mercredi 6 janvier 2016

Shrew's Nest / Musaranas / Sangre de mi sangre

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site trendsetter.blogs.elle.es

de Juanfer Andrés et Esteban Roel. 2014. Espagne. 1h32. Avec Macarena Gómez, Nadia de Santiago, Hugo Silva, Luis Tosar , Gracia Olayo , Lucía González, Carolina Bang, Tomás del Estal

Sortie salles Espagne: 25 Décembre 2014

FILMOGRAPHIE: Juanfer AndrĂ©s est un rĂ©alisateur espagnol. Esteban Roel est un cinĂ©aste et acteur espagnol. 2014: Musaranas/Sangre de mi sangre 

Thriller psychologique aux confins de l’horreur, Musaranas porte la signature du duo ibĂ©rique Juanfer AndrĂ©s et Esteban Roel. Et pour un premier essai, ces nĂ©ophytes signent haut la main un suspense machiavĂ©lique, taillĂ© sur mesure autour des rapports toxiques et Ă©touffants de deux sĹ“urs recluses dans le mĂŞme appartement.

Synopsis :
Lorsqu’un homme grièvement blessĂ© implore secours au seuil de leur porte, Montse, l’aĂ®nĂ©e, cède in extremis Ă  l’Ă©lan de charitĂ©. Rapidement, sa cadette Nina s’Ă©prend de l’inconnu, mais doit lui rendre visite en cachette sous le joug d’une autoritĂ© castratrice. Leur romance clandestine s’Ă©panouit dans le secret, tandis que le sort du blessĂ© demeure prĂ©caire : aucun mĂ©decin n’est appelĂ©, et ses proches s’inquiètent dĂ©jĂ  de sa disparition.

Abordant les thèmes de la psychose, du conservatisme et de l’agoraphobie, les cinĂ©astes dressent avec efficacitĂ© le portrait nĂ©vralgique d’une catholique aigrie, recluse dans sa foi et terrorisĂ©e par l’idĂ©e d’un contact masculin. ProfondĂ©ment vouĂ©e Ă  l’amour divin, Montse impose Ă  sa sĹ“ur une Ă©ducation de fer oĂą toute romance terrestre est proscrite. LivrĂ©es Ă  elles-mĂŞmes depuis la disparition de leurs parents, les deux femmes nourrissent une rancune et une jalousie nĂ©vrotiques, croissant jusqu’Ă  la dĂ©flagration.

La seconde partie, dĂ©bridĂ©e et Ă©prouvante, nous entraĂ®ne dans un crescendo de folie et de violence, oĂą le passĂ© galvaudĂ© de Montse refait surface dans une explosion de douleur et de sang. Si l’intrigue, parfois prĂ©visible, flirte avec les situations Ă©culĂ©es - on songe Ă  Misery ou encore au sublime Les Proies pour leurs rapports de soumission entre victime alitĂ©e et geĂ´lière fanatique -, la mise en scène compense par une narration nerveuse et une exploration poignante de la mĂ©moire et du trauma.

Le soin formel accordĂ© Ă  la photographie et aux somptueux dĂ©cors rĂ©tro du huis clos renforce cette immersion dans une intimitĂ© familiale Ă©touffante, portĂ©e par un jeu d’acteurs d’une rare intensitĂ©. Macarena GĂłmez (Dagon, Les Sorcières de Zugarramurdi) incarne avec une fĂ©rocitĂ© viscĂ©rale une mĂ©gère abusive, accablĂ©e par le deuil et par un secret qu’il serait criminel de dĂ©voiler.


Efficace, captivant, haletant, Musaranas fascine autant par son portrait schizo que par la tournure délirante et violente de son second acte. Sous son vernis de série B, il abrite une psychologie fouillée et une interprétation enragée de Macarena Gómez, dont le regard désaxé hante bien au-delà du générique final.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

Dédicace à Karine.

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