(Crédit photo : image trouvée via Google, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
"The Lost Bus : l’enfer forestier de l’âme et des flammes."
Fans de rĂ©cits catastrophistes adultes, humbles, et surtout intelligemment traitĂ©s sans complaisance racoleuse, The Lost Bus a de quoi vous clouer au siège deux heures durant. Paul Greengrass, rĂ©alisateur Ă©mĂ©rite, nous immerge dans son enfer forestier en y imprimant sa signature auteurisante - un parti-pris dĂ©jĂ amorcĂ© avec Bloody Sunday, Un 22 Juillet ou encore le traumatisant Vol 93. CamĂ©ra Ă l’Ă©paule, au plus près des stratagèmes de pompiers et secouristes aussi interrogatifs que sur le qui-vive, il nous embarque tĂŞte baissĂ©e dans une descente aux enfers, inspirĂ©e de faits rĂ©els survenus en Californie en 2028.
Kevin, chauffeur de bus dĂ©sargentĂ©, accablĂ© par la mort rĂ©cente de son père et ses conflits incessants avec son fils, doit en prime s’occuper de sa mère grabataire. Lorsqu’un incendie ravage sa bourgade, il se heurte Ă un dilemme : rapatrier des enfants d’Ă©cole pour les sauver, ou tenter de protĂ©ger sa mère et son fils bientĂ´t pris dans l’Ă©tau du dĂ©sastre.
Ce pitch mĂ©taphorique dĂ©veloppe, avec un humanisme Ă la fois torturĂ©, fragile et stoĂŻque, l’Ă©preuve d’un père seul contre tous - Ă©paulĂ© seulement par une partenaire de survie improvisĂ©e. Dans sa lutte, Kevin cherche Ă conjurer son manque de confiance, sa perte identitaire, hĂ©ritĂ© d’un père dĂ©missionnaire, et Ă dĂ©passer sa mauvaise rĂ©putation par la force du courage et de la dĂ©termination.
Le film marie attention psychologique et sĂ©quences de bravoure saisissantes, d’un rĂ©alisme cauchemardesque. La scĂ©nographie apocalyptique, oĂą nos protagonistes se retrouvent reclus dans un bus saturĂ© de fumĂ©e et d’angoisse, installe une tension suffocante, un Ă©tat d’apprĂ©hension continue, soutenu par l’expressivitĂ© dĂ©munie mais combative des personnages. Hypnotique dans sa mise en scène proche du docu-fiction, The Lost Bus insuffle un suspense oppressant et une action improvisĂ©e, tant les flammes dĂ©vorent tous azimuts les forĂŞts environnantes jusqu'Ă plus soif.
TĂ©moignage plein de pudeur et d’humilitĂ© sur les valeurs familiales vues Ă travers un père Ă©corchĂ© vif en quĂŞte d’affirmation ; hymne Ă la vie auprès d’une jeune mère brutalement consciente de sa prĂ©caritĂ© existentielle ; mise en garde enfin contre l’irresponsabilitĂ© humaine qui engendre la dĂ©forestation par le feu : The Lost Bus redonne ses lettres de noblesse au cinĂ©ma catastrophe. Et Matthew McConaughey, bouleversant d’humanitĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e, incarne cette rage contenue avec une pudeur Ă©motive inscrite dans la rĂ©serve.
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir



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