jeudi 7 janvier 2016

Jeepers Creepers

                                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb

de Victor Salva. 2001. U.S.A. 1h30. Avec Gina Philips, Justin Long, Patricia Belcher, Eileen Brennan, Brandon Smith, Jeffrey William Evans.

Sortie salles France: 3 juillet 2002. U.S: 31 Août 2001

FILMOGRAPHIE: Victor Salva est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur américain, né le 29 Mars 1958 à Martinez. 1989: Clownhouse. 1995: Powder. 1999: Rites of Passage. 2001: Jeepers Creepers. 2003: Jeepers Creepers 2. 2006: Peaceful Warrior. 2012: Rosewood Lane.

Prototype de la série B horrifique du samedi soir, Jeepers Creepers s’impose comme un pur hommage aux Boogeymen des années 80. Un hymne au ciné d’antan : celui des bandes récréatives, jouissives, conçues pour divertir et faire frissonner avec un amour viscéral du genre - et non comme un vulgaire épigone opportuniste surfant sur l’exploitation redoutée.

Le pitch.
En villégiature, un frère et une sœur empruntent la nationale pour rejoindre leurs parents à bord d’une Plymouth. Sur la route, ils sont pris en chasse par un mystérieux camionneur au comportement erratique. Après avoir réussi à le semer, ils retrouvent ses traces à proximité d’une chapelle abandonnée. C’est alors que le frère surprend l’agresseur en train d’enfourner un corps à l’embouchure d’une grotte. Ensemble, ils décident de s’y aventurer, mus par l’espoir insensé de sauver un éventuel rescapé.

Entre Duel et Les Griffes de la nuit - et, à moindre échelle, Le Loup-garou de Londres ou Terreur extra-terrestre (la séquence du couple débarquant à l’improviste dans le diner, au milieu d’une clientèle peu amène) - Victor Salva se réapproprie les codes du genre avec une dérision factuelle, presque désinvolte. Fignolant le cadre bucolique d’une Amérique périphérique, les décors minimalistes et la photographie ocre s’accordent à merveille pour parfaire une atmosphère horrifique irrésistiblement envoûtante.

Film d’ambiance à part entière, Jeepers Creepers se voue corps et âme à l’amour du cinéma d’épouvante, transposé dans un contexte contemporain et porté par la cohésion attachante de deux ados en crise. Jonglant sans relâche avec les clichés et une auto-parodie assumée - notamment à travers des réparties sarcastiques - le cinéaste en tire une efficacité maximale, au fil des vicissitudes que nos héros traversent pour fuir une créature humaine en perpétuelle mutabilité.

La grande réussite réside dans la confection iconique de ce monstre hybride, affublé d’un costume de cow-boy (chapeau inclus), féru de chair humaine pour se régénérer. Créatif et délibérément désireux d'y sacraliser un nouvel archétype à l’aura mortifère, Victor Salva façonne une légende urbaine d’un charisme ultra macabre. Par le biais d’un rituel savamment chorégraphié - scandé par un tube des années 60 - le Jeepers Creepers doit émerger de sa tanière tous les 23 printemps afin de se nourrir pendant 23 jours. En sus, et pour accentuer l’étrangeté de son mutisme, la créature renifle ses victimes afin de hiérarchiser la plus odorante des frayeurs, ciblant prioritairement les jeunes mâles.

Parsemé d’action, de revirements et d’idées délicieusement délirantes - notamment via une galerie de personnages interlopes (la médium, la rombière et ses chats) - Salva renouvelle le concept de la traque nocturne avec un brio technique à couper au rasoir. À l’image de cette caméra glissant d’une voiture à l’autre, captant au vol les conversations de conducteurs anonymes, comme autant de fragments de peur disséminés sur l’asphalte.


Hommage révérencieux aux B-movies des années 80, Jeepers Creepers honore le genre horrifique par sa puissance visuelle et le rythme effréné d’une traque rocambolesque, jamais à court de carburant. Angoissant (les poursuites automobiles, la découverte macabre dans la grotte, l’assaut du commissariat), malsain et couillu (le prologue confiné au sous-sol, le final nihiliste), fascinant (la configuration bigarrée de la créature), délirant mais aussi sardonique - comme en témoigne la cruauté sidérante de l’épilogue -Jeepers Creepers peut aujourd’hui revendiquer le statut d’authentique classique, dans une facture vintage littéralement jubilatoire.

— le cinéphile du cœur noir 🖤
4èx. VF Videoprojo

La Chronique de Jeepers Creepers 2: http://brunomatei.blogspot.fr/2012/08/jeepers-creepers-2-jeepers-creepers-2.html

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