jeudi 12 février 2015

Maximum Overdrive

                                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, incombant au site papystreaming.com

de Stephen King. 1986. U.S.A. 1h38. Avec Emilio Estevez, Pat Hingle, Laura Harrington, Yeardley Smith, John Short, Ellen McElduff, J.C. Quinn.

Sortie salles France: 25 novembre 1987. U.S: 25 juillet 1986

FILMOGRAPHIE: Stephen King est un écrivain et réalisateur américain, né le 21 Septembre 1947 à Portland, dans le Maine des Etats-Unis.
1986: Maximum Overdrive


"Le 19 Juin 1987, à 9h47 du matin, la Terre a traversé la trajectoire de la comète Rhéa-M. Selon les calculs astronomiques, la planète restera dans l'influence de la queue de cette comète pendant exactement 8 Jours, 5 heures, 29 minutes et 23 secondes."

Echec public et critique lors de sa sortie (il rapporta 7 430 000 dollars pour un budget de 9 000 000 !), Maximum Overdrive pâtit de la rĂ©putation de son auteur, Stephen King, Ă©crivain de littĂ©rature mondialement cĂ©lĂ©brĂ© pour ses Ă©crits fantastiques souvent inscrits dans la modernitĂ© de notre quotidien. PassĂ© derrière la camĂ©ra pour la première fois de sa carrière sous la houlette du producteur Dino De Laurentiis, il se rĂ©approprie une de ses nouvelles de Danse Macabre pour mettre en scène une sĂ©rie B maladroite (rĂ©alisation, montage sporadiques) dĂ©nuĂ©e de surprise hormis un postulat de dĂ©part allĂ©chant et la trogne sympathique d'acteurs de seconde zone (Emilio Estevez monopolise la tĂŞte d'affiche en porte-drapeau altruiste). 

Synopsis: A la suite du passage d'une comète autour de la terre, toutes nos machines industrielles se transforment en arme de destruction incontrôlée avec comme unique fonction de nous détruire. Durant plusieurs jours, une poignée de rescapés d'un relais routier tente de survivre contre l'autorité des poids-lourds erratiques.



Démarrant sur les chapeaux de roue avec une succession d'incidents techniques aussi inventifs que jouissifs (le distributeur de banque et de boisson, l'ouverture du point-levis, le couteau électrique), Maximum Overdrive débute en fanfare lorsque les machines déréglées s'unifient pour perpétrer des exactions improbables sous influence extra-terrestre. Alternant humour noir et action spectaculaire, le récit redouble d'audace et d'insolence (citadins écrabouillés par des véhicules à moteur, marmot écrasé par un rouleau compresseur, chien retrouvé la gueule déchiquetée par le jouet d'une voiture électrique) à mettre en valeur des situations alertes où nombre de quidams vont sévèrement trinquer ! Durant 45 minutes, Stephen King réussit donc avec assez d'efficacité à miser sur l'enchevêtrement de ces situations de panique à renfort de poursuites automobiles, explosions dantesques et agressions sanglantes. Là ou la machine va s'enrayer, c'est lorsque l'action se confine paresseusement en interne du relais pour adopter une démarche de routine beaucoup moins attractive. De par les échanges amoureux impartis au couple de héros, de l'impériosité mesquine du tenancier sans vergogne et des bavardages inutiles entamés entre une clientèle superficielle. Quand à la stratégie adoptée par Bill (traverser les tuyaux d'écoulement avec l'appui d'un bénévole pour secourir une éventuelle victime située à l'autre bout du relais), elle s'avère finalement peu haletante dans sa coordination et peu intense pour l'enjeu humain, même si la découverte d'un gamin débrouillard va relancer quelques péripéties héroïques. Dénué de surprises, Stephen King tente donc de pallier la maigreur de son intrigue par des séquences d'actions souvent spectaculaires (à l'instar de son final - à la limite du ridicule - lorsque nos rescapés sont contraints de faire le plein sous l'allégeance des poids-lourds) et d'autant mieux scandées du hard-rock électrique du groupe AC/DC ! Quand à l'attitude pugnace du héros sombrant peu à peu dans une dépression passagère, Stephen King n'apporte aucune empathie ni densité pour l'évolution soudaine de son comportement hors d'haleine !


Avec un pitch aussi original que prometteur dénonçant la prolifération de nos technologies modernes (ici, une menace extra-terrestre aiguillant nos propres machines pour nous enrayer !) et l'autorité d'un illustre écrivain passé derrière la caméra, Maximum Overdrive avait de sérieux atouts pour combler l'attente du spectateur. Mal exploité, sans surprises et parfois grotesque, mais récupéré du fun des scènes homériques ou sanglantes, de son ambiance perméable et de la bonhomie d'acteurs cabotins, il reste aujourd'hui un plaisir innocent aussi sympatoche que décomplexé sous l'impulsion oh combien entêtante du groupe AC/DC.

*Bruno
30.04.25. VF

mercredi 11 février 2015

SAMBA

                                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site inthemoodlemag.com

de Eric Toledano et Olivier Nakache. 2014. France. 2h00. Avec Omar Sy, Charlotte Gainsbourg, Tahar Rahim, Izïa Higelin, Youngar Fall, Isaka Sawadogo, Hélène Vincent.

Sortie salles France: 15 Octobre 2014

FILMOGRAPHIE: Olivier Nakache est un réalisateur, scénariste et acteur français, né à Suresnes le 14 Avril 1973. Il travaille souvent en coréalisation avec Eric Toledano. Il est le frère de l'actrice Géraldine Nakache.
Eric Tolédano est un réalisateur, scénariste, acteur et dialoguiste français né le 3 juillet 1971 à Paris. Il travaille régulièrement avec Olivier Nakache sur l'écriture et la réalisation de longs-métrages.
2005: Je préfère qu'on reste amis... 2006: Nos jours heureux. 2009: Tellement proches. 2011: Intouchables. 2014: Samba


Trois ans après le phénomène Intouchables, le duo Eric Toledano/Olivier Nakache renoue avec la comédie sociale sans se laisser influencer par la facilité de la déclinaison. Samba privilégiant les rapports amoureux entre un jeune sénégalais en situation irrégulière et une cadre dépressive en voie de convalescence. Cumulant les p'tits boulots et le travail au noir, Samba est contraint d'exercer l'illégalité, notamment en falsifiant de faux papiers, afin de tenter de se faire une place dans une France gagnée par le chômage et l'immigration de masse. Avec l'appui d'un comparse arabe également en situation illégale, il va tenter de conquérir le coeur d'Alice tout en essayant de se construire une vie sociale décente.


Si la nouvelle prĂ©sence d'Omar Sy et le retour du duo gagnant Toledano/Nakache laissait craindre une resucĂ©e d'Intouchables, ces derniers sont loin de s'ĂŞtre laissĂ©s distraire par leur notoriĂ©tĂ© pour bâtir une nouvelle comĂ©die dramatique axĂ©e sur la condition prĂ©caire des sans-papiers. Si l'aspect irrĂ©sistiblement comique de leur prĂ©cĂ©dent succès avait su faire preuve de subtilitĂ© pour traiter Ă©galement avec Ă©motion poignante l'inattendue complicitĂ© entre un aristocrate paraplĂ©gique et un jeune dĂ©linquant, Samba change littĂ©ralement de registre pour s'orienter plutĂ´t vers la romance et la cocasserie de situations intimistes inscrites dans le cadre d'un quotidien blafard. Bien que le rythme de la narration pâti parfois de lĂ©gers signes d'essoufflement, la bonhomie attachante des personnages en quĂŞte d'insertion sociale et de fondation amoureuse, et la sincĂ©ritĂ© des cinĂ©astes Ă  ne pas les confiner dans le misĂ©rabilisme ou le sentimentalisme, rĂ©ussissent Ă  combiner une aventure humaine inscrite dans les instants de tendresse, d'amitiĂ© (Tahar Rahim prĂŞtant sa confiance avec une spontanĂ©itĂ© expansive dans celui de l'acolyte serviable !) et d'apprĂ©hension pour l'exclusion. Outre la posture naturelle d'un Omar Sy plein de doute et de prĂ©caritĂ© dans sa fonction clandestine d'immigrĂ© (un rĂ´le Ă  contre-emploi du boute-en-train d'Intouchables), Samba est Ă©galement illuminĂ© par la personnalitĂ© fragile de Charlotte Gainsbourg. Endossant la position timorĂ©e d'une cadre supĂ©rieure aujourd'hui reconvertie en bĂ©nĂ©volat chez les sans-papiers, l'actrice dĂ©gage une sensualitĂ© prude dans la suavitĂ© de ses sentiments. A travers leur complicitĂ© fĂ©brile sans cesse repoussĂ©e par l'hĂ©sitation, Samba transmet non sans fioriture leurs vicissitudes humaines parmi le rĂ©alisme de confrontations tantĂ´t cocasses, tantĂ´t dramatiques, Ă  l'instar de son final poignant oĂą perce une Ă©motion douloureuse.


Retenue, rĂ©alisme et sincĂ©ritĂ© sont les maĂ®tres mots du duo Toledano/Nakache d'avoir su illustrer avec lĂ©gèretĂ© la rĂ©demption amoureuse d'un sĂ©nĂ©galais sans papier avec une notable dĂ©pressive, tout en portant tĂ©moignage Ă  la difficile insertion de ces immigrĂ©s souvent contraints de frauder pour se faire une maigre place dans l'hexagone. Outre la simplicitĂ© des sĂ©quences intimistes et d'autres plus enjouĂ©es (la soirĂ©e dansante improvisĂ©e sur un tube de reggae !), la participation harmonieuse des comĂ©diens accordent sans outrance leur soutien au rĂ©cit initiatique de Samba, notamment lors de petits instants de poĂ©sie !

Bruno Matéï 



mardi 10 février 2015

Housebound. Grand Prix, NIFF 2014, Prix du Public, FEFFS 2014.

                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site addictedtohorrormovies.com

de Gerard Johnstone. 2014. Nouvelle-Zélande. 1h49. Avec Morgana O'Reilly, Rima Te Wiata, Glen-Paul Waru, Cameron Rhodes, Ross Harper, Ryan Lampp.

Sortie salles Nouvelle-Zélande: 4 Septembre 2014. U.S: 17 Octobre 2014

Récompenses: Grand Prix au NIFFF 2014 et du Prix du Public au FEFFS 2014,

FILMOGRAPHIE: Gerard Johnstone est un réalisateur et scénariste néo-zélandais,
2008/09: The jaquie brown diaries (Serie TV). 2014: Housebound 

 
"Housebound ou l’art de piĂ©ger le fantĂ´me et sa mère".
InĂ©dit en salles en France malgrĂ© son Grand Prix au NIFF et son Prix du Public au FEFFS, Housebound est une production nĂ©o-zĂ©landaise dĂ©tonante, tĂ©lescopage frondeur de comĂ©die pittoresque, de thriller criminel et d’horreur gothique. Inscrit dans une dĂ©brouillardise cĂ©rĂ©brale, soutenu par une intrigue riche en rebondissements impromptus, Housebound agit comme une attraction foraine : une Ă©nergie communicative pulse, alimentĂ©e par des protagonistes qui manient la dĂ©rision avec une vigueur mordante.

Pitch: Après le braquage ratĂ© d’un distributeur, la jeune dĂ©linquante Kylie se voit condamnĂ©e au bracelet Ă©lectronique et contrainte de rĂ©intĂ©grer, pour huit mois, le giron maternel. Quand elle surprend sa mère confesser Ă  la radio que la maison serait hantĂ©e, Kylie dĂ©couvre Ă  son tour que d’Ă©tranges phĂ©nomènes sapent la tranquillitĂ© domestique.

Modeste entreprise façonnĂ©e dans le moule de la sĂ©rie B, Housebound renoue avec l’Ă©clat des premières Ĺ“uvres bricolĂ©es, fort d’une sincĂ©ritĂ© palpable pour le(s) genre(s) et de trouvailles retorses qui privilĂ©gient l’estocade narrative Ă  l’esbroufe racoleuse. Grâce Ă  l’habiletĂ© d’un scĂ©nario Ă©chevelĂ© et Ă  la fougue de personnages aussi dĂ©calĂ©s que maladroits, le rĂ©cit nous surprend sans relâche : simulacres, subterfuges, faux coupables et volte-faces Ă©maillent son parcours. Recyclant les codes Ă©culĂ©s de la maison hantĂ©e et du thriller criminel (jusqu’Ă  l’ombre d’un serial killer), Housebound Ă©poussette ces mythes dans un esprit tour Ă  tour burlesque et poignant — son final arrache mĂŞme une Ă©motion sincère lorsque l’hĂ©roĂŻne se heurte Ă  sa propre caricature sous forme de dessins.

Sans Ă©venter l’enquĂŞte surnaturelle menĂ©e avec son agent de probation, le film exploite avec malice le faux-semblant, tissant une mosaĂŻque de situations toujours plus cartoonesques — la dernière partie s’emballe en une cavalcade meurtrière, truffĂ©e de chausse-trappes ! En filigrane, Gerard Johnstone glisse une rĂ©flexion sociale sur le rĂ´le pĂ©dagogique du parent face Ă  l’errance d’un mineur rĂ©voltĂ©. Sous couvert de divertissement, il exalte l’initiation Ă  la tolĂ©rance et Ă  l’estime de soi, quand une marginale s’arme de sagacitĂ© et de bravoure (soutenue par sa mère !) pour dissiper l’incomprĂ©hension.

"Bracelet, fantĂ´mes et chausse-trappes".
Conjuguant dans un mĂŞme Ă©crin gothique comĂ©die, horreur et thriller, Housebound orchestre un suspense exponentiel grâce Ă  un montage vigoureux et Ă  l’audace de ses personnages. Il en jaillit un divertissement dĂ©coiffant : pochette-surprise d’une savoureuse satire sur la discorde familiale et l’apprentissage de la confiance.

Bruno

12.06.25. 2èx. Vost 


lundi 9 février 2015

HONEYMOON

                                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site rhinoshorror.com

de Leigh Janiak. 2014. U.S.A. 1h27. Avec Rose Leslie, Harry Treadaway, Ben Huber, Hanna Brown

Sortie US uniquement en Vod: 12 Septembre 2014

FILMOGRAPHIE:  Leigh Janiak est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain.
2014: Honeymoon


Première rĂ©alisation de Leigh Janiak après sa sĂ©lection officielle Ă  GĂ©rardmer 2015, Honeymoon relate la lune de miel d'un couple d'amoureux dans un chalet champĂŞtre. En plein milieu de la nuit, Paul surprend sa compagne Bea Ă©garĂ©e dans la forĂŞt. PrĂ©textant une crise de somnambulisme, le couple tente d'oublier cet Ă©trange incident. Mais au fil des jours, Paul commence Ă  suspecter l'humeur versatile de son Ă©pouse, notamment ses pertes de mĂ©moire inexpliquĂ©es. 


Production indĂ©pendante au budget minimaliste et constituĂ© essentiellement de deux acteurs (si on Ă©pargne le 1er quart-d'heure !), Leigh Janiak emprunte la voie du huis-clos Ă  partir d'un concept horrifique subtilement amenĂ© et Ă  l'intersection de la science-fiction (les flashs de lumières aveuglantes que Paul observe de la fenĂŞtre de sa chambre en cours de nuit !). Accordant toute son importance Ă  la caractĂ©risation humaine des deux protagonistes, Honeymoon puise sa force dans la remise en question du couple d'amoureux pris Ă  parti avec une situation improbable et ne cessant de se contredire pour la quĂŞte de vĂ©ritĂ©. S'attardant dans un premier temps Ă  surligner leur rapport affectueux dans des moments intimistes de tendresse et de vivacitĂ©, nous nous Ă©prenons inĂ©vitablement de compassion avant que leur dĂ©chĂ©ance morale ne viennent nous tourmenter par leur discorde quotidienne toujours plus fĂ©brile. Autour des ces rapports houleux, un climat anxiogène se fait toujours plus pesant lorsque Paul va rapidement dĂ©celer que le comportement farouche de son Ă©pouse risque de nuire Ă  son Ă©tat mental (notamment sa dĂ©faillance cognitive). Grâce au jeu naturel des comĂ©diens alternant la fraĂ®cheur de leur complicitĂ© et la contraction de la mĂ©fiance, l'intrigue suggère une inquiĂ©tude toujours plus tangible au fil de pĂ©ripĂ©ties de plus en plus pessimistes. Tout l'intĂ©rĂŞt rĂ©sidant dans son suspense progressif et le climat oppressant d'observer mĂ©ticuleusement leur dĂ©chĂ©ance morale face Ă  une Ă©nigme inexpliquĂ©e. En prime, par le biais du refus du happy-end et un dĂ©sir jusqu'au-boutiste de confronter ces amants au seuil de la folie, le point d'orgue, cauchemardesque et viscĂ©ral (une sĂ©quence malsaine pourrait d'ailleurs Ă©voquer aux fans du genre un moment anthologique d'X-tro, sans compter son image finale !) risquera d'en dĂ©router plus un. 


En dĂ©pit d'un final irrĂ©solu laissĂ© en suspens (une manière autrement audacieuse d'entretenir le mystère !) et risquant de diviser une partie du public, Honeymoon s'avère suffisamment captivant, anxiogène et cauchemardesque par l'esthĂ©tisme de sa nature en demi-teinte (sĂ©rĂ©nitĂ© et opacitĂ© de la flore se confondent pour perdre nos repères !), et surtout par sa subtile mise en scène prĂ©conisant l'intensitĂ© d'un jeu d'acteurs inscrits dans la fougue des sentiments et l'emprise paranoĂŻaque. Une dĂ©couverte intĂ©ressante, honnĂŞte Ă©chantillon d'un Fantastique Ă©thĂ©rĂ©. 

Remerciement Ă  Jacques Coupienne
Bruno Matéï


vendredi 6 février 2015

LE MANOIR DE LA TERREUR (The Blancheville Monster - Horror Castle - Horror - Demoniac)

                                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site horrorpedia.com

d'Alberto De Martino. 1963. Italie/Espagne. 1h27. Avec Gérard Tichy, Leo Anchoriz, Ombretta Colli, Helga Liné, Iran Eory, Vanni Materassi, Francisco Moran.

Sortie Salles Italie: 6 Juin 1963. Espagne: 18 Mai 1964.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Alberto De Martino est un réalisateur et scénariste italien, né le 12 Juin 1929 à Rome.
1962: Les 7 Gladiateurs. 1963: Persée l'Invincible. 1963: Le Manoir de la Terreur. 1964: Le Triomphe d'Hercule. 1964: Les 7 Invincibles. 1966: Django tire le premier. 1967: Opération frère Cadet. 1968: Rome contre Chicago. 1969: Perversion. 1972: Le Nouveau Bosse de la Mafia. 1974: L'Antéchrist. 1977: Holocaust 2000


InĂ©dit en salles en France mais sorti en Vhs au dĂ©but des annĂ©es 80 sous le titre Demoniac, Le Manoir de la terreur est ce que l'on peut citer une "perle gothique" du cinĂ©ma transalpin que l'Ă©diteur Artus Films nous fait l'honneur d'exhumer via une Ă©dition Dvd de qualitĂ©. PrĂ©venons tout de suite les amateurs nĂ©ophytes de ne pas confondre avec le sympathique nanar Le Manoir de la Terreur rĂ©alisĂ© en 1981 par AndrĂ©a Bianchi, puisqu'en l'occurrence il s'agit d'une oeuvre prĂ©alablement tournĂ©e en 1963 sous l'Ă©gide du vĂ©nĂ©rable Alberto De Martino (l'AntĂ©christ, Holocaust 2000). AccompagnĂ© de son ami, Emily part rendre visite Ă  son frère auquel il est devenu propriĂ©taire d'un château depuis la mort accidentelle de son père lors d'un incendie. Sur place, outre l'accueil froid de son confrère, elle Ă©tablit la rencontre suspicieuse du majordome, de la gouvernante et du nouveau praticien. Un soir, des hurlements se font Ă©cho dans la nuit ! Son père serait finalement en vie secrètement cachĂ© dans l'enceinte du château, quand bien mĂŞme Emilie va se retrouver confrontĂ©e au sacrifice pour le compte d'une prĂ©diction ! 


VĂ©ritable bijou du Bis Gothique injustement mĂ©connu et dĂ©considĂ©rĂ© Ă  son Ă©poque, Le Manoir de la Terreur fait la part belle Ă  l'univers d'Edgar Allan Poe par son atmosphère lugubre ensorcelante rĂ©gie autour de monuments historiques, et pour certains thèmes judicieux exploitĂ©s au cinĂ©ma de cette Ă©poque (je pense particulièrement Ă  Roger Corman pour La Chute de la Maison Usher et Ă  L'EnterrĂ© Vivant). TransfigurĂ© par un superbe noir et blanc contrastant avec l'architecture du manoir situĂ© Ă  proximitĂ© d'une abbaye en ruine et d'une chapelle, la nature environnante est Ă©galement Ă  l'appel pour nous enivrer dans sa facture Ă©trangement poĂ©tique (Ă  l'instar de cette forĂŞt dĂ©charnĂ©e ou des songes obsĂ©dants fantasmĂ©s par Emilie !). Avec une volontĂ© de styliser le cadre gothique, Alberto De Martino y compose parfois des tableaux d'un onirisme enchanteur (Emilie, hypnotisĂ©e par le monstre, traverse durant la nuit, telle un fantĂ´me vĂŞtu de blanc, une allĂ©e du château pour rejoindre l'abbaye et y contempler sa tombe !). Outre l'intensitĂ© de son climat ombrageux auquel le film baigne avec voluptĂ©, Le Manoir de la Terreur est rehaussĂ© d'une intrigue criminelle machiavĂ©lique brouillant les pistes Ă  souhait pour mieux nous Ă©garer dans un dĂ©dale de faux coupables et simulacres. Alberto De Martino se dĂ©lectant Ă  nous manipuler dans la caractĂ©risation insidieuse de protagonistes cachottiers tout en utilisant les ressorts dramatiques de victimes tourmentĂ©es et molestĂ©es. Alors que durant sa dernière partie davantage oppressante, les rĂ´les vont subitement s'inverser pour enfin lever le voile sur le vĂ©ritable traĂ®tre et percer le mystère entourant la prophĂ©tie des Blackford. 


Sobrement interprĂ©tĂ© par des comĂ©diens au charisme aristocratique jusqu'aux moindres seconds-rĂ´les (je ne suis pas prĂŞt d'oublier la posture rigide et le regard reptilien de la gouvernante endossĂ©e par Helga LinĂ©) et rĂ©alisĂ© avec brio dans l'esthĂ©tisme gothique d'un noir et blanc immaculĂ©, Le Manoir de la Terreur se permet surtout de fignoler un suspense retors autour d'une conspiration habilement dĂ©tournĂ©e ! Un des plus beaux trĂ©sors de la bannière Artus Films et sans nul doute un des meilleurs films de son auteur. 

Remerciement Ă  Artus Films
Bruno Matéï


jeudi 5 février 2015

LE CHAT A 9 QUEUES (Il gatto a nove code)

                                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site pariscine.com

de Dario Argento. 1971. France/Allemagne/Italie. 1h51. Avec Karl Malden, James Franciscus, Cinzia de Carolis, Catherine Spaak, Pier Paolo Capponi, Horst Frank, Rada Rassimov.

Sortie salles France: 11 Août 1971. Italie: 11 Février 1971

FILMOGRAPHIE: Dario Argento est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste italien nĂ© le 7 septembre 1940, Ă  Rome (Italie). 1969: l'Oiseau au plumage de Cristal, 1971: Le Chat Ă  9 queues, Quatre mouches de velours gris, 1973: 5 Jours Ă  Milan, 1975, Les Frissons de l'Angoisse, 1977: Suspiria, 1980: Inferno, 1982: TĂ©nèbres, 1985: Phenomena, 1987: Opera, 1990: 2 yeux MalĂ©fiques, 1993: Trauma, 1996: Le Syndrome de Stendhal, 1998: Le Fantome de l'OpĂ©ra, 2001: Le Sang des Innocents,2004: Card Player, 2005: Aimez vous Hitchcock ?, 2005: Jennifer (Ă©pis Masters of Horror, sais 1), 2006: J'aurai leur peau (Ă©pis Masters of Horror, sais 2), 2006: Mother of Tears, 2009: Giallo, 2011: Dracula 3D.


"Un chat à neuf queues est un instrument de torture - un fouet - composé d'un manche de bois de 30 à 40 cm de long auquel sont fixées neuf cordes ou lanières de cuir d'une longueur qui varie de 40 à 60 cm dont chaque extrémité mobile se termine par un nœud."

Deuxième volet de sa trilogie animalière, le Chat Ă  9 queues possède une facture amĂ©ricaine imposĂ©e par son distributeur de mĂŞme nationalitĂ© depuis l'Ă©norme succès de l'Oiseau au plumage de Cristal, Argento Ă©tant chargĂ© de recruter deux acteurs dont ses choix se porteront sur Karl Malden et James Franciscus. Mais ce n'est pas tout, alors que le cinĂ©aste souhaitait Ă  l'origine l'actrice italienne Tina Aumont pour endosser un des premiers rĂ´les, son producteur rĂ©fute sa proposition pour lui imposer l'illustre Catherine Spaak. C'est aussi en raison de ces discordes qu'Argento ne porte pas trop dans son coeur le Chat Ă  9 QueuesAprès la dĂ©couverte d'un gardien assassinĂ© dans un institut de recherche gĂ©nĂ©tique, un aveugle et un journaliste dĂ©cident de s'associer pour enquĂŞter sur cet homicide ainsi que le mystĂ©rieux vol d'un dossier concernant des chromosomes exclusifs. Alors que d'autres meurtres compliquent leur investigation, de potentiels suspects et l'indice d'une mĂ©daille commencent Ă  porter leur fruit. 


Si on peut facilement admettre que Le Chat Ă  9 Queues s'avère en effet le plus faible de la trilogie, l'intrigue (inaboutie) s'avère suffisamment ombrageuse, parfois tendue (le dernier tiers multipliant rebondissements alertes dans une progression du suspense maĂ®trisĂ©e !), Ă©maillĂ© de meurtres stylisĂ©s (les strangulations sont très impressionnantes dans leur cruditĂ© assumĂ©e !) ou spectaculaires (l'Ă©viction d'une victime sur les rails d'un train, la chute d'une autre dans le couloir câblĂ© d'un ascenseur) et parfaitement interprĂ©tĂ©e (Malden et Franciscus se complètent Ă  merveille dans leur fonction d'investigateurs scrupuleux) pour emporter l'adhĂ©sion. Et cela en dĂ©pit de conventions du genre policier, d'un humour potache dispensable et d'un rythme parfois dĂ©faillant, principalement sa première partie un peu trop conformiste (Ă  l'instar de cette poursuite urbaine inutile perpĂ©trĂ©e contre une patrouille de policiers). Au-delĂ  de l'originalitĂ© de son Ă©nigme (le concept scientifique du gĂŞne Y double permettant de dĂ©masquer plus facilement les assassins violents !) Ă©voluant autour des tabous homosexuels et incestueux et multipliant potentiels coupables et fausses pistes, on retiendra surtout du Chat Ă  9 queues ces 45 dernières minutes savamment palpitantes dans ses pĂ©ripĂ©ties accordĂ©es et son suspense infaillible. A l'instar de cette visite nocturne empruntĂ©e dans le caveau d'un cimetière, ou lors de la traque du tueur imposĂ©e sur les toits d'un immeuble ! Des sĂ©quences angoissantes, violentes et rĂ©alistes dont le clou de la cruautĂ© culmine avec le kidnapping d'une fillette molestĂ©e devant nos yeux ! 


En dĂ©pit de ses dĂ©fauts prĂ©citĂ©s (notamment ce rythme sporadique d'une enquĂŞte en dent de scie) et du manque de motivation de la rĂ©alisation (mĂŞme si l'on reconnait en intermittence la patte du maestro), le Chat Ă  9 queues s'avère nĂ©anmoins attachant, atmosphĂ©rique et davantage captivant, comme le souligne le sublime score de Morricone avec candeur mĂ©lancolique. 

Bruno Matéï
3èx

Ci-dessous, les chroniques des 2 autres volets:
Oiseau au Plumage de Cristal (l'): http://brunomatei.blogspot.com/2011/12/loiseau-au-plumage-de-cristal-luccello.html

mercredi 4 février 2015

L'HOMME QUI RETRECIT (The Incredible Shrinking Man)

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmsduparadoxe.com

de Jack Arnold. 1957. U.S.A. 1h21. Avec Grant Williams, Randy Stuart, April Kent, Paul Langton, Raymond Bailey, William Schallert.

Sortie salles France: 17 Mai 1957. U.S: Avril 1957

Récompenses: Prix Hugo du meilleur film en 1958.

FILMOGRAPHIE: Jack Arnold est un réalisateur américain, né le 14 Octobre 1916, décédé le 17 Mars 1992.
1950: With These Hands. 1953: Le Crime de la semaine. 1953: Filles dans la nuit. 1953: Le Météore de la nuit. 1954: l'Etrange Créature du lac noir. 1955: La Revanche de la créature. 1955: Tornade sur la ville. 1955: Tarantula. 1955: Crépuscule Sanglant. 1956: Faux Monnayeurs. 1957: l'Homme qui Rétrécit. 1957: Le Salaire du Diable. 1958: Le Monstre des abîmes. 1958: Madame et son pilote. 1959: Une Balle signé X. 1960: La Souris qui rugissait. 1961: l'Américaine et l'amour. 1964: Pleins phares. 1969: Hello Down There. 1975: The Swiss Conspiracy.


Grand classique de la science-fiction au pouvoir de fascination prĂ©gnant, Ă  l'instar du Voyage Fantastique de Richard Fleischer, L'Homme qui RĂ©trĂ©cit relate les vicissitudes de Scott Carey, un homme subitement atteint de miniaturisation après avoir Ă©tĂ© incidemment aspergĂ© d'un pesticide et après ĂŞtre passĂ© sous un nuage radioactif en mer. Ayant effectuĂ© divers examens pour se rassurer, les mĂ©decins impuissants n'ont aucun recours pour le soigner. ConfinĂ© dans une maison miniature que son Ă©pouse a amĂ©nagĂ© Ă  l'intĂ©rieur de leur foyer, Scott finit par rencontrer l'hostilitĂ© du chat, faute de son rĂ©trĂ©cissement rĂ©gressif, et se retrouve coincĂ© dans la cave après leur altercation. DestinĂ© Ă  survivre dans ce gigantesque endroit caverneux, il va tenter par tous les moyens de regagner l'issue de secours pour alerter son Ă©pouse, et en dĂ©pit de sa dĂ©gĂ©nĂ©rescence physique. 


Film d'aventures fertile en rebondissements et redoutablement efficace dans sa succession de revirements cauchemardesques, (l'inondation dans la cave, l'escalade des escaliers, le piège Ă  rat, puis les affrontements pĂ©rilleux entrepris avec un chat ou une araignĂ©e rendus gĂ©ants sous les yeux du hĂ©ros), L'Homme qui rĂ©trĂ©cit redouble d'intensitĂ© et de rĂ©alisme face Ă  son concept dĂ©lirant de miniaturisation humaine. A l'aide d'effets spĂ©ciaux simplistes mais souvent adroits et parfois très impressionnants, le film rĂ©ussit Ă  alterner l'amusement et l'inquiĂ©tude exponentielle lorsque le hĂ©ros, toujours plus petit, est contraint de survivre dans un nouvel environnement qu'il ne reconnait plus. Notamment lorsqu'il est confrontĂ© Ă  cette loi du plus fort lorsque la taille de l'ennemi, disproportionnĂ©e, profite de sa prĂ©tention physique pour mieux Ă©craser le plus faible ! Jouissif en diable par son action trĂ©pidante et ses trucages dĂ©lirants de maquettes grandioses, mais Ă©galement pessimiste et abrupt dans le cheminement dĂ©sespĂ©rĂ© du hĂ©ros toujours plus infime, l'Homme qui RĂ©trĂ©cit amène une rĂ©flexion spirituelle sur notre place dans l'univers lorsqu'un nouveau monde s'ouvre Ă  nous. Par le courage, la persĂ©vĂ©rance et le dĂ©passement de soi d'affronter des Ă©preuves de survie, notre hĂ©ros finit pas accepter son destin dans sa condition infinitĂ©simale, avec comme Ă©thique existentielle que l'incroyablement petit et l'incroyablement grand sont Ă©troitement liĂ©s au cercle de l'infini.  


Chef-d'oeuvre Ă©colo fustigeant les dangers de la radioactivitĂ© et celle de la pollution, plaidoirie pour le droit Ă  la diffĂ©rence, rĂ©flexion mĂ©taphysique sur notre poste dans l'univers, l'Homme qui RĂ©trĂ©cit Ă©pouse autant la carte du divertissement roublard Ă  travers ces morceaux d'anthologie aussi rĂ©alistes qu'intenses, et auprès de la dimension humaine du hĂ©ros livrĂ© Ă  une solitude finalement optimiste (perdurer au-delĂ  du nĂ©ant par l'infiniment petit !). 

Bruno Matéï
3èx

mardi 3 février 2015

Baron Blood / Baron Vampire /Gli orrori del castello di Norimberga

                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Wikipedia

de Mario Bava. 1972. Italie/Allemagne de l'Ouest. 1h38 (Italie) / 1h30 (U.S.A.). Avec Joseph Cotten, Elke Sommer, Massimo Girotti, Rada Rassimov, Antonio Cantafora, Umberto Raho, Luciano Pigozzi.

Sortie salles Italie: 25 FĂ©vrier 1972

FILMOGRAPHIE: Mario Bava est un réalisateur, directeur de la photographie et scénariste italien, né le 31 juillet 1914 à Sanremo, et décédé d'un infarctus du myocarde le 27 avril 1980 à Rome (Italie). Il est considéré comme le maître du cinéma fantastique italien et le créateur du genre dit giallo. 1946 : L'orecchio, 1947 : Santa notte, 1947 : Legenda sinfonica, 1947 : Anfiteatro Flavio, 1949 : Variazioni sinfoniche, 1954 : Ulysse (non crédité),1956 : Les Vampires (non crédité),1959 : Caltiki, le monstre immortel (non crédité),1959 : La Bataille de Marathon (non crédité),1960 : Le Masque du démon,1961 : Le Dernier des Vikings (non crédité),1961 : Les Mille et Une Nuits,1961 : Hercule contre les vampires,1961 : La Ruée des Vikings, 1963 : La Fille qui en savait trop,1963 : Les Trois Visages de la peur, 1963 : Le Corps et le Fouet, 1964 : Six femmes pour l'assassin, 1964 : La strada per Fort Alamo, 1965 : La Planète des vampires, 1966 : Les Dollars du Nebraska (non crédité), 1966 : Duel au couteau,1966 : Opération peur 1966 : L'Espion qui venait du surgelé, 1968 : Danger : Diabolik ! , 1970 : L'Île de l'épouvante ,1970 : Une hache pour la lune de miel ,1970 : Roy Colt et Winchester Jack, 1971 : La Baie sanglante, 1972 : Baron vampire , 1972 : Quante volte... quella notte, 1973 : La Maison de l'exorcisme, 1974 : Les Chiens enragés,1977 : Les Démons de la nuit (Schock),1979 : La Venere di Ille (TV).


Un an après son chef-d’Ĺ“uvre La Baie sanglante, Mario Bava retourne au gothique avec Baron Blood, librement inspirĂ© de L’Homme au masque de cire et du FantĂ´me de l’OpĂ©ra. TournĂ© en cinq semaines dans la rĂ©gion d’Autriche, le rĂ©cit relance les mĂ©faits du sinistre baron Otto Von Kleist, depuis qu’un couple imprudent a osĂ© invoquer ses malĂ©dictions enfouies par le biais d’un parchemin. Autrefois bourreau sadique des villageois, sa dernière victime - une sorcière - lui jura vengeance avant de pĂ©rir sur le bĂ»cher. Accueilli par son oncle dans un château promis aux enchères, Peter Kleist et sa compagne Eva Arnold deviennent Ă  leur tour tĂ©moins des exactions du baron, avant de chercher refuge et dĂ©livrance par l’entremise d’une mĂ©dium. Ce drĂ´le de scĂ©nario, brassant quelques Ă©chos du Masque du DĂ©mon et de la Chambre des Tortures, souffre parfois de situations convenues : visites guidĂ©es interminables et poursuites prĂ©visibles entre le monstre et ses proies.


Non exempt d’incohĂ©rences (comment le baron peut-il changer Ă  sa guise d’apparence ? N’Ă©tait-il pas condamnĂ© Ă  souffrir sous son masque difforme ?), Bava parvient pourtant Ă  entretenir le doute sur l’identitĂ© du spectre, tout en peaufinant l’ambiance crĂ©pusculaire d’un manoir gothique saturĂ© de lumières irrĂ©elles. PassĂ© maĂ®tre pour transcender une scĂ©nographie macabro-sensuelle, le cinĂ©aste dĂ©ploie une fois encore son talent, armĂ© d’un sens esthĂ©tique Ă  fleur de peau. En prime, impossible de ne pas sourire devant le faciès vĂ©rolĂ© du baron, ressemblant Ă  s’y mĂ©prendre Ă  une tarte Ă  pizza, gĂ©nialement putrescente, rongĂ©e par les siècles. Serti d’un score rĂ©tro typiquement latin signĂ© Stelvio Cipriani, Baron Blood fascine Ă  sa manière, maintenant l’intĂ©rĂŞt grâce Ă  ce climat funèbre, parfois ponctuĂ© de morts brutales surgies des instruments de torture (le cercueil hĂ©rissĂ© de pointes acĂ©rĂ©es laissant un souvenir mordant). Et si l’intrigue piĂ©tine ici ou lĂ , ces sautes de rythme se pardonnent aisĂ©ment tant la bonhomie des personnages, la folie du dĂ©nouement et surtout l’icĂ´ne morbide du baron captivent dans cette bisserie inattendue, dotĂ©e d’un modernisme visuel et expressif aussi audacieux que singulier.


Indubitablement attachant, ludique, fascinant - tout du moins pour l’amateur Ă©clairĂ© - Baron Blood exhale un dĂ©licieux parfum vintage autour de son icĂ´ne torturĂ©e et de l’architecture alambiquĂ©e de son château autrichien, filmĂ© sous tous les angles avec un art baroque d’une inventivitĂ© inĂ©puisable. Sans oublier la nature et le village fantasmatiques (splendide poursuite nocturne noyĂ©e de brume), hantĂ©s par l’entitĂ© d’une sorcière qui crève l’Ă©cran de sa prĂ©sence transie. Ă€ rĂ©habiliter.

*Bruno
10.02.24. 4èx

lundi 2 février 2015

NIGHT CALL (Nightcrawler)

                                                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site utopolis.fr

de Dan Gilroy. 2014. U.S.A. 1h57. Avec Jake Gyllenhaal, Rene Russo, Riz Ahmed, Ann Cusack, Bill Paxton, Kevin Rahm, Kathleen York.

Sortie salles France: 26 Novembre 2014. U.S: 31 Octobre 2014

FILMOGRAPHIE: Dan Gilroy est un scénariste et réalisateur américain, né le 24 Juin 1959 à Santa Monica, Californie.
2014: Night Call


PlongĂ©e abrupte dans la noirceur de l'âme humaine, Night Call retrace l'ascension fulgurante d'un journaliste nĂ©ophyte en quĂŞte du scoop le plus sordide pour accĂ©der Ă  la notoriĂ©tĂ©. HabitĂ© par la soif de pouvoir et totalement dĂ©nuĂ© de vergogne, il finit par outrepasser la lĂ©galitĂ© afin de surpasser la concurrence et concrĂ©tiser sa future entreprise. EpaulĂ© d'un jeune stagiaire indĂ©cis, il va l'entraĂ®ner dans une descente aux enfers au pĂ©ril de leurs vies ! Thriller poisseux Ă  glacer le sang dans sa thĂ©matique axĂ©e sur le statut des mĂ©dias et rehaussĂ© d'une ambiance crĂ©pusculaire des plus envoĂ»tantes (toute l'action se dĂ©roulant quasiment de nuit !), Night Call redouble de provocations dans sa peinture acide des effets pervers du journalisme avide de sensationnalisme pour entretenir l'audimat et rĂ©gir leur management.


Dérive meurtrière d'un sociopathe opportuniste dans ses ambitions professionnelles, le film témoigne d'une aura malsaine aussi inconfortable que fascinante lorsqu'il retrace le cheminement nocturne de deux journalistes en herbe contraints de transactionner sur des stratégies illégales afin de remporter le gain le plus juteux. Comme celle de déplacer le corps d'une victime afin d'accéder à un meilleur angle visuel, falsifier des preuves éloquentes sur l'identité de dangereux criminels en liberté, ou encore mettre en danger les vies d'autrui pour mieux privilégier la récompense du scoop faramineux ! Du point de vue de la hiérarchie audiovisuelle, la manipulation et le simulacre sont également de la partie lorsqu'une directrice en perte de vitesse recommande à ses confrères de travestir l'information afin de maintenir le spectateur dans une situation de peur et d'expectative. Par le biais de ces dérives cupides où l'éthique de chacun des témoins est à remettre en cause, et à travers l'objectif d'une caméra complice, la mise en scène de la violence est réajustée sur le principe du "spectacle" pour mieux appâter le voyeurisme des spectateurs. Avec son regard exorbité et son apparence faussement affable, Jake Gyllenhaal vampirise l'écran pour incarner un arriviste habité par le cynisme et le narcissisme. L'intensité de son jeu délétère et la persuasion de son intelligence retorse exacerbant avec trouble émotion la caricature d'un maître-chanteur habité par le Mal.


Les Faucons de la Nuit
Portrait caustique imparti Ă  l'itinĂ©raire licencieux d'un journaliste dĂ©saxĂ©, Night Call dresse Ă©galement le triste constat d'une sociĂ©tĂ© opportuniste victime de sa dĂ©chĂ©ance morale, faute d'une concurrence impitoyable oĂą tous les coups sont permis et d'une inflation de violence urbaine en roue libre. Un thriller intense incroyablement fascinant dans son mĂ©tissage d'aura de souffre, d'ambiance tĂ©nĂ©breuse et d'Ă©motion sardonique ! 

Bruno Matéï

La critique de Ruuffet Nelly
Un thriller haletant qui pousse toujours + loin dans l'exploration des instincts les + bas de la société moderne du "tout tout de suite" où tout est bon pour glaner le meilleur scoop, même s'il faut pour cela travestir les informations ! Ce qui est terrifiant dans ce film, c'est tout particulièrement l'idéologie consumériste exposée au grand jour, incarnée par un Jake Gyllenhaal en forme olympique. Ses yeux semblent lui sortir des orbites et quand il part dans ses discours théoriques on sent son sang se glacer dans nos veines ! Son débit s'accélère, on a l'impression que son visage va exploser de désir, un désir insatiable d'argent et de toujours + d'adrénaline, même s'il en vient par devoir sacrifier son propre collaborateur; les multiples maladresses et hésitations de ce dernier ne le rendent que + attachant, ce qui rend le dénouement encore + cruel ! Un thriller cinglant dont la dernière réplique achève vraiment tant elle est énoncée froidement par cet obsédé de l'image... une obsession qui donne le tournis, tellement qu'elle fait même presque flipper la présentatrice de KWLA, qui en finit elle aussi par adhérer aux discours de ce néophyte ayant grimpé les échelons à une vitesse vertigineuse ! Leur échange de regard dans la pénombre vers la fin du film est vraiment très réussi, presque aucun mot n'est échangé, c'est froid et pourtant on sent l'excitation des 2 reporters. D'ailleurs, comme tu l'as bien noté, l'ambiance crépusculaire du film est géniale, on en oublie presque que quasi tout le film se passe la nuit ! On ne s'ennuie pas une seule seconde, les poursuites en voitures sont démentes mais ça n'entame en rien la fascination malsaine que nous éprouvons à l'égard de Lou Bloom. Notre oeil épouse les mouvements de la caméra, nous devenons un oeil médiatique, voyeur comme les spectateurs des infos choc, mais bien entendu le réalisateur nous envoûte pour mieux nous faire réfléchir sur les travers du culte de l'image

Récompenses:
American Film Institute Awards 2014 : top 10 des meilleurs films de l'année
Boston Society of Film Critics Awards 2014 : réalisateur le plus prometteur pour Dan Gilroy
Los Angeles Film Critics Association Awards 2014 : meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Rene Russo (2e place)
National Board of Review Awards 2014 : top 2014 des meilleurs films
National Society of Film Critics Awards 2015 : meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Rene Russo (3e place)
New York Film Critics Online Awards 2014 : réalisateur le plus prometteur pour Dan Gilroy
San Diego Film Critics Society Awards 2014 :
Meilleur film
Meilleur réalisateur
Meilleur acteur pour Jake Gyllenhaal
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Mark Ruffalo
Meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Rene Russo
Meilleur scénario original pour Dan Gilroy
Meilleure photographie pour Robert Elswit
Meilleure musique de film pour James Newton Howard
Vancouver Film Critics Circle Awards 2015 : meilleur acteur pour Jake Gyllenhaal

vendredi 30 janvier 2015

SPIDER-MAN 2

                                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site screenrant.com

de Sam Raimi. 2004. U.S.A. 2h07. Avec Tobey Maguire, Kirsten Dunst, James Franco, Alfred Molina, Rosemary Harris, J.K. Simmons, Lucy Liu.

Sortie salles France: 14 Juillet 2004. U.S: 30 Juin 2004

FILMOGRAPHIE: Sam Raimi est un réalisateur, acteur, producteur et scénariste américain, né le 23 Octobre 1959 à Franklin, Etats-Unis.
1981: Evil-Dead. 1985: Mort sur le Grill. 1987: Evil-Dead 2. 1990: Darkman. 1993: Evil-Dead 3. 1995: Mort ou Vif. 1998: Un Plan Simple. 1999: Pour l'amour du jeu. 2000: Intuitions. 2002: Spi-derman. 2004: Spider-man 2. 2007: Spider-man 3. 2009: Jusqu'en Enfer. 2013: Le Monde fantastique d'Oz.


Second volet d'une trilogie Ă  succès, Spider-man 2 s'avère indubitablement le meilleur volet de la sĂ©rie. Que ce soit en terme d'action anthologique au service de l'intrigue et de caractĂ©risation humaine finement auscultĂ©e, le spectacle de Sam Raimi s'avère en tous point de vue Ă©clatant de virtuositĂ© dans une structure narrative passionnante. Cette fois-ci, Spider-man doit combattre Octopus, un savant ayant rĂ©ussi Ă  créé 4 bras mĂ©caniques soudĂ©s Ă  son corps et manipulĂ©s par son cerveau. Alors que Harry Osborn, meilleur ami de Peter Parker, souhaite se venger auprès de spider-man depuis la mort de son père, Mary-Jane Watson est sur le point de se marier. PartagĂ© entre le dĂ©sir de la reconquĂ©rir et son devoir hĂ©roĂŻque, Peter finit envisage de mener une vie paisible avant que sa conscience et les conseils avisĂ©s de ses proches ne le rappellent Ă  la raison. 


Sous couvert de film de super-hĂ©ros trĂ©pidant dĂ©ployant moult rixes urbaines entre Octopus (nouvel ennemi tentaculaire hyper charismatique !) et Spider-man, Spider-man 2 sĂ©duit surtout par sa nature romantique oĂą l'amour s'avère le centre d'intĂ©rĂŞt de Peter Parker, notamment pour prĂ©server sa muse contre l'ennemi. Puisque livrĂ© Ă  un choix cornĂ©lien, il doit aujourd'hui se confronter au choix moral de son statut de super-hĂ©ros lorsque celle qu'il a toujours aimĂ© est sur le point de se consacrer Ă  une nouvelle vie sentimentale. RĂ©flexion sur le dĂ©passement et la confiance en soi (Peter perd ses pouvoirs Ă  partir du moment oĂą il commence Ă  dĂ©nigrer son destin hĂ©roĂŻque), sur la notion de hĂ©ros (quitte Ă  sacrifier un rĂŞve, doit-il consacrer toute son existence Ă  combattre l'ennemi pour protĂ©ger les innocents après s'ĂŞtre rendu coupable de la mort de son oncle ?) et sur l'influence du Mal du point de vue du rival (Octopus, dĂ©passĂ© par ses ambitions scientifiques, se retrouve esclave de sa machine avant que son intelligence ne le rappelle Ă  une noble rĂ©flexion !), Spider-man 2 privilĂ©gie le portrait de personnages en conflit intrinsèque. A l'instar d'Harry Osborn envahi par sa rancoeur afin de venger l'honneur de son père (alors qu'il dĂ©couvrira bientĂ´t que son meilleur ami s'avère Spider-man ! ), et Ă  l'exemple de Mary-Jane Watson espĂ©rant au fond d'elle que Peter lui avouera enfin ses sentiments. Cette densitĂ© impartie Ă  la contrariĂ©tĂ© des personnages s'avère donc le pilier Ă©motionnel de l'intrigue sans que le spectacle homĂ©rique de Sam Raimi ne pâtisse d'un manque de rythme dans les pugilats belliqueux. Les scènes d'action hyper vigoureuses et inventives s'avĂ©rant Ă  couper le souffle, de par la fluiditĂ© technique mais aussi l'agilitĂ© des comĂ©diens en roue libre ! 


Projet ambitieux de blockbuster intelligent alternant caractĂ©risation psychologique et corps Ă  corps dantesques entre super-hĂ©ros stoĂŻques, Spider-man 2 fait autant la part belle au lyrisme et Ă  l'Ă©motion empathique dans la force sentimentale de deux amants compromis au dilemme cornĂ©lien. Un spectacle aussi grandiose dans la dĂ©mesure (les FX numĂ©riques sont ahurissants de rĂ©alisme Ă  l'instar de l'assaut du mĂ©tro et des envolĂ©es aĂ©riennes de Spider-man !) qu'intimiste dans la force de l'amour et la foi en l'accomplissement de soi ! 

Bruno Matéï
2èx

jeudi 29 janvier 2015

Une Hache pour la lune de miel / Il Rosso segno della follia

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bmoviezone.wordpress.com

de Mario Bava. 1970. Italie/Espagne. 1h28. Avec Stephen Forsyth, Dagmar Lassander, Laura Betti, Jesus Puente, Femi Benussi, Antonia Mas, Luciano Pigozzi.

Sortie salles Italie: 2 Juin 1970. Espagne: 14 Septembre 1970

FILMOGRAPHIE: Mario Bava est un rĂ©alisateur, directeur de la photographie et scĂ©nariste italien, nĂ© le 31 juillet 1914 Ă  Sanremo, et dĂ©cĂ©dĂ© d'un infarctus du myocarde le 27 avril 1980 Ă  Rome (Italie). Il est considĂ©rĂ© comme le maĂ®tre du cinĂ©ma fantastique italien et le crĂ©ateur du genre dit giallo. 1946 : L'orecchio, 1947 : Santa notte, 1947 : Legenda sinfonica, 1947 : Anfiteatro Flavio, 1949 : Variazioni sinfoniche, 1954 : Ulysse (non crĂ©ditĂ©),1956 : Les Vampires (non crĂ©ditĂ©),1959 : Caltiki, le monstre immortel (non crĂ©ditĂ©),1959 : La Bataille de Marathon (non crĂ©ditĂ©),1960 : Le Masque du dĂ©mon,1961 : Le Dernier des Vikings (non crĂ©ditĂ©),1961 : Les Mille et Une Nuits,1961 : Hercule contre les vampires,1961 : La RuĂ©e des Vikings, 1963 : La Fille qui en savait trop,1963 : Les Trois Visages de la peur, 1963 : Le Corps et le Fouet, 1964 : Six femmes pour l'assassin, 1964 : La strada per Fort Alamo, 1965 : La Planète des vampires, 1966 : Les Dollars du Nebraska (non cĂ©ditĂ©), 1966 : Duel au couteau,1966 : OpĂ©ration peur 1966 : L'Espion qui venait du surgelĂ©, 1968 : Danger : Diabolik ! , 1970 : L'ĂŽle de l'Ă©pouvante ,1970 : Une hache pour la lune de miel ,1970 : Roy Colt e Winchester Jack, 1971 : La Baie sanglante, 1972 : Baron vampire , 1972 : Quante volte... quella notte, 1973 : La Maison de l'exorcisme, 1974 : Les Chiens enragĂ©s,1977 : Les DĂ©mons de la nuit (Schock),1979 : La Venere di Ille (TV).

Sorti discrètement en VHS sous le titre fallacieux La Baie Sanglante 2, alors qu’il fut tournĂ© un an avant La Baie Sanglante, Une Hache pour la Lune de Miel s’avère fascinant Ă  plus d’un titre, malgrĂ© une rĂ©putation longtemps timorĂ©e, dĂ©sormais rĂ©habilitĂ©e par les puristes du maestro Mario Bava.

Le pitch : John Harrington, riche hĂ©ritier d’une maison de couture, est un psychopathe incapable de rĂ©frĂ©ner ses pulsions meurtrières : il assassine de jeunes mariĂ©es pour tenter d’exhumer un souvenir traumatique enfoui dans l’enfance.

Longtemps considĂ©rĂ©, Ă  tort, comme une Ĺ“uvre mineure, ce thriller vĂ©nĂ©neux reste pourtant singulier, troublant, captivant dans son portrait d’un schizophrène prisonnier d’un trauma infantile. Travesti parfois d’une robe de mariĂ©e pour parfaire son rituel, il Ă©voque Psychose par ses visions macabres de l’Ă©pouse dĂ©funte, ses thèmes de refoulement, d’amour maternel et de possessivitĂ©.


Bava, maĂ®tre du clair-obscur mental, jongle entre hallucination et rĂ©alitĂ© pour mieux nous Ă©garer dans les dĂ©dales d’un esprit rongĂ© de fantĂ´mes. Une sĂ©quence Ă  suspense hitchcockien reste mĂ©morable : quelques gouttes de sang perlent d’un escalier, prĂŞtes Ă  trahir le meurtre alors que la police interroge le monstre. Formellement somptueux (comme toujours chez Bava), baignant dans une atmosphère gothique oĂą dentelles nuptiales et gerbes de fleurs se confondent Ă  l’architecture baroque de la demeure, Une Hache pour la Lune de Miel brille aussi grâce Ă  Stephen Forsyth. L’acteur insuffle au tueur une ambiguĂŻtĂ© saisissante : paranoĂŻa incontrĂ´lĂ©e, charme insidieux, regard azur et silhouette longiligne, il hypnotise l’Ă©cran, figure Ă©cartelĂ©e entre Eros et Thanatos. Ă€ ses cĂ´tĂ©s, la troublante Laura Betti, Ă©pouse martyr devenue spectre vengeur, partage la vedette avec une force vĂ©nĂ©neuse : mĂŞme incinĂ©rĂ©e, elle vampirise encore la psychĂ© de John, fidèle Ă  sa promesse : ne jamais le quitter.
 

La Mariée Sanglante
Soutenu par la partition capiteuse de Sante Maria Romitelli - dont cette valse lascive autour de mannequins vĂŞtus de blanc - et aurĂ©olĂ© d’un esthĂ©tisme baroque Ă  la sensualitĂ© trouble, Une Hache pour la Lune de Miel mĂ©rite qu’on le ressuscite. Pour son climat d’incertitude obsĂ©dante, son glissement vers un fantastique fiĂ©vreux oĂą un ectoplasme d’Ă©pouse hante l’assassin, pour ses actrices italiennes Ă  la beautĂ© de porcelaine, pour le portrait poignant d’un psychopathe accablĂ© d’une fidĂ©litĂ© morbide. Ĺ’uvre atypique, prĂ©curseur discret de nombreux psycho-killers des annĂ©es 80 (Maniac, Henry, Schizophrenia), ce cauchemar satin et sang n’en finit pas de distiller son poison, encore et encore, dans la pĂ©nombre d’une salle obscure ou d’une VHS poussiĂ©reuse.

*Eric Binford
26.11.21.  
28.22.23. vostfr. 5èx


5

mardi 27 janvier 2015

Orange Mécanique / A Clockwork Orange

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Stanley Kubrick. 1971. Angleterre. 2h17. Avec Malcolm McDowell, Patrick Magee, Michael Bates, Warren Clarke, John Clive, Adrienne Corri.

Sortie salles France: 21 Avril 1972. Angleterre: 13 Janvier 1971. U.S: 2 Février 1972

FILMOGRAPHIE: Stanley Kubrick est un réalisateur américain, né le 26 Juillet 1928 à New-York, décédé le 7 Mars 1999 à Londres.
1953: Fear and Desire. 1955: Le Baiser du Tueur. 1956: l'Ultime Razzia. 1957: Les Sentiers de la Gloire. 1960: Spartacus. 1962: Lolita. 1964: Dr Folamour. 1968: 2001, l'Odyssée de l'Espace. 1971: Orange Mécanique. 1975: Barry Lindon. 1980: Shining. 1987: Full Metal Jacket. 1999: Eyes Wide Shut.

 
"L’Agneau mĂ©canique".
Farce caustique violemment controversĂ©e lors de sa sortie pour sa rĂ©flexion virulente sur la violence, Orange MĂ©canique n’a cessĂ©, depuis plus de quarante ans, de faire perdurer son pouvoir de fascination. Provocant, dĂ©calĂ©, sarcastique, burlesque, ultra-violent, dĂ©rangeant, Ă©rotique, baroque, dĂ©bridĂ©, psychĂ©dĂ©lique, cauchemardesque — et j’en passe — ce pamphlet contre l’asservissement illustre, avec une verve d’insolence (rĂ©parties ciselĂ©es Ă  l’appui !), un dĂ©lire d’anticipation aussi singulier qu’incisif.

Pitch: Alex, jeune dĂ©linquant passionnĂ© par Beethoven et l’ultra-violence, erre la nuit avec ses acolytes, semant la terreur auprès de quidams paisibles, jusqu’Ă  ce que la police le cueille lors d’un homicide sauvage dans une demeure bourgeoise. CondamnĂ© Ă  14 ans de rĂ©clusion, il se voit offrir un traitement rĂ©volutionnaire par le ministre de l’IntĂ©rieur : le "guĂ©rir" du Mal. Le rendre aussi docile qu’un agneau par le contrĂ´le absolu de sa conscience.

D’une audace polissonne dans son esthĂ©tisme sexuel, traversĂ© par une partition dissonante oĂą l’Ă©lĂ©gance de Beethoven se frotte Ă  la violence stylisĂ©e, semi-parodique, Orange MĂ©canique multiplie les ironies pour rĂ©vĂ©ler l’instinct violent enracinĂ© en chacun. Indignation, rĂ©bellion, vengeance, dĂ©fense ou sĂ©vices gratuits : la violence affleure comme une composante tragiquement humaine, exutoire face Ă  l’injustice, l’inĂ©galitĂ©, l’intolĂ©rance.

Chaque ĂŞtre humain conserve pourtant ce choix moral : faire le Bien ou le Mal, au nom d’une libertĂ© individuelle, dans une sociĂ©tĂ© censĂ©e garantir l’Ă©galitĂ©.
Par le biais de ce traitement expĂ©rimental censĂ© expurger toute pulsion destructrice, Kubrick dĂ©nonce les dĂ©rives d’une sociĂ©tĂ© totalitaire, bien dĂ©cidĂ©e Ă  lobotomiser ses Ă©lĂ©ments dĂ©viants pour les soumettre aux exigences politiques.
Alex devient, en quinze jours d’expĂ©rimentations, un pantin vidĂ© de toute agressivitĂ© — incapable de se dĂ©fendre face Ă  l’humiliation, Ă  la menace, ou mĂŞme au dĂ©sir suscitĂ© par une sĂ©duction Ă©hontĂ©e.
Par sa satire acide, Kubrick pousse cette logique jusqu’Ă  l’absurde : Alex, rĂ©duit Ă  un objet d’obĂ©issance, voit ses anciennes pulsions réémerger. De prĂ©dateur sans vergogne, fĂ©ru de sexe et de violence, il devient une victime stĂ©rile.
Rejeté par ses parents rongés de honte, tabassé par ses anciens acolytes devenus policiers, persécuté par le mari de sa dernière victime...
Jusqu’Ă  ce que, ironie cruelle, une symphonie de Beethoven ravive ses bas instincts — quand l’art lui-mĂŞme Ă©choue Ă  contenir les Ă©lans de son âme dĂ©voyĂ©e.

"L’opĂ©ra des pulsions".
DominĂ© par l’interprĂ©tation hallucinĂ©e de Malcolm McDowell (son rĂ´le le plus magnĂ©tique et exubĂ©rant), transcendĂ© par la mise en scène baroque, nĂ©o-futuriste et stylisĂ©e du maĂ®tre Kubrick, Orange MĂ©canique s’Ă©rige en film-monstre. Un chef-d’Ĺ“uvre de dĂ©cadence, oĂą perce le dĂ©sespoir d’une jeunesse abandonnĂ©e, perdue entre dĂ©mission parentale, crise du chĂ´mage, et sociĂ©tĂ© conservatrice toujours plus Ă©touffante.
Et quand bien mĂŞme elle tente de tout censurer, la violence, elle, reste le catalyseur du malaise existentiel.
Indémodable.


Dédicace à Chris Steadyblog
Bruno
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