suggestion, jusqu’Ă  cette bascule brutale dans une explosion de violence.

    Mais lĂ  encore, Tony Williams ne cède pas Ă  la facilitĂ© du gore outrancier — ou alors si peu — prĂ©fĂ©rant poursuivre sa fulgurance visuelle, toujours en accord avec le tempo musical.
    La partition mĂ©tronomique et obsĂ©dante de Klaus Schulze y est pour beaucoup, mais l’interprĂ©tation de la troublante Jackie Kerin n’est pas en reste.
    Avec son visage blĂŞme, son regard chargĂ© d’angoisse contenue, elle nous entraĂ®ne dans ses doutes, sa solitude, sa douleur sourde — jusqu’Ă  une bravoure finale d’une intensitĂ© rare.

    Chef-d’Ĺ“uvre discret mais incontestable du fantastique insolite, Next of Kin utilise le mythe de la maison hantĂ©e comme leurre, pour mieux nous piĂ©ger dans un rĂ©cit mental, un labyrinthe sensoriel.
    Angoisse Ă©thĂ©rĂ©e, atmosphère suspendue, intensitĂ© Ă©motionnelle rare : tout converge vers la psychĂ© d’une hĂ©roĂŻne perdue au cĹ“ur d’un lieu figĂ© hors du temps.

    Grâce Ă  la maĂ®trise de sa rĂ©alisation lĂ©chĂ©e, Ă  la richesse de sa photographie et aux jeux d’ombres naturelles, Next of Kin rejoint sans rougir les grandes clĂ©s de voĂ»te de la maison oppressante :
    La Maison du Diable, Les Innocents, Trauma, Ne vous retournez pas (pour sa cartographie mentale de Venise), Le Cercle infernal, L’Enfant du Diable.

    *Bruno
    27.06.23. 5èx

    RĂ©compenses: Licorne d'Or et Prix de la Meilleure Musique au Festival du film Fantastique du Rex Ă  Paris, 1983.
    Prix de la mise en scène, Sitges.

                                         

    lundi 11 août 2014

    Holocaust 2000 / Rain of Fire

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

    de Alberto De Martino. 1977. Angleterre/Italie. 1h42. Avec Krik Douglas, Simon Ward, Agostina Belli, Anthony Quayle, Virginia McKenna, Spyros Fokas, Ivo Garrani.

    Sortie salles France: 22 Mars 1978 (Int - 18 ans). Italie: 25 Novembre 1977.

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Alberto De Martino est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste italien, nĂ© le 12 Juin 1929 Ă  Rome. 1962: Les 7 Gladiateurs. 1963: PersĂ©e l'Invincible. 1963: La Maison de la Terreur. 1964: Le Triomphe d'Hercule. 1964: Les 7 Invincibles. 1966: Django tire le premier. 1967: OpĂ©ration frère Cadet. 1968: Rome contre Chicago. 1969: Perversion. 1972: Le Nouveau Bosse de la Mafia. 1974: L'AntĂ©christ. 1977: Holocaust 2000


    Après s'ĂŞtre inspirĂ© de L'exorciste pour sa copie latine de l'AntĂ©christ, Alberto De Martino exploite cette-fois le succès de Richard Donner, La MalĂ©diction, pour entreprendre Holocaust 2000. A nouveau influencĂ© par les versets apocalyptiques de la Bible, le scĂ©nario reprend Ă  peu près le mĂŞme schĂ©ma que son homologue ricain avec une efficacitĂ© presqu'aussi redoutable. C'est Ă  dire l'auto-suggestion d'un magnat industriel davantage convaincu qu'une prophĂ©tie est sur le point de converger au moment mĂŞme oĂą une succession d'accidents meurtriers intentent Ă  son entourage. Hormis cette impression de dĂ©jĂ  vu que l'on peut avoir dès le dĂ©part, puisque singeant sans trop de complexe la ligne directrice de La MalĂ©diction, Holocaust 2000 rĂ©ussit pourtant Ă  distiller un suspense en crescendo autour du projet d'une centrale thermo-nuclĂ©aire, mĂ©taphore du dragon Ă  sept tĂŞtes natif de l'apocalypse. Grâce Ă  cette idĂ©e de dĂ©part plutĂ´t astucieuse, et sous couvert de divertissement horrifique, Alberto De Martino se porte en pourfendeur Ă©colo afin de souligner l'Ă©tat de notre planète (les problèmes de pollution et de famine) et ce avant de pointer du doigt la menace nuclĂ©aire. Comme dans la MalĂ©diction, toute l'efficacitĂ© du rĂ©cit rĂ©side dans la perplexitĂ© du hĂ©ros Ă  tenter d'admettre que son projet rĂ©volutionnaire (construire un complexe atomique afin de venir en aide aux pays du tiers-monde !) Ă©mane finalement d'une stratĂ©gie diabolique invoquĂ©e par l'un de ses proches.


    C'est ce qu'un habile rebondissement nous divulguera (pour relancer ainsi le suspense !) au cours de son investigation, quand bien mĂŞme il fut sur le point de sacrifier une innocente victime. EmaillĂ© de quelques sĂ©quences-chocs rĂ©ussies (le premier ministre scalpĂ© par la pale d'un hĂ©licoptère, les deux altercations sanglantes intentĂ©es Ă  Robert Caine dans la chambre de l'asile, l'empoisonnement des bĂ©bĂ©s au sein de l'hĂ´pital), Holocaust 2000 rĂ©ussit d'autant mieux Ă  convaincre parmi la complicitĂ© bougrement attachante des comĂ©diens (si on Ă©pargne quelques ellipses narratives, quelques incohĂ©rences dans l'asile dĂ©sertĂ© de surveillants et praticiens et un montage tantĂ´t maladroit). Outre la beautĂ© vertueuse d'Agostina Belli et le charme sournois de l'inquiĂ©tant Simon Ward crevant l'Ă©cran comme de coutume par sa prestance fĂ©line, c'est la prĂ©sence du monstre sacrĂ© Kirk Douglas qui permet d'accorder autant de crĂ©dit Ă  ce dĂ©marquage transalpin (effusions sanglantes en sus !) extrĂŞmement captivant sous l'impulsion d'un climat d'Ă©trangetĂ© amplifiĂ© du superbe score choral d'Ennio Morricone. Incarnant la dĂ©marche autoritaire d'un entrepreneur frĂ©quemment compromis par la remise en question, le doute et la perplexitĂ©, il y dĂ©ploie dans ses moments d'accalmie une rassurante carrure paternelle de par sa bonhomie spontanĂ©e Ă  daigner prĂ©server la vie de sa nouvelle famille que reprĂ©sente la jeune maman Sara sur le point d'accoucher. 


    Soutenu de la partition tantôt mélancolique, tantôt religieuse (choeurs maléfiques indissociables !) d'Ennio Morricone et renforcé du jeu cordial des interprètes, Holocaust 2000 réussit constamment à inquiéter et séduire de par l'efficacité d'un scénario fustigeant le péril atomique. Hormis quelques facilités et incohérences (notamment l'altercation finale perpétrée dans l'institut psychiatrique éludé de personnel médical !), il s'avère le meilleur épigone bisseux de La Malédiction parmi La 7 Prophétie.

    *Bruno
    09.12.22. 4èx

    7

    vendredi 8 août 2014

    SIXIEME SENS (The Sixth Sense)

                                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site en.wikipedia.org

    de M. Night Shyamalan. 1999. U.S.A. 1h47. Avec Bruce Willis, Haley Joel Osment, Olivia Williams, Toni Collette, Donnie Wahlberg, Bruce Norris, Glenn Fitzgerald.

    Sortie salles France: 5 Janvier 2000. U.S: 2 Août 1999

    FILMOGRAPHIE: M. Night Shyamalan est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, d'origine indienne, né le 6 Août 1970 à Pondichéry.
    1992: Praying with Angers. 1998: Eveil à la vie. 1999: Sixième Sens. 2000: Incassable. 2002: Signs. 2004: Le Village. 2006: La Jeune fille de l'eau. 2008: Phenomènes. 2010: Le Dernier maître de l'air. 2013: After Earth.


    Enorme succès commercial et critique lors de sa sortie, Sixième Sens a rĂ©ussi Ă  imposer la notoriĂ©tĂ© de son jeune rĂ©alisateur (il avait 30 ans Ă  l'Ă©poque !) alors qu'il s'agissait de son 3è long-mĂ©trage. Souvent cĂ©lĂ©brĂ© pour l'originalitĂ© de son twist final (mĂŞme si avant lui d'autres rĂ©alisateurs avaient dĂ©jĂ  empruntĂ© la mĂŞme pirouette !), Sixième Sens s'avère autrement plus captivant par l'entremise d'une psychanalyse exercĂ©e sur un garçon perturbĂ©. Car Cole Sear possède le don d'apercevoir et de communiquer avec les morts, particulièrement ceux dĂ©cĂ©dĂ©s d'une manière aussi violente qu'inopinĂ©e. Avant sa première rencontre avec le psychologue Malcolm Crowe, on nous rapporte que ce dernier eut Ă©tĂ© victime d'une grave agression Ă  son domicile parmi la prĂ©sence de sa femme. EntrĂ© par effraction en pleine nuit avec une arme Ă  feu, l'un de ces anciens patients lui avait assĂ©nĂ© une balle dans l'abdomen ! C'est un an plus tard que nous retrouvons Malcolm Crowe prĂŞtant main forte au jeune enfant tout en essayant de se rĂ©concilier avec son Ă©pouse traumatisĂ©e de l'agression.


    Si à la première vision de Sixième Sens, la majorité des spectateurs avaient été surtout bluffés par sa révélation finale, un second visionnage nous permet de mieux percevoir son intensité émotionnelle et d'aborder le film sous un autre angle vis à vis des personnages tourmentés du psychologue et de son épouse. Principalement ses rapports délicats lorsqu'il tente difficilement de la réconcilier, quand bien même cette dernière se morfond dans une grave solitude avant de se réconforter dans les bras d'un autre ! Sur ce point, le film s'avère beaucoup plus poignant et remarquablement construit lorsque l'on comprend pour quelle raison (l'aider à faire le deuil de manière inconsciente !) il persiste à s'accrocher à son chevet. Entièrement dédié à la caractérisation humaine de personnages emplis de fragilité, Sixième Sens relate leur contrariété et leur fêlure morale avec une sensibilité souvent bouleversante. A l'image de l'innocence infantile de Cole, garçon de 9 ans sévèrement persécuté par des fantômes moribonds en quête d'exutoire. Outre sa réflexion sur la difficulté d'accepter le deuil de l'être aimé et sur l'attention d'être à l'écoute de l'autre (particulièrement envers les gens les plus démunis et esseulés), le film met en relief les rapports complexes de responsabilité et d'éducation parentale lorsqu'une mère divorcée tente désespérément de déceler la pathologie mentale de son fils. Enfin, à travers le cheminement tortueux de ce dernier, Sixième Sens transcende une puissante histoire d'amitié entamée avec son psychologue. Un homme rongé par le doute et le remord, d'autant plus affaibli par sa relation conjugale, mais cette fois-ci délibéré à réparer ses erreurs pour guérir les névroses de l'enfant mais aussi assumer son tragique destin.


    DominĂ© par les sobres prestances de Bruce Willis, Haley Joel Osment et Toni Colette, communĂ©ment bouleversants de fragilitĂ© humaine, Sixieme Sens rend ses lettres de noblesse au genre fantastique. Celui d'un cinĂ©ma mature oĂą le climat Ă©thĂ©rĂ© est avant tout dĂ©diĂ© Ă  la psychologie torturĂ©e de personnages en quĂŞte de rĂ©demption. Une oeuvre magnifique, esthĂ©tiquement avisĂ©e et remarquablement maĂ®trisĂ©e, nous donnant sĂ©rieusement envie de croire Ă  la spiritualitĂ© d'un havre de paix. 

    Bruno Matéï
    3èx


      jeudi 7 août 2014

      Vol 93 / United 93

                                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemotions.com

      de Paul Greengrass. 2006. France/Angleterre/U.S.A. 1h51. Avec Christian Clemenson, Trish Gates, David Alan Basche, Cheyenne Jackson, Opal Alladin, Starla Benford, J.J. Johnston.

      Sortie salles France: 12 Juillet 2006. U.S: 28 Avril 2006.

      FILMOGRAPHIE: Paul Greengrass est un journaliste, rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur britannique, nĂ© le 13 AoĂ»t 1955 Ă  Cheam (Royaume-Uni). 1998: Envole-moi. 2002: Bloody Sunday. 2004: La Mort dans la Peau. 2006: Vol 93. 2007: La Vengeance dans la Peau. 2009: Green Zone. 2013: Capitaine Phillips.


      Relatant l'interminable calvaire puis la bravoure des passagers du Vol 93 lors des attentats du 11 septembre, Paul Greengrass n'y va pas par quatre chemin pour susciter terreur et effroi en interne d'un avion dĂ©tournĂ© par des terroristes d'Al-QaĂŻda. Alors que leur cible Ă©tait de se crasher sur le capitole, il finiront par dĂ©vier leur trajectoire, faute du courage de certains passagers dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  les affronter afin d'Ă©viter le pire accident et peut-ĂŞtre d'y survivre. Oppressant, Ă©prouvant et d'une intensitĂ© dramatique exponentielle, Vol 93 emprunte le schĂ©ma du film catastrophe avec souci informatif et degrĂ© de rĂ©alisme inĂ©dit pour le genre. La mise en scène studieuse de Greengrass privilĂ©giant l'aspect docu-vĂ©ritĂ© quand bien mĂŞme les Ă©vènements dĂ©crits nous sont rapportĂ©s en temps rĂ©el. Alternant les prises de conscience alertes du personnel de la tour de contrĂ´le, informĂ©s seconde par seconde des divers dĂ©tournements aĂ©riens, et de la panique improvisĂ©e des passagers de l'United Airlines, Vol 93 est une expĂ©rience extrĂŞme avec la peur. Un moment de cinĂ©ma anti ludique conçu pour vous faire participer Ă  une prise d'otages comme si vous y Ă©tiez ! 


      Immersif en diable donc et vĂ©ritablement Ă©touffant dans ce huis-clos instaurĂ© Ă  haute altitude, vous vous sentez intimement impliquĂ©s dans le dĂ©sarroi des voyageurs sĂ©vèrement molestĂ©s, (voir mĂŞme Ă©gorgĂ©s pour certains d'entre eux !) par des fanatiques tout aussi Ă©peurĂ©s de leur mission suicide. Le cinĂ©aste insistant notamment sur la paranoĂŻa de ces intĂ©gristes toujours plus anxieux Ă  l'idĂ©e de passer Ă  l'acte et commettre leur gageure ! Du point de vue de la conscience dĂ©sabusĂ©e des victimes, nous partageons leur immense dĂ©tresse, leur ultime recours d'avertir leurs proches de leur inĂ©vitable sort par le biais du tĂ©lĂ©phone portable. MĂŞme si on connait l'issue tragique, Vol 93 rĂ©ussit Ă  distiller au compte goutte un suspense interminable (notamment Ă  travers le tĂ©moignage affolĂ© du personnel de la station d'observation !), qui ira crescendo jusqu'au baroud d'honneur sacrificiel. Ce point d'orgue ultra spectaculaire et violemment brutal peut faire office d'anthologie de l'horreur tant les altercations dĂ©crites sont reconstituĂ©s avec un rĂ©alisme tranchĂ©. Par l'entremise d'un Ă©lan de solidaritĂ©, les passagers les plus coriaces se projetant sur les pirates de l'air avec une hargne primitive ! Dès lors, jamais une catastrophe aĂ©rienne n'eut Ă©tĂ© rendue aussi intense et Ă©motionnellement Ă©prouvante (jusqu'au malaise tangible !), quand bien mĂŞme le cinĂ©aste a l'intelligence d'Ă©luder l'esbroufe de l'atterrissage forcĂ© afin de respecter le deuil des familles !


      Hommage aux victimes du 11 Septembre 2001 et surtout Ă  la bravoure hĂ©roĂŻque de ces passagers anonymes, Vol 93 illustre leur Ă©preuve de force avec une intensitĂ© et un rĂ©alisme proprement exceptionnels. DĂ©rangeant, affolant, bouleversant et terriblement anxiogène, Paul Greengrass a Ă©galement accompli avec une virtuositĂ© vertigineuse le film catastrophe le plus effrayant jamais rĂ©alisĂ©. A voir absolument avec le coeur bien accrochĂ© !

      A la mémoire de tous ceux qui ont perdu la vie ce jour maudit...

      *Bruno
      13.04.23. 3èx

      mercredi 6 août 2014

      Les Envoûtés / The Possessed

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Moviecovers.com

      de Jerry Thorpe. 1977. U.S.A. 1h15. Avec James Farentino, Joan Hackett, Claudette Nevins, Eugene Roche, Harrison Ford, Ann Dusenberry.

      Diffusion TV, U.S: 1er Mai 1977

      FILMOGRAPHIE: Jerry Thorpe est un réalisateur et producteur américain, né en 1926.
      1957: Minuit sur le grand canal. 1968: Le Jour des Apaches. 1970: Company of Killers (télé-film). 1970: Dial Hot Line (télé-film). 1971: Lock, Stock and Barrel (télé-film). 1971: Crosscurrent (télé-film). 1972: Kung-Fu (télé-film). 1974: Smile, Jenny, You're Dead (télé-film). 1975: Antonio and the Mayor (télé-film). 1976: The Dark side of Innocence (télé-film). 1976: Laissez moi mon enfant (télé-film). 1977: Yesterday's Child (télé-film). 1977: Les Envoûtés (télé-film). 1978: The Lazarus Syndrome (télé-film). 1978: Stickin'Together (télé-film). 1978: A Question of Love (télé-film). 1979: Heaven Only Knows (télé-film). 1980: Le Noir et le Blanc (télé-film). 1983: Happy Endings (télé-film). 1986: La Fleur Ensanglantée (télé-film).


      TĂ©lĂ©film des annĂ©es 70 dĂ©couvert chez nous un mardi soir dans le cadre des Les Dossiers de l'Ă©cran, Les EnvoĂ»tĂ©s traumatisa toute une gĂ©nĂ©ration de spectateurs impressionnĂ©s par le caractère rĂ©aliste de son thème satanique, Ă  l’instar de son climax inoubliable faisant office de moment de trouille particulièrement dĂ©rangeant. Sans doute influencĂ© par The Exorcist et toute la vague de films dĂ©moniaques qui suivirent (The Omen en tĂŞte de peloton), Jerry Thorpe nous relate ici la descente aux enfers de lycĂ©ennes confrontĂ©es Ă  des phĂ©nomènes surnaturels, dont celui de la combustion spontanĂ©e s’emparant sans raison de leurs corps pour les consumer vives. RamassĂ© sur une durĂ©e de 1h13, sans que cela ne lui porte prĂ©judice tant il va droit Ă  l’essentiel, Les EnvoĂ»tĂ©s sous-entend une rĂ©flexion sur l’existence du Mal Ă  travers le parcours Ă©quivoque d’un ancien prĂŞtre dĂ©cidĂ© Ă  expier sa conduite après avoir offensĂ© Dieu. RessuscitĂ© Ă  la suite d’un accident mortel, sa mission consiste dès lors Ă  venir en aide aux tĂ©moins de l’emprise du Diable. Ce qui l’amène Ă  s’orienter vers un lycĂ©e exclusivement fĂ©minin oĂą de graves incidents ont Ă©tĂ© signalĂ©s par la direction.

      Hormis sa facture tĂ©lĂ©visuelle Ă©tonnamment soignĂ©e, Jerry Thorpe rĂ©ussit avec une rĂ©elle efficacitĂ© Ă  maintenir un suspense constant parmi les vicissitudes des pensionnaires qui Ă©branlent leur tranquillitĂ©, tout en insufflant une atmosphère dĂ©licieusement diabolique par le biais de l’emprise du feu. RenforcĂ©e par une bande-son anxiogène agrippant la pellicule, la manière insidieuse dont les flammes se propagent sur le mobilier ou sur le corps enseignant provoque un sentiment profondĂ©ment malsain. D’autant qu’Ă  plus d’une reprise, la victime ciblĂ©e se retrouve enfermĂ©e dans une pièce verrouillĂ©e de l’intĂ©rieur.


      ÉpaulĂ© par des comĂ©diennes fort convaincantes dans leurs rĂ´les d’enseignantes contrariĂ©es ou de lycĂ©ennes apeurĂ©es, Les EnvoĂ»tĂ©s est Ă©galement dominĂ© par le jeu Ă©nigmatique de James Farentino (remember The Reincarnation of Peter Proud) dans celui de Kevin Leahy, prĂŞtre dĂ©chu revenu de l’au-delĂ . DĂ©pouillĂ© de sa soutane et de ses insignes religieux (il ne croit plus qu’Ă  l’existence du Mal, avouera-t-il Ă  l’une des enseignantes), il demeure pourtant rĂ©signĂ© Ă  combattre et Ă  se sacrifier pour sauver les proies innocentes des forces du Diable.

      Enfin, on reconnaĂ®tra dans un second rĂ´le l’apparition du dĂ©butant Harrison Ford dans celui d’un enseignant batifolant avec une jeune lycĂ©enne. Si le rĂ©cit, tout Ă  fait inquiĂ©tant, n’exploite pas complètement le potentiel de son sujet en raison de quelques raccourcis narratifs (faute Ă  sa durĂ©e Ă©courtĂ©e), il demeure suffisamment bien conduit pour distiller une vĂ©ritable angoisse latente au fil d’une intrigue toujours plus ombrageuse que Kevin Leahy tente de dĂ©mystifier. Ce qui nous conduit Ă  son point d’orgue rĂ©vĂ©lateur ayant tant traumatisĂ© les cinĂ©philes de l’Ă©poque lors de cette confrontation du prĂŞtre et de la directrice rĂ©fugiĂ©s Ă  proximitĂ© d’une piscine.

      En victime ensorcelĂ©e exprimant râles inquiĂ©tants, rictus mesquins et regard pervers, l’actrice Joan Hackett rĂ©ussit Ă  provoquer l’effroi dans sa posture cynique de possĂ©dĂ©e. Aujourd’hui encore, son apparence “envoĂ»tĂ©e” (mais dĂ©pouillĂ©e de tout maquillage grand-guignolesque) nous provoque une rĂ©pulsion viscĂ©rale troublante, au point de raviver ces cauchemars nocturnes hĂ©ritĂ©s d’une enfance tourmentĂ©e.


      En tant que production issue de la tĂ©lĂ©vision, Les EnvoĂ»tĂ©s demeure l’une des rares rĂ©ussites Ă  avoir su distiller avec autant de tact, de sensibilitĂ© et de rĂ©alisme une angoisse vĂ©nĂ©neuse particulièrement dĂ©rangeante, Ă  l’instar de son Ă©pilogue fĂ©tide restĂ© dans les mĂ©moires des tĂ©lĂ©spectateurs. Une pĂ©pite Ă  redĂ©couvrir donc, tant elle s’avère plus honorable et convaincante que la plupart des vulgaires ersatz ayant tentĂ© d’Ă©muler l'Exorciste et consorts. Si bien que Les EnvoĂ»tĂ©s n’a pas pris une ride, portĂ© par une atmosphère envoĂ»tante hantĂ©e par la prĂ©sence d’un Mal de prime abord sournoisement indicible. C’est dire s’il tient encore aujourd’hui sacrĂ©ment la route (j’en suis au quatrième visionnage).

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      02.05.26. 4èx. Vostfr