lundi 25 janvier 2016
UNE JOURNEE PARTICULIERE. César du Meilleur Film Etranger, 1978.
"Una giornata particolare" d'Ettore Scola. 1977. Italie/Canada. 1h45. Avec Sophia Loren, Marcello Mastroianni, John Vernon, Françoise Berd, Vittorio Guerrieri, Alessandra Mussolin
Sortie salles France: 7 Septembre 1977. Italie: 12 Août 1977
FILMOGRAPHIE: Ettore Scola est un réalisateur et scénariste italien, né le 10 Mai 1931 à Trevico, province d'Avellino en Campanie.
1964: Parlons Femmes. 1965: Belfagor le Magnifique. 1968: Nos héros réussiront-ils à retrouver leur ami mystérieusement disparu en Afrique ? 1969: Le Commissaire Pepe. 1970: Drame de la Jalousie. 1972: La Plus belle soirée de ma vie. 1973: Voyage dans le Fiat-Nam. 1974: Nous nous sommes tant aimés. 1976: Affreux, sales et méchants. 1977: Bonsoir Mesdames et Messieurs. 1977: Une Journée Particulière. 1978: Les Nouveaux Monstres. 1980: La Terrasse. 1981: Passion d'Amour. 1982: La Nuit de Varennes. 1983: Le Bal. 1985: Macaroni. 1987: La Famille. 1988: Splendor. 1989: Quelle heure est-il ? 1990: Le Voyage du Capitaine Fracasse. 1993: Mario, Maria, Mario. 1995: Le Roman d'un jeune homme pauvre. 1998: Le Dîner. 2001: Concurrence Déloyale. 2003: Gente di Roma.
Drame psychologique prenant pour cadre le huis-clos d'un appartement autour des rapports indécis d'un couple en quête d'amour, une Journée particulière relate le destin infortuné de ses amants esseulés durant l'époque du fascisme Italien. Epouse et mère de 6 enfants résidant dans un vieil immeuble, Antonietta s'occupe de ses tâches ménagères quand bien même ces derniers et son mari se préparent à participer à la parade militaire au cours duquel Hitler est venu se déplacer à Rome afin de rencontrer Mussolini. Alors que son oiseau domestique vient de s'échapper de sa cage, elle aperçoit en face de son immeuble l'un de ses voisins à proximité de l'animal. Elle décide de frapper à sa porte pour lui invoquer de l'aide. C'est à ce moment aléatoire que les deux inconnus entament une sympathique conversation avant d'apprendre à se connaître et d'y délivrer leur orientation sexuelle.
Prenant pour thèmes le fascisme et l'homosexualité à l'aube de la seconde guerre mondiale, Une Journée particulière y dénonce l'intolérance, le machisme, la haine et la peur de la différence sous l'impulsion contrariée d'un couple en questionnement conjugal. Antonietta vouant un amour subitement fougueux pour son voisin, Gabriele, un homosexuel viré de son poste de présentateur radio depuis ses révélations sexuelles. Durant leurs rapports amicaux jalonnés d'intempéries, ces derniers ne vont pas tarder à se livrer des confidences intimes depuis leur condition soumise d'une existence conservatrice. Epaulé d'une photo sépia afin de renforcer le climat blafard du quartier précaire dans lequel ils évoluent parmi l'indiscrétion d'une commère fasciste, Une journée particulière insuffle une atmosphère versatile autour du couple inconciliable au rythme lassant d'une fanfare militaire perçue à travers la radio. Leur romance impossible et leurs pulsions de révolte provoquant une certaine ambiguïté chez la posture tourmentée de Gabriele, au moment où la conclusion glaçante nous révélera pour quel motif celui-ci s'était résigné Spoiler ! à ne pas perdurer leur relation sentimentale Fin du Spoiler. Si le monstre sacré Marcello Mastroianni délivre un jeu aussi dépouillé qu'intense dans son regard songeur et ses clameurs de victime molestée, Sophia Loren illumine l'écran par sa présence prude où la douceur sensuelle se chevauche parmi l'amertume du désarroi dans sa fonction d'épouse esseulée, faute du machisme d'un époux ingrat. Toute l'intensité du film reposant sur leurs rapports contradictoires, équivoques et désespérés autour d'un apprentissage amoureux.
D'un réalisme étouffant impulsé par le brio de sa mise en scène sans fard et d'une pudeur saisissante pour la prestance incandescente du couple Mastrioanni/Sophia Loren, Une journée particulière traduit une émotion finalement bouleversante pour mettre en exergue les états d'âme meurtris d'une romance impossible. Une oeuvre marquante d'un pessimisme sans échappatoire au moment où les mentalités fascistes se complaisent dans une parade musicale afin de glorifier l'obscurantisme.
Dédicace à Rebecca Lord
B.M
Récompenses:
National Board of Review 1977 : prix du meilleur film étranger.
César du meilleur film étranger 1978.
David di Donatello 1978 :
David di Donatello du meilleur réalisateur à Ettore Scola,
David di Donatello de la meilleure actrice principale Ă Sophia Loren.
Globe d'or 1978 :
Globe d'or du meilleur film Ă Ettore Scola,
Globe d'or du meilleur acteur Ă Marcello Mastroianni,
Globe d'or de la meilleure actrice Ă Sophia Loren.
Golden Globes 1978 : Golden Globe du meilleur film en langue étrangère.
Ruban d'argent (Syndicat national des journalistes cinématographiques italiens) 1978 :
Ruban d'argent de la meilleure actrice Ă Sophia Loren,
Ruban d'argent du meilleur scénario à Maurizio Costanzo, Ruggero Maccari et Ettore Scola,
Ruban d'argent de la meilleure musique de film Ă Armando Trovajoli.
Mostra de Venise 2014 : « Venezia Classici » du meilleur film restaurĂ© pour Ettore Scola.
vendredi 22 janvier 2016
Cours, Lola, cours / Lola rennt
de Tom Tykwer. 1998. Allemagne. 1h21. Avec Franka Potente, Moritz Bleibtreu, Herbert Knaup, Nina Petri, Armin Rohde, Joachim KrĂłl
Sortie salles France: 7 avril 1999. U.S: 18 juin 1999. Allemagne: 20 Août 1998.
"Nous ne cesserons pas notre exploration, et au terme de notre quête nous arriverons là d'où nous étions partis et nous connaîtrons ce lieu pour la première fois. Après le match, c'est avant le match !"
Film culte au sens premier du terme, Cours, Lola, cours est une production allemande lancĂ©e Ă l’adrĂ©naline d’une course dĂ©sespĂ©rĂ©e contre la montre. Alors que Manni devait remettre 100 000 marks Ă un trafiquant, un clochard lui dĂ©robe la somme dans un compartiment ferroviaire. AppelĂ©e Ă la rescousse, Lola tente d’obtenir la mĂŞme cagnotte auprès de son père banquier en vingt minutes, faute de quoi Manni serait liquidĂ©. Mais une cascade d’incidents imprĂ©visibles pousse Lola Ă repenser sa situation avec une persistance farouche.
ScindĂ© en trois actes, le film offre Ă l’hĂ©roĂŻne la possibilitĂ© de rejouer son destin maudit par diverses stratĂ©gies. Tom Tykwer dĂ©ploie une inventivitĂ© furieuse, transformant cette traque homĂ©rique en Ă©popĂ©e cadencĂ©e, comme une joggeuse Ă©chappĂ©e d’une bande dessinĂ©e. Sa stature effervescente, son cri perçant, sa tenue criarde, sa chevelure rouge - que Alias imitera plus tard - en font une figure explosive. DĂ©bridĂ© et jouissif, le film multiplie les trouvailles visuelles : sĂ©quences animĂ©es, flashforwards foudroyants qui bouleversent le destin de simples figurants. Cours, Lola, cours renouvelle sans cesse son Ă©nergie par un enchaĂ®nement de hasards et de personnages extravagants, inscrits dans une obstination fĂ©brile.
Éloge de la constance, de la foi en son Ă©toile, le rĂ©cit ouvre des pistes philosophiques et spirituelles (la rĂ©incarnation en filigrane), tout en creusant les failles intimes d’un couple en quĂŞte d’avenir. Romance passionnelle oĂą l’amour peut, peut-ĂŞtre, sauver deux destins marginaux, le film explore surtout les rĂ©percussions - heureuses ou fatales - de nos choix les plus anodins. Entre lyrisme, humour dĂ©calĂ© et tension oppressante, la course Ă©perdue se nourrit d’une musique techno mĂ©tronomique qui galvanise chaque pas, et qui n'a toujours pas pris une ride.
Ovni clipesque en trois mouvements, Cours, Lola, cours dĂ©borde de fougue et d’insolence, ironisant sur l’absurditĂ© existentielle. Au-delĂ de la virtuositĂ© formelle, l’Ĺ“uvre est transcendĂ©e par Franka Potente, rĂ©vĂ©lation viscĂ©rale : cri strident, fragilitĂ© brĂ»lante, Ă©nergie d’anti-hĂ©roĂŻne mue par l’amour et la rage de vaincre. Un mĂ©ga-trip fulgurant, Ă dĂ©vorer sans modĂ©ration.
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
22.01.16 (4èx)
26.08.01
Récompenses: Prix du film allemand 1999 : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur second rôle féminin pour Nina Petri, meilleur second rôle masculin pour Herbert Knaup, prix du public pour le film de l'année et pour Franka Potente en tant que meilleure actrice.
jeudi 21 janvier 2016
Prison
de Renny Harlin. 1987. U.S.A. 1h42. Avec Viggo Mortensen, Chelsea Field, Lane Smith, Lincoln Kilpatrick, Tom Everett, Tom Lister, Jr. , Kane Hodder.
Sortie salles France, uniquement à Avoriaz: Janvier 1988. U.S: 8 Décembre 1987
FILMOGRAPHIE: Renny Harlin (Renny Lauri Mauritz Harjola), est un réalisateur et producteur américain d'origine finlandaise, né le 15 mars 1959 à Riihimäki (Finlande).
1986 : Born American. 1987 : Prison. 1988 : Le Cauchemar de Freddy). 1990 : 58 Minutes pour vivre (Die Hard 2). 1990 : The Adventures of Ford Fairlane. 1993 : Cliffhanger. 1995 : L'Île aux pirates. 1996 : Au revoir à jamais. 1999 : Peur Bleue. 2001 : Driven. 2004 : Profession profiler. 2004 : L'Exorciste, au commencement. 2006 : Le Pacte du sang. 2008 : Cleaner. 2009 : 12 Rounds. 2011 : Etat de guerre. 2013 : Dyatlov Pass Incident. 2014 : La Légende d'Hercule. 2015 : Skiptrace.
Classique des années 80, Prison est l'initiateur d'un concept original que d'autres réalisateurs s'empresseront d'exploiter (à l'instar de Wes Craven pour Shocker, James Isaac avec House 3): celui des exactions revanchardes d'un détenu d'outre-tombe, faute d'avoir été autrefois injustement condamné à la chaise électrique. En l'occurence, alors que des prisonniers sont transférés dans une ancienne prison en témoignant des consignes totalitaires de leur directeur, d'étranges phénomènes meurtriers vont intenter à leur détention. Si bien que tapi derrière les cloisons des cellules, le fantôme d'un ancien détenu serait à l'origine de ses massacres en règle. Série B photogénique par sa facture formellement gothique exploitant efficacement un scénario linéaire autour d'un huis-clos rubigineux, Prison génère un plaisir ludique au rythme percutant de séquences chocs aussi inventives que spectaculaires. On peut d'ailleurs louablement saluer le travail artisanal des maquilleurs tant le réalisme imparti aux mises à mort fascine encore aujourd'hui le spectateur ébranlé par des visions de cauchemar inscrits dans la cruauté corporelle (pour ne pas dire SM !). Servi d'une attachante distribution de seconds-couteaux issus du ciné de genre, l'intrigue exploite quelques clichés du drame carcéral (la posture outrée du directeur abusif, les châtiments punitifs conférés à ses prisonniers quand bien même ces derniers finissent par nous traduire une certaine sympathie depuis leur fonction soumise) sans que le spectateur n'éprouve toutefois le sentiment de déjà vu.
Psycho-killer surnaturel façonné à l'instar d'un train-fantôme pénitentiaire dénué de surenchère (en dépit du final explosif efficacement géré), Prison cultive une irrépressible fascination pour son climat feutré de claustration et sa variante de séquences-chocs aussi sanguines qu'homériques. Nanti d'un rythme sans faille culminant vers une ultime demi-heure haletante, Prison transfigure la série B à l'ancienne parmi l'originalité de son concept horrifique, et ce, en dépit d'une structure narrative convenue. Un régal d'efficacité au demeurant pour un amour de série B rétro.
*Bruno
5èx. 28.02.24. Vostfr
mardi 19 janvier 2016
TRULY MADLY DEEPLY. Prix de la Critique, Avoriaz 92.
de Anthony Minghella. 1991. Angleterre. 1h47. Avec Juliet Stevenson, Alan Rickman, Bill Paterson, Michael Maloney, Jenny Howe, Carolyn Choa, Christopher Rozycki.
Sortie salles France: 8 Avril 1992
FILMOGRAPHIE: Anthony Minghella est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et acteur britannique, nĂ© le 6 janvier 1954 sur l’Ă®le de Wight, dĂ©cĂ©dĂ© le 18 mars 2008.
1991: Truly, Madly, Deeply. 1993 : Mr. Wonderful. 1996 : Le Patient anglais. 1999 : Le Talentueux M. Ripley. 2003 : Retour Ă Cold Mountain. 2005 : Par effraction.
Célébré à Avoriaz par 2 récompenses (Prix de la Critique, Prix d'Interprétation Féminine), Truly, Madly, Deeply aura marqué une génération de spectateurs et vidéophiles en prime de son succès critique. Comédie romantique impartie à une ghost story naturaliste, cette première oeuvre d'un réalisateur néophyte distille un humanisme prude pour l'idylle amoureuse compromise entre une veuve et son mari défunt. Depuis la mort subite de son époux, Nina ne parvient pas à faire le deuil dans son inconsolable chagrin. Mais un soir, son amant réapparaît sous les traits d'un revenant afin d'apaiser sa souffrance morale. Au fil des jours, et depuis l'arrivée d'autres compagnons fantômes, une lassitude s'interpose entre eux.
Film d'auteur inscrit dans la pureté des sentiments, Truly, Madly, Deeply emprunte le conte moderne pour aborder le thème de la perte de l'être cher du point de vue d'une tragédie inéquitable. Sobrement réalisé parmi le parti-pris de ne jamais se soustraire au pathos, l'intrigue se focalise sur les rapports intimistes du couple en étreinte parmi l'intrusion cocasse de fantômes amicaux venus s'installer dans leur appartement afin de flâner devant la TV à dévorer des classiques en VHS. De par ses moments intenses de tendresse et ses situations pittoresques conçues sur la fantaisie de spectres impertinents émane un climat fantasmagorique inscrit dans un réalisme prégnant. A l'instar de la luminosité de sa photographie limpide et surtout du jeu spontané des comédiens exprimant leur tendresse commune avec une sensibilité tantôt bouleversante. Outre la présence à contre-emploi du regretté Alan Rickman en fantôme flegmatique délibéré à soutenir sa bien aimée pour l'inciter à renouer avec le bonheur, le film est transcendé par la prestance viscérale de Juliet Stevenson exprimant de manière éperdue des sentiments de fragilité, de crainte mais aussi de persévérance à s'efforcer de transgresser son insurmontable fardeau.
Hymne à la vie dans sa faculté à refonder un bonheur perdu, réflexion spirituelle sur l'au-delà , témoignage émouvant et plein de poésie sur le souvenir et la condition altruiste de nos défunts, Truly, Madly, Deeply délivre un message plein d'optimisme quant à la reconstruction sociale de l'héroïne convaincue que l'amour reste inaltérable avec l'appui d'un ange philanthrope inscrit dans la tolérance. Une oeuvre fastueuse particulièrement subtile dans son refus de fioriture, à redécouvrir avec beaucoup d'émotion sachant qu'Alan Rickman s'est aujourd'hui véritablement fondu dans la peau de son personnage mystique !
Dédicace à Nadine Izquierdo
Récompenses: Prix de la Critique, Prix d'Interprétation Féminine (Juliet Stevenson) à Avoriaz, 1992
lundi 18 janvier 2016
DHEEPAN
de Jacques Audiard. 2015. France. 1h58. Avec Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby, Vincent Rottiers, Marc Zinga, Tarik Lamli
Sortie salles France: 26 Août 2015
FILMOGRAPHIE: Jacques Audiard est un réalisateur, scénariste et monteur français, né le 30 Avril 1952 à Paris. 1994: Regarde les Hommes tomber. 1996: Un héros très discret. 2001: Sur mes lèvres. 2005: De battre mon coeur s'est arrêté. 2009: Un Prophète. 2012: De Rouille et d'Os. 2015: Dheepan.
Auréolé de la Palme d'Or en 2015, le nouveau film évènement de Jacques Audiard aborde le choc culturel et la violence urbaine sous le témoignage d'un trio de migrants issus du Sri Lanka. Fuyant la guerre civile de leur pays, Dheepan parvient à rejoindre la France avec l'appui d'une fille et d'une jeune femme dont il ignore leur identité (stratagème planifié à l'aide de faux papiers afin de franchir la douane). Logés à l'enseigne d'un quartier défavorisé où la violence urbaine est quotidienne, ils vont tenter de survivre pour s'y faire une place. Fort d'une mise en scène extrêmement appliquée et d'une habile construction narrative suggérant l'approche d'un danger, Dheepan parvient à nous immerger dans le désarroi de cette famille indienne au sein de leur intimité. Débarqués à l'improviste dans cette nouvelle terre d'accueil que symbolise la France, nos trois migrants vont tenter de s'adapter à leur situation précaire depuis les trafics de drogue perpétrés sous leur nez par des délinquants sans vergogne.
Pourvu d'un réalisme scrupuleux, que ce soit pour les séquences d'action percutantes prises sur le vif que de la caractérisation humaine des comédiens méconnus (le couple Antonythasan Jesuthasan / Kalieaswari Srinivasan entremêle pudeur et colère avec une intensité viscérale), Dheepan nous fait donc partager leur quotidienneté sous l'amertume contrariée d'un avenir aussi incertain. Sans effet de misérabilisme et de sinistrose, Jacques Audiard parvient à magnifier leur portrait moral avec souci de vérité d'ausculter leurs sentiments internes fondés sur le dépit, l'angoisse et la révolte. Dressant un tableau terrifiant sur la violence urbaine des ghettos défavorisés au sein de l'hexagone, l'intrigue établit un parallèle sur la situation autrefois vécue par le peuple Tamoul depuis leur traumatisme de la guerre. Constat amère d'une France gangrenée par le chômage et la violence, Jacques Audiard dénonce le laxisme de nos politiques à faire fi des quartiers défavorisés transformés ici en zone de non-droit. Récit initiatique pour une délicate insertion sociale et les rapports amicaux en ascension du couple de migrants, Dheepan nous alerte sur les conséquences de la violence urbaine lorsqu'un ancien belligérant se retrouve confronté à reprendre les armes afin de prémunir son foyer.
Mis en scène avec une virtuosité sans fard et superbement incarné par des comédiens d'une bouleversante humilité, Dheepan aborde l'apprentissage de l'amour, le machisme, l'émancipation féminine et la rébellion sous l'impulsion désoeuvrée d'une guerre urbaine juvénile. Un grand film plein de dignité pour la condition humaine des migrants autant qu'un cri d'alarme sur la situation inquiétante d'une France gangrenée par la violence des cités.
B.M.
vendredi 15 janvier 2016
Hostel
d'Eli Roth. 2006. U.S.A. 1h33. Jay Hernández, Derek Richardson, Eythor Gudjonsson, Barbara Nedeljakova, Jana Kaderabkova, Jan Vlasák, Jennifer Lim.
Sortie salles France: 1er Mars 2006 (mention: Interdit aux moins de 16 ans avec avertissement : "De nombreuses images, d'une grande violence, peuvent impressionner les spectateurs".
Sortie U.S: 6 Janvier 2006.
FILMOGRAPHIE: Eli Roth est un réalisateur américain, né le 18 Avril 1972 à Boston.
2002: Cabin Fever. 2006: Hostel. 2007: Thanksgiving (faux trailer). 2007: Hostel 2. 2009: Nation's Pride - Stolz der Nation (trailer). 2013: The Green Inferno. 2015: Knock Knock.
Deux ans après le phĂ©nomène Saw, le dĂ©butant Eli Roth exploite Ă son tour le filon du Torture Porn, remis au goĂ»t du jour pour un public ado en quĂŞte de sensations hardcores. Devenu, comme son homologue, un petit film culte auprès de la gĂ©nĂ©ration 2000, Hostel s’inscrit dans la lignĂ©e du cinĂ©ma d’exploitation, celui qui sĂ©vissait autrefois sur les Ă©crans crasseux des grindhouses, en particulier durant l’âge d’or des Seventies. Ă€ travers le thème du trafic d’humains orchestrĂ© dans les pays les plus dĂ©favorisĂ©s, Eli Roth s’Ă©panche sur les bas instincts de rupins Ă©trangers rĂ©unis en Slovaquie pour combler leur appĂ©tence morbide.
Le Pitch: Trois jeunes Ă©tudiants amĂ©ricains font escale Ă Prague, attirĂ©s par l’adresse confidentielle d’un bordel clandestin. Après avoir fraternisĂ© avec des call-girls Ă l’auberge, deux d’entre eux disparaissent mystĂ©rieusement. Paxton, le survivant, part Ă leur recherche...
Série B horrifique baignée dans une violence graphique parfois éprouvante, Hostel ne fait pas dans la dentelle pour dépeindre, avec un réalisme rugueux, les supplices infligés à des victimes capturées pour le bon plaisir de bourreaux pathologiques. Et on ne va pas s'en plaindre, du moins chez les initiés.
Si la première partie, convenue, n’Ă©chappe pas aux figures imposĂ©es du teen movie, l’efficacitĂ© de la mise en scène et le soin accordĂ© Ă la caractĂ©risation des personnages (qu’il s’agisse de nos fĂŞtards juvĂ©niles ou des nymphettes aguicheuses) nous permettent de nous attacher Ă leur virĂ©e hĂ©doniste entre sexe, suspicion et dĂ©fonce. Outre l’Ă©rotisme stylisĂ© des Ă©treintes torrides, Roth instille par touches insidieuses un climat d’angoisse, une tension rampante au fil des disparitions. L’anxiĂ©tĂ© grimpe d’un cran lorsque Paxton, seul rescapĂ©, commence Ă percer les rouages de cette machination tĂ©nĂ©breuse, oĂą les catins s’avèrent compromises dans un trafic aussi abject qu’organisĂ©.
Par le prisme haletant du survival, la seconde partie bascule dans l’horreur pure lorsque Paxton se retrouve piĂ©gĂ© dans une usine dĂ©saffectĂ©e, reconvertie en chambre des supplices. Roth fignole le cadre insalubre de cet antre rubigineux avec un certain stylisme — notamment les tenues fĂ©tichistes des tortionnaires, au charisme inquiĂ©tant. Hostel nous entraĂ®ne droit en enfer : chaĂ®nes, scies, pinces, scalpels, tout y est. La brutalitĂ© crue de certaines sĂ©quences (dont une fameuse Ă©nuclĂ©ation) plonge le spectateur dans le dĂ©goĂ»t, le malaise, une sensation d’inconfort physique. La victime, entravĂ©e, pantelante, nausĂ©euse, est contrainte d’endurer des sĂ©vices corporels sous l’Ĺ“il concupiscent de bourreaux satisfaits. Le huis clos nous enferme, nous aussi, dans un univers olfactif suintant la rouille, le sang, le vomi, la sueur.
Pour culminer la tension, la dernière partie, centrĂ©e sur la condition esseulĂ©e de deux rescapĂ©s, embraye vers une traque homĂ©rique, avec l’appui d’enfants dĂ©linquants livrĂ©s Ă eux-mĂŞmes. Roth en profite pour pointer du doigt la sauvagerie de cette marginalitĂ© infantile, tout en dĂ©nonçant la corruption policière et la prostitution mĂŞlĂ©es Ă ce trafic d’ĂŞtres humains, nĂ©es de la dĂ©crĂ©pitude d’un monde laissĂ© Ă l’abandon.
"Slovaquie Rouge Sang".
*Bruno
La Chronique de Hostel 2: http://brunomatei.blogspot.fr/2013/09/hostel-chapitre-2-hostel-part-2.html
jeudi 14 janvier 2016
La Place Sanglante / Blood Beach (Uncut Version)
de Jeffrey Bloom. 1980. U.S.A. 1h31. Avec David huffman, Marianna Hill, Burt Young, John Saxon, Darrell Fetty.
Sortie salles France: 29 Juillet 1981
FILMOGRAPHIE: Jeffrey Bloom est un scénariste, réalisateur et producteur américain, né le 4 Avril 1945. 1975: Dogpound Shuffle. 1977: The Stick Up. 1980: La plage sanglante. 1984 Jalousies (télé-film). 1985: L'étoile inconnue (TV). 1986: Le droit au meurtre (TV). 1987: Juarez (TV). 1987: Flowers in the Attic
Le pitch : dans une station balnĂ©aire californienne, de jeunes vacanciers disparaissent mystĂ©rieusement, sans laisser de traces. Le spectateur, lui, assiste, hilare et incrĂ©dule, Ă leur ensevelissement progressif par une menace invisible, tapie sous le sable. DĂ©pĂŞchĂ©e sur les lieux, la police — Ă©paulĂ©e par le chef de la brigade portuaire — enquĂŞte sans parvenir Ă Ă©lucider cette vague morbide. Tandis que les morts s’accumulent en sourdine et que les fouilles piĂ©tinent, le spectateur, complice, contemple ce suspense de pacotille au second degrĂ©.
Produit d’exploitation un brin fallacieux — car aguicheur dès le premier regard, avec la fulgurance formelle de son affiche — La Plage Sanglante se dĂ©guste pourtant comme un plaisir bonnard, Ă mesure qu'une intrigue atone, incapable de progresser, se voit rehaussĂ©e par un casting Ă©tonnamment attachant (mention spĂ©ciale au garde-cĂ´te, qui roucoule avec sa compagne 1h30 durant tout en tentant, mollement, d’Ă©claircir l’enquĂŞte).
La narration se rĂ©sume aux investigations policières rĂ©barbatives et Ă l’Ă©veil romanesque du couple d’amants susnommĂ©, tandis que les victimes, l’une après l’autre, sont happĂ©es par le sable. Si l’idĂ©e horrifique s’avère originale et titille d’abord une certaine curiositĂ© — quant Ă sa mise en scène spectaculaire ou Ă l’identitĂ© du meurtrier et son mobile Ă©ventuel —, la manière puĂ©rile dont Jeffrey Bloom Ă©tire jusqu’Ă l’absurde ces situations anxiogènes fait rapidement chavirer le navire vers une gaudriole gentiment bis, fort sympatoche pour qui raffole de cette belle Ă©poque aujourd’hui rĂ©volue.
Et pour accentuer la dĂ©tente, on peut Ă©galement compter sur nos vĂ©nĂ©rables seconds rĂ´les : John Saxon et Burt Young, qui s’opposent gentiment avec bonhomie, contraints par des dialogues involontairement comiques Ă frĂ´ler la caricature pittoresque. Incapable d’insuffler un rĂ©el suspense Ă travers une intrigue Ă bout de souffle, La Plage Sanglante demeure pourtant miraculeusement plaisant, pour qui chĂ©rit le cinĂ© bis « pour rire », jusqu’Ă son dĂ©nouement grotesque oĂą l’apparition protĂ©iforme du monstre nous replonge dans une stupeur mi-amusĂ©e, mi-interloquĂ©e.
Cerise sur le gâteau : une partition mĂ©tronomique, au score ombrageux, limite auto-parodique, qui daigne provoquer une angoisse sous-jacente lorsque la prĂ©sence hostile s’apprĂŞte Ă alpaguer sa nouvelle proie.
"L’Étrange Silence des Dunes Cannibales".
*Bruno
05.10.20.
03.06.25. 5èx. vf
mercredi 13 janvier 2016
Electric Dreams. Prix du Public, Antenne d'Or A2, Avoriaz 85.
de Steve Baron. 1984. U.S.A/Angleterre. 1h32. Avec Lenny Von Dohlen, Virginia Madsen, Bud Cort, Maxwell Caulfield, Wendy Miller, Don Fellows, Alan Polonski.
Sortie salles France: 17 Avril 1985
FILMOGRAPHIE: Steve Barron est un réalisateur et producteur irlandais, né le 4 mai 1956 (59 ans) à Dublin (Irlande). 1984 : Electric Dreams. 1990 : Les Tortues ninja. 1992: ZZ Top : Greatest Hits (vidéo). 1993: Bowie : The Video Collection (vidéo). 1993 : Coneheads. 1996 : Pinocchio. 1998 : Merlin (TV). 2000 : Les Mille et Une Nuits (Arabian Nights) (TV). 2000 : L'Étrange histoire d'Hubert (Rat). 2001 : Mike Bassett: England Manager. 2003 : DreamKeeper (feuilleton TV). 2006 : Chocking Man. 2011 : Apocalypse 2.0 (Delete) (TV). 2012 : L'Île au trésor (Treasure Island) (TV).
Électricité sentimentale.
Car au moment d’installer son Ă©quipement informatique, Miles Harding tombe sous le charme de sa voisine de palier, Madeline, violoncelliste de renom. FascinĂ© par ses mĂ©lodies qu’il Ă©coute Ă travers les murs, l’ordinateur, lui aussi, s’initie Ă la musique. Et bientĂ´t, Ă l’amour. RĂ©gissant tous les appareils domestiques, il s’immisce dans leur intimitĂ© avec une jalousie de plus en plus vorace.
Conte de fĂ©e moderne gorgĂ© de bons sentiments, le film renouvelle avec panache les archĂ©types du genre grâce Ă cette machine avide d’Ă©moi charnel, espiègle et roublarde, qui rivalise de malice pour s’imposer face Ă son rival.
Mais au-delĂ de l’absurditĂ© de ce postulat oĂą l’amour chavire tous les cĹ“urs, le film s’illumine surtout par la complicitĂ© naissante entre ses amants. Dans le rĂ´le du candide architecte, Lenny Von Dohlen — sosie troublant de Thierry Lhermitte — distille une bonhomie attendrissante Ă travers ses maladresses. Face Ă lui, Virginia Madsen incarne une muse solaire, sensuelle et vive, dont l’innocence charme autant qu’elle dĂ©sarme.
En dĂ©pit de son cachet dĂ©suet — surtout pour l’allure acadĂ©mique de son ordinateur anthropomorphe — cette sĂ©rie B dĂ©complexĂ©e parvient Ă faire jaillir une Ă©motion inattendue, poignante, pour la destinĂ©e tragique d’Edgar, machine Ă©prise d’amour interdit.
Techniquement inventif, notamment dans l’ultra-dynamisme de son montage hĂ©ritĂ© du clip, le film se rĂ©vèle ĂŞtre un bijou de charme et de tendresse.
Une fantaisie lumineuse, empreinte d’humour et de poĂ©sie candide… Ă se demander, une fois de plus, si les ordinateurs rĂŞvent, eux aussi, de moutons Ă©lectriques.
* Bruno
Récompenses: Prix du Public, Antenne d'Or A2 au Festival du film fantastique d'Avoriaz, 1985.
mardi 12 janvier 2016
FRISSONS D'OUTRE-TOMBE
"From beyond the grave" de Kevin Connor. 1973. 1h37. Angleterre. Avec Ian Bannen, Ian Carmichael, Peter Cushing, Ian Ogilvy, Angela Pleasance, Diana Dors, Donald Pleasence, Nyree Dawn Porter, David Warner.
Sortie salles France: Mars 1974. Angleterre: 23 février 1974
FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Kevin Connor est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né en 1937 à Londres (Royaume-Uni). 1973: Frissons d'outre-tombe. 1975: Le 6è Continent. 1976: Trial by combat. 1976: Centre Terre, septième continent. 1977: Le Continent Oublié. 1978: Les 7 cités d'Atlantis. 1979: Le Trésor de la Montagne Sacrée. 1980: Nuits de Cauchemar. 1982: La Maison des Spectres.
En plein essor du film à sketchs inauguré par la célèbre firme Amicus depuis le Train des Epouvantes, Frissons d'outre-tombe renoue avec la qualité d'Histoires d'Outre-tombe réalisé 2 ans au préalable. Kevin Konnor, habile faiseur de séries B à qui l'on doit le bijou d'humour macabre, Nuits de Cauchemar, ainsi qu'une pléthore de fantaisies mythologiques (Le 6è Continent, Centre Terre, septième continent, Le Continent Oublié, Les 7 cités d'Atlantis, Le Trésor de la Montagne Sacrée), nous concocte avec soin quatre sketchs relativement surprenants ou tout du moins ludiques dans son lot de circonstances débridées auquel des protagonistes chapardeurs vont s'y retrouver mêlés. Un miroir, une médaille, une tabatière et une porte vont servir d'éléments perturbateurs avec l'au-delà depuis que des clients se sont empressés de les négocier auprès d'un vieil antiquaire (Peter Cushing se prêtant au jeu du vendeur sénile avec une ironie insidieuse). Servi par une pléiade d'acteurs notoires et de seconds couteaux bien connus des amateurs du genre (Donald Pleasance, David Warner, Ian Carmichael, Peter Cushing, Ian Ogilvy, Angela Pleasance, Diana Dors, Nyree Dawn Porter), Frissons d'outre-tombe tire parti de son capital sympathie grâce à la modeste élaboration de sa réalisation où rien n'a été laissée au hasard.
Que ce soit au niveau de l'efficacité des intrigues aussi amusantes qu'intrigantes dans leur invention machiavélique, de la caractérisation mesquine des personnages n'hésitant pas à frauder la mise de l'objet convoité, que de l'ambiance tout à fait envoûtante que Kevin Konnor fignole parfois par le biais d'éclairages saturés (la dernière anthologie renouant avec l'aspect gothique d'un Bava). Outre les composantes traditionnelles du film à sketchs (dérision, épouvante et suspense), la chute sardonique reste à nouveau tributaire d'ultime estocade pour la victime sévèrement châtiée, quand bien même l'une d'elle bénéficiera d'une faveur d'indulgence. Grâce à la volonté intègre de son auteur à tenter d'émuler son homologue notoire (Histoire d'outre-tombe), Frissons d'outre-tombe attise un pouvoir de séduction émanant d'une ambiance mortuaire délicieusement archaïque. Principalement le premier et le dernier sketch où des revenants tentent de s'extraire d'outre-tombe par le biais d'un miroir ou d'une porte en tourmentant l'esprit de leurs propriétaires. L'humour noir ne cessant de ricocher au fil du comportement versatile des ces derniers attirés dans un univers fantasmagorique sensiblement démoniaque. Prenant pour thème le vaudou par le biais d'une médaille militaire, le second segment ne manque pas non plus de fantaisies et de rebondissements quant à la destinée infortunée du mari préalablement molesté par une épouse abusive. Si le troisième sketch (la tabatière) manque un peu de densité et de surprises par son cheminement prévisible, l'humour cocasse acheminé autour d'un exorcisme et de l'entité indicible permet de transcender ses carences avec un soupçon de méchanceté sarcastique (sa chute espiègle).
Nanti de sketchs (futilement) inégaux mais toujours amusants, insolents et irrésistiblement ensorcelants (j'insiste sur l'ambiance spectrale qui irrigue de son empreinte chaque récit !), Frissons d'Outre-tombe honore le genre d'épouvante sans esprit de prétention et avec l'aimable autorité de comédiens en posture indélicate (mention spéciale au sourire livide de l'étonnamment trouble Angela Pleasance dans le 3è segment). Un petit fleuron d'épouvante archaïque à redécouvrir car d'une fraîcheur insoupçonnée !
B.M.
2èx
vendredi 8 janvier 2016
THE BEAST (Le Traitement)
"De Behandeling" de Hans Herbots. 2014. Belgique. 2h07. Avec Geert Van Rampelberg, Ina Geerts, Johan Van Assche, Laura Verlinden, Roel Swanenberg
Sortie salles France: 30 Décembre 2015. Belgique: 29 Janvier 2014
FILMOGRAPHIE: Hans Herbots est un réalisateur et scénariste néerlandais, né le 13 Mai 1970 à Antwerp. 2001: Vallen. 2004: 10 jaar leuven kort. 2005 Verlengd weekend. 2006: Tempête en haute mer. 2010: Bo. 2014: The Beast
D'après le roman The Treatment de Mo Hayder, The Beast relate l'enquête ardue d'un inspecteur de police délibéré à retrouver un assassin pédophile au coeur d'une bourgade rurale de la Belgique. Déjà traumatisé par la disparition de son frère alors qu'il était âgé de 8 ans, Nick Cafmeyer poursuit cette investigation avec acharnement dans sa soif de justice et le désir inespéré de retrouver le kidnappeur de son frangin. Véritable descente aux enfers dans les tréfonds de la bassesse humaine, The Beast constitue un électrochoc émotionnel, de par son réalisme glauque à la limite du soutenable et la caractérisation insalubre de marginaux particulièrement cyniques.
Prenant pour thème la pédophilie dans sa figuration la plus licencieuse, Hans Herbots n'y va pas avec le dos de la cuillère pour nous plonger dans un univers mortifère aussi asphyxiant que déprimant. Alternant l'enquête policière émaillée d'indices au compte goutte puis la quête pour la survie d'une famille en instance de claustration, The Beast éprouve et dérange de manière hypnotique. De par sa structure narrative vénéneuse, ses l'éclairages blafards d'une photo opaque, la maîtrise personnelle de sa mise en scène et l'interprétation névralgique de Geert Van Rampelberg, littéralement habité par ses pulsions de haine et de révolte. Le spectateur se retrouvant, comme le héros, immerger dans un dédale cafardeux depuis sa fréquentation avec des suspects équivoques et ses effractions commises dans des bâtiments décrépits. En dépit d'une intrigue parfois confuse où certains évènements majeurs s'enchaînent (à mon sens) un peu trop rapidement, le suspense exponentiel qui irrigue les pores du scénario nous agrippe la gorge, quand bien même le héros est à deux doigts de démasquer l'identité meurtrière. La dernière partie, crapuleuse et effleurant parfois la complaisance putanesque, s'avérant d'une intensité terriblement dérangeante pour la fonction démunie des victimes et la posture erratique d'un(e) criminel(le) au mobile bien spécifique. Une manière couillue d'invoquer une certaine singularité à ces exactions où la pédophilie est une fois de plus compromise au réseau.
Véritable chemin de croix à perdre haleine que le héros parcourt avec une rage désespérée, The Beast transcende le thriller poisseux avec vigueur et âpre réalisme dans son souci scrupuleux de cristalliser une atmosphère anxiogène épouvantablement immersive. Par sa puissance de suggestion épargnant l'intolérable, le réalisateur parvient toutefois à provoquer un malaise nauséeux par l'appui de bouts de photographie et d'images VHS, tandis que son point d'orgue traumatique fait preuve de violence graphique dans les corps à corps de survie. Pour parachever, on peut également prôner la sobriété des comédiens méconnus (du moins dans l'hexagone) éludant toute forme de misérabilisme ou de pathos, particulièrement le jeu viscéralement tempétueux de Geert Van Rampelberg. A réserver néanmoins à un public averti en raison de la facture douloureuse de son thème scabreux et la verdeur de son climat malsain en roue libre où nos nerfs sont à deux doigts de chavirer !
Dédicace à Jen Winter
B.M.
jeudi 7 janvier 2016
Jeepers Creepers
de Victor Salva. 2001. U.S.A. 1h30. Avec Gina Philips, Justin Long, Patricia Belcher, Eileen Brennan, Brandon Smith, Jeffrey William Evans.
Sortie salles France: 3 juillet 2002. U.S: 31 Août 2001
FILMOGRAPHIE: Victor Salva est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur américain, né le 29 Mars 1958 à Martinez. 1989: Clownhouse. 1995: Powder. 1999: Rites of Passage. 2001: Jeepers Creepers. 2003: Jeepers Creepers 2. 2006: Peaceful Warrior. 2012: Rosewood Lane.
Prototype de la sĂ©rie B horrifique du samedi soir, Jeepers Creepers s’impose comme un pur hommage aux Boogeymen des annĂ©es 80. Un hymne au cinĂ© d’antan : celui des bandes rĂ©crĂ©atives, jouissives, conçues pour divertir et faire frissonner avec un amour viscĂ©ral du genre - et non comme un vulgaire Ă©pigone opportuniste surfant sur l’exploitation redoutĂ©e.
Le pitch.
En villĂ©giature, un frère et une sĹ“ur empruntent la nationale pour rejoindre leurs parents Ă bord d’une Plymouth. Sur la route, ils sont pris en chasse par un mystĂ©rieux camionneur au comportement erratique. Après avoir rĂ©ussi Ă le semer, ils retrouvent ses traces Ă proximitĂ© d’une chapelle abandonnĂ©e. C’est alors que le frère surprend l’agresseur en train d’enfourner un corps Ă l’embouchure d’une grotte. Ensemble, ils dĂ©cident de s’y aventurer, mus par l’espoir insensĂ© de sauver un Ă©ventuel rescapĂ©.
Entre Duel et Les Griffes de la nuit - et, Ă moindre Ă©chelle, Le Loup-garou de Londres ou Terreur extra-terrestre (la sĂ©quence du couple dĂ©barquant Ă l’improviste dans le diner, au milieu d’une clientèle peu amène) - Victor Salva se rĂ©approprie les codes du genre avec une dĂ©rision factuelle, presque dĂ©sinvolte. Fignolant le cadre bucolique d’une AmĂ©rique pĂ©riphĂ©rique, les dĂ©cors minimalistes et la photographie ocre s’accordent Ă merveille pour parfaire une atmosphère horrifique irrĂ©sistiblement envoĂ»tante.
Film d’ambiance Ă part entière, Jeepers Creepers se voue corps et âme Ă l’amour du cinĂ©ma d’Ă©pouvante, transposĂ© dans un contexte contemporain et portĂ© par la cohĂ©sion attachante de deux ados en crise. Jonglant sans relâche avec les clichĂ©s et une auto-parodie assumĂ©e - notamment Ă travers des rĂ©parties sarcastiques - le cinĂ©aste en tire une efficacitĂ© maximale, au fil des vicissitudes que nos hĂ©ros traversent pour fuir une crĂ©ature humaine en perpĂ©tuelle mutabilitĂ©.
La grande rĂ©ussite rĂ©side dans la confection iconique de ce monstre hybride, affublĂ© d’un costume de cow-boy (chapeau inclus), fĂ©ru de chair humaine pour se rĂ©gĂ©nĂ©rer. CrĂ©atif et dĂ©libĂ©rĂ©ment dĂ©sireux d'y sacraliser un nouvel archĂ©type Ă l’aura mortifère, Victor Salva façonne une lĂ©gende urbaine d’un charisme ultra macabre. Par le biais d’un rituel savamment chorĂ©graphiĂ© - scandĂ© par un tube des annĂ©es 60 - le Jeepers Creepers doit Ă©merger de sa tanière tous les 23 printemps afin de se nourrir pendant 23 jours. En sus, et pour accentuer l’Ă©trangetĂ© de son mutisme, la crĂ©ature renifle ses victimes afin de hiĂ©rarchiser la plus odorante des frayeurs, ciblant prioritairement les jeunes mâles.
ParsemĂ© d’action, de revirements et d’idĂ©es dĂ©licieusement dĂ©lirantes - notamment via une galerie de personnages interlopes (la mĂ©dium, la rombière et ses chats) - Salva renouvelle le concept de la traque nocturne avec un brio technique Ă couper au rasoir. Ă€ l’image de cette camĂ©ra glissant d’une voiture Ă l’autre, captant au vol les conversations de conducteurs anonymes, comme autant de fragments de peur dissĂ©minĂ©s sur l’asphalte.
Hommage rĂ©vĂ©rencieux aux B-movies des annĂ©es 80, Jeepers Creepers honore le genre horrifique par sa puissance visuelle et le rythme effrĂ©nĂ© d’une traque rocambolesque, jamais Ă court de carburant. Angoissant (les poursuites automobiles, la dĂ©couverte macabre dans la grotte, l’assaut du commissariat), malsain et couillu (le prologue confinĂ© au sous-sol, le final nihiliste), fascinant (la configuration bigarrĂ©e de la crĂ©ature), dĂ©lirant mais aussi sardonique - comme en tĂ©moigne la cruautĂ© sidĂ©rante de l’Ă©pilogue -Jeepers Creepers peut aujourd’hui revendiquer le statut d’authentique classique, dans une facture vintage littĂ©ralement jubilatoire.
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
4èx. VF Videoprojo
La Chronique de Jeepers Creepers 2: http://brunomatei.blogspot.fr/2012/08/jeepers-creepers-2-jeepers-creepers-2.html
mercredi 6 janvier 2016
Shrew's Nest / Musaranas / Sangre de mi sangre
de Juanfer AndrĂ©s et Esteban Roel. 2014. Espagne. 1h32. Avec Macarena GĂłmez, Nadia de Santiago, Hugo Silva, Luis Tosar , Gracia Olayo , LucĂa González, Carolina Bang, Tomás del Estal
Sortie salles Espagne: 25 Décembre 2014
FILMOGRAPHIE: Juanfer Andrés est un réalisateur espagnol. Esteban Roel est un cinéaste et acteur espagnol. 2014: Musaranas/Sangre de mi sangre
Thriller psychologique aux confins de l’horreur, Musaranas porte la signature du duo ibĂ©rique Juanfer AndrĂ©s et Esteban Roel. Et pour un premier essai, ces nĂ©ophytes signent haut la main un suspense machiavĂ©lique, taillĂ© sur mesure autour des rapports toxiques et Ă©touffants de deux sĹ“urs recluses dans le mĂŞme appartement.
Synopsis :
Lorsqu’un homme grièvement blessĂ© implore secours au seuil de leur porte, Montse, l’aĂ®nĂ©e, cède in extremis Ă l’Ă©lan de charitĂ©. Rapidement, sa cadette Nina s’Ă©prend de l’inconnu, mais doit lui rendre visite en cachette sous le joug d’une autoritĂ© castratrice. Leur romance clandestine s’Ă©panouit dans le secret, tandis que le sort du blessĂ© demeure prĂ©caire : aucun mĂ©decin n’est appelĂ©, et ses proches s’inquiètent dĂ©jĂ de sa disparition.
Abordant les thèmes de la psychose, du conservatisme et de l’agoraphobie, les cinĂ©astes dressent avec efficacitĂ© le portrait nĂ©vralgique d’une catholique aigrie, recluse dans sa foi et terrorisĂ©e par l’idĂ©e d’un contact masculin. ProfondĂ©ment vouĂ©e Ă l’amour divin, Montse impose Ă sa sĹ“ur une Ă©ducation de fer oĂą toute romance terrestre est proscrite. LivrĂ©es Ă elles-mĂŞmes depuis la disparition de leurs parents, les deux femmes nourrissent une rancune et une jalousie nĂ©vrotiques, croissant jusqu’Ă la dĂ©flagration.
La seconde partie, dĂ©bridĂ©e et Ă©prouvante, nous entraĂ®ne dans un crescendo de folie et de violence, oĂą le passĂ© galvaudĂ© de Montse refait surface dans une explosion de douleur et de sang. Si l’intrigue, parfois prĂ©visible, flirte avec les situations Ă©culĂ©es - on songe Ă Misery ou encore au sublime Les Proies pour leurs rapports de soumission entre victime alitĂ©e et geĂ´lière fanatique -, la mise en scène compense par une narration nerveuse et une exploration poignante de la mĂ©moire et du trauma.
Le soin formel accordĂ© Ă la photographie et aux somptueux dĂ©cors rĂ©tro du huis clos renforce cette immersion dans une intimitĂ© familiale Ă©touffante, portĂ©e par un jeu d’acteurs d’une rare intensitĂ©. Macarena GĂłmez (Dagon, Les Sorcières de Zugarramurdi) incarne avec une fĂ©rocitĂ© viscĂ©rale une mĂ©gère abusive, accablĂ©e par le deuil et par un secret qu’il serait criminel de dĂ©voiler.
Efficace, captivant, haletant, Musaranas fascine autant par son portrait schizo que par la tournure délirante et violente de son second acte. Sous son vernis de série B, il abrite une psychologie fouillée et une interprétation enragée de Macarena Gómez, dont le regard désaxé hante bien au-delà du générique final.
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
Dédicace à Karine.
mardi 5 janvier 2016
L'INCOMPRIS
"Incompreso" de Luigi Comencini. 1966. Italie. 1h42. Avec Anthony Quayle, Stefano Colagrande,
Simone Giannozzi, John Sharp, Adriana Facchetti, Silla Bettini.
Sortie salles France: 1er août 1968. Italie: 19 décembre 1966
FILMOGRAPHIE: Luigi Comencini est un réalisateur italien, né le 8 juin 1916 à Salò, province de Brescia en Lombardie (Italie), mort le 6 avril 2007 à Rome.
1948 : De nouveaux hommes sont nĂ©s. 1949 : L'Empereur de Capri. 1951 : Les Volets clos. 1952 : La Traite des blanches. 1952 : Heidi. 1953 : La valigia dei sogni. 1953 : Pain, Amour et Fantaisie. 1954 : Pain, Amour et Jalousie. 1955 : La Belle de Rome. 1956 : Tu es mon fils. 1957 : Mariti in cittĂ . 1958 : Mogli pericolose. 1959 : Und das am Montagmorgen. 1959 : Le sorprese dell'amore. 1960 : La Grande Pagaille. 1961 : Ă€ cheval sur le tigre. 1962 : Le Commissaire. 1963 : La Ragazza. 1964 : Tre notti d'amore. 1964 : La mia signora. 1965 : Les PoupĂ©es (Le bambole), segment Il trattato di eugenetica. 1965 : Le Partage de Catherine. 1965 : Don Camillo en Russie. 1967 : L'Incompris. 1968 : Les Russes ne boiront pas de Coca Cola ! 1969 : Casanova, un adolescent Ă Venise. 1969 : Senza sapere niente di lei. 1972 : L'Argent de la vieille. 1974 : Un vrai crime d'amour. 1974 : Mon Dieu, comment suis-je tombĂ©e si bas ? 1975 : Les Aventures de Pinocchio. 1975 : La Femme du dimanche. 1976 : Mesdames et messieurs bonsoir. 1976 : Basta che non si sappia in giro!…1976 : La FiancĂ©e de l'Ă©vĂŞque. 1977 : Qui a tuĂ© le chat ? 1979 : Le Grand Embouteillage. 1980 : Eugenio. 1982 : L'Imposteur. 1984 : Cuore. 1987 : La storia. 1987 : Un enfant de Calabre. 1988 : La Bohème, adaptation de l'opĂ©ra de Puccini. 1989 : Joyeux NoĂ«l, bonne annnĂ©e. 1991 : Marcellino.
"les enfants plus jeunes ont une espèce de dureté naturelle qui leur permet de résister, alors qu'en grandissant ils deviennent plus vulnérables...(...)" Luigi Comencini
Vilipendé par la critique lors de sa sortie en France et au festival de Cannes, l'Incompris aborde toutefois le mélodrame avec une certaine sobriété dans son émotion contenue et son refus du racolage. Le film puisant sa force dans la confrontation psychologique du père (un consul d'Angleterre expatrié à Florence) et de ses deux fils depuis la disparition soudaine de la mère. Alors que Milo, le cadet, attire toute l'attention du paternel du fait de son très jeune âge, Andrea se retrouve livré à une solitude pesante à cause de son tempérament taciturne. Témoin de ce favoritisme et donc quotidiennement délaissé, il multiplie les audaces et bévues afin d'attirer la considération du père et celle de son entourage. Hanté et accablé par la perte maternelle, Andrea s'efforce néanmoins de protéger son jeune frangin tout en prouvant à son père sa détermination courageuse d'affronter le deuil. Mais un évènement inopportun va bouleverser la donne et inverser les rôles, de façon à lever le voile sur la responsabilité du père.

Prenant pour cadre le huis-clos d'une riche demeure et de son vaste jardin auquel les enfants batifolent sous l'oeil négligeant d'une gouvernante, l'Incompris approche le drame intimiste avec une délicate pudeur. Les enfants endossant leur fonction innocente avec fraîcheur et spontanéité malgré la contrainte du deuil. Particulièrement l'aîné introverti conscient de sa responsabilité à canaliser la turbulence du cadet, et lucide que la fragilité de l'existence dépend de l'opacité de la mort. Dans celui du père en berne, Anthony Quayle adopte une mine sentencieuse prégnante tout en préservant une marque autoritaire afin de mettre en exergue son rôle pédagogique. Par la posture insolente des enfants multipliant les indocilités face aux absences quotidiennes du père, la première partie privilégie leurs rapports de divergence tout en se focalisant sur l'état d'amertume d'Andrea livré à la jalousie et la solitude. La seconde partie, plus cruelle, se livre ensuite à la confrontation douloureuse du père et d'Andrea, communément livrés malgré eux à des confidences sur l'amour, le remord, le pardon et la mort en guise d'échappatoire. Chacun des témoins se retrouvant subitement à endosser un rôle contradictoire de victime injustement méprisée.
Sans faire preuve de misérabilisme et malgré l'académisme de sa mise en scène, l'incompris aborde avec tact et pudeur parfois poignante les thèmes de la perte de l'être aimé, l'acceptation du deuil, la jalousie et la rancune sous pivot d'une incommunicabilité parentale. Distillant un parfum aigre de nostalgie par la contrariété fragile d'un enfant livré à son inconsolable chagrin, l'intrigue gagne en émotion au fil de son cheminement en perdition. Un très beau mélo auscultant avec autant d'attention que de dextérité les états d'âme endeuillés d'une enfance introvertie.
Dédicace à Dimitri Derock et Nelly Tess
B.M.

















































